you’re not depressed, you’re bored [fabien & gaby]

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MessageSujet: you’re not depressed, you’re bored [fabien & gaby]   Ven 18 Mar - 22:53


« you're not depressed, you're bored »
[fabien & gaby]

Le trimestre reprend son cours après cette période intense d’évaluations, de critiques, de reproches. L’étude et l’apprentissage rongent lentement Fab. Comment peut-il apprendre, alors qu’il ne se connait plus, ne sait plus comment voir? Le monde tourne à une vitesse horrifiante et Fab en a assez de s’y glisser l’espace de quelques secondes anonymes. Il veut davantage, pire il nécessite davantage. Son corps réclame un coup d’État, un aléa spontané, un vif dérapage. Enfin quelque chose. Soudainement, le rythme effréné et démentiel qu’il s’impose, proche d’un masochisme intellectuel, le purge au plus haut point. Il s’interroge même sur sa capacité antérieure de supporter un tel carnage cérébral. Pourquoi s’imposer une absurdité pareille, alors que tout ce qui le rend heureux, c’est de vivre. Comme il le fait là, en cette matinée ensoleillée, en buvant un café colombien. Vivre n’a pas à être une tâche, pourquoi en fait-il une? Lui qui, se contentait de couchers du Soleil il n’y a de cela pas longtemps, maintenant, s’est obligé et pourquoi? Afin de satisfaire père et mère? Afin de glorifier son cursus en y ajoutant une session à Cambridge? Tout cela ne fait aucun sens. Tout ce qu’il convoite, c’est de vivre. Et où en est-il avec cette vie? La nuit ne semble plus s’estomper, son obscurité est omniprésente, suit Fabien constamment, alors que son cœur a cessé de battre. D’où lui vient donc cette impression d’étrangeté qui le préoccupe? Chaque jour, la beauté de ce monde se fade, ses pétales meurent avant que les rêves du jeune homme puissent en éclore. Tout cela lui semble irréel. Un genre de cauchemar, mais qui est l’éveil. Que cela lui enseigne-t-il donc sur le sommeil? L’encre est son sang qui coule au flot de son mal. Un sang noir, amer et putride. Et plus il coule, plus sa tête est légère, plus son cœur est allègre et se remet à pomper, plus son sommeil le tient et l’emballe. Il se dit : «Là! Maintenant! Vas-y!» Et pourtant, le voilà qui reste là à subir une lente extinction, pétrifié par l’odeur du vide. Stupide, c’est tout à fait stupide. Rien ne l’émeut davantage que le Soleil contre sa peau, l’éblouissement de celle-ci quand il court entre les rues, quand il fuit, vagabond, son cachot trop grand. Il veut rouler jusqu’à ce que la route devienne soleil ou mer ou les deux! Jusqu’à ce que sa mémoire s’effrite, jusqu’à ne plus se souvenir, jusqu’à ce que le moment présent se fige sur la route dont il ne peut plus s’échapper. N’est-ce pas là le bonheur? Écrire, navré, au coucher du soleil, entouré d’âmes sincères, navré pour ceux qui ne surent pas suivre. Là! Maintenant! Et pourtant...

Tout à l’heure, le doyen de son université à Montréal l’a contacté afin de prendre connaissance des plans académiques de Fabien pour la session ultérieure. La possibilité d’étudier à Paris ou à Stockholm ou à La Haye fut évoquée. Polyglotte, il génère fréquemment un intérêt, voire une curiosité marquée chez les comités de sélection. Néanmoins, la décision du jeune homme était franche, limpide et prise. Sabbatique, sans promesse de retour aux études. Le temps de pondre un bouquin ou deux, de réfléchir et de découvrir. Son meilleur ami, Aedan, lui avait fait la promesse de venir passer l’été à Londres avec lui. Ensuite, peut-être irait-il fuir en Floride, ou encore, descendre de l’Alaska au Cap Horn, peut-être passer un peu de temps avec ces parents dans les Caraïbes. Les possibilités, infinies, jurent avec la rigueur que lui aurait imposée un autre trimestre. Son sourire se grossit à cette idée. Il ressent avec bonheur et anticipation cette liberté folle qui l’attend, l’inattendu qui se dilue dans ses veines avec un zeste incomparable. Divisé, lobotomisé. Il y a le monde et il y a le sien. Eux et lui. La rivière et le riptide. Son être tremble d’engouement. Il s’enivre de l’air, et ce, sans aucune aide psychotrope. Une extasie pure et libre, volontaire et inapprivoisée. Son corps est sauvage, ces pensées le sont encore plus.

Rares sont  les matins où Fab se lève tôt par choix. Néanmoins, les rayons avaient chatouillés sa fenêtre et l’avaient réveillé. La chaude journée annonçant le retour du printemps avait su pousser une parfaite sérénade à l’étudiant pour qu’il se lève d’un bon et file au torréfacteur du coin entamé sa journée par la dégustation de l’élixir de Colombie, lequel le frappe de sa moiteur, de sa puissance, de sa délivrance. Délivré du sommeil. Et là, il n’a aucune idée de ce que cette journée lui réserve, mais il ose imaginer les meilleurs dénouements. Fab déguste avec passion le café corsé qui se déverse en lui, soudainement exalté par les promesses qu’il se fait, que l’incertitude lui laisse entendre. Cette désinvolture est reposante, lui rappelle ses rêves et son sommeil. Le temps semble se figer sous ses yeux, tout se ralentit, il ne craint plus le lendemain, cette notion s’annihile, comme son existence n’était plus qu’une longue journée dont il ne cesse d’envier les lueurs. Voilà peut-être tout ce qui lui manquait afin de se sortir de cette nuit, soit ne plus s’y abandonner, de vivre l’éveil comme il rêve le sommeil.

Parfois, le hasard tend par pure bonté le fruit de nos désirs juste sous notre nez, quand celui-ci est le plus désiré. Faveur cosmique peut-être? Une élégante et posée blonde lui fait face. Son visage lui dit bien quelque chose, mais quoi? Lui rappelle-t-elle quelqu’un ou l’a-t-il déjà vu? Il ne tarde de le savoir et, inspiré, voire intrigué par la beauté de son intuition, il se lance.

