The Flesh Failure + Roah

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MessageSujet: The Flesh Failure + Roah   Mer 12 Aoû - 15:39

Tous les jours qui avaient suivit n’avait été qu’une infernale gueule de bois. Les souvenirs, les sentiments, les ressentiments revenaient par vague incessante. Retourner au théâtre était devenu une torture. Le faite que cela soit de sa faute n’aidait en rien. Il n’aurait jamais du faire se premier pas vers Noah. Il n’aurait pas du supposer qu’il était encore possible pour eux de travailler ensemble. Il n’aurait pas du s’estimer capable de ranger ses sentiments, de faire comme si de rien était. Il n’en avait jamais été capable. Raphael avait peu aimer. Il en avait rarement eu l’occasion, on ne lui avait pas vraiment laissé sa chance. Mais il avait aimé Noah. Il aimait Noah. Il l’avait aimé, l’aimait, à s’en faire mal, à se brûler contre lui, à ne penser parfois, à n’exister que pour lui. C’était maladif, c’était violent, c’était douloureux. Il n’y avait plus de raison. L’amour qu’éprouvait Raphael était tombé si profondément en lui qu’il avait tout brûlé, qu’il avait pris toute la place. Il sentait désormais cette douleur dans chacun de ses muscles, chacun de ses organes fonctionnait pour et contre cette amour destructeur. Il l’avait perdu. Il l’avait repoussé. Il l’avait perdu. Il y avait un sentiment qu’il ne pouvait plus contrôler dans cette certitude. Il perdait son souffle, suffoquait à chaque fois qu’il y pensait. Il était stupidement pris de sueur froide à chaque fois qu’il passait devant la loge de Noah. Il n’avait, bien sûr, plus été capable de soutenir le regard de son ancien amant. Ancien. Amant. Ils s’évitaient. Comme d’un commun accord, et finalement, peut être que c’était pour le mieux. Raphael aurait voulu pouvoir dire quelque chose. Il aurait voulu pouvoir les réparer. Il n’avait essayer de faire que ça depuis qu’ils avaient commencé les Misérables. Noah lui manquait. Il voulait réparer ce qu’il avait cassé. Même un tout petit peu, même un minimum. Il ne demandait pas son amitié - il ne l’avait jamais eu - mais il rêvait de retrouver cet osmose qu’ils avaient au travail. Elle ne pouvait pas être seulement du à l’amour qu’ils se portaient. Il avait essayé. Il avait rangé ses sentiments au plus profond. Il s’était laissé dévoré de l’intérieur, permettant à son apparence d’être légèrement plus opaque. Lui qui avait toujours été terriblement transparent. Aujourd’hui, il savait que cela ne suffisait pas. Il savait qu’aucun puit au fond de lui ne serait assez profond pour retenir ce qu’il lui manquait. Raphael avait peu aimé. Mais il y avait quelque chose de brûlant, d’intense, et surtout d’inconditionnel à l’amour qu’il pouvait donner. Il ne pouvait pas se débarrasser de l’amour qu’il avait pour Noah, parce qu’il y avait longtemps qu’il avait accepté que rien de ce qu’il pourrait faire, de ce qu’il pourrait dire, ne pourrait le faire changer d’avis, le ferait l’aimer moins. La rechute n’avait été qu’une preuve, qu’une décharge électrique violente et pesante. Ils n’auraient pas d’osmose au travail. Il ne se remettrait pas de lui. Peut être que Noah ne se remettrait pas non plus. Et cette idée lui tordait l’estomac encore plus que la précédente. La honte, la culpabilité, le rongeait petit à petit, le faisait suffoquer, gardait son regard loin de lui, tordait ses sourires, déformait sa voix lorsqu’il donnait des instructions. Bientôt, la situation deviendrait insupportable. Pour lui, comme pour Noah. Peut être surtout pour Noah. Heureusement pour eux deux, les répétitions de groupe avait commencé, ils pouvaient, sans déranger personne, s’éviter au maximum. Et dans tous les cas, Sasha faisait une merveilleuse garde du corps. Au moins, là dessus, Raphael pouvait se rassurer, Noah n’était pas seul.

Lui, il l’était. Et la solitude commençait à lui tordre l’estomac. Rentrer à la maison n’arrangeait en rien le malêtre qu’il ressentait à l’hôpital. Ses seuls moments de répit se trouvaient derrière un piano, lorsqu’il laissait s’en aller, la rage, la colère, la douleur sous le coup de la bonne sonate, le requiem adéquate. Ou encore sous une lame. Sans qu’il n’y fasse vraiment attention, il était revenu à de vieilles habitudes qu’il savait stupide, dangereuse, et puérile. La haine qu’il éprouvait contre lui même lorsqu’il retrouvait sa lucidité et qu’il était face à ses cicatrices n’avait d’égale que le soulagement éphémère que la coupure lui faisait ressentir. L’adulte responsable qu’il était savait qu’il devait arrêter. Qu’il était stupide de se laisser à ses habitudes d’adolescent, que ça n’avait jamais rien résolu à l’époque, que ça ne résoudrait rien aujourd’hui. Si seulement la raison avait une quelconque prise sur lui lorsqu’il le faisait. Si seulement ce n’était pas qu’une réaction physique à une douleur violente et insupportable qu’il ne contrôlait plus. Et s’était devenu si fréquent qu’il avait rajouté un bracelet de cuire à son poignet droit et qu’il ne remontait plus ses manches de chemise malgré l’été. Il attachait aussi scrupuleusement tous les boutons de son col de chemise, craignant pendant un moment que les marques laissées par Noah puisse s’entre-apercevoir. Il maigrissait, de manière surement de plus en plus significative. Sa peau à peine illuminé par un sourire faux prenait de plus en plus un teint maladif. Il ne fallait pas être un génie pour voir que Raphael allait mal. Lorsqu’il se regardait dans le miroir, il revoyait de plus en plus la silhouette malade de l’enfant de 12 ans qu’il avait été. Peut être que l’on s’inquiétait dans son dos, mais il n’y avait rien à faire contre les  « bien merci ! » qu’il répondait à chaque fois qu’on lui demandait des nouvelles.

Peut être que ce manège aurait pu durer indéfiniment. Jusqu’à la fin des répétitions. Peut être même jusqu’à la fin des représentations. Jusqu’à ce qu’ils ne soient plus obligé de ce voir. Ou surement pas. Peut être que Raphael n’aurait pas tenu. Peut être que cela aurait été au tour de Noah de craquer. Mais non, Noah était fort, et malgré la douleur, malgré tout, il avait un soutient inébranlable. Sasha ne le laisserait jamais plus craquer. Charles et Dorian lui manquait. Ils l’auraient retenu. Il lui aurait dit qu’il était surement trop tard pour les excuses. Sauf s’il était prêt à dire toute la vérité. Raphael ne l’était pas. Il ne savait déjà plus ce qui l’avait poussé à débarquer dans la loge de Noah. Encore une fois. Ou peut être qu’il le savait et qu’il ne voulait pas se l’avouer. Parce que ce n’était rien. C’était un regard, rien de plus. Ou peut être deux. Un regard qui avait trainé un peu trop longtemps sur lui et qui avait eu l’effet d’un coup de poignard. Un autre échange de regard qu’il avait surpris entre Javert et Valjean, l’Enjolras de son Grantaire. C’était surement la jalousie qui l’avait amené devant cette porte. Ou alors c’était la culpabilité qui avait fini de le ronger. Il ne savait pas bien. Il n’avait pas bien réfléchit. Il aurait du le faire. Il aurait du se raisonner. Il aurait du retourner dans sa loge à la place. Il ne l’avait pas fait. Il était entrer dans la loge de Noah sans s’annoncer, il avait refermé la porte derrière lui. Il avait inspiré profondément et soudainement il avait tout relâché. D’un seul souffle. « Je suis désolé Noah ! Je suis désolé pour tellement de chose ! » Pour trop de chose sans doute, bien trop de chose. « J’aurais jamais du t’embrasser ! J’aurais jamais te… nous mettre dans cette situation. Encore. Je suis tellement, tellement désolé. » Ses mains tremblaient, ses yeux bleus étaient déjà vitreux, son souffle sonnait comme douloureux, son ventre se rétractait sous les spasmes de son estomac. « J’ai besoin que tu me pardonnes celle là… s’il te plait Noah… » Il était pitoyable. Il en avait parfaitement conscience. Et quelque part, il n’était pas sur que le pardon qu’il pouvait lui accorder changerait quelque chose. Il ne se pardonnait pas. Celui de Noah pouvait-il avoir tant d’importance ?
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Mar 1 Sep - 23:59

La haute stature de Sven se détachait étrangement devant la fenêtre et la lumière, courts cheveux blonds brillant, presque enflammés, pour les yeux fatigués de l’homme allongé dans le lit. Il faisait froid. Ou peut-être bien qu’il ne faisait pas froid du tout, et que c’était simplement l’épuisement de Noah qui parlait pour sa peau – toujours était-il qu’il avait ramené l’épaisse couverture en laine jusque sous son nez et que, par intermittence, il laissait échapper des sortes de soupirs d’agacement. Sven posait alors sur lui un regard curieux, un sourire au coin des lèvres. Ce sourire avait été rassurant à une époque. Simple. Evident. Léger comme l’avait toujours été leur relation – une sorte d’habitude, ni bonne ni mauvaise, qu’ils avaient continué à suivre au fil des années, quand ils se retrouvaient sur le même musical, ou tout simplement dans le même bar, ou dans la même rue. Pas de questions. Pas de projets. Nul besoin de s’embarrasser de scrupule ou de sentiments – de se torturer avec des interrogations sans queue ni tête ou même réponse. Quelque chose avait changé, et sûrement que ce « quelque chose » c’était Noah. Noah qui, bien à l’abri des couches de tissus, redessinait sur son propre bras les courbes familières de l’épais pansement qui recouvrait son dernier tatouage en date – et qui allait sûrement attirer les hurlements de rage et de terreur de la costumière des Misérables. Tout proches de son poignet, les mots « you know your place in the sky, you hold your course and your aim » faisaient une courbe étrange, singulièrement semblable à celle d’un animal qui courbe le dos pour, farouche, échapper au danger et à la douleur, et s’enroulaient presque autour du demi-masque du Phantom qu’il portait depuis deux ans déjà. Il sentait le sang pulser sous la peau meurtrie quand Sven, tranquille, vint déposer une main au sommet de sa tête, l’enquit à se lever enfin. Il n’en avait aucune envie. Aucune envie de quitter la chaleur du grand lit, aucune envie d’aller jusqu’au théâtre, aucune envie de travailler, non plus, lui qui avait toujours franchi les larges portes des opéras avec le sourire et le pas d’un conquérant. Juste envie de fermer les yeux, d’inspirer profondément, d’expirer, et de s’endormir, jusqu’à ce que les dernières traces de remords et de regrets s’effacent. A la place, il regardait Sven, et son long corps souple, sculptural, qui se cachait petit à petit sous les couches de vêtements, les yeux grand ouverts pour ne pas laisser la place à d’autres images d’imprimer sa mémoire.
Se lever. S’habiller. Traverser la ville. Traverser le théâtre. Traverser les répétitions. Faire comme si. L’énonciation était simple, presque évidente – rien n’était moins évident que tout cela, et, dans sa mémoire sale, Raphael de Lacy brûlait d’une lueur écarlate.
Noah avait toujours été désespérément facile à lire, pour peu qu’on l’on veuille se donner la peine de passer au-delà de son allure et de son apparente indifférence. Tout transparaissait d’une façon ou d’une autre dans sa posture ou son visage, dans des détails infimes du coin de sa bouche, dans la fatigue qui s’imprimait sous ses yeux, dans les tics nerveux de sa main, de sa jambe, aussi, depuis l’accident. Pour les moins observateurs, il dégageait simplement une sorte d’aura, un épuisement, une variation infime dans son flamboiement ordinaire. Il le savait – dieu merci. S’il était un livre ouvert, il ne l’était pas à ses dépends. Considérant quelque part que toute fissure tenait de la plus profonde des humiliations, il se cachait, souvent, se tapissait dans sa loge dès qu’il avait une seconde pour le faire, et restait là, à écouter de la musique, renversé sur son fauteuil, à la manière d’un chat qui se terrerait dans un coin pour lécher ses plaies tranquille. Quand on toquait, il se taisait – et tant pis pour les accords de showtunes qui filtraient sous la porte : il prétendait avec toute la mauvaise foi du monde ne pas être là, tout en sachant pertinemment que Sasha entrerait tout de même si elle en ressentait le besoin (ou pas, d’ailleurs, ou pas, certainement), voire Sven, parce que Sven n’était jamais réellement non-bienvenu – soyons honnêtes deux minutes. A l’instant où l’on dérangea la porte en question, il était dans le même état qu’au petit matin, dans l’appartement de l’autre acteur. Epuisé, il effleurait du pouce la peau encore luisante de crème cicatrisante sur son avant-bras, faisant frémir la chair sensible là où le fin lettrage laissait encore quelques volumes. Il fredonnait à peine la chanson qui passait à l’instant – don’t rain of my parade, probablement fourbement ajouté par une certaine Sasha Bellamy sur la playlist spotify qu’il exploitait allègrement, non pas que la chose ne le dérange particulièrement, il avait fini par prendre l’habitude de ces petites (mais charmantes) intrusions. La chanson vint mourir sur le bout de ses lèvres quand la porte claqua et qu’il entendit le bruit caractéristique d’une respiration. Il releva les yeux de son nouveau tatouage. Raphael était là. Pendant un quart de seconde, il eut envie de rire – ironique et amer. Pas du chef d’orchestre, non, loin de là, même pas de lui-même, pour une fois. Juste de la situation. De cette espèce d’éternel recommencement dans lequel ils semblaient piégés, à se faire mal sans être capables de mettre brutalement fin aux choses.
Non, il n’était pas dupe de l’état de Raphael. Il aurait fallu être stupide pour l’être – et quoique Noah en dise, il n’était pas particulièrement stupide. Bien sûr, il avait mis le tiraillement qui imprégnait tous ses traits sur le compte de la culpabilité et des remords. Il ne les niait pas pour autant, quoique se trompant sur leur nature profonde. Un regard dans sa direction lui suffit, puis il baissa à nouveau les yeux sur son bras, faussement tranquille, faussement détaché, comme ignorant totalement sa présence. Il ne pouvait pas, pour autant, ignorer ce qu’il avait à dire. Toute la bonne volonté du monde n’aurait pu suffire à ne pas entendre les excuses qui affluèrent brutalement – les mea culpas teintés de suppliques. Quelque chose tirailla le fond de son ventre, à mi-chemin entre la colère et la douleur. Il ferma les yeux au lieu de simplement contempler les lignes d’encre, avala une longue goulée d’air, comme craignant tout à coup d’étouffer. Je suis désolé ? S’il te plaît ? Les mots semblaient vides, et creux. Pourtant, aucun autre n’aurait pu être prononcé. Sa posture changea légèrement – son buste pivota imperceptiblement, comme pour tourner le dos à l’autre homme, lui signifier qu’il n’était pas le bienvenu ici, qu’il l’avait été, qu’il ne l’était plus. Plus maintenant que chaque centimètre carré de cette loge le rappelait à l’erreur qu’ils avaient commise. Encore. Quelques longues secondes de silence s’étirèrent avant qu’il ne se souvienne qu’il était supposé répondre. Il n’en avait aucune envie. D’ailleurs, il n’était même pas tout à fait certain de pouvoir parler sans que sa voix ne se résume qu’à un coassement minable. Et qu’est-ce qu’il pouvait dire, d’abord, hein ? Qu’il acceptait ses excuses ? Il ne les acceptait pas – elles n’avaient pas l’ombre d’un sens, et ce n’était pas comme si elles allaient bien pouvoir régler quoi que ce soit. Qu’il ne les acceptait pas non plus ? Il n’avait pas envie de s’engager là-dedans, pas envie de s’engager dans la discussion qui pourrait suivre, pas le courage, pas la force, non plus. Il n’y avait qu’une seule chose à faire – et c’est en abaissant sa voix au mieux, en luttant pour la garder régulière, qu’il souffla un « Please, get out, Raphael, I don’t want you here. ». Le tout était de ne pas s’attarder sur combien sa langue se tordait douloureusement en prononçant son nom. Le tout était aussi de s’attacher à des lambeaux de dignité pour ne pas laisser voir la plaie béante. « Tu en as assez fait. Allez. Laisse-moi tranquille, maintenant. » Ajouta-t-il après un temps, comme pour clarifier sa demande. Comme pour sauver les meubles, aussi. Mais dans les faits, il n’y avait plus grand-chose à sauver – surtout rien qui les concernerait tous les deux. Comme soudainement captivé par la contemplation de son bras, il gardait les yeux rivés sur lui, pliant soigneusement ses doigts, les dépliant, observant les muscles se crisper et souligner les nouveaux traits. Tout sauf Raphael. Tout sauf Raphael qu’il voyait pourtant, du coin de l’œil, reflet dans le miroir – à peine la courbe d’une taille et la ceinture qui maintenait une chemise impeccable, mais bien présent, indéniablement lui-même, indéniablement là. Raphael qu’il suppliait, mais seulement en pensée, de s’en aller maintenant, de ne pas aggraver tout le mal qu’il avait bien pu lui faire par le passé.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Ven 18 Sep - 17:49

Il y avait désormais quelque chose qui tenait simplement du réflexe entre Raphael et Noah. Il ne serait honnêtement pas comme l’expliquer autrement. Une minute il était là, l’autre, il apercevait sa stature, sa loge, ou peut importe, et il s’engouffrait dans une nouvelle erreur. Parce que tout était bêtise entre eux. Finalement ça l’avait déjà été à l’époque. Mais au début, c’était un jeu. Au début ce n’était que ça, un jeu innocent, et facile. Du coté de Noah du moins, Raphael n’avait jamais trouvé le jeu très drôle, il avait toujours trouvé ça dangereux, peut être même un brun futile, stupide et inutile le premier mois. Et il avait cédé. Et petit à petit, tout n’était devenu que réflexe. Il n’y avait plus de réflexion. Il y avait une succession d’action qu’il regrettait plus ou moins. Et peut être que finalement c’était ça le plus douloureux. C’était tous les regrets qui s’entassaient, au fur et à mesure, au fond de sa tête, au creux de son coeur, même au plus profond de ses reins. A terme, il n’était plus que cela. Il n’était qu’un tas d’os qu’il trainait dans un scintillement de regret, de remords et de douleur. Sa vie était stupide, inutile, sans fond, régulièrement par des éclairs de réflexe, qui le replongeait aussitôt dans les plus fermes ténèbres. Peut être que s’il avait été capable d’avantage réfléchir. Peut être que si ses sentiments n’avait pas été si violent, si douloureux, et si étouffant, il aurait été capable de se poser. Il aurait peut être été capable de relativiser, de passer à autres choses. On finissait toujours par passer à autre chose non ? Il n’existait plus le temps ou l’on mourrait d’amour. Ce n’était plus une maladie diagnostiquée. Depuis longtemps les médecins traitaient ça à coup de glace, cuite à la téquila, coup d’un soir et autres aventures sans lendemain. Peut être que s’il n’oubliait pas, c’est qu’il avait sous les yeux, tous les jours, la raison de la fin de cette relation. Et Jane en jouait, la vicieuse. Ou peut être était-ce parce qu’elle aussi souffrait. Mais cette situation était devenue ridicule. Pendant combien de temps encore allaient-ils se faire souffrir ainsi. Elle n’était plus aimée, ni désirée, ni même appréciée. Il en aimait un autre, depuis des années. Elle en souffrait, ça se lisait dans la dureté de son regard, dans la fatigue sur ses traits. Elle le lui faisait payer. Elle avait pris son coeur, elle l’avait saisit dans sa main et elle le tordait inlassablement, l’émiettant progressivement. Elle souffrait, il souffrait, ils se faisaient payer, plus ou moins consciemment surement leur souffrance. C’était la situation la plus triste et la plus ridicule. C’était une situation qui l’empêchait honnêtement d’avancer. Il était figé dans sa douleur. Sa vie se composait si naturellement de celle-ci, qu’il n’était plus sur de savoir faire sans. Mais la douleur empêchait la réflexion, la conscience, l’intelligence de se mettre à l’oeuvre. Raphael surgissait toujours - trop souvent - à l’état brute devant Noah. Il fallait dire que s’il s’offrait le luxe de réfléchir, il ne faisait rien. La honte le submergeait, il restait enfermé dans sa douleur, espérant bêtement que le temps la ferait diminuer. Au moins, ainsi, dans sa tête, il faisait avancer les choses, ou du moins il essayait. Et c’était déjà quelque chose, non ? d’essayer.

Mais à chaque fois cela semblait être la même chose. Sur une impulsion vive et déraisonné il déboulait, avec une idée clair en tête. Il la bafouillait, ou la crachait au sol sans même avoir le temps de paniquer, et puis il attendait. Les secondes passaient. Au contraire de lui, Noah laisser les secondes passer. Il laissait le temps enfler la douleur et le ridicule de la situation. Il laissait le vide emplir la pièce et dévoiler le ridicule de la situation. Raphael perdait le peu de confiance qu’il avait réussit à accumulé. Il se dégonflait, remarquait son inutilité. Il se souvenait que son plan s’était arrêté là. Il n’avait réfléchit à rien d’autre. Juste, rentrer, parler, et voir. Ou peut être que dans son esprit optimiste -désespéré surtout- il s’imaginait que Noah suivrait ses pas. Mais bien sûr, Noah ne le faisait pas. Noah ne l’avait jamais fait d’ailleurs. Il était le genre de personne qui faisait systématiquement l’inverse de ce qu’on leur disait. Pourquoi, maintenant, alors qu’il haïssait profondément Raphael, il se laisserait faire ? Raphael ne savait pas. Raphael n’avait pas réfléchit. Comme à son habitude. Il regardait la silhouette souple, musclée, et féline qui lui tournait le dos. Il se mâchait nerveusement la lèvre, faisant surement des marques de sang. Qu’il lui pardonne. Il pouvait faire ça non ? Après tout, dans cette dernière erreur, ils avaient été deux. D’accord, c’était lui qui avait fait le premier pas. Encore. Comme un réflexe particulièrement stupide et animal. Mais il s’était reculé. Cela aurait pu s’arrêter là. Sans Noah, cela n’aurait jamais pris ces proportions. Il pouvait bien lui pardonner ça. Un minuscule pardon dans un océan de haine. Il le suppliait.

