« Freeze ! Vegan Police ! » // Jane et Ezra

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MessageSujet: « Freeze ! Vegan Police ! » // Jane et Ezra   Mar 1 Mar - 1:49

Une demi-heure de retard. Ezra commençait sérieusement à se demander si son incapacité à arriver à l’heure n’était pas un complot du comité des montres. C’était son tout dernier rendez-vous avant la sortie tant attendue -par lui uniquement- de son livre, il s’était couché tôt la veille, avait bien réglé ses alarmes et pourtant… Lunettes de travers, chaussettes dépareillées, braguette ouverte et, pire que tout, 0% de caféine dans l’organisme, pas très professionnel en somme. Tellement pressé qu’il en oublia de fermer la porte de son appartement à clé, il se précipita vers la bouche de métro la plus proche tout en cherchant un ticket non utilisé dans son sac. Ezra prenait assez souvent les transports mais il était également du genre à perdre toutes ses affaires tout le temps, il ne s’était donc jamais décidé à faire l’acquisition d’une Oyster Card. Résultat, le fond de son sac était tout le temps jonché de tickets de métro, utilisés, non utilisés, de l’année dernière, d’il y a deux jours… C’était un joyeux foutoir, un peu comme toute sa vie.

Enfin assis, l’écrivain en profita pour boutonner correctement sa chemise et lacer ses bottines avant de trébucher et chuter mortellement. Il était encore à moitié endormi, impossible de tenir une réunion entière sans son petit rituel matinal. De ce fait, Ez décida de descendre du wagon un arrêt plus tôt, histoire de fumer une clope et de faire un petit stop rapide chez Starbucks, il était déjà en retard après tout. Il y avait pas mal de queue et pas mal de gens à bout de nerfs comme lui, ça l’énervait encore plus de voir des gens énervés, il bouillonnait malgré le cadre plutôt cosy et le presque silence qui régnait dans le café. Ezra ne venait chez Starbucks qu’en cas d’extrême nécessité mais avait ses habitudes et commandait toujours la même chose, avec son air de vieux châtelain insupportable. « Hey, I’d like a venti soy latte with a double shot please, thanks ». Il marmonna, adressant à peine un regard à la jeune employée débordée. Ezra était quelqu’un d’hautain, ça tout Londres le savait, mais il n’était pas méchant, ni impoli, sauf le matin, après avoir été tiré du lit de force. Après avoir passé des heures à chercher de la monnaie dans toutes ses poches, ralentissant accessoirement la déjà longue file derrière lui, il récupéra enfin sa boisson.

Ouf, le calvaire était terminé, il allait enfin redevenir lui même. Ez porta la tasse à sa bouche, bu une gorgée et… et le gobelet failli lui échapper des mains. Alors là. L’intégralité des personnes présentes venaient de signer leur arrêt de mort. En effet, sous tout cet hipsterisme se cachait Ezra le vegan engagé. Enfin, ce n’était pas comme si personne n’était au courant, il aimait bien le crier sur tout les toits. Cependant, à cet instant précis, il était Ez vegan engagé extrêmement sous pression à qui l’on vient de donner un latte au mauvais lait. Il pris une longue inspiration, se retourna vers le comptoir et puis…this happened.  « Hum…excuse me ? This is not soy, right ? I mean, it can’t be, because all I could taste was breastmilk. Oh yeah, breaking news, cows are not magical creatures, what you’re drinking is breastmilk, nothing else. » Il déclara, haussant de plus en plus le ton. « Look, you wanna drink that, that’s your problem, I, personally, am not fond of it so please get rid of that for me ? »  Ez continua sa petite scène, déposant son gobelet sur le comptoir avec une mine dégoutée. «  Oh and I expect a refund, first of all because the taste won’t leave my mouth but also on behalf of all those poor, cute-ass cows. Thank you.»  Il croisa les bras, toisant la pauvre employée, une petite jeune femme de bien dix ans de moins que lui, toute tremblante.
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MessageSujet: Re: « Freeze ! Vegan Police ! » // Jane et Ezra   Mar 1 Mar - 16:55

Cette file d'attente n'a pas avancé. J'en suis convaincue à 90%. Peut-être une personne a-t-elle était servie, mais elle devait connaître un barista, je ne vois pas d'autres explications. Je lève les yeux de mon téléphone, constate que le jeune homme aux cheveux un rien hirsute est toujours devant elle. Et que devant lui se trouve toujours un groupe de filles qui ne présage rien de bon. Bien habillées, de grands sacs portés au coude, des rangées de dents plus blanches que blanches, des rires forcés et des exclamations de type « OMG » ou « LOL » proférés à voix haute. The reason why the white girl at Starbucks meme exists. Avec un peu de chance, elles sont du genre à venir tous les jours à la même heure, alors leurs boissons sont préparées à l'avance. Il est tôt, trop tôt pour aller en ville avec ses amies. A moins qu'une journée shopping ne se profile pour ses dames. Tristement, il semblerait qu'elles soient là par hasard. Vingt minutes de plus, au moins. Je retourne à mes mails, essayant de convaincre Patty - Patrick ! - que non, Katharine ne l'a pas vraaaaiment viré. Je n'en suis à vrai dire pas certaine et ce n'est pas mon boulot de le savoir, mais je le rassure comme je peux. The post Red Nose day shoot apocalypse is upon us. Je secoue la tête, un léger frisson me parcourant l'échine et préfère ouvrir les applis du Guardian et Empire Magazine, histoire de m'informer de ce qui se passe dans le monde. C'est moins terrifiant.