« Hello. I’m Fab! Have we maybe met before? »

Soudainement, mille et une idées vrombissent dans la tête de Fab. Son salut s’entame aujourd’hui et cette inconnue ne se présente pas à lui sous un aléa anonyme. La folie qui l’anime s’enflamme et les braises de ce délire le réchauffent, lui donnent la foi. Il ne demande qu’à s’éveiller. Pourquoi ne pas la réveiller au passage?
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MessageSujet: Re: you’re not depressed, you’re bored [fabien & gaby]   Lun 4 Avr - 23:46

Le rire d'Annabel résonnait encore dans les oreilles de Gaby lorsqu'elle poussa la porte du café. Elle avait pourtant quitté la maison près d'une heure plus tôt, jouissant d'un jour de congé, et elle en avait avalé, du bruit. Des chuchotements discrets sur les quais aux cris des gamins sur le chemin de l'école en passant par la voix métallique du métro. Du bruit, du bruit, partout du bruit et tant de raisons de perdre le sourire, de se sentir agressée. Gaby, à quinze ans, était trop susceptible et bien trop convaincue que tous les regards étaient braqués sur elle pour ne pas se vexer au moindre éclat de rire. Gaby, à vingt-cinq ans, avait compris qu'elle finirait par devenir folle à force de prêter attention à tout ce qui se disait autour d'elle, qu'elle fut concernée ou non. Ce n'était pas pour autant qu'elle n'écoutait pas les autres. Non, surtout pas. Elle se concentrait sur l'important ou, du moins, sur ce qui semblait important. Sur ce qui faisait sourire, sur ce qui faisait du bien. Et, ce matin-là, entendre Annabel rire de sa vanne profondément ridicule était agréable. C'était important, ça l'avait fait sourire, ça lui faisait du bien. Et ça avait en prime eut le don de gommer un peu la fatigue.

Elle était en congé, oui, mais ce n'était pas une raison pour lambiner, étalée sur son canapé, devant un épisode de Daredevil. Ca, elle l'avait fait la veille, en rentrant du théâtre, après une seconde performance en tant que Cosette ô combien stressante. Parviendrait-elle un jour à se débarrasser d ce trac qui lui tordait le ventre avant de monter sur scène chaque fois qu'elle reprenait le rôle de Carmen, mystère. On ne leur avait pas enseigné ça, à la London School of Arts. Bien décidée à être productive, elle avait donc décidé de faire un tour dans l'un de ses cafés préférés, autant parce qu'elle avait désespérément besoin de caféine que parce qu'elle avait l'habitude d'y écrire. Sa chaîne Youtube avait besoin d'un peu de neuf et elle avait l'impression de tourner en rond chaque fois qu'elle décidait d'écrire dans sa chambre. Elle avait donc fourré un carnet, un stylo et son portefeuille dans son sac à main, avant de sauter dans une robe fleurie ‒ peut-être que ça inciterait le printemps à s'installer plus vite. Si les températures remontaient quelque peu, les bas en laine, si fin fussent-ils, étaient toujours de mise et elle n'oublia pas non plus son manteau, sous le regard protecteur d'Annabel, toujours là pour lui rappeler de se couvrir un peu. Si elle s'en débarrassa en sortant du métro, sa colocataire n'avait pas besoin de le savoir.

Un sourire étira ses lèvres lorsqu'elle poussa la porte du café, ravie de retrouver la quiétude des heures creuses, entre les étudiants fatigués et les trentenaires pressés, et les clients de fin de matinée, en quête d'un sandwich et d'un double expresso. Elle commanda à voix basse, échangeant un sourire de connivence avec les employés, le genre qu'on réserve aux gens qu'on croise souvent, tous les jours ou presque, sans vraiment les connaître. Elle avait prévu de s'installer dans le fond, contre l'une des baies vitrées, dans l'espoir qu'observer les passants l'inspirerait d'une quelconque manière. C'était le plan, ouais, mais il avait suffi qu'elle pose les yeux sur l'un des clients pour piler net. Beaucoup auraient prétendu le contraire ‒ notamment au théâtre, après l'avoir vue chasser les mains baladeuses de Jesse Andrews à grands renforts de jurons ‒ mais Gaby était une fille bien élevée. Elle savait très bien qu'il était impoli de fixer ainsi un inconnu, sans se présenter ni sortir le moindre mot. Elle se secoua en entendant le son de sa voix et son prénom, qu'elle connaissait d'ailleurs. Lizzie n'avait que ce mot-là à la bouche ces derniers temps. Fab, Fab, Fab. Ça ne l'aurait pas dérangé s'il avait été question d'un acteur de série B, d'un chanteur à la mode ou même de l'un de ses camarades du net. Mais non, il s'agissait d'un type bien réel, bien trop proche à son goût. Et, non, elle n'était jusque-là pas tombée dans le cliché de l'aînée trop protectrice et trop curieuse. Jane avait joué les grandes sœurs responsables pour elle plus d'une fois, souvent sans raison valable d'ailleurs et elle savait combien ça pouvait être désagréable. Elle considérait Lizzie comme une fille responsable mais, well, certaines choses qu'elle avait entendu l'effrayait quelque peu. Certaines photos aussi, montrées sous la table au dernier repas de famille. Il était plus vieux que son adorable frangine et ce n'était pas un problème en soi, pas vraiment. Elle ne parvenait pas à expliquer cette crainte que lui avait inspiré le regard un peu trop profond du garçon que sa sœur avait présenté comme un simple pote. Lizzie était une grande fille et, de toute manière, Gaby ne pourrait pas la protéger toute sa vie ‒ mais puisque ce type était là, elle pouvait essayer.

