Isaac&Dext ◆ i thought time's supposed to heal things

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MessageSujet: Isaac&Dext ◆ i thought time's supposed to heal things   Lun 21 Déc - 1:56

Il parait que le temps est censé apaiser les problèmes, améliorer les choses. Calmer la douleur, aussi, d’une certaine façon. On n’oublie pas, mais la vie reprend ses droits, vous remet dans le bain sans que vous n’ayez trop le choix. Je ne suis pas sûr d’avoir avancé, depuis que mon frère est mort. L’idée de sa mort me prend parfois aux tripes, m’agresse en plein milieu d’une nuit agitée, comme une piqure de rappel qu’on m’assène un peu trop souvent à mon goût. Je n’aimerais pas oublier, non. J’aimerais juste que la peine me foute la paix de temps en temps. Mon rythme de vie actuel ne doit en rien aider mon cas, cela  dit. Je travaille autant que faire se peut, passe mon temps libre à trainer, peinant à trouver le sommeil. J’erre dans ma vie sans même en être un acteur digne de ce nom. Voilà des semaines que je n’ai pas vu Giulia, ni Isaac, ni personne d’autre que les clients, mes collègues et mon boss. Le pire, c’est que je ne suis pas sûr de vouloir que ça change. Tout est si compliqué, si difficile. Noël qui approche n’arrange rien non plus. A une telle période, Thomas serait en train de m’appeler pour me forcer à venir participer aux courses de Noël. Il choisirait les cadeaux et je n’aurais plus qu’à lui rembourser ma participation, des semaines plus tard pour ne pas me mettre en difficulté à quelques jours seulement de Noël, du réveillon. Noël a toujours été une belle période chez nous, l’occasion de nous réunir tous, d’effacer un peu les différences de réussite et de tempérament entre les trois enfants Simmons. D’intégrer Isaac, aussi. De faire la fête, de boire un peu trop de champagne ensemble, et de manger les plats de ma mère qui ne cuisinait que pour les grandes occasions. Mais cette année, il ne reste rien de tout ça. Je ne sais même pas si je suis censé faire des cadeaux, si l’on est censé célébrer Noël d’une quelconque façon que ce soit. Il me parait inconcevable, impensable que l’on puisse faire la moindre fête alors que Thomas est mort, alors qu’il ne participera pas. Pourtant, il faut bien continuer à vivre. Giulia a sans doute des attentes, des angoisses dont il faudrait que je me préoccupe sérieusement, et pourtant, un côté très égoïste de moi n’a pas envie de mettre les pieds dans notre maison. Ça ne m’étonnerait pas que ma mère se laisse mourir, et mon père est dépassé. Quant à Giulia… C’est Giulia. Je ne suis pas assez bien pour gérer tout ce qu’il faut gérer avec elle, et surtout, je ne sais pas m’y prendre.

J’ai fait des progrès, tout de même, cela dit. Noël me replonge dans mes vieux travers, mais on peut presque dire que j’ai arrêté de pleurer, et que j’arrive de nouveau à entretenir des conversations tout à fait censées avec les gens. J’ai revu William, ce qui est une forme bizarre de soulagement – et je profite de mes soirées libres pour faire des choses que je ne faisais pas avant. Aller au théâtre, sortir dans des endroits où il est moins question de beuveries. Au départ, ce n’était que pour Thomas, parce que j’avais l’impression de lui rendre hommage en lissant mon mode de vie, en m’alignant sur le sien, ses plaisirs, ses attitudes. Mais tout ça me réconforte, un peu, je crois. C’est un moyen d’entretenir le lien, un moyen de grandir – il faut rattraper toutes ces années que j’ai perdues en perdant mon frère.

