the key to everything w/ Cara

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MessageSujet: the key to everything w/ Cara   Sam 19 Mar - 2:56

Mayfair n'était décidément pas un quartier que Gaby connaissait beaucoup. Une ou deux de ses camarades de la London School of Art vivaient ici, toujours chez leurs parents, mais elle n'avait pas encore eu l'occasion de leur rendre visite. L'année scolaire avait beau être très avancée, elle avait encore l'impression de côtoyer de parfaits étrangers. Le changement était compliqué, après tant d'années passées à aller en classe avec les mêmes personnes. Elle s'était préparée pourtant, mais la réalité était bien loin de toute la théorie. Ça ne l'empêchait pas d'être ravie d'avoir pu intégrer l'école, après tout le stress des auditions. Ses parents, eux aussi, s'en réjouissaient. Ils avaient beau être incroyablement ouverts d'esprit et soutenir leurs enfants en toutes circonstances, elle savait qu'ils étaient un peu inquiets par l'éventualité qu'elle se lance à corps perdu dans la course aux rôles sans passer par la moindre réelle formation. La LSOA était un bon compromis. Onéreux et incroyablement chronophage, mais idéal néanmoins.

Une fois n'est pas coutume, elle avait l'après-midi de libre. D'ordinaire, elle l'aurait mis à profit pour travailler sur l'une de ses vidéos ou passer un peu de temps avec Paloma, mais Gaby avait autre chose à faire. Rien de trop important, juste une petite course et elle rentrerait sans doute chez elle. Toujours est-il qu'elle était curieusement nerveuse en sortant du métro. C'était la faute de Tamsin, la meilleure amie de Chris ou du moins s'appliquait-elle à penser que c'était le cas. Quelques jours plus tôt, désireuse d'apaiser les tourments de sa mère après une autre soirée un peu agitée – rien à voir avec le seizième anniversaire de Chris, madame Grayson aurait dû s'en réjouir – elle s'était mise en tête de ranger complètement le salon, tâche à moitié effectuée au lendemain de la petite fête par des Graysons souffrant d'une agaçante gueule de bois. Une fois de plus, le carton des affaires trouvées s'était trouvé rempli et ça aurait pu en rester là, si elle n'avait pas cédé à la curiosité de découvrir à qui appartenait la clé USB qu'elle avait trouvé entre les coussins du canapé. Elle se rappelait vaguement avoir entendu parler d'un diaporama des photos de vacances de l'un des invités, sans pour autant pouvoir mettre un nom dessus. En observant les clichés, elle avait toutefois rapidement compris qu'il s'agissait de Tamsin, encore et toujours. Si elles n'étaient pas particulièrement amies, Gaby avait appris à l'apprécier, d'une certaine manière. Après tout, elle était la meilleure amie de son frère et de toute évidence, elle n'allait pas disparaître du jour au lendemain. A sa grande surprise, Tamsin n'était toutefois pas la propriétaire de la clé. Lorsqu'elle était allée la voir pour la lui rendre, l'actrice lui avait parlé d'une certaine Cara, manifestement l'autre fille sur les photos et Gaby n'avait pu s'empêcher de rougir un peu, sans raison. Pas parce qu'elle avait passé cinq minutes à fixer cette fille ni à prier pour que les pixels lui en disent plus que la simple couleur de son bikini. Vraiment pas. Ce n'était pas non plus la raison qui l'avait poussée à proposer de rendre elle-même la clé ou à persuader Tamsin qu'elle avait un projet à proposer à Cara Gallagher. Ce n'était pas exactement la vérité, c'en était même très loin mais elle pouvait encore trouver une idée. Il n'était pas trop tard. N'importe quoi, n'importe quel sujet de vidéo un minimum en lien avec la petite brune ferait l'affaire. Elle pouvait trouver, après tout, elle n'avait pas vécu sous un rocher ces dernières années, elle avait même vu quelques films avec Cara. L'inspiration n'était pas sensée manquer. Aurait-elle été dans sa chambre, étalée sur son lit, que les idées l'auraient probablement submergée. Mais here she was, plantée devant la porte des Gallaghers, sans la moindre idée de ce qu'elle allait pouvoir dire à Cara pour éviter que Tamsin ne se pose trop de questions. Gaby n'était pas idiote, elle savait qu'il y avait peu de chances que l'actrice blonde oublie qu'elle lui avait donné l'adresse de l'une de ses amies. Elle n'avait pas eu l'air très enchanté de le faire mais après tout, elle était pressée et Gaby avait eu l'intelligence de ne pas trop insister, une fois l'information enregistrée.

Elle aurait certainement dû y réfléchir à deux fois au lieu de sauter dans le métro pour se dépêcher de rendre cette stupide clé. Il n'y avait probablement rien d'urgent – pas qu'elle ait fouiné plus loin sur la clé que les photos de vacances, ce qui constituait déjà probablement une violation de vie privée ou quelque chose comme ça. Et en attendant un peu plus, elle aurait pu trouvé une idée. N'importe quoi, même juste une piste. Mais non, il avait fallu qu'elle se rue pour venir voir cette fille probablement très, très hétérosexuelle. Non pas que ça ait de l'importance. Ça n'en avait pas. Right ? Right.

Rougissant bêtement sous son bonnet bleu – cadeau maternel que Gaby avait appris à apprécier au fil du temps et à chérir sous ces températures glaciales – elle se décida finalement à frapper, d'une main gantée légèrement tremblante. De toute façon, elle ne risquait rien, à moins de sortir une bêtise plus grande qu'elle qui reviendrait aux oreilles de Tamsin, laquelle parviendrait certainement à convaincre Chris de la sermonner. Elle n'avait rien fait de mal – pas encore, souffla une petite voix mesquine qui ressemblait curieusement à celle de la meilleure amie de Chris. « Mh, salut, parvint-elle à articuler lorsque la porte s'ouvrit pour laisser apparaître Cara, à son plus grand soulagement. On se connaît pas mais t'inquiète, je suis pas, genre, une hardcore fan ni une stalkeuse, enfin j'aime bien ce que tu fais, c'est pas le problème hein, enfin j'ai pas vu tous tes films non plus mais, ugh, pardon, je parle beaucoup quand je suis nerveuse. Enfin, je suis pas nerveuse. Ca marche aussi avec les inconnus. Et en règle générale, je parle beaucoup. Je... je vais me taire. Je suis Gaby. Grayson, la soeur de Chris, tu connais Chris ? Il est ami avec Tamsin qui, je crois, est amie avec toi parce qu'elle m'a donnée ton adresse » God, il fallait vraiment qu'elle se taise. Et qu'elle respire peut-être aussi. Gaby esquissa un sourire nerveux après une profonde inspiration avant de plonger la main dans son sac pour en sortir la clé. « J'ai récupéré ta clé. Chez moi. Je veux dire, chez nous, chez mes parents. Je sais pas comment elle est arrivée là, peut-être que Tamsin l'avait, je sais pas, il me semble qu'elle a montré ses photos de vacances à l'anniversaire de mon frère la semaine dernière et c'est un peu bête, parce qu'il a son propre appartement, alors pourquoi faire ça chez nous, vraiment mais bref, elle a dû l'oublier après, en même temps personne ne se souciait vraiment de savoir où elle est partie en vacances ou de quelle couleur est son bikini favoris. Enfin, ils sont jolis. Vos bikinis je veux dire. Parce que j'ai dû regarder ce qu'il y avait pour la clé pour savoir à qui elle est et, god, pardon, je recommence. Je suis désolée, je... mh, je voulais juste te rendre ta clé. Voilà » conclut-elle piteusement en tendant l'objet. Tant pis pour l'idée qui, présentement, ne venait vraiment pas. Et rien à voir avec la fille qui se tenait devant elle. Vraiment pas.
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MessageSujet: Re: the key to everything w/ Cara   Lun 28 Mar - 15:22

