The Flesh Failure + Roah

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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Lun 11 Jan - 22:54

Ajouter un troisième élément aurait dû arranger les choses. Arranger un troisième élément inconnu en tous cas - parce que, vraisemblablement, voir Sven n’avait fait du bien à personne dans cette histoire. Force était de constater que la présence d’un conducteur de taxi un peu trop bavard - et un peu trop enthousiaste - n’avait suffi en rien à les dérider. Sa voix était tout juste devenue un vague bruit de fond auquel répondait Noah de vagues « hu-uh » monocordes. Le trajet était court, mais le trajet était déjà trop long. Ils en étaient donc là - ils en étaient réellement là.
Et ce type au volant allait finir par les rendre fou. Son babillage interminable, son récit en cinq actes de la fois où lui s’était cassé le nez, à la boxe, et il avait gagné le match malgré tout, mais mon dieu la douleur, elle lui avait fait renoncer à sa carrière et voilà qu’il se trouvait dans un taxi, et tout va bien se passer monsieur, ils risquent juste de laisser votre nez comme tel pour quelques jours le temps que l’hématome se résorbe, mais il faudra le re-casser au moment de le remettre en place… Les mots faisaient un écho atroce dans sa tête, ricochaient contre son crâne, et faisaient, petit à petit, naître un début de migraine. Obstiné comme un enfant, il regardait fixement la fenêtre, le paysage qui défilait au dehors - ou plutôt ces voitures qui se succédaient lentement, dans les bouchons de la ville de Londres aux heures de pointe. Tout plutôt que tourner la tête vers Raphael. Tout plutôt que voir à nouveau les bleus qui se dessinaient petit à petit pour marbrer son visage. Tout plutôt que se souvenir clairement de ces quelques minutes qui avaient précédé le coup qu’il avait porté - de ce moment d’incompréhension suprême et de douleur brute. Tout sauf ça.
Mais les questions n’avaient pas disparu. Tout juste s’étaient-elles faites floues, dans les interminables vagues de déclarations et d’anecdotes que déversait continuellement leur chauffeur - mais elles étaient là, et leur sens était demeuré mordant, une sorte de brûlure constante dans sa cage thoracique. Il entendait Raphael respirer, tout proche de lui. L’arrière de la voiture était minuscule - et son souffle troublé par les os brisés et le sang faisait un vacarme épouvantable. Il aurait dû compatir, certainement. Il ne compatissait pas. Il n’avait qu’une seule et unique envie - celle de se replier sur lui-même et de plaquer ses mains sur ses oreilles, obstiné comme un enfant. Peut-être que, ainsi, il parviendrait à ne plus penser à rien. Peut-être que, ainsi, il parviendrait à ne plus penser à Raphael.
Mais son souffle était toujours là, et faisait une cacophonie abominable avec le ronronnement de la voiture, les interminables et constantes digressions du chauffeur. Les images étaient toujours là, avec toute leur violence et tout leur absurde - il avait toujours mal. Et bien sûr que ce n’était rien à côté du coup qu’il avait infligé à Raphael, bien sûr qu’il n’avait aucune raison de se plaindre - mais il ne s’agissait pas de douleur physique. Il y avait bien longtemps qu’il ne pensait plus à combien son poing le lançait, au mauvais choc qu’avait reçu son pouce au moment de percuter de plein fouet le visage du chef d’orchestre - la douleur était ailleurs - dans les choses qu’il ne parvenait décidément pas à comprendre, dans ce deuil d’une histoire qu’il échouait encore à écarter. Au fil des secondes, lentement mais sûrement, il avait laissé pivoter son buste jusqu’à n’être plus qu’une sorte de pâle caricature d’une personne qui détournerait obstinément du regard. Autant dire que cela n’avait strictement arrangé à leurs affaires.
