Ghostbuster — Gaby

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MessageSujet: Ghostbuster — Gaby   Lun 10 Aoû - 18:04

Des événements comme celui ci, Tamara n’avait encore jamais eu l’occasion d’en organiser. Une soirée dans une maison dite « hantée » ou du moins, qui allait le devenir, il fallait dire que ce n’était pas forcément ce qui se voyait tous les jours et qui n’était par ailleurs, pas non plus forcément de saison. Les organisateurs initiaux qui avaient fait appel à elle avaient déniché une vieille habitation abandonnée dans les coins les plus reculés de Londres et ils s’étaient débrouillés pour obtenir les autorisations nécessaires par la ville afin de ne pas se faire éjecter par les autorités compétentes en plein milieu de cette sanglante soirée. Le BDE de l’Université de Londres avait décidé de fêter dignement la rentrée avant même qu’elle ne commence, une façon bien originale aussi  d’intégrer les nouveaux étudiants. Ca c’était sur le papier, c’était ce qu’avait expliqué les jeunes à Tam lors de leur première rencontre, et qu’ils s’étaient débrouillé toute l’année dernière déjà pour récolter les fonds nécessaires, et pouvoir travailler avec une agence, sur cette idée qui leur tenait à cœur. Bon moyen de faire un bizutage dans les règles aux nouveaux venus, voilà ce qu’elle en pensait, et pas sûr qu’ils en gardent un souvenir impérissable. Elle n’était de toute façon pas payée pour donner ce type d’avis, et elle s’était occupée de toute la décoration des lieux, après un bon dépoussiérage (drôle de concept, puisque la maison était censée être hantée) ainsi que l’organisation générale de la soirée, sans parler de tous les problèmes de logistique que cela incluait. Les étudiants qui bossaient sur le projet étaient plein d’initiatives et de bonne volonté, ce qui était à la fois appréciable, mais pas toujours les bienvenues non plus parce qu’elle avait des fois du batailler pour que tout ne parte pas dans des élucubrations impossibles à réaliser.

Il lui restait quelques détails techniques à régler, notamment à propos des costumes, mais aujourd’hui, sa mission était avant tout de s’occuper d’un envoi massif de mails aux étudiants qui s’étaient inscrits à la soirée, afin de les informer notamment de la date, de l’adresse le tout saupoudré de soupe à la grimace. Installée dans son bureau, elle craqua machinalement ses doigts, en observant l’écran blanc qui allait contenir le corps de son mail. Les organisateurs avaient déjà fait le plus gros du travail en lui donnant certaines formulations qu’ils voulaient apparaître dans les invitations, elle n’avait finalement plus qu’à faire sa petite cuisine avec tout ça.

Bienvenue à la Maison des Curiosités, que vous aimerez… A en mourir !

Située à l’angle de la 47ème Shelton Street la maison la plus hantée de tout Londres a revêtu ses plus belles toiles d’araignées pour vous accueillir. Gardez les yeux ouverts, ne vous entremêlez pas des celles-ci, car un moment d’inattention pourrait bien vous coûter plus qu’un orteil…
Vous pourrez vous désaltérer autour d’un verre d’hydromel si le cœur vous en dit, mais nous vous conseillons, par pures précautions de vérifier ci ce dernier n’est pas empoisonné. Ou alors laissez vos compagnons prendre le risque en premier. Vos amis ?  Martelez vous que vous serez plus que jamais seuls, une fois le seuil de la porte d’entrée franchi.

Vous avez encore la possibilité de faire demi tour, ou alors de prendre malgré tout votre courage à deux mains le 28 Aout prochain. Une chose est sûre, si vous en ressortez, ce ne sera pas indemne.

Tamara ajouta quelques informations supplémentaires, comme la provenance du mail, qui venait du BDE de l’Université et un petit rappel des modalités. Elle fouilla ensuite pendant quelques instants parmi les papiers qu’elle avait sous la main, pour avoir sous les yeux les mails à recopier, parce que les organisateurs ne les lui avait pas fourni de façon informatique, ce qu’elle regretta très vite, parce que taper des adresses mails à la main, se révéla rapidement être laborieux.