Je suis en train de laisser s’écouler cette journée devant mes yeux, et je ne fais rien pour essayer de la rattraper ou la mettre à profit, en m’occupant des fameuses choses qu’on range dans cette petite boîte qui s’appelle « demain ». A cette pensée, je culpabilise, parce que ça commence à déborder, et que ça ne s’arrangera sûrement pas si je ne mets pas le nez dedans. Cependant, je pourrai aussi le faire demain. J’ai quelques jours de congé, parce qu’un tournage vient de se terminer, et ça fait bien longtemps que je n’ai pas passé une journée à la maison à procrastiner. Mes bras ballants culpabilisent de ne rien faire, et en même temps, il n’y a rien qui ne me passionne suffisamment pour les occuper, et faire disparaître cette désagréable sensation. Exception faite si c’est pour me jeter dans le canapé, et zapper sur les boutons de la télécommande, pour regarder une quelconque émission musicale qui révèle les talents de demain. Je m’apprête à changer de chaîne, lorsque dans le générique d’ouverture, pour présenter le programme, il y a un nom qui m’interpelle. Normal, puisqu’il s’agit du mien. La présentatrice passe rapidement à autre chose, et une curiosité malsaine s’incise dans mon esprit. Est-ce que je continue pour voir à quoi est-ce que ça va ressembler ? Je ferais mieux d’éteindre la télé, ça ne va pas me plaire, et je vais passer le reste de la journée à ruminer. En général, il y a papa ou Tamsin qui arrivent à prendre rapidement ce genre de décisions à ma place. On ne peut pas avoir mal en effet si on ne sait pas qu’on vous attaque, et j’avais beau me raisonner, dans les faits, ça n’avait rien à voir. Et si franchement, pour une fois, on ne m’évoquait pas, uniquement pour me descendre ? J’avais beau faire en sorte de ne pas y penser, ça n’avait plus rien à voir avec l’époque où j’étais adolescente et où je me disais que j’allais faire mes preuves et que ça allait changer. Aujourd’hui, j’ai plutôt ce sentiment d’être plus connue pour mes frasques inexistantes, et qu’on se plaît à inventer sur ma vie, plus que pour les films dans lesquels je joue. Le reportage, ce n’est pas un étonnement, ne fait pas exception, et je me découvre ainsi une relation avec un acteur plutôt décrié lui aussi, mais dont la carrière est au sommet. Mon estomac se tord, et le vice me pousse à regarder jusqu’au bout, alors que ma gorge se serre elle aussi, sous le coup de l’injustice. Je refuse de penser que je suis un bouc émissaire, pourtant, franchement, en toute objectivité, est-ce que ce n’est pas le cas ? Ces gens, je ne leur ai rien fait, je ne leur parle pas, et j’ai plus jamais l’impression que l’unique reproche qu’on me fait, c’est d’être une Gallagher. L’ombre de papa plane plus que jamais au dessus de ma tête. Bien sûr que je lui en ai déjà voulu, bien sûr que cela a déjà débouché sur plusieurs disputes. Pourquoi est-ce qu’il ne devrait y avoir qu’un seul talent dans cette famille ? Est-ce que le mien vaut quelque chose, ou alors, est-ce que je suis si mauvaise que ça ?  Mon esprit s’embrouille de toutes ces questions, auxquelles je n’ai jamais trouvé aucune réponse, et les paroles de ma meilleure amie, ou de mon père ne peuvent rien contre ça. C’est facile de se convaincre que toutes ces paroles blessantes ne m’atteignent pas, mais malheureusement, quoi qu’il arrive, elles trouvent sans problème le chemin pour maltraiter mon petit cœur.

Le bruit d’une main qui frappe à la porte d’entrée me tire de mes rêveries, et mon pouls s’accélère de surprise, parce que je n’attends personne en particulier. Ca m’étonnerait aussi que ce soit pour papa, il est tellement toujours à droite à gauche, que c’est une mauvaise idée de vérifier, si, à tout hasard, il se trouve ici. C’est peut être seulement la voisine qui vient me demander une nouvelle fois le mixeur. Le sien est tombé en panne. Ma paranoïa se demande quand même si ce n’est pas pour venir fourrer le nez dans notre maison voir ce qu’il s’y passe. J’ai cette impression depuis qu’elle m’a dévisagé comme une bête curieuse l’autre jour, en lui prêtant le blender. Mentalement, je suis sûre que c’est elle, je n’ai pas spécialement envie de deviser pendant des heures, et je cherches deux ou trois phrases de politesse pour que notre entrevue soit la plus courte possible. Je cligne stupidement des paupières au moment d’ouvrir la porte, parce qu’à moins que Mrs Butterfly soit devenue jeune, blonde aux yeux bleus et aux jours roses, ce n’est clairement pas elle. L’inconnue me laisse marmonner un bonjour, mais se laisse très rapidement emporter par une tirade, qui m’essouffle autant qu’elle doit l’essouffler à mon avis. Elle parle elle parle, j’ai ce sentiment de déjà vu parce que ce visage m’est familier, et toutefois, je reste persuadée de n’avoir jamais eu avoir affaire à elle. Je hoche pourtant machinalement la tête lorsqu’elle parle de Tam et de Chris. Ok, j’ai compris, et je situe en même temps qu’elle explique, parce que c’est la sœur de Christopher. Je regarde ensuite la clé USB qu’elle me temps, tout en refaisant le film dans ma tête. Je n’ai bien entendu jamais été à cette soirée, mais je me souviens de Tamsin me demandant de la lui prêter, et entre temps, j’ai moi aussi oublié de la récupérer. Voilà qui maintenant allait être chose faite.

- Ben euh.. c’est gentil, mais c’était pas pressé tu sais. Je prends l’objet, un peu mal à l’aise à cause de cette histoire de maillot de bain, parce que si je comprends bien, un certain nombre de personnes a vu des photos privées, alors que lorsque Tamsin m’en a parlé, j’ai plutôt compris qu’elle veut uniquement montrer les photos de nos vacances à Chris, ce qui de ce point de vue ne me dérange pas puisque c’est un de ses amis proches. Déjà que je me sens jugée en permanence, ça n’arrange pas les choses. Bon bah au moins tout le monde sait qu’on a passé de super vacances, je suis à la fois ironique, et en même temps elle n’y ait pour rien, c’est même gentil de sa part, même si c’est vrai qu’elle m’a coupé le sifflet, et qu’à part sa gêne apparente, et les photos, je ne suis pas sûre d’avoir tout retenu du reste. J’espère au moins qu’il y avaient pas de photos compromettantes... Ca aurait pu s’arrêter là, et cependant, j’enchaîne. Je peux te proposer un chocolat chaud pour te remercier ? C’est drôle maintenant que je sais que c’est la sœur de Chris, j’ai l’impression de la connaître, et l’inviter chez moi ne me dérange pas. En comparaison j’ai l’impression d’être avare dans la discussion, un peu plus prise de court que je ne le pense.
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MessageSujet: Re: the key to everything w/ Cara   Mar 5 Avr - 1:21

Elle s'était clairement ridiculisée et, dans le fond, ça n'avait pas grande importance. Except it did. Elle avait les joues rouges, le souffle court et son cœur battait frénétiquement dans sa poitrine sans raison valable. Certes, il ne s'agissait pas de n'importe qui, en face d'elle. Cara Gallagher était plutôt connue et ça, depuis un bon moment. C'était d'ailleurs un miracle que Tamsin ait ainsi donné son adresse à Gaby – probablement parce qu'elle était vraiment, vraiment pressé lorsque l'étudiante le lui avait demandé, le hasard faisait bien les choses and all that jazz. Avec un peu de chance, Cara mettrait ça sur le compte d'une quelconque obsession de fan et n'en penserait rien d'autre. Qu'y avait-il à en penser de toute manière ? That, maybe, Gaby had some kind of a crush. Well. Peut-être. Ce n'était toutefois pas une raison pour se lâcher verbalement et déblatérer ce charabia sans queue ni tête. C'était l'un des effets secondaires les plus irritants du stress, chez elle et elle avait beau chercher une solution, elle n'avait encore pas trouvé le remède à la diarrhée verbale chronique.

Rougissant de plus belle une fois qu'elle fut débarrassée de la clé usb – qui semblait bien plus lourde dans sa main qu'elle ne l'était réellement – Gaby baissa les yeux, un sourire crispé aux lèvres. C'était donc le moment de dire au revoir, aussi gênée qu'elle fut, et d'espérer que cette rencontre ne remonte surtout pas aux oreilles de Tamsin. Peu importait ce que pensait l'actrice, ce n'était pas le problème. Non mais elle en parlerait probablement à Chris qui, lui, comprendrait très vite. Il la connaissait très bien, trop bien pour qu'elle n'angoisse pas à l'idée de devoir s'expliquer. « J'ai préféré la ramener avant d'oublier à qui elle appartient » fit-elle, s'efforçant de ne pas trop en faire. Utiliser des mots simples, done. Ne pas en déballer quarante quand on pouvait en dire dix, done. Elle était sur la bonne voie, même si ses joues gardaient cette couleur cramoisie, emblème de l'embarras. Elle redressa la tête en percevant une pointe d'ironie dans la voix de l'autre fille et elle lui adressa un sourire d'excuses, consciente qu'il n'était pas très agréable d'apprendre que de parfaits inconnus – ou presque – avaient eu accès à une partie de sa vie privée. Surtout pour elle, qui devait sans doute passer son temps à fuir les paparazzi. « Non, pas de photo compromettante. Pas sur ta clé en tout cas. Par contre, sur Chris et Tamsin, il y a de la matière, crois-moi » tenta-t-elle de plaisanter, la gorge un peu serrée. C'était idiot, de se sentir si gênée par une faute qui n'était pas la sienne. Well, Tamsin n'avait pas non plus commis un meurtre mais elle aurait probablement pu exposer ses vacances parfaites au cours d'une soirée. En comité restreint, certes, mais tout de même. La plupart des gens présents ce soir-là ne la connaissaient même pas très bien d'ailleurs.