Mais apparemment, l'univers est toujours contre moi. Après la bande de decaf frappucinos, nous avons le droit à un végétalien agressif. Je lève les yeux au ciel devant cet élan dramatique. Fondamentalement, je suis d'accord avec lui, moi aussi je bois du lait de soja et ne mange pas d'substances jaunes dégoulinantes sur les cheveux de Caro ou de poisson. Mais, d'abord, c'est plus pour contester les pratiques de l'industrie agro-alimentaire que parce que je pense que manger les animaux est diabolique. Si toute la viande était issue de production locale respectueuse de l'environnement, j'en mangerai certainement. Ne me jugez pas, le steak, c'est divin. Mais bon, je peux comprendre d'où lui vient cette passion et, moi aussi, je tiens à mes principes. Sauf que je ne harcèle pas les employés du Starbucks pour ce faire. Agacée et pas encore caféinée, je ne peux pas m'empêcher d'intervenir. « Okay there Gwyneth Paltrow, leave the girl alone. Sweetie, this arsehole's soy latte's on me and get me a large black coffe please. » Saisissant l'occasion pour échapper au hipster enragé, elle s'active et les deux boissons apparaissent à une vitesse que je me dois de qualifier d'olympique. Je paie et laisse un généreux pourboire, avant de reporter mon attention sur le brun hystérique, avec qui je quitte la file. « I get that you feel strongly about baby cows, I'm vegan too, but the kid is probably paid about six quid an hour and has nothing to do with the evil of the food industry so, next time, don't take it out on her, okay? And if you really want to stand by your principles, you probably shouldn't buy from a giant corporation that doesn't pay taxes. Just saying. » Je lui adresse un sourire étincelant, appliquant enfin les préceptes paternels d'éducation des hommes blancs ignorants. Bon, à ma façon, mais c'est un début.
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MessageSujet: Re: « Freeze ! Vegan Police ! » // Jane et Ezra   Ven 4 Mar - 0:01

Ezra sentit une main sur son bras et il arrêta instantanément de hurler, lui qui, une seconde plus tôt était bien décider à passer toute sa colère et son stress sur la pauvre employée. ll se vit remettre une toute nouvelle boisson qu’il ne pu s’empêcher de sentir avec appréhension, bon c'était safe cette fois ci. Il leva ensuite les yeux pour affronter le regard de la jeune femme en face de lui, celle qui avait osé s'interposer - et l'appeler Gwyneth, chose qui ne l'ennuyait qu'à moitié - lors de son léger pétage de plombs. Elle avait à peu près son âge mais faisait bien une tête de moins, ce qui ne l'empêcha pas de se sentir un peu humilié, il avait eu tord, c'était un fait. L’écrivain baissa son regard, ses joues un peu empourprées, tout en hochant la tête pour montrer à son interlocutrice qu’il avait bien compris ce qu’il avait fait de mal. Elle avait raison, mais pour sa défense, il n’allait au Starbucks qu’en cas d’extrême nécessité, comme aujourd’hui par exemple. Il était d’ailleurs toujours très en retard et cette petite altercation n’avait rien arrangé.

Ezra jeta un coup d’oeil rapide à son téléphone. ‘Meeting cancelled.’ Ce petit message très concis ne le soulageait pas du tout, son éditeur était plus du genre à téléphoner, un sms ne présageait rien de bon. Bon, il s’occuperait de tout ça plus tard, au moins, maintenant il pouvait souffler. Sa vie était devenue une course folle ces derniers jours, entre tout le boulot qu’il restait à faire avant la sortie officielle du livre et les premières deadlines pour le prochain qui commençaient à arriver, il n’avait plus une minute à lui. Evidemment tout ce stress n’excusait pas son comportement, Ez n’était pas réputé pour sa sympathie envers les inconnus, Eileen lui avait souvent dit que cela venait de son séjour à Paris, un stéréotype qu’il n’appréciait que peu bien que cette hypothèse ne soit pas complètement infondée.

Il sourit timidement à la jeune femme, toujours un peu penaud.  «I-I’m so sorry, I didn’t mean to flip out. I’m not usually like this, I promise…well no that’s a lie actually, I’m like this, just… less obnoxious…maybe.» Typical Ezra, il avait toujours été nul pour s’excuser, par fierté mais aussi par simple maladresse. Il avala enfin une longue gorgée de café, le breuvage l’apaisant aussitôt.  « Look, I really wanna make it up to you… give me another chance yeah ? » Il fit une pause pour boire un peu plus de café, puis repris son petit raisonnement.  « First of all, I’m Ezra, nice to meet you. And I’m gonna go outside and have a cigarette, come with me, let’s chat for a sec okay ? »

L’écrivain tendit la main, en espérant que la jeune femme veuille bien la serrer. Il était très déçu d’avoir fait mauvaise impression car elle avait l’air passionnante et beaucoup plus intelligente que lui, un trait qu’il appréciait chez ses amies. Nombre d’entre elles passaient leur temps à lui taper sur les doigts, ou à soupirer devant ses actions puériles, il avait besoin de gens pour le recadrer dans sa vie, c’était aussi pour cela qu’il cherchait une colocataire ces temps ci. D’ailleurs, cette naïveté vis à vis des femmes lui en avait presque fait oublier les manières de certains -beaucoup- de ses propres pairs et il se dépêcha de se justifier avant de passer pour quelqu’un d’encore plus détestable.  « Oh and just to clarify, I’m not hitting on you….dating, girls, all that…that’s not really my thing, at all. Yeah…sorry, I didn’t want you to get the wrong idea or…yeah. » La situation devenait de plus en plus gênante, mais Ez avait réellement envie de se rattraper.
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MessageSujet: Re: « Freeze ! Vegan Police ! » // Jane et Ezra   Sam 5 Mar - 13:27

L'air penaud du jeune homme n'était pas exactement ce à quoi je m'attendais. J'ai l'habitude de remettre à leur place les hommes privilégiés et qui pensent que tout leur est dû, j'ai beaucoup moins l'habitude qu'ils le prennent aussi bien. Celui-ci semble admettre qu'il a tort. Do men actually do that? Il va même jusqu'à s'excuser, maladroitement, semblant admettre dans la foulée qu'il n'a pas le meilleur des tempéraments. Reconnaître ses torts et ses défauts. Voilà une intéressante combinaison chez un mâle moyen. Agréablement surprise, je lui adresse donc un sourire encourageant quand il annonce vouloir réparer sa faute. Je préciserai bien que c'est à la jeune employée qu'il devrait faire son mea culpa plutôt qu'à moi, mais quelque chose me dit que la demoiselle ne serait que trop heureuse de ne jamais revoir cette masse de cheveux bruns désordonnés. Et elle est beaucoup trop occupée de toute façon. Je laisse donc passer et accepte de serrer avec enthousiasme la main qu'il me tend.

