« Heart and soul » // Jalen et Elliot

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MessageSujet: « Heart and soul » // Jalen et Elliot   Mer 11 Mai - 23:51

Jalen aime ses deux chatons Nina et Simone. Jalen aime se brûler la langue avec un thé trop chaud. Jalen aime quand l’aiguille perce le tissu et effleure son doigt. Jalen aime le ‘clic’ distinct du déclencheur de son vieil argentique. Jalen aime quand il y a encore une trace de dent sur son cou le matin au réveil. Jalen aime peindre ses ongles de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Mais aujourd’hui Jalen n’aime rien du tout. Ses chats sont endormis dans un coin de l’appartement, son thé a refroidit, personne à capturer dans sa jolie boîte à image, personne à habiller, personne dans son lit, même son vernis s’est écaillé.  Dans ces moments là, Jalen pense trop et c’est mal. Sa porte est fermée, son téléphone éteint. Ille ne veut voir que son propre reflet, et encore même ça c’est trop. Même choisir une tenue ne l’intéressait pas aujourd’hui, allongé.e à moitié nu.e dans son canapé, sous une couverture épaisse. C’est trop tard pour faire quoi que ce soit, même dormir.

La fumée de sa cigarette s’envole vers le plafond, les douces basses des enceintes est le seul bruit qu’ille peut supporter. Jalen est pas guéri.e, pas encore, ça va venir, des fois on dirait que c’est fini et puis il y a des jours comme ça. Des jours de rien, des jours vide où la parole disparaît à nouveau de son monde. Impossible de pleurer, parce qu’ille est pas triste, ses émotions flirtent avec le néant, et c’est encore pire. Pleurer ça prouve qu’on est encore là, pleurer c’est la détresse. Le silence c’est quand on a pas envie d’être sauvé.  Jalen pense même pas à mourir, mourir c’est possible quand on est en vie et ille ne sait même pas où ille en est de ce côté là. Les chansons défilent, les clopes se consument et toujours rien. Son expression figée, son regard lointain. Jal commence à se demander s’ille s’est pas déjà endormi.e, si tout ça c’est pas juste cet état bâtard entre sommeil et éveil, quand on est conscient et inconscient à la fois.

Tout allait bien jusqu’à hier. Tout. Jalen habitait dans la ville de ses rêves, avait les diplômes de ses rêves et vivait habilement de ses deux passions, ille avait tout un flot d’amoureuxses, un endroit où exposer son art. Son sourire était de retour, son identité se construisait et se précisait de plus en plus, ille n’avait plus peur de rien. Enfin presque. Il a suffit d’une journée de boulot particulièrement stressante et d’un regard de travers sur ses jolis ongles et son nombril découvert pour le.a replonger dans cet état second. Mutisme et agoraphobie. Aujourd’hui ille n’avait pas pu se résoudre à quitter son appartement, c’était trop dur. La porte elle même le rendait anxieux, ille ne pouvait même pas la regarder, de peur qu’elle s’ouvre toute seule, pour l’emporter de force hors de son petit confort, devant tout le monde, sans son habituel bouclier de confiance.

Puis c’est arrivé, le grincement des gons accompagné d’un léger courant d’air et cette fois Jalen est réveillé pour de bon. C’est interdit de faire ça aujourd’hui, peu importe qui c’est, c’est interdit. Et puis qui ça peut être, qui fait ça, entrer sans prévenir, briser son cocon, détruire la mi-stabilité dans laquelle ille s’était enfin installé.e. après plusieurs crises d’angoisse. Jalen ment. Ille sait exactement qui c’est. Mais pas ce soir. Ce soir c’est pas possible, ce soir le coeur n’y est pas, s’occuper de son propre cas est déjà un défi insurmontable, ille n’y a pas la place pour une deuxième âme désespéré dans sa bulle de chaleur. D’habitude, Jal l’accueille avec  amour, ille le serre fort dans ses bras et l’écoute pendant des heures, parfois il crie mais Jal ne perd jamais son calme, ille lui caresse le dos et le serre encore plus fort quand il le.a repousse. C’est comme ça d’habitude, mais ce soir c’est différent alors Jalen se cache sous sa couverture, comme si elle allait le.a faire disparaître. « Fuck off. » Murmure-t-ille, à peine audible.
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MessageSujet: Re: « Heart and soul » // Jalen et Elliot   Mer 1 Juin - 0:38

« Alors, connard, j’te jure que c’est la dernière fois que je pose la question : où est caché la came ? »

Une nouvelle goutte de sang roula sur sa peau pâle, le long de ses pectoraux, lorsque le poignard qui le tenait en joue fusionna un peu plus avec la fine peau de son cou. De nouvelles larmes, de peur et douleur, roulèrent sur ses joues.

