Best worst mistake + Roah

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar
Invité

MessageSujet: Best worst mistake + Roah   Mer 13 Jan - 18:00

Raphael avait essayé de vivre normalement. Il avait essayé de ne plus y penser. Il avait essayer de faire comprendre à son cerveau que c’était bel et bien finit, qu’il ne pouvait plus rien faire. Et même s’il pouvait, devait il infliger ça à Noah ? Ne l’avait-il pas déjà fait assez souffrir ? Ne devait-il pas la laisser tranquille ? Après tout, c’était ce que Noah semblait vouloir aussi, la tranquillité, la paix, et surtout ne plus le vouloir. Noah le haïssait et en avait tous les droits. Raphael devait lui donner du temps, mais ne devait-il pas lui donner plus que ça ? Il devrait surement faire une croix sur lui. Il n’existait surement pas de deuxième chance. Et ils avaient surement effectivement été maudit dès le départ. Ils n’auraient jamais tenu. Raphael avait imaginé mille et une situation différente, aucune n’avait marché. Il faisait toujours tout capoter. Noah le haïssait toujours. Ils se faisaient toujours souffrir l’un l’autre. Et peut être que c’était son pessimisme ambiant qui créait ses fantasme cauchemardesque. Mais il ne pouvait pas s’en empêcher. Et quelque part, ça le tenait loin de Noah. Et Noah avait besoin de place. C’était donc bon pour lui, à défaut d’être bon pour Raphael. Parce que Raphael ne s’était jamais senti aussi seul. Il n’avait pourtant jamais bien été entouré, et il avait passé presque la totalité de son enfance en tête à tête avec un piano. Mais il y avait aujourd’hui quelque chose d’insupportable dans cette solitude. Peut être parce qu’elle n’était pas sensée arrivée aujourd’hui. Gamin, il n’avait eu personne. Seul ses parents étaient supposés l’aimer et l’entourer et ils n’avaient jamais vraiment été présent. Ce n’était donc pas une donnée nouvelle, c’était plutôt une constance avec laquelle il avait appris à vivre. Il ne sentait pas l’entendu de la solitude parce qu’il n’avait jamais eu mieux. Aujourd’hui, il savait ce que c’était d’être entouré. Il avait eu Dorian et Charles. Il les avait perdu - il avait techniquement à nouveau Dorian, mais ce n’était pas la même chose, ça ne pouvait plus être la même chose après quinze ans d’absence. Il avait eu Noah, il l’avait perdu. Il avait eu Jane et Maggie. Il les avait perdu. Il savait que chacune de ses personnes avaient leur raison de lui en vouloir, de le haïr, de ne plus vouloir lui parler. Il s’y était attendu. Il ne s’était pas attendu à ce que Noah revienne dès qu’il aurait proféré des excuses, dès qu’il lui aurait soufflé qu’il l’aimait encore. Il ne s’était pas attendu à ce que Jane accueille le divorce favorablement. Il savait déjà ou elle se tenait sur le sujet, il lui avait seulement donné une raison viable de le haïr avec plus de ferveur. Le faite qu’elle essaye de déclencher l’enfer au dessus de la tête de Raphael n’était pas une surprise et ne le faisait pas particulièrement souffrir. L’abandon de Maggie de ses parents non plus n’avait pas été une surprise. Quoique le fait d’être coupé immédiatement de son héritage, et de perdre ainsi l’argent qui lui était attribué et sur lequel il vivait en grande partit, soit un coup sur le moral. Pas parce que Raphael était intéressé par l’argent, mais plutôt parce que ça apportait un sacré nombre de problème en plus. Mais c’était l’abandon de Maggie qu’il n’arrivait pas à encaissé. Il s’était attendu à ce que la pilule soit difficile à passer. Après tout, il avait effectivement trahis sa mère, avec un homme, il comprenait que ça ne soit pas l’information la plus facile à digérer du monde. Mais il ne s’était pas attendu au silence radio. Il avait voulu croire que l’entrée à l’université lui prenait plus de temps que prévu… Mais il devait se rendre à l’évidence, elle lui en voulait, et elle ne voulait plus lui parler. Dorian était finalement, le seul soutient qu’il avait, et si peu de temps après leur retrouvailles, Raphael ne voulait pas s’imposer. Il s’était toujours débrouillé seul dans la plus part des aspects de sa vie. Et quand bien même il souffrait de cette solitude, il était incapable de formuler une demande d’aide.

Ces derniers temps, il avait donc rassemblé ses affaires personnelles, les avait partiellement entreposé chez Dorian ou dans sa loge au théâtre avant de demander le divorce. Il avait fait ça un soir, en rentrant du boulot, comme si cela avait été la seule option. Jane l’avait regardé les yeux ronds, puis l’avait menacé. Raphael lui avait dit que Maggie savait, et puis était majeur, et qu’il ne se battrait pas avec elle. Il avait pris la porte immédiatement, laissant les clés sur la table d’entrée. Il n’avait pas su dire s’il avait ressentit un soulagement ou un pincement infini au coeur en refermant la porte derrière lui. Il avait ris nerveusement, puis il s’était mis à pleurer longtemps. Il avait bu jusqu’à une sévère ivresse avec Dorian, et il était retourné au travail le lendemain comme si de rien était. Les jours suivant avant été plus dur. Il avait reçu des appelles de toute part, ses parents, les parents de Jane, des amis de la famille, les grands parents. Il y avait eu des questions, il y avait eu des insultes. Il avait fermé les yeux, avait répondu à chacun d’un « oui. oui. » caractéristique. Il ne voulait pas de guerre. Il l’avait quand même, mais il ne souhaitait pas se battre. Il n’y avait de toute façon rien à gagné. Il ne lui avait pas fallu plus de deux semaines après la demande de divorce pour être épuisé. Il passait beaucoup de nuit au théâtre, dès qu’il finissait un peu tard, ou dès qu’il avait le sentiment qu’il en demandait trop à Dorian - ce qui était assez régulièrement. Et dans ces cas là, il s’enfouissait dans le travail pour ne penser à rien. Il lui arrivait - comme ce soir - de le faire avec un verre de whisky. Il avait visiblement pensé à emporter une partie de sa cave avant de demander le divorce, et il lui semblait que c’était une bonne idée. Il aurait détester se saouler avec du mauvais whisky sous prétexte qu’il n’avait plus d’argent à gaspiller. D’ailleurs il ne se soulait pas vraiment. Il buvait juste, seul, assis par terre au milieu des partitions, tout en faisant des corrections sur les partitions, ou en travaillant sur de nouvelle. La plus part du temps, il ne travaillait même pas sur les Misérables. Parce que c’était désormais une affaire qui tournait, et qu’il n’avait plus de changement important à faire. Il bossait sur le projet suivant, ou sur des projets personnels. Tout, et n’importe quoi, pourvu que ça lui enlève les pensées de Noah, ou de son divorce. A chaque fois que son boulot ne faisait pas l’effet escompter, il prenait une gorgée. Il ne fit pas attention aux gorgées qui s’accumulaient. Il ne fit pas non plus attention au faite qu’il n’avait pas pris le temps de manger. Il avait désormais rarement d’appétit, et lorsqu’il s’enterrait ainsi dans le travail - et l’alcool - il lui arrivait d’oublier de manger, ce qui n’arrangeait en rien son état. Il était ainsi déjà tard, il s’était appuyé sur le dossier du canapé, se frottait les yeux pour rétablir sa vue qui se fatiguait - l’alcool sans doute, mais il préféra penser que c’était la fatigue - et il rejoua le rythme du morceau en tapotant de son crayon sur sa feuille lorsque la porte s’ouvrit. Il eu l’air paniqué et laissa son regard scanner l’état de la pièce avant de se relever vers l’embrasure de la porte. Lorsqu’il découvrit Noah, il restait bouche bée, paralysé, et dans un instinct de protection étrange, il ramena ses genoux contre lui, faisant tomber ses partitions à ses pieds.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Invité