La réponse fut glacée, et forte, à l’opposée de ce que Raphael demandait. Il se pinça la lèvre plus fort, puis rouvrit la bouche pour essayer d’attraper de l’air. Il ne demandait qu’un minuscule pardon. Cela prendrait deux minutes. Oui, il lui avait fait beaucoup de mal. Oui, il souffrait. Mais devait-il faire comme Jane. Devaient-ils se faire souffrir en boomerang juste pour gagner une guerre puérile ? Ils s’abîmeraient trop s’ils faisaient ça. Raphael ne savait pas pour Noah, mais lui il ne survivrait pas à une deuxième guerre. Une seconde il hésita à partir, à faire exactement ce que lui demandait Noah. C’était le plus simple. Il pourrait aller s’enfermer dans sa loge, et se laisser suffoquer un moment, jusqu’à reprendre enfin son souffle et son calme. Noah n’en serait rien. Personne n’en saurait rien. Et il retournerait à cet équilibre infernal qui l’épuisait. Cela ne changerait rien à la situation. Mais c’était la chose la plus simple à faire. Et il n’avait pas vraiment de courage. Mais encore une fois, il y eu un réflexe. Il y eut un pic de douleur aigu, un sentiment que s’il laissait passer cella là, il n’aurait plus jamais le courage. Il eut l’idée que s’il ne faisait rien, ils finiraient les Misérables comme ça. Son coeur crissa de douleur. Bêtement il se rapprocha de Noah et s’agenouilla devant son fauteuil. c’était stupide surement, mais il supportait mal d’être plus grand que lui. Il s’affaiblissait volontairement. Mais de toute façon ses jambes ne le maintiendraient pas debout longtemps. Il leva les mains pour établir un contact avec Noah. Un nouveau réflexe, un sursaut de conscience l’arrêta juste avant. Il posa ses mains sur ses genoux. « But I’m here, you’re here, we’re here everyday… » souffla-t-il douloureusement. « Je suis mauvais pour toi, nous sommes mauvais pour le spectacle… Je peux pas travailler comme ça. » Il y avait une souffrance sourde et pesante qui transparaissait dans chacun de ses mots. « J’ai besoin que tu me laisses m’excuser. Je le penses vraiment. Je suis vraiment, vraiment désolé, pour tout. Et j’ai besoin que tu essayes de me pardonner. » Juste essayer. Peut être qu’il n’avait même pas besoin de réussir. « S’il te plait Noah. » il souffla, presque déjà épuisé. Il se sentait pitoyable. Il sentait le poids de sa haine sur ses épaules. Peut être bêtement, il devinait le dégout par dessus. Il le dégoutait, surement.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Sam 19 Sep - 14:46

Il n’avait pas envie de le voir. Il n’avait pas envie de le voir au sens le plus générique, c'est-à-dire de lui parler, de le sentir proche de lui, de devoir interagir avec lui, lui répondre, avoir mal, aussi, encore. Il n’avait pas envie de le voir non plus au sens le plus physique. Pas envie de tourner les yeux vers lui et de savoir qu’il est là, de se souvenir de ce qu’ils avaient bien pu partager, et de tout ce qui était parti en fumée, aussi. Les souvenirs, la colère, ce qu’il restait d’amour, aussi, ce qui restait de souffrance, surtout, avaient fait de Raphael une créature étrange qui, pour peu qu’elle se tienne juste là, suffisait à lui donner l’impression d’une brûlure. Sa présence était physique, incandescente, lancinante. Raphael n’était pas un étranger et ne le serait jamais. Il était à lui seul l’incarnation d’une part toute entière de sa mémoire. Sûrement certains de ses plus beaux jours. Sûrement certains des pires, aussi. Il était stupide – il aurait dû savoir qu’ils en arriveraient là. Quoi qu’il aie pu en croire à certains instants, ils n’avaient jamais eu d’avenir, pas réellement en tous cas. L’ombre de Jane avait toujours plané sur eux – celle de Maggie, aussi, pourtant totalement innocente. Les regrets n’en étaient que plus lourds. Ils n’avaient jamais eu leur chance, jamais eu de futur, mais Noah s’était laissé allé à y croire malgré tout. Il ne pouvait plus regarder Raphael en face, c’était regarder droit dans les yeux l’incarnation même de sa honte et de ses remords. Il s’était laissé prendre – il avait joué, et perdu. Ironie, quelque part. Avait été pris celui qui croyait prendre.
Mais il l’aimait. Il l’aimait encore. C’était étouffant comme impression, cette masse de sentiments qui lui comprimait le coeur à chaque fois. Epuisant de savoir que les choses avaient changé, aussi, et que l’homme qu’il était devenu, cette moitié à peine de ce qu’il était avant, ne serait plus jamais le même. Si l’accident avait laissé son empreinte - physique - Raphael avait laissé la sienne. Oh, bien sûr, il n’avait pas changé du tout au tout. Mais rencontrer Sven n’avait plus la même saveur. Rencontrer d’autres hommes non plus. Il comparait, toujours, systématiquement, à chaque seconde il se souvenait de Raphael de Lacy et en ressortait avec une impression de vide et de manque. Sans s’en rendre compte, il avait rencontré l’homme qu’il lui fallait. Mais l’homme qu’il lui fallait était aussi l’homme qu’il ne pouvait pas avoir. Il ne voulait plus de tout cela, il ne voulait même plus penser à tout cela, s’étouffer sur sa douleur et sur ses regrets, surtout pas, pas encore, il avait, parfois, l’impression qu’il pourrait en devenir fou.
Et quand Raphael se rapprocha de lui, apparemment fermement décidé à ne pas obéir à ce qui, pourtant, avait été un ordre, Noah eut une sorte de mouvement de recul et de colère. Ce fut un changement presque imperceptible dans sa posture et dans sa position - comme une volonté à peine esquissée, déjà retenue, de s’enfuir de lui-même si on ne pouvait lui accorder d’être tranquille. Mais une fois encore, il se rattacha à ses restes de dignité et, les dents serrées, les sourcils froncés, il posa sur Raphael de Lacy un regard étonnamment dur pour les regrets qui brûlaient encore au fond de son ventre. Farouche, obstiné, il l’observait par intermittence, avant de détourner les yeux à nouveau, puis de le regretter, et encore, et encore, ainsi de suite, dans une sorte de manège infernal et pitoyable. Il était minable. Il le savait. Il ne s’était jamais tout à fait détaché du réflexe de s’abreuver du visage de Raphael à chaque fois qu’il en avait l’occasion - et pourtant, deux années s’étaient écoulées depuis leur relation. Bientôt, ils auraient passé plus de temps séparés qu’ensemble. Peut-être même que c’était déjà le cas.
Il inspira violemment en entendant le son de sa voix, dans un tressaillement qui aurait presque pu ressembler à un sanglot. Sa main s’agita un instant, comme pour rejoindre ses oreilles, les boucher, arrêter ça, tout de suite. Il se ravisa immédiatement. Il ne ferait pas cela - il se savait puéril, le savoir l’empêchait parfois de l’être. Non, il se contenta de diriger son menton, obstinément, sur le côté, loin de Raphael, loin de son visage, non seulement pour ne pas le voir mais aussi pour lui signifier qu’il ne voulait pas le voir. Pas comme ça. Pas au sol. Minable. Comme un suppliant. « Laisse-moi tranquille, Raphael. J’en ai assez. » souffla-t-il. Une demi-seconde il ferma les yeux, obstiné, entretenant peut-être, quelque part, l’espoir que cela suffirait à mettre fin à cette situation grotesque. Que cela suffirait pour que son coeur cesse de battre la chamade, aussi. Il lui faisait mal, à percuter de plus en plus vite et de plus en plus fort sa cage thoracique. D’ailleurs, les mots aussi l’étranglèrent quand il repris: « Tu sais quoi? J’en ai rien à foutre de ce que tu veux, de ce que tu veux pas, de ce que tu peux faire ou tu ne peux pas faire. T’es pas en droit de me… » Un bref rire, comme pour souligner tout le grotesque de la chose, et il reprit, la voix étrangement sifflante: « …supplier de quoi que ce soit, Raphael. Et j’espère que tu en as conscience. » Il avait à nouveau fermé les yeux, même sans s’en rendre compte. Quand il les rouvrit, ce fut lentement, posant un long regard sur Raphael, avant de les détourner de nouveau. « Laisse-moi tranquille, Raphael. » Il avait un peu mieux articulé, cette fois-ci. Probablement bien plus que d’ordinaire - détachant chaque syllabe pour être sûr et certain qu’il serait compris et que, bientôt, il serait aussi tranquille. En comparaison, les mots semblaient presque incompréhensibles quand il souffla « You didn’t do anything when I begged you. », inspira à nouveau, ajouta « Et ça ne changerait strictement rien. » Quoi? Il fallait être lucide. Il aurait toujours le coeur brisé. Raphael serait toujours… Raphael, coincé dans son mariage, incapable d’en sortir, d’agir, de faire quoi que ce soit pour gagner sa liberté. Ils n’auraient de toutes façons pas le moindre avenir ensemble - ils avaient déjà brûlés tous leurs feux, tant pis pour le dernier retour de flamme. Ils ne répareraient rien de ce qu’ils avaient fait. Pour Noah, les répétitions seraient toujours les mêmes. Ou peut-être pas, peut-être que le pardon apporterait un soulagement - mais il n’avait jamais pensé de cette manière, trop persuadé que le mal fait ne pouvait en aucun cas être défait. Il ne gagnerait rien à pardonner. Sinon à se trahir lui-même et à accepter que, une nouvelle fois, Raphael le piétine dans ce qu’il restait de sa fierté.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Mar 22 Sep - 21:22

Raphael ne supportait de voir Noah ainsi. Une part de lui, puérile, faible, et malade voulait fuir, au plus loin, faire ce qu’il lui demandait, ne jamais remettre les pieds ici. Raphael ne s’était jamais considéré comme quelqu’un de fort. Malhabile avec les gens, il se trainait une carapace lourde de timidité. Il préférait souvent rester seul que s’abîmer contre les gens. Il s’abîmait contre Noah. Peut être qu’il l’avait toujours fait, sans s’en rendre compte. Il avait laissé Noah s’approcher plus loin que personne. Il s’était assoupit auprès de lui, s’était grandit à la chaleur de son corps pendant deux années. Il s’était construit contre un homme merveilleux, et sans s’en rendre compte, il avait affaiblit ses barrières. Pendant un moment, il avait oublié la solitude, il avait oublié la méfiance. Il avait laissé Noah l’approcher, et aujourd’hui, il se brûlait. L’attitude fermée de Noah - qu’il ne lui était clairement pas habituelle - lui glaçait le sang. Il aurait voulu trouver un semblant de courage dans son regard, ou au moins trouver une oreille attentive. Toute l’attitude de celui qui avait partagé sa vie le renvoyait loin, là ou il n’y avait clairement pas assez de place pour eux d’eux. Mais ils étaient devenu nécessaire l’un à l’autre. Ils avaient évolué dans cette situation étrange de dépendance. Raphael s’imaginait aisément respirer au rythme de la respiration de Noah. Mais il ne voyait rien. Rien qu’un dos tendu et tourné contre lui, contre tout ce qu’ils avaient été. Et soudainement, il était tétanisé. Il lui fallu un moment. Un moment pour saisir le froid et la colère qui soufflaient sur lui dans cette pièce. Un moment pour remarquer sa propre posture, minable, pitoyable, honteuse. Peut être pourtant qu’il n’y avait que ça à faire. Il ne savait pas comment parler, mais son physique parlait pour lui même non ? Il était désolé, il souffrait, il était fatigué, et derrière ses yeux délavés et tristes, il avait réellement besoin d’un minimum de repentance. Mais Noah ne pouvait pas voir tout ça. Parce que Noah ne regardait pas. Noah ne voulait plus regarder.

Et quelque part il comprenait. Noah aurait surement du arriver à se stade plus tôt. Et peut être que quelque part, dans la manière dont Raphael avait géré cette situation, c’était ce qu’il avait recherché. Il avait voulu provoquer Noah, il n’avait pas voulu le blesser, mais il s’était douté, qu’au fond, c’était la seule manière de le retourner contre lui. Et s’il devait s’éloigner de lui, Noah devait le faire aussi. S’ils ne pouvaient plus être amant, ils devaient sans doute être ennemi. Sans quoi ils reviendraient à leurs habitudes, à leur amour. Raphael n’était pas fort. Raphael avait besoin de Noah. Et même dans la rupture, il avait besoin que Noah fasse la moitié du boulot. Parce qu’il ne savait pas résister à Noah. Parce qu’il avait besoin de lui. Il avait besoin de se réchauffer contre sa peau, de sourire à ses sourires, de rire à ses enfantillage, de frotter son coeur au sien. Il ne s’en lasserait pas. Si rien en se brisait violemment il trouverait toujours un moyen de le réparer. Mais maintenant pouvait-il ? Y avait-il encore quelque chose à adoucir, à protéger, à fixer ? Etaient-ils allés trop loin ? Est-ce qu’au bout de deux ans, il avait enfin réussit à briser tout ce qui existaient d’eux ? Et pourquoi tout chez lui, se rebellait furieusement contre cette certitude ? Il devait le laisser filer. Il devait faire exactement ce qu’il demandait. Il avait raison. Il n’avait plus sa place ici.

Mais il était toujours ici. Ils bossaient ensemble. Noah était l’un de ses chanteurs principaux. Il ne pouvait pas l’ignorer, le laisser tranquille. Ils se verraient toujours, ils seraient toujours proche, d’une manière ou d’une autre. Et Raphael ne pouvait pas l’être comme ça. Son corps entier était un fil tendu qui menaçait d’éclater. Alors soudainement, il s’énervait de la puérilité de Noah. Parce que dans leur dernier rebondissement, il n’était pas le seul en faute. Noah pouvait dire ce qu’il voulait. Raphael n’avait pas été le seul dans cette loge. Et si Noah était énervé contre lui même à cause de ça, ce n’était tout de même pas à lui de réparer les pots cassés. Et Noah ne pouvait pas le sortir ainsi de sa vie. Pas avant la fin du spectacle. Pas tant qu’ils devaient travailler ensemble. Il ne pouvait pas faire l’enfant. Raphael comprenait la douleur. Raphael ressentait la douleur. Raphael aurait fait n’importe quoi pour prendre sur lui sa douleur, pour être le seul à souffrir, le seul à porter le fardeau de son erreur. Mais même pour cela, Noah devait le laisser entrer, à nouveau, un tout petit peu. Et il voulait s’énerver contre ce dos tourné, cette attitude froide et fermée qu’il lui offrait. Il était à genou, il était suppliant, pouvait-il seulement faire plus pour s’abaisser devant Noah et essayer de s’excuser ? Pouvait-il douter de sa sincérité dans le ton de sa voix ?

Les phalanges sur ses genoux blanchirent. Un instant, ses dents grincèrent entre elle. Une poignée de seconde, le chef d’orchestre ressorti sous l’homme blessé, et douloureusement il fit gronder sa voix « Noah ! » Il n’irait pas plus loin. Parce qu’il ne pouvait pas l’engueuler. Parce qu’il comprenait. Mais que ce n’était pas suffisant. Il avait besoin que Noah fasse quelque chose. Il pouvait même le frapper si ça l’aidait à aller mieux. Mais il avait besoin d’un regard, d’une réaction. Il ne voulait pas qu’il l’envoie loin, qu’il le ferme complètement de sa vie. Parce qu’il était dedans, qu’il le veuille ou non, jusqu’à la fin du concert. Il allait finir par être plus loquace. Peut être que son agacement, que son malêtre allait finalement ressortir. Les mots lui brûlaient les lèvres. Une accusation, sur sa propre responsabilité. Mais cela n’arrangerait rien. Un reproche, sur ses enfantillages, mais ça empirerait la situation. Ses lèvres s’ouvraient, se refermaient, au fur à mesure des idées qui tombaient dans le néant. Et puis la chute, le rappel odieux. Raphael releva son regard vers Noah. Sa gorge sèche, se tordit dans un bruit douloureux. Un sifflement s’en échappa, il se mordit la lèvre pour le retenir. La colère lâcha ses mains et fut remplacée par d’imperceptible tremblement. Sa respiration se troubla au souvenir. Il n’avait pas besoin de revivre la rupture. Il ne voulait pas revivre la rupture. « I… » Peut être était-ce pour ça qu’il ne pouvait pas s’excuser. Il y avait une multitude d’excuse qui devrait affluer à la suite. Il n’aurait jamais finit. « I couldn’t… I wouldn’t have lea… » Il entendit les mots sortirent de sa bouche, et il se réveilla presque horrifié. Il se releva brutalement dans un mouvement qu’il avait imaginé souple, mais qui fut tremblant et qui manquait cruellement d’équilibre. Il se recula, prenant doucement conscience de tout ce qu’il allait devoir dire s’il commençait sur cette voix là. « You’re right… Ne…never mind. » Il se recula jusqu’à la porte. A l’aveugle il chercha la poignée. S’échapper, c’était tout ce qu’il lui fallait. Il aurait du écouter Noah. Il n’aurait pas du en faire qu’à sa tête. Il ne savait pas agir face à Noah. Il ne réfléchissait pas. « You… just… Forget right. Forget me. » Son coeur battait atrocement fort dans tout ces membres, il n’entendait plus rien, ne ressentait plus rien. Rien si ce n’est se tambourinement incessant, et l’absence d’air. Dans sa barbe il murmura un probablement inaudible « yeah… you do that. I… » et il reprit plus fort, pas moins tremblant « Take care. Sorry. » Il chercha à actionner la poignée. Sortir. Respirer.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Sam 31 Oct - 22:24

L’inconfort était si violent qu’il en était presque physique. La main de Noah, dans un réflexe nerveux, redessinait les contours de son nouveau tatouage, jusqu’à faire naître les prémices d’une brûlure. Il n’arrêta pas pour autant. La présence de Raphael le mettait à vif, la douleur morale ricochait dans chacun de ses membres. Il n’en pouvait déjà plus. Il était épuisé. Simplement épuisé. Il l’avait été chaque jour depuis leur rupture - il avait juste, par instants, réussi à se convaincre que tout pouvait peut-être aller bien, qu’il pouvait éventuellement se relever, et vivre. Il s’était trompé. Dépouillé de sa confiance il s’était toujours lancé dans d’interminables fuites en avant, une sorte de course effrénée et terrifiée. Il en avait assez - il avait mal. Tout son corps, par instants, lui semblait presque courbaturé - ou peut-être que c’étaient seulement les douleurs fantômes, là où ses membres s’étaient brisés net, il y avait si peu de temps aussi. Quand la voix de Raphael retentissait, elle avait un effet étrange sur ses nerfs à vif. Elles faisaient comme des sursauts de douleur dans son ventre, des pointes de nervosité, de douleur et d’angoisse. Il ne pouvait pas continuer à vivre comme ça, il le savait. Il fallait qu’il tourne la page. Simplement qu’il tourne la page, qu’il laisse Raphael de Lacy derrière lui, leur histoire derrière lui, qu’il arrive à construire autre chose, avec quelqu’un d’autre, quelqu’un de meilleur pour lui, quelqu’un qui ne le trahirait pas, quelqu’un qui ne le piétinerait pas. Et pourtant il était là, comme un enfant qu’on abandonne au bord de la route ou comme un adolescent qui ne se remet pas d’un tout premier chagrin d’amour. Minable. Il se trouvait minable - purement, simplement. Pitoyable parce que, quand il regardait Raphael de Lacy, il le regardait encore avec les yeux des regrets.
Mieux valait, dès lors, ne pas le faire. Tourner farouchement le dos pour ne pas ressentir de plein fouet sa présence - pour conserver un petit doute, un tout petit espoir, que s’il ouvrait les yeux il ne serait enfin plus là. Ou est-ce que c’était réellement ce qu’il voulait? Peut-être pas. S’il avait vraiment voulu fuir, voulu éviter Raphael jusqu’à la fin de ses jours, tourner la page de la façon la plus brutale qui soit, il aurait déjà quitté les Misérables. Il ne se serait pas laissé aller, la dernière fois. Il aurait arrêté de lui parler, arrêté de le regarder. Il en aurait été capable - il se savait assez puéril pour, à volonté, appliquer à son chef d’orchestre le traitement du silence. Ne pas piper mot. L’ignorer, tout simplement. Il aurait pu. Il avait été incapable de s’y résoudre. Incapable en dépit du tressaillement douloureux dans son ventre quand Raphael s’étrangla à ses mots, balbutia quelques syllabes. Il avait du mal à respirer. Son coeur battait beaucoup trop fort, et il avait à la fois envie de lui demander de se taire, de s’en aller, enfin, putain, de le laisser tranquille et… de finir ses foutues phrases. Un sursaut le traversa quand il entendit Raphael se relever, malhabile. Son cerveau s’accrochait aux mots qui avaient été prononcés, les retournaient dans tous les sens, cherchaient la fin, cherchaient la réponse à ses questions. Raphael balbutiait, reculait, et lui, il était incapable de dire quoi que ce soit. Lui qui avait supplié l’autre homme de partir, encore et encore, il eut tout à coup un réflexe que même lui ne put tout à fait comprendre - bondissant sur ses jambes il fit un pas en avant, puis un autre, et, souple, rapide, rattrapa Raphael au niveau de la porte. « Don’t. » dit-il alors. Sa voix avait presque claqué comme un fouet - ferme, définitive, c’était un ordre, sans aucune méprise possible. Comme pour s’assurer d’être entendu, il se saisit du poignet de Raphael - un réflexe, presque une relique de l’époque où ils étaient ensembles et intimes, qu’il maintint malgré la douleur sourde, les battements ratés de son coeur. « Tu aurais quoi? » dit-il une fois, avant d’insister: « Tu aurais quoi, hein? » Les mots, à peine entendus, à peine compris, avaient fini par lui monter à la tête - ils lui donnaient une sorte de vertige atroce, comme des premiers prémices de folie. C’était une partie de lui, une partie de Noah Valdivieso avant l’accident, avant la ruine et avant la douleur, qui s’exprimait - celle du gamin qui regardait l’homme qu’il aimait partir sans avoir la moindre réponse à ses questions, sans comprendre, sans savoir, tout bonnement arraché à ce qu’il aimait. « Si tu veux ton pardon, réponds moi. Tu aurais quoi? » Il avait mal. Se souvenir du gamin que l’on abandonne, c’était aussi, à nouveau, laisser son champ à sa douleur et laisser s’exprimer toute sa souffrance. Lui laisser le champ libre, c’était donner les premières étincelles à la colère. Probablement qu’il ne s’était jamais adressé de cette façon à Raphael - mais toute la frustration trouvait enfin le champ pour s’exprimer. Au lieu de la froideur, il y avait une sorte de rage maniaque, un besoin presque physique de savoir, enfin, ce qui s’était passé, pourquoi, comment. Et la pression de sa main s’était resserrée sur le poignet de Raphael - presque sans s’en rendre compte il avait appuyé un peu de son poids contre lui, le pressant contre la porte comme pour le prendre au piège. C’était, en quelques sortes, une parodie minable de la position dans laquelle ils s’étaient retrouvés ici, il y avait quelques jours à peine - mais il resserrait avant tout son emprise. Parce que son coeur, gonflé, le gorgeait tout entier d’une frustration qui tenait presque de la brûlure. Il voulait savoir ce qu’on lui avait arraché, et en quel nom. Avoir de la vérité à mettre à la place de toutes ces explications qu’il s’était construit lui-même, maigres palliatifs pour parvenir à avancer un petit peu à nouveau. Juste ça. « Parle, putain. » qu’il siffla. Il y avait quelques secondes encore, il ne voulait qu’une seule chose - le faire taire. La chose était bien loin.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Sam 31 Oct - 22:28