En tous cas, pas assez pour qu’il parvienne à retenir le « You didn’t tell my why. » qui échappa soudain de ses lèvres - presque sans qu’il s’en rende compte, en tous cas sans qu’il aie le moindre moyen de le retenir. Pendant quelques secondes il resta muet, presque surpris de sa propre brutale sincérité - avant de collecter au mieux ses pensées, d’ajouter un: « At least, you didn’t give me good reasons. », le visage fermé, les yeux tout aussi fermés. Il avait appuyé son front sur la fenêtre - laissait la vitre glacée au moins arranger au mieux son humeur, cette sorte de fureur qui bouillonnait à l’intérieur. A nouveau il inspira profondément, expira, inspira encore. Le conducteur semblait avoir baissé d’un ton - peut-être qu’il était épuisé lui-même de son bla-bla incessant, ou peut-être que l’habitude avait contribué à ne faire guère plus de lui qu’un bruit de fond. « Really, Raphael. Why didn’t you tell me? I could’ve understand… we could’ve found a way. » Cette fois-ci, il avait à peine chuchoté. Ou peut-être que c’était un marmonnement - des questions qu’il enchaînait en sachant pertinemment qu’il n’aurait pas de véritable réponse, mais qu’il formulait purement et simplement pour le besoin impérieux de s’exprimer. « It’s just like… I have a right to know, and at that time I had a right to know too. It wasn’t… that fucking complicated. » Ou peut-être que si. Peut-être que cela aurait tout compliqué. Peut-être qu’il aurait cherché des solutions là où il n’y en avait pas, se serait raccroché à tous les minuscules espoirs, pour rien d’autre que plus de douleurs. Mais ça, il n’était pas prêt à se l’avouer totalement - peut-être même qu’il ne le serait jamais. « It’s just that… I fucking trusted you. And I thought that you trusted me in return. But obviously I was wrong. You didn’t. Not enough for… that. » Il avait soufflé ces mots du bout des lèvres - mais avait à nouveau rouvert les yeux, réajusté sa posture, quoique toujours occupé à fuir obstinément le regard de Raphael. Pour ça, il n’était toujours pas prêt. Dire ce qu’il avait sur le coeur l’avait même plutôt rendu encore un peu plus douloureux - et vulnérable.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Mar 12 Jan - 3:53


Le voyage était épouvantable. Il savait qu’il n’aurait jamais du accepter de suivre Noah. Peut importe combien il aurait souffert d’attendre seul aux urgences, il était persuadé que c’était pire, bien pire. Le taxi était minuscule, ou alors lui paraissait minuscule, et il était bien trop conscient de la proximité entre son corps et celui de Noah et de la tension désagréable qui en résultait. L’électricité négative était palpable et même accentué par un chauffeur de taxi qui ne savait pas la fermer. Généralement, Raphael était poli avec les chauffeurs, il faisait la discussion. C’était pour lui une question de respect. Les pauvres passaient la journée dans une voiture - certes ils l’avaient choisi - et voyait surement plus d’un client peu agréable, alors ils appréciaient surement la conversation quand ils en trouvaient. Seulement il fallait aussi savoir se taire par moment, et cela se voyait généralement sur la tête du client lorsque ce dernier ne voulait pas parler. Par exemple, lorsque l’un avait le nez fracassé et les deux une tête de dix pieds de long, il fallait éviter. Mais non, il parlait, et parlait, et terrifiait Raphael. Chaque mots qu’il prononçait était une pure torture pour Raphael. Il sentait déjà qu’il avait le nez absolument pas à la bonne place. Il sentait la douleur pulser sous sa peau la marquant ainsi d’une couleur affreusement marbrée. Il respirait difficilement, surement bruyamment aussi. Il se doutait que c’était désagréable, mais ce n’était pas la chauffeur de taxi bizarrement compatissant qui allait lui en tenir rigueur. En revanche, il avait presque le sentiment que Noah pouvait être tenté de lui en remettre un, juste pour qu’il arrête de respirer. Bon, c’était peut être un poil moins exagéré dans la tête de Noah, mais il pensait tout de même ne pas en être loin. Il le sentait dans la tension des poings de Noah, dans les soupires à peine audible qui ponctuait régulièrement sa propre respiration. Noah n’avait aucune envie d’être là, et soudainement, Raphael fut presque tenté de le haïr pour être resté. Il ne savait d’ailleurs honnêtement pas pourquoi Noah l’avait fait. Parce que clairement il ne regrettait pas son geste, il semblait absolument ravis de la douleur infligée. Pourquoi l’aidait-il donc ? Est-ce que cela l’aidait à se sentir mieux ? Probablement pas, il avait l’air d’être à l’agonie. Son visage - que Raphael devait arrêter de regarder - avait l’air d’être à l’agonie. Il aurait mieux fait d’être lâche, de l’abandonner dans sa merde, il l’aurait surement mieux vécu tous les deux. C’était presque masochiste et sadique ce qu’il faisait. Mais visiblement ça ne le dérangeait qu’à moitié.