« Nice to meet you Ezra, I'm Jane. Jane Grayson. And I'd be more than happy to have a chat, it's not every day that you tell people off and they want to keep talking to you. » Je ris devant cet euphémisme colossal et m'apprête à suvire mon nouvel ami vers la porte, quand il se sent obligé de s'expliquer sur ses intentions. J'avais cru comprendre par son attitude qu'il n'était pas exactement en train de flirter - ou alors de manière faussement innocente ou bien très maladroite - mais j'apprécie cette volonté d'être clair dès le départ. Décidément, ce garçon est plein de surprises. L'espace d'une seconde, je me demande si par "dating, girls, not my thing" il veut simplement dire qu'il n'est pas doué pour les relations romantiques ou s'il n'apprécie pas la gente féminine. Non pas que ce soit important, mais je suis d'un naturel curieux et j'ai longtemps été vice-présidente d'une des plus grosses associations LGBT de la ville. J'en conserve quelques habitudes.

« No flirting, noted. » Je lui fais un clin d'oeil taquin, histoire de détendre l'atmosphère. Maintenant que nous sommes dehors et qu'il peut enfin fumer, j'espère qu'il va lui aussi se calmer. J'observe son profil, avalant pensivement quelques gorgées de mon café. Maintenant que je l'observe de plus près, sa tête me dit vaguement quelque chose. « Are you an actor or something? Like, do you work in cinema? I swear I've seen your face somewhere, on a set maybe? » J'ai d'habitude une assez bonne mémoire quand il s'agit des gens avec qui j'ai travaillé, mais bon, j'ai quitté le pays pendant un an, on ne peut pas m'en vouloir si certains souvenirs sont flous. Quelque chose me dit que je fais fausse route, mais je n'arrive pas à imaginer d'où je pourrais bien le (re)connaître. Ne pouvant m'en empêcher, j'ajoute « Or maybe I've scolded you in public before, it is a bit of a hobby. » Je lui adresse un sourire en coin, non moins sincèrement curieuse quant à son identité.
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MessageSujet: Re: « Freeze ! Vegan Police ! » // Jane et Ezra   Mer 9 Mar - 0:15

Son esprit désormais éveillé, Ezra avait retrouvé son éternel sourire absent et se sentait beaucoup mieux. Il ne savait pas trop pourquoi il s’était mis en tête de prouver sa prétendue gentillesse légendaire à la jeune femme mais ce n’était pas comme s’il avait autre chose à faire de sa journée désormais. L’écrivain serrait d’une main son gobelet, tentant de se réchauffer, le printemps semblait bien loin, et dire qu’il aurait pu rester bien au chaud dans son lit. Elle s’appelait donc Jane, Ezra avait très envie de faire pleins de photos d’elle, de beaux portraits en gros plan, impromptus et très naturels. Il avait déjà toute la série en tête quand il se rendit compte que c’était tout de même un peu creepy ce genre de pensées avant de redescendre immédiatement sur Terre.

‘No flirting’ hein… Ez ne pu s’empêcher de pouffer discrètement, il ne savait même pas comment on faisait pour flirter. C’était un mot tellement flou pour lui, il n’avait jamais trop compris en quoi cela consistait, si c’était plaisant ou gênant, si ça se faisait uniquement entre deux personnes attirées l’une par l’autre… Encore une notion qu’il avait du mal à saisir. Ce qu’il ne savait cependant pas, c’était que, selon la définition officielle de flirter, cela ressemblait beaucoup à son comportement habituel avec les femmes. Sourires complices, compliments, regards plein de passion… c’était à se demander s’il ne faisait pas exprès, mais tout ça n’était que de la pure admiration. Oh comme il les aimait, toutes.

Il bu une gorgée de café, avec laquelle il manqua de s’étouffer quand Jane annonça qu’elle était sure de l’avoir déjà vu quelque part. Mais où ? Ezra n’était pas acteur pour un sou et ne s’était retrouvé sur un plateau que deux ou trois fois dans sa vie, sur le set des maraudeurs en profitant des avantages donnés par sa carte de presse ou simplement parce qu’il ‘passait par là’ - personne n’est dupe, really. De ce fait, la deuxième hypothèse lui paraissait bien plus plausible, surtout vu son comportement de ces dernières semaines, entre fierté extrême et stress, bonjour les dégâts. « Yeah that must be it, you probably saw me steal an old lady’s seat in the bus or something » Fit-il en riant. Ce n’était qu’une semi-plaisanterie, il se savait parfaitement capable d’un tel manque de respect, mais ça, il le garderait pour lui.

« Oh, I’m also a writer, but I’m far from famous, and I mean really far. » Ez ajouta nonchalamment puis alluma une nouvelle cigarette. Il ne s’attendait à rien et avait surtout parlé de son métier pour enchainer sur un nouveau sujet de conversation: ‘Je suis un gentil artiste’. Jamais personne ne lui avait dit ‘Oh mais bien sur, c’est toi, le type qui a écrit ce bouquin qui a changé ma vie’, il attendait encore cette personne. D’ailleurs, elle tardait tellement à se pointer que, loin de son ego surdimensionné, l’écrivain se demandait parfois pourquoi il s’acharnait à se bousiller la santé pour écrire toujours plus alors que personne ou presque ne prenait la peine de rentrer dans les librairies obscures de la capitale pour se procurer une partie de ses tripes.