Raphael était stupide. Raphael était un abrutit. Il le savait. Il s’en rendait compte à chaque fois qu’il rencontrait Noah. Il ne réfléchissait jamais et puis soudainement, enfin, un éclair de lucidité, et il se rendait compte de ce qu’il venait de faire. C’était presque surréaliste la manière dont il surgissait toujours avec une idée si précise, qu’il n’avait jamais les conséquences en tête. C’était comme si son cerveau, trop conscient du délicat de la situation, se fermait à toute idée négative - et il ne ressortait plus que ça de leur relation - pour éventuellement faire avancer la situation. Au lieu d’un instinct protecteur, c’était un instinct limite suicidaire que développait Raphael à chaque fois qu’il venait se frotter à Noah. Ou alors c’était simplement les restes d’amour qui s’exprimait sous ses actions. Quoiqu’il en soit, s’était toujours la même chose. Raphael venait, surgissait brutalement, et troublait leur tranquillité relative à tous les deux. Il éructait en parole, déblatérait des idées sans trop réfléchir. Noah ne devait pas être dupe - ou alors il n’avait pas la même vision que Raphael sur l’affaire - et rapidement, Raphael se retrouvait au pied du mur. Littéralement. Cette porte, à la fois porte de sortie, objet de fuite, se trouvait être sa prison à première reprise. A force d’avoir garder leur relation derrière des portes fermées, ils se retrouvaient bloqué dans cette prison, incapable d’en sortir, incapable de s’éviter, obligé de se parler. Raphael pouvait dire qu’il ne le voulait pas. Mais c’était l’hôpital qui se foutait de la charité. C’était toujours lui qui venait commencer les conversations. Toujours lui refusait de les finir. Pourtant voilà, il ne voulait pas finir cette conversation. Il n’aurait pas du la commencer. Il en avait conscience. Mais c’était trop tard. Noah avait entendu. Noah avait réagit. Il aurait du être heureux. Il avait réussit à obtenir une réaction. Il avait réussit à capter son regard. Il avait réussit à le faire se retourner. Mais Raphael ne voulait plus lire son regard. Désormais, c’était lui qui fuyait. Il regarda horrifié la main qui se referma sur son poignet. Il ne voulait pas être en contact. Il ne supportait pas être en contact. Ou alors qu’il appréciait trop la facilité déconcertante avec laquelle les doigts de Noah se refermait contre sa peau. Parfois, rien ne semblait avoir changer. Ils se connaissaient encore, les réflexes en attestait. Il recula encore plus si c’était possible, et rencontra la porte. Foutue porte. Il ne voulait pas obéir aujourd’hui. Il ne voulait pas être en position de faiblesse, encore. Mais il l’était toujours, face à Noah. Depuis le début. Il avait été celui qui subissait les assauts, celui qui ne savait pas lui résister, celui qui l’avait aimé en premier, celui qui était le moins fort des deux. Finalement, la seule fois ou il avait eu le dessus, c’était pendant cette foutue rupture, et il s’en voudrait toute sa vie. Néanmoins, il détestait être si faible face à Noah. Il aimerait pouvoir avoir une consistance. Pouvoir respirer normalement, pouvoir contenir son coeur. Mais rien y faisait, son rythme cardiaque s’accélérait jusqu’à lui faire mal. Sa respiration devenait compliquée et rauque.

Il n’avait pas besoin d’entendre la demande de Noah pour savoir de quoi il en retournait. Il savait ce qu’il avait dit. Il savait ce qui pouvait le faire tiquer. Il savait surtout ce qu’il ne voulait surtout pas dire. Et évidement, c’était ce que Noah voulait. Noah voulait toujours le petit truc qu’on lui refusait. Mais Raphael avait gardé ce secret pendant deux ans, il semblait stupide, futile de tout révéler maintenant. Pire, c’était surement une très très mauvaise idée. Il avait eu une excellente raison de garder le secret à l’époque, briser cette promesse aujourd’hui semblait être la pire des idées. Non, il ne dirait rien. Mais pouvait-il réellement refuser quoique ce soit à Noah ? Il n’avait jamais su lui dire non. Il était ce genre d’amoureux pitoyable, qui cède à une moue, à un sourire, un baiser, une caresse. Aujourd’hui encore, il n’était pas dupe, si Noah insistait, il n’arriverait pas à retenir les informations indéfiniment. Il ne pouvait pas lui mentir - et cela n’avait aucun sens de le faire - et il ne pouvait pas lui dire non indéfiniment. Pourtant, jusque là, il tenait bon, principalement parce qu’il se murait dans un mutisme profond. Il tournait la tête, comme un enfant prit en faute qui ne veut pas parler. Il faisait des non de la tête, des grimaces. Il laissa échapper un hoquet douloureux, esquissa un mouvement d’inconfort lorsqu’il sentit le corps de Noah se presser contre le sien. Non, pas encore. Pas aussi proche. S’il levait les yeux, il voyait le visage de son amant s’épanouir sous ses yeux. Il se mordit la lèvre, sentit son corps se crisper sous ce nouveau contact. Noah devait s’éloigner. Il devait lui laisser de l’air, lui laisser de la place. Il devait lui laisser l’occasion de dire non, pour une fois, cette fois seulement. Etait-ce trop demander ? Sans trop réfléchir, il vint placer ses mains sur sa taille, poussant pour l’éloigner. Encore une fois, il ne se rendit compte qu’après que c’était un contact, que ses mains, encore trop naturellement, avaient leur place sur cette taille. Et il n’y avait qu’un pas entre la pression qu’il appuyait vers l’extérieur, et le faite de le tirer légèrement vers lui, un peu plus proche. Et l’espace de quelques secondes, il n’était pas sur duquel il était entrain de faire. Il savait qu’on ne pouvait pas lui faire confiance lorsqu’il se retrouvait si près de Noah. Il avait réussit à atterrir sur ses lèvres la dernière fois, et il n’était même pas aussi proche. L’injonction autoritaire le tira de ses pensées et le fit sursauter. Son corps se crispa à nouveau, une grimace déchira son visage. C’est un flot de son étranglé qui sortir de sa bouche. « Don’t ask me please. » Il était encore là, pitoyable, à supplier. Il savait pourtant que c’était inutile. Noah n’était pas disposé à lui faire de fleur. Et il était évident au fond, que plus il montrait qu’il ne voulait pas le dire, plus Noah pousserait pour avoir le dernier mot. Mais il n’y avait pas de sortie à cette situation. Il espérait vainement que pour une fois, pour cette unique fois, Noah le laisserait fuir. Après tout, c’était ce qu’il voulait non ? « It won’t change anything now. It’s too late. » Bien sûr, deux ans après, cela n’avait pas le même poids, pas la même force. Il ne fallait pas raviver le passer, il était déjà trop pressant, trop lourd pour eux deux. « I don’t care for you forgiveness, don’t ask me, please. Forget it. Forget me. » Il y avait quelque chose de particulièrement douloureux dans la manière dont il suppliait presque Noah de l’oublier. Peut être parce qu’il ne le voulait pas. Il voulait garder Noah pour lui. Et malgré toute la douleur du monde, il savait qui ne tolèrerait pas voir Noah avancer, trouver quelqu’un d’autre. Peut être parce qu’il savait que lui même ne dépasserait pas ça. « It’s nothing. » Il aurait voulu être moins crédible, il n’aurait surement pas réussit. Mais pour une fois ce n’était pas l’absence pure et dure de réflexion qui s’exprimait. C’était simplement le désespoir furieux qui voit qu’il est au fond d’une impasse, et qui essaye tout de même, malgré tout, de faire un demi tour hasardeux. On ne faisait jamais ce genre de chose avec Noah.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Sam 5 Déc - 19:28

Elle était là, sa réponse, elle était juste là, toute proche, il aurait presque pu la deviner, presque pu la sentir venir, il pouvait savoir, il pouvait. Et tout à coup l’étendue complète de ses désirs s’était résumée à cette seule et unique chose là - colmater le trou qui était resté béant dans son ventre durant ces deux longues années, avoir une raison, avoir un pourquoi, comprendre exactement ce qu’il avait mal fait et qui les avait fauchés ainsi au beau milieu du bonheur. Quelque part, il avait toujours été convaincu que cette ignorance avait été la raison profonde de son incapacité à tourner la page. Comme un enfant, il détestait ne pas savoir, ne pas comprendre - et sans comprendre il ne pouvait pas oublier, ou au moins mettre de côté. Combien de fois avait-il eu envie de demander à Raphael, plus minable que jamais, ce qu’il avait mal fait ? Le plus triste était certainement que, formuler ces mots là, ç’aurait aussi été demander formellement à Raphael de lui rendre enfin sa liberté.
Et il était là, avide. Sa main sur le poignet de Raphael faisait presque un étau - en tous cas une prise si ferme qu’il n’aurait jamais pu envisager de la défaire. Tout contre lui, il respirait presque contre sa peau, et toute sa posture était une sorte de supplique, pressante au plus direct. Il était là, à mi-chemin entre la demande urgente, le désespoir, et une sorte d’adieu, comme s’il promettait, encore et encore et quoique sans dire un mot, qu’il le laisserait en paix s’il lui disait cela, juste cela. Et des mots qui comptaient si peu il y avait quelques minutes encore, une voix qu’il aurait souhaité ne plus jamais entendre, incarnaient à présent tout son monde. Il était proche. Tout proche. Juste quelques mots de Raphael - les derniers, ils n’auraient plus à se croiser ensuite, il le savait maintenant, il en était sûr et certain, si la rupture avait déjà été consommée la séparation, elle, pourrait enfin être accomplie. Presque sans s’en rendre compte, au contact des mains de Raphael autour de sa taille qui l’attiraient et qui le repoussaient en même temps, il avait déposé son front contre la tête de l’autre homme, comme pour l’obliger à ne plus tourner la tête, à ne plus détourner le regard, à l’écouter enfin et à lui donner cela, juste cela. Il ne demandait pas grand chose. Il voulait juste une réponse à ses questions. Juste cela. Il avait fait une croix sur leur histoire. Il avait fait une croix sur eux deux. Il avait été celui qui reste seul, abandonné, qu’on oublie pour retourner au chaud dans le lit de la femme, au chevet de celui de l’enfant. Il avait droit à une réponse. Une simple réponse - en paiement de toute la douleur. Sa gorge s’étrangla presque dans un « Si! » douloureux, presque un couinement minable. « Ca changera tout, Raphael, tu te rends même pas compte de ce que tu m’as fait, hein? Tu me dois ça. Tu me dois bien ça. Juste ça… » Si ses mots avaient glissé de l’autorité à la supplique, ils avaient gardé tout leur ton ferme, la demande pressante. A peine furent-ils troublés par l’inspiration profonde qu’il prit alors. « J’ai le droit de savoir, Raphael. » Un temps. Sa main, si c’était possible, se resserra encore. « J’ai le droit de savoir. Et quand je saurai, ça sera fini, d’accord? Je pourrai t’oublier, et oublier ça. Tu te rends pas compte que j’attends que ça, putain? » Il l’attendait depuis deux ans. Ca, et uniquement ça. Il l’attendait comme si tourner enfin la page sur Raphael aurait suffi à lui redonner à nouveau le plein usage de son corps, à faire de lui un danseur à nouveau, à faire de lui l’homme insouciant qu’il était avant, encore, léger, candide, parfaitement ignorant du bruit sinistre que fait un os quand il se brise net contre un mur.
« S’il te plait Raphael. Tu me dois bien ça. » A mi-chemin sur ces dernières phrases, pourtant seulement répétées, sa voix s’était adoucie. De dure, le ton était redevenu un peu plus suppliante. Et c’est comme en souvenir des jours passés qu’il délia enfin son étreinte sur le poignet de Raphael, puis laissa ses deux mains glisser le long des joues de l’autre homme, les tenir en coupe, presque tendrement. Si elles n’avaient pas été empreintes d’un léger tremblement, probablement qu’il aurait été impossible de reconnaître en cela une simple parodie d’une couple qu’ils avaient formé. La douceur semblait sincère. Peut-être qu’elle l’était encore, d’ailleurs, pour cette partie de Noah qui n’avait jamais cessé de saigner et qui suppliait, encore et encore, pour obtenir la seule information qui lui manquait pour enfin toucher la liberté. « Laisse-moi juste savoir. Laisse-moi juste savoir et tourner la page, j’ai besoin de ça. » Il soufflait, maintenant. Ses cordes vocales ne vibraient plus - c’était simplement une articulation appliquée à l’air que projetaient ses poumons, à peine un son, des syllabes tout juste compréhensibles. Elles n’en étaient pas moins sincères, et elles n’en étaient pas moins le reflet du sens profond de sa requête. « Tu as commencé à parler. Ne m’enlève pas ça maintenant, j’ai besoin de savoir. » Et non, ce n’était pas rien. Au contraire. C’était tout. C’était la fin de la douleur et de la lourdeur, la fin des regrets et de l’amertume, la fin des heures où il se regardait en face et se demandait pourquoi, et comment, et où la démission de Raphael se combinait à son accident dans un mélange infect et perfide. Ses mains, doucement, se calèrent un peu mieux autour de la tête de Raphael. Les pouces, machinalement, imprimèrent un semblant de caresse - redessinèrent les lignes des paumes, quémandèrent, comme sa voix à lui quémandait, cette dernière pitié et cette dernière tendresse. Ils étaient là, les adieux en règles dont il avait été privé il y avait deux ans de cela. Elle était là, sa chance, de couper les choses proprement. D’arrêter les remords. Ils avaient assez duré.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Sam 5 Déc - 19:36

Peut être que quelque part, Raphael avait toujours pensé à lui dire la vérité, un jour. Peut être qu’il n’avait jamais même vraiment songer à la lui cacher. Cela n’avait pas grand intérêt. Ce n’était pas un secret terrible. Et après tout, ça le concernait directement. C’était la lâcheté, c’était la douleur, la souffrance qui découlait directement de ce qu’il devrait faire qui l’avait empêcher de tout révéler dès le premier jour. L’intolérance de Jane, son jeu vicieux avait figé Raphael dans une terreur invraisemblable. Elle avait brisé quelque chose entre son mari et son amant et à cause de sa violence, elle l’avait empêcher d’aller se confier. Il aurait pu. Elle n’avait rien interdit. Elle lui avait seulement ordonné de mettre fin à tout ça. Il pouvait utiliser tous les moyens. Il aurait pu dire la réalité. Elle s’en fichait. Elle haïssait Noah. Mais Raphael avait été incapable. Devant Noah, tout lui avait semblé impossible. Alors que les mots de la rupture brûlait ses lèvres il ne rêvait que de se précipiter dans ses bras, de l’embrasser, de se blottir contre lui, et de pleurer comme un enfant détruit qui ne voit plus de porte de sortie à sa prison. Il avait su, à l’instant même ou cette image s’était imposé en tête qu’il n’aurait que quelques minutes pour faire l’inévitable avant de changer de plan. Raphael était faible d’amour, dépendant à ce lui qui lui portait Noah. Lui cacher une telle vérité lui avait toujours paru impensable. Mais le dire, sur le moment, lui avait paru encore plus impensable encore.

Il s’était rassuré de toutes les manières possibles. Il avait trouvé des raisons pour justifier son acte. Il avait tout fait pour penser que c’était pour le mieux, pour Noah. Pour lui aussi, sans doute, mais il n’arrivait pas à être aussi pessimiste. Plus rien n’était bon pour lui, et ce n’était plus l’important. Il s’était enterré dans son mensonge. C’était mieux pour eux. C’était la seule manière de tourner la page. Oui, Noah le haïrait. Tant mieux. Il l’enterrerait plus facilement. Il ne l’attendrait pas. Il penserait des horreurs à son sujet. Il en ferait un Tony, ou quelqu’un de pire. Il l’oublierait. Ce n’était qu’une question de temps. Il n’y avait aucun doute la dessus. Et puis finalement il s’était perdu de vue. Ou plutôt l’accident de Noah les avait éloigné, définitivement. Raphael avait finit par enterrer la réalité. Il vivait avec le trou de son amour avec tant de naturel que c’était devenu son quotidien. Il avait pensé pouvoir vivre ainsi. Sans vraiment oublier. Mais sans trop y penser. Ce n’était pas parfait, mais c’était vivable. Survivable. Et il s’était habitué au mensonge. S’était devenu sa réalité. Il était le monstre qui avait ruiné toutes ses promesses à Noah, et qui ne s’en remettrait pas.

Et maintenant, il était au pied du mur. Peut importait ce qu’il avait voulu, ce qui lui avait paru juste, ce qu’il avait été incapable de dire, de faire. Peut importait sa faiblesse, sa culpabilité brûlante, sa haine farouche, sa souffrance paralysante. Noah avait entendu le début. Noah voulait savoir la suite. Et aucune raison ne le raisonnerait. Aucun argument sensé ou complètement fou le ferait changer d’avis. Noah était borné. Noah voulait. Noah aurait. C’était quelque part, devenu aussi simple que ça. La pression du corps de son ancien amant sur le sien était à la fois un geste confortable et autrefois si habituel, à la fois une torture vicieuse à laquelle Raphael ne pouvait pas résister. Lorsque le front de Noah s’attarda sur celui de Raphael pour bloquer son visage, ce dernier ferma obstinément les yeux pour se protéger de ce qu’il pourrait voir devant lui. Il ne voulait pas ouvrir les paupières et lire le détail de ses pommettes, l’étendue flatteuse de ses cils, le galbe de ses lèvres. Noah savait pourtant qu’il n’était pas fait pour être aussi près. Pas suite à la dernière fois. Perdu, il ne savait pas réellement ce qu’il avait en tête. Il entendait les mots pourtant. Il les entendait et les comprenait. Muet et mal à l’aise, il retenait dans un pincement de lèvre furieux des gémissement de douleur, des hoquets de terreur. Noah ne comprenait pas. Noah ne pouvait pas comprendre, puisqu’il ne savait rien. Remuer l’amour n’arrangerait rien. Ou si lui pouvait tourner la page, il ne pourrait plus. Il serait bloqué dans un amour trop brillant. Un amour violent qu’il avait vainement enterré sous les consignes de sa femme. Dire la vérité aujourd’hui s’était dévoiler une déferlante de sentiments et de douleur. Raphael n’en était pas capable, pas comme ça, pas aussi près de lui. L’une de ses mains quitta sa taille pour venir se poser entre leur deux corps. Il se servit de son bras replier pour éloigner imperceptiblement Noah. Il utilisa le plat de sa main sur son torse pour appuyer une pression, ou pour malgré lui refermer ses doigts sur le col de son t-shirt. Il avait beau avoir les yeux clos, avoir le corps qui s’agitaient de mouvement timide de malaise presque illisible, chacun de ses nerfs ressentaient la présence de Noah, son poids contre le sien, son souffle sur son visage. A cette distance, il avait même l’impression de pouvoir deviner la chaleur de ses lèvres. Il plissa ses yeux fermés plus fort, il s’accrocha au col de Noah au lieu de le repousser violemment, il chercha à reculer sa tête plus loin, mais il n’y avait pas d’espace, seulement la porte. Dans une plainte douloureuse et sifflante il avoua « Si tu ne te recules pas je vais t’embrasser. » Et il ne voulait pas le faire. Il se souvenait encore trop bien de leur dernière retrouvailles. Et il était venue pour s’en excuser, pas pour recommencer.