Il n’y eut que quelques secondes de silence. Quelques secondes de silence et un mouvement paresseux de Noah - Raphael lui était parfaitement immobile, figé presque, incapable de se mouvoir d’aucune manière sans souffrir le martyr. Les premiers mots le firent soupirer. Il n’était pas sérieux. Pas maintenant, pas vraiment. Il comprenait le faite que Noah puisse vouloir des réponses. Quoiqu’il n’était pas sur de quelles réponses donner en plus… Mais maintenant ? Dans un taxi avec un chauffeur bavard comme pas deux, alors qu’il peinait même à respirer ? Quel était le jeu ? Torture jusqu’à ce que mort s’en suivent ? Clairement il était bien parti. La deuxième phrase lui arracha un soupire plus lent encore. Il n’était plus sur d’avoir de bonne raison. Peut être qu’il s’était trompé tout du long… Pourquoi voulait-il s’infliger ça. Avait-il besoin d’une raison pour lui en vouloir encore plus ? Parce que c’était surement la seule chose qu’il allait trouver. Toutes les raisons lui avaient paru évidente, et indiscutable à l’époque. Pendant des années, il s’était convaincu de leur bien fondé. Et aujourd’hui, le nez écrasé par Noah, il ne savait plus. « Do we need to do that now ? » soupira-t-il douloureusement. « I said i’ll give you every answer you need… But… now ? » il était suppliant. Il cherchait à faire appel au bon coeur de Noah, qu’il l’épargne un peu. Mais c’était peine perdu. Il ne voulait surement pas attendre plus tard, parce qu’après ce jour, il ne voudra simplement plus jamais le voir. Il ricane nerveusement en entendant la suite. C’était affreux. C’était un son particulièrement désagréable qui était sortit. Raphael n’avait rien pu retenir. Noah venait juste d’imager la première raison, qui représentait elle même à peu près toutes les raisons. Noah ne l’aurait jamais laissé partir s’il avait su. Il aurait voulu l’aider, il aurait cherché des solutions. Soit il aurait tout empiré pour Raphael, soit ils se seraient brisés encore plus violemment après beaucoup plus de souffrance. C’était ce que Raphael avait toujours pensé, et quelque part, Noah l’illustrait parfaitement. Ce n’était peut être pas suffisant comme raison, mais c’était tout ce qu’il avait, et désolé si cela ne suffisait pas. Raphael, las, la tête appuyé lâchement sur l’appuie tête, soupira « Listen to you… Even now you say that you would have fought to find a solution… There was no solution… I didn’t want to put you through an hopeless fight… » Même si c’était une raison qui se valait, il savait que ce n’était pas assez. Il savait qu’il aurait quand même du en parler à Noah, lui dire tout ça, le laisser partir correctement. Il avait juste été lâche… « I couldn’t have left you other way… I… I wouldn’t have left if you knew and wanted to fight… I would have lost Maggie… » Il était pitoyable, quelque part, mais ça ne changeait pas de d’habitude. « I… I have no valid reason… This wasn’t even about trusting you… I was desesperate… I did at the time the only thing that I felt right and possible… and it was a mistake… » Il pouvait s’excuser, encore, et encore, il savait que Noah ne lui pardonnerait pas de toute façon. « and by the time i got the mistake i’ve done… it was too late, and i just found a way to keep thinking it was the only way… » c’était peut être la pire chose à dire, mais il essayait juste d’être honnête. « You have everyright to hate me for this… I would change everything if I could. »
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Mar 12 Jan - 22:41

Il allait devenir fou, enfermé ici - il le savait. Il bouillonnait à l’intérieur, les nerfs à vif - et, quelque part, il en avait presque envie de pleurer. Il en avait assez. A nouveau, il voulait rentrer chez lui - passer la porte de l’appartement qu’il partageait avec Sasha, se blottir contre elle, se blottir contre Demeter, ou bien tomber dans les bras de Soledad aussitôt arrivé à l’hôpital et s’enfermer quelque part, avec elle, pour parler de tout et de rien. Il avait besoin de silence, il avait besoin de légèreté. Il avait besoin d’un endroit et d’un moment où il pourrait enfin se vider la tête, et savourer quelques instants où Raphael n’existerait plus. Pourquoi pas dormir. Dormir pourrait aider. Mais il appartenait à ce genre de personnes qui avait toujours eu des rêves violents, qui lui restaient clairement en tête des heures entières après le réveil - alors peut-être que dans le sommeil aussi Raphael serait là. Le pire dans cette histoire était probablement que, dans ses rêves, rien de tout cela ne serait arrivé. Il reviendrait à l’époque où ils étaient stupides et heureux. Il reviendrait à ces souvenirs insupportables de bonheur - insupportables parce qu’ils laissent un goût amer quelque part dans la bouche, et le voeu durable de se rendormir pour ne plus supporter les remords et les regrets.
