welcome back w/ cara

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MessageSujet: welcome back w/ cara   Sam 4 Juil - 1:53

Si ses collaborateurs se doutaient que cette journée sortait de l'ordinaire, ils n'en avaient rien dit, craignant probablement que Neal ne soit encore plus désagréable. Ses nerfs étaient à vif et ce n'était pas uniquement parce que ce deuxième film avait dépassé de loin les délais imposés par la maison mère. Non mais il était hors de question de le reconnaître, question de fierté. Question de morale aussi. Avouer, même à lui-même, que c'était le retour de sa fille et la perspective de dîner avec elle qui le mettaient dans cet état revenait à dire qu'il n'était pas heureux de la voir rentrer. Ce n'était pas tout à fait le cas. Il se réjouissait de la retrouver mais il ignorait s'il était capable de manifester cette joie. Elle était partie sans le lui dire, sans même le consulter et s'il comprenait tout à fait qu'elle ne ressente plus le besoin de lui demander conseils à chaque décision à prendre, il aurait préféré qu'elle cherche à avoir son avis. Sa carrière avait grandement profité de ce déménagement, il l'avait remarqué. Professionnellement parlant, elle avait bien fait de partir. Sur le plan personnel, well, il n'était pas certain que ça avait été vraiment judicieux. Il n'était plus vraiment en contact avec la jeune fille qu'elle fréquentait à l'époque mais Neal savait que Gabrielle Taylor avait mal vécu cette rupture abrupte. Personne, pas même Jia, la mère de sa fille, n'avait vu ça venir, au contraire. En vérité, à l'époque, Neal se serait plutôt attendu à conduire sa fille à l'autel plutôt que d'apprendre qu'elle avait décidé d'emménager à Los Angeles. Elle menait son existence comme elle le souhaitait et il devait le respecter. Ça ne signifiait pas pour autant qu'il cautionnait cette décision, loin de là. Plus que son départ et la fin de sa relation avec sa petite-amie, c'était la manière dont elle avait géré l'affaire qui l'avait froissé. Ils étaient très proches et il n'avait pas imaginé qu'elle puisse avoir si peu de considération pour son propre père. Qui annonçait à ses proches son désir de partir une fois celui-ci assouvi ? Les deux années qui venaient de s'écouler n'avaient pas été des plus simples. Il avait laissé s'installer le malaise entre eux, incapable de passer outre le coup de fil qu'elle lui avait passé pour lui annoncer la nouvelle. Ils s'étaient peu vus par la suite et il appréhendait totalement de la retrouver chez lui, là où elle avait pourtant grandi. Son stress s'était traduit par des ordres, aboyés sèchement à ses collaborateurs et tous, lui y compris, avaient été heureux de voir la journée s'achever.

Neal n'était pas exactement un bon cuisinier. Il se débrouillait pour ne pas mourir de faim mais il était incapable de cuisiner un repas pour plus de quatre personnes sans mettre sa vie en danger. Aussi avait-il décidé de passer commande chez un traiteur. D'aucuns auraient pensé qu'une pizza suffisait pour une soirée père-fille mais il s'agissait du premier dîner qu'il partageait avec sa fille depuis de longs mois. Malgré son amertume, il était décidé à lui faire honneur. Il lui suffirait de réchauffer les plats qu'il avait immédiatement mis au réfrigérateur en rentrant. La table était mise, le vin sorti et il ne manquait plus que l'invitée d'honneur. Au fil des minutes, la nervosité le gagna. Ils s'étaient pourtant revus plusieurs fois depuis qu'elle était rentrée, pour partager un café, pour déjeuner non loin des studios ou de la Royal Academy of Dramatic Arts où elle donnait quelques cours ─ une autre surprise mais il était fier de celle-là. Il était parvenu à éviter les sujets qui fâchent, à savoir son départ, deux ans plus tôt, et surtout Alice. Il savait qu'elles étaient en contact, à la fois parce que Jia le lui avait dit et parce que la détective privée qu'il avait mandaté pour se renseigner sur son ex-femme lui en avait apporté la preuve. Ce dernier mariage était un échec cuisant pour lui et il aurait évité à tout prix d'en reparler s'il n'y avait pas eu Daniel. Tristement, Cara avait vu son frère beaucoup plus que leur propre père et c'était ce sujet-là qu'il mourrait d'envie d'explorer. Toutes les visio-conférences du monde ne pouvaient remplacer le temps qu'il avait perdu et il comptait bien sur sa fille pour en apprendre un peu plus.

La sonnette de l'entrée retentit, l'arrachant ainsi à ses pensées et il se hâta de gagner la porte, les mains encore perdues au fond des gants de cuisine. « Bonsoir chérie, entre » fit-il en s'effaçant pour laisser passer sa fille. La voir faisait du bien, malgré le fossé qui s'était creusé entre eux. Cara était son aînée. Il l'avait élevée en grande partie seule, malgré le concours de Jia qui, elle, avait privilégié sa carrière à sa vie de famille. Sa petite fille avait grandi et elle était partie, mais elle était de retour et il comptait bien effacer le peu de distance qui subsistait. Il ignorait simplement la marche à suivre. « Laisse-moi prendre ta veste. Oh, attends » fit-il, réalisant qu'il n'avait pas vraiment les mains libres. Il ôta l'un des gants qu'il cala sous son bras avec un sourire. « Installe-toi, j'arrive. Salon, cuisine, comme tu veux, tu, mh, tu es chez toi après tout » Oh, voilà que débarquait la gêne. Great. Ils n'avaient même pas dépassé le stade du simple bonsoir qu'il se sentait déjà mal à l'aise. Way to go Gallagher.
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MessageSujet: Re: welcome back w/ cara   Mer 8 Juil - 22:18