Son sourire réapparut alors qu'elle retrouvait ses esprits. Sourire moins large peut-être, un rien factice, vaguement forcé. Elle n'avait rien contre ce garçon ‒ ou, plutôt, rien pour le moment ‒ et elle s'efforça de sembler le plus aimable possible en lui tendant une main. « Hi, I'm Gaby, Lizzie's sister. You're one of her friends, right? » demanda-t-elle, même si elle connaissait déjà la réponse. Inutile de passer pour la frangine psychopathe qui stalkait le Facebook de sa sœur et toutes ses activités. Parce que vraiment, ce n'était pas son genre. Elle avait pleinement confiance en Lizzie. Nettement en ce fameux Fabien. « Mind if I sit? » Ce n'était probablement pas une bonne idée. Elle se mêlait de ce qui ne la regardait pas et elle le savait, oui, elle le savait parfaitement mais son instinct lui soufflait qu'elle n'avait pas tort de s'inquiéter. Et il s'agissait de sa sœur, merde.
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MessageSujet: Re: you’re not depressed, you’re bored [fabien & gaby]   Jeu 7 Avr - 6:42

Soudainement, le tout s’éclaircit. La tignasse blonde, le visage légèrement coquin, symétrique, la beauté de la famille Grayson est un don de naissance qui n’a pas échappé à la seconde fille. Bercée dans un halo de lumière, son apparition le ravit. Fab adore apprendre à connaître des gens, raffolant de leurs anecdotes, accumulant en une partie sucrée de son cerveau la mémoire de détails inutiles à leur sujet. Il adore quand ces proches se souviennent de ces trucs, comme sa phobie infantile des micro-ondes ou encore ces trois ans d’abstinence de nourriture McDonald. Sans trop savoir comment l’expliquer, ces preuves d’écoute attentive le touchait, comme si son individualité, aussi banale soit-elle avait marqué les mémoires. Cette Gaby, dans sa robe fleurie, lui offre un contraste magnifique, avec ses vêtements de jeune fille et son regard de femme. Elle lui apparait douce, charmante même, alors que Fab lui tend la main en éloignant ses propres commissures en réponse à son sourire.

« Not at all! Please join me. » l’invite-t-il, le plus charmant du monde.

Gaby prend place et profitant du court instant où tous deux se rassoient, Fab observe le visage, tout à coup préoccupé de la blonde, lequel elle dissimule rapidement. L’étudiant saisit qu’elle ne l’aborde pas nécessairement parce qu’elle le trouve mignon, bien qu’il se sache plaisant à reluquer. Non, en tant que cadette de la sororité, elle ne peut, évidemment rester indifférente quant à l’influence discutable de Fab sur la benjamine. Cela, il le saisit. En temps normaux, il aurait songé à présenter comme étant mature et responsable, à sortir sa carte intitulée «Cambridge Law student», à se défendre qu’il laissait Lizzie prendre ses propres décisions. Tout cela étant vrai d’ailleurs. Néanmoins, les dernières semaines, mis à part l’adrénaline reliée à son départ de ses études de droit, avaient été très répétitives, pleines de concepts plus ou moins précis à retenir, à jongler, à plaider. Ce matin, l’envie de monter sa propre cause, de s’auto-représenter dans un procès spontané ne l’intéresse pas, l’ennuie même. L’idée lui donne la nausée. Voilà pourquoi il préfère se montrer franc.

« So, Lizzie’s been talking ‘bout me. »

À la blague, mais se sentant un peu provocateur, il se permet de rajouter une allusion évidente.

« All bad, I hope. »

Sa propre remarque le fait sourire. Il y a quelque chose de sauvage dans cette idée de liberté qui accompagne sa démarche. Du style, je suis qui je suis et je n’y peut rien. Peut-être certains diront que la couardise est son essence, mais Fab n’y croit pas. C’est davantage une bravoure souple et tiède. Depuis longtemps a-t-il appris à ne plus prendre ses défauts en aversion, ou du moins, à oublier son aversion pour ceux-ci. Nul n’est parfait et Fab, malgré son caractère ironiquement fabuleux, n’échappe pas à la règle.

Gaby est un doux nom. Elle et lui. Lui et elle. Ils se mettent à pérorer de tout et de rien, question d’apprendre à mieux se connaître. Comme à son habitude, Fab aborde la présence de ses parents dans les Caraïbes, explorateurs ne cherchant pourtant plus rien, leur vie s’étant soldé par un triomphe sur leur échelle subjective. Autant Fab essaie de se réjouir de leur bonheur, autant sincèrement éprouve-t-il une amertume pour celui-ci. Eux, heureux. Lui... Oh et puis. À quoi bon se qualifier. Néanmoins, il poursuit sa narration, décrivant ses études, dorénavant écourtées en droit à Cambridge, son stage pour le journal The Guardian, décrivant ses occupations de journaliste juridique... Un discours bien ennuyant finalement. En énonçant cette description de lui-même, cette biographie exhaustive, il se rend compte de l’ennui qui le préoccupe lui-même, même ennui qu’il répète perpétuellement à qui veut bien l’entendre. Déconcentré, il repose son attention sur la sœur de Lizzie, laquelle lui apprend son succès sur Youtube, succès pour lequel il se ravie. Cela ne l’étonne point. Bien qu’il ne l’ait pas entendu chanter, déjà il apprécie cette certaine qualité perceptible dans le son de sa voix, une sincérité toute douce, décrirait-il. Sans compter sa beauté qui ne laisserait nul indifférent. Après tout, ses traits sont d’une délicatesse précise et complexe, le genre dont Fab raffole. Sa tignasse blonde, douce au regard, l’envoute, carrément. Il adore tenter de lire au creux des gens. Pour cela, il se lance dans sa conclusion, peut-être hâtive, mais certainement sentie.

«It’s funny. You do not look like the sister who’s gonna try to threaten me. You look sweet, actually. »

Il sourit, un peu fatigué, la caféine s’étant rapidement étouffée en lui. D’un petit clin d’œil discret, il commande un second café. La barista, qui le connait bien, lui renvoi une grimace avant de se mettre à préparer sa prochaine tasse. À son arrivée, elle est brûlante, comme à son habitude. L’attente, aussi frustrante peut-elle être, accompagne le plaisir de boire un café. Toutefois, ce jour-là, Fab n’a pas l’esprit à l’attente. Il a hâte. Le liquide glisse contre sa gorge, l’incendiant au passage, mais cela, il s’en moque. L’attente. Voilà tout ce à quoi Fab consacre sa vie. Attendre la fin du trimestre, attendre la fin de l’été, attendre la mort. Soudainement. Quelque chose. Soudainement, quelque chose devrait se produire. N’est-ce pas là le sens même de l’existence? La vie ne doit-elle pas être vive? Pourtant, il est clair que ce n’est pas le cas de la sienne, tout du moins, plus le cas ou même pas encore le cas. Ses yeux se perdent contre la glace de la fenêtre. La journée est resplendissante ou du moins, voilà ce qu’il attend du jour. Un peu de resplendissance. L’ennui le préoccupe, l’envahit, alors qu’il réalise la monotonie des heures qui défilent. Des heures nues, minces et perdues. Et pourtant, Fab sait qu’il gâche sa vie. Il est dans un trou noir. Qu’est-ce que le bonheur, existe-t-il tout simplement? Qui peut savoir une telle chose... Certainement pas lui. Au moins, peut-il saisir des instants de bonheurs, des moments spontanés et inoubliables. Peut-être voilà-t-il la réponse à l’énigme. Un bond, un saut sans réflexion. Au loin, il entend le son des trains qui décollent. Cela lui inspire une idée folle, mais cette folie le fait sourire. Alors, sans réflexion, il saute.

