plutonic (jane)

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MessageSujet: plutonic (jane)   Mer 11 Mai - 8:51

Allô la Terre, ici Pluton. Foutu caillou galactique perdu, si loin du soleil, destitué de son titre de Planète, qui errait désormais dans l’univers. Ouais, y avait un truc avec Pluton, qui inspirait beaucoup Jules à l’heure actuelle. Si jamais il devait s’envoler dans l’espace, sans doute choisirait-il cette destination lointaine. Partir si loin du soleil qu’on ne l’aperçoit même plus, sur un caillou qui ne fait même plus partie du système. Enfin, je vous dis ça, mais honnêtement, il n’y avait pas grand-chose qui l’inspirait vraiment là, maintenant. Il n’était pas en état. Sa raison, sa pensée, tout son esprit avaient fichu le camp, loin dans les étoiles. Tout s’était évaporé et échappé par les conduits d’aération. Jules n’était rien, plus rien. Vous savez, la consommation d’héroïne, ça va crescendo. Au début, c’était ponctuel. Il en avait consommé une fois avec Angèle, un soir. Puis plus rien pendant quelques jours, semaines. Le temps qu’il trouve le courage d’en demander à Elliot. Et puis ça avait été une fois ou deux dans la semaine, ces soirs où il se sentait tellement mal qu’il fallait tout simplement éteindre son cerveau. C’était ça, le vrai challenge du truc. Le trip hallucinatoire, l’extase, c’est bien. Mais le mieux c’est quand on en prend juste assez pour ne plus rien ressentir. Vous savez, quand le temps est comme suspendu, et qu’on ne se sent ni mort ni vivant. Sauf qu’en général, on fait ça chez soi, sur son canapé. Pas dans la cage d’escalier.

Plus tôt dans la journée, genre ce matin, Curtis, le jeune frère de Jules avec qui il partageait son appartement, avait tenté pour la première fois de sa vie de glisser un mot à son frère au sujet de sa consommation d’héroïne. C’était en général un sujet tabou. Personne dans la famille n’osait en parler à Jules. Ni Bonnie, l’aînée blasée, ni Poppy la jumelle désespérée, ni Curtis le frère apeuré. Jo et Savannah s’en fichaient quoi qu’il arrive, donc bon. Les autres étaient tellement mal de cette découverte, depuis quelques mois, qu’ils n’en parlaient pas. Le truc, c’est que Jules était passé de sa petite consommation secrète à une sorte d’addiction décomplexée. C’est exactement ce dont Curtis voulait parler. Sérieux Jules ? Non mais, pique toi si tu veux mais de là à laisser trainer tes seringues dans le salon… Ca va quoi ! Je vais finir par marcher dessus et me piquer aussi ! Jules s’était bien marré à cette idée, son thé dans ses mains, affalé sur le canapé. Ca te ferait pas de mal, j’te trouve tendu. Qu’il s’était contenté de répondre. Curtis, tout en mettant son casque de musique autour du cou, avait répliqué, pour une fois. Il avait dit tout un tas de truc comme quoi Jules allait vraiment de pire en pire, que c’était insupportable de vivre avec un toxicomane et qu’il pensait vraiment qu’il fallait faire quelque chose. Sans doute parlait-il d’une cure de désintoxication. Jules, l’avait entendu d’une autre oreille. Personne t’oblige à rester. J’te rappelle que c’est mon loft. Si ce que j’y fais te plais pas, barre-toi ! avait donc conclut Jules. Curtis n’avait pas osé, sur le coup, dire que s’il restait c’était parce qu’il craignait que son frère ne meurt d’une overdose pendant son absence. Qu’il voulait être là au cas où il s’étouffe dans son vomit dans son sommeil, au cas où il ne tente de se suicider comme tout le monde pensait qu’il finirait, ou une connerie du genre. Il s’était contenté d’un long regard, douloureux. Ca faisait mal de voir son frangin dans un tel état. Ce frangin que Curtis avait tant aimé, tant admiré. Il n’y avait plus grand-chose à admirer à présent. Les larmes aux yeux, Curtis était sorti de l’appartement en claquant la porte et en gueulant un truc du genre m’attends pas ce soir ! Jules aurait bien répondu qu’il ne l’attendait de toute façon jamais, mais il haussa simplement les épaules.