J’avais accepté l’invitation, sans savoir à quoi m’attendre. Il aurait été indélicat de dire non à la proposition de mon père de venir manger à la maison, mais d’un autre côté, vu nos rapports distants, j’imaginais bien mal passer une soirée entière en sa compagnie. Nos longues conversations étaient bien loin derrière nous nos centres d’intérêts étant communs, puisque nous travaillions tous les deux dans le même domaine. Aujourd’hui, nous étions plutôt en train d’essayer tant bien que mal de les éviter. Ils rappelaient trop de souvenirs, d’actes, et de conséquences, et les évoquer, je le savais, pouvait mener à une discussion difficile qui ne ferait que remuer le couteau dans la plaie, plutôt que de réparer la blessure. D’un autre côté, le faussé était creusé depuis un moment déjà et faisait partie du paysage, nous nous y étions accommodé, tant bien que mal. On ne pouvait évidemment par l’ignorer, parce qu’il était plus imposant que jamais, mais nous avions appris à la contourner, et finalement, ça fonctionnait très bien comme ça. Le temps, justement, la distance aussi, tout cela avait contribué à l’obscurité qui entourait nos liens tendus, si bien que je ne savais plus vraiment où est-ce qu’ils prenaient vraiment naissance. Enfin. Si, je le savais cela s’était fait sans qu’aucun de nous deux, papa et moi ne changions rien de ce nouveau climat pesant qui s’installait entre nous, rendu encore plus facile, puisque j’étais de l’autre côté de la Terre, aux Etats Unis. C’était d’une grande simplicité de laisser les choses s’installer dans ce contexte, puisque la séparation physique ne rendait pas les faits concrets. J’étais partie, et ne l’avais annoncé à mon père qu’après avoir traversé la mer. Je pouvais jusque ici comprendre sa surprise et son incompréhension, parce que jamais, jusque alors, je ne l’avais poussé sur cette piste. Au lieu que cet état ne reste que temporaire, comme je l’avais imaginé dans un premier temps, il n’avait eu de cesse de s’ancrer ensuite. Je m’étais persuadée là encore qu’il ne s’agissait que d’une étape, qui prenait de temps, qui s’espaçait dans la durée, mais qui finirait par s’effacer. Je pouvais aussi m’en occuper plus tard, rétablir le cap, si jamais ça ne se résolvait pas. Tant et si bien que cela avait eu un impact sur nos comportements, qui s’étaient modifiés eux aussi, d’abord sans que je ne le réalise. C’était plus que jamais chose faite depuis que j’étais revenue à Londres, et que nous nous étions croisés, une poignée de fois.

Ce n’était pas dans mon tempérament de revenir sur les actions passées. J’étais en ville à présent, et nous allions profiter l’un de l’autre ce soir, même si ça allait nullement doute se passer dans l’appréhension. Même le choix de ma tenue était calculé, ce qui pouvait paraître étrange, parce que je jugement de mon père n’aurait normalement pas dû exister dans ce cas de figure. J’avais quand même finalement opté pour des vêtements qui ne tombaient ni dans le strict, ni dans le trop décontracté et qui voulaient avant tout refléter celui de mon état d’esprit : la neutralité. Le bout de mes doigts se mit à fourmiller lorsque j’enclenchais la sonnette  de l’entrée. Ca devait d’ailleurs être à peu près la première fois que je l’utilisais, et j’eus le sentiment d’être un étrangère, et non pas la fille de Neal Gallagher qui était en train de s’inviter poliment chez lui, non pas une enfant rentrant justement chez elle. Où se trouvait ma légitimité ? Papa apparut bientôt à la place de la porte close dans un accoutrement que ne m’était pas – qui ne lui était pas – familier. Gants de cuisine en main, j’eus tout de suite l’impression que quelque chose n’allait pas. Je me gardais bien tout commentaire – il pouvait être mal interprété et déplaisant, et démarrer sous des tensions n’était définitivement pas une bonne idée.

- Laisse-moi prendre ta veste. Oh, attends.

J’accédai à sa demande et laissai tomber les manches longues. La belle saison était revenue, mais il faisait encore un peu frais. Je le tins quelques instants au bras, le temps que papa se dépatouille de ses mains de pingouins et qu’il le récupère. Ce geste accentua cette sensation d’être une invitée plutôt que l’habitante de la maison, qui revenait après un long voyage et qui faisait inconsciemment l’action de porter son gilet au porte-manteaux pour s’en débarrasser.

- Tu cuisines, dis-je d’une voix blanche, plus dans la constatation, que dans la question véritable. Pour être honnête, je n’aurais su dire s’il s’agissait d’une bonne nouvelle ou non, et c’était les seuls mots que j’avais trouvé, susceptibles de ne éventuellement, pas le vexer.

- Installe-toi, j'arrive. Salon, cuisine, comme tu veux, tu, mh, tu es chez toi après tout

Tristement ironique puisque c’était plutôt l’effet inverse qui s’était produit jusqu’à présent. Pour faire bonne figure cependant, j’acquiesçai dans une expression qui se voulait joviale, et j’allais dans le salon. M’installer face à la table basse, dans le canapé, me paraissait moins austère que les meubles rigides de la cuisine bien que très design. Il revint avec une bouteille et la posa, le temps de sortir les verres, dans le meuble de la salle à manger.