Elle se relut une dernière fois, cliqua sur « Envoyé ». Les fantômes de la maison hantée n’avaient qu’à bien se tenir !
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MessageSujet: Re: Ghostbuster — Gaby   Sam 29 Aoû - 20:27

Il n’y avait rien de pire qu’un jour d’inactivité forcée. C’était ainsi que Gaby en était venue à appeler ces journée où personne, du moins dans l’ensemble, n’était attendu au théâtre. Habituée à un rythme effréné de répétitions en tout genre depuis plusieurs années, elle accueillait généralement ces congés avec le soulagement qu’inspire la rareté d’un événement mais il s’agissait déjà du deuxième jour de repos de la semaine. Elle n’avait pas osé se plaindre jusque-là, craignant que ses proches ne le prennent mal puisqu’ils devaient, eux, travailler mais elle commençait sérieusement à trouver le temps long. Elle avait rattrapé le retard pris dans ses différentes corvées, à l’appartement, en s’attaquant d’abord à la montagne de linge sale qui l’attendait dans sa chambre. Quatre lessives et un passage de serpillière plus tard, complètement désoeuvrée et encore pleine d’énergie, Gabrielle était presque prête à appeler le metteur en scène des Misérables pour qu’il lui donne quelque chose à faire. N’importe quoi, même recoudre les nombreux boutons de la veste de leur Enjolras. Well, peut-être pas de la couture, à moins qu’ils ne soient tous vraiment désespérés mais n’importe quoi. Vraiment.

Appeler son patron était peut-être un peu exagéré mais Gaby n’avait jamais prétendu être quelqu’un de mesuré. Et puis était-ce vraiment trop demander qu’on lui trouve une occupation ? Vouloir se rendre utile n’avait rien de mauvais, d’autant plus qu’elle bourdonnait d’énergie mais au lieu d’être engagée dans quelque activité importante, elle se retrouvait en tête-à-tête avec la télévision, étalée sur son canapé. « Saaaaage, je meurs d’ennui. JE MEURS, tu entends ? » maugréa-t-elle, espérant presque que sa colocataire ait la solution miracle. Après tout, elle était tout le temps occupée, elle pourrait peut-être l’aider. Lorsqu’après une minute, aucune réponse ne lui parvint, Gaby fronça les sourcils, inquiète. Il lui semblait pourtant l’avoir entendue rentrer. Non ? Décidée à en avoir le coeur net, elle quitta le canapé pour faire un rapide tour de l’appartement. Pas de petite brune dansant dans sa chambre, personne à la cuisine ni dans la salle de bains ─ par ailleurs étincelante, parce qu’une Gaby en congé est une Gaby disposée à faire le ménage de fond en comble. Bien, parfait, merveilleux, même sa colocataire avait décidé de l’abandonner. Amazing, really.

Se traînant jusqu’au salon, elle fut accueillie par son portable qui vibrait sur la table basse. Quelqu’un avait donc entendu ses prières. Enthousiaste, elle bondit en avant et déverrouilla l’écran en quelques secondes pour lire le mail qu’on venait de lui envoyer. Sa joie retomba aussitôt, comme un soufflé qu’on a laissé une minute de trop dans le four sans surveillance. De toute évidence, il s’agissait d’une publicité idiote. Ou d’une erreur. L’adresse de l’expéditeur ne ressemblait pas vraiment à un spam et, après une seconde ou deux de réflexion, Gaby décida de répondre. Après tout, si ces gens-là avaient ses coordonnées sous la main, elle était en droit de s’inquiéter. Oh bien sûr, ça n’avait rien d’effrayant, juste une annonce très précise concernant une, quoi, fête dans une maison hantée ? Mais ça restait agaçant. Elle ne se souvenait pas d’avoir donné son adresse personnelle à la moindre organisation et elle n’était peut-être pas la nana la plus connue de Youtube mais elle tenait à sa petite tranquillité. Si ces gens-là pouvaient la convier à leur soirée, rien n’empêchait les haters de l’inonder d’inepties. Elle s’installa de nouveau sur le sofa et s’attela à la tâche.
Bonjour,

Votre annonce est, certes, charmante mais je crains qu’il ne s’agisse d’une erreur. Je ne suis ni étudiante, ni intéressée par la moindre initiation. Et je tiens à mes orteils, quels qu’ils soient, ainsi qu'au reste de mon corps. C’est primordial dans ma profession. J’ignore comment mes coordonnées ont atterri dans votre fichier mais j’apprécierais que vous les supprimiez.

