Les bas fonds du paradis ◊ Fab

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MessageSujet: Les bas fonds du paradis ◊ Fab   Lun 30 Mai - 15:42

Choisir le point de rendez vous, c’était toujours un peu délicat. Les petites rues sombres, et les échanges à la sauvette, Caleb connaissait, mais ça n’avait jamais été vraiment son truc. En plus de lui laisser avec l’amer sentiment d’être dans l’illégalité, il avait toujours cette image en tête des culs de sac boueux, avec un sale type aux vêtements élimés, et à la propreté douteuse. Putain, clairement, ça lui disait rien de finir comme ça, même si c’était un passage par lequel il était déjà passé. A son avis, un mec avait l’air plus suspect s’il trainassait seul dans son coin à côté des poubelles d’un restau asiat’ que dans un lieu public, où se fondre dans la masse parmi les inconnus était partie aisée. Qu’est-ce qu’il en avait à foutre de ce genre de considérations de toute façon, il avait dit au gamin de se retrouver au casino, et lui fournir ce qu’il lui avait demandé. Ca faisait un moment qu’il avait pas eu des nouvelles du gamins, dont la régularité s’était étiolée avec le temps. Il valait mieux avoir une bonne mémoire dans le milieu, et une connaissance des clients inébranlables, et ça aussi, Caleb l’avait souvent appris à ses dépends. Il lui avait demandé de passer avant que la soirée ne débute vraiment, où il savait qu’il allait avoir plein de taff, et où le plaisir d’un étudiant passait bien après celui des clients du casino.

Un faisceau lumineux transperça les épais nuages gris et humides de la fin de journée. Les trottoirs n’en demeuraient pas moins détrempés, malgré la pluie qui avait cessé, et pour cause, puisqu’elle n’avait pas discontinué depuis la veille. Caleb traversa la route en pressant le pas, avant que les bagnoles ne démarrent en trombe, parce que le feu n’allait pas tarder à passer au vert. Fabien restait un bon client, ça lui permettait de s’en mettre un peu dans les poches au passage, et il n’allait sûrement pas cracher dessus surtout dans la position dans laquelle il était maintenant, avec la gamine sur le dos. A chaque fois qu’elle lui le brisait (et c’était le cas tous les jours) il se demandait encore pourquoi il avait fini par tolérer sa présence chez lui alors qu’il ne lui devait rien, et pourquoi il ne l’abandonnait pas sur le bord de la route tellement elle était chiante et insupportable. En même temps, s’il l’avait autorisé à squatter la chambre d’ami, c’était bien pour la mettre dans cette position. C’était à chaque fois qu’il arrivait au bout de cette réflexion qu’il se disait qu’il était juste con, et qu’en attendant de résoudre le problème, Liv était toujours là. Comment l’oublier de toute façon ? Dès qu’ils étaient dans la même pièce, les hostilités étaient lancées, mais elle avait toujours un message à lui envoyer pour le faire chier quand il n’était pas dans le secteur. Il soupira avec exaspération avant même de vérifier qui était l’expéditeur du message, tandis que son portable venait de vibrer, puisque c’était elle les deux fois d’avant en l’espace de moins d’une minute, il y n’y avait pas de raison que ce ne soit pas elle cette fois ci aussi. Jackpot. Non mais elle pensait vraiment qu’il en avait quelque chose à foutre que qu’elle avait oublié ses exos d’histoire, non pardon, de maths, whatever, dans la voiture ? Ca restait encore la meilleure école, la prochaine fois, elle pouvait être sûre qu’elle allait pas les égarer n’importe où. Il allait quand même pas s’emmerder à faire des allers retours pour lui filer les clés qu’il gardait toujours sur lui ; pour vérifier dans la caisse qui était même pas garée en bas de l’appart, si y’avait bien ses putains d’exercices. Elle pouvait déjà s’estimer heureuse qu’il consente bien à faire le chauffeur pour dépanner. Et surtout aussi parce que payer un abonnement coûtait une blinde, il était le premier à tricher avec les transports, il allait pas se mettre à faire dans la légalité pour la mioche. Même quand elle était pas là, elle était usante, c’est ce qu’on vous dit.

Il avait à peine entamé sa clope lorsque l’ombre de Fabien signala sa présence. Ils n’avaient pas l’habitude de se retrouver dans ces lieux, c’était même la première que Fabien venait aux alentours du casino. Les clients de Caleb étaient de l’intérieur en général, même s’il avait vite fait en sorte de faire des extras en laissant les acheteurs externes lui ramener des nouveaux consommateurs de temps à autre. Le casino allait pas cracher dessus de toute façon, sachant que les vrais gagnants dans l’histoire, c’était eux.