Dans l’optique de donner à Noah ce qu’il voulait, Raphael lâcha les prises qu’il avait sur le corps de Noah et colla le plat de ses mains sur la porte froide. Il garda les yeux résolument fermés, aveugles à toutes les tentations qu’ils ne connaissaient que trop bien. Il ouvrit la bouche, chercha à parler, ne trouva pas les sons. Sa gorge sèche, cherchait l’air avant de pouvoir parler, ses poumons douloureux se remplissaient difficilement. La présence de Noah rendait les plus simples mécanismes de survit impossible. Il parvint malgré tout à articuler la plus courte partie de l’histoire dans une succession de sons étranglés « She knows. » Et finalement pour lui, c’était l’essentiel. C’était ce qui expliquait tout, de son acte, à la souffrance qui lui tordait chacun de ses muscles. Prenant soudainement conscience de la faible quantité d’air dans ses poumons et des deux mains autour de son visage qui fonctionnait comme deux puissants étaux, la douleur céda progressivement la place à la panique. Il s’agita plus brutalement, cherchant à se dégager de l’emprise de Noah. Ses mains, malhabiles, cherchaient une prise pour repousser l’homme plus facilement. Sa respiration faible et sèche laissa bientôt place à une hyper-ventilation d’asthmatique. En ouvrant la bouche, il cherchait pourtant à dire l’essentiel. « I… love you… so much. » s’était un poison qui sifflait dans ses veines, qui tordait son estomac, qui broyait son coeur au fond de sa gorge. Mettant brutalement plus de pression à dégager Noah, il hoqueta « I can’t breathe ! » Ou du moins, il ne parvenait pas à retrouver une respiration posée, et normal. Il se perdait progressivement dans l’une de ses crises de panique. L’une de celle qu’il ne résolvait que par une fine coupure sur le poignet s’il perdait vraiment le contrôle.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Jeu 24 Déc - 0:40

Jamais aucun de ses caprices n’avait été plus pressant, plus urgent et plus vital. Noah s’accrochait à Raphael comme on supplie de redonner du sens à une vie. Peut-être que c’était exagérer un peu – mais quelque chose avait bien été fissuré chez lui quand l’autre homme l’avait quitté, et l’incompréhension, de minuscule tâche sombre, était petit à petit devenue une gangrène dans toute sa sublime confiance. Noah n’était pas de ces personnes que l’on quitte, parce que Noah n’était pas de ces personnes qui s’engagent. Il n’y avait guère que Tony qui avait eu ce privilège avant le chef d’orchestre, et son geste avait été expliqué par la jalousie, par la petitesse, par la cruauté d’une personne qui ne supportait pas la vue de plus grand que lui. Et puis, ils ne s’étaient jamais aimés. Raphael et Noah, oui. Et tout avait été parfait, pour eux, sublime, jusqu’à l’instant où, brutalement, ce qui semblait tout proche du rêve avait volé en éclat. Il n’avait pas compris – alors il avait cherché en lui toutes les failles, tout ce qui pourrait expliquer cette action, jusqu’à se dégoûter purement et simplement de lui-même. Puisqu’il avait été incapable d’identifier l’erreur, il avait appris à considérer le tout comme une erreur. Puisqu’il n’arrivait pas à voir ce qui clochait chez lui, il avait développé une sorte de paranoïa, intimement persuadé que la seule chose qu’il ne voyait pas était celle qui s’offrait à tous les autres regards. Il n’y avait pas d’autre retour en arrière que la vérité. Comprendre le purgerait de toutes ces tares là, de toute l’incompréhension, pouvoir identifier c’était aussi pouvoir éradiquer. Une part de lui, plus encore que la fierté volée en éclat, voulait ne plus jamais avoir à revivre cette déception abrupte. Il voulait tourner la page. Passer à quelque chose d’autre enfin, ne plus vivre dans ces regrets, et dans cet ignoble sentiment d’inachevé. Parfois, quand il s’attardait trop à la pensée de Raphael, il s’en trouvait nauséeux. Le vouloir encore si fort, à défaut de ne pouvoir se résoudre à en vouloir un autre, lui donnait le vertige.
Il n’abandonnerait pas maintenant. Et tant pis s’il était plus brusque que jamais – tant pis si, dans la pression de la main de Raphael sur son torse, il ressentait bien, quelque part, le désir de l’éloigner. Les yeux de l’autre homme restaient farouchement clos pour ne plus voir les siens, qu’il gardait grand ouverts pour ne pas manquer l’instant de révélation. Noah avait du mal à respirer – mais c’était l’une de ces pressions qui existent, parfois, à la fin d’une traque ou d’une course trop longue, une main brûlante qui est aussi une sorte de libération. Il n’y eut guère que les premiers mots que prononça Raphael qui produirent en lui un électrochoc. Sa tête eut une sorte de mouvement vague, mi-recul, mi-retenu, se braquant brutalement vers la gauche, tirant même un peu sur sa nuque, avant de revenir là où elle était venue. Il aurait dû le laisser en paix, oui, sûrement, il ne voulait pas des dérives de l’autre fois, pas de cette espèce de douleur violente pour les suivre, aussi. Mais l’aveu avait suffit à lui redonner l’envie incandescente de savoir, plus forte que jamais, plus dévorante, aussi.
Raphael avait détaché ses mains de son col. Lui, il serra les siennes un peu plus encore. Là. Là. Maintenant. Enfin. Il n’en respirait presque plus – et dans l’entreprise de retenir son souffle, son buste avait pris une posture étrange, comme cherchant à éviter la chaleur de Raphael à tout prix sans pour autant vraiment s’éloigner. Pourtant, les deux mots prononcés le laissèrent stupides. Il les comprit sans les comprendre – souffla un « What ?! » avant même de saisir les syllabes. Il sentait que la solution était là – mais qu’elle lui échappait quand même, par des imprécisions qui le mettaient en rage, qui lui tiraient l’une de ces blanches colères d’impuissance. Ses mains s’étaient enfoncées plus profondément dans les cheveux de Raphael, étendant leur pression sans même qu’il ne s’en rendre vraiment compte. Il répéta son interrogation une fois, deux fois, à peine troublé par les doigts qui cherchaient à nouveau à défaire sa prise – la troisième vint se perdre sur ses lèvres aux mots qui jaillirent tout à coup. La rage sèche se mêla dans un semblant de gémissement de bête blessée. Il y avait tout à coup une sorte de déception et une vive brûlure, qui, à deux, écartelaient son ventre de douleur. Son corps tout entier avait été pris d’une sorte de sursaut, pas de répulsion mais de trop plein d’émotion, abattu sur lui dans une violence inouïe – une part de lui avait envie d’éclater en sanglots là, tout de suite, de répéter à Raphael que lui aussi l’aimait encore, tellement, beaucoup trop, l’autre avait envie de lui cracher au visage pour oser lui infliger cela, maintenant. Tout sens avait été définitivement aboli. Là où il y avait une question, quoique pressante, il y en avait maintenant des centaines, qui se bousculaient au bord de sa bouche.
Les hoquets douloureux de Raphael furent un nouvel électrochoc – il entendit tout à coup les efforts erratiques de sa respiration, retira ses mains aussi vite que si elles s’étaient trouvées dans un brasier. Dans l’urgence, il n’eut pas réellement le temps de penser à ses mouvements. Il avait envie de partir, de claquer la porte, de ne plus se retourner, c’était son tour, son tour de faire ce que l’autre homme lui avait fait – mais à la place il posa une main sur sa poitrine, et, impératif, laissa tomber un mot : « Calme. ». Ses doigts imprimaient des mouvements presque imperceptibles, redessinant le rythme d’un souffle normal – une injonction subtile, toute proche de celles que lui donnaient son chef d’orchestre quand il tentait de dompter ses poumons pour ne pas ruiner un air. « Respire avec moi. Doucement. Expire. Inspire. Expire. Allez, Raphael. S’il te plait. Fais-le pour moi. » Il s’était reculé d’un pas – son bras était tendu, appuyé contre l’autre poitrine. Les mots étaient prononcés douloureusement, entre des dents serrées. Quelque part, au fin fond de son crâne, la phrase qu’avait prononcé Raphael n’avait de cesse de se répéter – les « i love you so much » distordus dans un absurde écho. Le pli de sa bouche avait un accent de souffrance. « S’il te plaît. Calme toi. Et explique moi. » Il n’y avait plus que ces deux choses qui comptaient réellement à cet instant, et elles étaient l’expression la plus brute des deux sentiments qui agitaient son ventre : les feux mal éteints d’une part, l’envie désespérée de comprendre de l’autre. Son autre main, dans un réflexe d’un autre temps, alla doucement se poser sur la taille du chef d’orchestre, signe muet de présence. « Doucement. Respire avec moi. » qu’il souffla une nouvelle fois. Il ne trompait personne. Même lui avait du mal à remplir des poumons comprimés par la douleur. Et pourtant, c’est un « Tout va bien. » qui franchit sa bouche, souvenir ironique d’une toute première nuit passée ensemble, il y avait des années lumière de cela.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Dim 10 Jan - 2:02

Raphael, parce qu’il savait, ne voulait pas lui dire. Il savait bien que ce qu’il avait à dire ne pouvait pas aider à tourner la page. Peut importe ou se situait désormais les sentiments de Noah. Ils s’étaient aimé. Ils s’étaient aimé comme si c’était la seule chose juste à faire. Cela avait été naturel, brillant, magnifique. Ils s’étaient aimé, et le souvenir ne disparaissait jamais tout à fait. Peut importe les sentiments actuels de Noah, entendre ceux, intacte, de Raphael n’était pas un coup de pouce pour fermer la porte. C’était un bras d’honneur à ces deux ans de ruptures. C’était un aveux d’erreur. C’était avouer que toute la souffrance ressenti aurait pu ne jamais exister, parce qu’il n’avait jamais voulu cela. Il ne voulait que lui. Ainsi, il ne voulait pas lui dire, il voulait retenir contre lui ces certitudes, son amours, son erreur. Il voulait épargner Noah d’une vérité pas moins douloureuse. Mais on épargnait pas Noah, pas lorsque ce dernier avait clairement décidé de tout faire pour savoir. Raphael lui dirait. Il lui dirait, et il ne voulait pas lui dire. Et de la contradiction, du paradoxe, et de la proximité de leur corps naissait la panique. La panique de l’aimer plus que lui même. La panique de l’aimer à ruiner sa propre vie. La panique de l’abîmer encore, malgré tout, et de l’avoir « protégé » pour rien. La panique de ne pas savoir comment tout avouer. La panique incandescente de brûler contre lui sans rien pouvoir faire.

Et quelque part, Raphael était habitué à la panique. En dehors de la musique et du calme olympien qu’il pouvait obtenir, une fois son esprit reposé sur quelques notes, il paniquait facilement. Il suffoquait, lorsqu’on son cerveau ne parvenait plus à suivre. Il suffoquait lorsqu’on se coeur se tordait de douleur. Et il n’avait jamais su l’arrêter. Elles avaient commencé lorsqu’il avait douze ans et que la solitude et l’absence d’amour parental se faisait parfois trop lourd pour ces frêles épaules obsessionnels. Il n’avait réussit à retrouver son calme que d’épuisement, ou parce que son corps saignait d’une douleur blanche et fraiche. Parce qu’il avait toujours été seul pour gérer ses crises. Parce que c’était la solitude qui ranimait les quelques pensées désespérées qui lui tournait parfois en tête. Mais Noah, désormais, avait les accents du désespoir et de la douleur aliénante. S’il peinait à respirer, s’il suffoquait en hoquet douloureux, c’était à cause des doigts brûlants enfoncés jusque dans ses cheveux, c’était pour ses interrogations stupides et étranglés qu’il avait répété comme une lame dans le coeur. Bien sûr qu’il ne comprenait pas tout fait. Raphael n’expliquait rien. Il jetait, sans faire attention, les bases de l’histoire, et pour le reste, il luttait contre lui même pour continuer. Cela résumait bien l’histoire, cela résumait bien le personnage. Une action jetée les yeux clos, rapidement, et une lutte absurde qui s’échafaudait dans sa tête, loin des regards, lorsqu’il remarquait son erreur. Il faisait toujours les mêmes erreurs. Comme si il n’y avait rien à apprendre d’elles.

Comme s’il était bloqué. Et qu’il n’y avait rien à faire, absolument rien à faire. Il la ressentait la prison d’acier se refermer sur sa cage thoracique pour se resserrer. Il ressentait ses bras de fer qui comprimait sa respiration erratique. Un instant, il cru qu’il suffirait que Noah desserre l’étaux qu’il maintenait sur lui pour qu’il puisse à nouveau respirer. Mais il ne se passa rien, tout au plus un hoquet plus violent, plus fébrile, et plus absurde. La panique, plus violente, s’installa pour durer, obligeant le corps de Raphael à subir des soubresauts brutaux. Il fronça les sourcils quand la main de Noah se posa sur sa poitrine. Il le regarda perdu, terrifié, au bord de la suffocation lorsqu’il l’entendit parler. D’accord, Noah voulait l’aider. D’accord, il ne l’aidait pas du tout. Il ne savait pas ce qu’était ce geste sur son torse, mais il ressentait une brûlure, ou un poids dans les poumons. Il savait encore moins comment il espérait que des ordres, légèrement autoritaire, et pressé puisse l’aide à retrouver son calme. Personne ne se calmait jamais avec ce genre d’injonction. C’était généralement le contraire. Et au fond de sa panique naquit une pointe de colère. Qu’il le laisse, ou qu’il l’aide, mais cet entre deux bâtard allait le tuer - sans exagération. Le peu de respiration qu’il arrivait à reprendre était sifflante et atroce, elle lui brûlait la trachée avant d’arriver, incandescente dans ses poumons. Il ressentait une pointe aigu dans sa poitrine, et il se contorsionnait contre la porte, levant la tête pour chercher de l’air. Mais dans cette pièce, il n’y avait rien. Il n’y avait qu’eux deux, et ils se partageaient un air trop rare qu’ils avaient empoisonné. Trop occupé par sa respiration - ou plutôt son absence de respiration - il était incapable de parler, et faisait à Noah - ou à l’univers - de grand geste un peu fou et peu clair. Il attrapa aussi ses poignet qu’il massa fortement avec son pouce, cherchant consciemment à ranimer les plaies les plus fraiches sans rien montrer à Noah. Mais rien à faire, l’épaisseur du bracelet de cuire et des pansements les rendait inaccessible à la force de son pouce. Il entendait encore les mots de Noah, plus doux, des supplique. Son regard se calme et se tinta de triste. il essayait. Il faisait ce qu’il pouvait. Putain. Il faisait tout ce qu’il pouvait. Et si l’autre pensait qu’une vague main tendu sur sa poitrine et une main sur sa taille allait lui suffire à revenir. Il pouvait pas lui en vouloir. Bien sûr qu’il ne pouvait pas lui en vouloir. Stupidement, la promesse ridicule que fit Noah, l’arrêta dans l’un de ses hoquets. Son coeur rata un de ses battements violents. Son hoquet s’étouffa dans gorge. Tout allait bien. La blague. Et pourtant, il avait envie de le croire. Comme à chaque fois que Noah lui avait fait cette promesse, Raphael avait le désir douloureux de le croire, de lui faire confiance. Tout allait bien. Peut être que oui. Comblant le vide, il vint s’accrocher à Noah comme à une bouée de sauvetage. Il noya son visage hoquetant dans le cou de son ancien amant, tandis que ses bras se refermait sauvagement sur sa forte stature. Il glissa une main dans ses cheveux, sur sa nuque. Il respirait encore brutalement dans son cou, rendant surement le contact douloureux pour Noah. Il était désolé, si désolé. Contre son cou, il chercha à y noyer bêtement des « i love you » qui lui permettrait peut être de réguler sa respiration d’une manière ou d’une autre. Finalement, ce fut la chaleur de Noah qui eut raison de sa panique. La chaleur rassurante lié à son épuisement finit de le calmer. Ses jambes tremblaient fébrilement, épuisée. Son corps endolori de l’attaque se reposa quelques secondes contre celui terriblement fort de Noah avant de se détacher honteusement. Les yeux figés contre le sol il bafouilla un « je suis désolé » encore un peu faible. Retrouvant son dos contre la porte il se laissa glisser contre cette dernière, y appuyant tout le haut de son corps. Ses mains jouaient nerveusement sur son jean, ses yeux restaient hagards quelques par sur le sol, sa respiration encore fragile essayait de retrouver un rythme moins douloureux. « Tu es sûr que tu veux tout savoir ? » souffla-t-il nerveux. « C’est pas bon de remuer ces choses là… » les sentiments, les erreurs. « Et rien à changer…Je… » Il l’aimait toujours, il était toujours marié. « Je pensais te protéger… nous protéger… » Se protéger aurait surement été plus juste. Ne rien dire à Noah avait surement été un acte particulièrement égoïste. Il n’avait juste pas su faire autrement. « Je suis tellement désolé Noah. » il articula difficilement une énième excuses, sachant pertinemment qu’à terme, cela ne changerait rien.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Dim 10 Jan - 2:42

Noah était fatigué. Noah avait mal. Le trop-plein d’émotions lui donnait quelque chose comme un début de nausée – et l’envie de s’accrocher à Raphael comme on s’accrocherait à une ancre était presque aussi forte que celle de le repousser brutalement et de s’enfuir. Tout allait trop vite et trop loin. Il avait beau avoir supplié pour les avoir enfin, les informations lui donnaient le vertige. Deux ans n’avaient pas suffi à se préparer, probablement parce que ces deux années n’avaient fait que mettre ses nerfs à vif. Il ne s’était pas renforcé en vieillissant – au contraire, sa belle force, sa splendeur, tout avait volé en éclat, ne laissant que la douleur sourde et des doutes à chaque seconde qui s’écoulait. Il n’avait pas grandi. Il s’était fragilisé – et Raphael était en train de creuser un trou dans son ventre, de ranimer brutalement toutes les blessures mal cicatrisées, tous les remords, tous les regrets aussi. Quand deux bras vinrent l’entourer tout à coup, réduisant à néant cette distance presque sécuritaire qu’il avait établit entre eux, Noah eut une sorte de mouvement de recul, comme pour se dégager de l’étreinte. Le dos tout à coup rigide, sa main s’agita dans un signal d’alerte, sembla toute proche de s’accrocher à la chemise de l’autre homme pour l’éloigner au plus vite. Pas ça. Pas maintenant. Jamais. Plus jamais, même. C’était lui qui peinait à respirer maintenant – et son souffle laborieux tenait de la panique et de la négation en bloc. La pression de Raphael sur son torse semblait un étau, presque une prison. L’air qui balayait son cou l’entraîna à détourner la tête, obstiné comme un enfant, dans une lutte farouche pour limiter le contact. Les « I love you » murmurés tout contre sa peau faisaient serrer sa mâchoire si farouchement qu’il en sentait des pointes de douleur sourde. Non Raphael. Non. Non. Pas ça. S’il te plaît. Il aurait voulu le supplier – mais il n’en avait ni la force ni la capacité. Le supplier de ne pas retourner le couteau dans la plaie comme cela, de ne pas lui rendre les souvenirs de ce qu’il lui avait lui-même arraché. Ce qu’il avait voulu, c’était une libération, pas une nouvelle cage et de nouvelles incompréhensions. Il voulait simplement tourner la page. Il avait déjà perdu trop de temps à regretter leur histoire.
Mais ne pas comprendre le rendait fou. C’était certainement pour cela qu’il était incapable de dégager Raphael, de se déloger de cette étreinte douloureuse pour partir se réfugier ailleurs, faire comme si rien de cette discussion n’était jamais arrivé. Ses pensées s’agitaient vainement en quête d’une logique quelconque, n’aboutissaient à rien, jamais à rien, sinon à plus de questions. Il avait beau être désinvolte, il avait besoin de socles solides pour se construire et pour évoluer – mais Raphael sapait toutes ces bases, ne laissait que la plus profonde des confusions. Quand l’autre homme le libéra enfin et souffla une excuse, Noah eut une sorte de hoquet nerveux, un « Don’t » ferme et définitif, quoique étranglé, incapable d’entendre, incapable de comprendre, déjà trop saturé de douleur et d’interrogations. Dans ce qui ressemblait à s’y méprendre à un instinct de survie, il recula de quelques pas, rétablit un bon mètre de distance entre eux deux. Déjà il était à peu près certain de ne pas pouvoir à nouveau soutenir le contact de Raphael. Perdu, il en retirait presque une forme de dégoût, en tous cas le réflexe de s’éloigner au mieux de la chose qui lui faisait mal. A nouveau, il eut envie de dire à Raphael de partir, et de le laisser enfin tranquille, mais, quand il ouvrit la bouche, les syllabes qu’il formula furent toutes autres. « Je veux savoir. » Vraiment ? Même lui n’en était plus tout à fait certain. Il aurait, en tous cas, été bien incapable de résoudre l’équation tordue à laquelle il soumettait Raphael. Il voulait savoir, il n’était pas certain de pouvoir encore l’entendre parler. « T’as pas le droit de te taire maintenant. » Mais ce qu’il n’avait pas non plus, c’était le droit de le piétiner encore un peu plus. Il avait commencé. Tant pis. Noah n’avait jamais aimé les demi-mesures, il n’aimait pas non plus l’inachevé. L’inachevé l’avait toujours rendu fou, parce que son imagination, son défaitisme crasse, tout se conjuguait pour combler les vides et lui donner les accents âcres de la douleur. « Dis-moi. Explique-moi. » Il inspira profondément, ajouta après un bref silence : « S’il te plaît. ». A nouveau, pourtant, il recula d’un pas, croisant les bras dans une position presque défensive. Nerveusement, sa main vint chercher les lignes de son nouveau tatouage, les reliefs qui persistaient encore sur la peau un peu rougie. Il faillit glisser un « Don’t hurt me again, Raphael », se retint de justesse, se raccrochant en panique à de derniers lambeaux de dignité. A la place il releva la tête, mâchoire toujours serrée, comme pour se donner les aspects de la fermeté et de la conviction – son allure était presque sévère mais n’était bien que cela, une allure, où ses yeux jaugeaient l’autre homme mais le faisaient surtout avec douleur. « S’il te plaît » souffla-t-il une dernière fois. Sa voix lui sembla à lui-même étrangement distordue, comme affectée par l’effort physique et moral qu’il lui fallait pour encore se tenir droit, ferme, redresser les épaules, préserver ses apparences chéries et sa confiance factice. A ce stade, il regardait presque Raphael sans le voir. Le vertige était toujours là, son cœur et son ventre douloureux, ses poumons échouaient lamentablement à leur tâche ordinaire. Mais il ne s’écroulerait pas. Pas là. Pas maintenant. Il recula une dernière fois, un pas, juste un pas, dernière minuscule sécurité pour ne pas devenir fou de la présence du chef d’orchestre. Là. Il pouvait encaisser tout ce qu’il aurait à lui dire – ou tout du moins il entretenait cette idée avec une sorte de désespoir fébrile.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Dim 10 Jan - 2:58

La honte fragilisait ses sens. La douleur, la souffrance et l’amour nouait son estomac, rendait difficile sa respiration. La vérité pulsait dans sa tête comme une migraine infernale qui ne trouverait pas de fin. Il voulait le lui dire. Juste pour poser toutes les cartes, pour soulager le fardeau, pour tourner la page, pour voir ce qui se passerait, après. Il voulait juste tout cracher. Parce qu’il ne pouvait plus rien porter de plus. Mais il ne voulait rien dire. Parce qu’il était terrifié. Pétrifié de la réaction de Noah, de tout ce qui pouvait bien se produire après. Dire la vérité, c’était rendre absurde ses deux dernières années. C’était trop tard, il le savait, il ne le récupèrerait pas. De toute façon, il ne pouvait pas. Rien avait changé. Jane était toujours là. Il en était toujours au même point. La honte incisa un peu plus son courage. Il ne s’était pas amélioré. Il était resté immobile. Il ne s’était pas libéré. Au mieux il avait resserré les liens sur ses poignets, sur sa gorge, autour de son coeur. Et il suffoquait dans sa cage. Est- ce que la vérité pouvait vraiment libérer ? C’était ce que Noah espérait surement. Il le voyait dans ses yeux, lorsqu’il osait s’y risquer. Il l’entendait dans sa voix, lorsque cette dernière suppliait. Il finissait par fermer les yeux, pour y noyer ses larmes, pour ne pas voir ce qui se tramait du côté de Noah. Cela ne l’empêchait pas de le ressentir. Il savait qu’il s’était reculé. Il savait qu’il n’aurait pas du forcer comme ça sur lui un contact aussi brûlant. Il était désolé. Il n’avait plus le droit de l’être. Il l’avait trop été. Il l’était trop. Il savait à quel point ce genre de contact entre eux pouvait être aussi nécessaire, brûlant qu’intolérable. Il savait qu’ils oscillaient entre lumière fébrile et ténèbres épouvantables. Il savait qu’il devait parler, maintenant, qu’il ne pouvait plus revenir en arrière. Il le savait, et pourtant, il ne parvenait pas à s’y résoudre. Les mots s’agglutinaient au fond de sa gorge en un noeud impitoyable. Alors il repoussait l’échéance, il vérifiait que c’était bien ce que Noah voulait. Oui. Bien sûr. Evidement. Il n’y avait pas d’autre alternative. Il le savait. Il n’avait pas réellement besoin de demander. Pourquoi espérait-il tout de même le voir changer d’avis ? Parce qu’il était lâche. Lâche et impuissant, et que comme à son habitude, il préférait rester immobile qu’avancer dans un sens ou d’un autre. Mais il ne pouvait pas le faire indéfiniment. Il ne pouvait plus le faire. Il n’avait plus le droit de le faire. Il était au bord de la falaise. Il sentait le vide sous ses orteils. Il n’y avait plus qu’à sauter. Fermer les yeux, respirer un bon coup, et puis sauter. Il posa ses mains à plat sur le sol, regardant farouchement les infimes variations du sol et les imprimant dans ses rétines. Il chercha à avoir une respiration stable et puissante. Il se pinça la lèvre, chercha du courage là ou il n’y en avait de toute façon pas. Il sauta.