Dernière édition par Ezra D. Turner le Ven 1 Avr - 1:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « Freeze ! Vegan Police ! » // Jane et Ezra   Jeu 10 Mar - 18:56

Au vu de sa réaction, il n'était visiblement pas acteur. Rares sont les comédiens à avoir suffisamment peu d'ego pour s'étouffer avec leur café à la simple idée que leur visage soit reconnaissable. Un léger embarras, des joues rougissantes, un regard surpris, pourquoi pas. Mais, dans son expérience tout du moins, cela était généralement suivi par un petit sourire fier ou un jet de cheveux en arrière. C'était naturel, l'on pouvait être l'acteur le plus dévoué et passionné par son métier, on parlait quand même de gens qui ont littéralement choisi de se mettre sous le feu des projecteurs. La reconnaissance n'est peut-être pas recherchée par tous, mais elle est certainement appréciée, ne serait-ce parce qu'elle rapporte plus. On peut prétendre autant que veut que l'argent ne fait pas le bonheur - et c'est vrai, sur un plan purement abstrait et philosophique - être certain qu'on ne sera pas à la rue, manger autant qu'on veut de ce qu'on veut et avoir une bonne mutuelle, ça aide à être plus détendu et plus heureux. Mais clairement, ce garçon a une fibre dramatique mais n'est pas un acteur.

Je joins mon rire au sien face à sa plaisanterie et hausse un sourcil quand il annonce être auteur. Haha. Ca explique partiellement son comportement, même si je ne saurais vraiment expliquer pourquoi sans tomber dans des clichés faciles. Disons simplement que pour avoir grandi dans une famille d'artistes - et amie d'artistes - mon jugement est peut-être un rien expéditif, mais pas infondé. Et cette information ne m'enlève pas de l'idée que je connais ce garçon. Est-il un auteur de théâtre promu par mon père? Non, ils sont généralement... plus âgés, même si mon cher papa s'efforce d'embaucher des gens de toute sorte. Et ce nom... Je vais mettre le doigt dessus, d'un instant à l'autre. Je lutte contre l'envie de lui demander une cigarette - la Croatie et ses bars très fumeurs ne m'ont pas aidée à me débarrasser de mes mauvaises habitudes - et laisse flotter un bref silence. Je bois pensivement une gorgée de café, quand la réponse m'apparaît brusquement. Je pointe un doigt triomphant vers lui, m'agitant soudainement et effrayant une passante en équilibre précaire sur ses talons « Turner ! Ezra Turner, that's who you are ! » Breaking news pour lui aussi, je n'en doute pas. « My little sister raves about you, she has this blog and she reviewed your stuff. I tried to read it, but it's a bit... » Je m'interromps le terme m'étant venu à l'esprit n'étant sans doute pas de ceux que l'on doit dire en face de l'auteur. « Well, I'm not your target audience, I'm a movies gal, pal. » Pourquoi ai-je dit cette dernière phrase avec un accent de type Hollywood des années 40? Excellente question. « My sister knows more about this stuff anyway and she says you're really good, so congrats ! » Les louanges d'une adolescente blogueuse, le rêve de tout écrivain qui se respecte.

J'hésite une seconde, puis essaie de me reprendre, mettant franchement les pieds dans le plat. Il n'y a pas d'autres moyens de confronter un problème de toute façon. Du moins, pas chez moi. « Sorry, that came out rude. All I meant if you have a fan in my sister, as in many others I'm sure. » Je lui adresse un petit sourire, espérant qu'il ne m'en voudra pas trop de cet écart. Et pour faire bonne mesure, j'ajoute une de mes plaisanteries, ne déviant jamais de l'humour comme méthode de survie. « See, now, you have an opening to scold me, it's a two way street we have going here. » On va arriver à terminer cette conversation sur une note positive, j'ai bon espoir.
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MessageSujet: Re: « Freeze ! Vegan Police ! » // Jane et Ezra   Ven 1 Avr - 2:31

Ezra sursauta, il cru d’abord que Jane était à nouveau en train de l’engueuler avant de réaliser qu’elle avait en fait réellement vu son nom quelque part. C’était bien la première fois que ça arrivait. Néanmoins, quand la jeune femme mentionna le blog de sa petite soeur, il commençait à se demander si ce n’était pas qu’une vaste blague, sérieusement, un blog d’adolescente, voilà où il en était rendu. Cette légère amertume le quitta très vite quand il eu soudain le souvenir de ses années lycée. Unsurprisingly, Ez avait passé son temps à lire, à tout lire, tout mais pas n’importe quoi. Littérature Anglaise d’abord, puis Russe, Française…. Eileen et lui avaient tout épluché. Ils se croyaient si uniques à l’époque mais après tout, d’autres gamins comme eux, ça devait exister.

« She…reviewed my stuff ? And she liked it ? Okay…that’s…quite surprising. » Ezra fronça les sourcils, il était flatté mais ses bouquins n’étaient pas exactement grand public, même Jane avoua qu’elle n’était pas arrivée à s’y intéresser -nothing wrong with that- alors une enfant ? « Yeah… I’m really about experimenting when it comes to writing, it’s not for everyone I guess. » Fit-il en haussant les épaules, il aimait interroger son medium, il trouvait ça tellement plus intéressant que le simple fait de créer. « Which is why I’m surprised, your sis is young, young girls like John Green not…me. » Ez continua en riant, ce bon vieux John Green, il s’était surpris plusieurs fois à se laisser emporter par ses jolies histoires, balançant le bouquin à travers la pièce quand il se rendait compte de son méfait.

Cette petite découverte boosta l’ego de l’écrivain -pas qu’il en eu besoin bien au contraire- et il ne prit même pas la peine de faire une remarque désobligeante à Jane, alors qu’il adorait rabaisser les gens qui n’aimaient pas son travail, enfin, il préférait dire les gens qui ne ‘comprenaient pas’ son travail. De toute façon, impossible de lui dire quoi que ce soit sur le cinéma, lui même en était passionné. « That wasn’t rude… okay, a little bit but it’s fine. I’m rude to people all the time, I guess I deserved that little punishment » Tout les ami·e·s d’Ezra s’accordent sur une chose, il a d’abord été affreusement impoli avec chacun·e d’entre ielles avant de devenir adorable. C’était dans sa nature d’être hautain et égocentrique après tout.

Dans tout les cas, Ez savait ce qu’il allait faire à l’instant même où il rentrerait chez lui, il voulait absolument voir ce que la soeur de Jane avait à dire à propos de ses livres. Pas vraiment au niveau de ces gens passant leur temps à chercher leur nom sur google -c’est faux, pas vrai du tout, du pipeau- mais curieux d’en savoir plus sur comment une lycéenne percevait son travail. « I’ll get in touch with your sister, she seems like a very clever young lady. » Et voilà, Ezra avait visiblement gagné un pack d’expressions de vieux le jour de ses trente ans.