« Do you wanna do somethin’ today? »
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MessageSujet: Re: you’re not depressed, you’re bored [fabien & gaby]   Jeu 7 Avr - 15:31

Elle s'était toujours considérée comme une fille plutôt chill, surexcitée au quotidien, certes, frisant l'hyperactivité sur une base régulière et, oui, elle imposait souvent sa bonne humeur à qui avait le malheur de se trouver sur son chemin. Mais elle ne fouinait pas, surtout pas dans la vie de sa sœur. Lizzie était jeune, oui, mais elle était responsable ou du moins Gaby aimait-elle à le penser. Elle-même avait pu vivre les questions inquisitrices de Jane, elle savait combien c'était agaçant de voir l'un ou l'autre de ses frères et sœurs s’immiscer dans sa vie, même armé des meilleures intentions du monde. Lizzie n'avait probablement pas besoin qu'elle vienne vérifier que ce type-là était réglo mais puisqu'il s'était trouvé sur sa route, ce matin précis, ici, avait-elle vraiment d'autre choix ? C'était le destin. Ou en tout cas c'est ce qu'elle se raconterait plus tard, pour soulager quelque peu sa conscience.

Elle s'installa avec un sourire un rien plus sincère et jeta un coup d’œil au serveur pour s'assurer qu'il l'avait bien vu. Ridicule, quand on voyait le reste du café, libre en grande partie. Elle aurait pu s'asseoir à n'importe quelle autre table, refuser de prendre place face à ce type qu'elle ne connaissait, somme toute, qu'au travers des anecdotes de sa sœur. Aucune raison de se mettre là, vraiment. Même après avoir reconnu le fameux Fabien. Elle aurait tout aussi bien pu le saluer et s'éloigner, et personne n'aurait trouvé ça étrange. Ils n'avaient rien en commun, sinon Lizzie, et Gaby était venue pour écrire. Pas pour remettre l'Inquisition espagnole au goût du jour. Peut-être qu'elle pouvait encore éviter ‒ ou pas, manifestement. Elle releva un sourcil, surprise par son côté direct, un peu trop franc. De toute évidence, il cherchait une réaction, provocateur tranquille et souriant. Gaby se retint de lever les yeux au ciel, préférant le regarder en silence d'abord. « She did. A bit, yeah, and she probably meant nothing bad » fit-elle après un instant. Emphasis on meant. Lizzie n'avait évidemment voulu affoler personne. C'était la faute de Gaby et de son instinct de maman tigre qui se réveillait au mauvais moment. Peut-être que dans le fond, ce garçon n'avait rien de nocif pour sa petite sœur. Oui, elle aurait aimé le croire, mais il y avait dans son rictus comme une ombre de danger que Gaby connaissait suffisamment pour s'en méfier. Elle en avait vu, des types comme lui, à la LSOA. Des garçons solaires, qui attiraient les foules les plus hétéroclites, qui captivaient leur monde et celui des autres. Ils finissaient par se consumer d'eux-mêmes, étoiles éphémères qu'on parvenait à grand peine à oublier. Gaby ne voulait certainement pas de ça pour Lizzie. Lizzie était tendre, Lizzie était drôle, Lizzie était innocente. Elle ne méritait pas ce genre de chagrin-là pour sa frangine. « She likes you, I can see why » ajouta-t-elle en haussant brièvement les sourcils.

Son café interrompit toute envie d'en ajouter plus, amené par un serveur souriant. Gaby le remercia à voix basse et, par habitude, jeta sa cuillère un peu trop violemment dans la tasse. Inutile d'espérer passer incognito, non. Elle finissait toujours par se faire remarquer. Le geste, ici, aurait pu passer pour une vague tentative d'intimidation mais elle avait la désagréable impression que Fabien trouvait ça plutôt drôle. Qu'il la trouvait drôle. Et, ah, confirmation. Peut-être aurait-elle dû tenter des études de psychologie. Ou devenir profiler. Les gens n'étaient d'ordinaire pas si faciles à lire. Quoi que, il ne l'était pas, pas vraiment. Restait cette ombre dans son sourire qui la troublait quelque peu. « Thanks, I guess » Elle n'était pas sûre qu'il s'agisse d'un compliment. On le lui avait déjà servi pourtant. You're sweet, Gaby, you're such a sweet girl. Pourquoi, parce qu'elle ne portait des robes à fleurs et des tee-shirts à messages pacifiques ou comiques ? « Usually, we send my other sister, Jane, to threaten people. She's quite good at that but I've learned a thing or two. Believe me, you don't really want to see that[/color] » ajouta-t-elle avec un grand sourire, son café dans une main. Elle le regarda commander un café à son tour, un autre très certainement. A son grand étonnement, il n'attendit même pas que le breuvage refroidisse avant de le descendre, sous le regard stupéfait de Gaby. Elle siffla, vaguement admirative, à moitié effrayée. « Well, I guess we should be thankful it's just coffee » marmonna-t-elle, plus pour elle que pour lui d'ailleurs. Dieu seul savait ce que ce type faisait de ces soirées, avec une descente pareille.