Bonne journée,
Gabrielle.

PS: et sérieusement, une maison hantée ? En plein mois d’Août ? Vous trouvez ça approprié ?
Elle ajouta ces derniers mots sans bien réfléchir et appuya sur envoyer avant de réaliser que ça n’était pas vraiment le genre de choses à dire lorsqu’on cherche à couper tout contact. Oh, well. Tant pis, le mail était parti et de toute façon, il y avait de grandes chances pour qu’il passe inaperçu. Elle lança son portable sur les coussins, à sa droite et se décida à allumer la télé, puisqu’il ne restait plus que ça pour se distraire.
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MessageSujet: Re: Ghostbuster — Gaby   Jeu 17 Sep - 17:40

La mélodie d’un ton de sa boite mail résonna à peine quelques minutes plus tard. A son grand étonnement, la pop up d’aperçu de message lui indiqua qu’il s’agissait d’une réponse à son précédent mail. Elle cliqua dessus sans attendre, aussi surprise que presque curieuse. Habituellement, les gens manquaient de réactivité, contrairement à elle qui l’était en toutes circonstances parce que c’était son job, ce qui l’agaçait parfois. Dans des moments comme celui-ci, elle devait puiser dans ses ressources et sa patience, parce que ses interlocuteurs paraissaient être à mille lieux des détails qui la faisait œuvrer dans l’ombre. Seulement, lorsque venait ensuite la deadline avant le jour J, ils réalisaient que cela avait toute son importance et c’était là que les malentendus. Enfin, avec cette histoire de maison hanté, elle ne prenait pas trop de risques…

Quoique. Aux toutes premières lignes de sa lecture, elle comprit que quelque chose n’allait pas. Elle fronça légèrement les sourcils, face à son écran, comme si cela allait l’aider à mieux comprendre la nature du contenu. Décidément ! Encore quelqu’un qui venait se plaindre d’un mail perdu, alors que c’était sûrement lui-même qui devait avoir oublié s’être inscrit à la soirée. Elle s’empara prestement de la feuille contenant toutes les adresses, qui traînait toujours sur son bureau, tout en marmonnant des paroles incompréhensibles. Elle glissa son index sur le papier pour faciliter ses recherches, et après plusieurs allers retours entre l’écran et la feuille, elle réalisa sans grand mal que l’erreur venait d’elle-même.

D’accord. Très bien. Elle s’était trompée. Le corps de message n’avait rien d’impoli et restait très conventionnel, rien d’alarmant. C’était plutôt le post scriptum qui lui restait en travers de la gorge, pour tout avouer. En l’espace de quelques secondes, Tamara fut traversée par toutes sortes d’émotions : la vexation, parce qu’elle n’appréciait pas vraiment que l’on juge son travail en l’espace de deux lignes, l’incompréhension ensuite. Qu’est-ce que ça pouvait bien lui foutre, comme le disait cette Gabrielle, c’était une affaire qui ne la concernait pas ! Elle se laissa retomber contre le dossier de sa chaise. C’est vrai qu’elle la première, cette histoire de maison hantée, elle la trouvait hors contexte. C’était fait exprès, lui avait assurer les étudiants, et même si elle leur avait fait part de son avis sur le sujet, elle était surtout payée pour réaliser leurs exigences. Tam poussa un léger soupir. Le pointeur de sa souris cocha le message pour le sélectionner et glissa jusqu’à la corbeille. Au moment de supprimer l’objet de ses tourments, elle marqua un petit temps d’hésitation. Une seconde ensuite, il était trop tard, et elle reprit son geste en allant directement cliquer sur le lien de réponse. Elle aimait avoir le dernier mot, même si c’était avec quelqu’un qu’elle ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam. Au contraire, elle se prit rapidement à imaginer une fille logée dans un guitoune au fin fond du Pérou, aigrie par la vie et son élevage de lama. Un peu plus de réflexion lui fit toutefois rapidement conclure que c’était impossible, parce qu’il ne devait sûrement pas y avoir internet. En revanche, il n’y avait rien d’improbable à ce qu’elle se trouve en Australie, par exemple.