« Quand je suis rentré de Paris… Elle m’attendait. Elle m’attends jamais. » souffla-t-il, pour commencer. Autant tout lui dire, autant tout lui raconter, depuis le début. Comme ça, peut être qu’il comprendrait. Peut être même qu’il accepterait qu’il n’y avait pas grand chose d’autres à faire, qu’il avait fait le meilleur choix pour eux deux. Mais l’avait-il vraiment fait ? « Elle avait un sourire calme et terrifiant sur le visage, j’ai mis un moment à y lire le dégout. » Il ne savait pas pourquoi il remontait aussi loin, pourquoi soudainement il s’appliquait à dire les détails. Il le revoyait encore ce regard, il lui perforait l’estomac. Et même s’il avait l’impression de revivre la scène à nouveau, il avait besoin de lui dire pour lui faire comprendre. Il voulait qu’il comprenne que lui aussi il l’avait ressenti cette chute brutale dans son estomac, cette sensation de vertige, puis de désespoir à mesure qu’il comprenait qu’il n’y avait pas d’autre porte de sortie. « Elle savait, je ne sais pas depuis combien de temps, mais un moment, suffisamment pour me faire suivre… » Il avala difficilement. Il ressentait à nouveau la poussée d’adrénaline - avant la chute - le sentiment de ne plus rien avoir à perdre, de pouvoir prendre sa liberté. Il savait de toute façon, il n’y avait plus rien à perdre, elle ne le regarderait plus jamais pareil, il l’a dégoutait. « Elle avait un dossier, des photos… J’ai pensé qu’elle voulait le divorce… Je… » Il s’arrêta net, la gorge nouée, conscient que Noah ne pouvait pas comprendre. Noah n’avait pas les cartes, il ne les avait jamais eu. Parce qu’il ne lui avait jamais vraiment parlé de Jane, ou de sa famille, ou de la manière dont il s’était marié. Ils avaient ignoré le sujet, parce que c’état mieux comme ça, parce que ce n’était pas important. Elle aurait du vouloir divorcer. C’était la réaction la plus logique. Noah ne comprendrait pas. Il passa ses mains sur mon visage, soupira et se mordit la lèvre. Il ne voulait pas mêler Maggie à tout ça, pas encore une fois. Il ne voulait plus rien dire. Il n’avait jamais voulu dire la vérité. Il ne voulait pas remettre sur le tapis la fin de leur relation. Parce que c’était absurde. Même pour lui. « Elle m’a fait comprendre que si je tentais un divorce elle avait de quoi me retirer la garde de Maggie. » Et peut être qu’elle l’avait. Il n’y connaissait rien. Dans tous les cas cela aurait eu des effets désastreux pour l’adolescente. « Elle avait quinze ans Noah… Je pouvais pas la laisser être prise au milieu de tout ça…Ca l’aurait détruite… » Il avait remonté ses genoux sur sa poitrine et les tenait maladroitement avec ses mains. « Je suis désolé de t’avoir mis dans cette situation… J’ai jamais voulu te faire souffrir… » Et il ne pouvait pas être plus sincère. « J’ai été lâche… j’ai mis en danger ma fille… Je serais parti si j’avais pu le faire sans la blesser… » Sa mâchoire était désormais si serrée qu’il était sûr de ressortir d’ici avec une violente migraine. C’est sans voix qu’il souffla « Je suis tellement désolé. »
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Dim 10 Jan - 3:22

Un pas, puis un autre, puis un autre, toujours en arrière. Reculer semblait la seule chose à faire – au moins physiquement, puisque éviter la confrontation et les explications semblait dorénavant impossible. Le paradoxe avait quelque chose d’impossible, et pourtant, Noah n’était plus capable d’agir autrement qu’en se livrant à ce tiraillement – tant pis pour la pression sur ses poumons, pour cette impression d’être à bout de souffle, épuisé. Son regard se posait, dur, sur la silhouette prostrée d’un homme qu’il avait aimé plus que tout, et que, quelque part, il aimait encore. Quelque chose de la fêlure de son corps, des muscles déchirés et des os brisés, se lisait sur son visage, l’infime trame d’une faiblesse, l’indice d’une trace vulnérable. Si l’idée de s’enfuir avait germé dans ses pensées, grandissant même jusqu’à s’enfoncer dans quelques racines, il y avait renoncé net, et se livrait sans vergogne à ces vérités que Raphael avait à lui dire, même conscient de la douleur qu’elles pourraient causer. Le souvenir de leur rupture était encore vif dans son esprit – lui qui oubliait si vite, si tôt, et n’avait gardé presque aucun souvenir de son adolescence et de sa prime jeunesse, il avait encore à l’esprit chacun des mots que l’autre homme lui avait prononcé, et aussi cette intolérable souffrance qui lui avait bouffé le ventre quand il avait compris que ses suppliques ne serviraient à rien. Tout était là, tout était intact, cette mixture étrange d’humiliation et d’incompréhension, de regrets et de remords, de rage blanche et d’amour désespéré. Il la portait encore en lui comme une faute cuisante, avec toute l’intensité d’une trahison. Raphael l’avait trahi presque autant que Noah s’était trahi lui-même, en se laissant abaisser plus bas que terre, piétiné pour la toute première fois en une décennie qu’il daignait se livrer. Il avait  trop perdu ce jour là pour oublier. Sa dignité elle-même avait reçu un coup presque mortel. La seule chose qu’il espérait encore, c’était que toutes ces choses n’avaient pas été pour rien.
Et quand la première sentence tomba, il eut une sorte de regard agacé, presque noir – comme l’air de dire « et qu’est-ce que tu veux que je fasse de ça, Raphael, hein ? », de couper court à des choses superflues. Jane avait toujours été un sujet sensible pour lui, le simple fait d’entendre son nom prononcé suffisait à mettre ses nerfs à vif. Là encore, c’était l’humiliation et le formidable ego de l’homme qui s’exprimaient, dans une sorte de jalousie perfide contre la femme qui avait eu ce qu’il avait voulu, qui avait gardé ce qu’il aurait voulu garder. Quand il l’avait rencontrée au soir de la première du Phantom of the Opera, il avait presque senti sa peau se replier sous la morsure âcre de l’avilissement, lisant dans le visage de l’épouse une sorte de triomphe écrasant, sentant sur le sien toutes les marques de la défaite. Il la haïssait - il n’avait aucune envie qu’on lui parle d’elle, aucune. La suite, elle lui arracha une sorte de tic nerveux. Il n’avait pour le moment ni cherché à comprendre réellement le sens des paroles, ni cherché à savoir si ces choses lui convenaient. Jusque là, il avait simplement pensé que Raphael s’était lassé de lui. Ou pire. Que Raphael avait simplement choisi de retourner à son grand et beau mariage, à sa petite famille, échouant à assumer tout ce qu’il était réellement, échouant à l’assumer lui, ou considérant tout bonnement et simplement qu’il n’en valait pas la peine. Dans tous les tableaux, Noah s’éteint peint ainsi. Défait. Inutile. Humilié. Stupide. Les adjectifs ne manquaient pas pour se décrire lui-même, et se résumaient à la perfection en un seul, le plus cruel : insuffisant.
La première révélation lui arracha un regard glacial. Son souffle se coupa brutalement – comme un coup de poing dans le ventre et, pour la toute première fois depuis que Raphael avait pris la parole, il fit un pas en avant, dans une sorte de rage brutale et cavalière. Même pas contre Jane, même pas contre lui-même, plutôt contre cet homme qu’il avait aimé plus que tout, dont il avait cru aussi être aimé, et qui au lieu de tout le dégoût franc qu’il lui avait imaginé lui avait simplement… menti. Parce que c’était cela, du mensonge. Du mensonge pur et dur et puis de cet autre, plus fourbe et plus douloureux encore, par omission. Une syllabe lui échappa, un « Tu… » étranglé avant qu’il ne ravale sa colère. Tout. Il avait besoin de tout. Tous les éléments. Et la mention de Maggie, au lieu de l’apaiser, ne fit que rajouter à la haine. Les suppliques sonnaient faux à ses oreilles. Oh, c’était peut-être la vérité, il ne savait plus vraiment que croire mais sûrement que Raphael ne lui mentait pas cette fois-ci, mais elles sonnaient au moins furieusement déplacées et douloureuses. « Tu te fous de moi, c’est ça ?! » Son ton avait été urgent – partant curieusement dans les aigus sur les dernières syllabes, comme sous le poids conjugué de toutes les émotions retenues. Il fit à nouveau un pas en avant, puis un autre, puis un autre, plus vite qu’il ne l’aurait voulu ou songé. Quelque chose venait d’éclater en lui, et il avait cessé de penser. Il avait cessé de penser quand il se pencha pour saisir Raphael par le col, et, de toutes ses forces, le redressa jusqu’à pouvoir le plaquer contre la porte à sa hauteur. La pression de sa main était certainement douloureuse, sûrement même qu’elle coupait quelques arrivées d’air. « Tu as… » commença-t-il, avant de se couper net et de reprendre « Tu es… » une sorte de rire tordu. « Désolé, hein ? » acheva-t-il, la bouche tordue dans un rictus absurde. Il lui avait fait mal. Pour ça. Pour rien. Il lui avait fait mal et il était désolé. C’est comme dans une volonté primaire de faire mal à son tour qu’il raffermit sa prise d’une main, abattit son poing en travers de son visage de l’autre, avant de lâcher net sa prise et de reculer à nouveau.
Il avait frappé Raphael. Il avait frappé Raphael et c’était, quelque part, plus libérateur encore qu’il n’aurait pu l’imaginer. Tant pis si son bras tout entier tremblait, si une douleur sourde se répandait dans ses phalanges, aussi. Il n’avait pas frappé qui que ce soit depuis son adolescence, quelques réflexes avaient disparu avec les bagarres de cours de récréations. Il s’en foutait. Il avait détourné la tête pour ne pas le voir. « Tu me… » dégoûtes. C’était ça, le mot qu’il cherchait. Il n’arrivait pas à le prononcer, il recula à nouveau, eut un nouveau bref rire nerveux. « C’était trop compliqué de me dire ça, hein ? Trop compliqué pour toi ? T’as préféré tout faire dans ton coin et me… » Le laisser dans l’ignorance. Comme s’il ne comptait pas, comme si ce qu’il pouvait bien en penser ne comptait pas, ne comptait pour rien. Il aurait pu trouver une solution. Ils auraient pu essayer, au moins ça, il aurait aimé, essayer, se battre, avoir une chance, quelconque, ne pas être simplement… mis de côté comme ça. Au lieu de simplement tourner la page. De perdre deux ans à se haïr lui-même pour des travers qu’il n’avait pas commis, qui n’avaient jamais été les siens. « Va te faire foutre, Raphael, j’avais le droit de savoir ça. » qu’il cracha, presque à bout de souffle. Deux ans pour rien. Le silence pour rien. Il était… écœuré. Tout simplement écœuré, dégoûté de cette histoire, dégoûté aussi de son cœur qui s’épanchait toujours douloureusement, du poids sur son ventre, des regrets qui persistaient.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Dim 10 Jan - 17:47

Voilà. Raphael avait tout dit. Et déjà il savait qu’il n’aurait jamais du le faire. Ou il aurait du le dire plus tôt. Il aurait du lui avouer directement. Comment, il ne savait pas. Par lettre peut être. C’était quelque chose de très lâche à faire. Mais finalement c’était exactement ce qu’il était, un lâche. Et il l’avait toujours été. Il n’avait jamais été fichu de dire ce qu’il pensait, ce qu’il ressentait. Il avait toujours vécu caché, coincé, il n’avait jamais élevé sa voix, il ne s’était jamais battu pour ce qu’il voulait. Il avait eu peur. Il avait été terrifié. Terrifié qu’on ne l’aime pas, qu’on ne l’accepte pas, qu’on le laisse tomber. Il s’était enfermé dans cette prison de peur et de non acceptation parce que c’était plus simple que de tout affronter. Raphael était lâche. Et la seule raison pour laquelle il avouait enfin la vérité, c’était parce que Noah la demandait. Et il ne savait pas mentir. Il savait fuir, mais ici, il s’était retrouvé coincé. Il n’avait simplement plus eu le choix. Comme d’habitude, il faisait l’autruche, il fuyait, toute jambe à son cou, jusqu’à se retrouver contre le mur. Raphael n’agissait jamais autrement que sous l’obligation. Il aurait quitté Jane, il l’aurait vraiment fait, non pas parce qu’il l’avait promis et parce qu’il en avait envie - ce qui ne voulait pas dire que ce n’était pas le cas - mais simplement parce que son mariage était définitivement arrivé au bout, qu’il n’y avait plus eu d’autre choix. Du moins c’était ce qu’il avait pensé, ce qu’il avait espéré pendant quelques secondes. Et puis un autre mur était tombé entre lui et l’idée du divorce, ne laissant plus d’autre choix que la rupture. Il aurait pu le faire dans la plus grande transparence. Il n’avait pas eu le courage, et il avait fuit. Et cette rupture, cela faisait deux ans qu’elle arrivait, encore et encore, jour après jour, parce qu’il n’avait pas voulu la faire correctement, parce qu’il n’avait pas su la faire dignement. S’était seulement aujourd’hui, après deux ans de souffrance, qu’il consommait la rupture en disant la vérité. Et seulement parce que Noah ne lui avait plus laissé d’autres choix.

Il était pourtant incapable d’imaginer comment Noah allait réagir. Il aimerait qu’il comprenne. Il se doutait néanmoins que cela n’arriverait pas. Il ne pouvait cependant pas prévoir grand chose. Il n’avait jamais mis Noah en colère - vraiment en colère. Il l’avait rendu triste, terriblement triste, comme il l’avait rendu magnifiquement heureux aussi. Mais il ne l’avait jamais vraiment énervé. Peut être qu’il ne l’avait jamais déçu aussi. Quoiqu’il en soit il n’espérait aucun dénouement positif vraiment. Il avait suffisamment bien compris ce que lui avait dit Noah la dernière fois. Il le haïssait. La vérité ne changerait rien. Elle n’arrangerait rien surtout. Son amour ne soulagerait pas deux longues années de douleur. Il le haïssait. Il était finalement arrivé à son but stupide, maladroit et inutile. Noah le haïssait, et pourtant ne l’avait toujours pas laisser totalement partir. (Il n’était pas totalement dupe pour autant, on était pas aussi attaché à la vérité si on s’en foutait complètement) Néanmoins, dans un surement vain espoir de limiter la casse il espérait n’être accueillit que par un violent « dégage ». A croire qu’encore une fois, il rêvait surtout d’avoir l’opportunité de fuir. Comme si c’était finalement la seule chose qui importait, maintenant qu’il n’avait plus rien à donner, plus rien à faire pour arranger la situation. Il voulait fuir, disparaître, aller panser ses plaies à l’abris des regards. Mais en attendant la sentence, il restait là, le coeur qui battait atrocement fort dans sa poitrine, les yeux rivés au sol incapables de soutenir le cheminement de Noah, les oreilles anormalement attentives à ce que Noah pouvait dire, mais bouchées sur tout le reste. Ainsi, il l’entendit bégayé. Il sentit le que le « dégage » tant espéré ne venait pas. Que quoiqu’il se passe en Noah, cela avait du mal à sortir, à venir, qu’il avait été lui aussi, mis les pieds au mur par l’aveux de Raphael. Il se mordit la lèvre jusqu’à saigner, retenant son souffle et fermant les yeux jusqu’à sentir un début de migraine. Positionné ainsi il ne vit pas, n’entendit pas Noah avancer. Il sentit juste deux mains forte le saisir par le col et le relever brutalement contre la porte. Raphael eut un hoquet de terreur devant la violence de Noah. Il avait envisagé qu’il puisse être énervé, vraiment énervé, il n’avait pas imaginé qu’il puisse le violenter. Il le regarda terrifié, respirant difficilement en hoquet douloureux à cause de la prise brutale de Noah sur sa gorge. Il aurait pu parler. Peut être qu’il aurait pu se défendre. Mais il n’y avait plus rien à dire. Plus rien à faire. Rien ne pourrait arranger ce qu’il avait fait. Il lisait la haine furieuse dans le regard de Noah. Il y lisait aussi ce sentiment qui lui rinçait l’estomac à l’acide; le dégout. Il l’avait vu dans le regard de Jane le jour ou elle lui avait avoué tout savoir. Il le lisait de manière presque aussi limpide dans les yeux de Noah aujourd’hui. Une lame dans son coeur. Ses yeux s’emplirent de larme, flouèrent sa vue, l’empêchèrent de voir arriver le poing. Il n’aurait rien pu faire de toute façon. Il n’avait pas les réflexe suffisamment aiguisé pour parer le coup. Et il ne pouvait guère bouger. Il ne sut pas dans quels sens la suite se produit. Peut être que le nez craqua en premier, déclenchant une douleur blanche et abominable dans ton son crâne. Peut être bien que se fut d’abord l’arrière de son crâne qui s’éclata contre la porte le poussant jusqu’à l’inconscience. Il eut l’impression que sa tête fut prise dans un étaux brutalement resserrée l’espace d’un dixième de seconde. Comme si la porte, en accord avec Noah était elle aussi venue violemment à la rencontre de sa tête. La pression de Noah qui le maintenait contre la porte debout s’effaça presque tout de suite après le coup. Ou alors c’était juste avant ? Et Raphael s’effondra comme une poupée de chiffon. Il aurait du simplement s’évanouir. Et peut être qu’il l’avait fait pendant quelques secondes. Ses yeux papillonnaient entre la conscience et l’inconscience. Sa tête raisonnait de la même douleur blanche, faisant un ping pong entre son nez et l’arrière de son crâne. Il sentait le sang couler jusque dans sa bouche, mais son cerveau n’arrivait pas à se concentrer pour trouver une solution. Un goût âpre de fer se propagea dans sa bouche. Il sentait la colère de Noah encore vriller autour de lui. Ou peut être était-ce parce qu’il parlait toujours. Il souffla un nouveau « désolé » terriblement faible qui eut comme seul effet de faire rentrer plus de sang dans sa bouche. Lorsqu’il parvint à retrouver suffisamment de conscience pour diriger ses membres, il leva une main vers son nez et lâcha un gémissement de douleur. Il s’était jamais battu, et il ne s’était jamais non plus fait passer à tabac. Il supposait qu’il le méritait. Il aurait voulu être plus loquace et s’excuser encore, si jamais cela servait à quelque chose. Mais rien ne venait. Son nez ne s’arrêtait plus de pisser le sang, et la douleur ne s’atténuait pas. « Mou…choir » marmona-t-il plusieurs fois à l’attention de Noah. Il se sentait aussi pitoyable que misérable, et par dessus toute la douleur, il avait désormais envie de vomir. Le dégout avait quelque chose de contagieux.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Dim 10 Jan - 17:58

C’était une douleur sourde qui remontait de son poing, dans l’index et dans le pouce, concentrée sur les phalanges. Avec une ironie certaine, Noah finit par se rendre compte qu’il avait bêtement oublié de rentrer ce dernier contre sa paume, et, pour un peu, l’inexpérience lui aurait arraché un rire, tant elle manquait de corrélation avec son apparence physique. Il n’avait pas le cœur à rire, ni même la tête. Tout était à cette espèce de rage blanche, de déception et de dégoût, tout était à ces émotions douloureuses qui pulsaient dans son ventre, qui nouaient sa gorge. Il n’avait même pas accordé un regard à Raphael – il s’était contenté de cracher les mots qu’il avait sur le cœur, et qui ne suffisaient pas pourtant à exprimer le ressentiment. Le mensonge avait toujours eu une aura douceâtre à ses yeux, une espèce de répulsion toute particulière. Son éducation avait voulu ça – il n’avait pas souvent été le fils idéal, mais ses parents, leur lutte, leur combat, lui avaient donné au moins un ferme système de valeur. Ne rien mentir. Ne rien cacher. Ne pas se laisser aller aux basses lâchetés du silence. Il s’était tenu à ces règles, avait toujours espéré que l’on ferait de même pour lui. Mais Raphael l’avait trahi. Pour lui, il n’y avait pas d’autre mot à mettre sur ces actions que celui de « trahison ». Raphael l’avait trahi.
Il avait fini par reculer encore. Brièvement, ses mains s’étaient apposées sur son visage, comme pour tenter d’échapper quelques secondes à la réalité, ou bien reprendre ses esprits. Il n’arrivait plus à penser correctement, il le savait. La pression de deux années s’était relâchée en un seul coup, et tout ce qu’il sentait c’était son cœur qui battait la chamade, la douleur aigre, la colère, aussi, qui lentement mais sûrement venait dépasser tout ce qu’il lui restait d’amour. Il n’était pas capable de prononcer le mot, mais Raphael le dégoûtait, le dégoûtait pas sa lâcheté et par son silence, le dégoûtait pour lui avoir menti, et quelque chose en Noah échouait à conjuguer les sentiments coupables qu’il entretenait toujours, la certitude enfin de n’avoir rien fait de mal dans cette histoire, et cette répulsion d’enfant qui voit éclater un mirage. Il n’entendait plus Raphael, plus vraiment. Les aspirations pénibles pour reprendre son souffle ne lui parvenaient qu’à grand peine, en tous cas il n’en avait pas conscience. Le « désolé » qui parvint à ses oreilles, il lui répondit seulement d’un vague rire, sans réaliser combien il avait été manifestement difficile à prononcer. Le premier murmure, lui, passa totalement inaperçu. Le second, il l’ignora. Ce n’est qu’au troisième qu’il mit enfin fin à son mouvement de recul, braqua son regard sur l’autre homme, réalisa un peu le charnier. Réalisa, en tous cas, la quantité de rouge qui s’étalait sur son visage, le sang qui avait commencé à tâcher la chemise, son air hagard. Il ne regretta pas pour autant. Quelque part, il se dit seulement que Raphael ne méritait que cela. Il n’avait pas le cœur à rire, il n’avait pas non plus le cœur à la pitié. Tout juste un bref râle franchit ses lèvres, avant qu’il ne s’empare des mouchoirs desquels il retirait ses dernière trace de maquillage de scène, disposés devant son miroir.
Il n’avait pas envie de s’occuper du chef d’orchestre. Ce n’était pas qu’il n’assumait pas les conséquences de ses actes – toujours pas de regrets, non, seulement une profonde lassitude, toute encore teinte de colère. Pendant un instant même, il se demanda pourquoi il se rapprochait à nouveau de lui au lieu de le laisser seul avec le sang qui s’écoulait copieusement de son nez. Trop tard. Il était déjà juste devant lui, et puis il s’abaissa à son niveau, s’empara sans grande douceur de sa mâchoire. Ses yeux restaient résolument fixés sur son nez, comme pour faire abstraction de tout le reste de son visage. « Bouge pas. », qu’il laissa tomber, clairement un ordre. Alors qu’il s’appliquait à nettoyer son visage des rigoles de sang et à endiguer un peu l’hémorragie, il laissa traîner deux doigts le long de l’arête bizarrement tordue, confirmant au passage un diagnostic quelque peu évident. «Fuck. Broken.» Toujours pas une once de regret. Simplement d’avance une lassitude d’avoir à s’occuper de telles choses, tout en sachant qu’il ne laisserait pas Raphael seul pour autant. Tout un paradoxe – même lui avait renoncé à comprendre. Il soupira. Abandonnant les mouchoirs à Raphael, il rétablit sa posture sur ses talons, fouilla dans sa poche pour en extraire son téléphone portable, commença à composer un numéro. « Je vais appeler Soledad pour voir si elle peut te prendre en urgence là maintenant tout de suite. Et ensuite on va en salle de repos pour te trouver des glaçons. ». Il laissait tomber les informations, presque laconique. Aucune once de panique ne venait pointer dans sa voix, à peine un vague agacement. Pourtant, son doigt resta un long temps en arrêt au-dessus de la touche d’appel, tandis qu’il fixait Raphael sans vraiment le voir, juste en attente d’une réaction ou d’une autre. Un trait d’impatience avait marqué la ligne de sa bouche. Pas une seconde il ne songea à la réaction éventuelle de sa sœur, ou à l’animosité qu’elle entretenait pour Raphael depuis leur rupture. «Tu penses que tu peux te lever ? » demanda-t-il simplement, direct et pratique. La colère et le dégoût pulsaient toujours douloureusement en arrière, il les faisait taire de son mieux, conscient que rien ne changerait s’il se laissait aller à tout cela. Une situation d’urgence était une situation d’urgence. Il aurait presque pu en faire abstraction des mots qu’avait prononcés Raphael, et de la trahison. Toutes ces choses reviendraient plus tard, mais peut-être bien qu’elles reviendraient encore plus fortes encore, nourries par l’agacement et par le temps perdu. Il n’avait pas eu de réponse à ses « pourquoi ». Pas eu de réponse à ses demandes de justifications. Il ne laisserait pas pour autant Raphael s’en sortir avec le silence.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Dim 10 Jan - 18:56