Elle détourna les yeux un instant, au profit des passants qui allaient et venaient sans les voir, sans même lever le nez pour jeter un coup d'oeil à l'intérieur du café. Elle avait souvent l'impression d'être coupée du monde en venant ici, d'être une privilégiée mise à l'écart pour mieux observer. Un nouveau sourire étira ses lèvres, plus doux, plus tranquille, aucunement ombragé par la possibilité que sa sœur soit sous l'influence d'un garçon dangereux. Sa voix, d'ailleurs, la fit sursauter et elle se tourna de nouveau vers lui, sans comprendre. « What do you mean? With you? » Ce n'était pas méprisant, simplement surpris. Ils ne se connaissaient pas après tout, quel genre de personnes faisait une proposition pareille à une inconnue ? « You don't know me, you realize that? I could be a murderer or something. Same goes for you » précisa-t-elle sur la défensive. C'était idiot, comme idée. Vraiment bête. Alors pourquoi commençait-elle à la considérer sérieusement ? Well. Elle n'avait pas grand-chose à faire aujourd'hui, certes, et elle finissait toujours par s'ennuyer, les jours de congés. Avec un soupir, Gaby reposa sa tasse à présent vide pour jeter un bref regard à la rue qui s'offrait à eux, timidement ensoleillée. « I guess I'm open to ideas. Not like I have much to do today » fit-elle du bout des lèvres. God, Lizzie allait l'étriper si elle découvrait qu'elle avait passé la journée à surveiller l'un de ses amis. Tant pis, au moins elle mourrait en sachant que sa petite sœur était en sécurité. Sauf si Fabien l'assassinait avant. Mais elle était manifestement prête à prendre le risque.
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MessageSujet: Re: you’re not depressed, you’re bored [fabien & gaby]   Sam 16 Avr - 2:52

L’ennui. Cet ennemi mortel. Fab s’était battu contre lui inlassablement, les champs de bataille sur lesquels leurs affronts s’étant bousculés s’avérant les fêtes hédoniques orchestrées au sein de son appartement. Toutefois, plus ses études s’intensifiaient, plus ses travaux s’alourdissaient, plus son ennui l’obnubilaient, et ce, malgré la caresse vive de l’éclairage hétéroclite des stroboscopes, ainsi que l’altération de sens qui accompagne la consommation d’amphétamines. Cet ennui, omniprésent, dont la constance n’a d’égale que la force, avait pesé sur lui telle une hantise mesquine. Pour la première fois depuis longtemps, Fab admire la possibilité de repousser le siège de l’ennui, se laissant séduire par l’engouement que lui procure Gaby. Après tout, cette idée que lui a inspiré la beauté de la matinée est indolente, suave, envoutante même. Les chemins de fer hennissent avec passion et, de la boutique du torréfacteur, Fab entend leur fureur joyeuse. Cet élan le charme certainement. Après tout, il est Canadien. D’un océan à l’autre, son pays est couvert de rails, pleine de rêves et de beauté. Quelques fois avait-il fait le trajet dispendieux de Vancouver à Montréal, traversant les Montagnes rocheuses typiquement canadienne, succombé à la nitescence des lacs cyan de Banff, s’est égaré dans ses songes devant l’infinité des prairies... Souvent, cette immensité qui caractérise l’Amérique lui manque... Et la liberté qui l’accompagne tout autant. Le Vieux-Continent, aussi illustre, noble et prodigieux soit-il, est sans aucun doute très intimidant au jeune œil américain. Tout en Europe est marqué par l’histoire, gravé par le temps, tous azimuts, le sol est le vestige d’une bataille ou d’une paix quelconque. Cela l’étourdit même. Après tout, en Amérique, les terres vierges s’étalent à l’horizon, pure, intouchable presque. Parmi ses nombreux road trips, Fab s’est amusé à les explorer. L’Europe est si vieille qu’il a parfois peur de la souiller de sa jouvence.

La surprise de Gaby le charme. Après tout, Fab, dans toute sa décontraction, dans toute sa spontanéité, avait déplu à beaucoup d’individus dans sa vie, ou pire, les avait complètement effrayés. Toutes ses fois où il avait été repoussé, rarement en avait-il gardé un souvenir âpre, habituellement davantage amusé par les craintes et parfois les paniques de ses interlocuteurs. Il assume cette douce démence qui saupoudre sa personnalité... C’est exactement ces pinceaux de fougue irréfléchie, qui lui donnent l’impression d’exister, qui font de lui un viveur. Le regard avec lequel il fixe Gaby est intense, à la fois désespéré et confiant. Son souhait d’action demeure à ce jour irrésolu. Que manque-t-il afin que toutes les pièces du casse-tête se positionnent, s’agencent entre elles et fassent de sa vie, une réalité valant la peine d’être vécue? Par une curiosité des plus indéchiffrables, quelque chose lui suggère qu’une déroute spontanée avec Gaby est la clef à ses réflexions noires. Si même cet élan du cœur ne le guérit pas de sa déprime, suite à tant de vices, à tant de passions, à tant d’essais inconcluants, que pourrait l’extirper de cet oblomovisme latent?

Certes, son insistance muette apparait bruyamment à l’oreille de la sœur de sa jeune amie. Toutefois, Fab est un passionné, d’autant plus un dérangé. Nonobstant cette apparente démence, il demeure néanmoins tout sauf dangereux. Enfin, la seule personne risquant sa vie en le côtoyant s’avère sa propre personne. C’est le prix qu’il s’enchaine à payer, quotidiennement, afin de fuir ses démons, d’alléger ses pensées des souvenirs étanches de ceux dont la disparition, temporaire ou définie, le heurtèrent il y a quelques années. Parmi tous ses fantômes, Cassie est celle qui remonte le plus souvent à la surface... Il doit trouver une autre Cassie, une autre raison de vivre. Pour cet instant, une aventure avec Gaby est cette raison, son but ultime, car il ne peut se permettre de voir plus loin. Quant à la possibilité que l’un d’eux soit hanté par des désirs meurtriers, Fab détient la réponse parfaite à cette crainte, ce frein de vivre.

« Don’t you think that thrill, this uncertainety is what makes us wanna get up in the morning? Isn’t that the thing that makes you wanna live? »

Tout compte fait, Gaby doit saisir ce qu’est Fab, c’est-à-dire, un pauvre laideron qui ne cherche que la solution du bonheur au sein de ce monde fou dont les rotations s’élancent à un rythme qu’il ne sait pas suivre. Inoffensif, veule et bruyant, il ne peut blesser personne, tant est-il dépourvu, désarmé. Gaby voit en les propos de Lizzie la fascination que la benjamine entretient pour Fab, étant donné sa curiosité indolente, la cadette voit en quoi son sourire parfois malicieux, parfois espiègle, mais avant tout joueur fait du jeune homme le partenaire d’aventures parfait. L’étudiant a souvent remarqué que les gens en apprennent énormément sur eux-mêmes en s’entourant de quelqu’un qui, au contraire, en sait si peu sur lui-même. Constamment en quête, une quête identitaire, personnelle, laquelle, elle, tourne sur elle-même avec une vélocité supérieure à celle du globe, si rapide, qu’elle menace le temps lui-même. La promesse de défense que Gaby le prévient pouvoir brandir contre lui, afin de protéger Lizzie, Fab n’en doute pas une seconde. La jeune femme lui apparait forte, bien plus qu’elle semble elle-même le savoir. Certes, tout chez elle résonne en douceur, mais derrière cette accalmie se dissimule les pires orages, cela il peut le sentir. Les nuages qui frémissent constamment, les tonnerres grondant trop souvent leur infortunes ou les mers foncées et inquiétantes, une fois maitrisés, perdent toute la crainte qu’ils inspirent. Gaby saurait le surprendre à tout moment et, de cela, il a été prévenu et ne l’oubliera pas de sitôt.

