EDT ▲ Irish blood, english heart

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MessageSujet: EDT ▲ Irish blood, english heart   Jeu 30 Oct - 23:54

Je me présente, je m'appelle Ezra Dallon Turner, 28 ans. Je suis né(e) le vingt-quatre décembre 1985, à Reading en Angleterre et j'habite à Londres, dans le très particulier quartier de Soho. Je suis par ailleurs asexuel, et puisque la question vous brûle les lèvres, je suis malheureusement célibataire. Que vous dire de plus si ce n'est que dans la vie je suis  actuellement journaliste free-lance et écrivain et que mon rêve le plus fou serait de réussir à écrire plus de cent bouquins. Oh, par contre, il y a ce léger détail que vous devez savoir sur moi, je suis extrêment sur de moi, presque narcissique. Voilà, c'est tout pour l'instant. And by the way, nice to meet you!
Single Ticket ▬ feat. Dan Smith
«Je pense que tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n'abandonne jamais.» - Xavier Dolan
Ezra Dallon Turner. Un nom en dit beaucoup sur une personne. Ezra, deux syllabes, des sonorités un peu spéciales, un prénom hébreu porté par un scribe. C'est tout moi, l'écrivain qui parle peu, à l'esprit trop original pour le commun des mortels. Sinon, appelez-moi Ez, ou Ezzie. Réflexion faite, pas Ezzie. S'il vous plait. J'ai parfois l'impression d'avoir un nom de personnage de roman, à la Augustus Waters, un peu poétique, qui fait penser à un paysage, une forêt en hiver. Oui enfin, je crois que mon âme d'auteur est en train de se réveiller et je n'ai aucune envie de m'emballer et de vous forcer à lire un essai sur l'étymologie de mon nom. Néanmoins, j'ai toujours regretté la décision de mes parents, j'aurais beaucoup aimé avoir un prénom Irlandais, rien que pour rappeler ces origines que j'aime tant. Un truc du style Eoin, bien impossible à prononcer pas comme Ezra, trop court, trop concis, ça ne me ressemble pas tant que ça au final.
i.
Naissance. Le début de la fin. Je serais bien resté dans ma petite bulle, mais il a bien fallu que j'en sorte un jour. Ce jour, c'était en 1985, le 24 décembre pour être précis. Comme vous vous en doutiez surement, ma mère m'a appelé son 'plus beau cadeau' durant plus de la moitié de ma vie. Personnellement, d'après ce que j'ai lu sur la douleur ressentie pendant un accouchement, je ne vois pas en quoi c'est un cadeau, surtout quand on sait ce qui s'est passé. Ainsi, j'épargnerais les détails sanglants qui ont failli couter la vie à ma mère, ce n'est pas vraiment mon sujet de conversation préféré. Je suis né du côté de Reading si ma carte d'identité dit vrai. Reading, c'est une belle ville du sud de l'Angleterre, pour vous donner une idée, contrairement à ceux du nord, qui sonnent comme de vieux alcooliques en colère, je sonne comme la reine. Un accent chantant que beaucoup trouvent 'snob' mais au moins, je parle clairement. Mon enfance, je peux en parler, il n'y a rien de bien intéressant à raconter, c'est par la suite que je suis devenu ce que je suis aujourd'hui. À l'aube de mes neuf ans, j'ai commencé à écrire des poèmes puis des nouvelles, si bien qu'à l'âge de treize ans, je me suis totalement désintéressé des sujets que j'étudiais à l'école. Mes notes sont descendues tandis que mon talent pour l'écriture se révélait. Aujourd'hui encore, il s'agit de l'unique chose que je sois capable de faire, avec le piano. Et tout un tas d'autres trucs.