Trop occupée à prier pour ne pas avoir l'air trop étrange ni trop encombrante, Gaby faillit manquer l'invitation à entrer. Elle ouvrit la bouche et, prise d'une quinte de toux qui n'était rien d'autre qu'un autre fruit de sa gêne, la referma aussitôt. « Je, euh, oui, pourquoi pas, bien sûr, bredouilla-t-elle, maudissant mentalement sa voix faiblarde et son stupide sourire qui étirait ses joues au point d'en être presque douloureux, enfin, tu n'es pas obligée, je ne voudrais pas m'imposer. Tu as sûrement d'autres choses à faire et, voilà, je parle trop. Encore, ajouta-t-elle avec un petit rire nerveux, j'essaye de m'en défaire, c'est une sale habitude. Ma mère dit que j'essaye de compenser, alors que franchement, compenser quoi, je veux dire, c'est pour les gens trop petits, moi, je suis plutôt du genre grande asperge. Logiquement, je devrais être silencieuse ou essayer de me cacher. Pas vraiment mon genre » conclut-elle en haussant les épaules. It made no sense whatsoever. Génial. S'il existait un titre du boulet d'or, elle le remporterait probablement haut la main.
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MessageSujet: Re: the key to everything w/ Cara   Mer 6 Avr - 15:33

Un sourire s’étira sur mes lèvres lorsque la sœur de Chris évoqua son frère et Tamsin. Ça ne m’étonnait même pas, et me paraissait de plus en plus lointain, ce temps où mon amie avait constamment besoin de moi. Nous avions grandi et évolué, ce qui ne nous empêchait pas d’être proches, d’une nouvelle manière. Je ne relevai pas, parce que Tamsin restait ma meilleure amie, inconcevable à mes yeux de pouvoir la critiquer. Faute de mieux, je lui proposai d’entrer, écoutant avec une oreille plus ou moins attentive ces nouvelles informations. Peut être que moi aussi, par cette invitation, je cherchais à combler mes paroles, bien trop rares en comparaison des siennes. Les vieilles habitudes ne s’étiolaient pas comme ça, chacun de mes mots pouvaient être retenus contre moi, j’en savais quelque chose. Quand même, Tamsin avait intérêt à ne pas avoir fait trop n’importe quoi avec cette clé USB, parce que je ne tenais pas spécialement devoir me justifier ensuite sur un plateau de télévision et analyser chacun de mes morceaux de cellulite sur une photo, exposée en plein écran… Interroger de nouveau Gabrielle à ce sujet allait commencer à devenir bizarre, déjà que ma publicité n’était pas des plus glorieuses, je ne voulais pas non plus passer par une nana prétentieuse, et défoncer toute seule ma communication… C’était déjà bien assez pesant de sentir jour à près jour mon équipe se débattre et se démener, lisant sur leur visage que leur seule motivation pour bosser à mes côtés, c’était plus le chèque qui les attendait en fin de mois, que le désir ardent de défendre mon image.

Lorsque Gabrielle pénétra dans la spacieuse pièce, le sentiment d’être une marginale logeant dans une prison dorée s’agrandit. Une présence humaine, autre que celles présentes dans la télévision était un soulagement – avec cette vie à cent à l’heure, discuter de la pluie et du beau temps, sans se soucier de l’interprétation de son interlocuteur me paraissait complètement sortir de l’ordinaire. Ensuite… Quand est-ce qu’un silence était trop long pour devenir suspect, gênant, impoli ? La perspective de ce chocolat chaud devint une idée de plus en plus inquiétante et mauvaise, lorsque l’image de mon manager en colère se dessina de plus en plus clairement dans mon esprit. Laisser une inconnue accéder à mon intimité, s’il l’apprenait, allait le faire sortir de ses gonds, surtout après la bataille que j’avais dû mener pour obtenir quelques jours de tranquillité, sans sa présence notamment. La paranoïa ne tarda pas à m’envahir de nouveau. Avec cet air angélique, la blonde avait tout de la candeur incarnée, et elle avait beau affirmer le contraire, il n’y avait rien pour m’assurer qu’elle n’était pas en quête d’infos croustillantes. Ceci dit, c’était moi qui avait mis les pieds dans le plat avec la boisson. Peut être que c’était ce qu’elle avait espéré ou qu’elle avait sauté sur l’occasion. Sinon, elle était une groupie qui faisait semblant de ne pas être une groupie, parce que les groupies ne font jamais semblant d’être des groupies, parce qu’elles sont groupies. Elle était peut-être un peu plus maligne que les autres. Merde, il y avait probablement un paparazzi qui lui avait proposé de la tune pour frapper à la porte, pour espérer prendre une photo, et j’étais tombée dans le panneau. Bon. Cara, arrête. Cette clé, c’était la mienne, je l’avais tout de suite reconnue. Tamsin avait assez de jugeote, elle plus que les autres, pour ne pas me jeter directement dans la gueule du loup.

C’était juste la sœur de Chris.

Dommage, j’étais incapable d’être aussi bavarde que le flot des pensées, par lesquelles j’étais envahie. Elle n’avait pas besoin de moi, visiblement, mais cela suffit pour faire augmenter mon malaise. Cela pointait du doigt un problème intéressant, sociologiquement parlant : j’étais incapable de tenir une discussion normale, dans une situation normale, simplement parce que ma vie, elle, ne l’était pas. Papa avait bien fait en sorte que je ne sois pas complètement en dehors de la société avec ma scolarité, je n’en restais pas moins différente. Je le savais parce que mon rythme de vie n’avait jamais été celui de mes copines d’école, ma famille non plus, et les tabloïds ne s’étaient pas gêné pour le confirmer. Différente, mais même pas comment j’en avais envie, mais plutôt comme si j’étais en perpétuelle bataille pour la survie, naviguant en eaux troubles, entre deux vagues, essayant de ne pas boire la tasse. De plus en plus, j’en venais à me demander si ça ne se résumait pas à du masochisme, de faire un métier, que de plus en plus, je me sentais contrainte de subir.

- On m’a plutôt appris à ne pas me faire remarquer, relevai-je un peu gauche, pour commenter ses remarques, me décernant d’office la palme de la personne la plus ennuyeuse avec qui papoter. J’étais en train de me mettre la pression, inutilement ou pas, dans l’espoir de pouvoir, pour une fois, faire bonne figure, comme une grande. Pour le moment, j’étais loin d’avoir l’air naturelle et spontanée, ce qui renforça ce côté un peu pataud qui ne me ressemblait pas plus que ça. Le franc parlé n’était pas ce qui me manquait généralement, mais puisque je n’étais pas d’humeur à lutter aujourd’hui… Je voulais baisser les bras, tant pis si c’était avec Gabrielle. Ou par la force des choses, je crois. Désolée, je crois que je suis plus habituée à répondre à des interviews, qu’à tenir une discussion sur du chocolat chaud, décidai-je de jouer franc jeu. Pour une fois que j’avais la possibilité de passer pour la vraie Cara,, je n’allais pas laisser mon double démoniaque me mettre gratuitement des bâtons dans les roues. C’est du façon Gallagher, mon père le fait toujours comme ça, révélai-je. Quelle importance, si ce n’est le besoin de préciser qu’il avait beau être peu présent, son affection avait toujours été réelle et sincère. De cette manière j’interdisais mon invitée de penser le contraire.

J’ouvris l’un des placards de la cuisine, pour en dégoter deux tasses, flanquées chacune de personnages Disney différents : les 101 Dalmatiens pour l’une, Meiko, le raton laveur de Pocahontas, pour l’autre. Les gestes m’étaient familiers, et m’aidèrent à retrouver doucement contenance. Le chocolat amer en poudre d’abord, tourné dans un premier temps avec du sucre, et dans une ou deux cuillères à soupe de lait pour le mélanger correctement, avant de compléter entièrement la tasse. Je me baissai, pour prendre dans les rangements du bas deux carrés de chocolats, à glisser dans chacune des préparations. Pour terminer, un peu de cannelle, avant d’entamer un aller simple pour le micro ondes. Sans parler de l’ingrédient secret, une pincée de sel et de poivre que j’avais glissé avec les autres épices.

- Vas y, tu peux enlever tes affaires, tu peux t’asseoir aussi, of course, je vais les apporter dans le salon. Je le sentais aussi à l’aise qu’un pingouin essayant de taper sur une machine à écrire, pourtant, des après midi entre copines, j’en avais fait, et pas qu’une fois, en compagnie de Tamsin. Je me mis à pianoter machinalement sur le bar de la cuisine, et m’empressai de récupérer les tasses, les installer sur un plateau, pour commencer le service dans le salon. En attendant l’été… plaisantai-je, en lui présentant son breuvage, en évoquant les photos de mes vacances. Ne te brûle pas. Tu me diras ce que tu en penses, mais si tu aimes pas, je veux bien arrêter de boire du chocolat pour toujours ! J’étais vraiment en train de disserter sur une boisson chaude? Il fallait espérer que Gabrielle soit bon public.
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MessageSujet: Re: the key to everything w/ Cara   Jeu 7 Avr - 13:34

C'était mentir que de dire qu'elle n'était pas secrètement ravie de pouvoir rester un peu, au lieu de repartir. Pourtant, elle avait des choses à faire, entre le travail personnel qu'elle devait fournir pour la London School of Arts – et god knew she had to work pour rattraper son retard, notamment en danse, parce qu'apparemment la voix n'était pas tout and all that jazz – et la foule d'idées qu'elle voulait développer pour YouTube. Mais non, elle préférait rester là et hocher vigoureusement la tête à l'idée d'un simple chocolat chaud. Pour un peu, Gaby aurait pu ricaner, amusée par son propre comportement, un peu irritée aussi. Elle était ridiculement habituée à ce genre de crushs, sans conséquence, sans grand fondement non plus. Elle était capable de tomber momentanément amoureuse d'un éclat de rire, de la courbe d'un nez ou, en l'occurrence, d'un sourire sur fond de plage sur une photo vaguement surexposée. En revanche, elle n'avait pas l'habitude de se trouver en la présence prolongée de l'objet de son affection involontaire du moment. God only knows what she'd be able to say now.