« TU VAS PARLER OU J’TE BUTE PAUVRE MERDE ?! »

Les postillons qui humidifièrent le visage paniqué du junkie furent suivis d’un coup de genoux en plein estomac. Un cri brisé s’échappa de ses lèvres et il se recroquevilla autant que la lame ne le lui permettait. Ce n’était pas par bienséance pour ses fournisseurs qu’il se murait au silence, c’était pour sauver sa peau. Il venait tout juste d’être livré, s’ils ces types lui prenaient tout, il n’aurait plus rien à vendre, plus aucun moyen de rembourser sa livraison. Et alors le gratin du deal londonien le pendrait sûrement par les pieds au-dessus d’une marmite d’eau bouillante. Ou autre chose dans ce genre, vous savez comme avec des piranhas et les trucs qu’on trouve dans les films.

« Eh tu d’vrais lui faire un sourire à la Joker, il pourra plus chanter, ça lui fera fermer sa gueule ! »

Des rires marquèrent l’approbation, et le couteau tâché de sang se refléta dans les prunelles humides du dealer. Un instant après, il sentait le métal froid forcer l’entrée de sa bouche.

« Faut aller jusqu’où pour qu’il recommence à couiner ? »

Sa gorge se noua quand tout fut prêt pour l’incision. Il ferma les yeux, pria n’importe quelle divinité de se manifester.

« PLUS PERSONNE NE BOUGE ! »

La demande d’immobilité fut déclencheuse d’une agitation sans précédent. Ses agresseurs abandonnèrent sans un regard le corps malmené de leur victime en boxer, piétinant dans leur course ses vêtements en lambeaux. D’un côté, on prenait la fuite, d’un autre, on ouvrait le feu. Elliot se recroquevilla au milieu, mains sur la tête, au sol, contre le mur familier après que sa tête l’ait heurté à plusieurs reprises tout à l’heure. Quelques policiers s’engagèrent aux trousses de ses bourreaux pendant deux autres vinrent à sa rencontre. Ils firent pression sur un point à l’arrière de son cou pour l’allonger à plat ventre et lui passèrent les menottes.

« Eh, ça va aller ? »

En hochant la tête, il songea qu’il n’avait jamais autant apprécié les flics qu’aujourd’hui. Quand même pas non plus de là à dire que c’était eux les dieux.


Le type en uniforme, d’un âge suffisamment avancé pour qu’on le considère comme expérimenté, soupira. Une fois de plus. Une personne qui gardait le silence était toujours frustrante pour son interrogateur, mais lorsqu’il s’agissait de la victime qui protégeait ses intérêts, l’agacement atteignait son paroxysme. Il n’avait même pas le droit de le frapper.

« C’est ridicule cet acharnement à fermer ta gueule comme ça, ils vont finir par t’retrouver. Et on s’ra pas là pour t’protéger quand ils t’arracheront les couilles. Tu comprends c’que j’te dis ? »

Assis au fond d’un siège en plastique inconfortable, ses yeux sombres et brillants fixaient le vide face à lui avec la plus grande attention. La fièvre montait, il devait sortir rapidement pour soulager sa peine. Il n’y avait rien à faire pour celle physique, qui avait été vaguement pansé par quelques bandages, serrés autour de ses côtes cassées et de son bras tordu ; et pansements sur ses coupures, sur son cou et l’intersection de sa lèvre. C’est l’autre qu’il devait combler, le mal mental qui hurlait sa faiblesse à son corps, le manque insoutenable, celui qui dictait sa ligne de défense.
Nouveau soupir, celui de la résignation peut-être. Il ne pouvait pas le jeter en garde à vue en attendant que son manque soit suffisamment insupportable pour qu’il parle en échange de sa liberté. Pour une fois, il était la victime, pas l’accusé. Il ouvrit la porte et passa la tête dehors.