Cela faisait longtemps que Raphael n’avait pas ressentit une douleur physique aussi intense. Subitement tout le reste était annihilé. Il n’y avait plus que cette douleur blanche et vibrante dans toute sa tête. Le choc qu’il avait subit à l’avant et à l’arrière de la tête semblait se répercuter en continue. Il était une cloche qui sonnait les douze coup de minuit, ou la fin d’un mariage, cela n’en finissait pas. Il peinait à garder les yeux ouverts, mais il était incapable d’envisager de s’endormir tant la douleur irradiait. Le sang qui coulait était presque le dernier de ses soucis. Cela n’empêchait pas que c’était désagréable. Il sentait le liquide épais et chaud se répandre sur ses lèvres, son menton, puis sa chemise en un goutte à goutte probablement pitoyable. Il le sentait mais ne faisait rien pour l’en empêcher. Peut être parce qu’il monopolisait toutes ses pensées sur la douleur, ou plutôt sur ce que lui disait Noah. Enfin tout devenait flou, cotonneux, il avait tellement de mal à se concentrer qu’il était difficile de savoir sur quoi exactement il se concentrait. Tout devenait particulièrement brulant et vibrant. La douleur physique était bientôt accompagné d’une brûlure morale. Il ne pouvait rien faire pour lutter. Il savait qu’il le méritait. Il aurait du mieux agir, il n’aurait jamais du lui mentir. Trop tard. Ce qui était fait était fait. Cela avait été fait il y a deux ans. Il savait qu’il ne pouvait plus revenir en arrière. Il aurait espéré ne pas avoir à en arriver là. A ce niveau de dégout qui sature la voix de Noah, cette haine qui assombrit son regard. Il aurait voulu pouvoir lire en lui la réponse à l’amour que lui lui portait encore. C’était naïf, évidement que ce n’était plus là. Et que même si ça l’était encore hier, aujourd’hui tout était fini. N’était-ce pas exactement le but de ce qu’il venait de faire ? Dire la vérité, avouer son amour, se faire frapper, mettre ko et démettre le nez… Voilà, Raphael avait perdu. L’histoire était terminé. Tout le monde pouvait rentrer chez sois. Il n’y avait plus rien à voir.

Sauf que présentement, Raphael ne pouvait pas exactement s’occuper de lui tout seul. Il bavait presque du sang jusqu’au milieu de son ventre. Sa tête ne cessait de basculer dangereusement vers l’avant, ou vers l’arrière sous l’effet de sa somnolence inconsciente. Il se rattrapait dans de violent à-coup qui lui martelait le crâne. Il bafouillait pour demander n’importe quoi pour l’aider. Il ne s’attendait pas réellement à ce que Noah réagisse. Non, pour le coup il s’attendait à se prendre un paquet à la figure. Non pas à cause d’un nouvel accès de violence de Noah, mais simplement parce qu’il l’aurait lancé dans sa direction et que Raphael n’aurait pas été capable de se concentrer sur sa vision pour le rattraper avant le choc inévitable. Il s’attendait à se débrouiller seul. Tant pis s’il aurait l’air d’un handicapé, tant pis s’il faisait ça mal. C’était comme ça qu’il l’avait imaginé. C’était comme ça qu’il le ferait. Mine de rien, cela lui permettait de garder le semblant de dignité qu’il lui restait. Si seulement il lui en restait. Mais non, pas de paquet de mouchoir blanc volant dans sa direction. Mais une ombre qui se rapproche, et le corps de Noah qui se plit devant lui. Puis une main qui se saisit sans douceur de sa mâchoire. Raphael grogne de douleur alors que sa tête semble être pleine de ferraille qui s’entrechoque à chaque mouvement. Un ordre claque, Raphael grogne à nouveau et obéit. Il voudrait lui dire de laisser tomber. Il voudrait pleurer aussi. Parce qu’il ne savait pas pourquoi Noah fait ça, mais il sentait dans la dureté de ses gestes qu’il n’en a aucune envie. Il voulait lui cracher de le laisser tranquille. Qu’il n’en pouvait plus de le voir comme ça. Que ça le brisait. Que ça lui faisait mile fois plus mal que tous les nez brisés, que tous les coup qu’il pourrait lui donner. C’était un allez retour constant. Souffrance moral, souffrance physique. L’une prenait le pas sur l’autre un instant, annihilait tout le reste. Et inversement. Là, il en venait presque à oublier la douleur aigüe et piquante qui s’activait à chaque coup de mouchoir que Noah donnait sous son nez. La présence de Noah pouvait faire ça. Elle le brisait si profondément qu’il pouvait oublier que sa tête était un ni de nerf à vif. Pourtant lorsque Noah fit traîner ses doigts sur la fracture évidente de Raphael, la douleur fut si aigüe qu’elle surgit par dessus tout le reste. Le corps de Raphael se crispa brusquement par reflexe. « No kidding. » hoqueta-t-il dans un gémissement de douleur. Il ne voulait pas ce semblant de pitié ou de sympathique. Il ne voulait rien de Noah. Noah ne voulait rien lui donner. Il avait compris. Qu’il le laisse. Il se débrouillerait. Il reposa son dos contre la porte, chercha à redresser sa tête complètement. Au moins le nettoyage peu délicat de son ancien amant avait eu pour effet de le réveiller. Chaque nerf criait au martyre et sa tête allait exploser en mille et un morceau, mais sa conscience était à nouveau alerte, présente. Il vit Noah se relever presque clairement. Il pensa que ça y est s’était finit. Enfin la rupture se consommait ici, Noah allait partir de son côté. Mais non. Non. Raphael eut une pulsion de colère alors que Noah en faisait trop, beaucoup trop, par rapport à ce qu’il voulait bien faire - qui était surement équivalant à rien. « Laisse tomber » souffla Raphael agacé à la fin de la phrase de Noah. « Tu devrais mettre des glaçons sur ta main surtout… Ca va gonfler sinon. » Oui, surement. Il avait tout de même le visage dur. Et oui, qu’il s’occupe de lui plus tôt. « Et il ne vaut mieux pas qu’on sache que c’est toi le responsable de mon nez cassé… » Violence sur le lieux de travail, d’autant plus que Raphael était techniquement un supérieur hiérarchique de Noah - ou se qui s’en rapprochait - cela ferait mauvais genre. Et cela sans parler du faite qu’ils devraient s’expliquer, l’un et l’autre, et qu’il n’en avait aucune envie. « Et tu me hais, ta soeur me hais… A moins que tu aies besoin de faire ça pour retourner le couteau dans la plaie… Je vais me débrouiller… » Ses mots étaient saccadés, hachés par sa respiration encore un peu faible, par la douleur qui l’irradiait lors de certain mouvement de sa mâchoire. Lorsque Noah lui demanda s’il voulait se relever, Raphael eut un soupire d’agacement. « Je vais me débrouiller » répéta-t-il un peu plus fort, vaguement plus fermement. Non il ne savait pas s’il pouvait se relever. Oui s’était de toute façon trop tôt pour le dire.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Dim 10 Jan - 19:01

Il ne savait même pas ce qu’il foutait là. Il aurait dû partir tout de suite après avoir réalisé la portée de son coup de poing – manifestement il n’aurait pas ses réponses dans l’immédiat, et c’était bien la seule chose qui le retenait encore aux côtés de Raphael. Ou alors, il aurait dû éprouver le minimum vital de compassion, juste ce qu’il fallait pour s’occuper de l’autre homme, un peu de pitié, aussi, voire même des remords, une bonne excuse pour demeurer là et essuyer rudement son visage. Mais non. Il n’avait pas fait ce choix clair, il n’avait pas tranché. Il ne trouvait même pas d’explication à son comportement en lui-même. Il n’avait pas envie de rester et pourtant il le faisait. C’était pitoyable. Il lui semblait juste que c’était la seule chose à faire. Un peu plus décent que lui balancer les mouchoirs à la gueule en lui disant de se démerder tout seul bordel - il avait au moins ceci à répéter à sa conscience.
Mais il ne regrettait toujours pas. Pas le moins du monde. Raphael saignait à grosses gouttes devant lui, le centre de son visage prenait petit à petit une charmante teinte violacée et un petit peu marbrée, cela ne suffisait pas à réveiller ses scrupules, il conservait la certitude d’avoir eu raison. Toutes ces prolongations étaient simplement ridicules et imprévues. Et emmerdantes, aussi, quelque part. Emmerdantes pour tout le monde. Quand l’autre homme rejeta son offre et mentionna sa main, il se contenta de l’agiter d’un coup sec vers le bas, comme si cela pouvait bien suffire à supprimer les restes de douleur sourde qui s’y étendaient paresseusement. Sa voix fut toujours mi-sifflante, mi-cassante quand il lui répondit brièvement : « My hand is perfectly fine.  » C’est malgré tout de la droite, au lieu de la gauche comme d’ordinaire, qu’il s’empara à nouveau du menton de Raphael pour voir, de profil, la forme suspecte que décrivait son nez ensanglanté. Aucune excuse ne franchit ses lèvres au spectacle pourtant grotesque. Il n’en avait prononcé aucune, il ne comptait pas en prononcer un jour. Surtout pas dans l’immédiat. « Stop being silly. Oui, ma soeur te hait. Mais ça serait toujours mieux que d’attendre comme un con pendant trois plombes aux urgences. » Malgré ce qui était ni plus ni moins que des négociations pour mieux faire passer son idée, il avait verrouillé son téléphone d’un doigt, et l’avait reposé au sol. « C’est toi qui voit. Mais laisse-moi te dire une chose : attendre, conscient, avec des os cassés, n’a strictement rien de drôle.  » Son regard, à nouveau, s’était durci un peu. Braqué droit sur son ancien amant, il semblait le mettre au défi de remettre sa parole en cause. Non, il n’y avait strictement rien de drôle dans des os broyés. Dans sa position précaire, à demi-redressé sur ses talons, genoux fléchis, il sentait les chairs de ses mollets tirer sur les cicatrices et les muscles déchirés. La sensation n’était plus foncièrement douloureuse. Elle était, en tous cas, cruelle et inconfortable, comme un souvenir constant de l’intégrité physique qu’il avait à moitié perdue. Quand il se redressa pour de bon, ce fut avec une brève impression de vertige.
« Don’t you die on me, you still have answers to give. » Qu’il glissa, froid et direct, à peine rétabli sur ses jambes. C’est sans un regard vers Raphael qu’il se rapprocha à nouveau de son miroir et de sa coiffeuse. Dans son état d’agacement nerveux, le simple fait de se saisir de sa bouteille d’eau et de nouveaux mouchoirs lui sembla un exploit de bonté et de générosité - presque autant que lui semblait impensable l’idée de ne pas le faire. La remarque qu’avait fait Raphael un peu plus tôt n’avait pas été totalement occultée : rester avec lui tenait du suicide, être tenu pour responsable serait effectivement un meurtre sans préméditation de sa carrière tout juste rétablie, partir était sûrement la meilleure option, mais il restait toujours là. Pire. Il s’accroupit à nouveau devant le chef d’orchestre. La bouteille était remplie à ras le bord de glace compacte, réflexe de survie élémentaire d’un type qui avait grandi dans la chaleur caniculaire et qui connaît les premières solutions pour survivre aux temps fort de l’été – il parvint à en retirer de l’eau fraiche, qu’il appliqua sur un nouveau mouchoir avant d’entreprendre de nettoyer un peu mieux le sang sur le visage de Raphael, avant de simplement lui léguer l’objet, préalablement enroulé dans un dernier mouchoir survivant. C’était précaire. C’était déjà ça. « Pose ça sur ton nez. C’est trop gros, mais pour avoir mieux il faudra aller jusqu’aux salles de repos. Et encore. Le café vers l’entrée peut-être. » Les solutions défilaient dans son cerveau. Appeler les urgences ? Raphael attendrait une éternité. Aller jusqu’à la cuisine ? S’il avait refusé de lui répondre, il semblait en tous cas incapable de se relever. Y aller lui-même ? Avec tout le bordel de cette journée, il y avait une chance pour que Raphael choisisse de convulser et de mourir tragiquement s’il se décidait à mettre un pied dehors. C’est après un long soupir d’agacement que Noah finit par glisser : « Let me call Soledad. Ca ira beaucoup, beaucoup plus vite, on pourra aller directement à l’hôpital, et tout ira bien. De toute évidence, tu peux pas te débrouiller tout seul.  » Et il saurait où le trouver. Surtout ça. Il saurait où trouver Raphael pour avoir ces dernières informations qui lui manquaient, ces « pourquoi tu ne m’as rien dit » demeurés en travers de sa gorge, avant de tourner la page et de claquer la porte pour de bon. Oh, bien sûr, sa petite sœur n’hésiterait pas une seconde à déverser son fiel sur le patient, mais au moins elle ferait le travail vite, et elle ferait le travail bien, comme elle avait veillé à la lente reconstruction des jambes de son frère. C’était le plus simple. Pour tous, et même pour lui.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Dim 10 Jan - 20:13

Raphael ne savait pas exactement d’ou il tirait le sursaut d’égo qu’il employait contre Noah. Il ne savait pas si c’était sage, ou même intelligent. Il fallait seulement croire que c’était instinctif. Il fallait croire que toute la douleur physique du monde ne pouvait totalement masqué celle, mentale, plus profonde et plus vicieuse. La compassion de Noah - pitié serait surement plus juste dans cette situation - lui donnait envie de vomir. Le goût de sang dans sa bouche répondait parfaitement bien à ce sentiment désagréable de nausée. Si Raphael n’avait jamais été un modèle de confiance en lui, il avait toujours su lire une certaine admiration dans les yeux de Noah. Certes, elle n’était que musicale, professionnelle. Mais dans le regard de son ancien amant, il brillait. La noirceur qui sortait aujourd’hui de ses yeux si tendre lui faisait perdre pied bien plus que n’importe quelle fracture. Il aurait pu le battre à mort que cela n’aurait pas eu d’importance, il n’aurait jamais voulu voir un tel regard. Mais il allait devoir faire avec. Ce regard n’irait nul part. Noah n’irait nul part. Il ne savait pas ce qui le retenait encore auprès de lui. Il aurait aimé que la haine éprouvée l’éloigne. Il aurait peut être même préféré qu’après son acte de violence, il lui crache dessus et s’en aille. Mais non, peut être était-ce de la politesse, ou peut être était-ce de la folie, ou encore de la cruauté, mais Noah était là. Noah l’aidait même, du mieux qu’il pouvait, offrant ses services, ainsi que ceux de sa soeur. Sans même être parfaitement conscient, Raphael savait que Soledad était le meilleur choix s’il voulait être soigné rapidement et correctement. Il savait aussi que la jeune soeur de Noah devait désormais le haïr. Il ne s’attendait à rien de mieux. Il avait effectivement traité son tendre grand frère comme un moins que rien. Cela ne serait qu’un juste retour de boomerang. Et un autre jour, il aurait surement accepté les coups sans rien dire, conscient de les mérités. Mais conscient, il ne l’était qu’à moitié. Et s’il ne pourrait en vouloir à Noah pour son geste sachant pertinemment qu’il était dans son droit de le faire, il n’était pas près à recevoir d’autres coups, aussi bien physique que moral. Un instant, il s’était même demandé s’il ne préférait pas supplier Noah de trouver une autre solution pour l’aider. Mais non, il avait gonflé son égo inexistant et il était aller à rebours.

C’était stupide. Il n’était pas taillé pour ça. Premièrement parce qu’il n’avait jamais dit non à Noah, qu’ils soient ensemble, ou qu’ils ne le soient pas. Deuxièmement parce qu’il était mal venu de dire non maintenant, alors qu’il aurait surement éternellement une dette envers lui. Troisièmement parce qu’il n’avait jamais vraiment eu d’égo, et que le peu qu’il avait eu recevait coup sur coup des blessures presque mortelles. Quatrièmement parce qu’il ne sentait à peine tout le milieu de son visage, que son crâne raisonnait comme un cloché au moment de la messe. Alors c’était stupide, et vain. Mais peut être que pour une fois, il espérait que la haine que Noah éprouvait pour lui, aurait raison de la stupide motivation que ce dernier avait pour l’aider. Mais non, évidement que non, dans quel univers Noah laissait Raphael décider de ce qu’il voulait pour lui ? Il leva les yeux quand au déni de l’état de sa main. Bien sûr, sa main allait bien. Etait-il un dieu ? Au vu de l’état de son nez, son poing devait nécessairement être sévèrement endoloris, et d’ici un paquet de minute il deviendrait bleu, sinon violacé. Mais s’il ne voulait pas le reconnaître, Raphael supposait qu’il n’allait pas se battre pour ça. Il n’en avait de toute façon ni la force, ni la présence d’esprit. Mais Noah l’agaçait. Il ne supportait pas cette force sévère qu’il affichait, et la manière dont il le traitait. Il n’était pas un enfant. Et finalement s’il ne l’avait pas mis à moitié KO, il n’aurait pas besoin de le traiter ainsi. Et il n’agissait pas de manière stupide, il agissait de manière un temps soit peu fière. Il essayait simplement de garder pour lui tout ce qu’il pouvait encore avoir. Il n’était pas un tapis que l’on pouvait piétiner à loisir, même si parfois il en donnait largement l’impression. Il aurait pu s’énerver, dans un élan de fierté plus ou moins mal placée, ou simplement pour défendre le faite qu’il se sentait à deux doigts de s’effondrer. Mais une énième intervention de Noah le stoppa net. A l’instant même ou il entendit cette référence à son accident, Raphael resta la bouche entrouverte. Sa gorge se serra, et ses muscles se contractèrent comme sous une absence d’air. Il voulu serrer sa mâchoire, senti une pression dans son visage et relâcha la pression. « Tu as de drôle de manière de me laisser le choix Noah… » souffla-t-il tout de même, tout en rendant les armes. Il n’avait pas l’énergie de se battre, et cela lui semblait futile. Si Noah voulait l’humilier un peu plus devant sa soeur, il supposait qu’il n’allait pas l’en empêcher.