ooo
Vous savez, on dit souvent qu'on devient qui l'on est quand on arrive au lycée. Toujours insouciant mais trop vieux pour être un enfant, à un diplôme d'une nouvelle vie. Mes parents m'avaient inscrit dans une école privée, elle n'était pas forcément réservée aux adolescents fortunés, mais plus à ceux dont la famille voulaient qu'ils aient une vraie, bonne éducation. J'ai d'assez bons souvenirs de mes années de lycée, à vrai dire, je me souviens même avoir été plutôt populaire. Je faisais approximativement une tête de plus que mes camarades, je refusais de porter le blazer de l'école et je me baladais toujours avec une énorme pile de livre dans les mains sans oublier les cinq filles qui me suivaient partout où j'allais. Arrêtons-nous tout de suite, je n'étais absolument pas un genre de don juan des cours de récréation, j'aimais simplement la compagnie de la gente féminine. Les filles, de bien fascinantes créatures dont j'aimais m'entourer, les chamailleries, les longues discussions, les après-midis que l'on passait à explorer la ville...C'est surement ces petits instants qui constituent beaucoup de mes plus beaux souvenirs. Malgré le temps que je passais entouré de demoiselles, l'admiration que je leur portais et leur beauté surnaturelle, je n'ai jamais ressenti de réelle attraction pour elles, simplement, il m'était impossible de construire une forte amitié avec un garçon. Puis après tout, je ne me suis jamais vraiment intéressé aux sentiments amoureux. Pourtant, quand je l'ai rencontrée, j'y ai cru pendant quelques instants. Elle, la personne la plus importante de ma vie, encore aujourd'hui, mon âme sœur – platoniquement parlant évidemment.
ii.
Eileen Howell est entrée dans ma vie quand elle a franchi la porte de la Whitley Library où j'allais faire un tour tous les samedis. Cette vieille bibliothèque qui se fond presque dans le paysage, un peu éloignée du centre-ville de Reading et bien plus accueillante que la Reading Central Library que je trouvais bien trop grande. Enfin, nous avions seize ans, c'était une belle après-midi de juillet 2002 et j'étais tranquillement en train de prendre des notes sur une pièce de théâtre que je lisais, je pense bien qu'il s'agissait de Much Ado About Nothing, cela est même sure parce que sans les quelques répliques qui m'ont fait échapper un léger rire, je pense que je n'aurais jamais croisé le chemin d'Eileen. Elle s'est approchée de moi, ses cheveux roux rassemblés en un drôle de chignon, portant une chemise qui appartenait surement à son père et une paire d'énormes lunettes similaires aux miennes posées sur son nez. «Shakespeare, une vraie perte de temps», les seuls mots qui ont échappé sa bouche. J'ai ri, elle a ri et nous ne nous sommes plus jamais quittés. Nous marchions main dans la main, nous regardions des films stupides en noir et blanc, nous passions des journées à lire sans nous adresser la parole mais cela n'avait pas d'importance parce que nous étions /ensemble/. Puis les choses ont changé et pendant quelques mois, j'ai cru ressentir quelque chose de nouveau pour Eileen, je ne la trouvais pas particulièrement attirante malgré ses cheveux magnifiques et son visage malicieux mais nous étions si connectés, si parfaits ensemble que j'ai cru que c'était ça l'amour. Alors j'ai commencé à réfléchir et à me demander si Eileen et moi étions supposés nous mettre ensemble, si elle devait devenir ma petite-amie bien que cette idée me dégoutait légèrement au fond de moi. J'ai attendu un an et demi, j'avais encore seize ans, elle venait d'en avoir dix-sept. Nous étions allongés sur mon lit, ma main dans sa longue chevelure, j'observais ses boucles rousses, elle fredonnait une chanson qui passait à la radio quand je l'ai dit, très sérieusement, sans aucune hésitation ; « je suis amoureux de toi». Ce fut comme notre première rencontre, elle a ri, de ce rire étincelant, un peu moqueur, détestablement bruyant mais si communicatif que je me mis à rire aussi. Une fois calmée, Eileen m'a regardé et a planté ses lèvres sur les miennes. Une seconde de confusion et je la repoussais sans trop savoir pourquoi, ce baiser n'avait ni sens ni goût et m'avait fait plus peur qu'autre chose. « Tu vois où je veux en venir ?» Eileen m'a murmuré avant de reposer sa tête sur mon torse tandis que je me remis à caresser ses cheveux sans trop comprendre ce qu'elle avait essayé de me dire.
iii.