Ez adorait parler de lui mais il était également très intéressé par la vie des autres, c’était quelque chose qu’il trouvait vraiment passionnant…mais uniquement quand il posait lui même les questions. « What about you ? I heard you’re a ‘movies gal’, but that’s all I know really »

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: « Freeze ! Vegan Police ! » // Jane et Ezra   Lun 11 Avr - 17:43

Bon, le Turner ne semble pas trop offensé par mon monologue maladroit sur sa reconnaissance littéraire. Plus qu'autre chose, il a l'air surpris. C'est vrai qu'un auteur de niche, qui se dit lui-même expérimental, ne s'attend sans doute pas à être lu, analysé et apprécié par une blogueuse de 17 ans. Non pas que l'âge empêche une réflexion tout à fait construite et légitime, mais il y a des occupations adolescentes plus répandues que la lecture avide d'auteurs contemporains chelous. Parce que bon, j'ai beau essayer de faire preuve d'autant de diplomatie que possible - c'est à dire, pas tant que ça - je n'en pense pas moins quant à l'art du jeune auteur. Je ne doute pas que ce soit un exercice de style impressionnant et j'ai le vague souvenir d'avoir lu quelques passages d'une grande beauté littéraire, mais ça ne m'a pas empêchée de m'ennuyer et de pas arriver au bout. Pour moi, un livre se doit avant tout de raconter une histoire, de préférence avec de jolies formules et une écriture fluide et originale. Mais c'est les histoires qui passent avant tout. C'est sans doute pour ça que j'ai fini dans le cinéma plutôt que dans la littérature, outre le fait que je n'ai pas la patience et la discipline pour écrire chaque jour. Ce medium est bien plus efficace et flexible à mes yeux, le visuel et le fond pouvant se marier bien plus facilement pour créer un récit digne d'être raconté. Je ne dénigre pas la littérature bien entendu, c'est une pure question de préférence personnelle.

La référence d'Ezra à un auteur de jeunesse - si le terme est encore approprié pour les ados et jeunes adultes - populaire m'arrache un sourire. Je sens comme du mépris dans sa remarque. J'en profite donc pour saisir la perche et mettre en route mon esprit de contradiction. « Well, it has to be said that John Green can tell a good story and he throws in nice lines while he's at it. Could do a better job talking about something else than white boys finding girls they don't deserve but hey, it's pretty decent overall. » Je ne doute pas que cette critique express lui hérissera les poils et quelque part, l'idée m'amuse. Je ne suis pas du genre à chercher le conflit, mais on ne grandit pas au sein d'une fratrie de sept sans apprendre à aimer la taquinerie. Et puis, je me suis déjà annoncée en tant que mal élevée et il a l'air de l'accepter, autant assumer et continuer sur cette amusante lancée. Et il admet de son propre chef être tout le temps impoli. Ca ne me surprend pas, après la démonstration qu'il vient de nous faire dans le Starbucks mais je m'abstiens de revenir dessus.

Prouvant qu'il n'est pas qu'un malotru, il suggère d'entrer en contact avec ma soeur. Voilà qui devrait lui faire plaisir, même si elle frôlera sans doute la crise d'hystérie. Il faudra que je pense à la prévenir qu'un auteur qu'elle admire va bientôt lui envoyer un mail - ou un télégramme, allez savoir avec cet énergumène - mais je vais gagner des points de grande soeur cool. Du moins, il y a intérêt. « Oh God, she's going to lose her shit but that'd be great. Here, hold on, I'll give you the name of the blog. » Je plonge dans les méandres de mon sac et parvient à en extraire un bloc note et un stylo mâchouillé, mais en état de marche. Je griffonne l'adresse du blog, preuve que je suis attentive aux projets de ma smala quand même, ainsi que le mail de Lizzie. Je devrais peut-être lui demander l'autorisation mais d'une, je sais qu'elle n'aurait guère eu de scrupules à se jeter sur Ezra - pour l'assaillir de questions s'entend - si elle avait été là. Ou alors elle serait partie dans un de ses étranges élans de timidité. Mais disons que c'est la démarche à suivre.

Continuant à prouver qu'il n'est pas qu'un sale type aimant traumatiser les minimum wage workers, Ezra s'enquiert alors de savoir ce que j'ai voulu dire exactement par ma boutade. Je ne sais pas s'il est vraiment intéressé par ce que je fais dans la vie ou s'il cherche seulement à faire la conversation de manière plus calme et conventionnelle mais, dans les deux cas, j'apprécie la démarche. Je souris donc de toutes mes dents, reprends une gorgée de café et émet une proposition avant de répondre « Okay if we're gonna chat, let's do it where it's warm. » Je pointe l'enseigne derrière nous et glisse sur le ton de la plaisanterie « Unless actually sitting in a Starbucks is too much of a hit to your morals. » Je me fraie alors un chemin jusqu'à deux tabourets fraîchement libérés et reprends la discussion comme si nous ne nous étions jamais interrompus. « Anyway, I was a camera assistant for a while, did technical bits and pieces here and there. But now, I'm the director of photography for The Maraudeurs. I kinda just stared but it's pretty cool, like dream job cool actually, even if I'm mostly just following what the previous guy was doing. You know, keep the aesthetics consistent. » Je lorgne sur le comptoir, envisageant de glisser un billet de dix à une des gamines dans la file pour me ramener une part de brownie. Après tout, on a l'air partis pour s'installer. Je me retiens toutefois de corrompre la jeunesse et ajoute « So yeah, that's me, too mainstream for your taste I assume. » Je lui glisse un clin d'oeil complice, estimant que nous en sommes largement au stade de la private joke, avant de l'interroger à mon tour. « And when you're not writing overly complicated prose or bullying baristas, what do you like to do? »
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MessageSujet: Re: « Freeze ! Vegan Police ! » // Jane et Ezra   Sam 16 Avr - 2:30