Le reste de la journée, Jules n’avait pas fait grand-chose. Il aurait pu passer au salon de tatouage, s’habiller décemment ou truc du genre, mais non. Il avait décidé de ne rien foutre aujourd’hui, rattrapé par ses vieux démons de flemmardise qui l’accompagnait depuis ses dix-sept ans. Il avait passé la matinée à gratter sur sa cigarette jusqu’à en avoir les doigts qui piquent, chose qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps et qui était pour lui le signe qu’il ne prenait plus assez de temps à jouer. Il n’avait plus de cornes sur le bout des doigts. Il aurait pu blâmer le salon de lui prendre tout son temps, mais on savait pertinemment que ce n’était pas le cas. L’héroïne avait happé sa vie, ses passions, ses envies pour le transformer en loque maigre et blanchâtre qui comate sur le canapé. Tiens, parlant de ça. La guitare avait été posée à côté de lui, sur le canapé, comme s’ils étaient en train de regarder un film en amoureux. Mais Jules ne regardait pas un film. La petite boite en ferraille dans laquelle il rangeait, auparavant, capotes et weed, était ouverte sur la table basse. Désormais, elle contenait seringue, cuillère, coton, briquet… bref tout ce qu’il fallait pour se faire un bon fixe. La substance venait de passer dans les veines de son bras. Il la sentait partir dans tout son corps au rythme de ses pulsations. Un, deux, trois… il n’eut pas le temps de compter d’avantage que la merveilleuse sensation s’empara de lui. Un soupir d’aise sortie de sa bouche. Il se sentait mieux.

Il avait enfilé, tant bien que mal, un t-shirt noir qui comportait l’inscription suivante « Grunge is dead ». Les connaisseurs comprendront le clin d’œil. Jules trouvait, en plus, que ce t-shirt était vraiment cool. C’était l’un de ses préférés (il se fit la remarque en descendant les escaliers d’un pas léger) . Le jean qu’il portait ressemblait à un baggy tellement il tombait trop large. Encore un signe que sa perte de poids était juste, terrifiante. Mais il ne s’en rendait pas compte. Il ne se rendait pas compte qu’il n’était plus qu’un tas d’os, sans chair, sans rien. Il avait une clope fumante entre ses lèvres alors qu’il se trouvait encore dans le hall de l’immeuble, près des boites aux lettres. D’ailleurs, ça ne semblait pas plaire à la petite voisine, là juste à côté de lui. Elle fit une réflexion, Jules ne la compris tout simplement pas. Il l’ignora une première fois mais elle balança un truc du genre : Hey, HEY ? pour attirer son attention. Du coup, Jules, qui était en train de regarder ses clés pour essayer de retrouver celle de la boite aux lettres, releva les yeux sur elle, la voisine. Il ne l’avait jamais remarqué. Pourtant, elle semblait avoir son âge, elle avait l’air sympa. Jules se souvint s’être attardé sur le t-shirt qu’elle portait, elle aussi, et l’avoir trouvé cool. Il ne s’en souvient pas bien, parce que franchement, il était complètement défoncé. Elle indiquait la clope du menton, puis le détecteur de fumée. Enfin, un truc comme ça. Jules fit un souvenir tordu, marmonna un Désolé. et jeta la clope sur le sol et l’écrasa avec sa basket. C’était tout aussi malpoli, mais bon. Sans trop s’occuper de la voisine, il avait attrapé son courrier et il était reparti sans un mot dans son appartement.

Bref voilà, c’était en gros la seule chose qui s’était passé dans sa journée. Alors pourquoi il était là, dans la cage d’escalier, en train de faire un bad trip, persuadé de crever dans ce même escalier (ce qui n’était pas une mauvaise chose) ? Ce n’était pas comme s’il avait besoin d’une raison, maintenant. Au début, il y en a une. On en prend dans les jours de grand mal, on le prend de façon exceptionnelle. Là, c’était tout bête. Il était sorti pour refaire le plein, dans le stock d’Elliot (il lui avait envoyé un sms pour lui demander s’il pouvait se servir, il avait dit oui), il n’avait pas trouvé ses clés en rentrant. Le voici avec un sac de coke, et 100 balles d’héro sur lui, devant sa porte. Il avait tambouriné à la porte, rien. Il avait appelé Curtis, il n’avait pas répondu. J’imagine que c’est ce qui arrive quand, on est un drogué. Quoi qu’il en soit, une heure plus tard, il était là, sur ces foutus escaliers. Un peu de sa came dépassait de son sac à dos, posé à ses pieds. Il avait un bras qui pendait dans le vide, l’autre autour de son ventre et la tête posé contre le mur. Il peinait à garder les yeux ouverts. Pourtant, il le fallait. Il fallait qu’il choppe Curtis quand il passerait, rentrerait. (il avait déjà oublié que son frère avait dit ne pas rentrer le soir-même).