MessageSujet: Re: Best worst mistake + Roah   Ven 22 Jan - 20:28

Ce que faisait Raphael ne le concernait plus. Raphael n’était plus ses affaires. Il se l’était répété, de toutes les façons possibles et imaginables, il avait tourné et retourné les mots dans tous les sens, les avait appris par coeur et, parfois, se les répétait comme un mantra. La page était tournée, en théorie. Il en avait pris soin d’une façon hautement caricaturale, un poing qui s’écrase dans un nez et les problèmes se règlent enfin - il n’avait plus aucune raison de regarder en arrière. Il n’y arrivait pas.
Sasha le savait, probablement - il avait renoncé à lui cacher durablement quoi que ce soit depuis un certain temps après tout. Elle posait des regards sur lui, parfois, mi-suspicieux, mi-inquiets, la bouche serrée dans une moue critique - voyait clair dans son petit jeu quand il trainait dans les mauvais couloirs du théâtre, ou se taisait brutalement pour entendre la voix de Raphael. Ou peut-être qu’il s’imaginait seulement des choses? Cela faisait quelques jours qu’il était bouffé par l’impression désagréable que les gens se doutaient que quelque chose ne tournait pas tout à fait rond chez lui. Sûrement que l’inquiétude se lisait sur son visage, et puis la colère aussi, et ces moments de pointes douloureuses quand venaient ressurgir des regrets. Il faisait de son mieux, mimait la normalité, en appelait à tous ses talents d’acteurs, et finalement échouait. Parfois, c’était comme s’il se surprenait à jouer une mauvaise caricature de lui-même et il s’éteignait brutalement, un petit peu honteux. Lutter ne servait pas à grand chose. Ses pas l’amenaient toujours au mauvais endroit, au mauvais moment, et quelque chose en lui s’était accordé à Raphael - il sentait sa présence dans un instinct minable, entendait sa voix au-dessus des autres, l’apercevait à des kilomètres de distance. Minable. Minable. Minable.
Noah n’avait strictement rien à faire dans ce couloir, et le plus triste dans toute cette histoire était qu’il en avait parfaitement conscience. Sasha était partie plus tôt que lui - aussi étonnant que cela puisse paraître elle avait parfois ses propres obligations, et ils ne fonctionnaient pas constamment comme une paire. Lui, il était resté une petite éternité dans sa loge, à se tourner les pouces en prétendant faire quelques choses utiles. Presque sans en avoir totalement conscience, il avait pris une vie pour faire la moindre de ses tâches habituelles - et sûrement qu’il n’avait jamais été aussi bien démaquillé, qu’il n’avait jamais aussi bien fait leur sort à la tonne de produits sur-protéinés qui traînaient dans son placard. Quand il s’était rendu compte qu’il n’avait plus rien à faire, il avait simplement décidé de quoi… marcher? De traîner à droite, à gauche, là où ses pieds voulaient bien l’amener en somme, densément enroulé dans son manteau et son écharpe, comme pour se donner bonne conscience et conserver l’illusion qu’il allait partir bientôt. Sûrement qu’il n’était plus très loin de rater le dernier métro. Et pourtant, même si une part de lui était restée emprisonnée dans cette époque où, sans le sou, il vivait juste au-dessus d’une librairie/sex-shop dans une ruelle miteuse de Soho et ouvrait de grands yeux écarquillés à la seule perspective de prendre et payer un taxi, il n’arrivait pas à se convaincre de réellement partir. Qu’est-ce qu’il allait faire chez lui, après tout? Attendre que Sasha rentre, étalé sur le canapé avec Demeter devant un mauvais film musical? L’immobilisme semblait préférable. Toujours mieux, en tous cas, que faire quoi que ce soit de concret. Etre seul ici lui paraissait curieusement plus confortable qu’être seul chez lui.
Sauf qu’il n’était pas seul. Il n’était pas seul, et il eut un temps d’arrêt quand, au détour d’un couloir, il entendit le son caractéristique d’un piano. Un bref coup d’oeil à sa montre - le dernier métro était en fait déjà parti depuis longtemps, et cette seule information suffit à lui faire se demander pourquoi il y avait encore autre âme qui vive dans ce théâtre. Un pas, puis un autre. Cette seule distance franchie suffit à lui apprendre de quel loge venait le son du piano - même si la réponse était évidente. A nouveau, il regarda sa montre. Raphael n’avait rien à faire ici. Raphael avait sa maison, et sa parfaite petite femme, et sa parfaite fille, et toutes les obligations qu’il lui avait allègrement listé à chaque fois qu’il refusait de rester passer la nuit avec lui - celles qui lui faisaient régler un réveil à chaque fois qu’ils se retrouvaient tous les deux, chronomètre un peu glauque du temps qu’ils pouvaient se permettre ensemble sans que les choses ne commencent à paraître trop louches. Quelques secondes à peine suffirent à le noyer sous les questions. Un instant encore, et une petite pointe d’inquiétude vint se mêler à la confusion. Il n’était pas aveugle - et il était toujours trop attentif à la présence de Raphael, à son allure et aux infimes variations dans sa posture, dans sa voix. En tous cas, il l’était suffisamment pour remarquer qu’il avait changé - mais pas dans la meilleure des directions. Un soupir. Noah eut un semblant de geste nerveux en direction de la porte, au bout du couloir, qui l’amènerait à la rue, à la tranquillité, et à chez lui. Son hésitation, pourtant, avait toutes les allures d’une curiosité très mal placée - et d’une certaine angoisse.
Quand il poussa la porte de la loge, ce geste là eut toutes les allures d’une pulsion douloureuse.
Peut-être qu’il aurait dû toquer. Peut-être. En tous cas, la première chose qu’il remarqua fut le désordre de partitions éparpillées - puis Raphael au milieu, et la bouteille d’alcool bien entamée, et le verre, aussi, et l’espèce de regard interloqué que l’autre homme posa sur lui. Un mélange de confusion et d’ivresse. Certaines expressions sont caractéristiques à ce point là. Sur l’instant, il eut presque envie de s’excuser, et de claquer la porte en prétendant que cette intrusion n’était jamais arrivée - mais ses yeux se posèrent sur le chaos qui régnait en réalité dans l’intégralité de la pièce, surchargée d’objets et de vêtements qui n’avaient strictement rien à faire dans les locaux d’un théâtre. Est-ce que Raphael vivait ici? Raphael vivait ici. Bêtement, il ouvrit la bouche, la referma sans avoir prononcé la moindre syllabe. Pudeur stupide, il amena une main à son front pour se débarrasser de son vieux beanie, comme on se découvre en entrant dans le foyer d’un autre. La politesse était d’autant plus mal placée que ses yeux n’avaient toujours pas cesser de passer de Raphael au désordre, puis du désordre à l’alcool, puis de l’alcool à Raphael, reconstituant seconde après seconde une équation pourtant évidente. Si évidente que le « Qu’est-ce que tu fais encore ici? Il est tard. » qui sortit soudain de sa bouche lui sembla aussitôt ridicule. Ridicule et stupide. Il était, au moins, enfin parvenu à ne plus observer compulsivement l’état de surcharge de la pièce. Est-ce que c’était une bonne chose? Parce que, à défaut, il fixait Raphael, et fixer Raphael suffisait à l’informer sur son état. « Are you drunk…? » qu’il finit par souffler. Il fit un pas en avant, presque sans s’en rendre compte - tout à coup décidé à ne plus fuir l’endroit et la situation, et renonçant au plan hautement intellectuel de faire comme si rien de tout cela n’était jamais arrivé. « Do you… live… here…? » - ces mots là furent ajoutés après un silence interminable, à peine chuchotés, presque balbutiés. Il se sentait stupide, toujours. Mais partir ne paraissait plus une option - alors il entreprit de dérouler l’écharpe qui lui remontait jusqu’au cou, et d’enlever au moins les premiers boutons de son manteau. Qu’au moins Raphael n’espère pas le chasser immédiatement et s’en tirer à si bon compte.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Invité

MessageSujet: Re: Best worst mistake + Roah   Ven 22 Jan - 21:57

Le temps que Raphael prit à regarder Noah, à enregistrer sa présence lui semblèrent une éternité. Une éternité d’interminable coup dans l’estomac, de sursaut de peur dans le coeur, et de noeuds qui se serraient le long de sa gorge. Sa première réaction avait sans doute été d’être un gamin prit sur le fait. Il n’aurait jamais pensé croiser âme qui vive un jour. Déjà parce que les gens étaient habitués à le voir finira tard. Il avait toujours, depuis qu’il était chef d’orchestre, prétexté avoir du boulot à faire. Et il en avait effectivement. Raphael ne s’arrêtait jamais de travailler, de modifier, de revoir. Perfectionniste et travailleur un peu trop méticuleux il avait besoin de revoir soir après soir, tout ce q’il avait fait, tout ce qu’il referait. Et cela même si le show se passait bien. Ce n’était jamais parfait. Cela ne pouvait jamais être parfait. Il pouvait toujours faire mieux. Et tout le monde au théâtre savait la tendance obsessive qu’avait Raphael avec son boulot. Ainsi, quiconque partait en entendant de la musique sortir de la loge de Raphael ne se posait aucune question. C’était normal. A cette heure là, ça l’était moins. Mais normalement il était seul. Il était toujours seul. Qui d’autre que lui avait une vie suffisamment merdique pour trainer plus que de raison dans un théâtre vide ? La réponse aurait du lui paraître évidente. Elle ne l’était pas. Parce qu’il s’était efforcé de ne plus s’attarder sur Noah. Noah lui avait demandé de l’espace. Il lui laissait de l’espace. C’était une torture d’éviter de le regarder, d’éviter d’interagir avec lui. Mais il avait promis. Il se l’était promis à lui même en tout cas. C’était ses propres erreurs qu’il payait. Il avait compris qu’il avait brisé toutes les chances qu’il avait de récupérer Noah. Il avait commis, avec tout le monde, les erreurs qui ne se pardonnent pas. Tant pis. Lorsqu’il aurait le courage, lorsqu’il aurait enfin mis son mariage derrière lui, il essayerait de recommencer à zéro. Peut être qu’il chercherait à faire comme Dorian ou Charles, et essayerait de se faire une nouvelle vie ailleurs. S’il demandait, il trouverait peut être une position de chef d’orchestre sur Broadway… Il lui faudrait surement attendre les opportunités, mais peut être que c’était envisageable. Cela serait surement mieux pour tout le monde, et bientôt il n’aurait de toute façon plus rien pour le retenir ici que son boulot.

Il y avait donc eu d’abord un fond de terreur dans son regard en pensant que quelqu’un l’avait découvert. Un simple coup d’oeil sur sa loge suffisait à lui dire que si cela avait été le cas c’était mauvais. Il ne connaissait pas le règlement par coeur sur le sujet, il avait surtout évité de le vérifier pour ne pas avoir l’impression d’être dans l’illégalité, mais il était a peu près sûr qu’il n’avait pas le droit de vivre sur son lieu de travail, encore moins d’y boire comme il le faisait… Et oui, non, si quelqu’un le trouvait ici, il aurait surement beaucoup d’ennui. Et la dernière chose dont il avait besoin était surement de perdre son boulot. Mais c’était Noah. Ce qui devenait d’une certaine manière la meilleure et la pire nouvelle qu’il pouvait apprendre. Noah ne le dénoncerait pas. Il pouvait - normalement - avoir confiance la dessus. Après tout, Noah avait beau le haïr, avait beau lui briser le nez et l’envoyer à l’hôpital, il ne risquerait tout de même jamais de lui faire perdre son travail. Il savait l’important ce que ça avait pour Raphael, et il était trop bon pour vouloir le détruire à ce point là. Tout le reste était une mauvaise nouvelle. Noah était là, devant lui, et il ne devrait certainement pas l’être. Raphael avait promis de se tenir éloigner, et même si ce n’était pas lui qui venait de briser cette promesse, il avait encore l’impression d’être en tord. C’était un sentiment qui avait coulé en lui depuis longtemps et qui régissait tous ces muscles. Quoiqu’il faisait, il le faisait mal. Il empirait ce qui ne pouvait pas s’empirer. Il s’était lui même enterré vivant et il avait l’impression parfois d’oeuvrer pour enterrer Noah avec lui. Parce qu’il la vit, la pitié ou le questionnement dans le regard de Noah. Ou il ne savait pas. Il avait surement du mal à être objectif, mais il manquait cruellement d’indifférence dans le regard de l’autre homme. Ca, il en était certain. Et Noah aurait du être indifférent, pour son propre bien, ou alors il aurait du le haïr. Il aurait pu avoir l’air énervé, le juger pitoyable, repartir en claquant la porte, ou dire qu’il le dégoutait. Parce qu’il y avait quelque chose de pitoyable et de dégoutant dans la posture du chef d’orchestre.