Elle suivit Cara à l'intérieur, prenant garde de rester silencieuse. Elle ne put toutefois s'empêcher de tiquer un peu, les yeux un brin écarquillés, en découvrant la maison. Certes, les Graysons étaient loin d'être dans le besoin et elle savait pertinemment que ses parents avaient de l'argent, leurs babioles en tout genre en attestaient. Ils vivaient confortablement, ils avaient de l'argent, oui, mais de toute évidence, ce n'était rien à côté de la famille de Cara. Rien de trop ostentatoire, non, mais seul un aveugle n'aurait pas pu remarquer la magnificence des lieux. Probablement le fruit du travail d'un décorateur d'intérieur ou de quelqu'un de bon goût. « On m’a plutôt appris à ne pas me faire remarquer » lança Cara et Gaby ne put s'empêcher de penser qu'elle semblait un peu mal à l'aise. Elle esquissa un sourire gêné, navrée d'avoir provoqué un tel malaise. C'était récurrent, comme impression. Elle en faisait trop, souvent, et elle ignorait comment s'en empêcher. Tout ce qu'elle savait faire, c'était s'excuser platement et faire son possible pour mettre les autres à l'aise, à grands renforts de bavardages encore plus embarrassants. « Ça ne doit pas être facile, j'imagine » fit-elle en haussant les épaules piteusement. Qu'y connaissait-elle après tout ? Elle jouissait du bonheur de l'anonymat, on ne se retournait pas sur elle dans la rue pour la suivre, on ne cherchait pas à la prendre en photo dans les positions les plus compromettantes qui soient. Elle pouvait à peine imaginer ce que Cara devait supporter au quotidien. « Désolée, s'excusa la jolie brune, je crois que je suis plus habituée à répondre à des interviews, qu’à tenir une discussion sur du chocolat chaud » Gaby se contenta de sourire, consciente qu'un éclat de rire pouvait être très mal interprété dans cette situation. Elle n'était pas méchante ou en tout cas, elle n'estimait pas l'être mais elle avait le don de rire aux mauvais moments et de passer régulièrement pour une blondasse hautaine. « C’est du façon Gallagher, mon père le fait toujours comme ça » expliqua-t-elle. Son père, le réalisateur ? Ça semblait être si étrange, comme réflexion, si normal, vu leur situation. Gaby était la fille d'une critique cinéma après tout, Gallagher n'était pas un nom inconnu à ses oreilles, pas plus que celui de Cara d'ailleurs. Avoir une vie de famille suffisamment banale pour avoir des habitudes concernant un simple chocolat chaud ne collait pas vraiment avec l'idée qu'elle se faisait d'un type qui réalisait des films à tour de bras et de sa fille tout aussi connu que lui pour ses talents d'actrice. C'était bête, comme réflexion, surtout. Bête et simpliste. Don't judge a book by its cover, comme disait souvent son propre père avec des airs de vieux sage, comme s'il s'agissait d'une obscure leçon de vie pourtant fondamentale. Beaucoup de bruits et de mimiques pour rien, mais il n'avait probablement pas tort.

Se balançant d'un pied à l'autre, Gaby observa d'abord l'autre fille s'activer sans mot, de plus en plus gênée. Elle n'avait rien à faire là. Elles ne se connaissaient pas, pas vraiment. C'était un stupide concours de circonstances qui les avaient amené à se croiser, ça et un stupide crush. Stupide, stupide, stupide. « C'est une jolie maison » lâcha-t-elle, trouvant ce silence ô combien perturbant. Peut-être qu'elle cherchait bel et bien à compenser, il faudrait qu'elle en parle avec sa mère. « Vas y, tu peux enlever tes affaires, tu peux t’asseoir aussi, of course, je vais les apporter dans le salon » annonça Cara et Gaby, trop heureuse d'avoir quelque chose à faire, s'empressa de dénouer son écharpe en suivant les directions de son hôte. Elle plia l'accessoire, qu'elle déposa sur son sac, et prit place sur l'un des sofas, un petit sourire vaguement forcé étirant ses lèvres fines. Focus, Gaby, ce n'était tout de même pas si compliqué d'être aimable et sociable. En fait, c'était précisément ce qu'elle était, avec tout le monde. Cara Gallagher n'était pas différente. Except she was, in so many ways. « En attendant l’été… » fit justement cette dernière en amenant leurs tasses. Gaby n'eut pas le temps de réprimer un petit éclat de rire étranglé. Great, maintenant elle avait définitivement l'air d'une conne. « Ne te brûle pas, la prévint Cara, probablement capable de prévoir la catastrophe en la voyant se saisir de sa tasse si vite. Tu me diras ce que tu en penses, mais si tu aimes pas, je veux bien arrêter de boire du chocolat pour toujours ! » Cette fois, Gaby rit de bon cœur, prenant garde de ne pas renverser le breuvage sur son collant. « Oh, you're on, et je veillerai personnellement à ce que tu appliques ça à la lettre » plaisanta-t-elle, avant de réaliser ce qu'elle venait de dire. Well, elles ne se connaissaient pas, pas vraiment, pas du tout et elles n'auraient probablement aucune raison de se revoir après ça. Sauf si Tamsin épousait Chris, peut-être, ce qui ne risquait certainement pas d'arriver. L'idée la fit sourire au-dessus de sa tasse et elle secoua la tête, les yeux perdus dans le vague. « Pardon, j'étais juste, je ne me moque pas. On pourrait le crorie mais non. J'étais juste... en train d'imaginer mon frère et Tamsin se marier. Ensemble » précisa-t-elle en pouffant de rire. God, elle était définitivement la reine des gourdes. Comment expliquer ça ? Cara n'était pas dans sa tête, heureusement d'ailleurs. « Désolée, aucun rapport, je sais pas pourquoi j'étais en train de penser à ça. Les vapeurs peut-être. Il n'y a rien d'illégal là-dedans ? » fit-elle en levant sa tasse, ravie d'avoir trouvé une manière de rebondir sans trop passer pour une gourde. Ça ne rattraperait évidemment pas le reste mais au moins elle semblait un peu moins bête. « Ceci dit, l'image est drôle. Tamsin et mon frère, ensemble, pas le space hot chocolate. Quoi que, ça doit certainement exister » supposa-t-elle en fronçant légèrement les sourcils. Après tout, ce n'était pas parce qu'elle n'en avait jamais entendu parler que ça n'existait pas. Il faudrait demander à Jane, elle était certainement plus au courant de ce genre de choses. « Chris est gay, c'est pour ça que... désolée, faut aussi que j'admette que je me suis un peu moquée de Tamsin pendant quelques temps, parce que la voir le coller en sachant que ça n'irait nulle part, mh... je réalise maintenant que c'est vraiment naze en fait, désolée » s'excusa-t-elle avec une moue navrée. Ugh, elle espérait sincèrement que Tamsin n'entende jamais parler de tout ça. Avec un peu de chance, Cara oublierait cette entrevue ô combien ennuyante, noyée dans le reste de sa vie trépidante de jeune première. Oui, avec un peu de chance. Restait à espérer pouvoir s'éclipser discrètement pour aller se rouler dans la honte au fond de son lit.
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MessageSujet: Re: the key to everything w/ Cara   Mar 12 Avr - 20:04

C'était difficile parce que mes détracteurs étaient aussi nombreux que mes admirateurs, et il fallait H24 être capable de gérer les deux. Je ne laissais rien transparaître de mes sentiments vis à vis de ceux qui, somme toute, n'attendaient que ça. Pas question de donner plus de grain à moudre à ces gens là qui s'en donnaient à cœur joie. Pourquoi ? Non mais c'est vrai, je me posais vraiment cette question, la raison d'un tel acharnement ne cessait de m'échapper. Évidemment, en regroupant les informations, certaines raisons avaient fini par se dégager. La faute, c'était celle de papa, et de son talent. Il ne pouvait soi disant pas y avoir la place pour deux Gallagher dans le monde du showbiz. Papa m'avait donné le goût du cinéma, pour autant, en conclure que j'étais mauvaise, uniquement parce que mon père avait percé, je trouvais que c'était quand même largement abusé. J'avais douté les premiers temps étant préférée dans les séries ou films jeune public, lié à mon propre âge. Coqueluche des onze/douze ans, moqueries d'ado en recherche d'identité, ça avait forcément été un problème, et ça n'avait pas vraiment aidé pour se faire des amis au lycée. C'était lorsque j'avais commencé à décrocher d'autres contrats, non sans mal, parce qu'être fille de, ne faisait pas tout, que ça s'était gâté pour de bon. Mon rôle obtenu était associé généralement à des coucheries avec les producteurs et réalisateurs, dans le seul but de percer, et sûrement pas grâce à mon talent. Putain, mais pourquoi ?? J'étais toujours là et j'en n'avais pas sombré malgré les critiques, ce n'était pas pour rien! J'avais envie d'y croire, enfin pour réussir à fermer leur gueule, et arrêter d'être un bouc émissaire, image dont je n'arrivais pas à me débarrasser, malgré mes efforts, et des apparitions dans des films d'auteur. Non, j'étais vraisemblablement trop mauvaise pour prétendre en être arrivée là par ma propre volonté... Cet engouement médiatique était complètement malsain, je refusais de tirer un trait sur mon métier, que j'aimais, et finalement donner raison à tous et trouver moyen de cracher sur mon dos une ultime fois. En même temps, c'était aussi le synonyme d'un profond mal être quotidien, avec ce poids lourd à porter sur les épaules. J'étais trop têtue pour me laisser abattre trop longtemps, même si j'étais dans cette phase un peu démoralisante aujourd'hui... Mon invitée était entre autre une façon de passer par dessus cet état passager, il fallait juste croire en sa bonne fois, il n'y avait pas de raison...