- On y revient toujours hein ? salua t-il pour lancer la conversation, et pour souligner l’espacement toujours plus long, entre leurs rencontres.

Il était pas là pour se faire des potes, et encore moins faire ami ami avec ces accros à la drogue, mais autant faire l’échange dans de bonnes conditions. Il savait en plus que comme Fabien n’était pas un emmerdeur, il pouvait se le permettre, c’était pas comme les gros relous qui étaient dans la tchatche pour se faire un peu de rab. Finalement il y avait une certaine proximité qui les unissait, parce que l’un avait besoin de fric et l’autre suffisamment dans la merde, pour en arriver à consommer des substances illicites.
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MessageSujet: Re: Les bas fonds du paradis ◊ Fab   Sam 11 Juin - 5:39

Que dire de l’été? Comment rendre honneur et hommage à ses bourgeons maintenant éclatés, à ces vents chauds presque torrentiels, à sa suave ambiance, mais surtout à sa chamade bruyante et, par-dessus tout, parsemée d’allégresse? Depuis la fin des cours, Fab ne cesse de sourire. Malgré son récent incident avec Evey, pour lequel il éprouve toujours des regrets, sa joie estivale a su réapparaitre, sans trop s’atténuer. Après tout, son amie lui a bien expliqué qu’elle désirait foutre cette histoire derrière elle. Fab ne peut s’empêcher de compatir et de respecter sa décision. Sa tentative est alors maintenant de l’introduire aux plaisirs de son univers, de la gaver du punch de l’été. Après tout, ils sont en vie. La vie leur donne là une raison de célébrer chaque jour.

Fab, vêtu de bermudas d’ébène, d’une camisole d’un gris tendre et d’un bandana blanc, vogue sur les rails souterrains de Londres, sa tignasse décoiffée, dévisagé par une dame qui juge son allure. Wolfgang se moque de la scène. À la station suivante, ladite intruse s’offusque et quitte le wagon, préférant attendre l’arrivée du prochain, comme rebutée par les traits évasifs des garçons. Après tout, Wolfgang n’est pas mieux avec ses cheveux trop longs glissant maintenant jusque sous ses omoplates, sa camisole noire affichant d’énormes lèvres multicolores fondantes, ses bermudas d’un bleu vif. Les deux semblent se diriger directement dans un festival de musique électronique. D’autant plus que leurs visages détendus et leurs rires agréables sous-entendent leur consommation antérieure de cannabis. Si Wolfgang n’est pas le membre de la bande le plus extraverti, ni le plus remarqué, c’est assurément avec lui que Fab partage le plus de points communs, même au-delà de Mimi. Les deux s’avèrent être des imbéciles heureux, plutôt calmes et hors des ragots du groupe. S’ils font la fête tels des démons et se défoncent sans crainte du lendemain, les deux n’ont pas besoin de se faire remarquer constamment, ni d’être l’esprit de la fête. Voilà d’où leur nait cette complicité hors du commun, laquelle leur permet de passer beaucoup de temps ensemble, et ce, sans avoir à prononcer tant de mots. Ce qui s’avère d’autant plus amusant, c’est que Wolfgang n’est en rien comme Toni. Fab doit admettre que, par le passé, il a souvent souhaité que certains traits de caractère de son ami Catalan ne soient pas aussi intenses, parfois même désagréables, qu’ils s’apparentent davantage à ceux, par exemple, de Wolfgang. Malgré tout, le jeune garçon s’ennuie assez de son millor amic, lequel est toujours porté disparu à Ibiza. Fab a confiance en Toni, de sorte qu’il ose croire que ce dernier a plus d’un tour dans son sac et qu’il demeure toujours en vie quelque part. Il ne serait pas non plus étonné d’apprendre que son ami de toujours a changé d’identité afin d’aller rejoindre un patron dans un paradis fiscal, afin d’y terminer ces jours oisif et dans l’opulence. Néanmoins, une partie de lui demeure toujours inquiète pour le sort, le destin de son ami qu’il a connu il y a des années dans la Grosse Pomme.