A trop regarder Noah, comme pour s’assurer que c’était bien lui, que ce n’était pas un rêve, un fantasme, ou une illusion trop alcoolisé, il sentit avec du retard la chaleur caractéristique de son état. La chaleur lui brûlait la gorge, et était remonté presque trop rapidement derrière ses rétines avant d’embué son cerveau. Il ferma brutalement les yeux, sentant ses iris vitreux et surement peu clairs, et baissa toute sa stature vers le reste de sa pièce, comme s’il avait besoin de lui même, enregistrer le désordre. Il se laissait aller, c’était indéniable. Et il ne voulait pas que Noah le voient ainsi. Il ne voulait pas que Noah le voient tout cours. Noah ne devait pas le voir. C’était la promesse qu’il s’était fait. La première question le fit à peine relever le regard. Il haussa les épaules. Allez, Noah… Il n’avait pas besoin de poser de telle question. S’il y avait bien une personne dans ce théâtre capable de comprendre ce qu’il faisait là, si tard, c’était bien lui. Il l’avait vu mille fois si tard dans le théâtre, alors qu’il ne voulait absolument pas rentrer chez lui. La deuxième réponse le fit vaciller, il leva son regard vers l’homme qui semblait s’installer. Il soupira, baissa son regard pour voir le fond de son verre, pas tout à fait vide, et le fond de la bouteille, pas vide non plus. Non. Tout allait bien. « Am not. » souffla-t-il effrontément. S’il avait voulu être crédible, il n’aurait pas bougé. Il serait resté droit sur son siège et il aurait essayé de soutenir le regard de Noah, jusqu’à le faire partir. Mais il en était simplement incapable, et il esquissa plusieurs gestes maladroits pour rassembler un peu du bordel de partition qui trainait autour de lui. Tout chez lui, trahissait son état. Heureusement, il en était aussi au point, ou il pouvait s’enterrer dans le déni sans avoir l’impression de mentir. Ainsi, il mentait effrontément au visage de Noah, tout en étant persuadé de dire la vérité. Non, bien sur que non, il n’était pas saoule. Il n’avait bu que deux verres… ou peut être plus. L’autre question, plus hésitante, mais il n’était pas franchement en état de remarquer les changements dans la voix de Noah, le fit soupirer. Non. Ils n’allaient pas faire ça. Pas ce soir. « Go away Noah. That’s none of your business. » Ils avaient été très clair la dessus. Ils n’étaient plus rien l’un pour l’autre. Et comme officiellement ils n’avaient jamais rien été l’un pour l’autre, Raphael supposait que ça rendait les choses encore plus simple.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Invité

MessageSujet: Re: Best worst mistake + Roah   Sam 23 Jan - 0:13

Il ferait mieux de partir. Ca serait certainement plus simple - et pas si complexe, au fond, de juste tourner les talons, faire quelques pas, fermer la porte sur cette loge et la personne qui se trouvait à l’intérieur, faire comme si rien n’était jamais arrivé, et rentrer chez lui. Ne plus penser. Il avait toujours été bon à ce petit jeu là - toujours été excellent quand il s’agissait de supprimer ses angoisses les unes après les autres, jusqu’à toucher du doigt le moment où tout s’épanouissait dans une parfaite simplicité. Oh, cet effet-là n’était jamais durable, mais cela ne changeait rien à sa beauté. Depuis quelques années, c’était le sentiment le plus proche de la sérénité qu’il était capable d’atteindre. Mais il n’était même pas capable de s’en aller. Il n’était même pas capable de tourner cette page-là. C’était stupide, et minable, et stupide encore. Il était là, incapable de quitter Raphael des yeux durablement, sinon pour décrire un large cercle du regard sur la loge sur-chargée et le regarder à nouveau, mi-incrédule, mi-mortifié. Dire que Raphael faisait peur à voir aurait été un euphémisme.
Est-ce qu’ils allaient vraiment jouer à ce petit jeu là? Est-ce que le chef d’orchestre allait réellement tenter de lui faire croire que tout allait bien? Ils se connaissaient depuis trop longtemps pour des illusions du genre. Ils s’étaient aimés - et puisqu’ils s’étaient aimés ils avaient aussi appris à se connaître. Noah n’avait jamais été spécialement loquace, mais il n’était pas non plus si aveugle. Il pouvait lire en Raphael, au moins assez pour savoir quand il allait mal - assez pour reconnaître la confusion dans ses yeux, les gestes maladroits d’un homme qui a abusé de l’alcool, toutes ces choses qui hurlaient que, à cet instant, il n’avait plus rien à voir avec celui qu’il avait aimé plus que tout. A sa réponse de gamin effronté, il eut un semblant de poussée de haine - une envie irrépressible de le frapper à nouveau pour lui remettre les idées en place. Tant pis si toutes ces choses là n’étaient plus ses affaires depuis longtemps - il gronda un bref « Don’t lie to me », ferme mais épuisé. Comme pour occuper ses mains, il fila droit aux côtés de Raphael, réunit quelques partitions en piles lui-même - parce que le laisser faire cela seul, malhabile d’ébriété, le mettait dans un fol état de rage. C’est à ce moment là qu’il se rendit compte qu’il tremblait - presque imperceptiblement mais il tremblait, de ses avants-bras jusqu’au bout de ses doigts, les dents serrées à en avoir presque la mâchoire douloureuse. Qu’est-ce qu’il faisait ici? C’était toujours stupide, toujours minable. Mais il y avait quelque chose de terriblement faux et pitoyable dans le fait de voir Raphael, ivre, seul dans sa loge, apparemment prêt à passer la nuit ici, et depuis combien de nuits faisait-il cela d’abord? C’avait toujours été une sorte de blague dans le casting des Misérables, comme à l’époque du Phantom ou de Sweeney Todd d’ailleurs - combien Raphael semblait toujours traîner dans les théâtres dans lesquels il travaillait, combien il semblait proprement vivre pour son travail. C’avait été faux. Noah en avait été le témoin privilégié. Mais aujourd’hui… la réalité rattrapait en quelques sortes la fiction de plaisanteries stupides, et ça suffisait à le foutre en rage.
Et oui, bien sûr que cela ne le concernait plus. Bien sûr qu’il n’avait même pas sa place ici. Bien sûr que Raphael et lui avaient rompu - ils avaient mis beaucoup de temps pour accepter pleinement cette idée et couper enfin les ponts, certes, mais cette histoire était close depuis des mois maintenant, il n’avait plus aucun droit sur le chef d’orchestre, même plus de raison légitime de lui faire la morale ou pire! de s’inquiéter pour lui. Cela ne l’empêcha pas une seule seconde de cracher un « I’m not going away, and that’s of my fucking business. » avant d’abattre sur la table une pile entière de partitions, puis de croiser les bras sur son torse. Il lui fallait toute sa concentration et toute son énergie pour fixer obstinément le plafond au lieu de fixer Raphael. C’était préférable - parce que, sinon, la colère et l’inquiétude allaient continuer de le ronger, jusqu’au point de non-retour. Tant pis s’il avait certainement l’air ridicule, à parler à Raphael sans le regarder. Il y avait bien longtemps qu’il avait fini de s’en soucier, avec lui. Ils avaient vu le meilleur comme le pire l’un de l’autre. Ou peut-être que ce n’était pas le cas. Peut-être qu’il ne découvrait le pire de Raphael que maintenant. Un homme misérable, un masque de douleur. Une inspiration profonde, puis une expiration. Il avait l’impression, un petit peu grotesque, qu’il effectuait les exercices nécessaires pour se mettre à chanter au meilleur de sa voix. Ce n’était pas le cas. Il réunissait simplement ses forces pour mieux souffler « Answer me now. Do you live here? Did you plan on sleeping here? » - et, quelque part, cela lui demandait encore plus d’efforts. Il n’avait jamais été bon pour parler. Jamais. Utiliser les mots des autres, donner de la voix, avait toujours été plus simple que s’exprimer de lui-même - et, quand il n’était pas sur scène, il se contentait la plupart du temps de formuler le strict minimum, et de toucher. Il avait le contact facile, la tendresse facile. Seulement, avec Raphael, ce n’était plus une option depuis longtemps. Il n’y avait plus que quelques phrases malhabiles, et sa frustration d’enfant. Autoritaire, il s’empara de la bouteille presque vide de whisky et, bêtement, la garda en main pour ne pas que l’autre homme l’atteigne. Ses yeux, aussitôt, entreprirent de glisser encore et encore sur l’étiquette luxueuse sans la lire - une nouvelle distraction pour ne pas regarder le chef d’orchestre. « You’re drunk enough for tonight. » qu’il souffla, presque en guise d’explication pour son mouvement compulsif. Qu’est-ce qu’il faisait? Il n’avait aucune légitimité pour faire la morale à Raphael. La chose semblait affreusement hypocrite dans la bouche d’un homme qui s’était auto-détruit au point de foncer droit dans un mur en moto - au point d’échouer en cure de désintoxication après être sorti une première fois victorieux d’une lutte sans merci contre la drogue. Il ne pouvait juste… pas s’en empêcher. Penser à Raphael en ruine était presque une douleur physique. En tous cas, c’était quelque chose qui le dévorait de l’intérieur, et laissait un trou béant à la place de son ventre et de son coeur.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Invité

MessageSujet: Re: Best worst mistake + Roah   Sam 23 Jan - 1:01


Sur le coup, il avait envie de haïr Noah. Mais c’était l’alcool qui parlait. Bien sûr que c’était l’alcool qui parlait. Mais il avait envie de haïr Noah et sa stupide obstination. Il avait envie de haïr qui n’en faisait qu’à sa tête et qui ne faisait pas vraiment attention à lui. Peut être qu’il n’avait pas vraiment envie de le faire d’ailleurs. Il n’avait forcément pas envie de le faire, il le haïssait. Finalement, il voyait dans la situation du jour une redite épuisante et douloureuse de la fois ou il l’avait emmener à l’hôpital. Quel part, aujourd’hui comme hier, Noah se sentait obligé de prendre soin de lui, ou de vérifier Raphael ne savait quoi. Mais il n’avait pas envie de le faire. Il se sentait juste obligé de le faire. Alors il le faisait mal, et il le faisait de manière extrêmement intrusive et violente. Parce que si Noah était capable de voir que quelque chose allait mal chez Raphael rien que le regardant, il aurait du être capable de voir qu’il ne voulait vraiment pas de son aide à ce moment présent. De toute façon, vouloir de son aide aurait été absurde, Noah ne pouvait rien faire pour l’aider. Mais si Noah était si brillamment capable de lire en lui s’il mentait ou non, alors il pouvait être capable de lire que vraiment, vraiment, il ne voulait pas de lui ici. Parce que si Raphael faisait tous les efforts du monde pour nié le faite qu’il était complètement saoule, il était parfaitement conscient d’être pitoyable. Et la dernière personne à qui il voulait se montrer pitoyable - non qu’il veuille se montrer pitoyable à quiconque - était certainement Noah. Alors s’il pouvait faire ce qu’il faisait généralement de mieux et juste l’ignorer, cela serait, parfait. Oui. Véritablement parfait.