« C’est bon, ça sert à rien, j’perds mon temps, filez lui des vêtements et foutez le dehors. »

Dehors, il inspira à fond, avant de décamper rapidement, caché sous un sweat trop petit et un jean trop large. C’était le problème lorsque l’on faisait 1m90 mais que l’on était aussi costaud qu’un squelette. Outre la dégaine d’un enfant passé à l’étireuse. Il commença par se rendre dans le minuscule local abandonné à quelques rues de chez lui, dans lequel était caché, sous une dalle cassée, sa précieuse livraison. Ils ne pensaient pas quand même pas qu’il gardait tout chez lui ? Il glissa dans ses poches trois doses d’héroïne, un sachet de cannabis et un dernier de cocaïne, avant de s’éclipser rapidement. Il avait hâte de rentrer chez lui, se piquer, puis se recroqueviller dans son lit où il pourrait dormir, en position fœtale de sécurité, dans des vêtements qui seront à lui. C’était sans compter les hommes qui l’attendaient en bas de chez lui. Rien que les apercevoir lui fila des sueurs froides. Alors ses jambes le lâchèrent lorsque les silhouettes le découvrirent et se mouvèrent dans sa direction. Il sauta dans le premier bus qui passa au coin de la rue. A l’intérieur, une fois celui-ci démarré, il recommença seulement à respirer, les membres tremblants. D’accord, c’était fini, il fallait qu’il retrouve son calme. Il suffisait à présent qu’il trouve un coin où se piquer et tout irait mieux. On verra plus tard où il passera la nuit. Ses yeux examinèrent le trajet de la ligne de bus et son visage retrouva soudainement un peu de couleur. Wandsworth, voilà où il allait ! Il réajusta sa capuche sur ses cheveux en pétard et s’installa sur un siège. Bientôt, tout irait mieux.

Il n’avait eu aucun mal à retrouver la rue, devenue familière au fil de ses visites. Il y avait toujours ce vélo, solidement attaché au bout de sa chaîne mais dont les roues manquaient. Un peu plus loin, il y avait ce chat, âgé ou malade, qui feulait systématiquement à son passage. Parfois, des renards étalaient ces poubelles au sol et se battaient les restes de nourriture au milieu des déchets. Il était arrivé quand il entendait les voisins du deuxième étage s’engueuler. Même si l’environnement semblait hostile, il aimait venir ici. Il se sentait déjà apaisé.
Ses pas le guidèrent jusqu’à la porte d’entrée, celle qui annonçait la demeure de l’être atypique qu’était Jalen. Il entra sans frapper. Déjà, il imaginait des bras le serrer, une voix douce le réconforter, une prunelle bienveillante le fixer. Il ferait battre à nouveau son cœur plus régulièrement.
La porte claqua négligemment derrière lui. La torpeur des lieux était brisée par sa faute. Il commença par se débarrasser de son haut en le jetant au milieu de la pièce pour retrouver sa liberté de mouvements et l’accès à ses bras. Il chargea ensuite sa seringue et se soulagea d’un geste assuré. Bonne chose de faite.

A pas de loup, le junkie gagna le lit de son amant.e. Naviguant dans un monde décoloré qui n’appartenait qu’à lui, il ne réalisa pas que rien n’était comme d’habitude, que ça n’allait pas. Il ne faisait jamais attention à rien.

« Hey you »

Le musicien tira la couverture pour se glisser dans le lit, se blottir contre le corps sans visage, caché par un oreiller. Il le.a couvrit de bisous dans le cou, que son pansement rendait irritant, avant de s’abandonner contre sa poitrine, son oreille rythmée par les battements de son cœur.

« I had a fucking bad day, you can’t even imagine! »

Il avait troublé sa mélancolie, mais il ne voyait toujours rien. Il ne se rendait pas compte qu’ille n’allait pas bien. Le toxicomane était trop occupé à se pencher pour attraper le paquet de cigarettes qui ne lui appartenait pas sur la table de chevet opposée. Puis il le.a dérangea encore pour le briquet. A présent, il fixait le plafond en crachant des ronds de fumée, qui tournoyaient et dansaient dans son esprit. Il n’avait même plus mal nulle part, il était comme vide. Il lui arracha l’oreiller.