Eileen et moi nous partagions la même passion pour l'écriture, elle était presque aussi douée que moi et pendant notre dernière année de lycée, nous avons commencé à changer et à traîner de plus en plus dans les endroits sombres de notre ville. Nous nous enfermions souvent dans ce pub un peu mal famé où nous échangions conseils et dernières créations autour de dizaines de litres de mauvais café et d'innombrables cigarettes. J'ai apprécié cette année, mais quand on a entre dix-sept et dix-huit ans et qu'on a passé toute sa vie dans la même ville sans avoir eu la moindre chance d'explorer autre chose que le sud de son pays natal, il est parfois normal de se sentir enfermé, d'étouffer, de ne plus avoir la force de traverser des rues que l'on connaît par cœur. Même la personne que j'aimais le plus au monde n'y pouvait rien alors après avoir eu les résultats de nos examens, elle m'a laissé partir et c'est durant ce voyage que j'ai compris les quelques mots qu'elle m'avait murmurés des mois plus tôt.
ooo
Je venais d'avoir dix-huit ans, et je parlais déjà bien le français après avoir consacré toute ma dernière année de lycée à l'étudier plus sérieusement et c'est pour cela que j'ai choisi de partir à Paris. Je m'en souviens très bien, je suis parti ce dimanche de juin. Parti pour m'aérer la tête, découvrir ce pays dont on parlait tant. Là-bas, les gens étaient surpris d'entendre mon nom un peu spécial, de voir mon look un peu spécial, ma façon d'être un peu spéciale mais « j'étais anglais » après tout. J'ai étudié la langue pendant les trois premiers mois, transformant mes rudiments en bases solides et je me suis intéressé de près à la littérature. Classique, tout d'abord. Passant d'Hugo à Camus, tout en lisant quelques pièces de Molière. Puis, un jour, alors que j'étais dans le métro, j'ai aperçu mon plus beau souvenir de ce voyage, ça je ne le savais pas encore, certes, c'était pour le moment seulement un jeune homme brun qui lisait un livre. Les jambes croisées, renfermé sur lui-même, comme s'il voulait que personne ne le remarque. Pourtant, moi je l'ai remarqué tout de suite. Le livre qu'il tenait aussi. Titre intéressant, «Nouvelles sous ecstasy». Je me suis assis en face de lui et commençai à observer son moindre clignement de paupière. Je me pris à le trouver presque aussi fascinant que l'étaient mes amies et plus particulièrement Eileen, ne pouvant m'empêcher de me mordre les lèvres quand il lécha son doigt pour tourner la page de son ouvrage déjà bien usé. C'est là que j'ai compris que je le trouvais beau. Ce n'était pas la même beauté que celle d'Eileen, c'était encore plus beau. L'inconnu décrochait de temps à autre le regard de son livre pour voir si j'étais toujours là, il était probablement effrayé, qui ne le serait pas. Quatre stations plus tard, je le vis s'apprêter à descendre. Je ne me souvenais même plus où j'allais et ainsi, me levait à mon tour. Je l'ai suivi, jusqu'à la sortie. Quand enfin il s'est retourné, l'air excédé, et m'a détaillé de haut en bas, avec ce regard qui disait long sur ce qu'il pensait de moi. Je n'ai pas compris ce qu'il m'a dit, mais ça m'avait l'air plutôt vulgaire, vu le ton qu'il a pris. Lui qui paraissait si doux, les gens ne sont pas toujours ce que l'on croit. Mais ce n'est que plus tard que j'ai appris que je ne m'étais pas vraiment trompé.