Mais non. Bien sûr que non. Pourquoi Noah écouterait ce que disait Raphael lorsqu’il pouvait l’ignorer ? Pourquoi Noah accepterait une seconde de ne pas être complètement borné et d’une rare violence ? Surement qu’il ne se rendait pas compte que son « don’t lie to me » était un couteau acéré planté dans le coeur de Raphael. C’était comme s’il cherchait à lui rappeler tout ce qui les avait brisé. C’était comme appuyer sur le bouton de toutes les erreurs commises par Raphael. Tu te rappelles, hein, la manie que tu as de me mentir, arrêtes je te dis, putain, ne recommence pas. L’idée résonnait ainsi dans la tête de Raphael et le rendait vaseux, nauséeux et agacé. Parce que Noah n’avait le droit de venir faire ça maintenant. Ou plutôt, s’il en avait le droit, Raphael avait réellement envie de le supplier de ne pas le faire. Parce qu’il n’était pas d’humeur - sans blague - parce qu’il n’avait pas la force d’encaisser un peu plus de haine. Mais c’était évident, non ? Quel homme se saoulerait seul dans sa loge, avant d’y dormir, s’il n’était pas au bout du rouleau ? Qu’est ce que Noah cherchait à faire, à le pousser encore plus loin en avant au bord du précipice ? Et puis Raphael ne mentait pas vraiment. Il ne voulait pas mentir en tout cas. Il ne voulait pas accepter son état d’ébriété parce que cela serait accepter à quel point il était devenu pitoyable. S’il acceptait le fait d’être saoule, il aurait envie de vomir. Il haïssait l’état dans lequel il était. Et ce soir, il n’avait pas envie de ressentir plus de haine à son égard. « I’m not. » cracha-t-il effrontément, et innocemment à la fois, avant d’être pris d’un vertige caractéristique. Il prit sa tête dans ses mains, serra la mâchoire, laissa le vertige aller et venir. L’alcool, sur son état, faisait mal. Il n’était pas joyeux, il n’était pas insouciant, même avec plusieurs verre de whisky il n’arrivait plus à l’être. Il avait juste suffisamment bu pour être triste, pas assez encore pour être anesthésié. Peut être qu’il était saoule. Mais il ne l’était clairement pas assez. Il releva la tête vers Noah, le regarda mauvais, comme avec un air de nausée sur le visage. « What if I am ? » Puisque Noah semblait déterminé à joué à l’adulte, et à traiter Raphael comme un enfant, il allait l’être le gamin dont Noah voulait s’occuper. Il lui cracherait dessus comme un adolescent le ferait sur ses parents incapables de le comprendre. Il n’avait jamais fait de crise d’adolescence, c’était peut être vaguement l’occasion. « Leave me alone. » il cracha à nouveau. Peut être que dans quelques secondes il serait redevenu pitoyable au point de supplier, pour le moment il avait juste toute la haine qu’il éprouvait à l’égard de lui même à cracher sur Noah. « I don’t want you here. » Comme si ce n’était pas assez évident comme ça. Mais il ressentait le besoin de le signaler un peu plus, parce que Noah ne semblait pas vouloir partir. Pire, il semblait le juger incapable de ranger ses propres affaires seul. « And don’t mess with my things. » souffla-t-il, esquissant même un mouvement raté pour frapper l’une des mains de Noah qui trainait sur ses partitions éparpillées. Finalement c’était préférable, il aurait été brûlé par ce contact. Il ne voulait plus jamais avoir à toucher Noah. C’était trop pénible, trop douloureux.

Lorsqu’il le vit se relever et claquer la pile de partition sur la table, il sursauta dans un premier temps, bêtement surpris par un geste qu’il avait pourtant vu venir. Connerie. Néanmoins, la seconde d’après, il s’attendit à le voir partir. Idiot. La haine gronda à l’intérieur de lui comme une complainte sifflante et tonitruante. « That’s not. » il hurla presque à travers un souffle pourtant étouffé. « Should I beg you to leave me ? » il demanda, soudainement beaucoup plus pitoyable, se recroquevillant sur lui même dans son coin. Il se leva d’ailleurs, manquant clairement d’équilibre et se laissant retomber aussitôt sur son canapé. Son canapé qui lui servait bien sûr de lit et qui fit misérablement échos à la question de Noah. Comme un enfant battu à terre, il tourna le dos à Noah, n’ayant nullement l’intention d’affronter regard. « Why do you care… That’s my fucking problem. » siffla-t-il plaintif. Noah ne voulait-il vraiment pas le laisser tranquille ? « What if I like living here ? That shouldn’t even surprise you. » il soufflait, gardant une attitude toujours à mi-chemin entre l’adolescent qui cherchait à se rebellé et l’animal blessé incapable de panser ses plaies. Dans un accès de douleur, il tourna le regard vers la bouteille, avec la ferme intention de régler le problème par plus d’alcool. Maintenant qu’il était déjà suffisamment pitoyable au point d’être bourré sur son lieu de travail, il ne pouvait pas empirer le truc, non ? Le geste de Noah le prit de court et il lâcha un amère « Go fuck yourself with your judgment. » parce qu’il ne pouvait pas le supporter. « Just leave me, please… You don’t want to be here… just leave me. » il souffla douloureusement, ayant surement perdu de sa superbe d’adolescent en crise.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Invité

MessageSujet: Re: Best worst mistake + Roah   Sam 23 Jan - 2:40

C’était trop tard, déjà. Ils avaient passé le point de non-retour. Comme à l’instant où Noah avait décidé de rester aux côtés de Raphael après lui avoir brisé net le nez - un instant il avait encore la possibilité de s’enfuir, la seconde suivante il était piégé dans une forme tout particulièrement vicieuse d’enfer. Le pire dans cette histoire, c’était probablement qu’il s’infligeait ces situations à lui-même. Il avait beau lutter, il parvenait toujours à un instant presque nauséeux où l’absence du chef d’orchestre, le besoin de lui, se faisait physique - et elle lui montait jusqu’à la tête jusqu’à brouiller sa perception et ses idées, le laissant incapable de faire quoi que ce soit d’autre qu’agir. Il ne s’était jamais pensé spécialement intelligent - mais il savait aussi que, normalement, il n’était que rarement pleinement inconscient. Venir aussi près de Raphael tenait de l’inconscience, au point où il agissait certainement de la pire des façons.
Mais est-ce que c’était seulement sa faute? Il aimait à penser que non. Il aimait à penser que Raphael aurait pu faire d’autres choix que lui parler d’une telle façon - lui cracher des mots au visage comme un stupide adolescent, en tous cas aussi borné et réticent à la moindre forme de raison. Et il était supposé être le plus immature des deux… En tous cas, pour une fois, c’était lui qui roulait des yeux et soupirait au ferme déni de son taux d’alcoolémie - qui sifflait, amer, des « I’m not messing with your things, you dumbass. I’m trying to help you here. » Il prit une seconde au milieu de son rangement improvisé pour finir de dérouler son écharpe et l’abandonner sur la chaise la plus proche - à ce stade, probablement que l’opinion de Raphael sur sa présence ici ne lui importait même plus. Il fonctionnait presque de façon automatique. C’était plus simple. Tant pis s’il ne prenait même pas la peine de vérifier les intitulés des partitions, ou leur ordre - parce que bien sûr le chef d’orchestre appartenait à ce genre de personnes qui vérifient tout méticuleusement, mais ça n’avait jamais été le cas de Noah. Il s’occupait simplement de ce dont il pouvait s’occuper, pour ne pas penser à la forme tout particulièrement vicieuse de douleur qui montait en lui. Pour ne pas penser non plus à cette impression douloureuse dans un recoin de son crâne, celle qui lui répétait que, il y avait quelques années de cela, il aurait fait exactement la même chose pour Raphael - et l’aurait embrassé, encore et encore, dans le maigre espoir de lui faire oublier tout ce qui pouvait bien lui faire mal.
Comme le temps avait passé - et qu’est-ce qu’il avait bien fait deux. Ils étaient minables à se fuir ainsi du regard. Profondément minables. « Beg if you want to, I’m not leaving. » qu’il finit par cracher lui-même, d’un ton presque aussi haineux que celui qu’avait bien pu adopter Raphael un peu plus tôt. La bouteille à la main, il posa un regard sur lui, enfin, inspira, expira, mit toutes ses forces dans le simple fait de se retenir de filer le prendre dans ses bras. Il y avait comme une lutte constante au fond de son ventre, entre l’affection qu’il portait encore pour le chef d’orchestre et la colère qu’il avait retiré de sa trahison. Dans ces instants, la première semblait sur le point de prendre le pas sur la seconde. « I’m not judging you… » - les mots étaient presque noyés dans un long soupir. Il prit quelques secondes pour réunir ses pensées, ses arguments, les organiser correctement, avant de reprendre à mi-voix: « You can’t stay here. And I don’t believe you when you say you like it here - it’s a fucking dressing room, not a flat. What if the staff finds out? They’d kick you out. You can’t stay here, Raphael. » Il y avait quelque chose de plaintif et de suppliant dans le ton qu’il avait adopté et, pendant quelques secondes, lui-même en resta interloqué. Il n’était pas supposé laisser les choses devenir si personnelles. Il n’était pas supposé être touché à ce point là par la situation. Au moins, il devrait faire ces choses par pitié - pas parce qu’il l’aimait encore et qu’il était incapable de tourner une foutue page, pas parce que voir la détresse de Raphael suffisait à faire naître une détresse chez lui aussi, pas parce qu’il était définitivement trop faible pour l’affronter sans le vouloir encore. A nouveau, il inspira profondément. En reculant, il se laissa tomber sur la chaise sur laquelle il avait déposé son écharpe. Presque dans une posture de protection, il se pencha vers l’avant, épaules légèrement voûtées, coudes sur ses genoux, mains croisées autour de la bouteille devant lui. « You don’t want them to fire you… It’d hurt you career if they find out you’ve been sleeping and getting drunk here… » Une fois encore, la mortification qu’il éprouvait à la seule perspective du renvoi de Raphael fut comme un coup de poing dans son ventre. Hébété, il parcourut à nouveau la pièce du regard. Cette histoire ne datait probablement pas de la veille. Comment est-ce qu’il avait pu ne pas s’en rendre compte…? Et comment Raphael avait-il pu être assez stupide pour courir un tel risque, au quotidien ou presque…? Quelque part, Noah en avait honte. Il en avait honte parce que, parfois, pour de brefs instants, il réalisait pleinement qu’il était encore amoureux de Raphael - mais quel genre de personne peut se prétendre amoureuse et ne pas se rendre compte de choses pareilles…? Brièvement, il passa une main sur son visage. « Come on. I can take you to the nearest hotel. Please. I don’t want you to sleep here. » L’aveu, la supplique, tout avait été formulé à voix basse, presque un soupir. Mais c’était effectivement le cas. Il n’était pas certain de pouvoir rentrer chez lui et se coucher sereinement en sachant que Raphael resterait ici, en tête à tête avec une bouteille d’alcool, susceptible d’être réveillé au petit matin par un membre quelconque du staff un petit peu trop curieux.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Invité