- Tout dépend de l'image que tu veux faire passer, commençais-je avant de me reprendre toute seule, remarque, même quand c'est le cas, on arrive à t'inventer une vie dont toi même tu ignores l'existence... J'en profitais pour me défendre au passage. J'avais vécu mille histoires, toutes plus moins glorieuses les unes que les autres, entre les journalistes et les magazines, je le savais, et j'en avais pas besoin de tomber par hasard sur une émission de télévision pour ça. Du genre qu'on trouve que tu as des grosses fesses sur tes photos de vacances... ! Je tentai un brin d'humour, pour essayer de faire retomber ce malaise qui ne voulait pas cesser de flotter dans l'air...

A ce propos, je n'avais pas intérêt à avoir loupé ce chocolat chaud, et sa bonne réussite devenait d'une importance capitale. Il ne manquait plus que Gabrielle Grayson aille raconter à qui voulait l'entendre qu'en plus d'être une actrice ratée, j'avais essayé de l'empoisonner !! Elle s'attarda un instant sur les substances qu'il pouvait potentiellement y avoir dedans, mais elle expliqua bientôt, que ce n'était pas là la raison de son hilarité. J'eus un sourire plus ou moins forcé, et fis en sorte de le dissimuler, le temps de me reprendre, et d'écouter les suites de ses divagations. Tamsin faisait partie des personnes les plus importantes à mes yeux, mais ce ne fut pas les apparentes moqueries à son sujet qui m'interpellèrent, bien trop en proie avec mes propres démons et qui le faisaient penser de façon égoïste. J'aimais autant Tamsin, que je ne supportais plus qu'on le rabâche les oreilles avec elle, parce que contrairement à moi, elle était l'exemple même de la gamine talentueuse, qui ne s'était pas enfermée dans une image, et que tout le monde avait envie de s'arracher. Je passai ma langue sur la partie inférieure de mes lèvres pour récupérer le lait, en train de perler dessus. Le chocolat était encore légèrement trop chaud, et je choisi d'attendre quand même encore un peu, avant de le déguster.

- Je serais là pour la soutenir de toute façon, fis-je, l'air absent, encore perdue dans mes pensées. C'était censé être une révélation, mais j'étais moi même trop préoccupée, pour vraiment m'y attarder. Désolée Tamsin... Enfin oui Tam et Chris, c'est une longue histoire, c'est clair. Je ne voulais pas paraître trop désagréable en changeant de sujet tout de suite, même si l'envie était très tentante. C'est vrai que si j'étais lesbienne, un gros tas de muscles, ça me ferait aucun effet, supposai-je, histoire d'appuyer le propos. Enfin dans mon cas c'est plutôt une paire de seins du coup.

Lalalala, quand je disais qu'il fallait parler d'autre chose. C'était trop awkard tout à coup comme situation, on était pas en train de boire une bière dans un bar pour ensuite danser sur du Pitbull, mais dans mon salon, gentiment en train de déguster une boisson chaude.

- Et euuuh, sans ça, tu fais quoi dans la vie ? l'interrogerai-je, en désespoir de cause, qui était sûrement la question typique, lorsqu'on ne sait pas quoi raconter à son interlocuteur. Après tout, je ne savais rien d'elle, ce qui n'était peut être pas son cas. Fausse image ou pas de moi, elle ne pouvait pas vraiment me retourner la question, parce que j'avais quand même assez de notoriété, pour qu'on connaisse les grandes lignes à mon sujet. Gabrielle en revanche était une des sœurs Grayson, et puisque je l'avais invitée à partager un peu de temps en ma compagnie, autant aussi en savoir un peu plus sur elle. Est ce que j'avais seulement eu une bonne idée en la faisant entrer ici ? C'était aussi gênant, me laissant avec le sentiment qu'il fallait que la rencontre se termine vite, qu'en même temps, je n'avais pas du tout envie de la faire fuir, ce qui s'apparenterait à un véritable échec. Mon initiative de départ ne me semblait plus aussi judicieuse, depuis quand est-ce qu'on invitait des inconnus à entrer chez soi ? C'était en train de virer à la catastrophe, parce que même ça, je ne savais pas faire. Pourquoi la conversation ne pouvait pas être simple, et couler toute seule ? A moins de trouver un point commun, et déblatérer dessus, ça semblait plus que compromis. J'ai jamais été qu'actrice, j'ai jamais eu ce sentiment de finalité en terminant l'école, parce que j'ai un peu l'impression de travailler depuis toujours, poursuivis-je dans l'unique but de meubler la conversation. Je croisai les jambes, tout en le redressant un peu parce que mes épaules s'étaient légèrement affalées vers l'avant. On ne se reverrait sûrement jamais pour un café !
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MessageSujet: Re: the key to everything w/ Cara   Dim 29 Mai - 11:20

C'était tout de même un peu étrange, comme situation, ce qui en disait long, vraiment. Grandir dans la famille Grayson signifiait être mêlée, de près ou de loin, à quantité de moments peu banals et se retrouver là, chez une fille qu'elle ne connaissait pas tout en la connaissant plutôt bien – le problème de la célébrité, sans doute – tout ça pour lui rendre une clé usb qui n'avait, a priori, pas l'air de trop lui manquer, well. C'était étrange et potentiellement susceptible de pousser Gaby à la gaffe, quelle qu'elle soit. Et malheureusement pour elle, elle n'avait jamais eu besoin qu'on la pousse trop pour se montrer sous son plus mauvais jour.

Cara n'avait pas l'air de s'en formaliser, du moins pas pour l'instant. If anything, elle semblait surtout gênée par la situation, probablement habituée à se méfier des autres – en particulier des inconnus frappant à sa porte, peut-être. Gaby se demanda un instant si ça lui arrivait souvent, avec sa carrière, son mode de vie. Voir son existence entière passée au crible par des journalistes ne devait pas être agréable mais faire face à des gens convaincus qu'elle leur devait quelque chose, ne serait-ce qu'un sourire ou quelques mots, n'avait probablement rien de réjouissant. Toutefois elle ne pouvait qu'imaginer, bien loin de saisir toute l'ampleur du problème. Elle hocha la tête, pensive, espérant ne pas trop avoir l'air d'une gourde ignorante. Elle comprenait, oui, un peu – mais pas vraiment. C'était assurément le genre d'expériences qu'on ne pouvait juger qu'après en avoir fait les frais. « Well, si les gens trouvent quelque chose à redire, c'est leur problème. C'est ton corps après tout » fit-elle avec un sourire, consciente que ce n'était pas spécialement le genre de réactions qu'appelait la tentative d'humour de l'autre fille. On ne plaisantait pas avec le jugement chez les Graysons, peu importe sa nature. Elle se sentit vaguement hypocrite, soudain, après avoir elle-même observé les photos en question et décrété que cette fille était canon. Est-ce que ça valait mieux, dans le fond ?

Un peu honteuse et toujours aussi gênée, elle reporta son attention sur son chocolat chaud – fierté de la famille, manifestement – agitant sa cuillère nerveusement. Le sujet était bien moins épineux, carrément plus safe que la raison de sa venue et Gaby crut bon de sauter sur l'occasion pour alléger l'atmosphère. Ah, wishful thinking. Il faudrait peut-être songer à prendre quelques cours sur la bienséance et le badinage, si tant est qu'il en soit dispensé à la LSOA. Il y avait probablement quelque chose sur Youtube sur le sujet, proféré par une gourou lifestyle souriante. Elle regarderait ça plus tard.