Je ne parle pas encore très bien le français. Voilà ce que j'ai répondu. Ou plus exactement « Je parle mauvais français ». Je tremblais, incapable de prononcer un autre mot, furieusement cherchant mon paquet de cigarettes dans mon sac histoire de me calmer, mais malheureusement pour moi, mon carnet se retrouva au sol. Mes notes éparpillées, mes dernières nouvelles s'en allant au gré du vent. Je me baissais rapidement pour sauver le maximum et remarquais que l'inconnu était en train de ramasser les quelques pages qui étaient tombées à ses pieds. Ou plus exactement, il était en train de lire un essai que j'avais écrit il y a un an ou deux. Je sentis mes joues s'empourprer et je murmurais en anglais que j'avais écrit cela quand je n'étais qu'un stupide enfant. Cela ne me ressemblait pas, dénigrer mon art. Le jeune homme n'eut pas l'air de mon avis, il m'a simplement tendu mes pages, son livre, avant de dire que j'avais parfaitement raison et qu'il s'appelait Léo. J'ai à peine eu le temps de dire mon prénom que Léo s'éloignait en riant. Je suis resté là, immobile, muet. Qu'est-ce qu'il venait de se passer ? C'était comme une rencontre divine, deux dans une vie, cela commençait à faire beaucoup. Pourtant, celle-ci était différente. Regardant l'ouvrage qu'il m'avait tendu. J'ai senti la couverture. Elle avait encore l'odeur du parfum de son propriétaire. Fahrenheit, sans aucun doute. Très bon choix, un de mes préférés. Je feuilletais l'ouvrage avant de m'asseoir sur le banc le plus proche et de m'y plonger. Je suis rentré dans le petit studio que je louais seulement à la nuit tombée. Quand il faisait trop noir pour lire. J'ai continué, jusqu'à terminer ce chef d'œuvre. L'auteur de ces petites nouvelles avait trouvé bonne l'idée de se bourrer de substances illicites avant d'écrire ce qui rendait chaque association de mots unique, chaque tournure de phrase psychédélique et j'adorais ça. Ce n'était pas la grande littérature que j'avais l'habitude de lire, loin de là, mais à la fin de la nuit, j'avais déjà dévoré le livre deux fois et je sentais que j'avais appris quelque chose, mon passage préféré restant la page cinquante-huit, où Léo avait griffonné son numéro de téléphone.
iv.
C'est ainsi que je suis devenu la personne que je suis aujourd'hui. Il aura suffi d'un livre et d'un numéro de téléphone. J'appelais Léo le lendemain, il m'amenait boire un verre le soir-même, nous discutions en franglais, il m'apprenait qu'il avait vingt ans et qu'il étudiait les lettres à la Sorbonne qui était, d'après ce que j'avais lu sur Paris avant de venir, une université pour le moins prestigieuse. C'est au cours de cette soirée que je goûtais pour la première fois aux plaisirs de Molly, depuis je ne m'en suis jamais séparé, seulement, je m'offre désormais ce petit bonheur uniquement quand j'écris. Léo l'a posée sur ma langue et je découvrais un monde nouveau à travers mes pupilles dilatées, mon cerveau était éveillé mais dans une sorte de bulle, de brouillard et je décidais de sortir mon carnet et de poser quelques mots sur une page blanche, à titre d'expérience tandis que Léo m'observait, un petit sourire sur son visage d'ange. La première nouvelle sous ecstasy que j'ai écris s'appelait Fate and Fog. Il y avait des phrases en anglais, d'autres en français, mes sentiments, l'environnement, l'état second dans lequel je me trouvais, je décrivais tout. Ce fut après l'avoir lu que Léo me prit par la main et m'attira à l'extérieur du bar surpeuplé où nous nous trouvions. Alors oui, j'avais certes dix-huit ans, mais je n'avais jamais ressenti l'urgence de me laisser aller au plus simple des plaisirs, dans mon esprit, je me considérais comme quelqu'un d'à part, qui n'est pas intéressé par les sentiments ou par toutes autres sortes de contact intime, mais apparemment, c'était uniquement parce que je n'avais pas encore fait la connaissance de Léo Ducroisy. Cela va sans aucun doute paraître savoureusement cliché, mais j'eus pendant quelques instants l'impression de me sentir entier, vivant. Des sensations nouvelles traversant tout mon corps, lui pressé contre moi, ce fut comme si je n'étais plus la même personne, comme si je m'étais perdu en route, comme s'il me montrait qui j'étais, comme si je me rencontrais enfin.