- Je m’en occupe, décidai-je, et m’emparai aussitôt de la bouteille. Il fallait à tout prix que j’occupe mes mains, avant qu’elles ne viennent nerveusement s’appliquer sur mes cuisses. D’un mouvement expert, je la dévissai grâce au tire bouchon, puis rempli de vin nos coupes à un peu plus de la moitié chacune. Qui sait, peut être que boire nous aiderait à nous désinhiber. Cela me laissa le temps nécessaire pour réfléchir à tout allure sur comment meubler la conversation. Le silence commençait déjà à m’angoisser, et je ne voulais surtout pas le laisser s’imposer. Ce serait bien que la prochaine fois, Daniel soit avec nous, commentai-je en évoquant mon petit frère. Il avait très envie de te voir, lui aussi. Le sujet de mon frère paraissait être un bon terrain d’entente. Je regrettais d’ailleurs son absence. Sa présence aurait suffit à elle seule à accaparer l’attention et aurait rendu les choses beaucoup plus facile. Il n’était pas là. Tu veux peut être que je t’aide à terminer ce que tu as lancé, m’enquérais-je pour faire disparaître la sensation d’attendre et de me faire servir, qui rendait nos retrouvailles, un peu impersonnelle finalement, ce que j’avais souhaité éviter avant mon arrivée.
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MessageSujet: Re: welcome back w/ cara   Mer 5 Aoû - 20:42

Il avait conscience de s'être comporté comme un gros con sur le set mais ce n'était pas tous les jours que votre fugitive de fille rentrait à la maison. Si tant est que ce fut le cas. Il avait beau lui en vouloir, Neal craignait tout de même de dire le mot qu'il ne fallait pas et de la voir s'envoler à nouveau. Cara était adulte, elle faisait bien ce qu'elle voulait mais égoïstement, il aurait préféré qu'elle se soit rangée à son avis deux ans plus tôt. Pour ça, il aurait toutefois fallu qu'elle le lui demande et c'était précisément ce qui l'avait blessé. Elle avait beau avoir vingt-cinq ans à l'époque, elle restait sa petite fille et il ne comprenait toujours pas pourquoi elle avait ressenti le besoin de partir sans l'informer.

Mais soit, il était prêt à passer l'éponge. Vraiment. Ça lui avait pris de longs mois et de profondes discussions avec Jia, la mère de sa fille mais il était finalement arrivé à la conclusion que tenir rigueur de ce départ l'empêcherait d'avancer. C'était compliqué et parfois, dans un moment de lucidité, il se disait que ce n'était qu'un ramassis de conneries. Mais soit, il pouvait essayer de se voiler la face pour le bien de sa famille. Sa famille, ce qui incluait aussi son fils. De ce côté-là, rien n'avait changé. Alice refusant toujours tout dialogue ─ et s'il l'avait trompée, il aurait pu comprendre mais seriously, elle lui en voulait encore pour des propos maladroits qu'il avait tenu deux années entières plus tôt ? bullocks ─ il était contraint de s'entretenir régulièrement avec son avocat pour régler cette situation. En attendant, il avait droit à des rapports hebdomadaires de la société de détectives privés qu'il avait employé. Les factures n'étaient pas vraiment des plus modestes mais ça en valait le coup.

Il comptait aussi sur ce dîner et sur Cara pour obtenir des nouvelles de son fils. Neal savait à l'avance que ça s'annonçait compliqué. Au cours de ses quelques entrevues avec son aînée, il n'avait pas su se défaire de la gêne que leurs retrouvailles premières avaient occasionné mais il avait bien l'intention de changer ça. Aussi éclata-t-il de rire devant sa surprise face à sa panoplie du parfait petit cuisinier. « Ah ça, oui, non. J'ai juste appris à me servir d'un four, histoire de réchauffer ce que j'ai commandé. Tu serais certainement arrivée en même temps que les pompiers si j'avais décidé de cuisiner » plaisanta-t-il en haussant les épaules. Il l'invita à entrer dans le foyer avant de prendre sa veste. Geste machinal inspiré par tout invité passant sa porte, ce qui en disait long. Il eut beau la rassurer et lui dire qu'elle était ici chez elle ─ ce qui était techniquement le cas ─ il sentait bien le malaise poindre. N'étant pas homme à se laisser abattre sans tenter de s'en sortir, Neal accrocha le manteau à la patère et fit un rapide détour par la cuisine pour vérifier que rien n'avait décidé de partir en fumée. Il gagna le salon à son tour, non sans avoir au préalable attrapé la bouteille de vin qu'il avait sorti pour l'occasion. Bouteille dont Cara ne tarda pas à s'emparer alors qu'il s'occupait des verres. « Je t'en prie » fit-il en s'efforçant de sourire. Nul besoin de se sentir gêné, il ne s'agissait que de sa fille, right ? Sa fille partie sans rien dire s'installer dans un autre continent, en même temps que son ex-femme. Nul besoin d'être gêné en effet.