Ce soir pourtant, je ne suis pas vraiment dans le progrès. J’ai bu – un peu, raisonnablement j’imagine. J’ai acheté une bouteille de vin et un livre. Je n’ai jamais été très doué en cadeaux, pour être honnête, mais quand il a s’agit d’acheter un cadeau à mon ex-beau frère et amant temporaire, je me suis trouvé encore plus nul que d’habitude. J’imagine que j’avais surtout besoin d’une excuse pour passer le voir, pour vérifier qu’il allait aussi bien que possible, pour établir un contact. C’est donc à la porte de cet appartement dans lequel je ne pourrais pas vivre plus d’une demi-seconde que je sonne, emmitouflé dans un gros manteau, la bouteille dans une main, et le livre emballé dans l’autre – un roman d’espionnage, avec le moins d’amour possible pour éviter toute référence funeste à son idylle avec mon frère. Je patiente dans le froid  - pas assez froid à mon goût pour la saison cela dit. Je patiente, pense même un instant qu’il ne va pas apparaitre dans l’encadrement de cette porte – peut être est-il sorti, ce serait logique, après tout. Noël est dans deux jours, et ça ne peut être une bonne nouvelle pour lui non plus, je me mets aisément à sa place. Finalement, alors que je songe à rebrousser chemin, la porte s’ouvre sur un visage fatigué mais familier. « Bonsoir », je murmure en le fixant un peu. Mon cerveau m’indique presque immédiatement que venir ici était une terrible idée. « Je sais pas vraiment ce qui m’a pris, mais j’ai acheté ça, et je suis venu. C’est bientôt Noël ». J’acquiesce, il comprendra j’imagine. Ce que nous avons fait est terrible, mais j’ai tellement l’impression qu’il est le seul à comprendre – au moins un peu – que je ne peux m’empêcher de chercher son regard, sa présence, sa voix parfois. « Est-ce que ça va ? » je demande par pure formalisme.
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MessageSujet: Re: Isaac&Dext ◆ i thought time's supposed to heal things   Lun 21 Déc - 10:53


Ses doigts glacés parcourent la pierre tombale et il soupire faiblement. Ça restait toujours aussi douloureux, même maintenant. Surtout maintenant, alors que le monde autour de lui était joyeux, excité à la seule idée de fêter Noël dans quelques jours à peine. « Je suis retourné au travail, tu sais, murmure-t-il comme une confidence – un de ces secrets qu’il divulguait après l’amour. Ils avaient vidé ton bureau. Tout était dans une boîte en carton, il y avait ton nom marqué dessus. » Lorsqu’Isaac avait franchi les portes de l’agence, il avait senti son cœur tressauter douloureusement. Son estomac s’était retourné, lui filant un désagréable goût acide sur les lèvres. Il avait même eu l’impression que tout le monde le fixait comme s’ils apercevaient alors un fantôme – et cette pensée avait manqué de le faire sourire avec une ironie profonde, parce que ce n’était définitivement pas lui le fantôme. On lui avait posé beaucoup de questions notamment pour savoir comment il allait, s’il se sentait vraiment prêt à reprendre le travail. S’il voulait changer de place. Patiemment, il avait essayé de répondre à tous, aussi calmement que possible. Mais sa voix tremblait. Elle avait cette inflexion terrible de la douleur au fond de sa gorge. Il allait bien ; oui, il était prêt, il voulait revenir ; non, il ne préférait pas changer de place. C’était presque étrange de retrouver le monde autour de lui, tous ces visages familiers et amicaux. Tous ces gens avec qui il riait autrefois – avec qui ils riaient. C’était comme si tout était nouveau également. Comme s’il se sentait obligé de refaire sa place au sein de l’entreprise maintenant que Thomas n’était plus là. « Je leur en ai voulu, un peu. Parce que j’aurais voulu le faire moi-même, il admet avec un sourire bancal. Mais je comprends. Ils ont pensé à bien. Ils voulaient m’aider et m’épargner ça. C’est gentil de leur part, je suppose. » Quand Isaac s’était assis à son propre bureau, il avait eu l’impression de revenir sur les traces d’une vieille histoire. D’une ancienne histoire d’amour qui avait duré pendant longtemps. Instantanément, il avait voulu lever les yeux et chercher ceux de Thomas pour savoir s’il ressentait la même chose que lui. Mais il s’était retenu. Serrant les poings, il s’était obligé à respirer lentement et il avait allumé son ordinateur. La vie reprenait. La vie devait reprendre son cours et Isaac ne pouvait pas rester tout simplement enfermé chez lui à se morfondre sur la perte de Thomas, sur la perte de Dexter. Son beau-frère n’était pas vraiment parti mais c’était tout comme. Et le brun devait faire avec désormais. Il devait réapprendre à être seul. Viendra bien un jour où ce sera un peu moins douloureux ; viendra bien un jour où il apprendra à vivre avec ce trou dans sa poitrine. Il le savait. Le temps aide à guérir les blessures, même si c’est long et désespérant. « J’ai peur de Noël sans toi. » Parce que c’était une douleur, une cicatrice de plus à voir saigner.