Elle écrit une première phrase, avant de la supprimer directement. C’était sûrement trop familier, après tout, elle la première était la fautive. Elle reprit :


Bonjour Gabrielle,

Une faute de frappe est à l’origine de cette erreur. Veuillez bien vouloir m’excuser du dérangement occasionné. De fait, je m’occupe de supprimer votre adresse mail, à la suite de ce message.

Sachez cependant que les fantômes ne choisissent pas les saisons pour sévir. Ils ne seraient plus très effrayants sans cela. Comme vous l’avez toutefois mentionné, il ne s’agit pas/plus de votre problème.

En espérant que vos orteils et le reste de votre corps s’en sortent,

Bien cordialement,

Tamara Prescott



Elle prit le temps de se relire avant d’effectuer toute nouvelle action. Elle avait peut être légèrement déraper sur la fin, mais franchement, quel importance ? Elle ne croiserait jamais Gabrielle au coin de la rue, alors s’il ne lui était même plus possible de se détendre à travers quelques mots… Après tout, c’était elle la victime. A la fois par les jeunes qui refusaient d’entendre ses conseils ou presque, comme de la fameuse Gabrielle qui lui avait lancé la perche en premier. Elle envoya son message sans aucun remord.
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MessageSujet: Re: Ghostbuster — Gaby   Mar 6 Oct - 15:05

Ses amis auraient dû avoir honte de la laisser dans sa misère, pauvresse inoccupée qu'elle était. Vraiment, ils auraient dû avoir honte. Gaby gérait très mal l'ennui et elle n'avait pas l'habitude de n'avoir rien à faire, surtout ces derniers temps. La première approchait, les répétitions se faisaient plus intenses, les gens étaient plus stressés et elle n'échappait pas à la règle. Alors devoir rester chez elle n'avait vraiment aucun sens. Sage n'était même pas là pour la distraire avec des révisions ou une chorégraphie à apprendre, Casey était Dieu sait où, probablement en train de draguer l'une de ses camarades de classe et Charles était aux abonnés absents. Merveilleux. Même Hannah, cette sale petite traîtresse, préférait hanter les couloirs de la LSOA plutôt que de passer du temps avec elle. Awesome.

Sa seule joie de la journée, unique interaction humaine du jour, était ce stupide email qui ne lui était même pas adressé. Autant se réjouir du coup de fil d'un démarcheur d'une quelconque assurance. Elle n'était pas pessimiste pour un sou et il y avait longtemps qu'elle avait terminé sa crise d'adolescence mais really, life sucked. Délaissant son portable après une réponse qu'elle estimait polie et agréable compte tenu des circonstances ─ une maison hantée, sérieusement ─ elle reporta son attention sur la télévision qu'elle alluma pour ne trouver qu'une tripotée de programmes sans intérêts. En même temps, à quoi s'attendait-elle, en pleine journée ? Ça ne serait même pas un bon sujet de podcast, conclut-elle après une seconde d'hésitation. Il faudrait qu'elle pense à en écrire de nouveaux, ses followers commençaient sans doute à s'impatienter. Pas autant qu'elle, ceci dit, qui attendait désespérément que quelque chose, n'importe quoi, arrive pour la sortir de sa torpeur.

Son portable vibra à nouveau, sur sa cuisse et elle fronça les sourcils. C'était peut-être Casey, revenu du pays des one night stands, prêt à assumer pleinement son rôle de meilleur ami. Mais non, non, non, évidemment pas, c'était trop demander. Au lieu de ça, un autre mail l'attendait, envoyé par la même adresse que cette pub ridicule pour une maison hantée en plein mois d'Août, emphasis on hantée et Août. Elle savait les Américains très friands d'Halloween mais fallait-il vraiment que cette obsession gagne l'Angleterre ?