Il n’aurait pas dû demander des explications. Aussitôt les questions formulées, il s’en mordait la langue - le besoin d’avoir des détails sur pourquoi Raphael lui avait brisé le coeur n’égalait que la peur d’en souffrir une nouvelle fois. Peut-être que aussi, quelque part, il ne voulait pas gâcher ce qui lui restait de mémoire des jours où ils avaient été heureux - parfaitement heureux. Le jour où il s’était retrouvé seul, une forme tout particulièrement vicieuse de paranoïa lui avait fait imaginer que Raphael ne l’avait jamais aimé, que, quelque part, il l’avait utilisé - si les révélations l’avaient rendu furieux, elles avaient au moins dissipé cette illusion là. Hors de sa curiosité maladive, peut-être qu’il pouvait vivre comme cela, avec ces conclusions là sur cette histoire. Peut-être qu’il avait suffisamment de données pour tourner la page sereinement, finalement - et que de nouvelles paroles ne feraient qu’ajouter de nouvelles douleurs, et rendre encore impossible toute perspective au-delà de Raphael. Peut-être que, en l’état, il pouvait entreprendre le long cheminement qui lui permettrait enfin d’abolir toute forme d’amour, tous ces derniers feux mal éteints.
Mais la voix du chef d’orchestre s’élevait à nouveau, et elle semblait terriblement forte et violente, maintenant que les interminables récits du conducteur du taxi s’étaient mis au second plan. Il n’entendait plus que cela, chaque phrase, chaque mot, chaque syllabe distinctement.
Et seconde après seconde, c’était un peu plus de découragement qui fleurissait dans son ventre - une envie irrépressible de ne plus rien dire, de se taire, de ne plus chercher à comprendre, et, pourquoi pas, de ne plus rien chercher du tout. Il ferma les yeux aux questions de Raphael - se retint de souffler qu’il ne voudrait plus jamais le voir après cela, ou tout du moins ne plus jamais lui parler. Tout serait encore trop vif, trop frais. Il savait mieux que quiconque qu’il y avait besoin de temps et de distance pour se reconstruire. Besoin de silence, aussi - de prétendre naïvement pour quelques temps que la douleur et sa source n’existaient pas. Non, il ne verrait plus Raphael, et tant pis si des questions perduraient après tout cela, il savait déjà qu’il mettrait toute son obstination d’éternel adolescent à l’ignorer comme s’il n’avait jamais existé. Raphael De Lacy deviendrait simplement le chef d’orchestre. Lord Byron. Un membre du staff - quelqu’un avec qui l’on travaille mais avec qui il n’y a pas à avoir la moindre relation, puisque, après tout, il appartient à un autre monde.
