kids are remarkably resilient creatures [cassie & ezra]

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MessageSujet: kids are remarkably resilient creatures [cassie & ezra]   Sam 9 Avr - 5:47


« kids are remarkably resilient creatures »
[cassie & ezra]

Il est souvent dit que l'individu se noie dans la masse. Cassie n'appartient pas à ce groupe : elle se débat dans cette masse, à la recherche de l'air ne serait-ce même qu'un souffle, un tendre et fragile souffle qui lui donnerait la force de se battre encore, ne pas s'abandonner dans le triste sort que de n'être qu'une autre noyée. Par paresse, cynisme ou désespoir, certains laissent les flots de la multitude les inonder, leur personnalité devient statistique, leurs eulogies incinérées et leur importance cacochyme. Cassie, par amour pour la vie ou encore pour la discorde, refuse de se plier à ce mécanisme et préfère siéger sur un trône vacillant en marge de la société, près du précipice du rejet.

Chaque jour, Cassie s'impose un tenace et interminable combat, lequel est perdu d'avance. Pourtant, elle continue de se battre.

Avec évasion, elle replace ses cheveux, les envoyant choir contre le derrière de sa tête. Dans cet autobus, certains la fixent. Slut. Whore. Hot as fuck. Ses caractéristiques selon ceux et celles qui jugent ses habits révélateurs. Cassie ne s'en offusque pas. Elle n'est certainement pas une sainte et ne recherche aucune absolution. Au contraire, si elle peut ne serait-ce qu'un instant minuscule ressentir une parcelle de joie grâce à une sexualité débordante ou encore par l'abus de psychotropes, peut-être aurait-elle à nouveau espoir. Après tout, elle n'a que quatorze ans et s'apprête à sortir dans un bar. And she is a slut, certes. Coûteux fut l'exploration de ses désirs, de sa bisexualité, mais elle ne regrette rien. Un homme en particulier semble incapable de ne pas l'observer. Un jeune cinquantenaire. Bel homme pour son âge. Cassie, victime de sa déviance, serre ses lèvres, mimant un baiser, ses yeux croisant ceux de l'inconnu mûr. Ce dernier, détourne le regard, humilié, coincé dans son voyeurisme. Une bande de garçons s'approchent d'elle, conquérants s'imaginent-ils vraisemblablement. Ils pérorent avec elle, feignant l'intérêt pour sa personnalité, alors qu'ils s'interrogent en réalité davantage sur la forme de ses seins pubères. Cassie ne peut leur en vouloir, elle-même pariant contre elle-même l'ordre croissant des tailles de leurs pénis. Des adolescents, toutefois. Assurément, au moins deux des cinq sont vierges, alors qu’un autre refoule son homosexualité. En reste deux, si tout se passe bien. Three is party, songe-t-elle.

Elle se plait à étudier leurs traits. L’un d’eux a des cheveux blonds très longs qu’il attache derrière sa tête. Cassie songe qu’il serait certainement plus joli s’il laissait ses cheveux libres. Elle se dresse, courbant ses bras derrière le cou du jeune garçon, afin de se tenir en équilibre dans cet autobus bondissant. Ses mains agiles se mettent à retirer l’élastique qui contient ses cheveux en un chignon maladroit, alors que leurs corps et leurs visages ne sont qu’à une mince distance l’un de l’autre. La tignasse du beau gosse tombe, se détend, le rendant d’autant plus charmant aux yeux de Cassie, ce que celle-ci ne manque pas à lui signifier. Le pauvre, tout excité, ne peut se retenir, alors qu’elle sent sa masculinité se gonfler contre elle. Sur la pointe des pieds, elle lui susurre à l’oreille que s’il l’accompagne au bar où elle se dirige, elle ne manquera pas de lui montrer son appréciation dans les toilettes, ceci, accompagné d’un appui de sa langue contre sa joue, faisant allusion à la fellation qu’elle n’hésitera pas à lui faire. L’adolescent, du haut de ses seize ans, est autant plus excité, comme Cassie se retourne vers son ami, dont les yeux noirs riment avec ses courts cheveux. La main de la Canadienne agrippe le manteau du second garçon, l’inclut dans l’intimité qu’elle vient de créer.

« I mean, it would be a shame if your friend wouldn’t get lucky tonight. Like I like to say, three is a party, don’t you think? »

Tourmentés jours et nuits par leurs pulsions, les deux adolescents ne semblent pas se faire prier. Les regards virils qu’ils s’échangent démontrent la fermeté de leur envie commune de partager cette conquête. Cassie a réalisé depuis un moment que les jeunes garçons troublés par leurs hormones sont prêts à beaucoup de choses afin de se libérer de leurs désirs envahissants. Le double-decker finit par s’arrêter devant le bar qu’elle a sélectionné. Elle invite alors les garçons à la suivre.

C’est un endroit qu’elle fréquente régulièrement. Le portier la laisse passer sans hésiter. Toutefois, les garçons ont davantage de difficultés. Les idiots n’ont pas de fausses cartes réalise-t-elle, même déçue de ne pas pratiquer le triolisme ce soir... Enfin, pour le moment. Alors que les garçons tentent de la retenir en lui proposant d’aller ailleurs, Cassie monte l’escalier qui la mène à l’étage où se trouve le plancher de danse. Les stroboscopes la heurtent, la brutalise, la roue de violents coups de lumière. Cet aveuglement la transi. Avant toute chose, elle se rend aux toilettes, s’enferme dans une cabine. Cassie sort d’une poche de son pantalon son sachet contenant ces comprimés d’ecstasy. Elle en saisit un, un violet... Et puis, putain, un second, rougeâtre. Elle les gobe. La soirée débute.