MessageSujet: Re: Best worst mistake + Roah   Sam 23 Jan - 3:44

Noah ne voulait pas comprendre qu’il ne pouvait pas aider. Raphael ne savait pas pourquoi ce dernier s’obstinait à vouloir le faire. Il ne savait pas vraiment si ce dernier avait réellement envie de le faire. Noah donnait toujours l’impression d’être entre deux feux, et de venir Raphael comme s’il ne pouvait pas s’en empêcher, tout en continuant de combattre farouchement cette impulsion. Ce qui laissait à Raphael cette impression insoutenable de ‘je suis là, tout en ne voulant absolument pas l’être, mais je ne partirais pas.’ Noah ne semblait pas comprendre qu’il ne pouvait pas l’aider. Qu’il n’y avait absolument rien qu’il ne puisse faire. Personne ne pouvait vraiment aider Raphael et ce n’était pas de l’apitoiement que de dire ça, simplement qu’il était juste à un moment de sa vie ou il fallait attendre que ça passe. Il devait aller pire pour aller mieux, éventuellement, mais en attendant il n’y avait rien à faire, juste à supporter. Et certain soir, il supportait pas, ou à peine, mais il n’y avait quand même rien à faire. Et même si quelque chose avait été possible, Noah aurait été le dernier à pouvoir faire quelque chose. Parce qu’actuellement la présence de Noah empirait chacun des sentiments de Raphael. D’égratigné, il devenait écorché vif. Chacun de ses nerfs devenaient actifs à la limite de l’imaginable ou du supportable. Tout faisait mal. Alors il avait envie de rire. Il voulait rire à cause du dumbass. Un mot qui était presque devenu tendre dans la bouche de Noah qui l’utilisait souvent à son égard pour le remettre dans la vérité. Un mot qui était douloureux et intolérable aujourd’hui. Parce qu’il ne pouvait plus avoir de tendresse derrière. Et puis parce que Noah ne le remettait pas dans la vérité. Parce que Noah avait tord. Il mettait effectivement le bordel dans tout ça… Il ne savait pas ranger comme Raphael. Et même si ses gestes avaient l’air maladroit, il savait ce qu’il faisait. Il rangeait méticuleusement, même s’il mettait deux fois plus de temps à attraper chaque feuille. Et Noah n’était pas là pour aider. Ou s’il l’était vraiment, alors la meilleure chose qu’il pouvait faire c’était partir. Ne pouvait-il pas entendre ça ? « You can’t help… Can’t you get it ? You’re the worst person for that Noah ! » était-ce si dur à comprendre ? Peut être qu’il était à la fois la pire et la meilleur pour le faire, mais actuellement il était définitivement dans une période ou il était la pire. Et ça n’allait pas changer comme ça, dans la seconde. Il y avait bien trop de passif entre eux, et c’était ce qui était entrain de le tuer.

Mais Noah était têtu, borné, insupportable. Noah n’écoutait rien, et quelque part Raphael était sur que Noah était encore entrain de lui faire payer sa trahison. C’était surement du pur sadisme qu’il était entrain de faire là. Sinon, honnêtement, Raphael ne comprenait pas ce que Noah faisait encore là. Il soupira fortement et se redressa en position assise sur le canapé en entendant que Noah ne partirait pas, et que supplier ne changerait rien. « If you don’t want me to beg, what do you want ? » souffla-t-il, sec et épuisé. Parce que par pitié il devait bien y avoir quelque chose. Il n’allait pas lui imposer sa présence en dépit de sa propre volonté. Il savait bien que Noah avait quelque problème à comprendre les limites avec le harcèlement, mais tout de même. C’était finit cette période entre eux. Il s’agaça du déni. « Now who is lying to the other ? Look at your face for god sakes… it’s almost falling of. » de dégout pensait-il, ou de pitié. L’un comme l’autre, c’était normal, mais Raphael ne le supportait pas, et il n’avait aucune raison de le supporter. Il était amoureux de Noah. Il avait beau avoir détruit toute potentielle relation entre eux, il n’allait pas l’oublier comme ça. Il n’était même pas sur de pouvoir l’oublier pour être sincère. Quoiqu’il en soit, aujourd’hui il était encore amoureux de lui. Et il n’avait jamais voulu que Noah puisse le voir comme ça. Dans l’éventualité peu probable que Noah accepte de le laisser essayer quelque chose à nouveau, il voulait être divorcer et faire les choses bien. Il avait beau savoir que ce genre d’occasion n’arriverait pas, il maintenait parfois l’espoir illusoire que s’il faisait les choses bien, cela pourrait peut être s’arranger. Mais les choses n’étaient pas bien pour le moment. Elles étaient moins que bien. Elles étaient pitoyables. Et il ne voulait pas voir Noah maintenant. Il ne voulait pas vouloir Noah maintenant. La suite le figea, et lui retourna l’estomac. Il eut envie de vomir, il serra la mâchoire, s’énervant contre Noah un peu plus. En réalité, c’était contre lui même qu’était dirigé la haine. Mais en présence de Noah, il ne savait pas comment s’attaquer lui même. Directement en tout cas, parce que chaque pique qu’il envoyait en direction de Noah était une pique qu’il s’envoyait à lui même. Il aurait voulu arrondir les angles et pouvoir être auprès du brun l’homme qu’il avait toujours voulu qu’il soit. Mais savoir qu’il en était incapable et qu’il était en faite l’homme odieux et monstrueux qu’il pensait lui même être, lui faisait encore un peu plus mal à chaque fois. La conscience était définitivement le pire des fardeaux. « I don’t care. » cracha-t-il en un mensonge plus qu’éhonté. Pourtant c’était parti du coeur, et sur le coup il aurait presque pu se croire. Il en arrivait à un moment ou il ne supportait tellement presque plus rien dans sa vie, qu’il n’était pas sur que le travail changeait grand chose. Il faisait ça par magnétisme, et parce qu’il devait continuer, pas tant parce qu’il en avait envie. Les Misérables avaient depuis trop longtemps été teinté par sa relation avec Noah pour être encore supportable. « I don’t fucking care. » Mais aussi honnête semblait-il être, il mentait. Pas consciemment, mais il mentait. S’il perdait son job, il serait sans doute au désespoir. Et il était évident que ces quelques heures de boulot était ce qui le maintenait ensemble. Mais dans ces moments là, il ne se supportait si peu, que plus rien ne semblait avoir d’importance. Plus, il aurait dit n’importe quoi pour que Noah foute le camp. La mention d’un hôtel et une main tendu pour lui offrir de l’aide fut la goutte de trop. Il se leva, tituba, et attrapa son manteau qu’il peina à mettre. « God, an hotel, why didn’t I think about it earlier ?! » siffla-t-il méchamment comme si Noah venait de dire quelque chose d’absurde. Noah avait très bien compris que Raphael ne prenait aucun plaisir à dormir ici. Cela aurait du lui paraître évident qu’il y avait une raison pour qu’il le fasse… Ce n’était pas seulement sa dernière lubie débile. Dans d’autre circonstance, Raphael aurait pu lui expliquer. Mais honnête, il n’avait pas envie, il avait envie de s’effondrer, de boire et de cuver son alcool sans doute. Resserrant son manteau contre lui, il passa maladroitement devant Noah « If you’re not leaving me. I’ll go myself. Have a good night. » il siffla, effronté, sans se rendre compte de la connerie qu’il avançait. Ou comptait-il aller sérieusement? Nul part surement. Il attendrait dehors, n’importe ou dans la ville, suffisamment de temps pour être sur que Noah soit rentré chez lui, puis il retournerait au théâtre. Il était trop tard pour aller réveiller Dorian de toute façon.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Invité