Malgré leur état ambigu, Wolfgang demeure en moyen de retrouver ses sens, l’espace d’un moment, afin d’échanger un discours sérieux avec Fab. Ce dernier aperçoit rapidement le changement dans les yeux de son copain, lequel s’assoit à ses côtés. Presque inquiet, le Canadien redoute les phrases qui sortiront de la bouche de son ami. Son étonnement ne sait que redoubler lorsque Wolfgang lui faufile plusieurs livres dans la main.

« Écoute Fab, si les autres ne le réalisent pas, j’y arrive moi. Je saisis pourquoi tu désirais cesser de travailler cet été, afin de laisser le droit derrière toi, et ce, malgré l’insistance du journal pour te garder parmi leur équipe. C’est tout à fait compréhensible et je serais un connard de te reprocher de l’avoir fait. Ce n’est pas mon intention. Mais je vois tout l’argent que tu dépenses pour te droguer, pour nous droguer aussi. Les autres ne le réalisent pas, je ne crois pas que toi-même tu le réalises. Je te connais depuis assez longtemps pour savoir que tu n’as jamais manqué d’argent, que tu ne le vois pas venir, mais... Disons, fais attention. Si tu dois t’endetter, n’accumule pas ses dettes envers des créanciers disons... De la pire espèce. »

Les yeux de Fab se glissent sur les billets que lui a refilés son ami de longue date. Leur montant total le surprend. Si le discours de Wolfgang l’ébranle, il s’efforce de ne pas trop le prendre au sérieux. Après tout, il est simplement normal que chacun paie de temps en temps pour les dépenses du groupe. Il s’est seulement avéré que, ces derniers temps, Fab a assumé un peu plus cette responsabilité que les autres.

« Merci mate, mais ne t’en fait pas. Tout est sous contrôle. »

À vrai dire, Fab avait accumulé les dettes ici et là, rien de trop gênant, juste plusieurs petits montants qui au final en faisait un d’une certaine importance, mais tout de même, rien que le garçon ne pouvait pas gérer. Il glisse alors les billets dans sa poche, songeant à une trafiquante de Cambridge et à un dealer de Kensington que cet argent allait lui permettre de rembourser. Avec Caleb, Fab prévoit s’en tenir à son plan d’origine et lui demander un délai raisonnable afin de le rembourser. D’ici là, ingénieux comme il est, le Canadien ne craignait pas qu’il allait remédier à la situation dans laquelle ses ennuis financiers le plaçaient.

Alors que Fab et Wolfgang s’évade du métropolitain, le premier glisse un clin d’œil au dernier, lui rappelant de ne pas s’inquiéter. Malgré tout, celui-ci a su imprimé des craintes dans l’esprit de Fab, lequel continue de les secouer, afin d’en oublier la probabilité. Wolfgang reste près de la station, attendant le retour de son ami, lequel se rend au point de rendez-vous. Arrivé, le garçon est tout de suite mis à laisse par Caleb et sa blague. Il sourit, oubliant les tracas que son ami a tenté de lui faire remarquer. Après tout, son dealer s’est en tout temps montré sympathique, parfois même légèrement coloré avec lui. Une complicité certes due aux échanges auxquels les deux participaient, mais bien aussi parce que ni l’un ni l’autre ne se posait de problème. Vivifié par un courage un peu naïf, Fab se lance.

« En effet, me revoilà. Écoute, j’attends mon prochain paiement qui devrait arriver sous peu. Des emmerdeurs à la comptabilité... Mais je prévois une fête démente ce soir chez moi et j’ai vraiment besoin de tes produits, après tout, ce sont les meilleurs sur le marché. Je te rembourse dès qu’on se revoit, sans faute, promis, juré. »
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MessageSujet: Re: Les bas fonds du paradis ◊ Fab   Lun 4 Juil - 12:27

De façon générale, Caleb n’éprouvait pas forcément de sympathie pour ses clients. C’était ce qu’il se plaisait à penser, ce dont il s’était convaincu. Faire dans le social et l’empathie, ça va bien cinq minutes, il y avait quand même des gens qui s’étaient dévoués pour ça, et il n’en faisait pas parti. Quand il y avait eu l’accident, il avait voulu aider Sara au départ, la soutenir, après tout, c’était un drame qu’ils vivaient à deux. Rapidement, il n’avait que pu assister impuissant à la décadence à laquelle elle se livrait, désespérée et acariâtre, et il avait fini par laisser tomber, trop accablé lui même pour les soulever tous les deux. Elle ne s’en était jamais remise, son absence le confirmait. Les problèmes de ses clients, leurs déboires, cette route tortueuse qui l’avait mené jusqu’à lui, il n’en avait rien à foutre, lui même ne faisait pas cette merde pour son bon plaisir. Dans les faits, il y avait parfois malgré tout des gueules qui lui revenaient plus que d’autres, et Fabien en faisait parti. Sans être foncièrement cordiaux, Caleb aurait pu être un vendeur de légumes sur le marché, cela lui aurait fait le même effet. Il fallait pas pousser non plus parce que son amabilité n’allait pas jusque là, mais quand même. Dans l’idée, ça y ressemblait. La marchandise n’avait rien à voir, mais après tout quand on y pensait, acheter des concombres aurait eu le même effet.