Heures ou minutes, impossible de savoir ce qui s’était écoulé. Mais Jules ouvrit à moitié les yeux quand il sentit une main lui donner une claque sur la joue. Il n’arrivait pas vraiment à bouger. En fait, il venait de se rendre compte qu’il s’était injecté une dose plus forte que l’accoutumée. Parce qu’il se sentait tellement amorphe, il n’avait jamais été comme ça – et c’était vraiment cool. Une voix, qui venait de très loin lui parlait. La silhouette fermait dans la hâte le sac débordant de drogue. Puis essaya de tirer Jules pour qu’il se lève. Il restait incroyablement moue, et, après avoir décollé son cul de quelques centimètres, il retomba sur celui-ci. Cela le poussa à ouvrir un peu plus grand les yeux, et un sourire fendit son visage. Ton t-shirt. fut la seule chose qui passa ses lèvres amusées. C’était la voisine, celle au t-shirt cool.
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MessageSujet: Re: plutonic (jane)   Lun 16 Mai - 15:21

Ca va être une sacrée journée. Fort heureusement, je vis avec la plus merveilleuse des colocataires, qui m'a préparé un copieux petit-déjeuner à base de pancakes à la myrtille, café et jus d'orange frais. Le tout est joliment disposé sur la table où une tulipe, dont le jaune ensoleille toute la pièce, est également disposé dans un long vase. Le tout est ponctué d'une note de Bridget, dont l'écriture toute en courbes et douceur m'informe qu'elle a commencé le travail très tôt et me souhaite une bonne journée. Je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter cet ange roux, mais je la bénis chaque jour. C'est donc avec l'estomac bien rempli et un large sourire que je me prépare à affronter ma journée. Je vais passer ma matinée à retourner quelques séquences, puis je dois suivre un peu la post-production, qui a commencé récemment. Nous en sommes à la phase où l'on fait un peu tout en même temps, ce long chemin avant la ligne d'arrivée. Elle semble paradoxalement très lointaine et beaucoup trop proche. Mais je ne m'en plains pas, j'aime être occupée. Je vérifie une dernière fois que j'ai bien ma bouteille d'eau vitaminée, mes clés et mon précieux carnet. Il contient toutes mes idées, toutes mes notes, dans un désordre structuré que je suis la seule à pouvoir comprendre. Impossible de survivre à une journée de travail sans. Un coup d'oeil à ma montre me confirme que j'ai amplement le temps pour choper un métro. Parfait. Je suis sûre que ce sont les pancakes de Bridget qui ont teinté ma journée d'un filtre de chance et de positivité.

Ou peut-être pas. Un voisin que je reconnais se tient dans le hall, une clope au bec, sans gêne aucune. « Vous savez, c'est interdit de fumer ici et vous risquez de déclencher l'alarme et Mrs Chu va salement vous engueuler. » La matriarche du troisième est en vérité très sympathique et elle fait les meilleurs rouleaux de printemps que j'ai jamais mangé. Mais, elle ne plaisante pas avec la discipline et n'appréciera pas de devoir quitter son appartement parce qu'un sale gosse n'a pas pu attendre d'être sur le trottoir avant de s'en griller une. Le gosse en question - dont j'aurais à vrai dire du mal à déterminer l'âge - a l'air plutôt mal en point. Il ne m'a clairement pas entendu. Je claque des doigts et lance quelques « Hey ! » pour attirer son attention. Il réagit enfin, lentement, mollement. Je désigne l'alarme et sa cigarette et il semble comprendre. Je ne suis pas sûre que les agents d'entretien apprécient le mégot abandonné dans le couloir, mais pas d'appel inutile aux pompiers, c'est déjà ça. J'esquisse un sourire au jeune homme, dont l'état m'inquiète un peu. Je l'ai déjà croisé et il pourrait se balader avec un panneau portant la mention toxico, ça ferait le même effet. Mais son état semble s'être empiré depuis la dernière fois que je l'ai vu. Il est plus maigre je crois. J'hésite un instant à le raccompagner chez lui, appeler sa famille ou un centre de soutien. Mais je dois travailler et je ne peux pas secourir le tout Londres.