Ezra n’avait rien contre les auteurs jeunesse, comme tout les gamins assez grands à l’époque, il avait trouvé le premier Harry Potter sous le sapin de Noël 1997 et l’avait dévoré avec plaisir et passion. Cette petite pointe d’élitisme lui venait encore une fois de sa meilleure amie, bien déterminée à grandir rapidement, voir trop rapidement. Même Shakespeare c’était trop facile pour elle, c’était d’ailleurs la première chose qu’elle lui avait dit. Ce jour là, au fond de la petite Whitley Library de Reading, alors qu’il lisait tranquillement Much Ado, laissant échapper un petit rire de temps à autre, ‘Shakespeare uh? What a waste of time’. Alors Ezra a laissé tomber J.K pour Tolstoï, mais seulement en apparence, parce qu’il était toujours là, à faire la queue à chaque sortie, attendant de quitter Eileen pour enfin se replonger dans son petit univers. C’était surement la seule chose qu’ils ne partageaient pas et Ez s’était de toute façon promis qu’Harry n’était qu’une exception, détournant du regard quand il passait devant le rayon jeunesse.

Ainsi, l’écrivain serra les dents et sourit à la remarque de Jane, incapable de répondre quoi que ce soit, de peur de décevoir sa meilleure amie qui était pourtant à des milliers de kilomètres de là, il pouvait presque sentir une petite douleur derrière sa tête, causée par le livre qu’elle aurait utilisé pour le frapper s’il avait osé dire qu’il avait acheté et lu l’intégralité de l’oeuvre de John Green - juste par curiosité…curiosité - . Ezra se racla la gorge, prêt à changer de sujet et à revenir sur la cause de cette légère confusion dans son esprit, la petite soeur de Jane, qui l’appréciait beaucoup d’après ce qu’elle en disait. Il récupéra le bout de bloc note griffonné que lui tendit la jeune femme, la remercia et le glissa dans son portefeuille pour être sur de ne pas le perdre et se promit de penser à lui écrire dès ce soir.

 «I’m pretty sure that there’s already a picture of me on the ‘unwanted’ wall anyway» Ez répondit en haussant les épaules et suivit Jane dans le café. Il s’installa sur le tabouret à côté d’elle et l’écouta parler, hochant la tête de temps à autres. Les Maraudeurs alors… l’écrivain l’avait surement déjà aperçue, s’étant bien souvent incrusté sur le tournage grâce à son pass magique, la carte de presse, mais ne se souvenait pas du tout d’elle ce qui n’était pas vraiment surprenant… Ezra n’était pas très physionomiste, il lui arrivait de ne pas reconnaître ses amis les plus proches dans la rue, ce qui donnait lieu à de drôles de situations.

Il ne put s’empêcher de pouffer à la petite pique que lui lança Jane, si elle savait.  «Well…actually…I’m number one Harry Potter trash» murmura-t-il, comme si c’était un secret d’état.  « That’s my secret pass to sneak onto the set, almost as efficient as psychic paper » Ez sortit sa carte de sa poche, glissant une petite référence à Doctor Who, parce que oui, ça aussi ça faisait aussi partie des ses loisirs peu intellectuels et probablement interdits par Eileen. Il n’avait écrit qu’un article ou deux sur les Maraudeurs, les grosses productions ne collaient pas vraiment avec les lignes éditoriales des magazines culturels pour lesquels il travaillait. Pourtant, Ezra s’était rendu bien trop souvent sur le plateau, ou à des conférences de presse, suivant l’avancement du projet de l’oeil très critique d’un passionné.

 « Well, as you could see, I’m also a journalist, not the most interesting job, pays the bills though. » Il fit une petite moue, Ez n’aimait pas particulièrement son deuxième emploi, il lui servait à maintenir un niveau de vie plutôt aisé mais n’était pas très passionnant, il bouclait souvent ses articles sans vraiment y mettre du coeur, mais tant que les rédacteurs continuaient à lui envoyer des chèques, il ne rechignait pas - ou qu’un peu -.  « Other than that, I like books, old music, animals and David Lynch…that’s about it. Ezra ajouta, il y avait plein d’autres choses à savoir sur lui mais il trouvait que ces quelques détails le résumaient assez bien.


Dernière édition par Ezra D. Turner le Jeu 5 Mai - 22:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « Freeze ! Vegan Police ! » // Jane et Ezra   Lun 18 Avr - 13:00

Je porte une main à ma poitrine et ouvre grands les yeux, tandis que ma bouche s'élargit pour former un rond parfait. Ma feinte surprise n'est bien sûr là que pour l'effet dramatique, mais il est amusant de taquiner le jeune écrivain. Il prend bien mes boutades jusqu'à maintenant et moi, tant qu'on ne m'arrête pas, je cours sur ma lancée, surtout quand il s'agit de faire de l'humour vaseux. « Who knew Harry Potter could melt that cold hipster heart. » Je ris légèrement, Ezra remontant en vérité légèrement dans mon estime par cet aveu. Evidemment, chacun ses goûts tout ça, mais j'ai tendance à ne pas vraiment faire confiance aux gens qui n'aiment pas Harry Potter. Je préfère encore ceux qui ne l'ont pas lu, même s'ils ratent définitivement quelque chose, ils peuvent encore être sauvés. Mais ne pas aimer... Ca me dépasse franchement. Les rares individus ayant lu un tome ou deux enfants et n'ayant pas appréciés suffisamment pour lire la suite sont les pires. Quel âme de gosse peut être assez meurtrie et tordue pour ne pas se délecter des aventures du sorcier à lunettes? Quel être doué de sens ne peut voir la perfection d'Hermione Granger ou de Molly Weasley? Notre végétalien énervé a beau écrire des ouvrages complexes et prétentieux, il parvient encore à apprécier les plaisirs purs et simples qu'offrent notre véritable reine, JKR. Et va jusqu'à abuser de son pouvoir pour pleinement assouvir son petit coeur de fanboy. C'est attendrissant et sans doute la facette la plus humaine que j'ai pu voir de lui pour l'instant. Enfin, surtout la plus agréable. Il y a après tout une dimension très humaine, quoique affligeante et triste, dans son accès de colère à l'encontre de la pauvre employée.