Sur le dancefloor, son esprit vagabonde, alors qu’elle explose tous azimuts. Elle bondit au rythme de la folie qui l’habite, ses cheveux glissent contre son visage et lui masque le monde hideux qui l’entoure. Des hommes viennent la caresser, masser ses fesses de leur membre en érection. Cassie s’en moque. Peu lui importe alors qu’elle se trouve au milieu des éclairs de couleurs, des projecteurs irisés. Ses sens s’égarent, il ne reste que son cœur qui bat trop fort, le sang qui coule trop vite, la peur d’un arrêt cardiaque imminent, si imminent qu’elle a presque l’impression de vivre. Rarement est-elle distraite quand elle prie pour sa supernova. Néanmoins, ce soir, un homme attire son attention. Elle étudie ses traits avec soin, il semble seul, au bar, comme à la recherche de quelqu’un ou de quelque chose. Son regard se focalise contre lui, pendant de longues minutes, jusqu’à ce qu’il la prenne en plein délit, malgré la façade de la foule. Cassie s’en moque. Elle poursuit son exploration des traits de l’homme, sans gêne, sans pudeur, et ce, jusqu’à ce que l’imbécile dansant derrière elle lui offre un verre, qu’elle accepte. Le barman lui sert un mojito. Elle dépose le rebord du verre contre sa lèvre inférieure et entame sa dégustation. Elle avale une première gorgée, si satisfaisante, une gorgée qui louvoie sa gorge, une seconde qui la complète, une troisième qui scinde son esprit, une quatrième qui houspille tout son être, une cinquième qui agit comme une vive gifle, une sixième qui achève l’élixir. Ramenée de force sur le plancher de danse par le dragueur, elle échappe à son étreinte libidineuse et retourne au bar, au loin où la musique ne la priverait pas de pérorer. Elle commande une rasade de rhum, comme elle raffole du goût de la boisson à base de canne à sucre. À quelques sièges d’elle est assis le mystérieux ténébreux de tout à l’heure. Les flammes en elle reprennent leur combat, ardentes et déployées. Il l’abordera, elle en est certaine. Tout ce qu’elle a à faire, s’est continuer de le fixer. Intrigue ou instinct, peu lui importe, tant qu’il s’approche d’elle.
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MessageSujet: Re: kids are remarkably resilient creatures [cassie & ezra]   Sam 9 Avr - 13:43

C’était comme se réveiller soudainement dans une ville inconnue, perdre tout ses repères, devoir recommencer à zéro, tout recommencer. Il avait perdue sa boussole, dans moins d’un mois elle monterait dans un avion et disparaîtrait à jamais. Trop dur. Cette sensation d’abandon, cette peur intense de perdre toute raison de vivre traversait tout son corps. Ses joues creusées, son teint blafard derrière sa barbe mal rasée, il ne pouvait plus faire semblant. Même sa chambre d’étudiant l’étouffait, elle était partout. Assoupie dans son lit, sur le canapé en train de bouquiner, devant sa modeste petite plaque électrique, cuisinant pour eux deux. Eileen partout, Eileen tout le temps. Eileen dans ses fringues, Eileen dans ses verres pleins, Eileen dans ses clopes, Eileen dans ses cours. Comment faire son deuil quand elle refusait de quitter même les plus infimes détails de sa vie.

Alors Ezra s’enfuit. Il monte dans le premier train pour Londres et il se barre, parce que c’est trop dur à supporter. Encore une fois, ils se sont réveillés ensemble ce matin là, enlacés dans son lit une place. Il a fait de son mieux pour ne pas qu’elle se rende compte de son départ, il devait absolument apprendre à marcher seul, le temps passait vite, la date fatidique se rapprochait à une vitesse folle. La tête posée contre la vitre, Ez ferme les yeux, il n’a pas beaucoup dormi, il a beau être épuisé, son esprit ne se fatigue jamais. Ses pensées l’empêchent de trouver le sommeil, dessinant des cernes sombres de plus en plus prononcées sous ses pupilles brunes. Il se réveille d’un coup, s’échappant d’un court cauchemar. Assis en tailleur sur son siège, Ezra glisse un doigt dans un des nombreux trous de son jean, il sent les coutures se rompre petit à petit et sourit tristement, jolie métaphore. Sous ses chaussettes apparentes, un tatouage. Il sait qu’il est là mais refuse de se résoudre à y jeter un oeil. Cette petite machine à écrire sur laquelle s’était écrit leur histoire. Elle avait la même, au même endroit. Autrefois symbole de leur amitié immuable, désormais égratignure douloureuse.

C’est court une heure, Ezra sort du train, bercé par les ondes grisantes de la capitale. Son zippo estampillée ‘E.E’ lui fait lever les yeux aux ciels. Décidément, c’était impossible de passer une journée sans elle . Leur paquet de cigarettes presque vide, il s’arrête au premier endroit qu’il trouve pour s’en procurer un nouveau. Le sien, pour la première fois en sept ans, c’est le sien, celui là il ne le partagerait pas. Dans le métro, le jeune homme écrit, quelques phrases et puis plus rien. Sa source d’inspiration principale n’arrive plus à stimuler son imagination, il avait besoin d’autre chose. Dans sa poche arrière, il y a un petit sachet qui le suit partout depuis Paris, Eileen a toujours fait mine de ne pas approuver mais l’a bien souvent suivi dans ses expériences. Mais pour une fois, la seule fois, elle n’est pas la personne qu’il associe à cette parcelle de sa vie. Cet honneur revient à Léo.

Léo il n’y pense que rarement, mais là, seul dans ce wagon son esprit se perd dans ses souvenirs parisiens. Léo il l’a rencontré exactement comme ça, dans un wagon de métro. En se concentrant un peu, Ezra arrive même à sentir à nouveau les effluves de Fahrenheit qui s’échappaient du corps du grand brun. Où peut être était-ce tout simplement son propre corps qu’il sentait, ce parfum il ne s’était jamais résolu à le quitter. Serré du côté droit de l’escalator, Ez remonte doucement à la surface, pour s’enfoncer encore plus dans les ténèbres. Il ne sait même pas où il va dormir ce soir, mais cela importe peu, tout ce qui l’intéresse à cet instant précis , c’est un verre plein et un endroit mal éclairé où noyer sa soirée.