Perdu dans sa réflexion, le son mélangé de la relaxation de sa voix et du sifflement d’un train le réveille. Il est prêt à donner naissance à son idée folle, sa course contre la raison. Plus énervé qu’un jeune garçon, il s’élance.

« Have you heard of this place called, Bournemouth? It’s a lovely town by the sea. I’ve been told it’s beautiful. And it has marvellous beaches, docks, and at this time of year, there even is a carnival of some sorts... I’ve wanted to go there since the day I’ve heard of it. It’s like a two hours ride from London, and trains are departing as we speak... We could probably catch one... »

Ses yeux pétillent, son cœur rugit. L’adrénaline de cette escapade, en apparence toute simple, mais détenant une folie sous-jacente, l’envahit, le submerge. Il bondit de sa chaise, soudainement en plein centre du bain formé par les lueurs du Soleil traversant la vitrine de la boutique, et tend sa main vers Gaby, son sourire le plus indolent et charmeur pendu aux lèvres.

« I dare you to go with me. »
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MessageSujet: Re: you’re not depressed, you’re bored [fabien & gaby]   Jeu 9 Juin - 3:24

Repousser la vague culpabilité qui menaçait de s'installer dans sa tête était curieusement plus simple qu'elle l'aurait imaginé ‒ non pas qu'elle l'avait imaginé, pas en détails en tout cas. Elle réglerait ses problèmes de conscience plus tard. Et encore, si Lizzie venait à apprendre qu'elle avait brièvement fait la connaissance de Fabien. C'était probable mais le futur n'était pas gravé dans le marbre et il était encore possible qu'elle parvienne subtilement à le convaincre de garder ça pour lui. Gaby s'entendait globalement bien avec ses frères et sœurs, Aaron excepté, et elle avait bien l'intention de ne pas gâcher ça. Après tout, elle avait eu dix-sept ans elle aussi et elle s'était insurgée elle aussi contre sa frangine et ses craintes. Seulement aujourd'hui, elle comprenait pourquoi Jane s'était parfois mêlée de ses affaires à l'époque. Aujourd'hui, elle était Jane.

Peut-être que ce garçon n'avait pas l'air bien dangereux, joli blondinet assis là devant une tasse vide. Peut-être qu'elle s'inquiétait pour rien. Peut-être qu'elle était devenue l'équivalent féminin d'un vieux con effrayé par l'inconnu, quel qu'il soit. Il y avait certainement un peu de ça, au départ. L'aurait-elle croisé dans la rue que Gaby ne se serait jamais arrêtée devant Fabien ‒ et pas uniquement parce que ce n'était pas socialement acceptable d'arrêter des inconnus dans la rue. Parce qu'avec une rencontre aussi furtive, elle n'aurait probablement pas capté cet éclat dans son regard. Et, vraiment, elle détestait avoir le rôle de l'aînée moralisatrice mais elle savait que Lizzie n'était pas prête pour ce genre d'influence. Lizzie était encore jeune, un peu immature peut-être. Lizzie était un bébé, préoccupée par ses cours, les garçons et les couleurs des rouges à lèvres de la dernière collection de MAC. Fabien était un homme, manifestement parfaitement autonome et indépendant, capable de proposer à de parfaites inconnues de passer du temps avec lui sans crainte ‒ avec envie, même, ça se devinait aisément. Ils n'avaient rien à faire ensemble, vraiment rien. « No, not really, répondit-elle en souriant, when I was your age? Maybe, yeah » A son âge, peut-être, à l'époque où elle se réveillait dans les bras de Cara sans savoir de quoi leur journée serait faite, mais elle avait grandi. Elle aimait sa petite vie correctement rythmée, vaguement organisée. « But I've grown out of it. That thrill doesn't pay the bills, you know » Elle eut l'impression de prendre quinze ans en quelques mots à peine. Pour un peu, avec quelques centimètres de moins, on aurait pu la prendre pour l'une de ses tantes, toujours si promptes à distribuer de sages leçons de vie. Ugh. D'abord la frangine fouineuse et anxieuse, ensuite la quarantenaire rabat-joie. She really needed to have fun ‒ or to get drunk.

Elle se redressa, intriguée par la direction que prenait cette conversation autant que par la mine presque fiévreuse qu'affichait Fabien soudain. Il n'était pas sérieux. Qui faisait ce genre de propositions comme ça, so out of the blue ? Les amis de sa sœur, voilà qui. Gaby se demanda une seconde s'il avait déjà fait ce genre de propositions à sa lycéenne de petite sœur, occupée une grande partie du temps à écouter des profs insipides. Cette question-là disparut bien vite, effacée par la main tendue par Fabien. Elle l'observa un instant avant de relever les yeux, amusée par son sourire facétieux. Oserait-elle le suivre, quand le bon sens lui criait de se lever et de tourner les talons ? « You've got to be kidding me, murmura-t-elle en soupirant, well, let's go before I change my mind » ajouta-t-elle plus fort, prenant la main offerte. Elle allait regretter cette décision, c'était certain. Presque certain. Ou peut-être que non et la seule façon de le savoir, c'était bien de le suivre. « I really hope you're not a murderer. I still have stuff I have to cross off on my bucket list and before you ask, no, going on some sort of an adventure with my little sister's friend isn't on it » fit-elle, son café à moitié achevé et ses projets d'écriture oubliés sitôt la porte passée. Ceci dit, elle avait toujours détesté s'ennuyer pendant ses jours de congé. Ce n'était probablement pas aujourd'hui qu'elle finirait par prier pour que quelque chose de divertissant survienne.
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MessageSujet: Re: you’re not depressed, you’re bored [fabien & gaby]   Lun 18 Juil - 4:37