Se moquer de Tamsin, même sans réelle méchanceté – elle avait fait de grands progrès ces dernières années en ce qui concernait la meilleure amie de son frère – n'était assurément pas la chose à faire devant Cara. Une fois de plus, Gaby s'était engouffrée dans la voie à ne pas suivre et ce, avec brio. Objectivement, elle n'avait rien contre Tamsin, pas vraiment. Son vague ressentiment s'apparentait plus à de la jalousie qu'autre chose, mostly parce que Gaby, à douze ans, n'avait aucune envie de partager son frère avec qui que ce soit. Elle avait même traversé quelques tensions avec Jane à ce propos et Jane était sa sœur. Tamsin était une étrangère, se moquer n'en était donc que plus simple – mais non, Gaby n'avait rien contre Tamsin, plus vraiment. Toutefois il fallait bien avouer que l'image prêtait à sourire. Tamsin, Chris, une grande robe blanche bouffante et un costume cintré, un prêtre et des cloches célébrant l'union sacrée – no way. Incapable de retenir son sourire hilare, Gaby s'efforça toutefois de ravaler une autre réflexion stupide sur la question. « Yeah, but boobs are great » Ou pas. Évoquer sa sexualité n'était plus un problème depuis longtemps et, à vrai dire, il était même étrange que ça l'ait un jour été, quand on connaissait sa famille. Le faire devant une parfaite inconnue n'avait rien d'extraordinaire non plus. Elle ne se cachait pas, elle n'avait aucune raison de le faire mais ce n'était définitivement pas la bonne approche. « Pardon, c'était un peu déplacé. Surtout que ce n'est absolument pas mon premier sujet de préoccupation, I mean, je ne louche pas dans les décolletés des nanas que je croise dans la rue ou ailleurs, c'est irrespectueux, c'est... » Gênant, c'était gênant, parfaitement gênant et par bonheur, Cara n'avait pas l'air de s'en sortir mieux. Great, mieux valait laisser ce genre de conversations de côté, notamment le si j'étais lesbienne qui s'était correctement imprimé dans la tête de Gaby – ça ne voulait rien dire, right ? Le monde n'était pas blanc ou noir, yadda yadda yadda. Non, elle y penserait plus tard, probablement avec Chris ou Jane et un saladier de popcorn.

Le chocolat attendait, salut des empotés et solution au malaise ambiant. Elle s'assura qu'il avait refroidi avant de goûter, gardant soigneusement les yeux baissés. « Et euuuh, sans ça, tu fais quoi dans la vie ? » Parfait, le changement de sujet rêvé. Safe, easy, peu prompt à la bourde verbale. Gaby se redressa, tasse en main et sourire poli aux lèvre. « Je suis en première année à la London School of Arts. C'est un peu général pour le moment, la spécialisation vient après. C'est la musique, mon truc, et les comédies musicales » Gamine, elle avait pris l'habitude de murmurer ça du bout des lèvres lorsqu'on lui demandait ce qu'elle désirait faire plus tard. Ses parents avaient beau l'avoir encouragée dès le début à poursuivre ses rêves de gloire dans le West End, le reste du monde n'était pas toujours aussi sympathique et elle avait essuyé quelques moqueries, à l'école ou ailleurs. Mais Gaby était une grande fille à présent et elle ne se cachait plus. A quoi bon perdre son temps à avoir honte ? Elle ne se contentait pas de payer pour ses études, elle avait réussi les auditions, ce dont tout le monde ne pouvait pas se vanter. Non, vraiment, il n'y avait aucune raison d'avoir honte. « Je tourne des vidéos aussi, sur Internet. Je débute, bien sûr et ça n'a rien à voir avec le cinéma mais c'est sympa, I guess » reprit-elle, motivée par son mental pep talk. C'était encore récent, fragile même, si bien qu'elle avait tendance à laisser ce genre d'activités de côté dans ce type de conversations. Par prudence, par pudeur peut-être aussi. Un peu paradoxal pour quelqu'un qui n'avait aucun mal à laisser les internautes juger ses prestations et sa personnalité. « J'ai jamais été qu'actrice, j'ai jamais eu ce sentiment de finalité en terminant l'école, parce que j'ai un peu l'impression de travailler depuis toujours » reprit Cara. Gaby fronça les sourcils, réalisant que c'était là un pan de l'existence de Tamsin – et de Cara, maintenant – qu'elle n'avait jamais vraiment pris en compte. On ne voyait que les paillettes et le prestige, en observant ces gens-là, sans penser à leur âge et à la charge de travail qu'ils endossaient, parfois très tôt. C'était un peu triste, aussi, de penser qu'elle n'avait pas connu le soulagement de mettre ses années lycée dernière elle. L'adolescence de Gaby n'avait pas été aussi compliquée que d'autres mais voir approcher la fin du lycée l'avait remplie de joie. « C'est un peu dommage quand même, fit-elle, songeuse, parce que j'ai l'impression d'avoir attendu toute ma vie d'en finir avec le lycée et c'était tellement, je sais pas quel mot choisir ? C'était un tel soulagement de se dire que c'était fini, qu'on ne serait plus vraiment considéré comme des enfants. Le problème, c'est que la vie continue après ça, rit-elle doucement, désolée, c'est pas très sympa d'étaler ça devant toi. Manifestement je suis plus douée pour chanter et parler à une caméra qu'à de vraies personnes, à partir du moment où elles ne font pas partir de ma famille » ajouta-t-elle après un instant de réflexion. Une grimace agacée déforma ses traits. The whole thing was painfully awkward et c'était un miracle qu'elle n'ait pas été encore mise à la porte, franchement. « Je parle trop ou je dis n'importe quoi, tout le temps, c'est chronique et vaguement dangereux, parce que je pourrais débiter un ramassis de conneries et blesser quelqu'un sans m'en rendre compte. Désolée si je t'ai offensée d'ailleurs, c'était pas mon intention » C'était un peu comique, en y pensait. Elle était souvent de l'autre côté de la démarche, public visé involontairement par une remarque idiote, généralement sur sa sexualité d'ailleurs. On lui présentait des excuses, les lui servant toujours avec une certaine condescendance, si bien qu'elle était terrifiée par l'idée de reproduire le même schéma. « Et je ne dis pas ça pour être polie hein, s'empressa-t-elle d'ajouter avec l'horrible impression de s'enfoncer dans un marécage de gêne, je déteste quand les gens font ça, s'excuser parce qu'ils se sentent forcés. Ils devraient le faire par sincérité. Pardon, je divague encore. Tu es sûre de n'avoir rien mis là-dedans ? » insista-t-elle en levant sa tasse avec un sourire idiot. Gaby savait détendre l'atmosphère pourtant, Gaby savait diffuser les tensions à la maison entre les jumeaux avec une blague ridicule, Gaby savait faire le show. Mais ici, face à cette fille, elle avait l'impression d'avoir laissé son sens de l'humour et son cerveau dans sa chambre. « Mais pour en revenir à ton boulot – c'était peut-être un peu trop casual comme terme but who cares – j'ose espérer que tu arrives à décrocher de temps en temps quand même. Ça ne peut pas gérable, d'être constamment sous l’œil d'une caméra, que ce soit pour l'art ou pour satisfaire la curiosité du peuple » supposa-t-elle avec une moue vaguement inquiète. Elle n'aurait jamais dit ça à Tamsin, songea-t-elle. Elle n'aurait jamais dit ça à Tamsin parce que ça ne l'avait pas intéressé jusqu'à présent. Avec Cara, toutefois, c'était différent mais elle se serait bien gardée de le faire savoir, for obvious reasons.

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MessageSujet: Re: the key to everything w/ Cara   Lun 13 Juin - 18:35

Impossible de mettre fin à ce malaise. Sûrement parce qu’au fond, nous n’étions rien de plus que des inconnues, et que Gaby avait peut être simplement envie de mettre fin à ce supplice. J’étais comme ça. Je veux dire, suspicieuse avec les gens. J’avais tellement appris à m’en méfier, que la naïveté d’autrui me paraissait louche, inenvisageable.  On ne fait rien par bonté et gentillesse, je l’avais appris tôt, et à mes dépends. Ce qui soulevait de nouveau les véritables intentions de la blonde et sa présence ici, tout comme mes élucubrations pour me mener à un scénario plus ou moins plausible, mais pas vérifiable dans tous les cas. Et franchement autant le dire, c’était juste chiant. C’était méga chiant de toujours être dans la distance, les suppositions et l’hypocrisie, encore plus quand ma franchise avait tendance à en déranger plus d’un. Elle m’avait plus donné des problèmes qu’elle ne m’avait rendu service, la vérité est une denrée rare qui ne fait pas plaisir, encore moins dans cet univers en papier mâché qui était le mien. J’avais juste envie d’une copine avec qui raconter des trucs stupides, avec qui rigoler de garçons, et d’avoir une ennemie commune sur qui médire. J’avais Tamsin évidemment, et pour rien au monde je n’avais envie d’échanger ma meilleure amie avec qui que ce soit. Ce n’était pas pareil parce que déjà on était dans le même milieu, et même si ça nous rapprochait, nos carrières étaient trop différentes pour qu’elle puisse comprendre ce quotidien. Je ne lui en voulais pas, elle s’en était sortie, avec brio en plus. Mais forcément, il y avait un décalage entre nous deux, et même si elle était un de mes plus gros soutiens, il n’en restait pas moins ce gouffre infranchissable entre nous deux.

Nous observer en chien de faïence n’aidait pas, et je réalisai que si le chocolat chaud avait été pendant un premier temps le moyen idéal pour se donner contenance, je m’embourbai dedans plus qu’autre chose. Je n’avais aucune idée du véritable souhait de Gabrielle. Partir pour mettre un terme à cette situation de plus en plus embarrassante à cause des différentes maladresses, rester par politesse, rester tout court.