L’étudiant trouve rapidement son bonheur à Soho, un quartier qu’il affectionne tout particulièrement. En regardant autour de lui, il se promet secrètement de déménager ici aussi vite que possible. Le premier bar qu’il trouve fera l’affaire. Un endroit glauque à stroboscopes, faussement branché. Bien différent des pubs poussiéreux qu’il fréquente habituellement avec Eileen mais il hausse les épaules, montre sa carte d’identité et entre. A chaque fois qu’on lui demandait de prouver son âge, il prenait ça comme une insulte, il avait vingt-trois ans après tout, ça se voyait non ? Ez monta les escaliers, un peu hésitant, puis balaya la salle d’un regard, quelques courageux occupaient la piste de danse, le reste de la clientèle préférant rester près du bar, probablement par peur de se ridiculiser.

Ezra courut presque jusqu’aux toilettes, avant un verre, avant un mot, avant tout il avait besoin de ça. Dans son petit sachet, quatre pilules à 5£ l’unité, il en pose une sur le bout de sa langue et la laisse fondre. Une grande inspiration et tout va mieux. Même son reflet dans le miroir paraît plus satisfaisant. De retour dans la salle, le jeune homme trouve un tabouret de bar libre et hèle un barman. Il caresse son verre du bout des doigts, à moitié couché sur le comptoir puis trempe ses lèvres dans le liquide brun clair. Ignorant le pictogramme interdisant de fumer à l’intérieur, comme la plupart des clients visiblement, Ez ne tarde pas à allumer une clope, se retournant sur son tabouret pour regarder les danseurs derrière lui.

Il croise son regard, elle est frêle mais son visage est dur, ça lui fait froid dans le dos. Pourquoi lui ? Il évite ses yeux clairs pour se concentrer à nouveau sur son verre qu’il descend à moitié, prendre des précautions, faire attention, rester lucide…tout cela était bien loin de son état d’esprit du moment. Ezra l’aperçoit du coin de l’oeil, à quelques mètres à peine. Des cernes encore plus pourpres que les siennes mais qui n’arrivaient pas à l’enlaidir. Il termina son verre d’une traite et s’empressa d’en commander un nouveau, tournant la tête vers la mystérieuse inconnue en attendant. Elle était beaucoup trop jeune pour siroter du rhum dans un bar à cette heure ci. Cela l’intrigua immédiatement, il tira sur sa cigarette, la fumée masquant un instant le visage de la jeune fille. « What are you doing here all by yourself little girl ? » Ez demanda, à peine assez fort pour qu’elle l’entende, mais il ne cherchait pas vraiment à faire la conversation, il voulait juste savoir ce qui poussait une petite fille perdue à s’intéresser à lui. Après tout, on pouvait lire sur son visage qu’il n’était pas du genre à être attiré par ce genre de personne, et encore moins à passer à l’acte dans les chiottes dégueulasses d’un boui-boui comme celui-là.

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MessageSujet: Re: kids are remarkably resilient creatures [cassie & ezra]   Ven 22 Avr - 1:23

Fuck the world. Voilà la devise qui prend naissance depuis quelques temps en Cassie. Son crédo. Cette impudeur dans ses mouvements, dans ses sens, dans sa voix, tout résulte de ce manque de considération pour l’univers, qu’elle méprise... Le maquillage contre sa peau est un masque qui coule au rythme de la danse, ces vêtements sont un costume de scène, afin de ne pas être filtrée parmi la foule, d’y être malaxée, dans l’anonymat le plus entier, avant de disparaître, telle une ombre, fugace, insaisissable. La force du son, son battement qui fait vrombir sa cage thoracique, voilà ce qu’elle recherche en de tels lieux. De la musique house et de l’ecstasy, voilà les obsessions composant son domaine : la fête. De bassesses en bassesses, elle dépose une main de fer sur son royaume des nuits. Cassie voudrait être enfermée dans ces bars, enfermée dans la nuit, à prier la Lune, l’honorer même par son paganisme exacerbé.

Il l’admire. Elle sent que lentement, les pensées de cet inconnu s’agglutinent, convergent en sa direction. L’admiration n’est pas une belle chose. Elle est insipide, une inaction des plus totales. Pire encore, c’est un conflit. L’éternel conflit entre laideur et beauté, lesquelles se confondent. Sa peau en plein aphrodisie attise le mystère et l’envie, alors que son âme a la couleur de l’ébène, noircie jusqu’à la moelle, ses prunelles sont putréfiées. Personne ne sait qui elle est, mais tous savent reconnaître le vice quand ils aperçoivent. Hideux, agité et cacochyme. Et pourtant, scintillant d’un halo glauque qui suce en son sein ceux qui s’en approche : une succube des trois noirs. Voilà ce que son corps inspire, ce qu’il a à offrir. Une tentation malsaine, une admiration hypocrite. Cassie, admirée, détestée, où est la nuance? L’anonymat dont elle se voile fait naître la curiosité et elle s’en munit. Sa seule arme en ces milieux dépravés, l’appétit du genre humain duquel elle peut se jouer, sans lequel ses déroutes nocturnes l’auraient conduite depuis un moment déjà contre le lit froid et rocheux de la Tamise, disparue indéfiniment. Voilà pourquoi elle a besoin de la discrétion des ombres, alors que tous sommeillent, elle, disparait momentanément. Et elle seule décide quand elle réapparait.

L’homme s’approche. They can’t resist, songe Cassie. Son regard n’est pas affamé, il feigne l’intérêt ou l’indifférence, mais l’adolescente ne sait lequel. Elle laisse sa tête se pencher, son cou se tend, s’exposer, alors qu’elle étudie son interlocuteur. Il l’amuse presque. Elle entend les battements d’ailes des démons qui le hantent. Les siens font concurrence au bruit de ceux qui auréolent Cassie. Douleur, effroi, tragédie, humiliation, trauma, décadence. La Terre n’est que le gouffre de ces maux. D’où la fascination de Cassie pour la Lune.