La suite aurait pu être une blague, si cela n’avait pas été si froid et si distant. Raphael aurait pu ricaner, s’il avait été capable de sortir un quelconque son avec son nez sans souffrir le martyre. Dans les faits, il souffrait, et s’énervait. « I get it Noah. If you did want your answer, you should have wait before hitting me. Now be patient. » souffla-t-il, lentement, faiblement, mais avec une certaine aigreur dans la voix. Il voulait bien faire tout son possible pour ne plus voir d’étoile, pour ne pas avoir envie de pleurer pour un solide anti-douleur, et pour ne pas avoir cet immonde goût de ferrailles dans la bouche. Mais mine de rien, la meilleure solution pour ne pas avoir tout ça, aurait été de retenir sa colère deux minutes. Il laissa néanmoins Noah s’occuper de lui. Principalement parce que contrairement à ce qu’il avait bien pu vouloir dire, il n’était pas capable de s’occuper de lui tout seul. Il émit un grognement sonore de douleur lorsque Noah posa la bouteille glacée et surtout dur sur son nez. Il eut l’impression qu’une multitude de nerf venait de se réveiller sauvagement. « ça va aller. merci. » souffla-t-il. Non il n’avait pas envie de sortir, pas envie de bouger. S’il avait voulu faire le malin quelques minutes plus tôt, il devait avouer maintenant qu’il ne se sentait absolument pas de se lever. S’il pouvait d’ailleurs s’allonger et s’endormir ça serait fameux. « okay, okay, Noah, do it ! » si Noah l’avait dit d’une autre manière, peut être qu’il aurait agit plus en douceur. Mais il n’en pouvait plus d’être infantilisé. Il n’était pas un enfant. Il n’avait peut être pas plus de 4 neurones qui se couraient après actuellement, mais il n’avait pas quatre ans pour autant. « Je suis désolé Noah… Je ferais n’importe quoi pour que tu puisses un jour me pardonner. » souffla-t-il de manière à peine audible. Parce que honnêtement il ne savait pas s’il saurait supporter ce genre de comportement encore longtemps. « Tu devrais aller prévenir quelqu’un… pour mon nez… tu n’as qu’à dire que je suis tombé dans les escaliers et que tu m’as trouvé… » ça allait encore être ridicule pour lui, mais honnêtement, cela valait mieux pour Noah. Il pouvait au moins faire ça.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Dim 10 Jan - 20:39

Le souvenir de Raphael était comme un goût amer dans sa bouche, quelque chose de retrouvé et de perdu, quelque chose de douloureux. Noah était tout entier bouffé par la lassitude, pernicieuse, qui faisait son bout de chemin jusqu’à le menace d’implosion. Doucement mais sûrement, l’épuisement moral se faisait épuisement physique. Ses muscles tiraient, lancinants, criaient de battre en retraite et de démissionner un peu de l’existence, pour quelques heures au moins – mais il n’avait même plus la force nécessaire à l’exécution de cette requête-là. Il regardait Raphael et il agissait par réflexes, par une vague conscience de ce qu’il était supposé faire, avec l’espoir de parvenir à l’abstraction de l’abattement et de combien ce dernier ricochait dans son crâne et dans ses nerfs. Il n’y avait pas d’issue, alors il la cherchait dans une forme étrange d’absence. Ne pas penser à l’autre homme. Ne pas penser à la déception. Ne pas penser à cet avatar douceâtre de la fureur. Ne surtout, surtout pas penser aux feux mal éteints, et à l’incandescence vicieuse qui avait surgi dans son ventre quand Raphael avait prétendu l’aimer encore.
Il n’en voulait plus, de cette histoire. Comme un enfant capricieux il repoussait de toutes ses forces la chose trop complexe qui lui avait fait trop de mal. Le lien qui les avait un jour uni était encore là, et même qu’il palpitait douloureusement dans sa poitrine mais, farouche, il niait en bloc, il refusait son existence. Il fermait les yeux. L’entre-deux d’une relation coupée de façon trop abrupte était enfin achevé, mais la nouvelle ère qui s’ouvrait maintenant lui donnait encore un peu plus le vertige. Il s’efforçait de voir en Raphael un étranger, pour ne pas se noyer dans la haine et dans l’incompréhension. Il s’efforçait de faire taire le mélange absurde d’émotions qui bouillonnait en lui.
Et les mots qui franchissaient ses lèvres étaient glacés, terriblement. Il les crachait presque – mais sa bouche lui semblait presque pâteuse, sa gorge sèche au possible. La référence à son accident avait été formulée sans émotion aucune. Le rire qui lui échappa à la remarque ironique de Raphael sembla tout proche d’un claquement métallique et sonore – en tous cas il fut sans chaleur. Au souffle aigre de Raphael, sa voix prit une sorte de tour aigu et urgent dans un « You don’t get to command me » étranglé. S’il continuait à bouger, à se déplacer et à agir, ses mains semblaient piégées dans un tremblement nerveux et constant – comme des spasmes de rage mal contenue. Malgré son insistance, il ne savait même plus réellement s’il serait capable d’appeler Soledad à l’aide – sa sœur, comme Sasha par ailleurs, le connaissait trop bien pour ne pas reconnaître l’épuisement nerveux dans le fond de sa voix et ne pas en retirer de l’inquiétude. En dépit de son âge et de sa superbe, les deux femmes avaient toujours semblé voir en lui un enfant fragile à protéger contre le reste du monde et son âpre réalité. Cette tendre forme de condescendance avait quelque chose d’usant. La peur de cette relative humiliation était presque aussi forte que le besoin de se blottir contre l’une ou contre l’autre, et de fermer les yeux, et de se taire, et de dormir.
Il lui fallut plusieurs secondes, une fois l’accord enfin obtenu, pour déverrouiller à nouveau l’écran de son téléphone et presser la touche qui le mettrait en communication avec la ligne professionnelle de sa sœur. Ses doigts étaient fébriles, certes, mais il avait appelé ce numéro suffisamment de fois pendant sa rééducation pour ne pas se laisser dévorer par la peur – cloué au lit par des crampes affreuses, cloué au sol au terme de chutes minables dans toute la superbe de son imprudence, cloué dans un fauteuil roulant par des idées si noires qu’il s’en terrifiait parfois. Non, ce qui retint sa main ce furent plutôt les inspirations profondes qu’il eut besoin de prendre pour collecter ses forces. Seul le besoin impérieux de ne plus entendre Raphael, sa voix, ses excuses stupides, ses promesses en l’air, parvint à le décider. Même, les trois ou quatre tonalités que mit Soledad à répondre lui semblèrent une petite éternité. C’est les yeux clos de fatigue qu’il laissa un sourire étirer ses lèvres à la voix grave de la jeune femme qui décrochait enfin, énonçant Docteur Valdivieso-Joyce avec toute la sobriété de son métier. Quand, se laissant glisser tout naturellement vers l’espagnol de son enfance, il lui répondit « Chole, c’est moi », il trouva également la force de faire un pas en arrière, adoptant une posture qui criait l’enfant qui appelle à l’aide. Ses épaules étaient étrangement repliées sur sa stature, sa posture presque défensive, Raphael n’existait plus, plus tout à fait, enfin, il avait presque son répit. Elle eut un rire léger et éclatant quand il lui déclara avoir brisé d’un coup de poing le nez du chef d’orchestre, et ce rire perdurait encore à l’instant où elle lui confirma qu’ils pouvaient venir tout de suite, qu’elle les prendrait en charge aussitôt qu’elle aurait une minute de libre. Dieu qu’il l’aimait. Elle rendait presque les choses faciles. Evidentes.
"On peut y aller dès que tu es prêt, elle trouvera un moment pour s’occuper de toi." qu’il reprit une fois le téléphone raccroché. La transition de l’espagnol à l’anglais pécha un petit peu sur les premiers mots, chargeant quelques syllabes d’un colossal accent argentin avant que sa langue ne retrouve ses habitudes et ses marques. Péniblement, il se redressa. Les articulations de ses jambes craquèrent un peu dans le processus – une séquelle parmi tant d’autres, les pertes de souplesse se retrouvaient jusque dans le sonore. Son sourire perdura quelques instants avant qu’il ne s’efface, scindant pour de bon le moment de la conversation avec sa sœur avec celui de l’entrevue avec l’autre homme. Au moins, Soledad lui avait redonné un peu de forces, suffisamment pour répondre aux propositions qui lui avaient été faites. « J’ai pas envie de te pardonner, Raphael. » - les mots claquèrent comme un fouet, en tous cas claquèrent comme une sentence. C’est par un miracle quelconque qu’ils gagnèrent encore en froideur au moment d’ajouter : « Et tu donneras tes explications tout seul, tu es vraisemblablement puis habilité à mentir que moi. » Au fond, il ne se pensait toujours pas responsable de la situation à laquelle ils faisaient face. Si c’était bien son poing qui s’était abattu sur le visage de Raphael, quelque chose en lui semblait penser qu’il n’en était pas pour autant responsable. C’était Raphael qui l’avait frappé le premier. Seulement, il l’avait fait avec des mots. Il l’avait fait en le piétinant, il y avait deux ans de cela comme aujourd’hui. « On y va dès que tu te sens prêt. » répéta-t-il dans un long soupir, à peine adouci. Il y croyait dur comme fer. Oui, Raphael l’avait frappé le premier. Sauf que lui, il n’avait même pas été là pour lui venir en aide.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Dim 10 Jan - 21:11

Raphael était fatigué, épuisé même. Cela faisait des années que cela durait. Tous les matins, il se demandait jusqu’ou il pourrait aller, avec cette fatigue dans les os, cette langueur dans le corps. Il se demandait ou était le point de non retour, ou se trouvait la ligne au delà de laquelle il ne pouvait plus rien supporter. Souvent il pensait l’atteindre. Comme un enfant qui veut souffler que trop c’est trop, qu’il n’en peut plus, qu’il ne veut plus en pouvoir. Mais visiblement ça ne marche pas comme ça. Parce qu’il se relève, toujours, et qu’il continue, sans savoir d’ou il puisait sa force, sans en ressentir l’envie, juste le devoir. Tout était une question de devoir. Il n’avait pas le droit d’abandonner. Parce qu’il y avait Maggie. Parce qu’il n’avait tout simplement pas le droit. Cela ne voulait pas dire qu’il n’y pensait pas parfois. Il n’y pensait pas de manière claire, il pensait juste à dormir, dormir et ne faire que ça. Il pensait à s’effondrer dans un sommeil lourd et à ne pas se réveiller. Mais c’était la même chose non ? Ce n’était qu’une métaphore. Il n’empêchait que l’idée était là, au fond de lui, lorsqu’il n’en pouvait plus, qu’il sentait l’épuisement lui lacérer le coeur. Il y pensait aujourd’hui, alors qu’il ne voyait pas d’autre alternative. Il avait abandonné à Noah tout ce qu’il avait, le peu de dignité qu’il avait, la vérité qui le protégeait farouchement, son amour. Amour violent, amour aimant, amour souffrance, amour qu’il ne voulait pas abandonner, amour qu’il ne pouvait plus porter. Il allait nul part, il mentait lorsqu’il parlait d’avenir, il n’y avait rien, il n’y aurait rien, il ne pouvait rien y avoir. Un avenir avec une femme qu’il haïssait et qu’il dégoutait ? Un avenir avec une fille qui prenait son envol, et qui bientôt le laisserait seul, parce que c’était son avenir à elle ? Un avenir avec un homme qu’il avait assassiné de son amour malsain ? Non il n’y avait rien. Rien sinon cette douleur insupportable et blanche qui lui anesthésiait toutes les autres sensations en dehors de son visage. Une douleur physique, caractéristique de la douleur moral, aussi mordante, aussi violente, aussi handicapante. Il n’était plus un cerveau qui pouvait réfléchir, il n’était plus qu’un coeur qui battait maladroitement, douloureusement, un coeur à l’agonie, qui ne sait pas abandonner, qui ne sait pas pourquoi il continue.

En disant la vérité, enfin, après deux ans, il avait renversé la vapeur. Il le savait, il aurait du le faire plutôt. Il n’aurait sans doute pas du le garder dans l’ignorance. Ce n’était pas juste. Mais rien n’était juste dans leur histoire. Ce n’était juste ni pour Noah, ni pour Jane, ni pour lui qui endossait, des deux côtés le rôle du monstre sans n’avoir rien voulu. Il ne pouvait pas vraiment s’en défendre, dire que ça lui était juste tombé dessus, qu’il avait été mis devant les faits ; il était marié, il aimait un homme ; et qu’il avait été obligé de composer avec. Oui, il l’avait mal fait, il aurait surement pu mieux le faire. Oui, il avait fait son lot d’erreur, il avait été lâche, il avait eu peur. Il avait été tellement terrifié. Ce n’était pas juste de vivre avec une telle terreur au fond du coeur. Il ne le souhaitait à personne. Cette terreur qui se transformait en détresse pure parfois et que rien, rien ne parvenait à calmer. Rien sinon l’ignorance, sinon le déni, sinon les bras de Noah, la chaleur de sa peau, la douceur de son sourire, l’éclat de ses yeux, la lourdeur virile de son odeur. Mais ce n’était pas juste pour Noah, pour Jane, ni pour lui. Rien était juste. Il ne pouvait pas dire qu’il avait fait au mieux. Il avait fait au moins pire, pour lui, pour Maggie. Et il était désolé de la souffrance qu’il avait infligé aux deux autres, à Noah surtout, il ne l’avait jamais voulu. Il aurait aimé avoir le choix, sentir le choix, il l’avait peut être eu, il ne l’avait pas vu. Quoiqu’il en soit, cette position désagréable, incertaine et non juste lui avait conféré un certain pouvoir. Il était le seul qui pouvait dire la vérité, qui pouvait en soulager un, détruire l’autre. Il avait un pouvoir odieux. Il l’avait laissé tombé aujourd’hui.

En disant la vérité, il donnait à Noah le pouvoir de la haine justifier. Il donnait la clé pour fermer la porte, il fermait le dossier. En disant la vérité il assassinait toute l’ascendance qu’il avait pu avoir, fantomatique, sur Noah ces deux dernières années. Cela n’avait pas été conscient, il ne l’avait pas fait pour ça, mais en voyant la haine et la distance qu’affichait Noah face à lui, il comprenait que ça avait été là. Il comprenait aussi qu’aujourd’hui, si Noah le voulait, plus rien ne les reliait. Cette conscience finissait de l’achever cruellement, alors que Noah réaffirmait son autorité sur lui. C’était enfantin comme manière de faire, et puérile. Il savait bien que Raphael n’avait pas vraiment voulu le commander, qu’il n’avait fait que rappeler quelque chose que Noah avait lui même proposé de faire il y a quelques minutes. Mais Noah devait faire les choses à sa manière. Désormais tout venait de lui, il voulait juste prouver qu’il n’attendait plus rien de Raphael, que rien n’avait à venir de lui, qu’il n’était rien. Il n’était rien si ce n’est un os brisé qu’il faut réparer avant que ça s’empire. Et les os brisés ne parlent pas.
Il finit par le faire, en ses propres termes, en espagnol. Raphael ferma les yeux, noya derrière ses paupières des larmes brulantes. Il s’étranglait d’amour et de douleur en entendant cette mélodie qu’il ne comprenait pas. Il avait eu l’habitude, à l’époque, de l’entendre passé de l’anglais, à l’espagnol, le temps d’un coup de téléphone, alors même qu’ils étaient blottis l’un contre l’autre. Raphael avait toujours éprouvé un vif besoin de l’embrasser, de l’aimer lorsqu’il entendait son accent argentin couler sur sa langue. C’était ridicule l’effet que ça lui faisait. Mais Noah était magnifique, lorsqu’il était argentin. Cela le divinisait presque. Mais cette fois-ci Raphael était loin, et il ne pouvait rien faire pour assouvir cette amour douleur qui lui saignait la gorge, qui lui brûlait les yeux. Il était loin, et lui et Noah était presque dans deux mondes différents. Il l’aurait voulu, il aurait tout de même été incapable de le toucher. La sentence finit par tomber, en un anglais incertain déformé par l’espagnol. Dès qu’il était prêt. C’était ridicule. Il ne serait jamais prêt. Prêt pour quoi ? Pour se lever, pour affronter la haine encore ? et la douleur toujours ? Pouvait-on vraiment être prêt ? Il sentit à nouveau cette fatigue l’envahir. A quoi bon ? Se lever, se faire réparer en apparence, cela ne réparerait rien dans le fond, pas si Noah ne lui pardonnait pas, pas s’ils devaient être comme ça, jusqu’à la fin. Pas s’il devait se haïr et ne plus se supporter. Il eut une pulsion de colère lorsque Noah abattit un nouveau coup sur lui, un coup de mot, un coup vil, et presque injuste. Il voulait lui crier qu’il ne lui avait pas menti. Jamais. Il n’aurait pas pu de toute façon. Tous les mots qu’il avait dit était juste. Il n’avait jamais dit qu’il ne l’aimait plus. Il n’avait jamais dit qu’il ne voulait plus de lui. Il avait juste dit qu’ils ne pouvaient plus. L’imagination de Noah avait fait le reste. Mais Raphael n’avait pas menti, il n’avait juste pas tout dit. Il avait laissé le silence être son mensonge. Mais il ne pouvait pas se défendre contre l’accusation, parce qu’il était un menteur. Il avait pas mentit à Noah, mais il avait mentit à Jane, à Maggie, tous les jours, pendant deux ans. Il mentait encore à sa fille. Il mentait encore au monde entier. Il mentait toujours. Mais il n’avait pas mentit à Noah. Il ne pouvait pas mentir à Noah. Mais ce n’était pas de ça dont il était question. « Bien, tout ce que tu veux. » souffla-t-il avec l’aigreur du désespoir.

Il aurait pu bénéficier d’une main tendue pour se relever. Il n’oserait pas la demander. Il ne l’aurait pas de toute façon. Ignorant la douleur lancinante dans son crâne il bascula vers l’avant maladroitement pour poser ses mains au sol et s’appuyer pour se redresser. Il fut pris d’un vertige violent alors qu’il était presque debout et se cogna contre la porte. Sa tête bascula en arrière malgré lui et subit un nouveau coup. La douleur acérée le ramena à la conscience, les mains à plat sur les meubles il retrouva son équilibre. « On peut y aller. » souffla-t-il. Sa tête n’était qu’une symphonie de douleurs qui se répondaient mais il supposait que cela ne serait jamais mieux. « Il faut que je prévienne quelqu’un… » souffla-t-il perdu alors qu’il avait passé la tête dans le couloir. Il était inutile de parler, de se plaindre, ou de demander de l’aide. Noah s’en foutait. Il n’avait plus d’importance. Il le conduisait juste chez le médecin. Et ça encore il ne savait pas bien pourquoi. Raphael longeait les murs, lentement, tout son poids appuyé contre son épaule, qui elle même reposait contre le mur. Sa démarche était lente, et visiblement douloureuse, chaque pas faisait résonner une infinité de bruit dans son crâne. Il pourrait peut être en devenir sourd. Il hésita sur la démarche à suivre. Noah avait été clair, il ne se dédouanerait pas. Raphael aussi, aurait pu agir comme si ce n’était pas de sa faute, laisser Noah gérer la responsabilité de ses actes. Parce que c’était ses actes qu’il cherchait à protéger par le mensonge. Ses actes qui étaient une réponse directe au sien, mais tout de même. C’était le poing de Noah qui s’était abattu sur sa figure et qui causait la fracture et l’hématome. C’était ce poing que Raphael protégeait, pour Noah, parce qu’il ne se sentait visiblement pas concerné pour le faire lui même. Il aurait surement pu le laisser gérer seul, ce n’était pas son problème après tout, c’était son poing à lui. Mais ce n’était pas juste, ce n’était pas intelligent. Raphael avait besoin de Noah, même si ce dernier n’avait plus besoin de lui. Trouver un dirigent pouvait cependant être compliqué. Enfin compliqué dans le sens ou il fallait marcher jusqu’au bureau, et que Raphael était épuisé, que chacun de ses pas cognaient douloureusement dans sa tête. Il toqua et ouvrit la prochaine loge, Valjean. Ses muscles se crispèrent, la surprise sur le visage de l’homme l’affligea « Je me suis cassé le nez en tombant, Noah va m’emmener à l’hôpital voir sa soeur… Tu peux prévenir les autres ? » il souffla douloureusement, sa voix n’ayant jamais été aussi faible. Valjean acquiesça, il n’y avait que ça à faire de toute façon, on ne voulait jamais contredire Raphael, encore moins lorsqu’il s’affichait dans un tel état.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Dim 10 Jan - 22:58

Avoir eu Soledad au téléphone l’avait plongé dans un état étrange où sa soeur était là, presque là, et, par cette seule présence, suffisait à rendre la proximité de Raphael moins violente et moins douloureuse. Maintenant qu’il avait raccroché, Noah sentait comme une pointe d’angoisse et une volonté de la rejoindre au plus tôt - ce qui ressemblait à s’y méprendre à une impression de solitude devant l’adversité. C’était con quand on y pensait. Au fond de son ventre, il y avait toujours comme une douleur qui pulsait régulièrement, un mélange de vide et de trop-plein dans sa poitrine, de petits indices passagers qui se manifestaient à chaque seconde de silence et qui lui rappelaient qu’il n’avait jamais réussi à tourner la page sur Raphael - mais à ses côtés il se sentait seul, et abandonné. Voilà. C’était cela, le mot. L’abandon. Comme revivre dans toute son incandescente douleur le moment où Raphael avait disparu au bout du couloir.
Ils n’étaient plus dans les mêmes loges, plus dans le même théâtre, mais tous ces endroits se ressemblaient à s’y méprendre. Juste, eux, ils ne se ressemblaient plus. Ils avaient changé. Peut-être bien qu’ils n’étaient plus que de grotesques caricatures de ces deux hommes là, qui s’étaient aimés à la folie et qui s’étaient aussi fait beaucoup, beaucoup de mal. Ils faisaient pitié, autant l’un que l’autre. Noah et sa main douloureuse, sa jambe cousue de cicatrices, son coeur en miettes - Raphael qui se tenait à son nez et qui titubait jusqu’à la loge de Sven pour lui servir ses excuses, ses grossiers mensonges. Sven. Entre tous, il avait fallu qu’il choisisse Sven. Leurs regards se croisèrent brièvement, au grand dieu blond et à lui - il y avait comme un point d’interrogation au fond de ses yeux, parce que oui, bien entendu, le mensonge était grossier et les doutes évidents. Mais le fantôme d’un sourire vint traîner aux lèvres de Noah, assez pour mimer la désinvolture, pas assez pour mimer la légèreté, tant pis. Sven acquiesça. Noah souffla un « I’ll call you later », sans savoir s’il le ferait ou non - mais après le mot de Sven il y avait eu un silence, et le silence avait quelque chose de lourd de jugement, alors il s’était presque senti obligé de le meubler. C’est sur cette même logique qu’il fit un pas vers Raphael, glissa maladroitement son bras sous les siens pour le soutenir et le guider. Là. Il lui semblait que c’était ça, ce que les gens faisaient d’ordinaire dans ces circonstances - quand ils n’avaient pas eux-mêmes causé la blessure qui les obligeait à filer droit vers l’hôpital. Un dernier regard de Sven, un trait de méfiance, il referma la porte. Ce n’était pas comme s’il allait dénoncer son compagnon de scène, même s’il se doutait de quoi que ce soit - leur amitié remontait à suffisamment longtemps pour en être certain, et Sven était un homme de confiance. Cela ne changeait pas grand chose au fait que ses questionnements muets laissaient à l’arrière de sa langue le goût d’un échec.