Elle haussa un sourcil devant le message et ricana franchement à la fin de sa lecture. Elle ne s'était pas vraiment attendue à une réponse, plutôt à ne plus jamais entendre parler de cette histoire. Et ça n'attendait pas la moindre réaction de sa part, right ? Aussi reposa-t-elle son portable pour se concentrer sur le documentaire animalier sur lequel elle s'était arrêtée ─ because you can never go wrong with animals. Mais la saison de reproduction des flamants roses ne l'intéressait pas plus que ça et elle se retrouva bien vite à relire le mail qu'on venait de lui envoyer. Avant d'avoir eu le temps de réfléchir à ce qu'elle faisait, elle cliqua sur l'icône répondre.

Tamara,

Vous êtes toute excusée, ne vous en faîtes pas (j'ai moi-même l'agaçante habitude de taper le mauvais numéro, alors vraiment, il n'y a pas mort d'homme).

Êtes-vous vraiment à l'origine de cette idée ? Parce qu'à moins d'être Américain(e) ─ ce qui n'est en rien une excuse ─ j'ai du mal à imaginer qu'on puisse juger utile et même fun de fêter Halloween avec deux mois d'avance. A moins de vouloir empoisonner les enfants de son voisin avec des bonbons périmés. Pas que l'idée m'ait déjà traversé l'esprit, mais voilà.

Mes orteils et le reste de mes membres vous remercient de votre sollicitude.

Bien à vous,
Gaby
C'était bien plus familier que ça n'aurait dû l'être ─ qui répondait à des pubs intempestives, de toute manière ? Gaby, voilà qui. Gaby qui n'avait rien à faire en cette belle journée, Gaby qui aurait donné beaucoup pour la moindre distraction. Et ce mail était la distraction toute trouvée, right ? Right.
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MessageSujet: Re: Ghostbuster — Gaby   Mar 13 Oct - 12:14

Sans se l’admettre, Tamara se retrouvait dans cette espèce de brèche, où elle ne savait pas si elle voulait, oui ou non, que son interlocutrice virtuelle, vienne à lui répondre. Le débat était probablement clos, car elle n’avait pas vraiment donné matière à répondre. C’était surtout une forme de tournure, pour avoir le dernier mot. Si cela venait toutefois à être le cas, et c’était là une simple hypothèse, elle se mit à imaginer, quelle pourrait être la réponse de la femme qui avait remis en cause, l’événement qu’elle organisait. Il y avait deux options qui en ressortaient : la première, où elle insistait avec véhémence, pour se lancer dans une lutte des mots. La seconde, où elle s’emmêlait les pinceaux en s’excusant plus ou moins platement. Tout ne resterait que spéculations à son avis, même si commençait à naître dans son esprit, une petite curiosité malsaine, si la perspective contraire, venait à arriver. De fil en aiguille, elle vint naturellement à s’interroger à l’apparence de Gabrielle. A quoi ressemblait-elle ? Elle s’éloigna assez vite des clichés, de la geek à lunettes, qui ne s’était pas lavé les cheveux depuis trois semaines. Etant parfaitement à l’aise avec les médias d’aujourd’hui, parce que c’était ses principaux outils de travail, elle cherchait en effet à contrecarrer cette image, qu’elle trouvait somme toute, révolue. Elle se figurait une fille brune, la trentaine bien passée sûrement, pour faire ce genre de remarque, les cheveux s’arrêtant un peu au delà des épaules. Un peu rondelette, sans être grosse. Lunettes ou pas ? Difficile à dire. Non, elle la voyait sans lunettes.