« Our souls are ageless. That’s the only thing that matters, don’t you agree? »

Elle-même ce trouve insolite dans ses réponses. Il ne s’agit pas là de vivacité d’esprit, a contrario. Cassie n’est qu’un cliché, un cliché idiot. Combien d’adolescentes éperdues ont-elles visité ce bar avant elle, n’y laissant qu’une hantise froide et palpable. Elle ne prétend pas le contraire. Toutefois, quelque chose la distingue de ces filles, bien que personne ne s’en rende vraiment compte. Ce n’est pas une crise d’adolescence qui l’anime. Cassie ne sourit pas, jamais. Toute joie, toute allégresse l’ont quitté. Tout au plus, lorsqu’elle baise sur l’ecstasy, lorsqu’elle danse sur le speed, lorsqu’elle frôle la mort tout en étant ivre, elle retrouve une certaine paix, un état confortable, moins douloureux, mais sans plus. C’est l’apogée de son bonheur. C’est une maladie dont se prévaut son corps. Tel que des maux de ventre préviennent une indigestion, sa tête la punit de vivre ainsi, exilée à Londres. Certes, la décision fut celle de ses parents. Néanmoins, cela, son corps l’ignore. Son métabolisme en entier a réagi avec pugnacité à son déracinement. Il manque à Cassie son amour de la discorde. Le pensionnat s’oppose à tout ce dont elle croit, se soulève contre la liberté, contre la joie, contre la plénitude de la vie, limite ses prisonnières à des exercices chastes et sobres. Cet environnement est malsain pour elle et son corps lui hurle à travers un trouble dont elle ne peut se débarrasser. Prisonnière de tête, prisonnière de corps, plus rien ne lui appartient, excepté la nuit. Voilà pourquoi cette vie nocturne la définit. Cassie, the bride of the night.

« It’s Cassie. You are? »

Elle patiente, absorbant le silence, dissimulé derrière les soubresauts de la musique. Fuck the world. Son crédo. Pourrait-elle simplement y déroger? Malheureusement, son esprit l’y interdit. Un déficit d’émotions. Il y a un temps, elle courrait encore dans les forêts, les montagnes et les rivières auréolant le décor de Vancouver, l’école buissonnière étant la seule institution à laquelle elle sut dévouer un investissement spontané et sincère. Plus tard, Victoria. Cassie se remémore ses discours prompts, avides de liberté, ses premières fêtes, ses premières baises. Son premier amour, interrompu, à peine avait-elle pu y goûter que l’Enfer lui ouvrait ses portes. Avant d’y avoir trépassé, sa vie était heureuse, elle vivait de rêves, elle souriait. Le changement le plus prononcé en elle, la passion s’est éteinte, les couleurs sont devenues fades, contrôlées. Avant reine et guerrière, maintenant sujette et captive. Chaque soirée est une délivrance en soi, un instant mince et fugace pendant lequel elle retrouve le souvenir de ces vieilles batailles, pendant qu’elle se laisse guider par la fureur des néons.

« Don’t you think lights are just beautiful? They are fast and free, untamed. You can’t grab them, seize them. But they hold themselves against you. Don’t you like it when they just hit you out of nowhere and you can’t escape? »

Elle le regarde, écoute ce qu’il a à dire à ce sujet. Lui aussi souffre. Son regard déraille, s’égare. Cassie ne peut le suivre. Parfois, l’orchestre de l’existence pousse une note trop aigue et de la distorsion naissent des moments sans sens, tel celui-ci. Deux étrangers qui discutent de la lumière, sans raison apparente, mais avec des cris sous-jacents. Un jeune homme dans la vingtaine, une adolescente troublée, tous deux trop enivrés par la folie de ce monde, leurs deux têtes tournant à un rythme trop rapide.

« Who are you? »


Dernière édition par Cassie I. Alcàntara le Lun 9 Mai - 6:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: kids are remarkably resilient creatures [cassie & ezra]   Dim 8 Mai - 23:23

Ezra il s'en fout de la vie, il s'en fout de penser et de réfléchir. Son truc c'est la création, l'imagination, le débordement. Alors il n'a que faire de ce genre de phrases toutes faites. Il rit et secoue la tête. Non ça ne marche pas comme ça jeune fille, que tu le veuilles ou non. Il tourne la tête vers elle à nouveau, pour l'observer d'un peu plus près, pas pour l'analyser, même s'il est un peu obligé. Ses cheveux en bataille et son maquillage peu soigné, elle paraît déjà fatiguée de la vie mais peine à cacher son visage d'enfant. Il se demande ce qu'une gamine comme elle fait dans ce genre d'endroit, mais après tout, lui même n'a rien de mieux à faire de sa soirée. "Bullshit, you're a kid, deal with it." Ez répondit, il n'est pas en position de juger les agissements de la jeune fille mais l'enfance est un moment tellement sacré, il trouve ça incroyablement triste de s'en débarrasser aussi vite.

Il glisse une main dans sa poche, récupère son paquet de cigarettes et en propose une à sa nouvelle camarade. Il se sent presque hors là loi. Eileen détestait partager les clopes, c'était entre eux deux et personne d'autre mais cette fois c'est différent, il peut faire tout ce qu'il veut, tout, sans personne pour lui dire qu'il va trop loin, sans personne pour l'aider à marcher jusqu'à sa chambre, sans personne pour partager son lit. Mais tout va bien, même s'il ne sait pas encore où il va dormir ce soir, même si en vérité, le départ d'Eileen le tue à petit feu. A cet instant précis, il décide d'oublier, juste pour une soirée il oublie. «Ezra Turner. » fit-il en tendant la main puis en se rétractant aussitôt, elle ne va pas lui serrer. Ça ce serait passé exactement comme cela: Ezra tend la main, elle regarde Ezra puis la main, puis Ezra et il est obligé de se retirer, humilié. L'étudiant se laisse porter par le moment, il sent comme une vague d'euphorie en lui et descend le restant de son verre d'une traite, il fait beaucoup trop chaud. Un bouton, deux, trois, il n'y a rien en dessous alors il s'arrête net, découvrant seulement une petite parcelle luisante de son torse brûlant.