Peut-être bien qu’il remontait le couloir trop vite. C’était même probablement le cas. Il n’avait juste envie de croiser personne d’autre - et surtout pas Sasha, elle était toujours dans les parages et elle exploserait de joie, ou d’inquiétude, il n’en savait trop rien, elle exploserait en tous cas, et lui n’avait pas la tête à ça. Il n’avait la tête à rien, d’ailleurs - ou alors simplement à la migraine sourde qui commençait à y poindre, et qui martelait son cerveau au rythme de la respiration erratique de Raphael. C’était presque un bruit de ventilation ou de fournaise, avec le nez brisé et les os en vrac - et Noah en avait presque envie de hurler, les nerfs à vif. Tout prêt de la porte, comme frappé d’une illumination, il souffla un « We’ll have to call a cab, and to wait for it » - jusque là c’était comme si le fait de prendre le métro ou de demander poliment à quelqu’un de les amener jusqu’à l’hôpital de sa soeur avait semblé une option viable. Ou alors, il ne s’était simplement pas penché sur les réalités les plus élémentaires. Il ne s’était pas penché sur grand chose, de toutes façons. A peine le coup asséné, ses seules ambitions et ses seules envies s’étaient résumées à rentrer chez lui immédiatement pour se terrer dans un recoin de son appartement, de préférence roulé en boule contre Demeter, ou contre Sasha, ou contre les deux, juste un corps chaud pour lui rappeler qu’il n’était pas tout seul. Il n’avait pas envie d’être là. Il ne l’était que par devoir. Et peut-être parce que, à l’instant où il abandonnerait Raphael, cette fois, peut-être bien qu’ils ne se verraient plus jamais, et que cette idée faisait encore absurdement mal, même s’il l’avait trahi, même s’il lui avait menti. Quand il tira à nouveau son portable de sa poche, ralentissant la marche, son geste eut quelque chose de fébrile et de maladroit. Sa voix tremblait. L’appel ne dura que quelques secondes à peine - et quand il raccrocha, ce fut pour enfin parvenir dehors.
De l’air. De la lumière. Inspirer profondément. Respirer. C’était sûrement le plus important dans cette sombre histoire. Quelques pas sur le côté, à claudiquer laborieusement, lui permirent d’amener Raphael jusqu’à l’un des semblants de bancs qui bordaient le théâtre, puis de se laisser tomber à ses côtés. « It shouldn’t take too long. They should be there in a minute. » qu’il souffla - et sa voix avait quelque chose de tendu, d’épuisé, quand l’épuisement n’était pourtant guère que moral. Il ramena ses jambes contre sa poitrine, assis comme un enfant, enroula ses bras autour d’eux, soupira. « Are you okay? » Est-ce qu’il voulait vraiment savoir? Peut-être. Peut-être pas. Il avait mal au crâne, à chaque seconde un peu plus, et maintenant que l’adrénaline était retombée il commençait à avoir envie de pleurer - à peine un picotement au coin de ses yeux, un semblant de brûlure qui tirait sur ses iris. Qu’ils en finissent. Maintenant. Bientôt. Par pitié.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Lun 11 Jan - 0:59

Raphael était quelqu’un de naturellement pessimiste. En dehors de la musique, il n’avait aucune confiance en lui, et ne voyait jamais les choses sous un bon oeil. Cela pouvait être agaçant, et même déprimant quelque part, pour les autres en tout cas. Pour lui, quelque part, c’était un peu rassurant. Il savait que généralement cela se passait mieux que prévu. C’était presque devenu une sorte d’optimisme finalement. Il pensait au pire, tout en s’attendant tout de même à mieux. Il ne savait juste pas vraiment ce qui pouvait être mieux. Il était donc toujours, à la fois surpris, et heureux. Enfin, heureux c’était tout relatif, parce qu’il était évident que Raphael n’était pas quelqu’un d’heureux. Il ne l’avait jamais vraiment été, sauf lors de bref moment arraché à la réalité. Et maintenant il était sur d’une chose, c’est qu’il ne le serait jamais. Mais bon, lorsqu’il s’agissait de Noah, ce qui était bien, c’était que peut importe à quel point il était pessimiste, c’était toujours trop optimiste. Non seulement les choses ne se passaient jamais comme prévu - mais les choses ne se passaient jamais comme prévu - mais elle se passait toujours bien pire que prévu. Avec Noah, il était incapable de prévoir. Il avait beau essayé, les réactions de Noah lui échappait complètement. Noah et Raphael était différent, c’était un fait. Peut être que c’était ce qui les avait poussé ensemble à l’époque. C’était en tout cas, clairement ce qui les séparait aujourd’hui. Ils étaient incapable de se comprendre, de se mettre dans les chaussures de l’autres. Ils souffraient, c’était un deuxième fait, mais il ne voulait pas vraiment comprendre la douleur de l’autre, trop obnubilé avec la sienne. Enfin peut être que Raphael essayait de comprendre la souffrance de Noah. Mais pas vraiment. Il savait juste qu’elle était immense, et qu’il ne parviendrait jamais à la réparer. Il savait juste que c’était à peine nécessaire de lui demander des excuses tant il ne se ferait jamais pardonner. Il savait juste que c’était une souffrance qu’il avait causé et qu’il porterait sur les épaules jusqu’à la fin de ses jours. Mais il utilisait cette douleur pour se morfondre encore plus dans la sienne, et au final peut être qu’il n’écoutait pas les spécificités de la douleur de Noah. Il était surement trop obnubilé par sa propre douleur pour véritablement écouter Noah et pouvoir arranger les choses. Il se tirait une balle dans le pied, clairement. Mais c’était là tout l’aspect négatif de son pessimisme. Parfois il était si persuadé qu’il n’arriverait à rien, qu’il ne risquait pas d’y arriver. En temps normal, c’était Noah qui combattait ce pessimisme dans leur relation et qui permettait à Raphael d’avoir ce qu’il n’aurait jamais tout seul. Mais aujourd’hui, Noah avait d’avantage envie de défiguré Raphael plutôt que de l’aider d’aucune manière. Alors ils souffraient chacun en silence, Raphael imaginant et portant une souffrance dont il ne connaissait rien.

Ils souffraient et ils mentaient. Raphael avait l’impression de voir le résumer de leur relation. De la souffrance et des mensonges. Certes, il avait peu mentit à Noah. Il savait bien qu’il prenait leur rupture pour un mensonge, cela avait davantage était une affaire d’omission, mais quelque part, c’était la même chose. Mais toute leur relation avait été basé sur le mensonge que Raphael faisait à sa femme. Aujourd’hui c’était le mensonge qu’il faisait quand à son état, quand à la raison. Mais cela ne changeait pas vraiment de d’habitude. Cela faisait des mois qu’il mentait sur son état. Il n’en pouvait plus de mentir. Il en était malade. Il ne savait juste plus comment faire, il y avait des vérités qui n’étaient pas bonne à dire. Et personne ne voulait rien savoir à propos de sa pauvre âme. Alors il mentait, ou se taisait. Quoiqu’il en soit il venait de mentir à Sven, et il n’était pas sur d’avoir été cru. Mais Sven ne pouvait pas pour autant avoir compris la réalité, et dirait ce qu’il avait dit. Cela serait plus simple si cela ne venait pas de lui. Les directeurs ne verraient pas la douleur dans les yeux de Raphael. Une douleur qui ne pouvait décemment pas venir d’une simple chute un peu violente dans un escalier. Il baissa la tête, souffla un « Merci » étranglé avant de tourner les talons, il fallait aller à l’hôpital. Il avait besoin d’aller à l’hôpital. Il commença à poser un pied maladroit devant l’autre lorsqu’il entendit Noah parler. Il se figea un instant, cherchant à vérifier qu’il avait bien compris. Il tourna la tête vers Noah, ce qui lui causa une douleur épouvantable. Puis il fit le même mouvement vers Sven, lui jeta un regard qui ne dura qu’un dixième de seconde avant de regarder à nouveau Noah. Il ferma les yeux, se pinça les lèvres et ravala du mieux qu’il pouvait la douleur acide qui lui brûlait la gorge, les poumons, le coeur. Il ne savait même plus ou il avait le plus mal. Peut être que celle du nez n’était qu’annexe. Noah avait quelqu’un. Ce qui en soit était évident. Il aurait du s’en douter. Pourquoi Noah resterait-il seul ? Noah était beau, doué, intelligent, drôle, et… Noah étant Noah il était évident qu’il ne resterait pas seul. Mais il ne savait pas, quelque part… C’était stupide. Evidement qu’il n’était pas seul. Il n’aurait peut être pas pensé qu’il se serait remis avec Sven… Mais quelque part cela coulait de source. Sven aussi était beau, doué, intelligent, et drôle. Il n’avait vraiment rien à faire dans le tableau.

La douleur acide se montra encore plus violente lorsque Noah passa un bras sous son épaule pour l’aider à marcher. Il ne supportait plus cette condescendance, cette pitié. Il étouffait. Il ne se souvenait plus de quand il avait eu aussi mal. Quand il avait rompu avec Noah peut être, mais la douleur ne pouvait pas toujours être là même. Il écouta à peine ce qui se passa ensuite, des sombres histoires de taxi. Il s’en foutait. Il savait désormais que Soledad ne soignerait rien de sa douleur. Elle ne ferait que l’empirer. La voir, serait pour lui un calvaire. Il n’avait pas besoin de se sentir plus seul. Il n’avait pas besoin de plus d’hostilité. Noah lâcha Raphael sur un banc et il épancha sa tête en arrière. Il ne savait même pas si la position était mieux, c’était juste son intuition qui parlait. Il n’était qu’un amas de douleur. Il eut envie de rire lorsque Noah lui demanda si ça allait. Il s’abstint, principalement parce que rire lui serait beaucoup trop douloureux. Le son s’arrachèrent de sa gorge, rauque, douloureux, et étranglé, un à un « what do you think ? » Il ne voulait même pas prendre la peine de dire non, parce que c’était l’évidence. Il avait le nez cassé, chaque parcelle de son visage était épouvantablement douloureuse. Et le reste… C’était pire. Il ne pensait à rien d’autre qu’à la douleur qu’il pouvait ressentir. Et à Noah et Sven. « So… You and Sven uh ? » il ferma les yeux à la seconde ou la question fut lancé. Pourquoi fallait-il qu’il dise toujours ce qu’il lui passait par la tête. Il se redressa avec une certaine urgence, grimaça de douleur, souffla presque inaudible. « don’t answer that. i don’t wanna know. » et encore moins audible, comme un murmure à soit même « not my business anyway. » Parce qu’ils n’avaient plus rien à faire ensemble. Et qu’officiellement ils n’avaient jamais rien été.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Lun 11 Jan - 1:11

L’air de confusion sur le visage de Sven résumait à merveille la situation. Parce qu’ils en étaient là, Raphael et lui, à la confusion, au trop plein d’émotions, et probablement que de l’extérieur cette histoire n’avait plus l’air de rien - juste d’une sorte de torture constantes qu’ils s’infligeraient presque pour le plaisir. C’était en tous cas avec une perversité sans nom qu’ils rallumaient une flamme qu’ils aurait dû étendre pour de bon il y avait des années de cela. Ou peut-être qu’il n’y avait que Noah, dans cette histoire, qui faisait cela. Qui, avec un petit quelque chose de masochiste, cherchait des réponses à des questions tout en sachant pertinemment qu’elles lui feraient plus de mal que de bien. Il le réalisait avec une sorte d’ironie sublime, à l’instant où le regard de l’autre homme, probablement son plus ancien (et meilleur) fuck buddy passait de lui au chef d’orchestre, puis du chef d’orchestre à lui, sans comprendre. Il l’avait cherché. Il l’avait trouvé. Il avait mal - il ne méritait pas grand chose de plus. Au moins, cela ne changeait strictement rien au fait que Raphael, lui, méritait le poing qu’il avait reçu dans la gueule.
Mais ils n’avaient pas à infliger ça. Raphael avait eu raison, au fond, quand il lui avait dit que la vérité était mieux là où elle se trouvait - la laisser enterrée leur aurait épargné de la douleur à tous les deux. La laisser enterrer aurait rendu les choses plus simples. Au moins, le monde n’aurait pas eu droit à cette espèce de portrait minable qu’ils faisaient tous les deux, à claudiquer dans le couloir comme Noah, sans avoir le moins du monde l’âme charitable, aidait l’autre homme à avance. N’importe qui, en déboulant dans cette partie du théâtre, aurait probablement pu rire du spectacle - parce que le spectacle était grotesque, un point c’est tout. Tout était triste, et puis pénible aussi, et gauche, et grotesque. Et les questions de Noah étaient stupides, et les réponses de Raphael n’en étaient même pas. Il aurait pu enfiler les adjectifs comme des perles, et ce éternellement: pitoyable, bête, triste, aussi. Même assis enfin dehors, à attendre un foutu taxi pour aller dans un foutu hôpital et poursuivre encore le calvaire, ils avaient l’air de deux imbéciles. Tout en eux criait les gens qui s’étaient aimés - un jour, un peu - et se faisaient du mal - aujourd’hui, tellement. A la remarque ironique du chef d’orchestre, il n’eut même pas le coeur de répondre.
A son interrogation, en revanche, il eut un bref sursaut, surpris. Lui et Sven? A peu près aveugle à à peu près toutes les choses du monde, il n’avait même pas remarqué que ce qu’il avait glissé à leur Jean Valjean pouvait être perçu comme l’indice du relation - d’ailleurs, il ne s’était même pas douté que Raphael pourrait encore les entendre à cette distance, ou même qu’il était encore en état de faire des déductions du genre. Aussitôt, il laissa échapper une sorte de bref rire sec et un peu aigre - à peine un éclat et à peine une seconde, presque un « ah! » pour ponctuer le ridicule, lui qui avait toujours eu de ces amples hilarités de garçon solaire. Il savait que Raphael n’avait jamais tout à fait pu comprendre la relation qu’il entretenait avec l’islandais - elle avait, il était vrai, quelque chose de profondément illogique, comme toutes ces histoires où deux personnes s’entendent sous tous les plans mais restent farouchement incapable de se voir d’une façon romantique. Mais ils étaient juste… comme ça. Il n’avait jamais vu Sven comme une personne avec laquelle il pourrait éventuellement finir sa vie. C’était tout. « Don’t be stupid. » qu’il grogna au renoncement immédiat de Raphael - au moins conscient qu’il n’était plus en droit de lui reprocher quoi que ce soit, et encore moins de lui donner des leçons. S’il l’avait été un jour. Pour Noah, en tous cas, il l’avait été. Le mot de Raphael avait été une sorte de loi qu’il avait suivi scrupuleusement, amoureux comme un adolescent… pour ça, pour cette issue là, dans tout ce qu’elle avait de sinistre et de pitoyable. « We fuck, like Sven and I used to. Nothing more. Nothing less, too. And we are friends. » Amis. Est-ce qu’ils avaient été au moins ça, avec Raphael? Probablement pas. En tous cas, a priori pas assez pour qu’il mérite sa confiance, et pour qu’il mérite la vérité. C’était grotesque, et quelque part un petit peu triste. Noah ferma les yeux une seconde. Après tout, il n’avait jamais eu un grand nombre d’ami - Sasha et Sven, certainement, et puis après? Des gens qu’il croisait au gré des castings, qu’il appréciait, mais qu’il perdait de vue aussitôt le spectacle terminé - jusqu’à la prochaine fois. Il n’y avait pas de grand drame là dedans. Probablement que d’autres auraient vendu leur âme pour la moitié de ce qu’il partageait avec Sasha depuis tout à coup plus de dix ans. « Don’t worry. » qu’il finit par ajouter après un long silence. « He doesn’t know about you, nor about you and me. Your precious little secret is safe with me. » Sa voix avait eu un petit quelque chose de perfide et d’ironique, avant de laisser s’abattre de nouveau tout le poids de la tension et de la gêne. Qu’est-ce qu’il faisait encore ici? Il devrait partir. Il aurait dû partir aussitôt le coup asséné. Mais il savait aussi, pertinemment, que Soledad ne prendrait pas Raphael en charge pour ses beaux yeux et sans la présence de Noah. Quelque part, c’était un suivi à faire. C’était triste. Vraiment. Encore. Il s’était emprisonné lui-même dans un piège. Glorieux. Et encore, ce n’était même pas la touche la plus ironique dans toute cette histoire. « But yeah. It’s not your business anyway. » qu’il finit par concéder du bout des lèvres. Une inspiration profonde, une expiration toute aussi profonde. C’est à nouveau après avoir laissé un long temps de silence qu’il ajouta: « It’s not your business anymore. » Et à cette seule pensée, c’est une sorte de douleur brûlante qui vint lui pincer le ventre.
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MessageSujet: Re: The Flesh Failure + Roah   Lun 11 Jan - 1:14

Si on était honnête, Raphael n’avait jamais compris ce qui avait pu unir Noah et Sven. Bien sûr, il l’avait su. Il l’avait su parce que Noah lui avait dit avec tout le naturel du monde. Il l’avait su parce qu’ils ne s’en cachaient pas. Parce que Noah et Sven, c’était naturel, évident. Mais pas tant que ça. Et ça, Raphael ne comprenait pas. Sans être fondamentalement jaloux de Sven, parce qu’à l’époque, finalement, il n’en avait eu aucune raison, il s’était toujours comparé à lui. Et une chose était sûre, il ne comprenait pas. Noah n’avait aucune raison tangible et viable de le préférer lui à Sven. Ils étaient tous les deux, une machine qui marchait. Visiblement, puisqu’ils recommençaient, ils étaient formidable au lit, comme ils pouvaient l’être sur scène. Ils s’entendaient à merveille, et on pouvait tout le temps les surprendre à rire. Certes, Raphael n’avait jamais vu entre les deux une quelconque tendresse. Non, à l’oeil nu il n’y avait vraiment qu’une franche camaraderie, et du désir. Mais Noah désirait beaucoup de gens, et ça Raphael avait du s’y habituer. Non, clairement, Raphael et Noah n’avait jamais fonctionner pareil, et Raphael n’avait jamais réussit à comprendre. Encore aujourd’hui, il ne risquait pas de comprendre. Mais aujourd’hui, c’était légèrement différent. Il ne pouvait plus faire appel à sa rationalité - déjà que celle-ci avait toujours eu du mal avec l’équation - mais il n’était plus qu’un tas informe de nerf à vif qui ne répondait plus que part stimuli affreusement douloureux. Et en plus de tout le reste, de la douleur de la séparation qui était toujours étonnement fraiche, de la douleur physique de son nez irradiant sur tout son visage, il était jaloux. Il pourrait le nier, il l’avait fait par le passer, ce qui avait provoqué les rires de Noah. Parce que Raphael n’avait jamais eu une seule raison d’être jaloux. Quand bien même il ne pouvait pas mettre le doigt sur ce que Noah lui trouvait, Noah était là, et l’aimait lui. Noah l’avait aimé lui, et il n’avait même pas été fichu de respecter cela. Alors si aujourd’hui il n’avait plus aucune raison d’être jaloux, ce n’était simplement plus pour les mêmes raisons. Mais c’était un fait, il était jaloux. Il voyait le regard incompris et étonné de Sven, qui passait de l’un à l’autre, acquiesçant au mensonge comme s’il n’y avait rien à faire d’autre, mais n’étant pas dupe pour autant. Personne ne se cassait le nez en tombant. C’était l’excuse la plus minable. Mais tout le monde devrait se contenter de ça. Il n’avait pas mieux sous la main. Il regardait le visage de Sven qui hochait la tête au parole de Noah, un fin sourire sur les lèvres, et il pensait que soudainement, la décontraction de Noah à ce sujet retirait surement à Sven toutes les suspicions qu’il aurait pu avoir. Et il ne pouvait pas s’empêcher de penser au faite que ce soir, alors qu’il serait surement entrain d’essayer de trouver le sommeil sous le poids des anti-douleur qui ne ferait que moyennement effet, Noah serait entrain de s’oublier avec un Islandais magnifique et talentueux. Et quelque part, il sentait la jalousie le ronger à un point inimaginable. Ce n’était pas tant le sexe qui lui manquait atrocement - enfin s’il était tout à fait honnête, il serait peut être plus aisé d’être en compagnie de Noah s’il ne lui manquait pas tant - mais pour ce soir, c’était surtout la compagnie. Il ne pensait pas tant au sexe qu’au faite que Sven aurait ses bras, son torse pour se reposer. Il ne savait pas jusqu’ou s’étendait leur intimité - et franchement il ne voulait pas le savoir - mais il ne pouvait s’empêcher de calquer ce qu’il avait eu avec Noah à ce qu’il imaginait de Sven. Et aussi ridicule cela puisse être, en plus d’être complètement inapproprié, il était trop à vif pour pouvoir s’en empêcher.

Alors il avait posé la question. Il n’aurait pas eu besoin de le faire, il savait la réponse. S’il y a plusieurs années, il aurait pu faire l’aveugle et le sourd et ignoré les signes les plus évidents, aujourd’hui il ne regardait plus que ça. Alors il n’avait pas besoin de la poser. Et s’il avait demandé, c’était surement avec l’espoir enfantin de s’entendre dire qu’il avait tord. Mais évidement qu’il avait raison. Et la réponse de Noah ne ferait qu’entretenir la violence du sentiment qui naissait dans son ventre. Parce que Noah était toujours terriblement décontracté à propos de tout ceci. Parce que Noah pouvait planifier son plan cul du soir sous ses yeux bouffis et bleus. Et il était probable qu’il ne l’est même pas fait dans l’optique de faire souffrir Raphael. Et c’était peut être encore pire. Que Noah soit à ce point décontracté sur le sujet, qu’il en oublie tout ce que Raphael pouvait ressentir à ce propos. En même temps, il ne l’aurait pas oublié, il aurait sans doute encore plus appuyé dessus. Parce que les sentiments de Raphael n’étaient pas des sentiments auxquels Noah devait encore faire attention. Ainsi, il ressentit une violence amère dans les mots de Noah. Parce que toute la jalousie qu’il avait pu éprouver à l’égard de Sven se résumait dans la simplicité de sa relation avec Noah. Lui aussi, aurait voulu du simple. Il aurait voulu aimer Noah, avec tout le naturel du monde, et ne rien avoir à faire d’autre. Il balança sa tête en arrière un peu plus, en guise d’abandon, et comme pour faire bouger la douleur, pour se rappeler qu’il était bien vivant, pour que la douleur physique reprenne le pas sur la douleur morale. « unlike us… who are nothing anymore… » il souffle amère. Ils n’étaient même pas amis. Ils ne l’avaient jamais été. Peut être qu’ils auraient eu une chance de l’être. Mais ils n’avaient jamais essayé. Peut être qu’il voulait d’un ami comme Noah. Simplement parce que l’homme lui manquait tant qu’il aurait donné n’importe quoi pour quelque minute sans violence et douleur avec lui. Mais ils ne pouvaient pas. Le passif entre eux était trop grand pour qu’il puisse le dépasser. Raphael était trop impliqué, trop amoureux, et trop jaloux pour pouvoir être son ami. Et il n’y avait plus aucune place pour lui dans la vie de Noah. « Yeah… » souffla-t-il difficilement, douloureusement. Oui, il n’avait pas le droit d’être jaloux. Mais cela ne changeait rien, non ? « I’m sorry. » il soupira encore. Ces mots commençaient à ne plus avoir de sens, il allait devoir en inventer d’autre, des plus forts s’il voulait obtenir quelque chose. Mais plus tard, lorsque le taxi qui venait d’arriver les aurait emmener à l’hôpital. Lorsqu’il serait un minimum réparé, physiquement au moins, moralement il n’y avait rien à faire.
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The Flesh Failure + Roah
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