- Et alors, c’est quoi ta comédie musicale préférée ? demandai-je, en prenant le parti d’ignorer toutes ces suppositions qui ne me menaient nulle part. C’est quoi le rôle en particulier que tu aimerais jouer ? Il y en avait forcément un. On avait tous ce personnage fétiche auquel on s’identifiait. Le fait est que ce qu’elle me racontait m’intéressait vraiment, elle n’avait pas l’air de camper sur ses occupations, et la voir même si ce n’était qu’en surface, avoir tout un tas d’activités différentes la rendait captivante, ouverte sur le monde aussi. Un bol d’air frais dont j’avais parfois bien besoin. C’est des vidéos sur quoi ? C’est vrai qu’on en voit pas mal maintenant, ça montre que tout le monde peut faire ce qu’il veut et parler des choses qu’il aime, et trouver des points communs avec d’autres gens sur internet. Je trouve ça cool.

Ca ne se voyait pas, mais à côté de ça je redoublais d’efforts pour me creuser les méninges et trouver de quoi l’occuper à autre chose qu’être bêtement assise sur mon canapé, à boire une boisson pour se réchauffer. Il faisait quoi les autres, quand ils invitaient des gens chez eux ? J’écoutais ses confidences, et sans qu’elle le sache, ses paroles débloquèrent quelque chose d’essentiel, qui me firent un instant arrêter de me soucier de la mauvaise hôte que je pouvais être. Sans hésitation pour la première fois depuis le début de notre entrevue, me confier me parut naturel, comme si ses paroles en apparence incertaines, étaient en vérité une douce chaleur réconfortante et enveloppante.

- Mais tu sais, en même temps, c’est aussi parce qu’on nous le demande sans arrêt. C’est exactement ce que je te disais, on doit tenir ce rôle, et c’est complètement con en fait quand on y pense, parce que tu endosses pleins de personnages différents à longueur de temps, et quand tu commences à être toi même, c’est finalement là qu’on te le reproche. Les gens on une image tellement idyllique et du coup erronée de leurs prétendues idoles qu’elles ont pas le droit à l’erreur. Rien aurait pu penser que j’aurais pu laisser entrevoir le fond de mes sentiments à Gabrielle. Mais après tout, elle ne me connaissait pas, au mieux, elle faisait quelque chose de mes paroles, au pire, elle me prenait pour une extraterrestre, et on se reverrait jamais. Elle cracherait un peu sur ma gueule, mais à la limite, j’avais l’habitude. J’avais juste envie d’échapper à ce contrôle dans lequel j’évoluais et où j’avais parfois l’impression de me perdre un peu plus chaque jour. Là il n’y avait que moi, elle, et le chocolat. C’était simple, non ? Quand c’est comme ça, tu sais ce que je me dis ? Qu’on fait tous la même chose, et qu’on va aux toilettes tous les jours, même la Reine Elizabeth, alors la belle affaire ! Je fis une moue qui se voulait un peu drôle, avant de prendre de réaliser la portée de ma blague, mais aurait vraiment le mérite cette fois de briser la glace. En même temps, cette fille avait l’air vraiment cool, et plus ça allait, plus mon avis se faisait ferme sur cette question. J’aurais été déçue avoir tout à coup tord. Elle était sympa. C’est ça, elle était juste sympa pour être sympa, et dégageait la sympathie. Est-ce qu’on rencontrait encore des gens comme ça ?

Je bus la dernière gorgée de ma tasse, avant de la reposer sur la table du salon, dans un léger tintement de porcelaine. Je repliai une de mes jambes sous l’autre et entre le canapé, tout en me tournant de trois quarts vers mon interlocutrice.

- Franchement, tu sais quoi, je crois que si j’écoute les gens, je suis complètement skyzo. On a déjà dit que sur les tournages je ne parlais à personne à part pour aboyer des ordres, des classiques quoi. Que personne ne voulait travailler avec moi parce que mon jeu était mauvais mais que personne n’osait me le dire, ou parce que c’est grâce à mon père que je suis dans le cinéma parce que je n’ai pas ma place ici. Après il y a ceux qui ont l’impression au contraire que je suis une personne parfaite qui mange cinq fruits et légumes par jour, où alors un peu bizarre et originale qui se lave les cheveux une fois par mois. J’en ai tellement entendu, vu, lu…  Je sais pas pourquoi en plus, je dois avoir la gueule de la nana à qui on aime bien inventer des vies, parce qu’on se fait trop chier dans la sienne. De toute façon, même quand tu veux montrer aux gens la vérité, tu passes par la méchante. C’est tellement facile là dedans de manipuler les autres. Et encore, je ne parlais pas de la face cachée de l’iceberg. On m’avait également accusé d’actes beaucoup moins glorieux et dégradants, surtout dans cette bataille que je menais, puisque pour certains, je ne devais certaines percée uniquement grâce à mon cul, et donc, pour avoir couché avec le producteur. Voilà voilà. Il se passe aussi des trucs cools, si je continue c’est aussi qu’au fond j’aime ça, mon travail quoi, mais c’est clair que par moments c’est un peu lourd. J’espère que je détruis pas un de tes idéaux !
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MessageSujet: Re: the key to everything w/ Cara   Mer 14 Sep - 10:36

Une fois lancée sur l'un de ses sujets préférés – aka la musique en règle générale et les musicals de manière plus ciblée – Gaby était intarissable. Pire que ça, elle était capable de noyer son interlocuteur sous une montagne de références et de conseils, d'anecdotes et de critiques, sans se rendre compte immédiatement que ça pouvait être désagréable. Or, ici, elle avait presque l'impression de marcher sur des substances jaunes dégoulinantes sur les cheveux de Caro, intensément consciente du regard que l'autre fille portait sur elle, du canapé sous ses fesses et de la tasse de chocolat qui refroidissait entre ses mains, comme s'il était essentiel qu'elle choisisse ses mots avec attention. Un peu comme le jour de son audition, sauf qu'ici Cara n'était pas l'un des membres du jury et qu'elle ne tenait pas son avenir entre ses mains. Elles ne se connaissaient pas et Gaby avait perdu l'habitude de prêter attention à ce que les gens pouvaient penser d'elle, après avoir perdu tant de temps à laisser le jugement des autres la peiner. Mais elle voulait lui faire bonne impression, sans très bien pouvoir se l'expliquer. Plutôt sans vouloir se l'expliquer. La situation était suffisamment embarrassante comme ça. « Et alors, c’est quoi ta comédie musicale préférée ? » demanda Cara, probablement sans savoir dans quoi elle s'embarquait. Gaby ouvrit la bouche pour répondre mais seul un soupir amusé s'échappa de ses lèvres dans un premier temps. Jesus, que répondre à ça sans passer trois heures à expliquer chaque élément de réponse ? « Mh, vaste question. J'aime beaucoup Cats. Les Misérables aussi, j'essaye depuis des années de chanter toutes les voix dans One Day More mais ça relève de l'impossible. Et mh, Evita, c'est super aussi. J'ai vu Wicked l'autre jour, pour la première fois d'ailleurs et c'était merveilleux » Elle se tut, sourire aux lèvres au souvenir de cette soirée. Elle était parvenue à y traîner une Jane un brin réticente, Chris ayant décidé de sortir avec Adrian pour fêter Dieu seul savait quoi – leur première rencontre, leur premier baiser, la première fois qu'ils s'étaient tenus la main ou quelque chose du genre, elle avait un peu trop de mal à suivre le développement de leur relation pour s'en souvenir. « C’est quoi le rôle en particulier que tu aimerais jouer ? » reprit Cara, pour le plus grand bonheur de Gaby qui ne perdait jamais une occasion de parler de tout ça. Elle réfléchit un instant, révisant mentalement la liste des nombreux rôles qu'elle avait mise au point des années plus tôt, lorsqu'elle avait décrété qu'elle gagnerait sa vie sur scène comme Patti Lupone et d'autres grands noms qui ornaient les murs de sa chambre. « Evita. Eva Peron, se reprit-elle, ce serait parfait. Mais bon, j'ai trois ans d'école devant moi et rien ne dit que je réussirai à faire quoi que ce soit dans le domaine. Peut-être que je serai figurante toute ma vie, qui sait » Dit comme ça, ça n'avait rien d'effrayant mais consacrer son existence toute entière aux musicals était déjà synonyme de précarité lorsqu'on était en haut de la fiche, parce que rien ni personne ne pouvait vous garantir un rôle après celui-là – sauf pour quelques privilégiés, évidemment. Mais rester dans l'ombre pour un salaire de misère signifiait courir les auditions et les répétitions tout en essuyant le comptoir d'un bar ou en servant des frites au McDo du coin. Et ça, Gaby n'était pas sûre de le supporter sur le long terme. Elle aimait la musique, aimait l'atmosphère magique qui entourait les spectacles et leurs troupes, mais elle avait soif de reconnaissance. C'était ce qui l'avait poussé vers Youtube, au départ, et c'était ce qu'elle espérait obtenir, une fois sortie de la LSOA. Elle était encore suffisamment naïve pour y croire pleinement, encouragée par les commentaires enthousiastes de centaines d'inconnus qui éclipsaient les plus amères et mesquins d'entre eux. « C’est des vidéos sur quoi ? C’est vrai qu’on en voit pas mal maintenant, ça montre que tout le monde peut faire ce qu’il veut et parler des choses qu’il aime, et trouver des points communs avec d’autres gens sur internet. Je trouve ça cool » Gaby sourit, ravie de ne déceler aucune pointe de condescendance dans la voix de la jolie brune. On lui servait souvent un petit sourire suffisant lorsqu'elle en parlait, lorsqu'on ne critiquait pas ouvertement ce genre de hobbies. Parce que c'était ridicule et ô combien dangereux d'étaler sa vie sur Internet, bien sûr. « Je chante, marmonna-t-elle avant de se reprendre, plus clairement, je reprends des chansons, généralement. J'écris des sketchs aussi, même si je ne suis pas la nana la plus drôle du coin. Et, mh, je parle de moi, de mes expériences. J'ai fait mon coming out depuis pas mal de temps mais le dire en vidéo, je sais pas, ça m'a beaucoup aidé à, comment dire ? Être plus sûre de moi. Et ça a aidé des gens que je ne connaissais pas aussi, c'est énorme, terriblement touchant et, well, un peu valorisant, il faut bien l'admettre » Un sourire tendre illumina son visage au souvenir des mails les plus touchants qu'elle avait reçu après la confession – terme réellement utilisé pour titrer cette vidéo, d'ailleurs. Les joues écarlates, Gaby reporta son attention sur le chocolat pour faire bonne mesure, plus embarrassée que jamais.