Neal la contempla un instant, notant qu'il n'était pas le seul à être nerveux et il finit par prendre place sur le sofa. Inutile d'avoir en plus l'air d'un crétin incapable de dire un mot. Ils allaient s'en sortir, repartir sur de bonnes bases. Ils pouvaient le faire. Il y avait plus grave dans la vie, right ? Right. Il baissa les yeux sur son verre, le vin trouvant un tout nouvel intérêt à ses yeux. De courte durée malheureusement. Il haussa un sourcil, releva les yeux dans sa direction. Daniel. Il aurait aimé le voir, lui aussi. « Il aurait pu être là ce soir, si sa mère avait daigné répondre au téléphone » Il regretta aussitôt son ton sec. Cara n'était pas responsable des tensions ─ doux euphémisme ─ qui subsistaient entre Alice et lui. « Excuse-moi, reprit-il, plus doux, ce n'est pas ta faute, c'est juste incroyablement frustrant. J'attends encore des nouvelles de son avocat pour la garde. Peut-être que nous serons trois la prochaine fois » confirma-t-il avec plus d'entrain. Il l'espérait sincèrement. Il y avait trop longtemps qu'il n'avait pas vu son petit garçon. Il avait déjà laissé l'absence tâcher sa relation avec sa fille, il était hors de question de laisser faire pour son cadet.

Il se redressa à sa proposition, le verre encore intact à la main. « Si tu veux, oui. Ton vieux père n'est pas exactement une parfaite ménagère » commenta-t-il en les menant à la cuisine. Ce genre de réflexions spontanées le ramenait à des temps plus simples, plus heureux aussi, lorsque les femmes de sa vie s'alliaient pour dénoncer son manque d'expérience dans les tâches les plus simples. Il se souvenait encore de très bonnes soirées passées avec Jia et Alice, une main sur son ventre rebondie, et Cara, des soirées qui résonnaient en rires et en anecdotes ridicules. « Je suis désolé tu sais. Pour tout ce qui s'est passé » dit-il soudain, l’œil sur le four. Fixer les morceaux de dinde qui achevaient de cuire était bien plus simple que regarder sa fille droit dans les yeux et de lui présenter des excuses qu'il avait tant de mal à formuler. Quelques semaines en arrière seulement, il en aurait été incapable, convaincu que c'était à elle et à elle seule d'être navrée. Mais il avait aussi sa part de responsabilité dans ce gâchis et il n'était pas prêt à perdre sa fille par pure fierté.
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MessageSujet: Re: welcome back w/ cara   Jeu 17 Sep - 15:41

Plus j’essayais de bien vouloir me détendre, plus j’avais ce goût aigre dans la bouche que le résultat était désastreux. Au lieu de retrouver un certain soutien chez mon père, parce qu’il paraissait aussi à l’aise qu’une mangouste désirant apprendre à faire de la luge, son propre malaise ne faisait que maintenir de la distance entre nous. Ce n’était pas un climat qui m’était totalement inconnu cependant. Lui comme moi, c’était la façon de fonctionner des Gallagher ; ne pas perdre la face, sans être vraiment capable non plus de laisser l’anguille sous roche très longtemps. La question était à présent de savoir combien de temps ce petit manège était susceptible de durer. Non prête à y mettre un terme la première, je choisi de répondre à sa boutade par un sourire, suivi d’un petit éclat de rire. Peut être pas des plus spontanés, mais la volonté y était. Ca me fit au moins plaisir de constater que certaines choses ne changeaient pas, et ne changeraient jamais. Finalement, c’était presque un soulagement d’apprendre que ce n’était pas papa qui avait concocté notre repas, mais bel et bien un tiers. Et pas à cause des risques d’intoxication alimentaires…

Comme un miroir, j’entrepris les mêmes gestes au moment d’attraper mon verre. Me calquant également sur des mouvements qui ne m’étaient pas totalement inconnus, je pris soin de faire tourbillonner le liquide à l’intérieur du récipient, comme pour y découvrir quelconque dépôt, ou autre sujet sur lequel nous lancer, sans qu’il ne s’agisse d’une pente glissante. Peine perdue. Mes doigts se crispèrent sur le verre, en écoutant les explications de papa, et ce conflit avec Alice qui n’en finissait pas. Je ne mâchais généralement pas mes mots sur le sujet, mais avec la configuration actuelle des choses, c’était assez mal venu d’y ajouter mon grain de sel. Là n’était pas le propos ce soir, sachant aussi que je refusais de prendre part à ce débat plus longtemps… Même si je leur reprochais à tous les deux d’être incapable de s’entendre, et de placer inévitablement Daniel au centre de leur discorde…

Je lui lançai des œillades régulières, sans parvenir un seul instant à maintenir mon regard dans sa direction. La soirée venait de débuter, et après tout je n’avais qu’un seul souhait, qu’elle ne reste pas sur cette tonalité…

- C’est certain que ce n’est pas l’envie qui lui manque, confirmai-je avec une pointe d’amertume, comme pour tenter de lui faire comprendre ce que je ressentais, vis à vis de cette situation. J’espérais néanmoins être restée assez vague pour ne pas être à l’aube d’une nouvelle dispute.

Je préférais couper court, et reposai mon verre, dont j’en avais bu une petite gorgée, avec moins de douceur que je ne l’avais imaginer. En rejoignant la cuisine, au fil des réflexions de papa, je ne pouvais pas m’empêcher de me poser mille et une questions. Ces plaisanteries, au fond, étaient-elles uniquement destinées à faire passer le temps, pris au piège comme nous l’étions de nos propres remords et rancunes, ou bien lui venaient-elles à l’esprit naturellement ? Je n’étais pas du genre calculatrice, mais force était de constater que je l’étais bien malgré moi à cause des événements.