MessageSujet: Re: Best worst mistake + Roah   Sam 23 Jan - 23:10

L’idée de ne rien pouvoir faire à la situation le mettait en rage. C’était stupide, hein? Mais il connaissait le goût de la colère - et surtout celui de la colère que l’on dirige vers soi-même, quand on réalise que les choses échappent à notre contrôle. Peu importait le fait qu’il était supposé avoir tourné la page sur son histoire avec Raphael - une petite partie de lui souffrait toujours à le voir misérable. Une petite part de lui, en tous cas, trouvait cette seule idée intolérable. A entendre Raphael lui dire qu’il était la pire personne pour l’aider en cet instant, il sentait au plus profond de lui-même qu’il avait raison - mais cela ne l’empêchait pas de rester, presque fébrile, parce qu’il sentait aussi qu’il était le seul à pouvoir faire quoi que ce soit en cet instant. L’abandonner n’était pas une possibilité. Et ses mains tremblaient, et ses gestes restaient malhabiles, quoique toujours moins que ceux de Raphael - mais il restait là. Il n’avait qu’à moitié enlevé son manteau, il avait encore l’air prêt à partir, mais aussi l’air prêt à s’éterniser, et il s’obstinait, envers et contre lui-même, envers et contre Raphael, aussi, surtout. La chose était tout aussi ridicule qu’impérative.
Mais au fond, c’était ce qu’il avait toujours fait avec le chef d’orchestre… non? Le pousser. Le mener à bout jusqu’au moment où il cèderait à sa volonté, à moitié parce qu’il en avait envie, à moitié parce qu’il n’y avait guère d’autre choix. Formulé d’une telle façon, ce mode de fonctionnement avait quelque chose de proprement atroce - et peut-être que, au fond, c’était le cas. Mais Raphael lui avait toujours aligné des « non » et des réticences pour, à terme, le remercier. Sûrement que leur mode de fonctionnement demeurait profondément déséquilibré. Le réaliser rajoutait, curieusement, quelque chose à la rage - et il eut un regain de colère quand il grogna entre ses dents un « I’m not fucking lying. » sifflant, laissant pour une seconde ses yeux se poser sur la silhouette piteuse de Raphael. Il avait envie de le prendre dans ses bras. Est-ce que c’était normal, ça? Non. Probablement que non. Encore moins quand il ressentait, au même instant, un besoin presque irrépressible de lui coller une seconde fois son poing dans le nez et de voir s’il serait toujours capable de jouer l’adolescent immature après cela. De quoi est-ce qu’ils avaient l’air, tous les deux… Leurs gamineries les avaient, petit à petit, amené à une sorte de guerre glacée.
Il avait presque envie d’en rire, à terme - de laisser éclater une sorte d’hilarité sans joie, sèche et froide. Il avait envie de crier, aussi, de se démolir la voix sur d’interminables chapelets d’insultes - envie de pleurer, peut-être, aussi, mais, ça, sa fierté l’en empêcherait jusqu’à la fin. A la place, il resta juste à observer Raphael, le regard noir, la mâchoire serrée jusqu’à la limite de la douleur. Quand il cracha un « Stop acting like a child, Raphael », les mots semblèrent résonner comme un fouet à ses propres oreilles: « You’re just being dumb right now. Listen to me when I say you can’t fucking sleep here and you can’t be fired… » Si Raphael était trouvé, et renvoyé… Il ne savait même pas comment il pourrait réagir. A certains moments de sa colère, probablement qu’il avait souhaité que le chef d’orchestre disparaisse. Probablement qu’il avait souhaité être en paix à nouveau. Mais maintenant? L’idée semblait simplement absurde. Elle avait, en tous cas, quelque chose de ridicule. Comme si les Misérables ne pouvaient pas tourner sans Raphael dans les environs - comme si sa propre carrière ne saurait fonctionner sans lui. Après tout, il avait été là aux moments les plus importants. Quand il avait enfin percé dans des productions de plus grande ampleur, quand il avait été l’un des plus jeunes acteurs à incarner Sweeney Todd sur scène, puis l’un des plus jeunes acteurs à incarner le Phantom… Raphael avait travaillé dans l’ombre à tous ces rôles qui avaient fait de lui l’un des noms les plus importants de la scène actuelle du West End. Au-delà du simple fait d’être excellent dans son métier, Raphael était devenu pour lui une sorte de porte bonheur, une condition sine qua non. C’était peut-être égoïste - non, c’était sûrement égoïste - mais il avait besoin de lui ici. Il avait besoin de lui dans ce théâtre. La perspective de jouer Javert dans d’autres conditions suffisait à le plonger dans une sorte de terreur profonde. Il avait besoin de Raphael. Au moins pour cela. En tous cas, dans ces conditions, il était capable de se l’avouer pleinement. Une autre partie de lui avait besoin de Raphael, pour d’autres raisons, mais il l’avait enfermée dans un recoin de son cerveau et de sa mémoire, avait jeté la clé à la mer et espérait aussi fort que possible qu’elle ne resurgirait jamais. Et a la remarque ironique sur l’hôtel, aux mouvements brutaux de Raphael pour s’enrouler dans son manteau et, visiblement, fuir, il eut une sorte de réflexe stupide - il se redressa de tout son long, laissa échapper un « You should come to my place. Sleep on the couch. », plus par réflexe que par véritable réflexion.
Il n'avait aucune idée de pourquoi Raphael refusait en bloc la simple perspective d’aller dormir à l’hôtel. Il pouvait se douter, en revanche, de pourquoi il s’obstinait à ne pas rentrer chez lui. Leurs dernières entrevues avaient au moins rendu cet état de fait clair - il ne se sentait plus le bienvenu chez lui, et ça, Noah pouvait le comprendre. Quelque part, l’idée de dormir chez Noah était peut-être tout aussi grotesque - mais envisageable. Il était d’accord, après tout. Il venait de le proposer. A demi-conscient de ce qu’il disait, certes, mais il venait de le proposer, il pouvait vivre avec ça. Peut-être même qu’il en ressortirait rassuré, au fond - il n’y avait pas tant d’alcool que ça chez lui, peu de conneries à faire, il ne serait pas à la rue, pas susceptible d’être remarqué par des membres du staff… tout irait bien, non? Sasha serait certainement furieuse - mais tout irait bien. « If you don’t want to go to an hotel, and as I don’t want you to stay here, you could come to my place, and sleep on the couch. » Qu’il répéta - détachant syllabe après syllabe, comme pour en peser lui-même le sens. Toujours grotesque. Mais, au moins, toujours plausible. Et à nouveau, il trouva la force de regarder directement Raphael - le visage défait, il ajouta: « Please. ». Sa voix était faible, à nouveau presque suppliante. « Please. Come home with me, Raphael. » Il eut besoin de s’appuyer sur la bordure de la table pour se relever, empoigner son écharpe, et se rapprocher d’un pas du chef d’orchestre. « Please. I’m asking that to you as a favour. »
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Invité

MessageSujet: Re: Best worst mistake + Roah   Dim 24 Jan - 0:08


Il avait besoin de partir, de s’enfuir, de ne plus se retourner. Il avait besoin d’être loin de Noah. Et cette simple idée le tuait. Parce qu’il passait ses journées à vouloir le contraire. Il lorgnait toujours affreusement sur la silhouette qu’il connaissait si bien. Il ne se passait pas un jour sans qu’il se pose discrètement pour le regarder, et pour vainement espérer. Chacune de ses séances masochistes se finissaient avec le même désespoir, mais il en avait besoin. Il en avait besoin, ou alors il ne pouvait simplement pas s’en empêcher. Il n’en savait trop rien, mais le sentiment semblait être le même. Noah lui manquait tant, que même le plus petit sentiment, même la plus aiguisée des pointes de douleur semblaient pouvoir combler un désir pervers d’entretenir la flamme. Il savait que quelque part, il s’infligeait ça comme une sorte de punition. Il n’était pas sur que cela soit un acte très conscient. Il n’était pas sur de pouvoir s’en empêcher. Mais le rituel qu’il avait à aimer Noah en silence, dans son coin, comme un galeux que l’on aurait mis en quarantaine était clairement sa punition. Mais aujourd’hui, il n’en voulait plus. C’était justement lorsqu’il était en face de lui que cela devenait soudainement trop. Peut être parce que ce n’était pas ça son acte masochiste. Peut être parce qu’à ce moment, Noah lui donnait trop, et que Raphael ne pouvait pas tout porter. L’envie, le désir, la douleur, la surprise, l’incompréhension, la colère, la haine, la culpabilité; tout lui venait trop rapidement, et il était trop maladroit pour savoir encore jongler. Alors il ne voulait pas de tout ça. Il ne voulait pas de Noah ici. Il ne voulait pas de Noah aujourd’hui. Ce dernier ne s’en doutait pas, mais il l’avait déjà eu, sa dose douloureuse de sentiment pour Noah. Il l’avait chaque jour, à chaque spectacle, à chaque fois que Noah chantait, à chaque fois qu’il arrivait, soit disant sans prévenir, comme l’inspecteur Javert qu’il était. Et Raphael se laissait mourir d’amour soir après soir, à chaque fois que Noah se suicidait. C’était son lot quotidien, et il avait finit par y trouver une douleur réconfortante. Celle qu’il ressentait aujourd’hui, il ne pouvait pas la gérer, il ne pouvait pas l’assimiler. Il avait juste envie de tout recracher, et de hurler. De hurler et de jeter Noah dehors, sans détour, sans essayer d’être poli. De toute façon, Noah le haïssait, il n’avait plus grand chose à perdre.

Mais c’était mal connaître Noah que de penser qu’il pourrait l’écouter ne serait-ce qu’une fois. Raphael n’arrivait pas à saisir ses motivations - en même temps dans son état, il ne devait pas pouvoir saisir grand chose - mais clairement celle de Noah lui avait souvent paru bien obscure. Mais il s’y était fait, et il savait que Noah était particulièrement têtu, et que le seul moyen de se débarrassé de Noah, c’était de lui céder. Il savait qu’il y avait quelque chose de particulièrement pervers dans cette dynamique, mais il n’avait jamais rien fait pour la changer. Parce que quelque part, il trouvait la trouvait rassurante. C’était comme son rituel masochiste, ce n’était pas sain, ni malin, mais c’était rassurant, parce que c’était connu, et maîtrisé. Et que finalement, il avait toujours fait confiance à Noah pour savoir ce qui était bon pour eux deux. Parce que si leur dynamique n’était probablement pas bonne, Noah était quelqu’un de bien et à terme, Raphael n’avait jamais eu grand chose à lui reprocher. Ce soir, il n’était pas sur de pouvoir lui faire confiance. Il devrait, sans doute, aveuglement, comme autrefois, parce que c’était lui qui l’avait déçu, et pas l’inverse. Mais Noah agissait constamment de manière irrationnelle avec lui ces derniers temps, et il ne voyait rien de bon se profiler à l’horizon. Ce n’était pas en Noah qu’il n’avait pas confiance finalement, c’était en la situation, et par dessus tout, c’était en lui. Parce qu’il savait que ses capacités de jugement était à zéro, il savait aussi que sa capacité émotionnelle était négative. Il était pitoyable et misérable, et rien de bon ne pouvait ressortir de ça.

Noah, comme Raphael l’avait pressentit, n’abandonnait donc pas, et les mots qu’il prononça bientôt firent au chef d’orchestre l’effet d’une claque. Il le regarda un instant hébété, incapable de réagir. Ce n’est pas tant qu’il était soudainement d’accord avec ce qu’il venait de se dire. C’est qu’il ne comprenait pas la violence de Noah. Il ne comprenait pas comment Noah pouvait à la fois ne pas le juger - parce que c’était ce qu’il ne cessait de répéter - et l’engueuler pour agir comme un gamin. Il avait ainsi une rage qui grondait face à tant d’incompréhension. Une rage qui enfonçait les blocages qu’il avait pu se faire et qu’il l’empêchait de raconter quoique ce soit. Une rage qui enfonçait de toute façon tout sur son passage et qui n’écoutait qu’elle même - ou alors qui écoutait l’alcool, ce qui ne faisait bien sûr, que mettre de l’huile sur le feu. « And listen to me when I say that I don’t have much choice, and that you can’t fucking help me ! » Bon, en soit, il n’avait pas dit grand chose, et il n’avait surement pas été clair. « I don’t know why you’re just so… why you feel so responsible… but you’re not. I’m nothing to you anymore ! You asked me to stay away. Just fucking let me do that. » Il criait, en larme, à moitié, suffoquant légèrement. Il y avait une forme particulièrement perverse d’épuisement dans sa manière d’agir. Noah l’épuisait. Tout ces sentiments l’épuisaient. Son divorce l’épuisait. Et il n’avait plus rien à donner.