Difficile de se concentrer sur ce qu’elle avait à faire, à présent. Tam laissait plutôt ses pensées vagabonder du côté de Gabrielle, son boulot, son mari, ses amants peut-être. Elle devait bien admettre que cette petite gymnastique de l’imagination était amusante, parce que l’étendue des possibilité, était, bien sûr, infinie. Elle attrapa une liasse de paperasses, qu’elle ne regarda que d’un œil, et dû reprendre sa lecture plusieurs fois, pour en comprendre enfin le sens. Puis, un nouveau mail arriva, et ce n’était pas la météo des plages, comme le précédent. Gabrielle, de nouveau.

Sa réponse ne se rapprochait pas tout à fait de l’un de ses scénarios types. Les premières lignes restaient plutôt douces, mais Tam se sentit rapidement vexée qu’elle ait pu l’associer à cette idée qu’elle jugeait idiote. Elle se demandait d’ailleurs comment cela se faisait-il que Tristan ait pu la mettre sur un coup pareil, est-ce qu’il cherchait à la tester ? Elle retint un petit sourire, pendant qu’elle parcourait la fin du mail face à la suggestion de Gaby – c’était comme ça qu’elle avait signé cette fois-ci. Une ébauche de réponse lui vint en tête, mais elle eut un accès de conscience, qui l’empêcha de s’y mettre tout de suite. Au risque de paraître calculatrice, elle ne voulait pas que Gaby puisse penser qu’elle n’avait d’autre occupation que ses mails. Non seulement ce n’était pas le cas, mais ok, c’était peut être un peu vrai qu’elle y portait maintenant plus d’intérêt que le reste. Elle décida de laisser passer un peu de temps, avant de poursuivre le dialogue, qui avait été engagé. Certes, elle n’était pas obligée d’apporter réponse à la question qu’elle lui posait directement, mais en même temps, ce face à face d’écrans pouvait se terminer ou se poursuivre quand elle le pouvait. Elle avait ainsi décrété, que pour l’instant, ce n’était pas le cas. Cela lui laissa également le temps nécessaire, pour faire un travail sur elle, et se détacher de cette fête qu’elle organisait. Elle était peut être la bonne fée qui était en charge d’agencer tout ça, mais ce n’était après tout pas son problème si l’idée était merdique. Après, tout ne restait qu’une question d’orgueil, et parfois, sa fierté avait du mal à passer outre.


Je tiens à préciser, pour répondre à votre question, que notre agence n’est en rien responsable des fantaisies de ses clients. Mais peut être que l’un d’entre eux finira peut être effectivement empoisonné à cause d’un jus de citrouilles un peu passé. Un accident est si vite arrivé, surtout lors de soirées à thème telles que celles-ci.

C’est pour ce genre de défis, tels que celui-ci que j’ai été engagée. Je ne pourrai toutefois pas vous tenir informée du résultat, car j’aurai probablement supprimé vos coordonnées, d’ici là.

Happy Halloween un peu en avance,
Tamara


Elle espérait juste que Gabrielle comprendrait les petites subtilités de son humour, mais Tam n’en doutait pas vraiment, comme elle l’avait confirmé dans ses quelques phrases. Si Faure l’apprenait, en revanche, la plaisanterie risquait de passer de travers.
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MessageSujet: Re: Ghostbuster — Gaby   Mer 16 Déc - 15:06