Ma journée est effectivement trépidante et j'ai à peine le temps de prendre une pause déjeuner. Quand je parviens donc à rentrer en début de soirée, échappant de peu à une longue discussion sur les meilleures techniques d'éclairage en extérieur, c'est avec un soupir d'aise que je pousse la porte de l'immeuble. Il me tarde de prendre une bonne douche et m'enrouler dans un plaid avec une bonne tasse de thé pour crier et m'extasier devant le dernier épisode de Scandal. Ne me jugez pas, j'ai succombé aux pouvoirs de Shonda, comme tout le monde. Mais il semblerait que ce ne soit pas le plan pour moi ce soir, puisque je tombe - presque littéralement - sur mon fameux voisin avant d'atteindre mon palier. Il a l'air d'aller encore moins bien que ce matin. « Et merde ! » Je m'agenouille à ses côtés et pose deux doigts tremblants sur sa gorge. Je ressens les faibles battements de son coeur malmené. Et en mettant ma main sous ses narines, le souffle lent mais régulier réchauffe un peu ma peau. J'expire bruyamment, me rendant compte dans le même temps que je retenais jusqu'alors ma respiration. Je crois qu'il est devant son appartement, il me semble l'avoir vu en sortir. Lui et un autre garçon. Plus jeune, je crois. Un frère, un petit ami. Quelqu'un. Il a quelqu'un. Qui n'est visiblement pas là, tristement. Alors en attendant, je vais faire office de doublure.

J'essaie de le soulever, mais malgré sa maigreur, il pèse son poids le gaillard. Et je m'y suis prise comme un manche. Je resserre les bretelles de mon sac à dos en (faux) cuir, histoire qu'il ne me gêne pas. C'est alors qu'il se décide à grommeler quelque chose. Mon T-shirt? Qu'est-ce qu'il a mon T-shirt? Je penche la tête, comme par réflexe. Je suis un peu en retard sur mes lessives, alors j'ai ressorti un large T-shirt des Doors. Je l'ai noué sur le côté et assorti à un mom jean et une paire de talons noirs, jouant sur la vibe 90s jusqu'au bout. J'ai même osé le double denim avec ma veste. Je regrette un peu mon choix de chaussure là tout de suite. Mais visiblement, mon haut fait l'unanimité. « Il te plaît? Je te le prêterai à l'occasion, mais d'abord, on va te rentrer hein. C'est bien chez toi? » Je prends les bruits qui proviennent de sa gorge plus que de sa bouche comme une approbation et me permet de fouiller les poches de son pantalon beaucoup trop large et de son sac. Je mets finalement la main sur une clé, qui ouvre miraculeusement la porte. On a pas tout perdu.

Je parviens finalement à le remettre sur ses pieds et c'est après quelques pas bien difficiles que nous parvenons à l'intérieur. Je referme la porte et laisse la clé sur une table dans l'entrée, tandis qu'il s'effondre dans le canapé. Je m'avance pour le redresser dans une position verticale à peu près stable. Et maintenant quoi? Je ne sais pas trop comment m'occuper des drogués. J'ai eu des connaissances qui ont traversé de mauvaises passes avec la cocaïne et j'ai essayé l'ecstasy une fois. Mauvaise idée pour quelqu'un avec autant d'énergie que moi, mais bon, when at a rave... Mais il me semble avoir retenu quelque chose sur l'hydratation. Et un verre d'eau ne peut pas faire de mal. Je lui en apporte donc un. « Aller mon grand, bois ça, ça te fera du bien. Tu saurais me dire ce que tu as pris, par hasard? » Que je le dise aux pompiers, si jamais. Ou que je puisse googler quoi faire quand quelqu'un frôle l'overdose de... coke et/ou héroïne je suppose? Ben quoi? C'est le 21ème siècle et je n'ai pas envie d'envoyer mon voisin en prison, alors on va voir ce qu'on peut faire sans intervention extérieure.
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