Et puis l’idée la plus conne qui soit claqua dans l’air. Raphael était sur le point de sortir en trombe, pour prendre l’air, pour respirer, pour essayer de vivre, de tenir sa promesse, et la proposition avait claquée. Il s’était arrêté net, s’était retourné vers Noah pour vérifier que ce n’était pas une simple blague, et avait éclaté d’un rire nerveux, épuisé, et désagréable. « Are you listenning to you right now ? And I’m the one who’s drunk… » il souffle, hoquetant sous son rire incontrôlable. Dormir chez lui, il n’y avait pas pire comme idée. « I’m not going to your place. You can’t make me. » il siffla entre ses dents, alors qu’il essayait de reprendre son calme et sa respiration. Son affirmation avait été stupide. C’était de Noah dont on parlait, il pouvait faire faire n’importe quoi à Raphael. Il avait toujours pu. Rien avait véritablement changé. Il l’entendait insisté, et il secouait la tête énergiquement. Ca provoquait en lui des vertiges, mais ce n’était pas important. Toute douleur physique était toujours la bienvenue dans la mesure ou elle effaçait souvent une douleur morale. Et puis l’impensable arriva. Raphael fut obliger de ravaler les dernières perles de rire nerveux, et manqua de s’étouffer avec. La loge fut soudainement frappé par le silence à mesure que Raphael reconnaissait le sens de ce que venait de dire Noah. Il n’avait pas le droit de nommer ça comme une faveur. Il n’avait pas le droit de l’obliger de la sorte. Il le regardait terrifié, immobile - quoique tanguant dangereusement - les yeux brillants de larme. « don’t do that to me. » il s’étrangla faiblement « I beg you not to do that to me. » il était pitoyable. Il savait juste qu’il ne pouvait pas suivre Noah, qu’il ne devait pas suivre Noah. Rien ne ressortirait de bon. « be rationnal… I can’t sleep at your place… Noah… please. » il le suppliait clairement. Peut être qu’il n’avait pas ses priorités bien hiérarchisé, mais dormir chez Noah lui paraissait une bien pire idée que dormir ici. « Look at me… I can’t go at your place… Be resonnable… don’t ask me that… » il soufflait, avec si peu de force, qu’il n’était pas sur que Noah puisse l’entendre. « you know I can’t say no… please don’t ask me again. »
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Invité

MessageSujet: Re: Best worst mistake + Roah   Dim 24 Jan - 19:39

Sûrement qu’il avait atteint un stade de dangereuse obstination. Sûrement qu’il ne se rendait même plus compte de ce qu’il était en train de proposer à Raphael. Il avait poussé l’auto-conviction jusqu’à l’instant où tout lui semblait préférable au fait de laisser le chef d’orchestre dormir dans cette loge minable, et toute la logique qui aurait dû l’amener à écarter l’idée de le ramener chez lui avait étrangement disparue. Tout ne pouvait que bien se passer, après tout… non? L’appartement qu’il partageait avec Sasha était tout sauf petit. Lui-même, certaines nuits, frappé par une forme tout particulièrement vicieuse, avait échoué sur son propre canapé, et n’avait eu d’autre raison de le regretter que le regard critique de sa colocataire au petit matin. Ils ne seraient pas dans la même pièce. Aucune tentation mal placée. Rien à regretter au petit matin. Tout irait bien - tout ne pouvait qu’aller bien. Il avait peut-être parlé trop vite à l’instant où il avait fait cette proposition mais, rétrospectivement, elle paraissait une réponse appropriée au dilemme qui lui faisait face. Passée la colère et la confusion à voir dans quel environnement vivait Raphael, il avait l’impression d’être arrivé à une clarté relative. Tout était simple. Il ne le laisserait pas ici. Il ne le laisserait pas se faire remarquer par un membre du staff. Il ne le laisserait pas se faire renvoyer pour un prétexte aussi stupide. Il avait de la place chez lui. Voilà. Et cela n’avait strictement rien à voir avec des feux mal éteints, avec quelques traces de regrets et de remords, quelques souvenirs qu’il peinait à enterrer… right?
Et tant pis si Raphael avait peut-être raison quand il lui disait qu’il n’était plus supposé être quoi que ce soit pour lui. Tant pis s’il lui avait effectivement demandé de rester loin de lui - tant pis s’il lui avait demandé la paix, tant pis s’il avait eu besoin de cela, tant pis s’il en avait toujours besoin. Quelque part, comme un enfant, il n’avait jamais cessé de considérer le monde autour de lui comme une réalité qui devait s’incliner devant sa petite personne. A cet instant, il avait décidé de mettre ses griefs de côté - et Raphael devait s’y plier aussi. Est-ce que c’était égoïste? C’était certainement égoïste. Personne ne saurait être surpris de ce nouveau caprice - il avait toujours fonctionné par caprices, et persistait aujourd’hui, à trente-cinq ans révolus. C’était triste, mais c’était vrai: par instants, il adoptait un égocentrisme rare.
Et il n’y avait aucun moyen de déroger à cette règle. Et même le rire de Raphael ne suffit pas à relever en lui tout ce qu’il pouvait y avoir d’absurde dans sa proposition. Au contraire - il se rapprocha à nouveau de lui, la mine résignée, lui jeta un regard glacé à son hilarité ironique. « It’s a better idea than sleeping here, Raphael », qu’il lui souffla, sèchement. Machinalement, il dégagea son beanie de la poche de son manteau, l’enfonça à nouveau sur son crâne, avant de s’attacher à ré-enrouler correctement son écharpe. Et puis, aux dernières tentatives de Raphael, il eut une sorte de sourire en coin - un petit quelque chose d’un prédateur qui sent la victoire entre ses mains. Sûrement qu’il avait tort d’utiliser les faiblesses de Raphael ainsi, mais, à terme, il s’agissait de son intérêt à lui aussi… non? Le caprice de Noah n’avait strictement rien de gratuit - il reposait entièrement, ou presque, sur le fait de sauver la carrière de Raphael. Alors pourquoi est-ce qu’il se trouvait à nouveau incapable de le regarder directement? A la place il se contentait de parcourir la pièce des yeux, de se fixer sur les quelques choses dont Raphael pourrait bien avoir besoin une fois à son appartement, ou d’observer stupidement le vide. Il s’efforçait, aussi, de ne pas trouver trop perfide le ton de sa voix quand il souffla « We’re going. It’ll be okay. It’s a nice couch. It’s still better than that place, and safer. », ignorant en bloc les suppliques qui lui étaient pourtant adressées. Ses yeux virèrent vaguement dans la direction de Raphael, s’arrêtèrent net juste avant leur objectif initial. « You’ll be just fine. If you can’t say no, it means you’re saying yes. »
Quelque part, c’était sûrement Raphael qui rendait ses caprices si extrêmes. C’était sûrement le manque de Raphael en tous cas, ce besoin impérieux mais douloureux de le garder dans son champ de vision, de le sentir proche, même maintenant que leur histoire était arrivée à une fin. Il se faisait du mal à lui-même avec de tels comportements - mais il fonctionnait presque de façon automatique, machinale, et l’envie allait loin au-delà de la simple raison. Au-delà de la compassion la plus élémentaire, aussi. Au-delà de toute considération pour les demandes de Raphael. « We’ll find a way for you to avoid Sasha. You start earlier than her. It will be just fine. I’ll explain to her. » qu’il continuait à dire, presque en marmonnant. A terme, il faisait plus un monologue qu’il ne prenait part à une discussion construite - en tous cas, il n’écoutait clairement que lui-même. « Please. Raphael. I want you to come to my place. Don’t stay here. » La conclusion était venue froidement - en tous cas, elle ne semblait pas attendre de réponse véritable. Comme si le « oui » était, de toutes façons, une évidence. Comme s’il n’envisageait même pas de négative, n’envisageait même pas la possibilité d’être soumis à un refus. « Gather the stuff you need, we’re leaving now. » Il inspira profondément, expira. Cette fois-ci il parvint à réellement poser son regard sur Raphael - et sa bouche se tordit dans un semblant de sourire sans joie, seulement un rictus de façade. S’il vit l’expression sur le visage du chef d’orchestre, il choisit de ne pas réellement en tenir compte - ni-même de réaliser pleinement à quel petit jeu pervers il était en train de jouer. A la place, il prit une nouvelle inspiration, et trancha: « Come on. We’re leaving. »
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Invité

MessageSujet: Re: Best worst mistake + Roah   Dim 24 Jan - 23:00


Noah devait être raisonnable. Il devait l’écouter. Il ne pouvait pas faire comme si Raphael n’existait pas. Comme si son opinion n’avait aucune importance. Même si son opinion était sans aucun doute altéré par les méfaits de l’alcool. Si Raphael voulait quelque chose, ce n’était plus à Noah de dire ou de faire quoique ce soit. Sauf si bien sûr, ça le concernait pas. Mais en l’occurence, ça ne le concernait pas. Qu’est-ce qu’il pouvait en avoir à foutre qu’il dorme dans sa loge ? Qu’est-ce que ça lui faisait que ça puisse être glauque et assez peu réglementaire ? Qu’est-ce qu’il en avait à faire s’il se faisait virer ? Cela serait pas plus mal sans aucun doute, comme ça, ils n’auraient vraiment plus besoin de se voir. Cela ne serait plus une torture constante de se côtoyer tous les jours. C’était une manière comme une autre de régler l’affaire, de tirer un trait sur une relation qui arrivait en fin de ligne mais qui s’éternisait. Donc, non, vraiment, sous aucune raison, ce qui était entrain de se dérouler ça n’était les affaires de Noah. Il devait être raisonnable. Il devait l’écouter. Il devait le laisser dormir là si jamais il en avait envie. Toute autres manières de voir, ou de faire les choses, ne serait ni sensé, ni juste, ni vraiment cohérente.

Mais voilà, l’un comme l’autre, ne s’était jamais fait connaître pour leur rationalité, pour leur bon sens, ou pour leur cohérence. Ils n’étaient même pas vraiment juste. Ils n’étaient pas vicieux pour autant, ils étaient loin d’être des monstres - quoiqu’à ce moment, ce mot était grandement débatable en ce qui concernait Raphael - mais ils n’étaient pas juste. Il s’était, l’un et l’autre, fait des choses peu agréable, voir même foncièrement injuste. Raphael avait surement la palme de l’injustice, mais Noah avait rarement été en reste dans ce domaine. Il n’empêchait que généralement, les injustices de Noah n’avait pas de conséquences, ou pas de négative en tout cas. C’était comme s’il avait un sixième sens pour ces choses là, et qu’il savait quand il pouvait pousser, ou quand il ne pouvait pas. Il était plus probable qu’il ait une chance incroyable plutôt qu’un sixième sens, mais tout de même, jusque là, il avait toutes les raisons de penser que lorsqu’il poussait, c’était pour les bonnes raisons. Hors, cette fois-ci, bourré ou pas, Raphael était persuadé que toute cette histoire était une très mauvaise idée. La vérité avait beau avoir éclatée, ils avaient beau avoir poser toutes les cartes sur la table, déballer leur amour d’un côté, leur haine de l’autre, l’eau était loin d’avoir coulée sous les ponts. Et ils étaient fragiles. La presque totalité de leurs précédentes rencontre le prouvait. Retourner chez Noah était une très mauvaise idée. Et si Noah pensait que c’était raisonnable, ou ne serait-ce faisable, alors il était soit en pleine illusion, soit il avait effectivement tourné la page, et il avait beaucoup de chance. Raphael, quand à lui, n’avait pas tourné la page, et être au milieu de son divorce obligé de revivre certains détails de sa relation avec Noah, ne l’aidait vraiment pas à mettre un point sur cette histoire. D’un côté, il ne pouvait pas s’en plaindre. Après tout, c’était de sa faute s’il s’y prenait aussi tardivement. C’était lui qui s’y était prit comme un manche. Il n’y avait réellement personne d’autres à blâmer.