S’il avait deux trois accroches pour lancer les conversations, Caleb n’était pas un spécialiste pour ce qui était de les entretenir. Il n’était pas là pour ça, et laissait ses clients s’en charger. Bien sûr, tous n’étaient pas en était généralement de tenir une discussion une discussion dans tous les cas. Ce qui n’était pas le cas de Fab, encore moins aujourd’hui. Pour le coup, le dealer aurait préféré qu’il se taise. Ce n’était pas la première fois qu’il se retrouvait dans ce genre de situation, pas de quoi le démunir. Pas de fric ? Pas de livraison, y’avait pas à tortiller du cul, et c’était aussi simple que ça. C’était pas avec tous les camés que pouvait récupérer le casino que ce dernier allait s’emmerder avec ceux qui pouvaient pas aligner les dollars qui leur permettaient de récupérer la consommation tant attendue.

- Tu sais bien que c’est mort, lui rétorqua t-il sans attendre. On ne pouvait pas lui enlever sa franchise, même si ça ne plaisait pas à tous le monde, au moins, avec Caleb, les choses étaient claires. C’était toutefois la première fois que Fab lui jouait cette carte, il y avait deux options. Dans le premier cas, comme d’habitude il était « clean », c’était son joker, son coup de poker si vous préférez, du bluff quoi. Sans ça, il était pour la première fois ennuyé, et son honnêteté était tout à son honneur. Le résultat, de toute façon, c’était le même. Qu’est-ce qu’il en avait à faire de tout ça Caleb, hein ? Le blondinet avait l’air d’un enfant pris en faute, conscient de son tord, mais désireux aussi de faire en sorte que cela ne se reproduise pas, simple preuve de sa bonne foi. Ce n’était pas avec cette habile manipulation, innocente ou pas, qu’il allait se laisser attendrir. Tu sais aussi comment ça marche. Je peux pas revenir les mains vide, je suis juste l’abruti de pigeon voyageur, dans l’histoire. Il ne travaillait pas à son compte, ça aussi, Fab le savait. Si c’est toi qui à un problème au départ, c’est moi qui en aurait un à l’arrivé.

Rien qu’en prenant le temps de lui rappeler, c’était une fleur qui lui faisait, Caleb ne se serait sûrement pas autant emmerdé avec quelqu’un d’autre, et l’aurait simplement envoyé chier. Maintenant, il fallait juste que Fab n’insiste pas et dégage. Son téléphone vibra dans sa poche, interrompant un instant l’échange. Putain, voilà que Liv était en train de s’y remettre avec ses histoires de lycéenne à la con. Il fallait vraiment qu’il tombe sur la seule morveuse qui en avait quelque chose à faire de ses devoirs, sérieusement ?? Il verrouilla son portable, sans répondre à une nouvelle injonction de la mioche, elle allait forcément finir par se lasser au bout d’un moment, elle était déjà bien naïve de ne pas avoir encore lâché l’affaire.

- Change de date pour ta soirée mec, désolé, j’peux rien faire de plus pour toi. Le mieux, c’était de clore la conversation au plus vite, ne laisser à Fabien aucune ouverture dans laquelle il pourrait chercher à s’immiscer pour insister.

Il savait très bien que le gars n’allait pas annuler sa fiesta. Ils ne le faisaient jamais, ils risquaient trop gros pour plonger la tête la première et espérer que les potes soient compréhensifs. Ils ne l’étaient jamais, ce qu’on voyait dans les films, ce n’était pas que des conneries. Chacun sa merde, il n’allait quand même pas se mettre lui même dans les ennuis, juste pour éviter de la merde au gamin. Il avait joué, il avait perdu, il n’avait plus qu’à tirer meilleur profit de la situation, tant que ce n’était pas Caleb qui était impacté, ses magouilles, c’était à lui de voir.
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