Il n’y avait pas d’autre solution, de toutes façons. Raphael avait fait son choix il y avait bien longtemps - et il avait choisi le reste. Il ne lui avait même pas laissé une chance de se battre pour ce qu’ils avaient. Probablement parce que lui-même avait choisi de ne pas se battre. Il avait été piégé, certes - mais il avait choisi de ne même pas se débattre. Probablement qu’il aurait pu s’en offusquer. Probablement que, quelques heures plus tôt à peine, il s’en serait offusqué - il se serait étouffé dans la colère, aurait hurlé, aurait tenté de lui faire réaliser combien toute cette histoire était ridicule, combien il avait été lâche. Maintenant, il n’y avait plus que la fatigue qui lui faisait hocher la tête sans rien dire - une sorte de supplique pour qu’il se taise, le laisse tranquille maintenant. Ses poumons eurent un frémissement douloureux quand il poussa un interminable soupir. « You can’t change anything. You just can’t… I get it, yeah, it’s too late. » qu’il murmura. Le simple fait que Raphael l’entende tenait du miracle. Au moins, l’insupportable tension dans ses épaules, son dos et sa mâchoire avaient fini par se défaire - laissant une image uniforme de la fatigue et du découragement. « I sure hope you’re happy now. At least with your daughter. » Maggie méritait cela. Avoir son père. Objectivement, il était capable de le reconnaître. Mais l’incompréhension de l’époque de la rupture, les remords, la solitude, tout laissait au fond de son ventre une sensation de douleur persistante. Il inspira à nouveau, expira profondément. « I would’ve. Fought. It was important to me, what we used to have. And I’m still… sad about this. But I get it. You had… more important than that and more important than me. » Il ferma les yeux à nouveau, laissa échapper un nouveau soupir. « I’m so tired… » qu’il finit par glisser, du bout des lèvres, à nouveau. « And I’m so done with this shit… » Pendant quelques secondes, il eut une sorte de rire triste et sec, presque ironique - un rire d’épuisement qui, une nouvelle fois, arracha un sourire sans joie à son visage. C’est tout juste dans un souffle qu’il parvint enfin à conclure: « So fucking done »
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Mer 13 Jan - 11:32

Raphael vivait avec trente cinq ans de regrets. Ils s’empilaient les uns sur les autres, et cherchaient à s’assurer qu’il ne puisse jamais se relever. Quand il y pensait, il avait envie de vomir. Tout aurait pu être différent. Si seulement il avait voulu. Mais il fallait croire que Raphael avait toujours manqué de volonté. Il ne s’était jamais réellement autorisé à vouloir quoique ce soit. Il avait l’impression qu’il avait vécu sa vie par devoir, et pas par envie. Il ne s’était jamais véritablement senti bien. Même la musique ne venait pas de lui. Il ne s’y était pas mis par plaisir, ou désir. Il s’y était mis parce que ses parents l’avaient collé devant un piano. Et il avait eu du temps pour ça. Parce qu’il était seul, et parce que c’était un moyen comme un autre de tuer le temps. Rapidement, il était devenu doué, et cela n’avait plus été une question. Il ne regrettait pas particulièrement la musique. Ca avait été une obligation il y a tellement longtemps que cela faisait désormais parti de lui. Mais comme le reste, ce n’était pas quelque chose qu’il avait voulu. Il ne se rappelait plus avoir voulu autre chose que Noah. Ca avait toujours été la personne qui semblait défié la partie complètement atone de la personnalité de Raphael. Parce que si on le regardait bien, il n’avait pas l’air seulement calme, il avait l’air mort parfois. Rien ne l’atteignait vraiment, parce qu’il ne s’autorisait plus à ressentir grand chose depuis longtemps. Il avait fermé en lui, une succession de regret et de souvenir amère. Il avait vécu sa vie, comme il avait toujours été supposé la vivre, et aujourd’hui il ne se reconnaissait pas. Tout était devenu terriblement mécanique. Et pour la première fois depuis des années, même la musique était atteinte par cette gangrène. Il jouait et travaillait parce que c’était son devoir. Il vivait sa vie depuis des années comme un étranger, et depuis quelque temps il travaillait aussi comme tel. Le regret d’avoir perdu Noah - de l’avoir laissé partir en réalité - était si puissant qu’il avait réussit à le rendre parfaitement étranger à lui même. Il ne supportait plus rien de ce qu’il était, de ce qu’il avait été, et parce que la musique avait été un élément