Cassie c'est un nom qui ne lui dit rien du tout. Il aime bien rencontrer des gens qui portent les prénoms de personnes qu'il connait déjà, les comparaisons le font rire, il aime ça comparer, et apprendre sur les humains. Il écrit mal les gens, alors il se renseigne pour s'améliorer et construire petit à petit son panel de personnalités, rêvant d'arriver enfin à créer le personnage parfait. C'est pour cela qu'il a besoin de gens comme Cassie, de gens à regarder, à étudier, à scruter, de gens pour lui donner des réponses sur d'autres gens et sur comment les gens fonctionnent. Elle lui pose une question mais il n'a pas envie d'y répondre, il se contente d'hausser les épaules. «Whatever. I'm so high I can't see shit. » Ezra la drogue ça lui donne des envies de machine à écrire et de papier. C'est devenu un réflexe pour poser ses pensées et emmener son esprit encore plus loin. Il aime tellement ça, alors il a toujours une pilule quelque part quand il a besoin de disparaître un instant, plus forcément pour écrire, juste pour disparaître.

«Who am I ? That's the least interesting question in the world, very overrated. » Cette fille l'ennuyait. Ezra il aime bien cerner les gens rapidement, pour leur montrer qu'il est plus intelligent qu'eux, il aime bien quand il arrive à les comprendre en un regard et les surprendre avec la vérité. Mais là c'est beaucoup plus difficile. Elle est presque un stéréotype, un personnage de roman mais c'est tellement facile que ça sent le faux, alors il cogite et observe encore mais rien n'y fait, même son regard est vide de tout. «I'm too old to be talking to you, that's for sure. Also, your eyeliner is all smudged, it's gross. Can I buy you a drink ?» C'était dit dans ce ton très propre à sa personne, Eileen disait souvent que son cerveau s'emballait tout le temps, qu'il passait d'une idée à une autre sans faire de transition, et cela se ressentait dans son discours. Même son accent de Reading, très clair, articulé et un peu posh parvenait à s'égarer parmis le flot de mots qui sortait de sa bouche à la minute.

Sa vision était si brouillée qu'il manqua de se brûler les doigts avec la flamme bleue de son zippo. Il fit un petit signe au barman et pointa leur deux verres du doigts. Encore. Ezra a toujours beaucoup bu, énormément. Pas pour oublier ou noyer sa tristesse, juste parce qu'il trouve ça agréable de sentir la chaleur de l'alcool qui le traverse, parce qu'il aime quand tout vibre autour de lui et qu'il ne reconnaît plus les personnes dans la pièce. Dans son sac, il y a toujours son carnet et là, maintenant, il a très envie de dessiner le visage de Cassie. Le jeune homme cherche une page vierge et un crayon bien taillé. Il ne voit presque rien mais c'est plus fort que lui. Quand l'inspiration vient, il faut l'attraper tout de suite, elle peut aussi vite disparaître pour des heures, des jours voir même des années. Il saisit toujours l'occasion, dans le train, en cours, au milieu d'un parc, le lieu importe peu, c'est la création qui prime, toujours. «I like your face.» murmura-t-il, crayonnant de plus belle.

L'art c'est très subjectif, et il en faut de la subjectivité pour apprécier l'art d'Ezra. Son truc à lui, c'est interroger le medium. Toujours. Il cadre mal ses photographies, parce que qu'est-ce que ça veut dire 'bien cadré' ? Ses écrits ne suivent jamais la trame narrative du roman basique, parce que qu'est-ce qu'un roman ? Et ses dessins...non, ses dessins sont juste ses dessins, son interprétation du genre humain, son avis sur ce que doit être un visage, sa propre définition de la beauté. Il n'y a rien à interroger ici, son crayon est simplement un prolongement de son regard.
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MessageSujet: Re: kids are remarkably resilient creatures [cassie & ezra]   Ven 13 Mai - 4:10

Cassie a toujours adoré le chaos, l’anomie, le désordre, la cacophonie. Néanmoins, rien n’a jamais dépassé son goût pour la discorde. D’être la cultivatrice de sa semence demeure son jeu de prédilection. Avant, elle en tirait joie, énergie et passion. Elle se souvient la première fois que sa mère lui a narré la légende d’Eris et de la pomme d’or. Hilare s’était-elle retrouvée après avoir découvert la manigance de la déesse et comment celle-ci avait mené à la guerre de Troie. Malgré toute l’insistance de sa mère, pour Cassie, Eris était la vraie héroïne de ce mythe parfait. Et que dire du mot même, entendue par Cassie dans la langue merveilleuse de sa mère, el català. Discòrdia. Existe-t-il tout simplement un mot plus beau, plus doux, plus irrésistible? Ces jours-ci, ces vils complots, ces infractions indolentes au plus atténuent son ennui, en guise de divertissement. Au pensionnat, ces crimes sont constants, omniprésents dans son quotidien. Certains s’annoncent avec évidence, alors que d’autres, en subtilité, s’orchestrent sans éveiller des soupçons à son égard. Jamais, toutefois, n’enfreint-elle ses propres lois. Celles-ci incluent l’interdiction de s’attacher ou de prendre en intérêt le sort d’un autre. Qu’elle songe à Reese, ou encore à Mimi, ses filles avec lesquelles elle passe le plus claire de son temps à s’adonner à des délinquances plus ou moins intenses, elle concentre ses efforts à les tenir loin des cloisons de son amitié. Ce qui la distrait, c’est d’observer son influence assombrir Reese, ou encore sa présence devenir précieuse aux yeux de Mimi. Semer la discorde, lentement, mais surement. Certes, she still a kid, car quel enfant n’aime pas les jeux ? Échapper à la surveillance du pensionnat et danser dans les boîtes de nuit jusqu’à ce que l’aube l’aveugle, voilà sa manière de jouer à cache-cache et à la marelle.