C'était ridicule de fixer son portable ainsi et attendre une réponse, franchement ? Non, ça n'avait aucun sens. Recevoir une réponse la première fois relevait déjà du miracle ou du moins le pensait-elle. Après tout, elle s'était toujours dit que ce genre de mails était envoyé automatiquement, après avoir été réalisé avec grand soin par des gens qui n'approchaient pas un ordinateur. Mais ─ et pour en avoir le cœur net, elle se saisit à nouveau de l'appareil ─ l'adresse de l'expéditeur n'avait rien à voir avec ces habituels noreplyatsomething. Et Dieu savait combien Gaby avait pu pester contre ces adresses au cours de sa vie. Il lui était même arrivé de leur adresser des mails plus ou moins assassins, ne serait-ce que pour vérifier que personne ne lisait ce qu'on envoyait à ces contacts-là. Casey s'était toujours moqué gentiment d'elle, prétendant que ses insultes avaient tout du vocabulaire d'une grand-mère énervée. Ridicules ou non, ces messages-là n'avaient jamais obtenu la moindre réponse. Alors oui, elle était un peu surprise d'en avoir eu une cette fois. Surprise et ravie, inutile de mentir, d'avoir trouvé une distraction pour cette journée qui s'étirait en longueur. Pourquoi diable De Lacy avait-il décidé de les renvoyer chez eux ? Certains s'en étaient réjouis, évidemment, et elle commençait sérieusement à penser que quelque chose ne tournait pas rond chez elle. A l'époque où elle courrait les auditions tout en travaillant au McDo du coin, Gaby aurait donné cher pour quelques congés. Juste de quoi respirer un peu, juste une journée pour souffler. Être capable de gagner sa vie en faisant ce qu'elle aimait était aussi nouveau qu'épanouissant, mais elle était consciente de la précarité de sa situation. Après tout, elle n'était qu'une doublure parmi tant d'autres. Elle pouvait être remplacée à tout moment et personne, ou presque, ne s'en apercevrait. Parce qu'elle n'était pas Carmen et ses nombreux rôles, ni Imogen et son parcours à la télé. Elle n'était qu'une fille qui peinait à se faire remarquer dans un milieu ô combien compétitif.

Elle s'étendit de toute sa longueur sur le canapé avec un râle désespéré. Non, il fallait éviter de penser à ça. Elle était sur la bonne voie, elle pouvait réussir. Les Misérables n'étaient que la première étape qui l'éloignerait des petites salles et des publics de trois personnes, des rôles miteux, des productions pourries. Elle pouvait réussir et ce n'était pas un jour de congé qui allait la ralentir. Et puis, ça lui ferait du bien de se poser, pas vrai ? Ouais, restait à s'en convaincre.

Dieu merci, son téléphone l'arracha une fois de plus à ses pensées, vibrant sur sa hanche. Elle se releva si vite qu'il manqua de s'écraser sur le sol. Au prix d'une acrobatie qu'elle paierait plus tard si elle ne s'étirait pas, Gaby s'en saisit et déverrouilla l'écran avec plus de hâte que nécessaire. C'était probablement un message de Casey. Ou de sa mère peut-être. Cette fille, Tamara, avait probablement supprimé sa réponse après l'avoir lu. Si tant est qu'elle l'avait lu. Elle était probablement de ces gens trop occupés pour vérifier leur boîte mails toutes les cinq minutes, au contraire de Gaby qui ne semblait rien avoir d'autre à faire aujourd'hui. Et — eh bien, non. Un sourire étira ses lèvres devant la notification à présent presque familière. Elle éclata de rire devant le premier paragraphe, ravie de constater qu'elle n'avait pas vexé son interlocutrice. Depuis toute petite, Gaby avait tendance à parler avant de réfléchir et, malheureusement pour elle, ça s'appliquait également à ses diverses correspondances. L'humour passait parfois difficilement à l'écrit et elle avait plus d'une fois dû s'excuser d'une vanne maladroite. Elle jeta un coup d’œil à l'heure de réception du message, se demandant s'il était de bon goût de répondre immédiatement. C'était typiquement le genre de questions qu'elle se posait, au début de sa relation avec Cara. Répondre tout de suite au risque de paraître désespérée ou attendre et passer pour une fille indifférente ? Screw that, elle n'attendait rien de cette nana-là, si ce n'était un peu de distraction.

Un accident est si vite arrivé, comme vous dîtes. Je ne doute pas que vous ayez le bien-être de vos clients en tête mais au cas où, je connais plus d'une douzaine de théâtres peu fréquentés où vous pourriez entreposer les corps. Sait-on jamais, ça pourrait vous être utile.

J'espère sincèrement qu'on vous paie bien, pour mettre sur pieds ce genre d'extravagance. Le client est roi, n'est-ce pas ? Mais par simple curiosité, quelle est la chose la plus étrange qu'on vous ait demandé ?