- La confiance en soi, c’est la clé, ne pus-je m’empêcher de le singer, en levant, et secouant mon index. C’était bien son genre, de me donner ce type de conseils, avant une audition, ou part soutien, parce que je m’étais fait descendre en l’espace de quelques lignes, dans une critique.

Je ne me dis qu’après coup, que parler travail, même de manière déguisée, n’était peut être pas une idée très judicieuse. D’un autre côté, marcher sur des substances jaunes dégoulinantes sur les cheveux de Caro, ça me paraissait beaucoup plus compliqué. Papa n’allait quand même pas mal prendre un peu d’humour, alors qu’il avait l’air de manier ce sport à la perfection ce soir ! Aussi, sa remarque m’arriva de plein fouet, et me fit remettre plusieurs fois d’affilé une mèche qui était déjà parfaitement logée derrière mon oreille. J’avalais ma salive de ma gorge, déjà sèche.

De la compréhension, des excuses, évidemment j’en avais rêvé, au moins pour sa réaction initiale. D’accord, je ne m’étais pas attendue à ce que mon père appuie mon initiative dans un premier temps, mais avec le recul, je ne m’étais pas imaginée non plus me retrouver avec nos difficultés aujourd’hui. Surtout, surtout… je ne comprenais pas. Lui qui était le mieux placé pour savoir à quel point mon ascension avait été difficile à cause de sa propre notoriété, en partie, ne pouvait-il pas être simplement… fier de moi ? Est-ce qu’il l’était ? Je ne trouvais même pas réponse à cette interrogation. Avec son comportement, celui de Gaby, entre autre, parfois j’avais eu ce sentiment d’avoir fait une erreur, en tout cas, c’était ce que j’avais fini par me convaincre. C’était complètement contradictoire, parce que ma réussite, je la devais à mes dernières années passée hors du continent britannique, et je n’avais aucun regret sur cette décision. Voilà que pourtant, maintenant que j’avais ces mots, destinés à lever le poids dans ma poitrine, ces excuses m’incommodaient, comme si elles n’allaient pas avec papa. Je voulais faire comme si je n’avais rien entendu et passer à autre chose, mais c’était difficilement possible. Pourquoi tout ne pouvait pas seulement revenir comme avant ?

- Tu ne devrais pas. Après tout, l’occasion ne se formulerait peut être plus jamais. C’est tellement facile de s’excuser comme on partage un plat de dinde, j’eus un mouvement vers le repas, constatant au fur et à mesure, mes propres paroles. Et puis pourquoi ? A cause de la situation ? Oui, je suis d’accord, la situation est nulle, et peut être qu’on aurait pu éviter tout ça, qu’on aurait dû en être capable d’ailleurs. Mais en même temps, j’ai fait ce que je voulais. Alors, effectivement, ça m’a beaucoup manqué de ne pas pouvoir le partager, parce que tu sais toi même très bien que le succès quand on est seul ne vaut rien, mais je ne vais pas adopter ce comportement de fausse humilité, en étant désolée d’avoir fait ce que j’avais envie. Ca a été au détriment des autres, mais ce que j’ai fait, peut être que je n’en ai été capable qu’en ayant été à Los Angeles. A croire que la scène ne m’était pas étrangère non plus en dehors du plateau. Je te remercie, mais on ne devrait pas s’encombrer de tout ça. Je suis revenue maintenant, je suis ici, et j’en suis super contente, est-ce qu’on ne peut pas poser les choses une bonne fois pour toute sur la table et passer à autre chose ? Je ne pourrai pas me comporter comme ça à chaque fois de toute façon. Réfléchir avant d’agir, j’avais prouvé que ce n’était pas dans mes habitudes. Je sais surtout que ça a fait de la peine à tout le monde, mais peut être qu’on ne pouvait pas faire autrement. Moi, j’en avais besoin, terminai-je en me justifiant.

Est-ce que papa allait comprendre tout ça, l’angle dans lequel je voyais les choses ? C’était quitte ou double, parce qu’il pouvait très bien aussi mal le prendre. En même temps, c’était la première fois que je parlais avec autant de sincérité depuis le début de la soirée.

- C’est bon, coupai-je abruptement, en ouvrant la porte du four. Je me saisi des maniques pour retirer le plat occupé par la dinde, laissant des flots de fumée s’échapper en même temps. En me redressant, enfin, avant de déposer la plaque sur le plan de travail, je maintins son regard.
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MessageSujet: Re: welcome back w/ cara   Mar 17 Nov - 15:00

Quelques années plus tôt, ce dîner aurait été une excellente raison pour leur famille de se retrouver. Jia serait certainement venue, de passage à Londres pour une raison ou pour une autre, Alice aurait cuisiner, ils auraient ri, ri avec pour seule crainte de renverser un verre de vin. Aujourd'hui Neal avait la sensation de marcher sur des substances jaunes dégoulinantes sur les cheveux de Caro dans sa propre maison, face à sa propre fille. Cara était pourtant la personne qu'il connaissait le mieux, il l'avait élevée après tout et ce, en grande partie sans l'aide de sa mère, occupée à courir le monde pour combattre l'injustice et exposer au grand jour les horreurs dont l'Homme était capable. Elle était son aînée et la seule femme qui ait jamais partagé sa vie sans qu'il craigne de la voir disparaître parce qu'il lui avait brisé le cœur. Et pourtant, elle était bel et bien partie, sans un mot. Mais c'était son droit, right ? Elle était adulte et elle était loin d'être idiote. Si elle avait décidé de s'envoler pour un autre continent, elle avait dû avoir d'excellentes raisons et après tout ce temps, il était prêt à passer l'éponge sur la furieuse déception qui l'avait saisi, lorsqu'elle lui avait annoncé la nouvelle. De toute manière, Neal avait toujours été incapable de lui en vouloir bien longtemps.