Cassie est une enfant d’extrêmes, l’a toujours été. Grandir, être une adulte ne changera pas cela. Voilà pourquoi, malgré qu’elle le goût du tabac lui donne la nausée, qu’elle a en horreur sa saveur avariée, ses doigts saisissent la clope que lui tend le jeune homme, le revers de sa paume frôlant le pouce et l’index du samaritain. Pour Cassie, la collision des épidermes, aussi mince et inoffensive soit-elle, n’est jamais à négliger. Lorsque, comme elle, toute sensation de joie s’évanouit, le moindre vrombissement de la peau prend un sens différent, dont elle se force à profiter. Une poignée de mains devient un coït silencieux, viril et sensuel, songe-t-elle, alors qu’Ezra retire la sienne. Son comportement amuse presque Cassie, dont l’esprit se balance suivant le rythme des rebondissements contre le plancher de danse. Les lumières s’irisent sous l’influence de l’ecstasy, leur moiteur l’exacerbe. Le pauvre Ezra ne semble reconnaître l’élan suave et éclectique des lasers dans l’obscurité, ses sens altérés le privant de ladite féérie. Avec son propre briquet, elle embrase l’extrémité du cylindre et entame de le fumer.

« You mustn’t think highly of yourself to tell me that. »

À nouveau, Cassie inhale l’haleine de la cigarette, embrassant le goût jusqu’en sa poitrine qui se gonfle. Nonobstant cet arôme putride de charogne gangréneuse, les clopes ont cet avantage de détendre les muscles, de ralentir la course de l’esprit, ainsi que de réchauffer les chairs brunies. Difficile de croire que souiller son corps de la sorte puisse provoquer une telle ébullition. Puis, ses narines respirent, presque avec allégresse, l’oxygène suintant des lieux, libérant ses poumons de la tension brûlante de la nicotine.

« At the end of the day, our self is our only richdom. Wheter it’s worthless or not is up to you. »

Comme les cendres lui collent aux lèvres, elle éloigne le rouleau fumant de sa bouche, le trépas immaculé de la substance incendié et répugnante. La saveur pure et tenace du cannabis lui laisse un parfum presque mielleuse contre la langue, plutôt qu’une sapidité cadavérique, laquelle sera dédaignée par ceux ou celles avec lesquels elle partagera ses oaristys dans quelques heures. Son regard aperçoit le manque d’attention du garçon à sa gauche, lequel déclare une sérénade maladroite et grossière à une quelconque nymphe éperdue. Les deux tourtereaux, trop épris par leur tentative d’imagination du corps nu de l’autre, ne remarquent pas Cassie permettre la chute libre de son reste de cigarette dans le verre du goujat.

La discorde.

Alors que les étouffements du jeune homme se font de plus en plus prononcer, Cassie retourne son attention vers Ezra.

« But, what the fuck do I know, I’m just a bloody kid, aren’t I ? »

Le délire de son interlocuteur l’amuse presque alors qu’il s’énerve, s’égare, d’insultes en gentillesses. Indifférente à son commentaire sur son maquillage, Cassie se doute néanmoins que le khôl noir soulignant le contour de ses yeux a assurément l’allure qu’elle lui souhaite. Jamais n’a-t-elle voulu apprendre à se maquiller avec assiduité et précision. Une toile volage et évasive est le masque que son visage présente le mieux selon elle. À sa proposition soudaine, Cassie n’arcboute pas un sourcil. S’il peut lui offrir un verre?

« You can do whatever you want, if you want it enough. »

Assisse sur le comptoir du bar, personne n’ose la destituer. Les barmans l’observent avec amusement, comme si elle performait une putain d’acrobatie pour leur divertissement. Mener sa vie avec une indolence délinquante comme elle le fait est un art qu’elle sait maitriser plus que quiconque. Dans son désespoir, elle est une œuvre d’art, ce qu’Ezra ne manque pas de remarquer.

« You an artist ? What’s your inspiration ? Pain ? Lust ? Hope ? Love ? »

La réponse l’intéresse plus ou moins. Cassie vient de remarquer la chemise déboutonnée du jeune homme. Son désintérêt a quelque chose d’aguichant, trouve-t-elle. Il agit en proie véloce, ce à quoi Cassie est peu habituée avec les hommes. Son visage alterne entre son visage et le dessin, la mine noire devenant sa seule réalité. Sa concentration est splendide, dévouée, excitante même. Tout le contraire d’elle, dont les envies vagabondent sans cesse, dont l’attention vogue d’un lieu à un autre, ennuyée par un paysage immobile. Alors qu’elle songe au corps du dessinateur, lui n’a d’yeux que pour son visage, bien que leur fixation soit de nature tout à fait différente. Alanguie, elle suggère.

« Or sex ? »
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MessageSujet: Re: kids are remarkably resilient creatures [cassie & ezra]   Jeu 16 Juin - 1:41

Il aime pas ce genre de personne Ezra, enfermés dans un corps trop jeune pour leurs pensées déjà rancies. Il les trouve drainants, difficiles à cerner voir malsains et préfère habituellement s’en éloigner. Mais ce soir il reste vissé à son tabouret. Même si les mots de Cassie lui font un peu mal, la md et le whisky agissent comme un anesthésiant, l’étudiant se contente de sourire tristement et d’hausser les épaules. Son ego surdéveloppé l’encombre depuis un bon moment, il ne le remarque pas ça évidemment, Eileen s’en charge très bien pour lui. Mais Eileen elle est plus là, elle s’est barrée avec trois quarts de lui, il reste à peine plus qu’une carcasse en décomposition. Il a presque envie de pleurer, faut pas, pas ici, c’est pathétique et dégueulasse. Au lieu de ça, Ez se mord la lèvre inférieure, fort, jusqu’à sentir le gout du sang dans sa bouche, une mauvaise habitude dont il n’arrive pas à se défaire. C’est pas son truc le changement, ça l’a été, ça l’est plus. Il porte son verre à sa bouche, l’alcool sur sa lèvre endolori lui fait terriblement mal mais il ne bronche pas, cela aura pour but de le réveiller, juste un peu. « Sounds like pseudo-psychological shit from an online personality quizz » Ezra répond, usant du sarcasme pour éviter les questions de Cassie.