Happy Halloween à vous aussi, prenez garde aux fantômes et ne prononcez pas le mot en M (simple conseil d'une connaisseuse),
Gaby
Et tant pis si elle passait pour une illuminée, avec cette légende. Les non-avertis prenaient ça à la rigolade, probablement comme les clients de cette fille qui voulaient fêter Halloween en plein mois d'août. C'était de bon ton, à la réflexion.
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MessageSujet: Re: Ghostbuster — Gaby   Ven 15 Jan - 17:59

Et si Faure venait à la surprendre en train de vaquer à des activités de si peu importance ? Tamara imaginait déjà les remontrances à son égard. Connaissant le spécimen, ce dernier n’hésiterait pas à lui mettre un coup de pression supplémentaire sur les épaules, allant même jusqu’au chantage et à la menace, prenant cet écart pour un crime de lèse majesté. Pourtant, ce n’était pas comme si elle se démenait chaque jour dans son travail, les cernes, dues à un manque cruel de sommeil pouvait en attester. Relâcher un peu les tensions qu’elle subissait au quotidien ne lui ferait pas de mal, mais ça son patron ne voudrait surement pas l’entendre. Il n’était pas là pour ça, et ce qu’il attendait c’était des résultats, même si ça pouvait parfois être au dépit de ses collaborateurs. Tam tendit légèrement l’oreille, pour s’enquérir des bruits extérieurs, qui pourraient traduire une quelconque présence, guettant le moindre danger qui pourrait dévoiler ses petites manigances. Personne toutefois ne paraissait décidé à venir troubler son échange de mails, pour le moins incongrue. Il avait au moins le mérite de lui changer les idées, aussi futile soit-il, et finalement, ce n’était pas si mal de s’attarder sur ce sujet sur lequel personne n’aurait daigné s’arrêter en d’autres temps.

Cette fois-ci, elle songea que Gabrielle allait lui répondre. Si elle l’avait fait les fois précédences, pourquoi pas une de plus ? En tout cas, la concernant, il ne devait pas y avoir beaucoup d’options : soit elle était d’une curiosité telle, que c’était plus fort qu’elle, il fallait qu’elle obtienne une réponse logique et censée à la soirée de Tam, soit elle n’avait rien de mieux à faire elle non plus en cet après midi morose. Cela pouvait très bien être aussi un condensé des deux. Elle consulta machinalement ses ongles, avant d’y enlever les saletés qui avaient choisi de se loger dessous. Le temps peut parfois paraître très long, lorsqu’on a rien à faire… Gaby vint heureusement combler de nouveau cet ennui, et Tamara ajusta correctement son clavier, en préparant déjà mentalement sa réponse, habituée à cette petite danse qui était née entre elles deux.


… Si vous avez besoin de cadavres comme figurants, pourquoi pas.. !


C’était un peu glauque, à mieux y songer, mais après tout, ce n’était pas elle qui avait commencé la première ! Elle enchaîna sur sa rédaction, parce qu’elle savait exactement ce qu’elle allait lui raconter :


Il s’agit d’un homme d’affaires qui a sa petite notoriété à Londres. Il a choisi de faire sa soirée dans l’un de ses immeubles dont il est le propriétaire. Seulement il venait tout juste de faire poser sa nouvelle moquette, et a donc décrété que tous ses invités devraient être pieds, afin de ne pas l’endommager. Evidemment, nous avons dû faire de même.


Elle se rappelait sans grand problème du désarroi qu’elle avait éprouvé à ce moment là, le décalage entre cette soirée qui se voulait huppée, et le fait que toutes les personnes présentes se retrouvent contraintes de se déchausser. Cela avait par ailleurs posé plus ou moins problèmes à certains invités qui avaient trouvé de quoi se plaindre, même si là encore, ils avaient tout prévu, avec des chaussons, pour chaque participant à la manifestation. Son client n’en avait en tout cas pas démordu, et eux aussi n’avaient pas pu y échapper, alors qu’ils préparaient l’événement. Il s’était même trouvé être encore plus intransigeant. Elle laissa échapper un petit soupir face à ses souvenirs. Dès qu’ils possédaient un peu d’argent, les gens ne reculaient devant rien !
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