Fab retint le rire qui glisse contre sa gorge. Gaby, dans sa réticence si charmante lui donne envie de s’esclaffer, tant elle est mignonne. Pourtant, lui en a assez de toute cette hésitation. La sienne du moins. Les répétitions lui donnent la nausée. Surtout qu’elle compose son quotidien depuis un moment déjà. Le son des trains à l’horizon, l’image de leur traînée de fumée lui confère ce goût pour l’évasion, pour le ridicule aussi. L’idée est spontanée et rebelle, lui donne le sentiment de vivre. Parfois, Fab a l’impression de simplement attendre le jour de sa mort, patienter de façon assidue la venue de son trépas, de gaspiller les heures, de gâcher les journées. Le pire dans cette condition, c’est qu’elle est volontaire. Le garçon peut très bien s’il le désire bondir, se lever et se rendre jusqu’à la plus large des plages, jusqu’au plus haut des précipices. Pourtant, il choisit de ne pas le faire. Voilà ce qui le tue, ce qui alimente et empire son ennui, c’est qu’il en est responsable. Voilà ce qui le pousse, l’incite à saisir cette opportunité folle, cette escapade insensée, futile et bête. Ces amis lui avaient vanté les fêtes foraines de Bournemouth, ces plages chaudes et reluisantes. Dans le climat tôt de mars, l’idée du sable glissant entre ses orteils le charme rapidement, sans effort. L’idée lui rappelle le souvenir des îles désertes des Antilles sur lesquelles ses parents et lui s’arrêtent parfois, lorsqu’il les accompagne dans leur péripétie maritime, sur leur catamaran.

« I hope at the end of the day you’ll be able to call me your friend, instead of your little sister’s. » conclut-il avec un clin d’œil qui se veut complice et indolent.

Furtivement, il entraine Gaby hors du bistro, la guidant jusque dans la rue surpeuplée. Il abandonne par la suite la main de la fille, si excité par l’aventure qu’elle pourrait lui fausser compagnie sans qu’il le remarque. Il n’a d’yeux que pour le chemin qui le mène à la gare. Contrairement à lui, son sourire ne peut s’échapper. C’est un sourire sincère, comme il a peut l’habitude d’aborder. Ni les drogues, ni la politesse ne force celui-ci. C’est avant tout son cœur qui sourit. Le reste du corps ne fait que suivre. Le sifflement des trains le guide entre les rues. Il jette frénétiquement quelques coups d’œil derrière lui, afin de s’assurer enfin que Gaby ne s’enfuit pas. Il est difficile de deviner si la sœur de Lizzie désire réellement l’accompagner à Bournemouth. Certes, il espère qu’elle rigole lorsqu’elle s’inquiète de ses intentions envers elle. Néanmoins, peut-être le suit-elle uniquement par culpabilité, plutôt que par envie sincère de visiter les plages de Bournemouth. La première option le décevrait, lui que cet aléa spontané enivre avec une passion féroce. Il ignore tant pourquoi, mais se rendre à un endroit inattendu, voir sa journée se dérouler d’une manière qu’il aurait été incapable de prédire le matin même le rend fou de joie. Ce n’est pas tant une aventure, qu’un... moment? Parfois, tout ce qu’eux, humains, peuvent espérer c’est de seize the moment. Vivre un instant. Enfin, pour vrai. Stopper le monde, cesser d’avancer, risquer le temps. Si cela fait du sens. C’est quelque chose de pure.

La gare de Liverpool Street apparait enfin sous ses yeux excités, allègres, comme il plonge à l’intérieur, fonçant en direction du premier guichet.

« When does the next train to Bournemouth leave? »

« In seven minutes and thirteen seconds. You have time to catch it if you hurry. »

« That’s brill! » s’exclame le garçon, visiblement énervé. « Two tickets please! »


Pile-poil, comme si l’univers approuve son escapade. Il ne réfléchit même pas et paie le billet de Gaby, ne voulant pas risquer de manquer leur train. Il ne regarde pas même le prix, sa carte de crédit se glissant dans la machine appropriée. Après tout, il reçoit des paies substantielles de la part de son employeur. Depuis un certain moment, l’argent ne cause plus aucun tracas à Fab, lequel n’arrive pas même à dépenser aussi vite que son salaire se verse. Ce qui, somme toute, parait être une bonne chose!

Il se retourne vers Gaby, lui souriant. Son excitation se calme légèrement, maintenant son aventure sécurisée, assurée. Il devine que la jeune actrice n’est pas comme lui, pas aussi spontanée. Elle lui a bien spécifié qu’elle se méfiait du thrill dont Fab est à la fois l’amant et le disciple, mélange dangereux.

« Looks like the universe is in our favour today. »

Après tout. N’est-ce pas?

« Come on. Let’s live a little. »

Le quai d’embarquement bourdonne. C’est une joli journée et plusieurs Londoniens semblent partager son idée, although probably not in the same fashion.

« Like I told you earlier, there’s is a carnival in Bournemouth at this time of year. There are magicians, games of skill, ferris wheels, carousels, wait how do you call them in Britain already... Oh yes, roundabouts! And other attractions. After dusk, bonfires are supposedly lighted on the beach, and parties are held. »

J’étudie les réactions de ma nouvelle amie, tentant de ne pas paraître aussi plein d’espoir que je le suis réellement à l’idée que cette fête foraine la charme, lui donne envie de s’éclater, de s’évader l’instant de quelques heures, loin de la puanteur parfois inéluctable de Londres. Au même instant, le train décolle, nous partons. Il est désormais trop tard pour reculer, pour changer d’avis. La présence de Gaby à mes côtés à Bournemouth est maintenant garantie.