La musique est si forte qu’ils se crient dessus pour s’entendre et pourtant, à cet instant précis, Ezra n’entend plus que le bruit satisfaisant de sa mine mal taillée effleurant une des rares pages vierges de son carnet à croquis. Sa clope se consume, doucement mais surement, et puis quelques cendres viennent se poser sur le papier, il fait avec. Pourquoi pas après tout. Ez repense à ce que Cassie lui a dit plus tôt, la remarque à laquelle il n’a pas voulu répondre.’’You mustn’t think highly of yourself to tell me that’’. La honte laisse doucement place à la colère. Pour qui elle se prend, une gosse. Il décide de la détester. Ezra c’est le genre qui serait prêt à tout donner pour se croiser dans la rue, un peu comme Musset mais sans le côté hallucinations, névrose et tout ces troubles dont il n’avait pas besoin, du tout. L’étudiant soupira tout en estompant dans la cendre du bout de l’index, s’en servant finalement pour colorier la tignasse emmêlée de Cassie.

Elle est assise sur le comptoir maintenant, ses jambes osseuses recouvertes d’une fine couche de résille se balance au ralenti dans le petit vide en plein dans le champ de vision d’Ezra qui ne peut s’empêcher de regarder, comme hypnotisé par le mouvement lancinant du corps de la jeune femme. Il tend inconsciemment la main pour passer son crayon dans un des trous de ses bas puis tire brusquement, provoquant une réaction à la chaîne et filant le tissu jusqu’à sa cheville. Dans son état actuel, tout se passe un peu au ralenti alors il trouve ça trippant et ricane comme un gosse. Quant à Cassie, elle semble étonnamment intéressée par sa personne, il ne sait pas trop comment se positionner par rapport à cela. En effet, Ezra est de ces gens qui se sentent pousser des ailes à la simple mention de leur nom, évoquer son art aurait dû, par expérience, lui offrir un nouveau souffle d’égocentrisme bienvenu et ça a marché, pour un certain temps.

La question est simple mais terriblement délicate, surtout ces temps ci. Parce que l’inspiration d’Ez, ça fait sept ans que c’est elle. Juste ‘elle’, mentionner son prénom une énième fois serait un affront, il veut tout faire pour s’en détacher et se repenche sur son portrait inachevé pour espérer l’oublier ne serait-ce qu’une seconde. Pain, il sourit. Lust, il hausse les épaules. Hope, il secoue la tête. Love, il serre son crayon un peu plus fort. Rien de tout ça, ou tout à la fois. Ezra perd patience, il a du mal à capturer le regard vide mais profond de la jeune fille avec un simple critérium et puis il stresse, parce qu’il sait pas quoi répondre. A quoi bon continuer à dessiner s’il ne peut plus la dessiner, écrire si elle ne peut plus le lire, vivre si elle n’est plus à ses côtés. Le son sec de la mine brisée sur le papier est recouvert par le bruit ambiant. Ez ferme les yeux, juste quelques secondes, il allume une clope et termine son verre, c’est mieux. Revenu à lui juste à temps pour la dernière proposition de Cassie, l’étudiant manque de s’étouffer et lui lance un regard mêlant méprise et dégoût. « Sex ? Really ? Gross. » Rétorque-t-il en grimaçant.

C’est qu’à moitié vrai, ça fluctue ces trucs là chez lui. Son corps et son esprit ne peuvent pas fonctionner l’un sans l’autre et c’est compliqué, ça n’a marché qu’une seule fois à vrai dire. Il s’en souvient à peine. Mensonge. Il s’en souvient comme si c’était hier, la dernière fois que son corps a appartenu à quelqu’un d’autre. Ez se mord l’intérieur de la joue au souvenir de ces instants, il se sent presque fiévreux et défait, tremblant, les deux premiers boutons de sa chemise. C’est tout ce dont il n’avait pas rêvé. S’il s’était barré de Cambridge aujourd’hui, c’était pour laisser ses préoccupations dans sa chambre d’étudiant, se payer le luxe de ne plus y penser pendant quelques heures avant d’avoir à nouveau envie de crever. Il tient plus et se lève brusquement, glissant une main dans sa poche arrière, sentir le plastique entre ses doigts le soulage déjà.

« Come on kid, I got something for you. » Ezra saisit le poignet de Cassie pour l’inviter à descendre du comptoir et l’entraîne vers les toilettes, peu importe lesquelles, l’espace est devenu mixte à cette heure avancée de la nuit. Il la lâche enfin, les lumières aveuglantes et peu flatteuses de l’endroit lui permettent de voir la jeune fille plus clairement mais même ce visage paraissant encore plus enfantin, presque candide une fois bien éclairé ne l’empêcha pas de laisser de côté toute la morale qui lui restait. Ez évite à tout prix de laisser son regard vagabonder vers le miroir juste à côté de lui, il s’aperçoit du coin de l’oeil et c’est déjà beaucoup trop. [color=cadetblue]« To answer your question, here’s my inspiration. » Il secoue son précieux sachet devant les yeux bleus de Cassie, il lui reste trois doses d’inspirations. « Want some ? »
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MessageSujet: Re: kids are remarkably resilient creatures [cassie & ezra]   Sam 1 Oct - 20:57