ooo
J'aimerais prendre quelques instants pour parler de la relation que j'avais avec Léo. Après cette nuit, nous avons commencé à nous voir de plus en plus jusqu'à ce qu'il vienne habiter chez moi, désirant passer le plus de temps possible avec moi étant donner que je devais retourner à Reading dans moins de six mois. Nous sortions peu et j'oubliais très vite ma longue étude de la littérature française, me concentrant sur ce que j'avais toujours voulu faire, écrire un livre. Mes journées étaient simples, je me réveillais aux environs de midi et préparais quelques litres de café, Léo sortait de la chambre quelques minutes après moi et, tout deux adeptes des confortables silences, nous commencions à échanger quelques mots uniquement une heure ou deux après notre réveil. Le reste de la journée était simple, nous vivions sur notre lit, moi tapant sans m'arrêter sur mon ordinateur, les substances décuplant mon inspiration et lui à mes côtés, fascinés par la vitesse de mes doigts choisissant les lettres sur le clavier. Nous n'étions plus que ce drôle de couple silencieux et nonchalant, porté par nos vieux Cds et la confusion perpétuelle qu'était notre relation. J'aimais tant ces journées qui se ressemblaient toutes, enfin, je partageais avec la gente masculine, quelque chose qui m'était inconnu jusque ici et ce fut d'ailleurs la dernière fois que je renouais ce genre de lien avec un homme. En trois mois, j'avais terminé mon ouvrage. Trois-cents belles pages dans lesquelles j'exprimais d'innombrables réflexions sur l'existence à travers un personnage double de moi-même. Je ne sus jamais ce qu'en avait vraiment pensé Léo, enfin, disons que je ne l'ai jamais entendu, cela ne lui ressemblait pas, les longs discours de félicitations. «Magnifique», en français, évidemment, aura suffit. Trois mois plus tard et je devais m'en aller, nous avions décidé de ne pas garder contact, de nous rappeler uniquement des bons souvenirs, de ne pas essayer quelque chose qui n'aurait aucun sens sans le minuscule appartement. Je n'ai jamais revu Léo Ducroisy, tout cela date d'il y a bientôt dix ans et bien que je me sois remis de cette séparation quelques semaines après mon retour en Angleterre, me voilà encore en train de parler de lui et de son impact sur ma vie.
v.
À mon retour en Angleterre, j'ai retrouvé mon seul et unique amour, Eileen. Il était temps pour nous de décider si nous allions aller à l'université et la réponse ne se fit pas attendre, nous avons choisi York parce que c'était loin de chez nous et très joli. J'ai continué à étudier les langues ainsi que les lettres, le livre que j'avais écrit toujours posé dans un coin de mon bureau, je me promettais de l'envoyer à un éditeur après avoir terminé mes études. Ces années d'université furent très enrichissantes pour quelqu'un qui aime tant la culture comme moi, je ne parlais pas de mon voyage à Paris à Eileen, c'était un souvenir très personnel que je ne me voyais partager avec personne, pas même avec ma meilleure amie, ce qui peut paraître presque égoïste, mais chacun sait que je le suis un peu. Elle et moi étions retombés dans cette petite routine que nous partagions au lycée, les bars mal famés, les vieilles machines à écrire, les vêtements dénichés au fin fond d'une friperie, les éclats de rire et le trop-plein d'affection. Nous avions tous les deux des notes excellentes malgré notre nonchalance évidente et je me sentais chez moi à York, loin de cette ville du sud qui m'étouffait et m'avait fait traverser la mer. Autant dire que tout allait pour le mieux dans cette vie sans rebondissements que je menais, je souriais de plus en plus et avait laissé tomber cette drôle de vision de la vie que j'avais quand j'ai écrit mon livre, je n'avais presque plus besoin de Molly pour stimuler mon inspiration et je considérais même l'éventualité de ne jamais envoyer mon manuscrit à un éditeur comme je l'avais promis auparavant. Cependant, rien n'est éternel et comme on aurait put s'en douter, ce bonheur ne dura pas et je fus bientôt forcé de faire face à un terrible événement. Un départ, la fin d'un chapitre de ma vie. Eileen et moi avons enfin terminé nos études et le soir même, elle m'annonçait son départ. «Wanderlust», ce mot fut sa seule explication. Une envie de voir le monde. Je ne pus qu'approuver malgré l'énorme boule dans ma gorge et c'est à cet instant que j'ai compris à quel point cette jeune femme comptait pour moi. En quelques semaines et j'avais un rendez-vous chez un éditeur méconnu et retrouvé mes vieux démons.