Et ce n'était que le début, bien sûr, puisque Gaby était incapable de se taire, quitte à passer pour la fille un peu niaise, un peu demeurée, qu'on osait pas arrêter. Le pire, dans tout ça, c'est qu'elle n'était pas en train de bredouiller devant son crush de terminale, elle-même profondément gênée, non. God, Chris allait sérieusement la sermonner une fois que l'affaire lui serait revenue aux oreilles. Parce qu'on ne s'invitait pas maladroitement chez la meilleure amie de la meilleure amie de son frère, c'était forcément écrit dans un quelconque manuel qui se passait de génération en génération.

Mais au lieu de lâcher froidement quelques mots destinés à se débarrasser gentiment mais fermement de Gaby, Cara continuait à répondre, presque plus à l'aise, semblait-il, qu'un instant plus tôt. Ou peut-être Gaby se faisait-elle des idées. Probablement. Après tout, ses parents – et ses professeurs, depuis toujours, et pas d'un ton sympathique – passaient leur temps à répéter qu'elle avait une imagination débordante. Elle devait se faire des idées. « Quand c’est comme ça, tu sais ce que je me dis ? Qu’on fait tous la même chose, et qu’on va aux toilettes tous les jours, même la Reine Elizabeth, alors la belle affaire ! » conclut la jeune fille et Gaby ne put s'empêcher d'éclater de rire, basculant en arrière sur le canapé qui n'apprécierait à coup sûr pas beaucoup une rencontre avec le chocolat chaud. Sa tasse se stabilisa in extremis et elle adressa un sourire d'excuses à son hôte, mordant sa lèvre inférieure. « Désolée, désolée, je vais... la finir et la poser » murmura-t-elle, imitant Cara en prenant soin de ne rien renverser ni casser, veillant à ne pas déposer trop brusquement la tasse sur la table basse. Mieux valait qu'elle s'en débarrasse avant de repeindre les murs du salon, murs qu'elle inspecta d'ailleurs un instant avant de réaliser que Cara la regardait à nouveau. « Franchement, tu sais quoi, je crois que si j’écoute les gens, je suis complètement skyzo. On a déjà dit que sur les tournages je ne parlais à personne à part pour aboyer des ordres, des classiques quoi. Que personne ne voulait travailler avec moi parce que mon jeu était mauvais mais que personne n’osait me le dire, ou parce que c’est grâce à mon père que je suis dans le cinéma parce que je n’ai pas ma place ici. Après il y a ceux qui ont l’impression au contraire que je suis une personne parfaite qui mange cinq fruits et légumes par jour, où alors un peu bizarre et originale qui se lave les cheveux une fois par mois. J’en ai tellement entendu, vu, lu…  Je sais pas pourquoi en plus, je dois avoir la gueule de la nana à qui on aime bien inventer des vies, parce qu’on se fait trop chier dans la sienne. De toute façon, même quand tu veux montrer aux gens la vérité, tu passes par la méchante. C’est tellement facile là dedans de manipuler les autres » fit-elle remarquer, sans nul doute en connaissance de cause. Gaby fronça légèrement les sourcils, peinée par un tel discours. Elle n'y était pas totalement étrangère, bien sûr. Sa mère, critique de cinéma toujours ravie de partager un peu de sa passion, n'était pas avare de ce genre d'anecdotes, surtout depuis que Gaby s'était lancée sur Internet. Parce que la célébrité ne faisait pas tout. Pourtant, réalisa-t-elle en écoutant Cara, Gaby ne l'avait jamais vraiment prise au sérieux. Parce que c'était sa mère, parce qu'elle n'y connaissait pas grand-chose dès qu'il était question de tabloïds et de potins, parce qu'on ne croyait jamais vraiment ses parents. Mais Cara vivait la chose de l'intérieur et ça avait bien plus du poids que les vaines mises en garde de maman. « J’espère que je détruis pas un de tes idéaux ! » ajouta l'autre fille, sans doute pour détendre l'atmosphère. Gaby lui adressa un sourire peu convaincant. Elle laissa échapper un soupir, se concentrant un instant sur sa jupe, comme si elle allait trouver les bons mots entre les fleurs de celle-ci. « Non, bien sûr que non, finit-elle par dire avec un petit rire qui lui sembla aussi forcé qu'embarrassant. C'est juste que... enfin, c'est ridicule de dire ça mais c'est tellement injuste. Les gens ne peuvent pas s'empêcher de parler, right ? Et plus c'est horrible, mieux c'est. Chris est passé par là, après son coming out. Moi aussi, un peu. Personne n'a publié quoi que ce soit ceci dit, donc ce n'est pas vraiment comparable mais j'imagine que ça ne doit pas être facile » Elle avait eu envie d'aller vivre à l'autre bout du monde, de préférence dans une grotte, la première fois qu'elle avait entendu les rumeurs qui circulaient sur son compte au lycée, dans les jours qui avaient suivi son coming out. La nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre et Gaby avait appris dans le même temps qu'elle était une traînée obsédée par les sœurs Sullivan, qu'elle avait changé Nancy Fuller en lesbienne – lesbian witchcraft, obviously – et quantité d'autres bruits aussi aberrants que blessants, so, yeah, elle comprenait. Un peu. « For what's it's worth, je n'ai entendu que de bonnes choses à ton sujet. Ma mère a beaucoup aimé ton dernier rôle, je crois. Elle est critique de cinéma, précisa-t-elle, comme si ça pouvait apporter le moindre poids à son propos. désolée si c'est une question bête mais tu n'as jamais eu envie de contre-attaquer ? Pas, genre, frontalement ou violemment mais... » Les rouages s'étaient déjà mis en marche dans sa tête, malgré elle. Aurait-elle été seule qu'elle se serait jetée sur la première feuille de papier en vue pour noter tout ce qui lui traversait l'esprit. « Parce que sinon, j'ai peut-être quelque chose à te proposer. A vrai dire, ça vient de me passer par la tête, j'ai pas encore les détails pour l'instant mais... tu sais, Internet, c'est un peu, comment dire ? Tout le monde peut dire ce qu'il veut et ok, il y a des débordements, parce que les gens savent pas gérer la liberté et il y a beaucoup d'abrutis » Autant se tirer une balle dans le pied. Non mais franchement, où allait-elle avec pareils arguments ? « Mais Youtube est une bonne plateforme d'expression et d'échange et, je sais pas, ça ne changera sans doute pas la face du monde mais peut-être que ça pourrait te soulager ? Et te montrer sous un nouveau jour. Et je suis beaucoup plus drôle et un peu moins bavarde devant une caméra » ajouta-t-elle, regrettant immédiatement sa vague tentative d'humour. Elle aurait pu faire pire, ceci dit. Insinuer en ricanant qu'une apparition de Cara sur sa chaîne boosterait ses statistiques ou quelque chose du genre. Certes, c'était vrai mais elles ne se connaissaient pas suffisamment pour que Gaby s'autorise ce genre de vannes débiles. « Tu n'es pas obligée de dire oui, ni maintenant ni plus tard. Mais je peux te montrer ce que j'aurai écrit dès que j'aurai mis les choses au clair dans ma tête et tu peux décider à ce moment-là ? proposa-t-elle, maudissant mentalement l'espoir qui transpirait dans sa voix. Ou tu peux dire non tout de suite, je comprendrais, bien sûr ! » En même temps, pourquoi Cara accepterait-elle de s'exposer sur le net si elle évitait déjà les médias ? Ridicule. Mais après tout, qui ne tente rien n'a rien and all that jazz.
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