essentiel de leur relation, parfois, il ne la supportait plus non plus. Il vivait donc sa vie enterré sous les regrets, et s’efforçait de ne plus y penser. Lorsqu’il s’y autorisait, lorsqu’il regardait en arrière, ou même à ses pieds, ou encore devant lui, il n’y avait plus qu’une impossible douleur. Et il tendait à suffoquer sous elle. Alors il abandonnait. Il se fermait, et il vivait, de la seule manière possible, sans penser à rien. Ce n’était possible que dans une certaine mesure et Noah avait tendance à annihiler toute capacité de Raphael à vivre tant la douleur était aigüe et impossible à contrôler. Rapidement, au gré de la conversation, la douleur mentale avait même finie pour prendre le pas sur la douleur physique. Et pourtant, cette fois-ci, il n’aurait pas pensé cela possible. Raphael avait toujours, d’une certaine manière, réglé sa souffrance morale, par une souffrance purement physique. Son corps avait été son moyen d’échapper à son âme. Et si la douleur d’avoir le nez brisé lui semblait intolérable, il avait tout de même fini par se dire que c’était préférable à toutes les autres douleurs que la présence de Noah pouvait provoquer. Mais dans le huit clos du taxi, à évoquer le pire moment de sa vie, il oubliait progressivement son nez brisé, et la manière dont la douleur picotait sur tout son visage pour le marbrer d’hématome. Il entendait les mots de Noah, et il sombrait peu à peu dans une infinité de regret et de haine. Il aurait voulu être seul. Il aurait voulu avoir une lame quelconque. Il aurait voulu dessiner la douleur sur sa peau. Une coupure pour un mot, pour une idée, pour une douleur. Il en aurait fait autant que nécessaire. Jusqu’à ce qu’il puisse respirer, jusqu’à ce qu’il se sente de vivre encore. C’était paradoxale comme idée. Mais il n’était pas seul, il était coincé dans un taxi avec deux témoins. A la place, il avait fermé son poing, et il frappait, à intervalle régulier, sur sa cuisse, comme s’il se poignardait. C’était absurde comme geste, mais les yeux clos, il essayait de se focaliser sur ce qu’il faisait. Il concentrait tout son esprit sur le minuscule point de douleur qu’il s’infligeait. C’était faible, ridicule, cela marchait à peine. Il savait que s’il avait voulu être efficace, il aurait suffit de se mettre un nouveau coup dans le nez. Même une pichenette aurait surement suffit à le faire hurler. Mais justement, ces témoins n’auraient pas compris. Il aurait eu l’air fou. Et surement qu’il l’était au fond. Fou de douleur, incapable d’avancer, de parler, et de respirer. Il voulait rire jusqu’à en pleurer à l’entendre parler de bonheur. Il voulait répondre, se défendre encore, comme s’il y avait un quelconque espoir. Mais rien ne sortait. Sa gorge était serrée à ne plus laisser passer l’air. Comment espérait-il prononcer un mot. Il attendit, mâchoire serré, à se concentrer sur son poing sur sa jambe, ou à froncer son nez de manière imperceptible pour éteindre la douleur qui paralysait sa gorge, et chacun de ses muscles. La tête toujours posée en arrière, reposante sur la banquette de la voiture, il ne s’était pas rendu compte que ses yeux étaient devenu une piscine de larme. Ils arrivèrent à l’hôpital quand Raphael fut enfin capable de respirer à plein poumon. Son visage, à force des imperceptibles mouvement de son nez, était devenu presque entièrement violacé de la base de son nez, jusqu’à sa lèvre, en s’étendant sévèrement sous ces yeux. Il avait une tête à faire peur, lorsqu’il souffla, sans regarder Noah, « You were the most important to me… I always felt so guilty about it… I choose her cause I couldn’t have lived with myself if I didn’t… » il ne savait pas si Noah l’écoutait encore, ni même s’il parlait assez fort pour qu’il puisse le faire. Il parlait la tête baissée, légèrement tournée dans sa direction, à mesure qu’ils avançaient maladroitement jusqu’au bureau de la soeur de Noah. « Turns out… I can’t live with myself either way. » il souffle, étranglé, alors qu’il arrive devant le bureau de Soledad Valdivieso. Il croise le regard de la soeur de Noah, il ferme le sien, et retient un haut le coeur si violent qu’il manqua de vider ses tripes sur le sol. Son corps se contracta d’un spasme douloureux, comme s’il réagissait physiquement à la détresse de son cerveau. Il murmura un « I’m so sorry. » avant de se laisser traiter, sans ouvrir d’avantage la bouche, par la soeur de Noah.


DONE
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