Verre de vin en main et non sans avoir vérifié que rien ne brûlait en cuisine, il s'installa sur le canapé en se répétant mentalement qu'il n'y avait aucune raison d'être nerveux. Mais d'un autre côté, damn, il pouvait en citer tant qu'il n'avait probablement pas assez de doigts pour toutes les compter. Il n'avait pas la réputation d'être particulièrement docile, surtout lorsqu'il était contrarié. La dernière chose dont il avait besoin ─ dont ils avaient besoin ─ c'était d'une gaffe, d'un mot de travers et, évidemment, il oublia un instant que Cara n'était pas responsable de la situation. Il ne devait s'en prendre qu'à lui-même si Alice avait décidé de partir, s'il ne voyait pas Daniel tous les jours. Il lui présenta ses excuses aussi vite qu'il s'était emporté, conscient qu'elle serait tout à fait en droit de l'envoyer paître, voire même de prendre ses affaires et de s'en aller. Leur relation avait perdu, semblait-il, cette complicité qui rendait les choses si simples entre eux, tant au travail qu'à la ville. Elle était l'une des actrices qu'il avait pris le plus de plaisir à diriger, autant en raison de son talent que parce qu'elle comprenait  ce qu'il recherchait sans avoir besoin de longues explications. Il était prêt à parier que ce serait plus difficile à présent, s'ils retournaient ensemble, et il était prêt à tous les sacrifices pour changer ça.

Il se figea au-dessus de son verre en entendant ses premiers mots. L'espace d'un instant, il s'attendit à la voir se lever, à quitter cette maison qui l'avait vue grandir pour claquer la porte sans se retourner mais elle ne bougea pas et il l'écouta ouvrir son cœur sans sourciller. Neal s'était toujours plu à penser qu'il pouvait entendre, réclamant la plus pure honnêteté de ses proches comme de ses collaborateurs, subalternes comme supérieurs. Seulement Cara n'était ni l'une de ses assistantes ou l'une de ses sœurs. Pendant longtemps, elle avait été sa seule famille, son pilier et il réalisait maintenant combien il avait été égoïste. Refuser de voir grandir ses enfants à l'adolescence et accorder peu d'intérêts à leurs opinions était sans aucun doute un comportement normal mais elle avait dépassé ce stade depuis longtemps. Or, il avait continué de favoriser son propre avis au sien, était resté convaincu qu'il savait mieux qu'elle ce qui était bon pour son épanouissement. Et boy, il s'était lourdement trompé.

Silencieux, il la regarda sortir leur dîner du four sans savoir quoi répondre, exactement, à ce genre d'explications. Tout honnête qu'il fût, Neal n'avait pas l'habitude de reconnaître ses erreurs mais il ne s'agissait pas du tort qu'il avait pu faire à l'un de ses techniciens ou même à l'une de ses ex-femmes ─ même s'il était en passe de devenir un maître en la matière. Cara était sa fille et la moindre des choses qu'il lui devait, après ces deux dernières années, c'était d'accepter son ressenti. « Je suis réellement désolé chérie. Et fier, très fier de tout ce que tu as fait là-bas. C'est un peu tard pour le dire peut-être mais je suis fier de toi. Et tant que tu es heureuse, peu importe où tu es, où tu décides d'aller, je ferai en sorte de te soutenir » Un peu tard, en effet, mais mieux valait tard que jamais, comme le voulait l'adage. « Et tu as raison, on doit passer à autre chose. Tu peux poser ça sur la table, tout est prêt » ajouta-t-il avec un signe de tête pour la dinde. Passer à autre chose, oui, c'était ce qu'il y avait de plus sage, sans doute. La bonne chose à faire pour que tout rentre dans l'ordre. Il gagna la salle à manger, un rien crispé. Deux ans était plus que ce dont il avait besoin en temps normal pour réfléchir et digérer ce genre d'événements. Avancer ne signifiait pas pour autant oublier et il se connaissait suffisamment pour savoir que la rancœur ressentie suite à son départ finirait par resurgir à un moment ou à un autre s'il n'en parlait pas maintenant. « Je t'en ai voulu tu sais, reprit-il, la gorge nouée, tout en reculant son siège. De ne pas m'avoir prévenu tout de suite, de ne pas m'en avoir parlé, je ne sais pas. Je m'en suis voulu aussi parce qu'honnêtement, j'ai eu l'impression d'avoir raté quelque chose et tu n'imagines pas à quel point ça peut être douloureux quand on est parent. C'est peut-être égoïste et tu n'as sans doute pas envie d'entendre ça mais si on en parle pas ─ je ne veux pas que ça nous empoisonne la vie à terme. Je ne t'en veux plus et j'ai compris pourquoi tu es partie. Vraiment. Tout ce qui importe, c'est que tu sois heureuse. C'est le cas ? » demanda-t-il doucement, inquiet. Parce qu'à vrai dire, s'il s'était réjoui de ce retour, il n'était pas certain d'en comprendre les raisons. Encore moins maintenant qu'elle lui avait expliqué pourquoi elle avait décidé de partir en premier lieu.
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MessageSujet: Re: welcome back w/ cara   Lun 30 Nov - 20:28