La pommette gauche de Cassie rebondit, frénétiquement, comme quelque chose déclenche en elle une colère biaisée et subite. Où se trouve-t-elle en cet instant? Dans un boîte de nuit douteuse de Londres, à pérorer avec un artiste visiblement décomposé. À nouveau, le souvenir bien trop précis des soirées chaudes de l'été indien en Colombie Britannique, les feux de joie en plein milieu des forêts vertes et épineuses. Le crépitement des branches et des saucisses qui y grillent. Surtout la couleur des flammes, défiante et défilante, menaçant à tout instant de consumer les alentours. Et quelques gosses, trop sots pour vivre, mais alors vraiment trop sots pour mourir. D'où leur résilience. Les Poppers Coolers Wild Ice d'un bleu trop sucré et les marshmallow brunis, voilà son nectar et son ambroisie. Le vent frais qui se camouflent entre les arbres, chatouillent de temps en temps leurs narines ivres. Ici, l'air est sec et indolore. Toxique. L'eau-de-vie goûte la mort, les cigarettes brûlent, à la place de réconforter. Cassie se détruit dans une ville qui ne lui ressemble pas, par révolte, par amertume, par tristesse, qui sait vraiment? Pas elle. Et si elle est en colère, à cet instant là, c'est qu'elle blâme tout le monde et personne à la fois. Elle est responsable de son sort, ses parents le sont, ses amies le sont, Ezra l'est, les danseurs indolents le sont. Et comme Ezra lui parle, d'un ton sarcastique, Cassie se rappelle qu'au fond, tous ses gestes ne sont que les ombres d'une façade plutôt frêle. Ça, elle le sait. On combat avec les armes que nous possédons, songe-t-elle. Elle ne peut en vouloir à Ezra d'user de sarcasme, car telle est son arme. Cassie a les siennes et en abuse pleinement. Sa colère reste, pendante, comme elle se calme au son terrible de la musique. Son corps parfois se tanne de cette bataille incessante, enjoint Cassie à se rappeler qu'elle n'est qu'une fillette. Cependant, cette fillette ne peut s'y résoudre, privée de sa naïveté. Ses parents l'ont déporté, mais davantage, l'ont rompu. D'où sa colère dont elle ne peut se défaire. Les jointures de ses doigts sont couvertes de plaies, tant ses poings frappent les murs de briques de l'établissement où elle est confinée. Les pensionnaires voient en ces yeux bleus une douce folie, une indolence candide et une défiance juvénile, mais Cassie sait qu'il s'agit d'une folie aiguë, d'une indolence nocive et d'une défiance mature.

Soudain, Ezra bondit, avec un entrain qui jure presque avec son intolérable indifférence. Cassie se laisse entrainer, désirant plus que tout délaisser sa colère douloureuse pour un moment, mettre de côté le souvenir des fêtes en forêt. Il la mène dans des toilettes aveuglantes, ce qui ne l'empêche pas de l'apercevoir avec une toute nouvelle définition. Si elle le décrivait il y a quelques minutes comme un artiste décomposé, elle usait là d'un euphémisme. Elle ne saurait comment décrire l'épave qu'elle observe, mais son état dépasse la décomposition. C'est à peine si des larves ne rongent pas son corps. Non pas qu'il soit nauséabond ou malpropre. C'est une putréfaction de l'âme qui déteint sur le corps. Les mèches humides et délinquantes du poète le prouvent, tout comme ses yeux à la fois stériles et vifs. Cassie n'ose imaginer qui il est et se ravit qu'il s'est abstenu de répondre à sa question précédente. Elle remarque la différence entre cet homme et elle. Tous les deux souffrent et lui se laisse périr. Cassie combat. À sa manière, certes. Toutefois, sa colère pugnace est sa version de l'espoir. Par ces soirées interminables, elle en voit toujours un peu plus et va toujours un peu plus loin. Elle finira par s'en sortir. Pour ce qui est d'Ezra, elle l'ignore. Chacun pour soi, conclut-elle.

« Of course.» accepte-t-elle le comprimé que lui tend l'auteur. Après tout, la soirée ne fait que commencer et rien n'est mieux que la MDMA pour combattre ses colères. Les deux pills qu'elle a prit au début de la soirée font toujours effet, mais elle s'en moque. Elle est toujours furieuse et veut chasser son amertume. La drogue danse contre sa langue provoquant chez elle un presque-bonheur, une sensation de légèreté si éphémère. Elle attend de voir si Ezra va se droguer à son tour, soudainement à la recherche de l'accent à mettre sur cette soirée.

« Do you dance? Come on. We should go fuck the dancefloor and get wrecked by the lights. »

Cassie se doute de l'attitude d'Ezra quant aux boîtes de nuit, anticipe sa réaction atypique. S'il ne la suit pas, elle n'y pourra rien. Et lui non plus. Elle voit comment il s'échappe à lui-même. Peut-être est-ce temporaire, peut-être son naufrage débute ou peut-être est-il au point où il fait place à la noyade. Peut-être sort-il lentement la tête des eaux. Chose certaine, Cassie n'a rien d'une bouée de secours, comme elle est elle-même la fille à la mer. Elle nage parmi les hautes vagues depuis qu'elle a retenu ce titre. Mais elle tente malgré tout de l'entrainer avec elle. Pour un soir, qu'ils partagent leur délire.

« For once, don't give up. Fuck her, whoever she is, fuck him whoever he his and fuck them whoever they are. Fuck life, even. You. Take control et grab life by the balls. »

C'est ce qu'elle fait, c'est ce qu'elle a toujours fait et depuis qu'elle a atterri à Londres, ce motto a simplement trouvé une nouvelle nature, un nouveau sens. Cassie ne fait pas de compromis. Ezra la suit ou ne la suit pas, mais elle ne reste pas en arrière. C'est la désertrice sans destination. À l'affut des hauteurs et à la crainte du jour.
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