Isaac rentre chez lui avec cette sensation gelée au fond de sa poitrine. Il sera encore entouré de silence ce soir, mais il n’a pas la force ni le courage d’aller chercher compagnie. Il ne veut pas, il n’a pas envie. Il doit d’abord apprendre à être seul avant de vouloir reprendre contact avec le monde. Déchaussé, il enfile un gros pull d’hiver pour contrer les tremblements de son corps et il est en train de faire chauffer un peu d’eau pour se faire un thé quand on sonne à l’entrée. Les muscles tendus et le cœur affolé, il hésite un instant à prétendre qu’il n’est pas là. Peu importe qui est à sa porte, ça ne doit pas être urgent. Ça ne peut pas être urgent. Mordillant sa lèvre inférieure, Isaac soupire, éteint sa bouilloire et puis se décide à aller ouvrir. Bien à contrecœur. Et quand se dessine le visage familier de Dexter sur son palier, il a l’impression de se recevoir une gifle en pleine figure. D’abord parce que le portrait de Thomas est insoutenable quand Isaac est pris par surprise ; ensuite parce que les souvenirs d’eux entre des draps lui alpaguent l’estomac et le compressent. « Bonsoir Dexter, il lâche doucement, sa main se crispant si fort sur la poignée qu’il sent ses os qui craquent. » Silencieusement, il observe la bouteille et le cadeau dans les mains de son beau-frère et il déglutit. L’image de son propre présent, caché dans l’armoire, se calque sur sa rétine et il baisse le regard. Alors Dexter aussi avait eu l’idée de lui faire un cadeau ? « Entre, je t’en prie. » Il s’écarte, observe la silhouette qui paraît tant à sa place entre ces murs. C’est bientôt Noël. Dexter a raison. Ils doivent ressentir cette même difficulté à envisager une fête de famille sans l’un des leurs. Sans Thomas. Le premier Noël sans Thomas. Ça rendait les fêtes étranges ; ça leur conférait une saveur nouvelle. Âcre. Ses yeux accrochés à ceux du brun, il hésite un instant à répondre une de ces réponses toutes faites qu’il a répétées si souvent devant son miroir. Il ne le croirait sûrement pas, et à quoi bon mentir ? « On va dire que ça dépend des moments, hausse-t-il les épaules tandis que le verrou gémit entre ses doigt. Et toi, comment est-ce que tu te sens ? » C’est une question idiote. Idiote parce qu’ils ne vont pas bien. Pas vraiment. Si la douleur s’est peut-être un peu apaisée, elle n’est pas complètement disparue. Elle reste là, au fond de la gorge et du cœur. « On ouvre ta bouteille ? Je vais chercher des verres, installe-toi. » Il sent un peu de nervosité dans ses membres qui s’agitent. Il a le cœur qui cogne un peu trop vite. C’est bon de revoir Dexter. Dexter lui a manqué. Est-ce qu’il a manqué aussi à son beau-frère ? Secouant la tête, il chasse cette idée saugrenue de son esprit et attrape deux verres dans le placard, revenant au salon avec cette impression douloureuse d’une main qui s’enroule autour de sa gorge. « C’est gentil de passer, il sourit timidement, s’installant sur le canapé. Ça fait longtemps. » Depuis cette fois-là où ils avaient décidé de ne pas s’enfoncer un peu plus dans cette relation destructrice qui ne les aiderait jamais.
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