« You don’t talk ? »
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MessageSujet: Re: « Heart and soul » // Jalen et Elliot   Ven 1 Juil - 3:06

Jalen a l’impression que des heures se sont écoulées depuis que le bruit de la poignée et le grincement de sa vieille porte d’entrée. Ille s’est endormi, juste quelques minutes, le temps d’oublier que sa nuit ne faisait que commencer. Ses yeux s’ouvrent soudainement, ille essaye de bouger mais quelque chose le retient. On dirait presque une crise cardiaque, une pression sur son torse comme nu, une enclume qui l’empêche de respirer. Son cou brûle mais pas comme ille l’aime d’habitude, comme si on le frottait avec du papier de verre. Jal ne dit rien. Se rendormir, se rendormir pour que tout cela disparaisse, se rendormir pour réouvrir les yeux et être à nouveau seul.e, se rendormir pour ne pas crever.

Il fait affreusement chaud sous cet oreiller, Jalen ferme les yeux si fort que cela en devient douloureux, la douleur libère ses sanglots, ille s’étouffe dans ses larmes et résiste tant bien que à la température asphyxiante, tout sauf montrer son visage. Ille déteste son reflet plus que tout aujourd’hui. Tout allait si bien, tout était si beau, tout était simple et tranquille, il faisait même beau et chaud et pourtant. Jal refuse de se préoccuper du regard des autres, le problème et bien plus profond, bien plus. Les regards de travers n’ont servi qu’à réveiller un mal-être piètrement dissimulé au fond de son âme. Son corps a toujours été un problème, toute sa vie. Enfant, Jalen était trop frêle pour jouer à la bagarre ou au foot avec les garçons de son quartier, quant aux filles, elles considéraient Jal comme l’un.e des leurs et s’était avidement moquées quand ille avait enfin trouvé le courage d’avouer son amour à une de ses petites camarades.

Son corps était comme une prison, alors pour rendre sa cellule un peu plus confortable, Jalen l’avait décorée de motifs et de bijoux, de tissus colorés et de peintures satinées. Mais derrière les ornements, les murs froids et la grille infranchissable demeurent et sont plus ou moins visibles selon les jours. C’est le cas aujourd’hui, aujourd’hui Jal pleure parce qu’un inconnu est incapable de deviner ce qu’ille est, qui ille est au premier regard. Ainsi, aussi heureuxse soit-ille d’avoir trouvé son identité, Jalen regrette parfois sa période pré-coming out, oubliant momentanément que ces longues années furent difficiles, destructrices et l’avait rapproché.e plus proche que tout de la mort.

Toujours dans l’incapacité de respirer correctement, Jalen préfère retenir son souffle et attendre, immobile. Pas pour longtemps, car bien vite, son seul confort lui est arraché. L’air frais atteint enfin son visage, ille se doit d’admettre que la sensation est agréable et prend une grande inspiration, ses yeux toujours clos, pourtant totalement éveillé désormais. La voix d’Elliot, Jalen sent son souffle chaud sur sa peau et serre les poings. Ille ne répond pas à la question du musicien, sauf si l’on considère un faible mouvement de la tête comme une réponse acceptable. Les deux mots laborieusement prononcés quelques minutes plus tôt avaient suffit à lui faire à nouveau oublier comment parler. Jal se retourna de manière à ne plus avoir Elliot dans son champ de vision et, petit à petit, libéra ses pupilles et se laissa tomber sur le tapis, face à la table basse, dos à son invité fortuit.

Ile craque une allumette, la fumée disparait vers le plafond. Ongles entres ses dents, ille sent le goût âpre du vernis se détachant inexorablement de son doigt. Ses médicaments sont dans le tiroir d’en face, Jalen n’a qu’à tendre la main pour passer une bonne nuit. Ille n’y a pas touché depuis des semaines et s’apprêtait même à jeter la boîte. Plus maintenant. Néanmoins, surement pas devant ‘lui’, lui juste derrière à qui ille a refusé d’accorder un regard, à qui ille est incapable d’adresser la parole pour le moment. Pourquoi ce soir ? Pourquoi il était entré comme ça sans raison ? Pourquoi n’avait-il pas remarqué, puis disparu ?