Je ricane également de sa référence à Doctor Who, qui ne pas évidemment pas échappé. Ma famille est comme tous les foyers d'Angleterre et non seulement mon père nous a initié tôt à l'univers loufoque du docteur, mais lors de la renaissance de la série, se retrouver dans la demeure familiale de Notting Hill le dimanche pour regarder les nouveaux épisodes tenaient du rituel. Moi j'ai Harry Potter, Papa a Doctor Who. Et mon nouvel ami hipster perd de plus en plus en crédibilité et me devient donc franchement plus sympathique. Personne n'aime les snobs. Sauf d'autres snobs, et encore. Ils doivent se snober entre eux et vite s'ennuyer. Cependant, son léger dédain pour sa deuxième profession lui fait vite reprendre sa place d'auteur élitiste. Ce n'est pas aussi noble que vivre de son art, mais on fait pire comme métier. « You know, some people dream of becoming journalists, it's a pretty sweet gig. » Cette fois, c'est dit sans méchanceté, comme une simple constatation. Tout le monde n'a pas les mêmes ambitions, il n'y a pas de profession plus honorable qu'une autre. Mon ton est doux, quoique peut-être un peu donneur de leçons. C'est ma voix de grande soeur qui explique la vie, une attitude qui me vient sournoisement, comme une déformation professionnelle.

Mais je n'insiste pas et repose mon gobelet en carton pour l'écouter attentivement quand il en vient, sommairement, à parler de ses autres passions. Rien de bien surprenant et une description somme toute assez superficielle. Dans ce décor de coffee shop, à l'écouter me dire qu'il aime David Lynch et les chats, j'ai un peu l'impression de faire du speed dating et l'idée me fait sourire. A croire que j'ai à faire à un vrai Monsieur Jourdain du flirt. « Oh, so you don't live in a 19th century mansion and read by candle light. Makes sens that you'd like Lynch though. It's trippy and impenetrable after all. But I must say, I quite like it too. » Doux euphémisme. Je vis dans l'attente du retour de Twin Peaks et me suis amusée à disséquer la filmographie du maître sur les bans de la fac, comme tant d'autres. Mais je ne vais pas me lancer de ce côté là, on risque d'en avoir jusqu'à la fermeture du Starbucks et j'ai quand même des choses à faire aujourd'hui. Mais je peux encore lui accorder quelques minutes. « And I'm sure there's a lot more about you. Tell me something I wouldn't expect from you, something crazy. » Okay, this is totally a first date. A friend date, let's say.
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MessageSujet: Re: « Freeze ! Vegan Police ! » // Jane et Ezra   Ven 6 Mai - 0:01

Ezra ne répondit pas à la remarque de Jane sur son métier, se contentant d’un sourire absent. Il avait commencé à écrire et envoyer des articles à la fac, une sorte de thérapie, de préparation avant the real thing, le moment où il allait enfin prendre son courage à demain et glisser son manuscrit dans une enveloppe, direction Londres. Ez était le premier à critiquer avidement les médias mainstream, il choisissait avec la plus grande attention les publications auxquelles il envoyait ses articles. Certes, il possédait désormais l’expérience nécessaire pour prétendre à un poste stable dans une rédaction reconnue mais ça ne l’intéressait pas. L’écrivain avait beau dire que le journalisme ne servait qu’à payer ses factures, ce n’était pas tout à fait exact, même s’il conservait toujours un certain à priori quand il rencontrait des collègues. Enfin ça, à vrai dire, c’était avec tout le monde, journalistes ou pas.

Oh qu’il aimerait vivre dans un manoir du genre, Ezra s’imaginait bien devant la cheminée, fumant la pipe et tournant les pages jaunies d’un vieux bouquin. Voilà un autre rêve à ajouter à son longue liste de choses à faire avant de mourir. Il se demandait comment prendre ce ‘makes sense that you’d like Lynch’, cette phrase pouvait dire tellement de choses, bonnes comme mauvaises mais compliment ou pas, tant que ça avait quelque chose à voir avec son héros de toujours, Ez était plus qu’heureux. « No mansion, only an overpriced one-bedroom in Soho and don’t get me started on David aka my actual Dad, it could take days » Le lancer sur son sujet de conversation préféré était surement une mauvaise idée. Il avait découvert le travail du monsieur à six ou sept ans, à la place préférée de tout les enfants de son âge, assis sur une marche, fixant l’écran de télévision entre deux poteaux de la rampe d’escalier. Son père s’endormait tout les soirs devant le poste, le générique de son programme défilait, et puis quelques minutes plus tard, le générique hypnotisant de Twin Peaks. Des rediffusions dans le désordre, en troisième partie de soirée, qui avait changé sa vie.

Ezra manqua de s’étouffer avec sa dernière gorgée de café, c’était tout à fait le type de question qu’il adorait poser mais on lui avait souvent dit d’arrêter de demander ce genre de choses à des inconnu.es qui pourraient se faire des idées quant à ses motivations. Il était totalement perdu quant à la limite entre conversation amicale et drague et se retrouvait très souvent dans des situations inappropriés. Or, ici, malgré son étonnement initial, il avait du mal à croire que Jane, qui avait jusqu’ici pris un malin plaisir à se payer sa tête, soit soudainement d’humeur séductrice. Anyway, la question était difficile, il n’était pas du genre à avoir son petit jardin secret et racontait volontiers les détails les plus personnels de sa vie à tout le monde et n’importe qui mais il n’était pas sur d’être très imprévisible. Ez s’était conforté dans l’idée d’être un stéréotype, ça lui convenait bien et le rapprochait encore plus du personnage de roman, ce qui n’était pas pour lui déplaire, loin de là.