« So Gaby. What do you dream of at night? What it is you’re reaching for in your sleep? »

La question est violente, peut-être mal posée. Au fond, Fab veut connaître sa compagne d’aventures. Et Fab ne s’intéresse pas à des sujets qu’il considère superflus. L’emploi, le salaire, les études, la famille, les relations, les amis. Ce qu’il espère toujours percevoir chez les gens, c’est cette flamme unique qui vacille dans leur creux. Qui sont-ils vraiment, derrière le superflu? Il sourit à Gaby, tournant la tête vers la fenêtre, vers Londres qui s’estompe lentement, mais surement au-delà l’horizon.
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MessageSujet: Re: you’re not depressed, you’re bored [fabien & gaby]   Mer 21 Sep - 12:01

Il y avait de grandes chances pour que ce soit une très, très mauvaise idée, et ce pour une foule de raisons. Elle ne connaissait pas ce type d'abord, ignorait tout de lui hormis son prénom et le suspectait même d'avoir mauvaise influence sur sa petite sœur. Elle avait beau avoir vingt-cinq ans, elle savait très bien que le monde n'était pas une place sûre pour les femmes, encore moins en compagnie d'étrangers. Et elle ignorait où ils allaient mais ‒ mais elle avait envie d'y aller et c'est avec enthousiasme qu'elle le suivit hors du café, serrant sa main comme une bouée de sauvetage. Gaby n'avait pas besoin d'être sauvée pourtant, pas d'une existence morne ou d'un quelconque ennui. Sa vie avait peut-être perdu de l'imprévisibilité des débuts mais la jeune femme était tout à fait épanouie. Bien sûr, elle continuait de courir les auditions et elle ne savait toujours pas comment elle paierait les factures une fois que son temps sur les Misérables toucherait à sa fin mais elle était épanouie. Right ?

Peut-être pas tant que ça, à en juger par le grand sourire un rien innocent, un rien enfantin qui illuminait son visage tandis que Fabien l'entraînait vers la gare. Parce qu'il y avait quelque chose d'excitant dans cette fuite à deux, quelque chose qu'elle n'aurait pas su expliquer ‒ qu'elle ne voulait pas expliquer non plus, de peur de remettre son existence toute entière en question. Parce que ce petit quelque chose lui était familier, remontait à quelques années en arrière. Quand elle n'était encore qu'une môme idéaliste, à peine sortie du placard, amoureuse de la vie et de Cara. Et elle ne savait pas à quel moment elle l'avait perdu ‒ à quel moment elle s'était perdue. En s'installant loin de ses parents, en commençant à travailler, en payant ses premières factures ? A quel moment était-elle devenue une adulte, fuck.

Fabien lâcha sa main, une fois la gare en vue et Gaby ralentit le pas un moment, privée de son entrain. Elle se secoua, retrouvant le rythme, à deux pas à peine derrière lui. Elle ne put s'empêcher de sourire devant les coups d'oeil qu'il jetait régulièrement par-dessus son épaule, comme s'il craignait qu'elle ne s'échappe, une fois libérée de sa poigne. L'idée ne lui avait même pas traversé l'esprit pourtant. Une fois à l'intérieur, elle accéléra le pas pour ne pas le perdre, lui, si débordant d'enthousiasme qu'il était, et réprima son envie de rire lorsqu'il sauta presque sur le premier guichet entrant dans son champ de vision. Cute. Difficile de ne pas comprendre pourquoi Lizzie cherchait sa compagnie. Elle songea à l'arrêter pour payer son propre billet mais il avait réglé avant qu'elle n'ait le temps d'ouvrir la bouche et Gaby se contenta de noter mentalement qu'il faudrait le rembourser, one way or another. Sans doute avec une bière.

Fabien se tourna finalement vers elle, plus calme à présent, l'air moins prompt à exploser d'excitation d'une minute à l'autre. Gaby secoua la tête, amusée, retenant à grand peine le large sourire qui lui chatouillait les lèvres. « Shut up, I'm living, fit-elle, le ton chantant, I followed you. I'm living » Peut-être était-elle vaguement vexée. Pas suffisamment, toutefois, pour que ça gâche sa bonne humeur. « Jesus, you make it sound like I'm your eighty years old nan who knits for fun » reprit-elle, alors qu'ils s'installaient dans le train proche du départ. Mais, pour le coup, elle avait presque l'impression d'être cette grand-mère accompagnant l'un de ses petits-enfants en tant que chaperon, encore plus en l'écoutant lui conter les merveilles qu'ils allaient rencontrer à Bournemouth. Elle rougit légèrement, lissant l'ourlet de sa jupe pour garder un semblant de contenance. « Sounds exciting. For real » insista-t-elle, comme pour se débarrasser de cette désagréable sensation d'être entourée d'un nuage d'emmerdements qui criait boring grown up. Elle n'avait rien à lui prouver pourtant, ils ne se connaissaient pas et elle avait depuis longtemps arrêté de se soucier de l'opinion que pouvaient avoir les autres à son sujet. Ou était-ce à elle-même qu'elle voulait prouver quelque chose ?

Gaby sursauta lorsque le train s'ébranla, plus rapide qu'elle ne l'aurait cru. Si rapide qu'elle en manqua presque la question de Fabien, question pas aussi random qu'on pourrait le penser d'ailleurs. Elle commençait à comprendre sa manière de penser ou, du moins, de s'exprimer. Il semblait n'avoir aucun filtre ou presque, lâchant ce qui lui passait par la tête avec un aplomb rafraîchissant. Gaby avait sans doute passer trop de temps dans le monde du théâtre, entourée par des langues prudentes et souvent hypocrites. Elle laissa échapper un soupir, un rien déconcertée par l'aspect direct d'une telle phrase. Quelques années plus tôt, elle se serait épanchée sur son désir ardent de monter sur scène, d'être applaudie par des inconnus seulement pour sa voix, son talent. Elle aurait su quoi répondre. « I, mh. Don't laugh, ok? But I don't, I guess I don't know anymore. Well, I know what I want, I'm working for it and eighteen years old me would so judge me for saying this. She had a plan, you know? She wanted to sing and act and, yeah, I do that but... my priorities changed, I think. Today? It's really sad but today, I mostly dreamed of what I lost » murmura-t-elle, détournant les yeux. Sad, yeah. More like pathetic, really. Elle inspira profondément avant de tourner à nouveau vers lui. « I fell in love, a while ago, and we were happy. I guess I took it for granted. Thought we would last forever and I wouldn't have to work for it. Should have fought harder. Actually, I should have fought, period. Just... let it go and now I go to bed every night wishing she'd be besides me. I even dream of us and the life we could have had. Like, big house, kids and sunday brunch with our families. It's stupid » soupira-t-elle, l'ombre d'un sourire aux lèvres. C'était encore plus bête, énoncé comme ça, surtout après tant de temps passé à se répéter qu'elle avait tourné la page. Mais Cara était toujours . « And you, what do you want? For real, not like, just today. There must be something » ajouta-t-elle sur le ton de la plaisanterie mais sa voix sonnait creux à ses oreilles. « Besides, you know, spending your days with girls you don't know? » Et, évidemment, il fallait qu'elle s'entête à essayer d'alléger l'atmosphère qu'elle avait probablement ruiné for good.
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