Comme un geste désespéré, Jalen écrase sa cigarette sur le verre de la table et se jette sur le lit, agrippant les poignets d’Elliot et plantant ses ongles dans sa fine peau, si pâle qu’on y devine clairement le bleu de ses veines. Ille ouvre la bouche et essaye de toute ses forces de dire quelque chose, ou même de hurler mais rien, toujours rien. Ses dents s’enfoncent dans son épaule osseuse, faute de mieux. Jal espère que la douleur le fera quitter l’appartement au plus vite, pour retrouver le sommeil, et la potentialité d’une amélioration dès le lendemain matin.
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MessageSujet: Re: « Heart and soul » // Jalen et Elliot   Jeu 1 Sep - 17:04

Dans le havre de paix qu'était le petit appartement de Wandsworth, le junky était venu chercher du réconfort et de l'apaisement. À chacune de ses visites, et sous réserve qu'ille soit seul.e, bien sûr, son amant.e était au petit soin pour lui. Ille lui délivrait avec patience toute la tendresse et l'affection dont son hôte manquait généralement. Combien de fois avait-il passé des nuits blotti comme un enfant au creux de ses bras chauds, les yeux encore humides de larmes.
Alors aujourd’hui, pour palier à son affreuse journée, Elliot s'était imposé dans ce lit douillet. Il voulait retrouver ces sensations qu'il chérissait suffisamment pour avoir fait le déplacement, cette petite flamme dans son ventre. Ce n'était pas de l'amour, de son côté du moins, il avait cessé d’être capable d’aimer il y a trop longtemps pour y remédier. Ces moments privilégiés comptaient néanmoins énormément pour lui. Ils composaient l'une de ses dernières attaches au monde réel. Ses lèvres, sa joue, son cou, tout son corps meurtri cherchait désespérément un peu de douceur, celle qu'il avait imaginée dans le bus en venant ici. Des caresses réparatrices, et repartir comme neuf le lendemain. Sauf que le musicien n'était pas le seul à souffrir aujourd'hui. Douleurs mentales et physiques vont de mises dans bien des cas.

Jamais Elliot n'avait accordé d'attention à la crise identitaire de Jalen. Depuis qu’il le connaissait, ille avait toujours été ainsi. Pas vraiment un homme, pas vraiment une femme mais un arc-en-ciel. Une lumière éclatante qui jetait un peu de couleur dans son âme sombre. La sexualité du junkie ne se souciait par ailleurs pas de la théorie des genres ou de son identité formelle, il savait reconnaître ce qui lui faisait du bien. Et c'était les prunelles amicales de son.a partenaire. Actuellement, elles étaient cachées d'un oreiller, mais il devinait leur souriant éclat, et les lèvres douces qui viendraient l'embrasser. Il ne pouvait plus attendre, il lui ôta sa cachette en le débarrassant de sa cachette aussi brutalement que ses blessures le lui permettaient.

Rien ne vint. Ni réponse, ni baisers. L’invité indésirable fit une moue boudeuse. Sa source de chaleur se tourna pour lui échapper, et se leva, l’abandonnant pour de bon. Le lit lui sembla brusquement froid et inamical. Ses boucles brunes trouvèrent l'oreiller humide, il y plongea son visage. L’odeur familière perturba ses sens. Son rejet était définitivement incompréhensible pour son cerveau enfumé. Ses mains quittèrent le lit pour le frôler, le ramener à lui.

"Come back"

N'importe qui aurait senti le malaise, celui qui heurtait le plafond au-dessus de leur tête, ou la tension, qui irradiait comme des noyaux en fusion de l’être debout, ou juste les larmes, de mal-être. Mais il était aveuglé, par sa propre détresse et les opiacés.

"What are you d..."

Ses mots se transformèrent en un cri. De douleur et surprise. Les ongles, les dents, pourquoi il lui faisait mal comme ça ? Et son poids sur ses côtes brisées ? La victime couina encore. Jamais il ne s'était comporté comme ça auparavant, avec lui, jamais il n’avait fait preuve de violence ou cruauté. Est-ce qu’il jouait ? Les cellules de son épiderme en deuils témoignaient du contraire. Il essaya de le pousser pour le dégager. Mais ses jambes, ses bras, ses abdominaux, tous ses muscles refusaient de répondre correctement. C’était comme une rébellion de son corps, qui avait accumulé trop de souffrances sur une même journée pour accepter d’obéir encore.
Il fallait que ça cesse. Maintenant. Sa paume se referma sur une large touffe de cheveux, qu’il tira violement, pendant que son pied cogna ce qui vient à sa rencontre, et que son poing émit un bruit sourd, en rencontrant ce qui semblait être un visage.