Je ne voulais pas d’un autre scandale. Il y en avait assez eu, encore plus ces derniers temps, et en rajouter une couche, c’était quelque chose dont je voulais bien me passer. Le diner risquait d’être long s’il s’enclenchait sur la tonalité que j’étais en train de lui donner, pourtant, je ne me voyais sûrement pas continuer sur ce terrain branlant que nous peinions à bâtir. M’enfuir en mode Drama Queen, de ce lieu qui signifiait tant pour moi n’aurait rien arrangé, c’aurait au contraire lâche de ma part d’enclencher ma bombe, pour courir me réfugier ensuite. Je redoutais la réaction de mon père, autant que j’avais envie qu’il fasse n’importe quoi, tout plutôt que cette pâle copie de lui même qu’il avait à me présenter ce soir. Cette étape obligatoire désormais, apparaissait comme une brûlure, piquante au départ, douloureuse ensuite, avant de s’estomper lentement, et de disparaître. On en était pas encore là, mais il était toujours permis d’y croire.

Si aujourd’hui, j’avais des doutes, nos caractères sulfureux avaient toujours bien fonctionné. Papa disait toujours que c’était ce qui faisait ma force, que je ne lâchais rien, quand n’importe qui à ma place, aurait préféré abandonner. Vu comme cela, mon départ pour les USA avait-il l’air si étonnant ?  C’était au contraire comme la suite logique des choses, et pourtant, ça n’avait pas manqué de bouleverser totalement notre quotidien, le sien, comme le mien.

Les paroles de papa m’empoignèrent, mais pas de la façon à laquelle je m’y attendais. Est-ce que je n’avais pas toujours espéré entendre ces mots ? Si, bien sûr que si, comme n’importe quel enfant aime l’entendre de la bouche de ses parents.  Il devait le penser, évidemment, ça ne faisait aucun doute, enfin… pouvoir mettre de véritables mots dessus concrétisaient les choses, les rendaient à la fois réelles, certes, mais rassurantes.  Ce moment je l’avais espéré, je l’avais rêvé… j’en avais même fait des cauchemars, plusieurs fois, mon subconscient appréciant de jouer avec mes nerfs. Cependant, cela avait finalement pris une configuration à laquelle je ne m’attendais pas forcément, et moi qui pensais avoir pris les rênes, j’étais en fin de compte assez désarçonnée. Soulagée, mais surprise. Avec des mouvements d’automates, j’accédais à sa dernière requête, pour déposer le plat sur la table, prêt à être dégusté. Il se dégageait d’ailleurs une bonne odeur de nourriture, et j’avais soudain l’estomac moins noué qu’à mon arrivée, plus enclin à se rassasier aussi. En m’asseyant, je me sentis un peu moins comme une inconnue dans ce lieu qui était synonyme de tant de souvenirs pour nous deux.

- Je n’ai jamais été en paix avec moi-même que maintenant, lui avouai-je, et en lui faisant par la même occasion, un très beau cadeau de ma part, avec ces paroles. Tout n’était pas forcément parfait, il restait des choses à régler, peut être même, qui ne le seraient jamais… Mais des certitudes, il n’y avait pas d’inquiétudes à se faire à ce sujet – j’en avais tellement plus qu’auparavant ! Volontairement, je ne voulus pas insister sur ses précédentes révélations. Je pouvais tout à fait comprendre que papa ait besoin là aussi de le formuler clairement, pour que quelque part, nous puissions tirer un trait définitif sur le passé, malgré mon petit pincement au cœur. Rebondir dessus n’avait en revanche aucun intérêt. Il n’empêche que, des choses à raconter, j’en avais des tonnes, et elles m’apparurent naturellement, tandis que j’étais en train de trancher ma viande. J’ai vu tellement de choses aux Etats Unis, on a beau essayer de s’imaginer, on ne se rend pas compte de comment c’est, et comme ça se passe, à moins de s’immerger totalement. Ca a été quand même un peu compliqué au départ, rien que par rapport au choc des cultures, on fait toujours ce raccourci idiot entre les anglais et les américains, mais c’est une grave erreur. J’essayai de lui expliquer mon parcours de façon à la fois claire et assez succincte, mais sans en être indisposée. Depuis quand n’avions nous pas eu ce genre de moment ? Je ne savais même plus. Seulement, ça m’apparaissait soudain comme nécessaire, indispensable. Si nous avions posé les choses au clair, c’était que les barrière étaient censées s’être levées. J’espérais que mon comportement était aussi le meilleur moyen pour les rompre définitivement.

Je mélangeai les saveurs de mon plat ensemble, et marqua un temps d’arrêt, pour prendre le temps de profiter des différents goûts qui se mêlaient dans ma bouche. Papa avait tapé dans le mille, pour le choix du traiteur, et c’était très bien comme ça.

- J’ai pu rencontrer pas mal de professionnels qui m’ont vraiment aidé. Je crois de ne pas avoir mon lourd bagage à trainer derrière moi à aussi joué… c’est un peu comme repartir de zéro, mais c’est aussi très formateur, et ça m’a permit de replacer les choses à leur place, et moi aussi par la même occasion. Ca fait quand même du bien de discuter avec quelqu’un, et de répondre à ses questions, sans sentir dans son regard des reproches, comme si ta place ici n’était pas dû au mérite !