ooo
Je ne sais pas pourquoi mais l'éditeur a décidé que mon livre valait la peine d'être imprimé. «Thoughts.» est sorti en librairie le jour de mes vingt-quatre ans et a remporté un succès très mitigé. Enfin, un succès, disons plutôt que les amateurs de littérature d'Angleterre se sont un peu battus sur le vrai sens de l'ouvrage, certains m'appelaient 'génie' d'autres 'blasé' ou simplement 'stupide'. Pendant quelques mois, je fus la cause de nombreuses disputes à coup de vocabulaire soutenu et de métaphores improbables dans la presse littéraire et lire tout ces journaux me donna envie d'écrire à mon tour. Je déménageais à Londres et commençait à envoyer quelques articles par ci par là et c'est comme ça que j'ai trouvé le métier qui me convenait le plus, moi qui aimait l'indépendance, je décidai de devenir pigiste, journaliste free-lance si vous préférez. J'envoie mes articles aux journaux et ils choisissent ou non de les publier -souvent c'est le cas-. Les lecteurs aiment mon honnêteté, à quel point je suis parfois détestable avec des gens souvent plus talentueux que moi et ça me plaît. Je soignais le départ de mon âme sœur avec des mots crus et presque blessants à l'égard de musiciens, réalisateurs, auteurs... Plus je m'épanouissais dans ma vie professionnelle et plus je sombrais dans une sorte de tourbillon qui m'empêchait de vivre correctement, de rencontrer de nouvelles personnes, d'oublier -ne serait-ce qu'un petit peu- la vie que j'avais avec Eileen. J'avais vingt-quatre ans, des capacités intellectuelles hors du commun, une confiance totale en moi-même mais que sont toutes ces choses si le bonheur n'y est pas ?
vi.
Cela fait bientôt quatre ans maintenant. J'ai presque trente ans, j'ai grandi mais je n'ai pas changé. J'ai réappris à sourire et Eileen et moi avons gardé contact, la distance ne me paraît plus si grande à présent. Des lettres manuscrites, des centaines de lettres manuscrites que nous nous envoyons toutes les deux semaines. Elle vit dans l'Oregon désormais, un endroit qui d'après elle ne me plairait pas du tout. J'aime mon Angleterre et les Etats-Unis ne m'ont jamais vraiment tentés c'est pour cette raison que je n'ai jamais pensé à aller lui rendre visite. En quatre ans, j'ai écrit deux autres livres, «Pond» qui est le récit d'un homme qui vient chaque semaine peindre un tableau de l'étang qui se trouve près de chez lui et «Double-Decker» une sorte d'autobiographie déstructurée sur ma vie à Londres, une page explique une situation dans laquelle je me suis trouvé et la page d'en face décrit les pensées qui ont traversées mon esprit à cet instant. Mes livres sont étranges et ils divisent toujours autant les critiques ce qui me fait toujours autant rire. J'ai repris ma vieille habitude pour écrire et je me demande bien ce qu'ils en penseraient, je passerais sans aucun doute encore plus pour un écrivain sans intérêt.
ooo
Extraits divers et variés de Life of a silly soul, autobiographie d'Ezra Turner, à paraître. -dans une dizaine d'années quoi-
─ pseudo/prénom: MAIDEN VOYAGE. / Maële ─ âge: 17 ans. ─ fréquence de connexion: 6.5/10  ─ comment avez-vous découvert ticket to ride et qu'en pensez-vous ? je m'en souviens pas oulala ! J'adore TTR depuis un moment <3 ─ inventé ou pévario ? inventé  ─ code: kay by 'lem ─ crédits : tumblr tumblr tumblr...
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MessageSujet: Re: EDT ▲ Irish blood, english heart   Ven 31 Oct - 0:15

Reeeeeee
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