« You’re such a fucking motherfucker twat! »

Avec acharnement, n’écoutant que sa colère, il continua à le malmener, le bousculer, jusqu’à ce que le propriétaire tombe de son lit.

"What the fuck is wrong with you?"

Elliot frotta son épaule et son torse sanglant. A genoux sur le lit, il se pencha au-dessus du vide, défiait de sa hauteur la silhouette prostrée au sol. Ses doigts confisquèrent le paquet de cigarette dans lequel il se servit. A la lumière de la flamme du briquet, on pouvait lire une prédominance d’incompréhension sur tous ses autres sentiments. Cette journée était définitivement une catastrophe.
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MessageSujet: Re: « Heart and soul » // Jalen et Elliot   Ven 30 Sep - 23:32

C’est terrible. Terrible de faire souffrir, terrible de faire souffrir alors que l’on souffre soi-même. Terrible d’infliger à l’autre ce qu’on ne connait que trop bien. Tout son esprit, son intérieur est en train de se consumer. Elliot, là, ici, ce soir, c’est comme si on lui enfonçait un poignard dans une plaie béante. C’est trop tard pour tout ça, trop tard pour les caresses. A dire vrai, Jalen en meurs d’envie. Ille aimerait pouvoir se laisser aller dans ses bras, tout oublier et dormir, enfin. Mais c’est pas possible ça, pas avec Elliot. C’est toujours à ses propres bras, pourtant si frêles de faire tout le travail et tout ça pour s’en prendre plein la gueule la plupart du temps. Pourtant Jal sait, ille sait que c’est pas pour rien, qu’ille sert un minimum à quelque chose dans la vie du musicien. Et puis ça a toujours été comme ça de toute manière. Toujours faire passer les autres avant soi, pour oublier qui l’on est et que l’on a aussi besoin d’être aimé.

Beaucoup de gens choisissent le polyamour pour ne pas s’emmerder avec la fidélité, ou parce qu’iels ne peuvent se résoudre à centrer leurs sentiments sur une seule personne. Mais chez Jalen c’est encore autre chose, son manque d’amour pour sa propre personne fait qu’ille en a trop à donner aux autres, beaucoup trop, jusqu’à oublier qu’il est impossible de vivre sans s’en offrir un peu, pour se donner la force d’avancer, de continuer, de pas crever. Alors ille aime sans relâche, ille embrasse et câline tout les jours, hurle ‘je t’aime’ à tout bout de champ sans même attendre qu’on lui hurle en retour. C’est peut être de ça dont Jal a besoin, d’un ‘je t’aime’ gratuit sans concession, un je t’aime qui veut juste dire ‘tu es important’, ‘tu existes pour une raison’.

Ce soir, Elliot ne lui offrit que douleur. Ille se laisse malmener, frapper, bousculer sans lâcher prise, jusqu’à ne plus en pouvoir et glisser sur le sol glacial, son corps anesthésié. Son âme souffre trop pour comprendre les blessures infligées à son enveloppe. Jal se recroqueville, enlaçant ses genoux osseux, toujours incapable de pleurer même s’ille en meurs d’envie. « I can’t do this anymore » fit-ille dans un murmure, la voix tremblante. Son seul souhait serait de pouvoir s’enfoncer dans le sol pour disparaître à jamais. Tout abandonner, sans laisser de trace. Pour toujours partagé entre ‘j’ai besoin qu’on m’aime et qu’on me chérisse’ et ‘je ne mérite ni votre amour ni votre attention’.

Jalen use de toutes ses forces pour se redresser et s’assoir, dos au lit, dos à Elliot, dos à la vie. Il est trop tard pour tout ça. De plus en plus tard. Le son sec du briquet le.a fit sursauter mais ille ne se retourna pas, tout ce qu’ille ne voit pas n’existe pas. Jal ne cessait de se répéter cela, encore et encore, pour s’en persuader et peut être, peut être tout faire disparaître par la seule force de sa pensée. C’est trop dur d’affronter la réalité, surtout quand la réalité est pire qu’un cauchemar. Devant lui y’a la fenêtre. Derrière le cauchemar, devant, la liberté. « What would you do if I jumped out the window ? » dit Jalen soudainement, sans espérer de réponse, sans même savoir à qui ille posait la question.

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