 « Fuck, that’s a trick question…You know by now that I’m a walking stereotype, and, although I kinda keep it a secret, this will just confirm the whole ‘hipster’ thing.» Fit-il avant de, sans prévenir, glisser le bout de ses deux index dans son nez. Ce geste des plus étranges ne dura heureusement que quelques secondes, le temps de rendre à nouveau visibles les deux petites boules d’acier qui ne voyaient que rarement la lumière du jour ces derniers temps.  «I’m too old for this but I can’t get rid of it, I still kinda like it» Avoua-t-il en haussant les épaules, un vieux souvenir de son adolescence, qui, soyons honnêtes, n’étonnait personne. Quelque chose de vraiment étonnant hein, de vraiment fou…Il y avait bien ‘ça’ mais en parler à quelqu’un ça voulait aussi dire l’accepter et ravaler sa fierté une bonne fois pour toute. Pourquoi pas après tout.  « That’s a good story actually. I think it was….around ten years ago, I moved to Paris for a year and I met this guy Leo, we had a thing but I ended it when I left. I didn’t want to spoil the good memories y’know, Lost In Translation style. Anyway, I don’t really care for the guy anymore, but for some reason I’ve been wearing his perfume these past ten years, like non-stop, I went through so many bottles of this overpriced shit I swear. » Ezra soupira, il venait de raconter à Jane quelque chose de tellement personnel et enfoui que lui même n’avait jamais réussi à déterrer. Mais tout allait bien, Léo était loin de toute façon, il ne risquait pas de le voir pousser la porte du Starbucks - mais il leva la tête quand même, histoire de vérifier.
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MessageSujet: Re: « Freeze ! Vegan Police ! » // Jane et Ezra   Dim 15 Mai - 13:22

Pas de manoir, mais un appartement à Soho. Ezra aime vraiment vivre au maximum de son potentiel. Mais ne suis-je pas moi-même en colocation à Brixton, avec des placards pleins de quinoa et des livres de recettes entièrement constitués de combinaisons de légumes farfelues. J'aspire à devenir réalisatrice de films, je porte très peu de vêtements fabriqués avant la chute du mur de Berlin et connaît au moins quatre de ces bars secrets, où on ne peut entrer qu'avec un mot de passe ou une invitation spéciale. Je suis mal placée pour juger en somme. On pourrait croire que c'est ce que je fais, mais il s'agit simplement d'un peu d'auto-dérision. Partagée avec mes semblables. Bon, de la dérision tout court. Mais mon nouvel ami n'a pas l'air de mal le prendre. Si c'était le cas, il aurait sans doute déjà foutu le camp. Je le vois mal s'infliger la présence de gens qui ne l'agacent ou ne l'intéressent pas. J'esquisse un léger sourire à cette pensée. Comme quoi, sermonner des inconnus au Starbucks peut prendre un tour étonnamment agréable.

Ma question le déstabilise un peu et je ne sais pas vraiment pourquoi je l'ai posée. Pas que ça m'étonne particulièrement, ma famille n'a jamais été du genre à parler de la pluie et du beau temps. Autant entrer directement dans le vif du sujet, apprendre à connaître les gens et échanger des idées intéressantes. Je me fiche de savoir où quelqu'un a été à l'école, je me moque parfaitement de combien il gagne. Je préfère connaître sa destination de voyage favorite, son plus beau souvenir, sa plus grande aventure. Quelque chose qui m'indique qui il est, ce qu'il aspire à devenir. Alors, tant pis pour la bienséance. Ezra n'a pas l'air perturbé par mes manières et joue même gentiment le jeu. Il commence par révéler un piercing qui me fait dresser les sourcils sous l'étonnement. D'abord qu'il se mette les doigts dans le nez, ensuite qu'il dévoile le petit objet. Je grimace un peu, mais m'explique rapidement, histoire de ne pas passer pour une grognasse étroite d'esprit. « Don't get me wrong, it's cool but I'm too much of a wuss to even consider making holes in my skin, even less my nose. » Je ponctue ma phrase d'un frisson et laisse la conversation dévier.

Se rendant compte qu'il ne s'agit pas d'un scoop si étonnant ou parce qu'il aime partager, l'écrivain se lance dans une anecdote plus personnelle. Je l'écoute attentivement, tenant toujours mon gobelet à la main et fixant son visage d'une manière qui pourrait être jugée un peu intimidante. On m'a toujours dit de regarder les gens dans les yeux pour montrer qu'on était investis dans ce qu'ils nous disaient. Si on écoute quelqu'un, il faut le faire vraiment, entièrement. C'est trop simple de faire défiler son fil d'actualité en tendant une oreille à ce que l'autre raconte. Une vraie conversation, c'est un investissement de temps et d'énergie. Surtout quand on nous raconte quelque chose d'aussi intime. Je ne m'attendais pas à une histoire pareille, pour être honnête. Je croyais entendre une aventure rocambolesque, une anecdote de voyage rigolote, une histoire de jeunesse embarrassante. Qu'il choisisse de parler d'un homme qui a marqué sa vie, d'une époque révolue mais toujours porteuse d'émotions en dit long sur notre hipster blasé. Qui serait donc plutôt une âme romantique et romanesque. J'esquisse un léger sourire et hoche doucement la tête, montrant que j'écoute et assimile ce qui vient de m'être conté. « That is a beautiful and unexpected story. I knew there was more to you than that angry vegan facade. » Je ris un peu et ajoute plus sérieusement. « Did you ever tell that story? I mean, write about it? Because even with convoluted writing, I'd read the hell out of that book. Although, it seems like a very cinematic story. Lingering shots of Paris at night, a broading man on a train, sad dialogue in warm lightening, symetrical composition and a dance sequence in an underground club. A little bit cliché, but the good side of cliché you know? Like a nice Sofia Coppola film. With a hint of Anderson, for the funny. And a touch of British realism, cause that's what we do best after all. » Je m'interromps enfin, reprends mon souffle et termine avec un léger sourire. « Sorry, I may have gotten a little carried away there. Point is, thank you for sharing that with me, it seems very personnal and I'm touched that you'd trust me with that part of your story. » Je jette un oeil à mon montre, calculant que je peux rester maximum cinq minutes de plus si je ne veux pas arriver être en retard au boulot. « Listen, I should get going pretty soon if I don't want to get fired, but we should totally stay in touch and continue this talk. » Je farfouille dans mon sac et trouve une de mes cartes - je viens de les recevoir et je suis ravie de les étrenner - que je lui tends avec un grand sourire. « Deal? »
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