De fait, revenir à Londres était désormais un nouveau challenge. Je n’avais plus de preuves à faire à personne, mais détracteurs, il y en avait toujours, même quand tout allait bien, ils attendaient sûrement leur heure, de nouveau… J’étais bien plus forte pour le porter sur mes épaules aujourd’hui, et j’avais la carrure pour cela.

Il restait un peu de sauce dans mon assiette. Je ne manquais pas de prendre une tranche de pain pour l’imbibé, et aller jusque dans les coins. Le temps où je laissai trois pâtes trainer avec une grosse tâche de ketchup, juste par principe semblait plus loin que jamais.
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MessageSujet: Re: welcome back w/ cara   Dim 20 Déc - 19:38

Il avait conscience de ne pas avoir offert à sa fille une enfance, puis une adolescence aussi normale qu'il aimait le prétendre. A un âge où d'autres cherchaient à convaincre leurs parents de leur lâcher un peu de lest, Cara jouait pour sa caméra. C'était lui qui avait dû persuader sa mère de la lâcher un peu, de lui faire confiance. Pour autant, ça ne l'avait pas particulièrement aidé à comprendre que sa fille n'était plus exactement un bébé, déjà à l'époque et encore maintenant. Elle n'avait plus besoin de lui et cette évidence avait été clairement difficile à digérer. Bon nombre désapprouverait mais il n'avait jamais voulu que son bonheur. Alors bien sûr, l'amener dans son univers de jugement et de faux-semblants n'était probablement pas le meilleur moyen de l'aider à s'épanouir mais il l'avait su très tôt, presque depuis toujours : elle était douée. Mieux que ça, elle avait du talent mais puisqu'il était son père, son avis n'avait guère d'importance. Par extension, puisqu'elle était sa fille, ses performances étaient toujours remises en question, depuis la toute première. Il le savait et il avait beau l'ignorer, il comprenait à présent. Fourchette à la main et dinde dans l'assiette, il écouta patiemment, le visage creusé par un froncement de sourcils inquiets. Il lui semblait être passé à côté d'un pan entier de leur existence et ce n'était pas vraiment une sensation agréable. Malgré un emploi du temps compliqué et un rythme de vie effréné, il s'était toujours arrangé pour avoir du temps pour Cara. Ne serait-ce qu'une heure, parfois deux lorsqu'il avait de la chance, pour l'écouter, pour la rassurer. Parfois sans mot, parfois devant un téléfilm proprement affreux qu'ils commentaient entre deux confidences. Il avait longtemps été persuadé qu'il n'aurait pas d'autre enfant et cette pensée ne l'avait nullement peiné, parce que Cara était dans sa vie. Mais avait-il seulement fait partie de la sienne ? Égoïstement, il n'avait jamais prêté attention aux rumeurs qui circulaient sur elle, ni aux critiques assassines qu'elle avait pu recevoir parce qu'elle était sa fille. Ca ne l'avait pas atteint, pas une seule fois et ce n'était pas si étonnant, à la réflexion. Parce que ce n'était pas lui que ces commentaires visaient.

Honteux, il baissa la tête en espérant que reporter son attention sur son repas dissimulerait suffisamment son trouble. Décider de laisser son amertume derrière lui n'était pas le genre de décisions que Neal prenait facilement mais ravaler sa fierté pour avouer, ne serait-ce qu'à lui-même, qu'il n'avait pas été le meilleur père qui soit pour Cara ? C'était autre chose. Il fallait y aller doucement, lorsqu'il s'agissait de faire preuve d'humilité – mais encore une fois, c'était de sa fille dont il était question. Sa fille adulte à qui il en voulait d'avoir cherché à s'épanouir sous de meilleurs cieux. Sa fille qui lui offrait la possibilité de repartir de zéro ou presque. Non, franchement, l'heure n'était plus aux baby steps. S'il voulait avoir une chance de retrouver la complicité qui les avait un jour unis, il fallait qu'il arrête de jouer au vieux con drapé dans sa fierté. « Je comprends, fit-il entre deux bouchées, se forçant à avoir l'air le plus badin et détaché possible, que tu aies eu envie de partir, je veux dire. Je n'avais pas réalisé que– » Qu'être sa fille était si pesant. Mais ce n'était probablement pas la meilleure chose à dire. Il soupira, un sourire contrit aux lèvres. « J'imagine que j'aurais dû être un père plus attentif. J'étais persuadé que tu avais tout pour être heureuse ici. Pardonne-moi » Tout ça lui était inconnu, le repentir, les excuses. Il avait l'habitude de les recevoir, non pas de les offrir. Neal pliait rarement, trop fier pour faire la moindre concession et il assumait ses erreurs jusqu'au bout, rarement avec regrets. Il fallait un début à tout, de toute évidence, même s'il aurait préféré ne pas avoir à expérimenter ce genre de choses face à sa fille. « Mais tu es revenue, reprit-il, une fois confronté au vide de son assiette, pourquoi ? » La question lui avait échappé, incertaine, spontanée. Il semblait évident que Cara était heureuse, aux Etats-Unis. Il l'imaginait difficilement avoir le mal du pays et encore moins refaire ses valises par simple envie de le revoir. Si ça avait été le cas, elle serait venue en visite, quelques jours, quelques semaines au plus. Mais elle était revenue et après les précieuses explications qu'elle venait de partager, il n'était pas sûr de comprendre.
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