Mais visiblement, l’opinion de Raphael importait peu. Visiblement son esprit était si entamé par l’alcool qu’il avait manqué de voir à quel point son idée - qu’il mettait déjà en place depuis un bon paquet de jour - était pire qu’aller dormir chez Noah. Un jour, il aurait besoin de savoir la logique de cet homme. Peut être pas ce soir, peut être pas ici, vu que clairement il n’allait pas y rester longtemps. Il déglutit lentement lorsque Noah balaya ses suppliques - pourtant clairement pitoyable et inspirée - d’un rictus en coin. Il souriait. Le con. Avait-il si peu de respect qu’il pouvait se permettre de sourire de son état et de balayer tout ce qu’il venait de dire de la sorte ? En étaient-ils rendu là ? Dans ce cas là, oui, Raphael voyait pourquoi l’idée stupide n’en était pas une pour Noah. Il n’avait plus aucune importance. L’avoir chez lui n’était qu’une vague formalité. Il serra la mâchoire, son corps entier étant crispé sur la réaction de Noah. A la conclusion qu’il allait donc devoir dire oui, Raphael s’étrangla et croassa faiblement « Noah… Please… » Il savait pourtant que cela ne servait plus à grand chose. Il connaissait le Noah borné, et il n’y avait strictement rien qu’il puisse faire lorsqu’il était dans ce genre de disposition. Noah était comme un chat capricieux qui pouvait tout obtenir par des regards persistants et des miaulements convainquant. Dans les faits il avait juste à employer une voix suffisamment posée et insistante pour que Raphael lui donne satisfaction. La moitié du temps il le faisait surtout pour avoir la paix, et parce que ça ne le dérangeait pas de donner ce genre d’avantage à Noah. Aujourd’hui, il regrettait amèrement de ne pas être capable d’être plus ferme avec son ancien amant. Noah n’avait même pas besoin de le regarder qu’il se sentait déjà piégé dans un oui qu’il ne voulait pas. L’écouter était presque devenu une nécessité annexe. Il savait ce qui était entrain de se dérouler. Noah asseyait sa supériorité, il prenait les commandes des opérations. Il était la marionnettiste et Raphael était clairement le pantin. « It’ll be fine… » il répéta pourtant, d’une manière mécanique et triste. « You’re delusionnal Noah… » Ce n’était surement pas quelque chose de nouveau. « Look at me… » il était sans aucun doute, l’antithèse de bien. « And dare to say that again to my face. » Il soufflait sans vraiment penser au mot qui sortait de sa bouche. Il devait avoir l’air pathétique, et donnait l’air de se plaindre. Il estimait qu’il en avait le droit désormais, et que clairement il n’avait plus grand chose qui ne craignait pas dans sa vie. Son boulot surement, peut être que c’était ça que Noah essayait de sauver. Mais franchement, il n’était plus sur d’en avoir quelque chose à foutre.

Il mit longtemps à s’activer, malgré l’insistance de Noah. Peut être parce qu’il l’écoutait d’une oreille distraite et las. Peut être parce que tout son corps semblait résister aux ordres auxquels la tête donnait pourtant son consentement malgré elle. Il fut réveillé par l’ordre final, bien plus cours que les autres, bien plus froid aussi, quelque part. Il leva la tête suffisamment haut pour attraper le regard de Noah. Il le défia de ses iris tendres et tristes le temps de quelques secondes, avant de parcourir hagard la loge du regard. Il se mit en mouvement lentement, comme s’il était particulièrement moue et maladroit, et attrapa un sac et quelques affaires et revint se planter devant Noah. Posé devant lui, il se redressa du mieux qu’il pu, sa carrure tout entière témoignant de sa prise d’alcool. Il releva la tête et défia son ancien amant du regard, et d’un geste étonnement précis, il saisit la bouteille qui était toujours dans la main de Noah, et siffla. « I believe that if i’m not here anymore, I can’t take this. » Oui, c’était pitoyable d’en recourir à l’alcool pour faire passer la pilule. Mais clairement, ce soir, s’il voulait dormir, il aurait sans doute besoin de s’assommer bien plus que ça. « Are you going to mum me again ? Or should we get going ? » il siffla comme l’adolescent qu’il savait visiblement bien être.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Invité

MessageSujet: Re: Best worst mistake + Roah   Lun 25 Jan - 1:21

Ils n’avaient sûrement pas l’allure qui convenait à deux hommes de trente-cinq ans. En tous cas, ils n’en avaient pas la maturité. Au mieux, ils étaient deux adolescents stupides qui se défiaient sur des conneries - le tout dans une situation hautement surréaliste. Ils avaient renoncé à toute forme d’argumentaire, à toute forme de raison, et se limitaient aux regards défiants ou suppliants, aux impératifs, aux demandes pressantes. Ils avaient probablement été moins ridicules que cela quand ils avaient cédé à des pulsions de gamins dans la loge de Noah. Au moins, à ce moment là, ils n’avaient pas… quoi, discuté? Est-ce qu’on pouvait réellement parler de discussion? En tous cas, ils n’avaient pas réellement tenté de parler. Au fond, ils avaient même été assez d’accord sur la marche à suivre et sur les choses à faire - pas de place pour le conflit, ils avaient été parfaitement en phase dans l’erreur. Mais cette fois-ci… cette fois-ci, c’était comme si Raphael refusait d’entendre raison. Le plan était parfait, non? Le plan, en tous cas, était préférable au fait de dormir connement dans sa loge, sur son lieu de travail. Une nuit sur un canapé. Il n’y avait pas le moindre engagement là-dedans. Rien de durable. Rien de douloureux, même. Si encore ils s’étaient trouvés dans la même pièce pour dormir… si encore ils avaient été susceptibles de déraper… mais Sasha serait toute proche, après tout. Noah n’avait pas la plus grande des confiances en sa résistance, mais sa meilleure amie incarnait à elle-seule une barrière suffisante. N’est-ce pas…?
En tous cas, il y croyait. Il y croyait suffisamment pour garder une posture impeccable, une mâchoire ferme, et, même s’il contemplait toujours le vide avec une rare intensité, répondre de sa voix la plus calme « I’m not delusional, Raphael. This is actually a good idea. ». Il savait bien quel ordre l’autre homme venait de lui donner - il savait aussi que, plus ou moins consciemment, il n’en avait pas une seule seconde tenu compte. Regarder Raphael dans les yeux était soudainement devenu difficile - voire impensable. Il y avait, là-dedans, trop d’intimité, trop de souvenirs, trop de restes de tendresse. Il y avait, en somme, bien trop pour lui en cet instant. Probablement que, au fond, il savait que cette seule petite chose suffirait à lui faire réaliser dans quelle situation il était en train de se plonger lui-même. Il n’était pas prêt pour cela. Peut-être qu’il était en pleine désillusion, au final - mais, au moins, il y était confortable. « You’ll be just fine. We’ll be just fine. » qu’il finit par souffler à nouveau - à peine un murmure, en tous cas une pensée formulée du bout des lèvres, le regard toujours obstinément et puérilement détourné. Pendant une demi-seconde, il n’eut plus de certitude quant à qui il était supposé rassurer en disant cela.
Mais aussitôt l’angoisse revenue, il s’acharnait à la réprimer de son mieux. Comme un gamin, il prenait la peur et la cachait au fin fond d’un placard, tournait la clé, se débarrassait de la dite clé. Pendant un quart de seconde, ç’avait été comme s’il était sur le point de comprendre qu’enfermer pour une nuit entière Raphael avec lui dans un appartement ne pouvait être qu’une idée grotesque - mais l’instant suivant il respirait à nouveau correctement, et suivait des yeux le trajet du chef d’orchestre dans la loge. La chose n’avait rien de difficile. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas se rendre compte qu’il y mettait autant de mauvaise volonté que possible. Et pourtant, il parvint à être surpris quand, tout à coup, l’autre se retrouva juste devant lui, le défia du regard et lui arracha la bouteille des mains. Il y eut un temps de silence - et puis il laissa échapper un nouveau bref rire sans joie, à peine de quoi souligner la stupidité de la situation. Il siffla un bref « Fine. » Après tout, qu’est-ce qu’il avait à dire à cela? L’important dans cette histoire était que Raphael ne reste pas dormir dans cette loge, ne reste pas à se bourrer la gueule misérablement dans cette loge - qu’il se bourre la gueule ailleurs, que ce soit dans le taxi ou dans son salon, n’était plus de responsabilité. Une amorce de geste en direction de la porte - et puis il se détourna à nouveau, arracha une nouvelle fois la bouteille à l’autre homme, en descendit une longue gorgée, puis une seconde. C’est avec le plus ironique de ses sourires qu’il la lui remit une nouvelle fois dans les mains. « What? I need to drink too. » - l’explication avait été à peine marmonnée. Il n’avait même pas de passion particulière pour le whisky. A vrai dire, celui-ci lui laissait un goût désagréable sur le fond de la bouche - peut-être bien qu’il était insensible aux alcools de luxe, ou trop habitué au bon marché. « We’re leaving. », qu’il déclara une nouvelle fois. Il y avait moins de certitudes dans sa voix, moins d’aisance, aussi. Seulement une forme de résignation. Où était l’impression de triomphe que déclenchait d’ordinaire ce type de victoires? Il avait toujours fonctionné sur une logique de caprice - principalement parce qu’il aimait que les gens y cèdent. Cette fois-ci, les choses avaient un arrière-goût un petit peu âcre. Un sentiment de déception. Il détourna les yeux, détourna la tête. Derrière la porte, le couloir était probablement vide - et, tout à coup, c’était comme si le chemin jusqu’à chez lui lui semblait interminable. « We’re leaving. » Il avait soupiré ces mots avec la ferme résolution de le faire pour la toute dernière fois. Ou peut-être que c’était le cas, les trois ou quatre fois précédentes - et que maintenant il avait tout simplement également besoin de se convaincre lui-même. Toujours est-il que, enfin, il acheva de reboutonner son manteau et tourna la poignée, sans un dernier regard sur la loge trop remplie de Raphael ou sur le petit jeu pitoyable qui venait de s’y jouer. Au moins, il avait gagné. Plus ou moins.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé

MessageSujet: Re: Best worst mistake + Roah   

Revenir en haut Aller en bas
 
Best worst mistake + Roah
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» 6 Worst Fast-Food Burgers (and What You Should Eat Instead!)
» Your worst battle is between what you know and what you feel ▬ Nolà&Lulla
» look at that face you look like my next mistake (emma)
» The self imposed limitations of the underdeveloped mind.
» Your biggest mistake

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Ticket To Ride :: flood & hors-jeu :: this train terminates at morden :: ARCHIVES 2016-2017 :: rps à potentiellement redéplacer-
Sauter vers: