Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !

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MessageSujet: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Dim 30 Jan - 18:15

Tic, tac. Le temps, ennemi mortel qui semblait présentement me dire d’aller me faire foutre, tandis que je m’apprêtais de nouveau à passer un vendredi soir classiquement pitoyable dans le fin fond d’un bar ou d’une boite entre deux types trop alcoolisés pour savoir encore compter. Boîte de nuit ne me semblait pas une option très envisageable, particulièrement seule. Pas de tentative désespérée de tenter de convaincre qui ce soit de m’accompagner ce soir, je n’avais pas envie, plus envie. L’effort me coûtait trop, le refus était trop régulier, comme définitif. La semaine qui s’annonçait était particulièrement horrible parce que c’était une semaine de vacances, que mon chef de service m’avait poussée à prendre. Mardi matin 8h, nous avions tous les trois rendez vous à l’hôpital. La tension était palpable dans la maison, et ce de manière totalement insupportable.
J’ai machinalement sorti une cigarette de mon sac étale sur le lit, trouvaille de la dernière soirée passée en charmante (ou pas) compagnie. Je n’avais pas tellement l’habitude de fumer régulièrement, mais c’était une lubie que je m’autorisais quand il s’agissait de laisser ma trace avant de partir seule. L’odeur indisposait mon père, mais indisposait encore plus mon frère et ses poumons fragiles. Cruauté ? Sans doute. Mais ce qu’il me faisait vivre en se masquant derrière sa maladie pour justifier son comportement était parfois bien pire.
J’aimais mon frère, plus que tout. C’était la simple vérité. Mais je l’aimais tellement que finalement, ses actions, ses refus, ses rebellions me blessaient chacun à une échelle un peu trop importante, et faisait parfois de moi une sœur insupportable. Mais je ne me plaignais jamais, préférant les petites allusions. Autrefois, il comprenait quand ma limite était presque atteinte. Mais aujourd’hui, il ne voyait plus rien, sauf sa douleur morale à ne pas pouvoir se comporter comme tout le monde.

Mon portable a émis quelques faibles vibrations, et mon cœur s’est un peu accéléré. Non pas qu’il ait été pris d’une soudaine passion sentimentale quelconque, mais le simple fait que quelque chose se passe à l’extérieur et puisse éventuellement me concerner suffisait à me faire plaisir plus qu’à la normale. C’est une copine, bien que l’idée soit en elle-même un concept bien large. Elle me demandait ce que je comptais faire ce soir, et ma réponse n’a pas tardé à la satisfaire. « Rien de spécial, et toi ? » Je ne fuyais pas la solitude, mais préférais sortir accompagnée. C’était une façon de faire sans doute un peu égoïste, mais si elle me demandait après tout, quelles étaient ses propres intentions ? Elle n’a pas tardé à me répondre qu’il fallait absolument que je vienne dans ce coin un peu sombre d’Oxford pour tenter de nouvelles expériences et de nouveaux frissons. J’ai grimacé en recevant son texto, sourcils froncés, me demandant d’où je sortais une fréquentation aussi bizarre. Je me suis contentée de répondre que c’était okay, et me suis installée sur mon lit avec un bouquin interminable que je faisais semblant de lire.

Effectivement, le bar, ou pub, ou peu importe ce que ça pouvait bien être, était un endroit glauque du genre de ceux que je ne fréquentais habituellement pas. Volutes de fumées à ne pas savoir si elles étaient même légales, verres partout, mecs mastocs qui semblaient attendre qu’on vienne leur acheter un truc – laissez moi deviner quoi. J’ai collé un peu plus mon amie, qui avait emmené deux trois mecs avec elle, je ne savais pas exactement. Des lourdauds déjà tous bourrés, qui avaient envie d’un grand frisson et plongeaient dans l’inconnu. Quel âge avaient-ils, bon sang ? Et la pimbêche devant riait, comme si c’était l’endroit le plus fun qu’elle avait jamais vu. Des jeunes en manque de frissons. Quand étais-je devenue si rabat-joie ? Depuis quand étais-je si méfiante, si calculée, cadencée ? Pourquoi fallait-il que même l’amusement, ou le substitut d’amusement, soit précisément mesuré ? L’endroit me semblait mal choisi pour une remise en question psychologique, et pourtant, je ne pouvais m’en empêcher. La pièce puait le renfermé, le glauque et les vieilles magouilles. J’avais globalement le choix entre fuir immédiatement, ou rester et ingurgiter suffisamment d’alcool pour éviter de penser que j’étais effectivement ici. Et prendre le risque de me retrouver morte le lendemain matin. Au moins, je n’aurais plus besoin d’y penser, mais je doutais sincèrement du fait que mon père supporte un décès. Surtout si ce dernier était traditionnellement suivi de la dépression en bonne et due forme de mon frère.

Je me suis assise au bar, jetant un regard latéral sur les personnes autour de moi. Peu d’entre elles avaient l’air normal, et la majorité semblait tellement déchirée qu’il leur paraissait impossible de marcher. J’ai commandé une double vodka sans trop penser aux conséquences. Me souciais-je réellement des conneries que j’étais prête à faire pour oublier les tourments d’une vie ronde et lisse ?
Finalement, pour la plupart des gens je n’avais pas à me plaindre. J’enchainai les histoires d’un soir pour ne pas penser à ma dernière déception amoureuse, je m’occupais de jeunes malades ce qui inspirait plutôt le respect et se trouvait être relativement gratifiant, et j’habitai une gigantesque maison avec mon père richissime et mon frère qui, même s’il était malade, n’était actuellement plus en danger de mort imminente. Alors de quoi pouvais-je bien me plaindre ?
Je détestais les gens heureux. C’était terrible à avouer, à dire, mais ces gens lisses et contents d’un bonheur pâle et sans embuches me donnaient envie de vomir. Le mal avait commencé avec la mort de ma névrotique de mère, quand je m’étais aperçue avec horreur que je ne maitrisais pas tout. Non pas que je la portais particulièrement dans mon cœur, mais il m’avait été strictement impossible de faire quoi que ce soit pour elle.
Il y avait eu mon frère, ensuite, qui s’était enfermé dans sa maladie pour justifier une déprime et un manque de vie lancinant, éternel. J’arrête d’aller en cours, je me laisse vivre, puis mourir. Depuis toutes ces années, il n’avait toujours pas réalisé que la normalité se créée et n’est pas innée.
Après, mon père qui s’enfermait dans des rituels bizarres, avec finalement une situation similaire à la mienne mais nettement moins discrète, et plus bruyante. Pour terminer en beauté, la cerise sur le gâteau, avec lui. Son départ, son abandon. Tu es trop compliquée pour qu’on aime. Emballez moi ça, c’est terminé.

« Je crois que c’est mon verre », ai-je lancé en me coupant dans mes propres pensés. Le temps que je m’y perde, d’ailleurs, ma copine de la soirée avait disparu plus loin avec ses propres amis dans un coin du pub ou quelque soit la chose dans laquelle nous nous trouvions. J’ai attrapé mon verre qui s’offrait un voyage dans la main d’un inconnu, qui ne semblait pas encore trop déchiré, quoi que… C’était difficile à dire. « A moins que l’on boive la même chose, mais j’en doute… » J’ai haussé une épaule, fronçant les sourcils. Valait-il mieux prendre des gants et le laisser descendre mon verre ? J’ai estimé que non, et j’ai jeté un œil au barman. « De toute façon même si c’est le votre, j’en ai besoin tout de suite, alors je vais le boire quand même. » Pour accorder actes et paroles, j’ai avalé le verre cul-sec, le reposant vide sur le comptoir. La classe incarnée.
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MessageSujet: Re: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Mar 1 Fév - 17:44

Les journées commencent toutes de la même manière, ce qu’elles augurent en revanche reste pourtant sinistrement insaisissable. Absence, à la pause caféine de dix heures, absence toujours pour celle du déjeuner, nombreux messages envoyés, aucune réponse. Si j’ai toujours eu l’habitude de ne pas me formaliser de son indépendance, le message de son frère Léandre prélude le pire. Les rires m’encerclent sans m’atteindre, mon visage reste impassible, figé. L’incompréhension s’accorde une place sur mes traits, tandis que je rédige une réponse qui l’illustre. Il est désolé ? Y’a t-il seulement une raison de l’être ? Je m’efforce de ne pas penser à Paris et répond sans une once de sentimentalisme dégoulinant sur égo blessé. Je range mon portable, l’éteint en réalité, poursuis. Regard vers mon café déjà froid, puis vers la porte de la cafétéria entrouverte, le vent s’infiltre, incitation probable par cette brise glaciale à quitter les lieux. Et je le fais.

La journée passe lentement, mais passe sans nul doute, la souffrance s’insinue au creux de mes os, je la tais par une haine bien difficile à dissimuler. Je m’isole, il ne faudrait pas que mes humeurs jouent contre moi, les gens savent, j’ai moi-même divulgué l’information, mais ne se risquent pourtant pas à se confondre en questions et excuses qui m’auraient sans doute paru déplacées. La chenille est dans tous ses états, sa place hiérarchique gossip-girlée n’a plus de raison d’être, puisqu’elle n’est à présent ni vierge, ni pute, ni soumise aux volontés de sa dite reine oxforidienne envolée pour l’Autriche.

J’évite les gens, j’évite nos cercles, Nolan n’ayant d’intérêt que lorsque qu’il pense à m’apporter un café avant de venir débiter toutes les mièvreries qu’il peut ressentir pour une fille qui semble en toute objectivité bien plus intéressée par moi. Si leur couple est voué à l’échec, je n’ai pas la moindre envie de lui servir de meilleur ami qui le mettrait une énième fois en garde contre les dangers d’une relation aussi destructrice ayant moi même un certain problème de ce côté là. Lucide sur ce qu’il peut bien m’arriver, j’imagine que c’est une chance. Le ciel gros cendre accentue ma mauvaise humeur bien que je m’y soit habitué, la haine ne suffit plus à nourrir mes envies de faux semblants, je quitte les cours vers midi, et rejoins l’appartement. Laureline n’est pas là, et je me surprend à en apprécier l’absence. Livre ouvert avec elle, je n’ai aujourd’hui aucune envie de me perdre en expression lyriques d’un ressenti que je ferais tout aussi bien d’enterrer. Moment de faiblesse que je m’accorde, mes muscles cèdent, mon poing heurte la glace, je détruis le miroir, faisant fi des projections qui s’enfoncent dans ma chair. Envie de hurler, soif de destruction qui me saisit, j’envoie valser les objets qui obstruent ma vision, quitte ma chambre à présent saccagée. Je disparais. Les heures filent inexorablement, le soleil décline, je ne suis plus en mesure de me rappeler le nombres de bar écumés, sa voix me tire de la semi inconscience dont je fais preuve.

Si j’ai pris son verre ? Oui peut être, qui s’en soucie ? Elle peut être, logique implacable d’un Tristan décérébré par l’alcool s’adonnant à une descente particulièrement morbide. Je lui offre un regard mort, pupilles à moitié dilatées, langage incohérent ou presque, je suis incapable d’avoir un semblant d’intérêt pour mes propres paroles, leur donner du sens relevant par ailleurs d’un exercice mental trop ardu pour la situation. J’hausse un sourcil et sort ma carte bancaire, prêt à lui donner le code sans broncher si cela avait pu m’éviter d’effectuer moi-même la transaction.

« Fais toi plaisir, c’est ma tournée. »

Je fais signe au barman de nous resservir en agitant ma carte avec désinvolture sous son nez, attitude méprisable en somme, dont les répercussions me passent grandement au dessus. Je n’ai ni le courage, ni l’envie de jouer la carte de la politesse trop courtoise, je la tutoie simplement, mimant un intérêt qui doit s’inscrire dans la même veine que celui qu’elle portait il y a quelques secondes encore, au verre à moitié vide posté sous mes yeux.

« Tu as ton verre, j’ai le mien, tu peux le descendre aussi vite que le premier, ou me dire ce qu’une fille comme toi fait dans un endroit aussi sordide en affirmant mériter davantage cette dose d’alcool que moi. » Mon regard l’effleure, celui du gérant de l’endroit me fusille sans la moindre commisération. « Quoi qu’il en soit je pense que si l’ont peu parler de besoin sans sombrer dans le cliché le plus affligeant de l’alcoolique moyen, je te surpasse sur ce point. » J’avale une longue gorgée, puis rit. « Je ne pense pas que tu sois allée jusqu’à droguer le petit copain insignifiant de ta meilleure amie avec du GHB, pour ensuite lui envoyer une prostituée pour une histoire d’égo mortellement blessé, ou de jalousie ? C’est comme ça qu’ils appellent ça j’imagine, dans le langage courant du moins. » Je lui offre un sourire qui n’a rien de réellement sincère, dépeignant davantage le dégoût inspirée par ma propre personne. « Peut importe, elle est partie. » Silence, encore une gorgée d’alcool, pour l’absolution.
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MessageSujet: Re: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Mer 2 Fév - 18:34

Il m’a tendu sa carte bleue avec un message subliminal qui a défaut de me vexer, ne déclencha chez moi aucune réaction particulière. Il voulait payer, grand bien lui fasse, on ne refusait jamais un verre gratuit et ce quelque soit la fortune que l’on avait dans son portefeuille. Ma mère – feu ma mère – m’aurait au moins appris ça : ça n’est pas parce qu’on est riche qu’on doit cracher sur les choses gratuites. Surtout quand il s’agissait d’alcool. Le serveur a reposé un verre devant moi sans que je n’aie rien demandé. Ma résolution de tenir à peu près debout jusqu’à chez moi histoire de ne pas finir abandonnée dans ce lieu passablement glauque n’avait donc pas fait long feu. « Merci pour le verre. » Pas de refus, pas de chichis. Rester aimable, polie, détachée. Juste un remerciement, pas d’implication personnelle. Il avait l’air assez mal en point lui-même, mais j’étais la dernière des personnes qui pourrait envisager faire les donneuses de leçon.

J’étais sur le point de vider mon verre, aussi vite que j’avais avalé le premier, mais il m’a coupé dans mon élan. « En général, je bois et ensuite je parle. » J’ai bougé le verre du bout des doigts, m’agrippant à la petite dose de bonheur liquide qui allait bientôt habiter le fond de mon estomac. L’oubli, la déchéance. Choses dans lesquelles il semblait déjà profondément parti. « Mais bon, puisque ça semble être une question de mérite, je suppose qu’il va falloir se lancer dans ce débat un peu fou de savoir lequel d’entre nous possède la vie la plus merdique ? » Je l’ai regardé, pas sûre que mes mots arrivent jusqu’à son cerveau. Qu’est-ce qui pouvait bien lui passer par la tête, le déprimer au point qu’il semble aller si mal ? « Besoin et mérite sont deux choses fondamentalement différentes. Je crois qu’aucun de nous ne mérite vraiment ces verres, si tu veux mon humble avis. » Le vouvoiement ne semblait pas d'actualité. J’ai caressé mon verre de nouveau, littéralement, en l’écoutant partir dans une tirade semi-tragique sur sa vie qui certes, vue comme il la présentait, semble assez perturbante. « Effectivement, bois. C’est un besoin viscéral qui se fait sentir. » Je l’ai regardé un instant, ne saisissant qu’à moitié la gravité de ses paroles et la profondeur de son désespoir pourtant apparent. J’ai regardé mon propre verre, hésitante, puis me ravisant. Encore un peu, Blair. Encore un peu de douleur, encore un peu de peur. La montée n’en sera que plus forte, plus belle, plus attirante. Et peu importe la chute, s’il faut connaitre des jours de désespoir autant faire durer le plaisir de quelques verres de trop.

« Ton cas me semble tragiquement réglé. Je ne prendrais pas le risque de m’ajouter à la course. » Que dire, de toute façon ? Que j’étais fatalement destinée à finir seule, sans même l’amour de mon frère pour compenser ma solitude ? Ou que mon dernier copain en date s’était passé par la fenêtre ? Non, il valait mieux que je me garde de casser l’ambiance. De toute façon, je n’étais pas du genre à raconter. A subir, pas raconter. « Partie ? » Mon ton était sans doute un peu trop curieux, je n’étais pas assez sobre pour être délicate et pas assez bourrée cependant pour m’en foutre. « Pardon. Curiosité morbide. » Il a avalé une gorgée de son verre sans que je n’arrive à le quitter des yeux. On aurait dit un de ces personnages de film qui vous remuent les tripes tant ils sont sombres et qui, en même temps, semblent cacher tellement de secrets qu’il vaut mieux éviter de comprendre. J’ai soupiré, hélant le serveur d’un geste de la main, fluide. Il s’est dirigé vers moi en jetant des regards agacés au type. « Deux autres. Ou trois. C’est pour lui », ai-je demandé, en souriant. Insolence, test. Jeu. Comme d’habitude, comme toujours, le même enthousiasme qui m’habitait, la même envie violente de ne pas me souvenir, d’envoyer en l’air une nouvelle nuit de ma vie, de dormir devant chez moi et de me réveiller le lendemain matin en me demandant quelles conneries j’ai bien pu faire la veille. L’adrénaline.

En attendant que le charmant serveur revienne, j’ai poussé mon verre vers mon camarade de bar, qui semblait impatient de pouvoir oublier encore plus. Mon côté pervers m’amenant clairement à profiter de l’état jubilatoire ante-cuite, j’étais prête à sacrifier un verre au bonheur de mes concitoyens. « T’as même gagné le droit de boire celui-là. » J’ai hoché la tête pour accentuer mes propos, jetant un coup d’œil aux alentours du bar. « Pour répondre à ta question, celle qui concerne ma personne assise dans cet immonde bar tellement glauque que j’en ai la nausée, je crois qu’on appelle ça tester ses limites. J’aime tester mes limites. » Nouveau hochement de tête, sourire contrarié pour répondre à ses sourires qui eux, n’étaient pas contrariés mais complètement simulés. « Si je meurs ce soir au moins, je mourrais en ayant vu ce spectacle… intéressant ? » J’étais sure qu’il m’avait déjà lâchée, mais parler m’aidait à calmer la tempête qui prenait forme à l’intérieur de mon cerveau martelé par la peur, la colère, l’euphorie et l’impatience. Adrénaline, je vous dis.
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MessageSujet: Re: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Ven 4 Fév - 2:41

« De rien. » Oui de rien, le genre de phrase qu’on sort par politesse, ou pour rien, phrase qui n’a plus de sens qu’une autre, mais qui comble les blancs, le vide. Vide, sensation contre laquelle je ne peux rien, vide qui m’assaille, coupe court à toute émotion un peu trop vivace qui aurait pu me saisir. La haine s’est envolée, il n’y a vraiment plus rien. Je fixe mon propre verre, l’avale en fin de compte, mais même l’alcool à le goût de ma désillusion. La pression de mes muscles retombe, je sens l’effet anesthésiant du liquide prendre le pas sur toute réflexion logique. Je veux oublier ou tout du moins avoir la très nette impression de me contrefoutre de ce que mon esprit use pour frôler lui même la rupture. Un sourire s’esquisse sur mes lèvres, je réalise à quel point cette salope s’est imprégnée en moi, à quel point son désintérêt peut bien m’affecter. Je lève mon verre vide à sa santé, puis offre un regard à celle qui techniquement m’accompagne, puisqu’elle boit sur ma note.

« Tu avoues donc avoir une vie merdique ? J’irais pas jusqu’à dire que le mienne l’est non plus, ce soir peut être… » Et ça part dans la philosophie contemporaine, sur quel genre de fille suis-je tombé ? Une fille intelligente peut être, une qui ne s’arrête pas aux boissons et aux œillades, une qui pourrait faire partie de ma promotion ? une fille dont je ne me souviendrais probablement pas si je continue à boire, mais je parle et c’est tout ce qui compte. Si c’est hors sujet c’est tant mieux, je ne suis pas sûr moi même d’avoir envie qu’elle comprenne, ou de me comprendre allez savoir. Mes pensées s’entremêlent, sans grand fil directeur, l’effet de l’alcool, ou de ma connerie si on fait dans les mélanges déconseillés. Besoin, mérite ? Deux choses différentes effectivement, résultat sans doute de mon inaptitude à transcrire clairement ce que mon esprit dérangé avait voulu signifier. « Peut importe, je ne fais pas dans la philosophie moderne à une heure vingt trois du matin. » Je réponds en jetant un vague coup d’œil à ma montre. Et elle m’incite à boire, voilà qui fait d’elle une mauvaise fille qui veut ma perte. Je hausse un sourcil, puis soupire. Cas tragiquement réglé, vision selon laquelle je devrais sûrement considérer la situation, si c’était seulement possible. Ressentiments profonds, haine difficile à dissoudre, tout semble dicté par elle, circulation joyeuse et venimeuse de son emprise dans mon système sanguin. Calliope reviendra, elle est toujours revenue, je ne serais cependant pas en mesure de lui pardonner le manque de prévenance avec lequel elle a décidé de disparaître de nos vie à tous. Léandre peut bien avoir l’art du pardon pour deux, elle savait tout de mes sentiments, choix délibéré qui lui vaut de perdre le meilleur ami qui l’a pourtant sorti de ses nombreuses passes difficiles.

« Partie oui, je ne sais ou, j’en sais rien, je veux plus savoir, en fait, je crois que c’est sûrement un prétexte pour boire et ne pas me retrouver en tête avec ma sœur, ce qui m’obligerait à me conduire moralement et normalement, ce dont je ne suis pas capable maintenant. Je ne me laisse que trois heures avant qu’elle ne se mettre à me chercher et ne finisse par trouver ce qu’elle cherche ici avec toi. » Elle commande à boire et rien que pour moi, mon dieu, mon état névrotique me ferait presque devenir sociable. Je dois vraiment lui plaire, elle m’offre son verre, ironie toujours. Je m’en saisis pour le vider à une allure déconcertante. Demandez à un poisson s’il veut de l’eau ? Demandez à Tristan Faure s’il veut boire, cela revient étrangement au même. Et là, j’avoue qu’elle me surprend. Tester ses limites ? Au niveau de l’alcool ? Je lui offre une mine intriguée avant de répondre avec un sourire amusé.

« Si tu veux vraiment tester tes limites, pourquoi t’arrêter à une simple prise d’alcool dans un bar minable. J’avoue être moi même avoir envie d’en dépasser d’autres, mais bien évidemment, le problème de la moralité, se pose toujours. Je ne pense pas être quelqu’un de bien, mais je ne pense pas non plus que nous sommes destinés à l’être à la base. »

La serveur s’approche avec une ration pour le moins impressionnante. « Qu’est ce que tu ferais là maintenant tout de suite, si tu étais libre, de faire n’importe quoi sans qu’il n’y ai de répercussions ? »
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MessageSujet: Re: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Jeu 10 Fév - 19:55

« Merdique, je ne sais pas. Disons que si les emmerdes forgent le caractère, alors je ne dois pas en manquer. » Mes pensées tournaient plus vite que mon cerveau, et s’échappaient donc plus rapidement que ce que je voulais effectivement dire. Quoi qu’on ait pu aisément considérer que la malchance s’était pas mal mêlée de ma vie, il ne fallait pas tomber dans l’éternel mélodramatique qui vous conduit fatalement à considérer que vous êtes bon pour l’asile. J’avais de toute façon appris à relativiser la moindre des choses qu’il m’arrivait. Les catastrophes pouvaient bien me glisser dessus désormais, ça n’avait plus réellement d’importance. C’était sans doute une forme idiote d’autisme, mais se préserver était la solution à pas mal de problèmes. Je maitrisais tout, et je n’en étais pas peu fière. Tout incluait la souffrance, la déprime. La tristesse. Je m’imposais des moments de souffrance qui constituaient mon quota, et au-delà de ces moments, tout s’en allait aussi vite que comme c’était venu.
Il m’arrivait évidemment de me faire peur, mais le sujet n’est pas vraiment là. « Je n’ai jamais été très philosophe, de toute façon ». Ce qui n’est pas entièrement faux. Du moins, jamais été rationnelle et je n’ai jamais pensé comme les autres. On a toujours voulu m’inculquer des grandes et belles phrases toutes faites, et moi tout ce que je voulais retenir, c’était des idées en vrac, des cris de libertés et des désirs de revanche.

Ses pensées ne semblaient pas vraiment lui plaire. Quelque soit cette histoire de fille, et quelque soit la personne qui était partie, tout ça me confirmait l’idée selon laquelle toute relation durable entre deux individus inconscients étaient tout à fait inenvisageable si l’on voulait garder la maitrise de soi-même. Se donner à l’autre était une exception d’une nuit au plus que je m’autorisais – certes, souvent – mais qui ne pouvait décemment prendre plus d’ampleur. La triste et fatale réalité. « Il faut rester loin des relations, personne ne t’a jamais appris ça ? » J’ai fait une moue désolée, à moitié inconsciente, et hausse une épaule en attrapant un verre dont je ne soupçonne pas l’origine. Est-ce que je l’ai commandé, ou pas ? Impossible de me souvenir. J’ai toujours une carte dans la main, la sienne il me semble.

« Est-ce que j’ai l’air de vouloir tester mes limites avec l’alcool ? » J’ai haussé un sourcil intrigué, vexée d’être autant sous-estimée. « L’alcool ne connait chez moi aucune limite. » Ce qui est bien le problème. Faire la différence entre le stade de l’oubli total et de la joyeuse disparition de toute inhibition était devenue un art que je maitrisais à 99% du temps. « J’ai envie d’être vivante, tu vois ? » Conneries de bourrée, je comprenais à peine ce que moi-même je disais. « Il s’agit d’arriver au moment ou l’alcool et l’adrénaline te prenne en même temps. Montent, et manquent de te foutre par terre. Raide morte. Et là, tu recommences à respirer, tu te sauves, tu vois ? Mieux qu’un orgasme. » J’ai cligné des yeux, impressionnée moi-même par mon baratin de psychopathe esseulée. « A quoi bon, la morale ? Est-ce que tu as peur de ta conscience au point de t’imposer des barrières qui n’existent pas ? » Nouvelle gorgée, nouvelles pensées. « Est-ce que de toute façon c’était moralement correct de droguer le petit ami de ta copine par jalousie maladive ? »

J’ai poussé un verre vers lui de nouveau, faisant un clin d’œil au barman qui semblait avoir compris que notre conversation avait largement besoin d’être accompagnée d’assez de liquide pour alimenter nos esprits. « Je ne sais pas pour quoi nous sommes nés. Je ne sais pas si je suis fondamentalement mauvaise ou pas. Mais je m’en fous. J’crois pas à ces histoires de Paradis merdique de toute façon alors, à quoi bon ? » J’ai haussé une épaule, fataliste. Même si j’y avais cru, de toute façon… Mais la question ne se posait pas. Ce que je ferais ? La chose la plus folle envisageable, la chose qui me faisait rêver ? La question était délicate, particulièrement quand des nuages m’obscurcissaient les yeux. « Hm. » Je me suis retournée vers un gros lourdeau tatoué assis au fond avec une choppe de bière. « Je volerai la voiture du gros naze là-bas, celui qui m’a collé la main aux fesses quand je suis entrée… C’est un gros 4x4 sans aucune classe et assez dégueulasse. Je laisserai mon sac ici, j’irai me faire des faux papiers de Thaïlandaise chez le voisin qui gagne sa vie illégalement, et je partirai, avec juste ces putains de papier et la voiture. Sans argent, sans fringues, sans rien. Juste l’envie de me foutre en l’air. » J’ai hoché la tête, satisfaite, même si je ne pensais sans doute pas vraiment la fin de ma phrase – trop lâche. « Et toi alors ? T’irais retrouver ta princesse ? Tu t’enverrais toute la consommation du bar ? Tu partirais ? » J’ai haussé un sourcil, intéressée, en envoyant balader un verre à côté de moi. « Ou pire encore ? »
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MessageSujet: Re: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Jeu 10 Fév - 20:36

Sa réplique me déclenche un rire, tant elle me paraît vraie à moi qui ne la connaît que depuis quelques minutes et dans un état des plus discutables. Lucidité pas franchement évidente dans mon cas, je m’étonne même d’avoir encore la faculté d’analyser son comportement et d’en déduire des traits de sa personnalité. Il faut croire qu’un humain possédant un taux d’alcoolémie élevé est tout de même des plus fins psychologues. Philosophie, psychologie, science du vivant…parlez moi de ça. Termes complexes, pour des concepts frisant l’évidence, l’humanité veut se faire mousser, la vérité, c’est qu’on est tous les mêmes. Les différences intra-individuelles sont infimes, la plus grande résidant sans nul doute dans l’art plus ou moins maîtrisé d’exercer un control socialement normalisé sur nos sensations primaires. S’il y a des gens naturellement meilleurs que d’autres ? Je ne pense pas. S’il y a des gens qui finissent par y parvenir ? Assurément. Combat contre soi-même, avant tout, la question est de savoir si la force relève d’une habilité à savoir aller contre sa propre nature, ou avoir le courage d’admettre qu’il soit tout simplement impossible de s’abstraire complètement de ce fondement humain qui nous accable tous. Lutter pour la moralité, lutter pour la rédemption, la lucidité veut qu’on finisse par réaliser qu’on lutte surtout pour un blanchiment de conscience, par peur de représailles connement attribué à une quelconque divinité, dont la seule utilité certifiée et d’annihiler passablement l’angoisse liée à la mort. Pour ma part je ne me fais pas d’illusion sur ce qu’il pourrait y avoir après. Les roses fanent, puis d’autre poussent, les humains crèvent d’autres les remplacent, y’a t-il seulement une raison de croire qu’on puisse échapper à cette règle biologique ? Je bois, l’alcool tue la lucidité, ça aussi c’est biologique et qui plus est socialement admis.

« Fuir l’attachement, ne rend pas plus fort, apprendre à se remettre de n’importe quelle relation, en revanche, est quelque chose qui peut s’appendre, mais après quelque essais foncièrement destructeurs, j’en conviens. Les relations sociales aussi destructrices qu’elles puissent s’avérer être, sont des expériences de vie non négligeables, que j’aurais tord d’éviter, elle t’apprennent beaucoup de choses sur toi-même, et puisque tu parlais de tester tes limites, c’est probablement la pire et la meilleure façon de le faire. » Limites d’ailleurs difficiles à atteindre, la pulsion de vie étant probablement la sensation la plus difficile à combattre et le meilleur allié se l’être humain. « S’entraîner à la perte de contrôle est probablement la meilleure manière d’apprendre à la conserver lorsqu’il s’avère que c’est nécessaire, tu devrais essayer... » La meilleure façon d’apprécier le bonheur, est d’explorer l’extrême du sentiment adverse et de se laisser consumer par lui, d’accepter de perdre toute prise, de devenir suffisamment dingue pour pouvoir se lever un jour et constater qu’on est capable de vaincre n’importe quel ressenti, de s’élever. Nos tergiversations pseudo philosophiques, nous amènent à une question. Si elle a l’air de venir ici tester ses limites avec l’alcool ? Sa voix me sonne de répondre non tout comme son regard réprobateur, ce n’est cependant pas ce que je fais.

« Honnêtement ? Oui tu en as l’air. Mais je peux éventuellement t’accompagner ce soir, bien que l’adrénaline soit une sensation qu’on retrouve partout et sans vouloir te manquer de respect et dans des situations bien moins banales qu’une simple prise d’alcool dans un bar minable. Si pour toi c’est l’orgasme, alors laisse moi te dire que ce n’est pas le meilleur que tu puisse avoir. Sois plus…créative ? » Je laisse un sourire s’esquisser puis ris avant de boire une nouvelle gorgée, plus pour m’adonner à une activité motrice et par habitude que par envie. Je laisse un sourire s’esquisser puis ris avant de boire une nouvelle gorgée, plus pour m’adonner à une activité motrice et par habitude que par envie. La question de la moralité est abordée et bien évidemment, elle me fait tristement sourire. Nostalgie, ou amusement cynique, je ne différencie pas le sentiment, la détrompe juste, puisqu’elle se fourvoie. « Oh non. Je suis probablement l’un des êtres les plus immoraux de ce monde, et comme tu le soulignes d’ailleurs, j’ai drogué le petit ami de ma meilleure amie par pure jalousie, voir peut être même par agacement, pour sa simple existence. Et je ne regrette pas, voilà qui dépasse grandement les facultés d’acception de beaucoup de gens. Ca devrait te choquer non ? Pourquoi tu restes ? Adrénaline ? »

J’accompagne ma réplique d’un sourire, pour rompre le caractère peut être trop sérieux de la question en elle même. La conversation est intéressante malgré les dérivations plus que critiquables de nos esprits malades. « D’ailleurs j’ajouterai même après réflexion que le mot jalousie peut être aisément remplacé par orgueil ou égo. J’imagine qu’à la base il ne s’est agit que de cela, qui aime être remplacé par quelqu’un de sous-estimable ? Relégué à une seconde place quand on a toujours visé l’excellence de la première… » Je lève les yeux au ciel, puis passe ma main dans mes cheveux pour soutenir ma tête trop lourde. Je soupire. Elle, répond à ma question après une minute de réflexion. Je hausse un sourcil, puis souris après avoir préalablement regardé l’homme qu’elle désigne. « La première partie est tout à fait faisable, la seconde un peu surréaliste mais pourquoi pas ? Quant à la troisième, elle s’oppose considérablement à ma vision de la vie, se foutre en l’air sans avoir le loisir d’expérimenter tout ce qui est humainement possible, pardonne moi de trouver cela d’un ridicule affligeant. » Ma question se retourne contre moi, et ses proposition bien que toutes fausses ont le mérite de me faire rire. Je termine un des verres devant moi et répond. « Aucune des trois propositions. Je crois plutôt que je coucherai avec son frère plutôt canon, pour la faire souffrir s’il n’était pas tragiquement en train de s’éprendre de ma sœur jumelle et accessoirement une personne avec laquelle je ne m’autoriserais pas de jouer, du reste je pourrais également tenter de m’envoyer en l’air avec un hétéro un brin homophobe comme Edward Fitzalan-Howard, après avoir glissé du GHB dans son verre de quinze ans d’age, ou encore me marier avec toi et partir en Thaïlande juste parce que t’es complètement allumée et qu’après tout c’est tout, c’est toi qui veut partir, et que je pourrais éventuellement faire une concession. Se marier avec une inconnue est dans ma top-list des choses à faire avant d’avoir à devenir raisonnable. Mais revenons plutôt à toi, tu voulais voler un 4X4 ? Drague le cinq minutes, tu devrais obtenir les clés assez facilement, vu son état. Je te suis.»
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MessageSujet: Re: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Ven 11 Fév - 0:58

« Crois moi, j’en connais déjà un rayon sur moi-même. Sans vouloir me venter ou me la jouer moralisatrice, qu’est-ce qui peut bien te permettre de croire que je n’ai pas atteint mon quota d’expérience en relations humaines ? » Les paroles sortaient naturellement, fluides, trop fluides. Je n’aurais jamais parlé ainsi avec si peu de retenue en temps normal, du moins je ne le pense pas. Il m’arrivait d’être loquace, philosophe, de débattre, mais rarement en pleine nuit avec des inconnus. Celui là avait au moins l’avantage de piquer ma curiosité. Et mon côté vexatoire aussi, abimée. Lassée. Violente. « Je contrôle tout. Je sais ce que je fais et pourquoi je le fais. La perte de contrôle c’est prendre le risque de souffrir. » J’ai hoché la tête, me penchant un peu vers son tabouret, comme gardienne d’un secret qu’il valait mieux garder, en profitant pour murmurer : « Et sincèrement, réfléchis, pense à ce que tu ressens depuis qu’elle est partie… » Je me suis redressée, consciente de la perversion de la suggestion, mais un sourcil haussé par la satisfaction. « Est-ce que la souffrance vaut la prise de risque qui finalement, ne t’amène à aucun résultat satisfaisant ? » J’ai secoué la tête. La réponse était, pour moi, claire. « Contrôler les moments de souffrance, contrôler la débauche et le rattrapage, tout ça me fait me sentir vivante. Par l’alcool, pas le verre de trop. Le fait de savoir que je fais ce que je veux de moi-même. Que personne d’autre ne peut me prendre ça. »

Je me suis réinstallée correctement sur mon fauteuil, louchant sur un éventuel futur verre qui m’aidera à masquer l’angoisse qui m’étreint soudain. L’angoisse de me planter, de manquer quelque chose. D’être ébranlée dans mes belles théories par son répondant douteux mais convainquant, alléchant. Se laisser vivre juste un instant. J’ai secoué la tête, attrapant le verre, l’avalant d’un trait, machinale. La solution de l’oubli partiel que s’est autorisé mon esprit. J’ai inspiré, reprenant contenance, chassant cet instant de panique passagère qui a manqué de me faire dire n’importe quoi. Puis il a fait référence à mon air, une réponse qui évidemment, m’a contrariée autant qu’elle m’a vexée. J’ai pris un air farouche, sévère, presque agacée mais pas assez nette pour l’être cependant. « J’ai l’air d’une fille à Papa qui n’y connait rien hein ? Qui veut se taper une petite angoisse en buvant un verre de trop alors que ses parents l’attendent chez elle ? » Je n’ai pas retenu le rire qui s’est échappé de ma gorge. De nouveau, je cherchai un potentiel verre à boire pour m’assurer la contenance qui me fait un peu défaut, mais ma main ne rencontre que le bois dur du bar. Une absence passagère, que j’essuyai d’un geste de la main aussi métaphorique que réel. « Tu pourrais être surpris. » J’ai essayé de faire le point sur mes expériences passées en guise d’illustrations, mais rien ne m’est venu. Trop embrouillée par l’alcool, ou trop peu sure de mon coup, je ne savais pas exactement. « Qu’est-ce que tu suggères ? L’orgasme suprême, le coup de ta vie, c’était quoi ? Ou ça sera quoi ? » Je l’ai interrogé du regard, décidément perdue par le caractère. Un homme brisé et déçu un ou taré un peu trop possessif ?

« Pourquoi t’arrêter à là alors, si ton sens de la morale de toute façon ne t’empêche pas d’en faire autrement ? » Nouvelle interrogation du regard, et mon esprit de plus en plus brouillé qui tentait de comprendre une personnalité complexe et au dessus de ce que je n’avais jamais rencontré. J’ai levé la main à l’adresse du serveur, sans réellement m’en rendre compte mais par un réflexe malsain et légèrement destructeur. J’ai souri en réponse à son propre sourire, bien qu’il ait été fortement ironique sans doute, reportant ma concentration sur notre conversation et sur lui, dont je ne connaissais d’ailleurs même pas le nom. « Adrénaline, oui. Qu’est-ce que je risque, dans le pire des cas ? Que tu me drogues, me coince dans les toilettes ou à l’arrière de ta décapotable ? » J’ai haussé une épaule avec un sourire mitigé. « Je ne suis même pas sure que l’idée me dérange. » Hochement de tête, auto-conviction. « Je reste peut être même pas intérêt. Ta théorie sur les limites m’intéresse, et je ne voudrai pas partir sans avoir pu au moins tester. » J’ai confirmé mes dires d’un nouveau hochement de tête. Mes pensées se déconnectaient petit à petit de mon cerveau, m’empêchant de m’expliquer ou de m’étaler sur les détails. « Pourquoi ébranler ta propre situation ? As-tu déjà envisagé le fait que peut être, elle ne méritait pas ta place d’excellence ? C’est peut être le destin. Après tout, tu t’es peut être trompé de cible en pensant viser l’excellence. » Les autres options devaient être trop douloureuses ou énervantes, je ne savais pas vraiment, à envisager. Du moins l’auraient-elles été pour moi. « Se foutre en l’air c’est un autre moyen de contrôle. Je ne le ferai pas de toute façon. Ce sont les idées qui me viennent. Et puis, tu l’as dit toi-même ; pas de conséquences, hein ? »

Je lui ai évidemment retourné la question, et il s’est acquitté honorablement de la réponse. « Son frère canon et ta sœur ? Définitivement trop séries américaines. Beverly Hills, Gossip Girl, tout ça… Non, dommage que ce soit ta sœur, sinon tu aurais pu intervenir. Des penchants bi, peut être ? Ca ne me surprend même pas. Enfin, je ne crois pas. Fitzalan-Howard, ce nom m’est familier mais je ne saurais te dire pourquoi, et j’imagine que l’entreprise est assez risquée, mais bon pourquoi pas. » J’ai haussé les sourcils d’un air tout à fait d’accord, en hochant doucement la tête. « Le mariage, si vite ? Et imagine que je refuse catégoriquement de divorcer, après ça ? » J’ai penché la tête, comme si je venais de soulever la question à un million de dollars. « Effectivement, si tu envisages sérieusement la Thaïlande, mieux vaut que nous ayons un véhicule. Laissons faire les experts. » Je me suis levée tant bien que mal de mon tabouret, tanguant légèrement sur mes pieds, remettant mon haut en place. J’ai tiré sur son pull à lui pour qu’il me suive effectivement, et me suis dirigée vers le gros lourdaud d’un pas décidé. J’ai pris place directement sur ses genoux, dans un baratin un peu spécial et définitivement peu clair même pour moi-même, mais qu’il a visiblement compris – et apprécié au demeurant. J’ai épié mon nouvel ami du coin de l’œil, trop heureuse de ma trouvaille de la soirée pour le laisser partir. J'ai regardé l'énorme tas sur lequel je venais de m'installer, légèrement dégoutée, usant de petits phrases d'accroches qu'il semblait toujours satisfait d'entendre. J'ai exagéré mon taux d'alcool, me penchant douloureusement vers ses lèvres pour y déposer les miennes, glissant ma main dans sa poche pour subtiliser les clés en même temps que je lui offrais une minute de paradis inespéré. Je me suis détachée rapidement, peut être un peu trop rapidement pour être naturelle, mais ça n'a pas semblé le choquer.

Je l’ai embrassé sur la joue avant de me relever d’un geste souple, et de déclarer, d’une voix désolée mais un peu théâtrale : « Je suis désolée, mais je m’en vais ». En réalité, il me dégoutait tellement qu’il m’était difficile de ne pas vomir tout l’alcool ingurgité jusque là. Je me suis tourné vers l’inconnu, un sourire en coin figé sur les lèvres. « C’est moi qui conduit. » Et je me suis dirigée vers la porte avec une soudaine poussée... d'adrénaline.
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MessageSujet: Re: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Ven 11 Fév - 2:45

« Quelqu’un qui prétend avoir son quota d’expériences humaines, tout en ayant une peur bleue de s’engager dans des voies qui pourrait lui faire perdre le contrôle, sans vouloir me la jouer moralisateur, est probablement quelqu’un qui en manque cruellement. Comment peut tu avancer ça à ton âge, sans avoir peur que je te ris au nez hein ?» Je souris tout de même amusé. La suite de sa phrase me prouve ô combien le culte du contrôle peut avoir d’emprise sur sa personne. Sa véhémence la trahit, mes propos ne la laissent pas indifférente. Qui aurait cru qu’une conversation si polémique puisse se jouer au milieux d’un endroit si sordide ? L’alcool rendant la conversation plus animée, je n’en reste pas moins sur ma position initiale. Tout contrôler ? Chose impossible, le croire ? Connerie incommensurable. Je bois. « Personne ne peut tout contrôler, j’aimerai comme toi que ce soit possible, mais ça ne l’est pas. Avoir peur de souffrir, n’évite pas le danger, au contraire, ca ne te rend que plus vulnérable à la souffrance. La connaître, apprendre à la maîtriser et à l’appréhender c’est une prise de pouvoir évidente sur elle. Parfois les choses t’échappent simplement sans que tu ne puisse rien y faire, et c’est en continuant de croire que tu peux tout contrôler que tu finiras par souffrir, véritablement. » Evidemment l’exemple qu’elle prend fait référence à Calliope, mais je ne trouve pas qu’il ait quoi que ce soit qui infirme ma théorie. Bien sur on souffre, on en crève, se faire planter par une personne chère n’a jamais fait de bien à quiconque, mais la triste vérité c’est qu’on s’en remet et très vite, un mois, deux mois ? La dépendance au sens physiologique s’efface, tuant en s’en allant tout les grands sentiments qu’on aurait pu croire uniques et éternels. La dépendance n’a rien avoir avec l’amour, comme pour toutes les drogues il y a cet état de manque, physiquement insupportable suivit d’un sevrage évident. Les choses semblent ensuite bien différentes, le grand amour, devient subitement risible, la connerie tristement apparente. L’estime intellectuelle est peut être la plus dangereuse forme d’amour, mais tellement rarement atteinte, qu’en fin de compte bien négligeable. A t-on seulement besoin de frôler la destruction lorsqu’on respecte les idées d’une personne ? L’attachement naît d’un besoin malsain de ne faire qu’un avec une personne, sensation grisante qui engendre une perte d’identité évidente et une sensation d’asphyxie qui aura raison de la relation. L’équilibre entre la liberté intellectuelle, et le désir de la partager avec son âme sœur et d’ainsi obtenir la sensation d’être protégé par un lien indestructible est un idéal bien trop peu souvent atteint, utopie mièvre.

« Son départ n’a rien de différent que ceux que j’ai pu connaître dans le passé, les gens entrent dans ta vie puis en sortent, tu les aimes, puis t’en désintéresse lorsqu’ils ne sont plus en mesure de t’apporter ce que toi tu cherches, c’est un cycle, sûrement vicieux, mais auquel on s’habitue lorsqu’on a passé l’étape de la première fois. Je ne regrette pas d’avoir aimé, vraiment aimé, je sais au moins l’effet que ça fait et que le temps à raison des sentiments les plus ravageurs. Vision cynique, mais expérimentée, autant être lucide. »

J’hausse un sourcil, puis l’écoute. Si je peux comprendre ce qu’elle cherche, je ne peux résolument pas me ranger à sa position, l’alcool ayant un côté sympathique pour le côté festif et débridé mais n’arrivant pas à me faire suffisamment décoller pour avoir l’orgasme qu’elle décrit. Le plaisir du jeu et de la perversité intellectuelle ayant tous les droits sur mon intérêt. « Si c’est ça qui te branche, tu devrais viser plus loin, pourquoi ne pas faire ce que tu veux de toi même et des autres dans ce cas ? Toi qui est une amatrice invétérée du contrôle, serais tu capable de l’étendre à autrui ? » Ma précédente remarque n’a pas eu le mérite de lui plaire, mais mon sourire suffit à lui prouver que non seulement je n’en démordrai pas, mais qu’en plus de cela il serait dommage de s’en offusquer. « Absolument, mais puisque cela n’a pas l’air te plaire, parlons plutôt orgasme, puisque tu lances le sujet. Le coup de ma vie ? J’en sais rien, je ne suis pas du genre à prévoir ce genre de chose, pour que ce soit excitant, il faudrait que ce soit fait sans prévision préalable, comme ça maintenant tout de suite, de plus je ne suis pas certain qu’un seul gros coup me suffise, plusieurs petits auraient sans doute plus de chance d’avoir sur moi l’effet escompté. » Sa réflexion sur l’adrénaline, me déclenche un rire, et j’apporte mon verre à mes lèvres. Capable de partir dans des dérivations complètement folles et absurdes, je n’ai cependant pas la même faculté à analyser le processus étrange par lequel mon verre est toujours tragiquement plein. Je ris, la situation est affreusement drôle. « C’est si sordide, présenté comme ça, totalement dans le genre de l’endroit, mais je pensais qu’en ayant cette conversation nous écartions de ce fait toutes perspectives affreusement banales, et si l’envie te prend de vouloir coucher avec moi, mieux vaut peut être déjà commencer à réfléchir à un endroit un peu plus excentrique. Tu restes par intérêt ? Tant mieux moi aussi, s’intéresser mutuellement est au final quelque chose de véritablement flatteur, loin des préjugés fait sur les relations intéressées. » Encore une question en suspens, j’ai l’impression de parler plus avec cette fille en une demi heure qu’avec tout mon entourage en plus de vingt ans. Si j’ai envisagé que Calliope ne puisse pas mériter l’intérêt que je lui porte encore actuellement, évidemment, et j’ai fait plus que l’envisager, étant moi même dans une phase d’acceptation physique et émotionnelle de ce que ma raison me dicte. Quand à ma vision de la place d’excellence elle ne l’a pas tout à fait saisi. « Tu ne comprends pas, ça ne dépends pas de la personne ou de ce qu’elle peut bien valoir, c’est la place elle même qui suscite un intérêt certain. L’égo apprécie, rien de plus compliqué que cela. » Pour ce qui est du suicide, j’avoue ne pas avoir envie de m’attarder sur le sujet, ayant pour le coup une vision des plus arrêtées sur la question, touché de trop près par un acte pour lequel je n’arrive pas à avoir la moindre indulgence. J’acquiesce, purement et simplement, rebondis, sur le sujet bien moins sérieux qu’elle a préféré aborder.

« La réalité est au moins aussi bouffée par les stéréotypes et les clichés que les soap que tu regardes, ce qui leur donne un côté très réaliste en fin de compte. Pour ce qui est de Gossip girl, ne m’en parle pas, je refuse que Blair aille avec cet abruti d’Humphrey qui pour le coup est l’archétype même de ce que j’exècre dans la réalité. » Rapide parallèle avec Westwood, qui pour le coup me faire perdre mon calme, avant que je ne me décide à reprendre un ton plus décontracté. « Pour ce qui est de Fitzalan, je l’ai embrassé à une soirée sans lui demander son avis par exemple, chose que je rêvais de faire et qui ne relevait pas d’une entreprise difficile, même pas un seul coup de poing, trop sonné sans doute, j’aurais eu tord de m’en priver. Pour ce qui est du mariage, qu’est ce qui te fait croire que je puisse avoir envie de divorcer ? Si l’engagement ne signifie rien, le divorce non plus, simple perte d’argent, mais j’avoue être fasciné par le mariage, probablement en raison de mes antécédents familiaux, garçon troublé psychologiquement pour avoir eu des parents divorcés je suppose. J’ai envie de me marier, avec n’importe qui, juste pour voir ce que ça donne, et puisque tu es là je me dis qu’avec toi au moins, je ne risque pas de mourir de soif. » Elle se lève sur mon dernier défi et il semble, qu’une virée en 4X4 soit de mise. Je la suis docilement et la regarde entamer une petite séance de drague écœurante qui lui fait gagner sans contexte un trousseau de clés. La scène n’aura pas duré longtemps, elle s’en va, sur une phrase désobligeante que lourdaud ne semble comprendre qu’à moitié puis s’approche de moi en jouant les dominatrices.

« Comme tu le souhaites après tout c’est ton rêve. Le mien c’est le mariage et si nous voulons partir sur de bonnes bases je ne vais pas commencer à pinailler. »

Je la suis, quitte le bar, appréciant l’air frais de l’extérieur, contraste évident et agréable en somme. Je la suis m’installant sur le siège passager après qu’elle ait ouvert la porte. Je ne sais pas dans quoi je m’engage, mais tant pis, après tout, je fête comme je peux le départ de Calliope, elle ne m’en voudra pas pour ça, Laureline peut être. « Va pour la Thaïlande, ou la cellule de dégrisement, c’est toi qui conduis ! »
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MessageSujet: Re: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Ven 11 Fév - 19:46

« Je me suis déjà engagée. J’ai déjà perdu le contrôle. L’âge n’a rien à faire là dedans, il y a des gens qui ont vécu à 20 ans plus que d’autres à 60. C’est la vie qui veut ça. Avancer, s’étaler, quand tu le testes une fois et que ça te tue de l’intérieur, pourquoi risquer de t’en prendre une de nouveau ? Prend toi une baffe, tend l’autre joue ? Foutaises. » J’ai rigolé un peu, machinalement, en réponse à son propre rire qui me parvenait comme une musique lointaine teintée d’ironie et de regrets. Croyais-je réellement avoir le pouvoir sur les moindres faits de ma vie ? Honnêtement non. Mais en poursuivre le but était un début non négligeable. Je me contentais de ce que j’avais, rangeant le reste dans un coin de mon cerveau où il se reposerait tranquillement jusqu’à ce que je l’oublie, ou dans le pire des cas, trouve un moyen de l’obtenir. « Je n’ai pas la prétention d’enrayer toute souffrance de ma vie. Mais c’est en se détachant les choses qu’on évite de la rencontrer tant que faire se peut, et crois-moi, jusqu’ici j’ai plutôt pas trop mal réussi. La théorie est évidemment discutable, mais je ne suis pas partisane du ‘ce qui ne me tue pas me rend plus forte’. On veut être fort, résister, c’est quelque chose d’intérieur, inné. Je n’ai pas peur de souffrir, j’ai peur de souffrir sans savoir ou comprendre pourquoi. Le manque, l’addiction, sont deux choses que je ne prendrais plus le risque d’endurer. » Deux choses qui vous détruisent et vous laissent tellement sans armes que vous pourriez en mourir. Je connaissais bien l’idée, la maitrisais, la récitais. L’ignorance de toute émotion trop extrême était une chose terrible mais que je m’étais imposée depuis que ma vie avait décidé de partir en vrille. Et j’assumais mes choix avec une patience autonome et une passivité impressionnante. « Je ne sais plus souffrir. Je ne sais pas aimer non plus. » J’ai haussé une épaule, la tête alourdie par tant de constations philosophiques et malheureusement bien tristes sur ma propre personne.

« Le risque encouru est trop important. C’est lâche, sans doute, mais les gens qui ne font que passer dans ma vie ne sont pas des valeurs assez sures pour que je me prenne au jeu de l’amour. L’intégrité physique et intellectuelle en dépend. Mon intégrité. C’est difficile à concevoir, et peut être que mon propre piège m’attirera un jour, mais je ne regrette rien de plus que de n’avoir pas assez aimé pour sauver une vie. Pour mériter autre chose qu’un adieu en guise de remerciement. » Je me suis embarquée dans mes propres pensées sans être capable de m’arrêter, les paroles défilant à une vitesse insupportable et sortant de ma bouche par flots réguliers. La vérité était triste et bien au-delà de ce que j’étais habituellement capable de confier. Je parlais peu, efficace, mais ne touchais jamais à mon propre cas. Soirée exceptionnelle et moyens exceptionnels. Ses remarques me laissaient sur le qui-vive, prête à répondre, malgré le flou artistique qui occupait mon cerveau. Serai-je en mesure de me rappeler cette conversation, ce visage, d’ici quelques heures ? je n’en avais pas la moindre idée. Je savais juste, comme une vérité cynique, que le recroiser serait difficile, si tant était qu’il se souvienne de mes beaux discours. L’image était sans doute de mise puisque nous étions toujours sur l’orgasme, mais je me sentais nue, et d’une manière totalement différente que celle que j’entendais d’habitude. « Pourquoi contrôler les autres ? Je n’ai aucune autre prétention que celle de m’occuper de ma propre vie. Le fait de vouloir se sentir en danger, en vie, n’a rien à voir avec le fait de s’occuper des autres. Bien que, j’imagine que oui, je pourrais envisager un quelconque ascendant sur une tierce personne si l’occasion et le contexte se présentait. Plusieurs petits coups ? Une autre façon de voir les choses. Dans ce cas-là, tu ne deviens jamais raisonnable… mais au fond, qu’est-ce que réellement devenir raisonnable ? Quand se situe la frontière entre l’âge où tu as le droit de faire des conneries et le moment où tu dois te ranger ? Le jour où tu te retrouve dans ta gigantesque maison, la bague au doigt, deux enfants et un golden retriever qui court après son os dans tes 500 hectares de terrain ? »

Je n’ai pu retenir un rire après sa remarque sur le côté sordide de mes propres dires, ne pouvant qu’en convenir et acquiescer lamentablement. Sordide, inenvisageable ? Peut être, mais après tout, s’il se prévalait de ne pas être ce genre de mec, qui sait sur qui j’aurais pu tomber ? La situation aurait-elle été différente ? Sans doute. L’abandon qui à cet instant précis me caractérisait n’était définitivement pas mon genre et surtout un gage d’aisance rare. « Si facile, dire qu’il me faudrait juste énoncer un lieu un tant soit peu original pour que tu acceptes de coucher avec moi. » J’ai fait une moue déçue, comme découragée par la facilité. Boutade, je savais que finalement ça ne serait sans doute pas si simple qu’il n’y paraissait. Mais mon cerveau fonctionnait tellement au ralenti qu’il m’était impossible de déterminer ce que ou non je voulais. « Effectivement, je crois que l’on peut se sentir flattés par l’intérêt commun. Sans prétention aucune, bien entendu. » Est-ce que je me considérais comme une personne digne d’intérêt ? Oui, sans doute. La folie n’empêchait pas l’estime de soit, qui, maitrisée avec justesse était plus une qualité qu’un vice de forme. « Je vois. La victoire peut importe le concours entrepris ? Peut être que je devrais m’y mettre. »

« Ne me parle pas d’Humphrey. Ce monde manque cruellement de Chuck Bass, quoi qu’il se rapproche de la vérité de la série. » Classe et goujat, ne rendant ou ne demandant pas de comptes. « Je suppose que tu partages cet avis au sujet de Blair Waldorf… » Ce m’a arraché, malgré moi, un sourire. Blair… Oui. Un étrange signe du destin aussi empoisonné qu’il m’amusait vraiment. Je souris un instant sans expliquer pourquoi, avant de répondre, un sourcil haussé « Me passer la bague au doigt serait donc plus facile que ce que je ne pensais. Le mariage, je suppose que ça doit envoyer une sacrée dose d’adrénaline. Le mot oui est assurément la plus grosse prise de risque que l’on peut se permettre quand on est un tant soit peu sain d’esprit, non ? » L’idée de me marier le soir même me fit rire. J’étais tellement catégorique quand à ma vision du mariage que l’idée de faire la totale inverse de ce en quoi je croyais me paraissait être un défi totalement à la hauteur.

La scène qui a suivi me dégoutait tellement qu’il est inutile de revenir dessus. J’ai récupéré les clés, laissant échapper un rire franc à sa remarque sur les bases de notre mariage. « Effectivement, sans quoi les frais d’avocat pourraient s’avérer excessifs. Je ne lâche rien. » Je me suis dirigée vers l’immonde 4x4 absolument pas distingué de mon ami niais de la soirée, appuyant sur le bouton pour ouvrir la porte. Je me suis installée sur le siège conducteur, enfonçant la clé dans l’interrupteur pour démarrer le contact. « Evitons la cellule de dégrisement, pas sûre qu’ils nous marient là-bas. » J’ai froncé le nez en démarrant – un peu trop vite. « Tu guides, j’te signale. Ta ceinture. » J’ai pris la première à droite qui, me semblait-il, rejoignais l’extérieur de la ville.
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MessageSujet: Re: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Sam 12 Fév - 2:36

« Parce que c’est statistiquement prouvé que tu ne peux pas te baser sur une seule expérience pour conclure une généralité. Ce serait trop simple, et la marge d’erreur trop grande, c’est pour ça que dans toute étude psychologique on utilise des échantillons. Pour qu’il soit utilisable, il faut encore qu’il soit représentatif de la population. » Dérivations. Je sens le poids de l’alcool diluer cette fois mon goût pour la cohérence. Je parle sans nul doute, mais cette fois-ci sans la certitude d’avoir moi même compris ce que je viens de dire. Je débite à un rythme anormalement élevé répond, sans calculs préalables, j’ai tous les symptômes du type qui ne sera plus capable de se rappeler ou ses pas on pu le mener la soirée précédent le mal de crâne horrible qui l’accable au réveil. « Le manque et l’addiction, sont les sentiments les plus puissants que je connaisse, bien que la haine se taille une bonne place dans le classement sans doute, une expérience à vivre en somme, fondements de l’amour, pourquoi crois tu que tant de gens ne vivent que pour aimer ? Il n’y a pas que des désagréments dans le fait de subir le manque. La frustration, le désir occasionné par le manque, rend les rares obtentions plus délicieuses encore. » Je souris puis soupire. « Personne ne serait masochiste si on y trouvait pas un quelconque plaisir pervers. » La suite de sa phrase m’attriste cependant, me faisant perdre le sourire que j’arbore depuis le début de la conversation. L’incapacité à aimer, rien qui ne soit moins triste que cela, bien que je ne veuille en aucun cas rejoindre les clans de ces admirateurs de cupidons qui d’ailleurs ne se font pas rare en février. L’absence de sensation est quelque chose qui ne m’est pas étranger, mais je prie le ciel pour que ce ne soit que de simples périodes, qui s’effacent au fil du temps, détruites par quelques vagues ravageuses de ces sentiments humains qui au final rendent bien plus vivants que tous les efforts qu’on pourrait faire pour s’abstraire d’eux.

« Tu n’en as peut être pas eu l’occasion, de toute évidence, ce genre de chose fini toujours par te tomber dessus au moment ou tu t’y attends le moins, je pense pas que ce soit quelque chose à laquelle on échappe de toute façon. Et puis t’es honnêtement trop jeune pour être aussi désillusionnée. » Mon sourire revient, parce d’une certaine manière, j’espère la rassurer. Si je ne me fais pas d’espoir pour moi-même, j’aime à en avoir pour les autres. Pas vraiment du genre stable et correct en règle générale, j’ai tout de même quelques facultés d’écoute et d’attention pour les rares personnes que j’estime intellectuellement. Elle ? Elle en fait partie sans doute. Comme toujours, il y a une explication pour tout.

« Je ne pense pas qu’il y ai véritablement de valeur sûre, les relations sont intéressées et je suppose que dans un certain sens, manquer d’implication, c’est aussi manquer d’intérêt. Ainsi ce que tu pourrais appeler valeurs sûres ne pourrait l’être que si toi même tu décides de l’être. Pour prendre un exemple concret, si tu ne t’étais pas impliquée dans notre conversation aussi personnellement, je doute que j’aurais eu moi même de l’intérêt à le faire. Pour ce qui est de l’amour, cela doit fonctionner de la même manière. Qui ne tente rien n’a rien. Ton problème à toi, c’est de rester fermée pour te préserver, pourquoi d’autres prendraient un risque que tu refuses de prendre ? Tout est réciprocité. » Il disait ça Spinoza, et j’ai toujours pensé que ce type en avait dans la cervelle, beaucoup de concepts scientifiquement prouvés pouvant être mis en parallèle avec ses théories. Pour ce qui est de contrôler les autres, c’est juste un exercice assez étrange qui permet d’avoir une vision bien plus extérieure et objective de ce qu’on est au final, des humains dont les faiblesses sont apparente, bien qu’on aime à se targuer que les nôtres le soient moins. La masse de gens qu’on observe renvoie seulement à bien triste réalité.

« Et pourquoi pas ? Pour ce qui est de ta question sur le moment de devenir raisonnable, j’imagine que je le situe au moment ou je devrais entrer dans la vie active. Etudier à Oxford ne fait absolument pas gagner en maturité, et passer son temps à organiser des soirées étudiantes non plus je dois dire, dans un certain sens, je me complais dans cette vie là, rien n’est encore décidé, je peux encore tout faire, je ne suis pas bridé par ma jeunesse, pas non plus par les normes qu’on impose aux adultes responsables. Je sais cependant que tôt ou tard il faudra bien que je renonce à ma liberté, c’est une concession à faire pour atteindre certains objectifs. »

Les dérivations s’intensifient, vais-je seulement être capable de reprendre le volant et la route de mon domicile sans me tromper ne serais-ce que d’adresse en continuant à consommer ainsi ? La béatitude s’inscrit sur mes traits, je tente de rester sérieux, mais le sourire pointe inévitablement. Facile ? C’est comme ça qu’elle voit les choses ? « Pourquoi devrais-je te compliquer la tâche ? Tu ne comptes tout de même pas tomber amoureuse de moi… ? » Je ris, légèrement puis ajoute. « Laisse moi te rappeler qu’on regarde les mêmes séries, et qu’on aime les même ships, il ne faudrait pas qu’on sombre dans un de ces affreux clichés, ça me donnerait raison quand je disais tout à l’heure qu’ils sont bien pires dans la réalité. » Elle parle victoire, puis saisit l’essence même du concept ce qui fait plaisir à voir, encore un verre, encore un sourire, je n’ai plus aucune notion du temps, ce qui n’a pas l’air de me déranger en somme. « Exactement, la victoire avant tout, peut importe le concours, grande source de frustration, mais également d’adrénaline, puisqu’on en parlait. Pour tout, pour n’importe quoi, la réalisation d’objectifs, et ce peut importe leur qualité même, apporte de grandes satisfactions personnelles, une façon de se sentir vivant, la mienne sans doute avec bien moins de risques de sombrer dans l’alcoolisme, en effet, tu devrais essayer. »

La divagations télévisuelles ont le mérite de nous offrir une pause dans nos conceptions philosophiques du monde, cependant j’imagine que même Gossip girl, peut être une source intarissable d’analyse psychiques. Les personnages ne sont pas sans être développés et si leur personnalité fort marquée et débridée laisse parfois songer à une sur interprétation de la réalité, je trouve pour ma part qu’il s’agit là d’une belle représentation en actes des pensées brutes qu’un être humain peut avoir en tête. Amusant en effet d’imaginer comment pourrait tourner le monde si aucune censure de moralité était exercée sur nos actes. Dans une certaine mesure, le rêve humain serait de pouvoir penser et agir comme un Chuck Bass ou une Blair Waldorf tout en ayant le visage d’un Humphrey ou d’une Serena, ce qui explique sans doute que les statistiques d’appréciation penchent tragiquement vers le terrible duo. « Peu de gens osent se comporter comme eux, mais peu également s’offusquent des limites étiques qu’ils transgressent. Mais parlons plutôt mariage, le côté engagement éternel m’effraie autant qu’il me fascine tout en ne signifiant absolument rien, si fait à notre manière. Ainsi, je te demande de m’épouser solennellement, ce qui devrait te permettre de répondre toi même à ta question sur l’adrénaline.» J’attache ma ceinture et voilà que je me retrouve à tenir le rôle du porteur de carte, aujourd’hui c’est la folie, on se lance dans un Ban Kok express à défaut d’avoir choisi de passer la soirée devant la télévision. « Que je guide ? C’est ton idée la Thaïlande ! Le seul Thaïlandais que je connais, il est à Londres, quartier de Soho, j’adore leur poulet au curry soit dit en passant, et puis merde t’aurais pu au moins choisir un type assez malin pour investir dans un GPS. Tu cherche quoi au juste un prêtre Thaïlandais ? »
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MessageSujet: Re: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Mar 15 Fév - 23:58

« Et si c’était l’expérience de ta vie ? Si ces moments là, ces instants que tu as partagé, les chances pour que tu les revives ou les retrouves son nulles ? Je ne pense pas qu’une histoire d’amour doit être représentative. Elles sont toutes différentes, toutes vécues à des rythmes différents et selon des sensations différentes. Mais que se passe-t-il pour ceux qui ont atteint le maximum de l’harmonie ? J’ai peur d’être insatisfaite et impossible à vivre. J’ai peur de retenter l’expérience et de souffrir d’autant plus que je n’aurais plus jamais ce que j’avais. C’est lâche, sans doute, mais lucide au moins, et on se console comme on peut, avec ce qu’on a. » Je pensais ce que je débitais. Honnêtement, limpidement, pesant mes mots, choisissant mes images malgré l’alcool qui courrait au même rythme que mon sang dans tout mon organisme. On parlait perversité et manque, et je crevais d’envie de m’avouer que son discours n’était sans doute pas si éloigné que ça de la réalité. « Et comment ça se passe, si l’obtention devient elle-même insupportable ? » Référence à mes nombreuses parties de jambes en l’air successives et futiles, rapides, négligées, qui s’enchainaient sous mes yeux fatigués et rendant le jeu peu agréable. Mais l’idée était ailleurs, et j’avais bien compris : il n’était plus question d’amour. Je tentais de fouiller dans mon cerveau, à la recherche de cette sensation que procurait manque et frustration envers l’être aimé, la touchant des doigts. J’ai déclaré forfait rapidement, sentant les nausées me monter à la gorge. « Je ne sais pas. Je ne me rappelle plus ce que c’est. Le manque et l’obtention, la finalité, le bonheur pur et sans limite, partagé, aussi court et infime fut-il… Je ne sais plus. » J’ai fait la moue malgré moi, constatant que mon cerveau n’avait gardé de place que pour un seul souvenir, celui de la douleur intense du déchirement. Violent, sans appel, départ mesuré et prémédité, sans prévenir et sans explications. Et je me sentais moins forte, moins sure de moi et de mes belles théories, plus jeune, plus ancienne. Comme si j’étais revenue à un état extatique de sérénité passive. Le tout chassé par un mouvement de la tête qui me ramena bien rapidement au bar, avec 4 grammes dans le sang et une conversation tellement perturbante et existentielle qu’elle coulait presque de source désormais.

« Comme je te l’ai dit tout à l’heure, on a parfois vécu plus de chose à 25 ans qu’à 65. La jeunesse n’a rien à voir avec la question, c’est un tout autre problème qui se pose. Un problème de courage, d’exposition aux risques. Et d’occasions peut être sans doute, je te l’accorde. Mais je ne m’attends plus à rien à ce niveau là. Je ne dis pas que je suis inébranlable et que ça ne m’arrivera plus jamais, non. Je dis simplement que je ne suis pas sure d’être capable de supporter que mon cœur s’exprime. » Essayait-il de me rassurer, ou parlait-il simplement d’expérience ? Inutile de le savoir, mon cerveau menaçant sérieusement d’exploser. « Quelque soit la désillusion dont je peux faire preuve apparemment, elle n’est peut être que passagère. Mais l’autoprotection me restera, et si me protégeait peut sembler profondément égoïste, je prends le risque quand même. Quelque soit la durée de l’engagement. » Je n’étais effectivement pas sûre que qui que ce soit soit habilité pour le poste. Trop de conneries passées, trop de complexité à venir, ces choses là faisaient en général partie de ce qui repoussait les autres plus qu’il ne les attirait. C’était comme ça, et le plus dur était de se faire une raison. Heureusement, il restait le sexe. Pas besoin d’illusions pour s’envoyer en l’air.

« Je n’appelle pas l’amour. C’est là, la différence. Qui a dit que je voulais que quelqu’un fasse l’effort pour moi ? » Je savais en les disant que ces propos n’étaient pas exactement vrais, mais ça personne n’avait besoin de le savoir. « En me fermant, je ne cherche pas à attirer l’autre. Je me contente de ce qui est émotionnellement acceptable, et de ce qui ne me fera ressentir que le strict minimum. Un mec de temps en temps, jamais deux fois le même. C’est simple et radical, et pour l’instant je me débrouille très bien comme ça. Je ne suis pas frustrée, ni en manque d’affection ou d’amour : ce sont deux choses qui ne m’ont amené que du négatif dans le passé. » Je souris légèrement, ébranlée dans mes propres certitudes par la conversation. En réalité, rien n’avait jamais été décrit aussi machinalement que ce soir, et le regard dans les yeux de mon interlocuteur, dont j’ignore d’ailleurs toujours le nom, me fait me sentir comme une machine un peu particulière qui parlerait trop et ne dirait pas que des choses cohérentes, en plus.

« Quels sont ces objectifs ? Une belle vie, un beau poste ? Je ne suis même plus étudiante, et pourtant, je n’ai pas l’impression d’être devenue raisonnable. Est-ce que je suis en retard, anormale ? D’autres choses me passionnent plus que la petite vie tranquille que je pourrais éventuellement mener si j’en avais envie. Est-ce que tu n’as pas peur de t’ennuyer ? » J’ai roulé des yeux, repassant la vie de mon père. Richissime, marié, coco, trompeur, capricieux. Deux enfants, dont un malade à tendance dépressive, un divorce, une pension alimentaire exubérante le tout pour recoucher avec son ex-femme qui elle se laisserait mourir quelques années plus tard. Avait-il eu le temps de s’ennuyer ? Mais qui voulait d’une vie pareille ? Lui ? Je l’ai fixé un instant, tentant de me le figurer en mari trompé, et n’ai pu retenir de nouveau un rire. « Tu marques un point. C’est que certains font mine de résister mais… » J’ai haussé une épaule, nouveau verre. Je m’en fichais moins qu’à l’accoutumée parce que cette conversation était fondamentalement intéressante et inhabituellement intellectuelle. Il s’agissait évidemment que je fasse en sorte de me souvenir que cette conversation avait eu lieu le lendemain matin, mais j’avais bon espoir qu’au moins les premières bribes de reviennent. « Je tâcherai d’y songer, dorénavant. A gagner tout ce que j’entreprends, s’entend. L’idée semble effectivement assez satisfaisante, la question restant de savoir ce que toi, tu cherches à gagner en ce moment ? Un quelconque trophée que tu convoiterais ? Une idée lumineuse ? »

Le sujet de Gossip Girl, dont ne l’oublions pas, l’héroïne est mon homonyme, revient dans la voiture. « J’ignore si des gens ont vraiment la prétention de former en réalité un couple tel qu’eux le forment. Ils font peur presque autant qu’ils attirent. S’oublier dans l’autre au point de corrompre son âme, accepter la destruction mutuelle au profit de l’amour, ce sont des choses profondément dangereuses avec lesquelles il faut jouer avec modération. » La voiture était lancée, et ce même si notre direction n’était pour le moment pas réellement définie. « Et maintenant que j’accepte solennellement, tu ne peux plus reculer. » J’ai hoché la tête, répondant sans réfléchir, dans un élan de satisfaction et d’excitation. « Dommage, tu ne sais pas dans quoi tu t’es embarqué. J’espère que t’as au moins un diamant planqué quelque part en guise de bague de fiançailles ». Les mots s’enchainaient sans une note de sérieux, même si je savais que nous étions tout à fait partis pour devenir effectivement maris et femmes cette nuit là. « Oui, un prête Thaïlandais, voilà. Soho, tu dis ? Tu crois qu’on a réellement une chance d’arriver en vie à Soho ? Je tiens à ce mariage, maintenant », demandais-je tout en prenant la direction de Londres tentant vaguement de garder conscience de la route.
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MessageSujet: Re: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Ven 18 Fév - 9:05

« C’est un risque à prendre, pour ne pas se retrouver avec absolument rien, ma plus grande peur à moi c’est de ne plus rien ressentir. » Chose déjà vécue en somme, chose qui arrive quand la souffrance a atteint son paroxysme, que le corps lui même a décidé d’arrêter les frais, pulsion de survie que l’esprit ne veut pas accorder, mort clinique des sens, mort tout court. Pas une envie de mourir qui vous prend au tripes tant la souffrance est intolérable, pas non plus la sensation éprouvée quand on se sort d’une longue et tuante dépression, juste celle du vide dans sa forme la plus brute, violente. La sensation de non existence, m’avait mené à des extrêmes déconsidérés dans le passé, je sais pourtant que le pas franchis ces jours là, ne le sera plus, savoir que les choses perdent de leur intensité aidant bien entendu à accepter bravement l’idée d’une souffrance de quelque mois. J’oublierai Cally, comme j’ai oublié Apollon, m’amusant ensuite de mon incapacité à porter un intérêt à l’un des deux, une fois mon sevrage terminé. Vision purement physiologique de l’attachement, je ne crois pas qu’il y ai plus que ça, bien que je n’ai jamais rien eu contre l’intellectualisation. Je lui offre un sourire un peu triste peut être, la désillusion perlant à chacune de nos répliques bien malgré ma décision de mettre la mienne en arrière plan.

« Avantage et désavantage à la fois, l’être humain ne saurait se lasser de désirer ce qu’il n’a pas. Et puis pour ce qui est du bonheur pur et sans limite, aussi court soit il, laisse nous le temps de trouver comment occuper notre soirée autrement qu’en vidant des verres, et tu l’auras peut être ton orgasme, sans vouloir avoir l’air de te faire des propositions indécentes bien entendu. »

Je ris, tentant d’épurer par l’humour le côté inébranlablement tragique de la conversation. Cette fille, veut à tout prix exercer un contrôle sur elle même, lutter et éradiquer toute forme d’émotions qu’elle ne pourrait pas appréhender, par peur de la faiblesse, mais au final s’avère bien plus à fleur de peau qu’elle ne pourrait le laisser croire, détail probablement inhérent aux conversation existentielles qu’on entame autour de plusieurs verres d’alcool dans un état plus que douteux. Je n’interromps pas son monologue et lui accorde une écoute attentive, avant de soupire et de sourire avec une certaine tendresse triste.

« Tu as beau dire ne pas appeler l’amour et ne pas vouloir que quelqu’un fasse l’effort pour toi, je ne pense pas que tu sois sincère dans tes propos, ou alors tu te ment à toi même, pour que tu sois dans le vrai il faudrait que ce soit humainement possible, le vouloir pour se protéger ne signifie pas y arriver, encore une fois l’autosuffisance est loin d’être innée et émotionnellement logique et donc résultat d’une lutte contre la nature de l’être humain elle même. Tout ce qui résulte d’une lutte, n’est pas sans failles. »

La conversation dévie sur mes propres désir tandis qu’Oxford s’efface lentement. Ce que je désire ? Je n’en sais rien moi-même, tout de suite, sûrement me détacher de la réalité, ou encore avoir l’occasion d’avoir cette discussion avec cette étrangère, dont je ne connais même pas le nom. J’inspire et me tourne vers elle qui continue de fixer la route, instinct de survie sûrement. « En ce moment ? Rien de plus qu’une virée sans but prévu à l’avance avec une inconnue au moins aussi émotionnellement dérangée que je peux, l’être, c’est tout ce que je désire maintenant, bien que ca puisse sonner…romantique, dis comme ça. » Mais pas moins vrai. Nous prenons la route de Londres, continuant à déblatérer des concepts dont on ne saurait dire s’ils sont sensés ou bien au contraire complètement absurdes et excentriques. Les rires les accompagnent malgré leur gravité parfois saisissante. Les relations fusionnelles et destructrices sont abordées, et je me demande si je ne devrais pas plutôt m’abstraire d’en faire ma propre analyse, ayant une vision assez controversée de celles-ci, moi même insurgé à moitié contre les dires que je pourrais servir. Si elles sont dangereuses, oui sans nul doute, pour ce qui est de l’âme, je ne suis pas certain qu’on puisse parler de corruption lorsque les deux s’avèrent de parfait doubles, s’occupant seulement de partager leurs pensées sombres et accepter des actes à l’éthique inaccessible au reste du monde. Le danger ne réside pas tellement sur une modification de l’âme, mais plutôt dans les limites éthiques qu’on peut franchir à deux et non seuls. Avec l’accord tacite de son partenaire, on peut aller excessivement loin, n’être en fin de compte qu’un duo fermé, intouchable, finalement au dessus de toutes les limites morales puisque en mesure de se dire que peu importe celles qu’on transgresse, l’autre sera toujours là pour substituer au regard du reste du monde. Alors on aime démesurément la personne capable d’une telle acceptation, on la possède, elle nous possède, on avance ensemble, unis par la même force, plus rien l’un sans l’autre, trop différents à la sortie d’une telle relation pour être capable de réintégrer facilement la société, trop fade, trop limitée. Parce qu’elles ne durent pas, démolies par la peur fondée de perdre l’autre, ravagée par les jalousies, et tous les actes qu’on peut commettre quand on sait que la personne qu’on prenait pour égal est capable du même vice que soi, de la même intensité, ne reste plus que la destruction mutuelle. Facile alternative que de réduire en cendres une personne qu’on connaît mieux que soi même, qu’on déteste autant qu’on se méprise, qu’on aime pourtant envers et contre tout, incapables de déconsidérer l’unique personne en mesure d’aimer l’atrocité qu’on est en somme. Toutes celles qu’on fuit nous rattrapent, la vérité, c’est qu’en dépit de la souffrance engendrée par la destruction, on ne se sent jamais mieux qu’avec une personne avec laquelle on a pas besoin de jouer, les limites franchies, il est sûrement trop tard pour revenir à une existence sans lucidité, ou les gens croient naïvement que l’homme naît bon. La vérité est tout autre, et les relations destructrices l’enseignent assez bien, on échappe jamais à ce qu’on est. « La modération n’est pas un mot à utiliser dans ce genre de relation, tout est basé sur l’excédant, c’est comme ça qu’elles marchent, en étant trop intenses, le mot trop ayant évidemment une connotation des plus tragiques. » Le retour sur le mariage a un effet salvateur, le précédent sujet entraînant trop de réminiscences désagréables. « Tu es bien matérialiste, mais s’il faut trouver une bague, j’en ferais mon affaire. Mon téléphone sonne, tu n’as qu’à annoncer la bonne nouvelle aux membres de mon entourage, je ne suis pas en mesure de feindre la sobriété. » Je lui tend le portable.
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MessageSujet: Re: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Jeu 24 Fév - 20:40

« Tu en parles d’une chose terrible que tu ne voudrais à priori jamais revivre. Revivre, parce que tu sais ce que ça fait ? Moi j’ignore ce que ça fait. Si ne rien ressentir est l’immunité face à la douleur, pourquoi devrait-on s’en priver ? » Mensonge éhonté, je savais pertinemment que je ne serais jamais capable de me contenter de ne rien ressentir. Pour mon frère d’abord, qui était évidemment la priorité numéro de ma vie, et que, malgré son propre manque de tact et de chaleur, je ne pourrais jamais laisser tomber. Ma vie ne serait jamais vide de tout ressenti, même si j’en voulais autrement. « C’est peut être un manque de maturité finalement. » Simple constatation, tandis que je croisais mon propre regard au fond de mon verre presque vide. Où je me voyais dans 5 ans ? Celui qui m’aurait posé la question aurait été déçu de la réponse. Nulle part semblait presque une évidente et inévitable réponse à la question. J’ai soupiré, soufflant par la même occasion dans le fond de mon verre pour qu’il se trouble. Si l’alcool n’avait pas eu sur moi ses effets euphorisants, j’aurais sans doute été terriblement lasse, et j’aurais marmonné un quelconque sarcasme pour tourner ma propre vie en dérision. Mais la situation me semblait infiniment plus sérieuse que dans n’importe quel de mes nombreux moments sobres et intellectuels.

« Tu m’as comprise, si j’étais réellement en manque d’orgasmes, je n’aurais pas patienté si longtemps avant de proposer une solution de secours pour la soirée. Bien que je dois l’avouer, le suspens insoutenable concernant la question de tes capacités sexuelles ajoute un peu de piment à toutes ces conversations existentielles dont, et c’est une honte, on ne se rappellera sans doute pas – du moins pas entièrement – demain matin. » Je savais qu’il était perspicace, même bourré. Je ne m’étais jamais confiée ainsi auparavant, et bien que ne dévoilant que de très légers détails sur mon état d’esprit et ma façon de penser, je savais qu’il lisait entre les lignes. Je préférais d’ailleurs qu’il s’abstienne de tout commentaire à ce sujet. Ignorer l’analyse profonde de ma personnalité me permettait de me supporter au quotidien. Savoir que j’étais un cas probablement désespéré et émotionnellement en difficulté ne m’aidait pas franchement à être positive.

« Ton analyse est juste. Je ne vois pas quoi lui opposer, il faut croire que je suis percée à jour. Mais tu sais ce qu’on dit, l’important n’est-il pas d’essayer ? Je ne serai pas catégorique, peut être qu’un jour quelqu’un réussira à arranger mon cas ou à me récupérer au passage, à me redonner confiance. Mais aujourd’hui, en face de toi, quelque soit l’alcool qui habite mon corps et les divagations dans lesquelles je me suis déjà laissée entrainer, je te confie ceci : je n’ai pas assez confiance, ni en moi-même, ni dans les autres gens, pour pouvoir me risquer à mettre mes sentiments sur la table. C’est exactement comme tu le dis : illusoire. Ca me donne l’impression de me préserver. Je vis dans mes illusions tragiques, comme une petite fille naïve, mais pendant ce temps là, je me préserve d’une réalité que je refuse catégoriquement de vivre. Je n’aurais par ailleurs pas la prétention de dire que je suis sans failles, bien au contraire. C’est pour masquer ces failles que je m’invente un autre monde, plus illusoire, plus agréable, moins gris ». J’ai avalé la dernière gorgée disponible pour le fun, bien que l’alcool commençait sérieusement à me monter au nez, si l’on pouvait le dire ainsi.


Conduire n’a pas franchement arrangé les choses. Je voyais flou, imaginais la route pour ne pas me prendre un mur. Je conduisais bien, mais cette vérité générale n’incluait pas la dose d’alcool ingurgitée ce soir. L’idée me faisait plus rire qu’autre chose d’ailleurs, parce que la vue était totalement différente comme ça. « C’est un compliment, au moins aussi émotionnellement dérangée que tu peux l’être ? Non parce que, crois moi, là, mes deux mains sur le volant, mes yeux qui ne voient rien et l’adrénaline qui me fait monter la tension, je n’accepterai pas de remarques négatives. » Retour à l’humour, pour dédramatiser nos constations de la soirée, qui sont dignes d’un grand drame télévisuel. « Ton envie du moment va être satisfaite, alors, je suppose. Si je m’aligne sur ta philosophie, je dois vouloir cette virée moi aussi. Alors je serai sans doute plus satisfaite que jamais de ma soirée. Hein ? » Je me suis tournée vers lui, embarquant le volant avec moi d’un geste brusque. « Oups… Pardon ». J’ai braqué pour remettre la voiture droite, me mordant la lèvre pour m’empêcher un éclat de rire pas du tout d’occasion.

J’ai roulé un moment sans rien dire, tachant de rester concentrée pour atteindre mon objectif, c'est-à-dire rester en vie jusqu’à la fin du voyage. Nouvelles discussions, nouvel engouement. « Presque romantique, oui. Si seulement on n’avait pas fait toutes ces allusions avant. » Comme un regret dans la voix, qui n’en était pas un cependant. J’avais la sensation d’être un peu calmée, la vague de pensées qui se bousculaient il y avait encore de ça cinq minutes s’apaisait peu à peu pour ne devenir qu’un objectif fixe, délirant, ahurissant. « La destruction, quand tu y penses, n’est pas vraiment quelque chose que recherche la plupart des gens normaux. La stabilité, l’amour, la compréhension… Mais ce genre de relation te pousse à être toujours plus parfait pour l’autre, et à lui révéler tes pires défauts dans le même temps. C’est un équilibre fondamentalement impossible à soutenir, en tout cas sur le long terme. Tu ne vis ces choses là qu’une fois, si tu as le caractère nécessaire à le supporter. Ensuite, tu te déchires, tu échoues, et après seulement tu t’envisages toi-même sous un jour nouveau, plus sain, plus stable. Ou tu recommences. Eternellement jeune, maso, maladroit, stupide, aveuglé, à la recherche affamée de l’adrénaline dont nous parlions tout à l’heure. »

J’ai inspiré de nouveau, sautant sur l’humour pour m’échapper d’un sujet douloureux, presque biographique. La volonté toujours croissante de ressentir cette perte de soi jusqu’à ne plus se souvenir qu’autrefois nous n’étions qu’un était une chose qui me rendait particulièrement fébrile. « Très bien pour la bague. On verra plus tard, même si on déroge un peu par là à la tradition. » J’ai froncé le nez en observant le téléphone qu’il me tendait. « Allo ? » Sa sœur, ou quelque chose du genre. Après quelques joutes verbales d’incompréhension échangées, je lui ai mollement rendu le combiné, avec une grimace non dissimulée. « Elle me croit pas quand je lui dis que je suis ta future femme. » Le tout avec un hochement de tête tragique, bien entendu.


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MessageSujet: Re: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Ven 4 Mar - 12:14

« Je pense qu’il n’y a rien de pire que de penser que la vie n’a plus rien à t’apporter, que ce soit en douleurs ou en joies, franchir cette limite c’est comme cesser d’exister. » Et j’en sais quelque chose. Mes mots se taisent, j’inspire seulement, puis souris, étirement instinctif de mes lèvres, rituel sacré pour ne pas donner trop d’importance aux souffrances passées. . La suite de ses propos me déclenche automatiquement un rire franc, voilà qu’elle parle capacités sexuelles, avec une ex pornstar reconvertie dans la philosophie contemporaine, les filles étaient-elles donc toutes si intéressées ? En y songeant, Annabella Manchinelli était probablement l’un des rares spécimens encore atteint par la niaiserie naïve qu’on assigne aux jeunes filles ayant passé une bonne partie de leur jeunesse devant des histoires de princesses s’enfuyant au galop, installées en amazones sur le cheval blanc immaculé d’un fabuleux prince, image qui ne correspond en aucun cas à la gente masculine actuelle, cela va sans dire. Et je ris. « Deux fois que tu réponds ou me fais des propositions déguisées, je vais finir par croire que tu es véritablement intéressée, cependant tu m’as dis également vouloir que je te complique la tâche, alors je vais simplement ignorer cette honteuse déclaration et faire en sorte que ça reste un mystère pour toi, pour un petit moment encore. » Elle poursuit suite à une analyse affreusement logiquement pour un homme aussi grisé par l’alcool que je peux l’être à l’heure actuelle, je l’écoute silencieusement, alors que le ton s’avère être au confidences. « Je comprends ce que tu veux dire, c’est une solution comme une autre. Quoi qu’il en soit, la vie te rappelle toujours que tu ne maîtrises absolument rien, fait indiscutable, mais y croire adoucit peut être le quotidien, du moins je suppose. » Même en ayant conscience de ces choses, je ne peux pas nier qu’elle n’est pas la seule à chercher une sorte de contrôle sur tout ce qui pourrait lui échapper.

Je laisse ma tête s’appuyer contre la vitre et soupire tout en continuant à parler, comme si l’entreprise était aisée, simple, alors que la réalité est toute autre. Je parle, sans trop savoir ce que je dis, peut être ai-je dépassé le stade critique. Mon téléphone sonne, je ne me sens pas en mesure de parler à une personne plus sobre que moi, je risquerais fort de ne rien comprendre à ses paroles. Je laisse sonner, c’est foutrement mieux comme ça. « C’est un compliment, j’aime les dingue, les gens normaux doivent m’ennuyer… » Et ce n’est pas peu dire, je suis quelqu’un qui se lasse vite, mieux vaut donc avoir un solide bagage en ce qui concerne la folie et les capacités de réflexion si on ne veut pas engendrer ma fuite pure et simple. Un violent mouvement de volant me sort pourtant de ma léthargie, elle rit, veut elle notre mort ? « Pitié, ne donne pas tout son sens au proverbe, femme au volant mort au tournant. » Sonnerie encore, je laisse une nouvelle fois le répondeur donner les informations vitales à mon correspondant, je ne suis pas en mesure de répondre pour le moment. Triste qu’il s’agisse encore de la voix de Calliope pour l’annoncer. Les relations destructrices, un sujet inépuisable, et complexe qu’on ne comprend jamais mieux que quand on a fait parti de ses adeptes un jour, triste oubli de soi sublimé par une passion difficilement contrôlable. Sa réflexion prouve qu’elle voit tout à fait ou je veux en venir, j’acquiesce.

« Exactement. » Difficile cependant ensuite de ne pas se formaliser de ces codes qu’on crée, de trouver un semblant d’intérêt à une vie stable quand on a goûté soi-même au plaisir d’une passion sciemment consommée. Je souris, connement peut être, mon téléphone sonne encore, je le tend à mon amie d’un soir sans me soucier du fait qu’il pourrait s’agir d’une sœur inquiète par exemple ou de son blondinet explorant un côté dark qui jurerai un peu avec son caractère Nate Archibaldien. Elle me passe le combiné et je soupire avant d’administrer un « Allo. » las et éreinté à l’appelant compulsif qui me harcèle depuis tout à l’heure. « Je ne sais pas qui est à l’appareil, mais si c’est Cally sache que je vais effectivement me marier, et que tu n’es pas sur la liste des invités. » Je raccroche, éteint l’appareil sans prendre le temps d’écouter la réponse de mon interlocutrice. . Il ne faudrait pas qu’une vulgaire sonnerie perturbe mon mariage. Nous y sommes, Soho, c’est presque comme la Thailande, presque…
Je détache ma ceinture, admire la vue qui s’offre à moi, pour ce qui est du reste de la soirée, très peu de souvenirs…

La lumière filtrent à travers les stores, je me réveille accompagné d’un mal de crâne, inhérent aux conversations existentielles accompagnées d’alcool fort, je suis pas seul, mais bien accompagnée de la même blonde qu’hier soir dans le désordre imminent de ma chambre. Lorsque j’ouvre les yeux, le spectacle n’est pas glorieux…« Laureline ? »
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MessageSujet: Re: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Lun 7 Mar - 21:34

Fondamentalement, je n’ai cessé de penser, jamais, que ma vie avait un intérêt. Sans la prétention vénale de dire que mon destin allait sans doute influencer la face du monde, j’étais assez intelligente pour savoir m’estimer à ma propre valeur et surtout pour avoir déterminer depuis longtemps à quel point ma présence était importance pour certaines personnes. Il parlait de choses qu’il connaissait cependant, comme si l’expérience vécue lui avait permis non pas de garder une blessure vive, et de tirer une grande méfiance de son passé, mais comme si, comme le disaient certains grands proverbes, il était seulement ressorti plus fort de ses mauvaises expériences. C’était ça, finalement, l’intérêt ? Des soirs et des soirs de débauche, de soirées passées dehors à craindre pour les conséquences de mon inconscience, et finalement, quand plus rien ne semblait plus possible à atteindre, une rencontre insolite, intéressante, plus profonde ? Une vraie discussion, malgré l’alcool qui flottait dans l’air ? « Tu es plus intelligent que tu n’as l’air. Sans vouloir t’offenser, bien entendu… » J’ai souri légèrement, amusée par les tournants de notre conversation, sans doute elle aussi rattrapée par les veloutes d’alcool. « Peut être que je le suis. J’apprécie que tu poses à la tâche quelques difficultés supplémentaires en tout cas, je suis une fille qui aime les défis. » En réalité, je ne m’étais jamais posée la question. Mais les mots sortaient à présent plus ou moins tous seuls, sans que je ne puisse réellement en contrôler la teneur. « Effectivement, l’impression de contrôle est peut être ce qu’il y a de plus important, si je ne peux dire capital, dans la vie en général que tu vis et dont tu profites. Vivre dans l’illusion permet souvent de se convaincre que la vie est facile et un minimum logique, ce que la plupart du temps elle n’est pas réellement. » J’ai hoché la tête, embrouillée dans mes propres réflexions philosophiques. Je sais que j’aurais tenu le même discours si je n’avais pas bu ; ce qui est moins sur, c’est la teneur des confidences que j’aurais été capable de faire. Mais les risques font partie intégrante du jeu eux aussi, et que j’en sois contente ou non, il ne suffisait pas de se donner des grands airs pour être quelqu’un de vrai. Il fallait agir en conséquence.

La voiture nous abritait mais sans nous protéger de mes frasques éventuelles au volant. Garder la concentration fixée sur la route pour éviter de tuer deux personnes dans la soirée était un exercice assez difficile, surtout étant donné que mon cerveau était déjà aux trois quarts occupé par les réflexions qu’il me poussait à avoir. « Je suppose que l’on doit être deux, alors, bien que je trouve ça profondément snob et élitiste que de ne vouloir s’entourer que d’originaux intelligents. Les pauvres cons doivent se sentir laissés pour compte, de même que les gens sans personnalité aucune… » Je ne me considérais pas comme une marginale, mais je n’avais jamais été le genre de fille à me fondre dans la masse, et bien loin d’en déplorer les conséquences, j’assumais parfaitement ma vision des choses un peu à côté de la plaque. Il ne suffisait pas d’exister, d’être riche ou bien foutu pour pouvoir se faire une place dans le monde, encore fallait-il savoir se débrouiller, survivre, et surtout, penser et assumer. « Ne vire pas dans les remarques machos tu veux ? Comme tu l’as souligné, j’ai effectivement le volant en ma possession. Et il me semble que ce soir, il s’agit plutôt d’un signe de pouvoir ». Comme si je comptais nous foutre tous les deux dans le mur. Non, loin de moi cette sordide idée.

Son téléphone le harcelait, et après mon propre court échange avec celle qui s’annonçait comme sa sœur, je lui ai tendu le téléphone. Une brève conversation amène le prénom d’une certaine Cally, mais mon instinct me dit qu’il valait mieux ranger ce sujet dans un coin et éviter d’en parler, compte tenu des conversations que nous venions d’avoir. « C’est dingue ça, les gens sont incapables de se réjouir quand on leur annonce des bonnes nouvelles ! » J’ai ris de nouveau, inconsciente ou presque de mes propres gestes, et j’ai trouvé une place convenable, m’enfonçant dans une brume confuse de paroles lancées au hasard.

C’est la lumière qui m’a réveillée le lendemain. Un mal de crâne vif qui tambourinait contre mes tempes et qui avait sans doute lui aussi un rôle central à jouer dans mon réveil. J’ai cligné des yeux plusieurs fois, inconsciente, la bouche pâteuse et le brouillard autour du crâne, en entendant vaguement bouger au loin. Ou peut être juste à ma gauche. J’ai ouvert un œil à moitié, pour distinguer une pièce qui ne m’était pas familière du tout, et qui donc n’appartenait pas à ma maison. Le nez froncé, me demandant dans quelle galère je m’étais encore emmenée, j’ai ramené un drap au dessus de moi, tentant de faire fi de la présence à ma gauche pour rétablir le déroulement de la soirée. Aucun souvenir depuis la voiture, et je priai pour qu’au moins, la compagnie que je me suis attribuée soit celle que je pense, maigre consolation dans la déchéance que je vivais depuis plusieurs mois maintenant. Une voix émerge, m’assénant un prénom qui pourtant n’est pas le mien. « Hein ? Non, moi c’est Bl-… » ma voix s’est coupée tandis que je me retournais, reconnaissant effectivement la voix d’hier soir – soulagement. Mais ça n’était pas vraiment tout, et la raison de mon choc se trouvait ailleurs. En face du lit se trouvaient deux personnes, l’air sévères de parents qui se préparent à sermonner, avisant tous deux l’homme sans nom qui se tenait à côté de moi. « Merde ? » J’ai froncé le nez, écarquillant les yeux et relevant un peu plus le drap, me demandant si j'avais à faire à une petite amie éventuelle, ou à encore pire.

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MessageSujet: Re: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Lun 14 Mar - 16:19

(ME DÉTESTEZ PAS MAIS GENRE C'EST SUPER LONG. Mais pas d'inquiètude c'est le premier et dernier post aussi long de toute ma vie. Arrow)

Soeur responsable et forte, toujours là pour soutenir, pour encourager. En apparence, ça doit ressembler à ça. Mais au fond, c'en est bien loin. Responsable, oui. Mais forte, je ne le suis pas vraiment. Je dépends de mon frère plus que les gens ne peuvent le penser. Peut être est-ce le fait qu'on soit jumeaux qui fait que son bien-être et sa présence soient aussi essentiels à mon équilibre. Mais c'est un fait, bien que je n'éprouve pas l'urgent besoin d'être en sa compagnie vingt-quatre heures sur vingt-quatre (je n'ai pas cinq ans merci), j'ai besoin d'avoir Tristan dans ma vie pour être, tout simplement. Dès notre enfance, sans même le savoir, il a fait que j'évolue en cette personne qui paraît sûre d'elle. Cette force dont il pouvait faire preuve devant des situations plus que critiques m'a toujours inspirée. Et le jour où il m'a été donné de le voir blessé, vulnérable, j'ai décidé que j'arriverais à faire preuve d'autant de force que je le pouvais pour être là pour lui, pour le soutenir, pour l'aider à guérir. Même si je suis fragile, qu'un rien venant de ceux qui comptent pour moi peut me toucher au plus profond de mon être, que l'imprévisible peut me pousser à des crises d'hystérie difficiles à calmer, que je suis en réalité affectée par ce qui m'entoure plus que je ne le laisse paraître, j'ai pris cette décision et je m'y suis tenue. Au moins avoir l'air d'être forte. Au moins pouvoir tenir bon devant tout le monde, y compris Tristan. Et cette fois-ci encore, l'histoire semble se répéter. Sauf que là, j'ai été témoin de la plus grande partie des choses. Je l'ai vu s'attacher à cette personne. Je l'ai encouragé à le faire, à s'ouvrir à elle. Je n'aurais pas dû intervenir. Je n'aurais pas dû accepter qu'on aille à Paris ensemble. J'aurais dû le laisser s'en aller tout seul. Je n'aurais pas dû faire mon égoïste. J'aurais même dû soutenir sa décision de retourner à Paris. Il ne se sentait plus bien ici, j'aurais dû comprendre. Peut être que ça aurait été moins grave si je n'avais pas agi comme je l'ai fait. Mais à quoi servent les regrets à présent? Ca ne va sûrement pas tout arranger et faire que tout aille mieux dans le meilleur du monde, comme par miracle. La réalité est moche mais la réalité est ce qu'on a et il faut faire avec.

Calliope est retournée en Autriche, m'a-t-il annoncé par sms. Une nouvelle que j'aurais dû apprendre de vive voix de sa part à la pause café de dix heures si je n'avais pas, encore une fois dans ma vie, fait passé les études avant tout. Je ne croise pas mon frère de la matinée donc et je ne remarque ledit message que vers treize heures alors que je sortais de l'amphi. A quoi ça sert d'avoir un téléphone si ce n'est pour se rendre compte de ce qui se passe que trois heures plus tard, me direz-vous. Mais que voulez-vous, j'ai tendance à voir les messages le plus insignifiants à temps mais pas les plus importants. Et ce n'est même pas faute. Le destin veut que la plupart du temps ça se passe ainsi pour moi.
C'est drôle comment certaines personnes que vous connaissez à peine peuvent devenir rapidement une grande part de votre vie. Je veux dire, je ne suis pas vraiment du genre à m'attacher facilement aux gens. Mais avec les Von Brezen, que ce soit la soeur ou le frère, c'est tout autre. Bien différents qu'ils soient l'un de l'autre, ils ont commun cette capacité à faire que tu t'attaches à eux, d'une façon ou d'une autre. Cally, dès que je l'ai rencontrée, je me suis tout de suite sentie à l'aise avec elle. Son enthousiasme, sa sociabilité, la confiance qu'elle m'a tout de suite accordée, tout a fait que je me sente assez proche d'elle sans même la connaître personnellement. Et de voir sa complicité avec mon frère, sa façon d'agir à ses côtés, l'affection qu'ils se portaient mutuellement (dépassant l'amitié, même s'ils le reniaient) n'a fait que m'encourager à m'ouvrir à elle. Tout comme je me suis mise en tête de faire tout pour leur faire réaliser à tous les deux la nature réelle de leurs sentiments l'un pour l'autre. Chose que j'ai regretté aussitôt que j'ai vu le sms de Tristan. À trop vouloir le bonheur de mon frère, j'ai fini par participer grandement à son malheur. Les regrets affluent et la culpabilité me ronge, en plus de la colère et de la haine que je ressens à présent pour une personne qu'il y a à peine cinq minutes j'aurais appelée mon amie. Je lui en veux d'être partie sans dire au revoir, sans s'être expliquée. Pas avec moi. Mais avec Tristan. Comment a-t-elle osé? N'a-t-elle pas pensé à ce que son départ pourrait bien engendrer? Au mal que ça ferait à toutes les personnes pour qui elle comptait? Oui, ça me fait du mal. Oui, je ne lui pardonnerai pas. Pas d'être partie sans me prévenir moi. Mais d'avoir laissé mon frère en plomb, lui et ses sentiments, sans rien lui dire, sans s'être expliquée. Elle n'a même pas prévenu son propre frère. Comment quelqu'un peut-il se montrer aussi égoïste? S'en aller sans dire au revoir pour ne pas être hanté par les derniers regards, les dernières paroles n'est autre que de la pure lâcheté. Elle aurait au moins pu envoyer un message, un mail, je ne sais pas moi quelque chose. Au lieu de partir comme la froussarde qu'elle s'avère être, sans même laisser où la contacter, ni rien du tout. Du tout. Les souvenirs du départ de Tristan de Paris l'été dernier me reviennent en tête. Encore un point commun entre ces deux là. Partir à l'improviste, ne pas dire au revoir. Vous ne pouvez pas savoir quel mal cela fait de rentrer chez vous pour découvrir une maison vide où vous attend un bout de papier vous annonçant le départ de la personne la plus importante à vos yeux. Il y a eu la confusion, la tristesse, le sentiment d'être abandonné, trahi même. Puis la colère. La colère n'a pas été là pour longtemps pour moi car à peine une douzaine d'heures écoulées j'ai reçu un coup de fil de la part de Tristan. Je me tire de mes souvenirs et je réalise que je me tiens toujours devant le bâtiment de l'université, le regard fixé sur le téléphone. J'envoie un sms à mon frère pour voir comment il va alors que l'inquiétude reprend le dessus. Une réponse de sa part et je comprendrai la gravité de sa réaction. Mes pensées se tournent aussi vers Léandre. J'ai ma petite idée de comment il doit se sentir et je ne peux m'empêcher de lui envoyer un sms pour lui faire savoir que je suis là, si besoin. Je n'ai eu personne pour me comprendre après le départ de Tristan, pour m'aider à aller mieux, pour être le pilier qu'a toujours été mon frère pour moi. Et c'est l'une des raisons qui m'a fait réaliser que ma vie n'était pas à Paris. Les deux meilleurs amis que j'avais et pensais m'être indispensables et suffisants ne me connaissaient en fin de compte pas aussi bien qu'ils ou que je le croyais. Alors j'ai vite remballé mes affaires et trouvé un moyen de suivre mon frère à Oxford. Et c'est peut être égoïste d'une certaine façon, mais je ne veux pas que la même chose arrive à Léandre, je ne veux pas qu'il parte. Peut être ne dépend-t-il pas de Calliope autant que je ne dépends de mon frère. Mais à un moment ou à un autre, l'idée lui a sûrement effleuré l'esprit ou le lui effleurera. Et je n'ai aucune envie qu'il la considère sérieusement. Ni Tristan ni moi n'avons besoin du départ d'un autre Von Brezen... Et si c'est ce qu'il lui faut justement? Et si en restant ici il devient misérable? Je ne me permettrai jamais de le retenir. Je l'encouragerai même à partir, s'il pense que c'est le mieux pour lui. Je sens une boule me monter à la gorge rien qu'à la perspective. Mais encore une fois, je réfléchis à des choses qui ne me concernent pas en fin de compte. Pourquoi évoquerait-il un tel sujet avec moi? Je ne suis que l'amie de sa soeur et la soeur de son meilleur ami.
Messages envoyés, je me presse et monte dans ma voiture. Bien des courses à faire pour tout couvrir, autant se préparer à au moins deux jours d'isolement. Parce que, une fois à la maison, pas question de lâcher Tristan d'une semelle. Je serai là, qu'il veuille de ma présence ou pas. Je préfère encore qu'il en ai marre de moi que de le laisser seul.
Déjà plus de quinze heures et je viens à peine de reprendre le volant pour rentrer à la maison. Aucune réponse à mon message de la part de Tristan alors que du côté de Léandre tout a un échange de sms a eu place. Un échange assez troublant pour moi dans la mesure où il m'a clairement dit que me voir lui ferait plaisir. Je m'empêche de m'emballer pour quelques mots qui pour lui ne veulent sûrement pas dire ce que je lis en eux. Tout comme je m'interdis de me perdre dans l'analyse du moindre des détails des trois messages qu'il m'a envoyé en tout et pour tout. J'envoie plutôt un message à mon frère pour voir s'il est déjà à la maison ou pas. Et la réponse je ne l'ai eu que plus tard en arrivant à destination : non, il n'y est pas. J'envoie un autre texto pour dire que moi j'y suis et pour savoir s'il compte arriver bientôt ou pas, espérant que cette fois-ci j'aurai une réponse au moins. Je laisse deux, cinq, huit, treize minutes passer et encore un sms. Je m'impatiente et cinq minutes après encore un. Mais lui ne semble pas décidé à répondre.
J'essaie de faire passer le temps en attendant soit un message de sa part soit son retour. Je sors mes notes des cours de ce matin et les recopie au propre. De un, ça sera plus évident pour les révisions. De deux, écrire m'aide à mémoriser. Au bout d'une heure et demi j'en ai fini. Je vérifie mon téléphone pour la énième fois, toujours rien. Bridget vient me parler de je ne sais quoi et je me retrouve à me plaindre à elle de Tristan. Je suis de plus en plus inquiète et vraiment rien ne m'importe de plus que d'avoir des nouvelles de mon frère. Elle arrive à me rassurer quelque peu au bout de quelques minutes mais c'est vite tombé à l'eau quand je passai devant la chambre de Tristan. C'est quoi ce délire nom de dieu? J'entre et je n'y crois pas. On aurait dit qu'une tornade était passé par là. Miroir brisé, divers objets renversés, fracassés pour certains. Mon pouls s'accélère et je sens le stress monter. Qu'a-t-il bien pu arriver ici? Je remarque quelques tâches de sang par terre et ça y est, je m'affole déjà. « BRIDGET? BRIDGET! » Elle accoure, elle le sent mal déjà. Elle étouffe une exclamation. « Mais où étiez-vous donc quand ça s'est passé? » je lui demande, d'un ton de reproche. « Courses, miss. » Biensûr, il faut que tout coïncide pour aider mon frère à faire des conneries. Bridget aurait pu au moins me prévenir si elle avait été là, je serais rentrée plus tôt. J'envoie un sms et je me surprends à attendre encore une réponse. Il n'a pas envie d'en parler, je réalise. Un autre message. L'impatience se transforme en irritation. Qu'est-ce que ça va lui coûter de me répondre? Je ne demande même pas à ce qu'il soit des plus adorables. Il lui suffit de me dire qu'il est bien en vie et c'est tout. Je ne vais pas demander à en savoir plus. Juste qu'il me dise quelque chose. Un texto colérique suivi d'une menace et après retour à la colère. Rien n'y fait, aucune réponse et l'après-midi s'est déjà rapidement transformée en soir. J'essaie de réfléchir à où il peut être et avec qui. Et évidemment la première personne qui me vient en tête est Léandre. J'espère sincèrement ne pas le déranger et surtout que mon frère soit avec lui alors que je lui envoie un sms. Réponse presqu'instantanée et non, pas de Tristan en sa compagnie. Je lui explique la situation, il essaie de le contacter de son côté et me promets qu'on trouvera une solution. Mais je ne suis toujours pas rassurée. Je laisse à Tris' un autre texto allant même jusqu'à considérer la possibilité qu'il ait perdu son téléphone et j'attends. Toujours pas de nouvelles et qu'il ne réponde pas non plus à Léandre m'alarme davantage, je décide donc de l’appeler pour de bon. Je sais, j'aurais dû le faire plutôt. Mais voilà, maintenant c'est fait. Ça sonne. « Allez, réponds, réponds, répoooonds. » Puis on décroche enfin. « Ca sonne... Ton portable, il... Allo ? ALLOOO ? » Je ne connais pas la voix. Peut être qu'effectivement mon frère a-t-il perdu son téléphone. En plus ça crie. « Um, pas la peine de crier, je vous entends. Euh. Je... Vous n'êtes décidément pas mon frère. Vous avez trouvé son téléphone ou quoi? » « Ton frère ? Hein ? Ah non, je suis définitivement pas ton frère. C'est moi sa feeeemme par contre ! » Okay, cette personne n'est définitivement pas dans son état normal. « Non mais non, vous êtes sûre de ne pas avoir un peu trop abusé de l'alcool, madame? Passez-moi la personne à qui vous croyez appartient ce téléphone, voulez-vous? En espérant qu'elle soit plus en état de m'apprendre où se trouve mon frère que vous. » « Oulala MADAME, parle moins fort tu me casses les oreilles. Un grand brun un peu déprimé avec les yeux marrons et décoiffés ? C'est ça ton frère ? J'te jure que c'est mon mari pourtant, Madame. J'ai une belle bague ah non... Enfin, mon engagement éternel le prouve !! » Des bruits de klaxons se font entendre en fond et me stressent. Qu'elle passe le téléphone à quiconque et qu'elle se concentre sur la route. Il manquerait plus que je cause un accident de voiture! Je garde cependant un ton calme, afin de ne pas trop la déconcentrer et je lui demande gentiment de lâcher le fichu téléphone. « Oulala, comme vous dîtes. Yeux pas marrons, non. Je ne pense pas qu'il s'agisse de la même personne. Enfin, je ne crois pas. Bon ben, je vous dis félicitations pour votre mariage. Et puis bon courage pour le réveil du lendemain, alcool et engagement éternel à la vite fait, ça fait pas forcément un bon mélange. Pouvez-vous me passer quiconque qui est à côté de vous? Peut être la personne que vous pensez être mon frère? » Et elle le fait enfin. « Allo. » TRISTAN! « Je ne sais pas qui est à l’appareil, mais si c’est Cally sache que je vais effectivement me marier, et que tu n’es pas sur la liste des invités. » Et il a raccroché sans même me laisser le temps de dire un mot. Appareil collé à mon oreille je reste figée, n'y croyant pas. Les larmes me montent aux yeux, je rappelle mais il a éteint le téléphone. Je laisse tomber le téléphone et m'effondre sur le sol. Il m'a ignorée intentionnellement, même si là en l’occurrence il pensait que c'était Calliope au téléphone. Il est en état de se marier et de l'annoncer à Cally mais PAS en état de répondre à un sms de son idiote de soeur qui s'inquiète pour lui. De toutes les personnes dans ma vie, je m'attends toujours à être déçue, que je ne sois pas leur priorité. Mais mon propre frère qui décide de se marier sans même me prévenir? En fait, je réalise qu'il me refait encore le coup. Encore une fois, il n'en fait qu'à sa tête sans penser à moi. Encore une fois, je vais être celle qui court après et qui sera là pour lui malgré tout. Et y en a marre. Qu'il soit blessé, qu'il veuille se lâcher, faire n'importe quoi, je comprends. Mais qu'il se fiche complètement de moi, pas du tout. Déjà que depuis qu'on est à Oxford, je sens toujours qu'il y a des choses qu'il me cache alors que moi je joue la carte de la totale transparence et je ne me plains pas. Je me dis qu'il en parlera quand il sera prêt même si des fois, je sens que ses secrets dressent un mur invisible entre nous. Mais je n'aurais jamais imaginé qu'il fuirait encore une fois se prévenir, hell, qu'il décide de se marier sans me l'annoncer, même si c'est avec une inconnue qu'il vient de rencontrer. Et voilà qu'encore une fois je me sens trahie, laissée pour compte. En fait, il faut juste que j'accepte le fait que personne ne tient en fin de compte assez à moi pour s'ouvrir complètement à moi, quelles que soient les circonstances, dans le bon ou dans le mauvais. Dès que j'aurais assimilé ça, j'irai beaucoup mieux. Mais c'est pas le moment de m'en occuper là tout de suite. J'ai un frère qui va se marier à Londres (c'est la fille déchirée qui a crié un truc à propos de Soho donc bon) et qui risque de faire bien d'autres conneries. Il va falloir le retrouver et le ramener à la maison. J'entends des pas approcher. « Bridget? Vous êtes déjà allée à Soho? » « Oui miss. Mais Soho c'est dangereux la nuit. » « Oui et bien, je n'ai pas vraiment le choix. » « Euh. Votre frère va bien? » « Je devine puisqu'il va se marier. A Soho. Avec une folle qui conduit bourrée. Vous pouvez me préparer un sac avec tout ce qu'il faut pour une expédition improvisée à Soho? Et pas la peine d'essayer de me convaincre de ne pas y aller, je vais pas rester les bras croisés ici alors que Tristan fait n'importe quoi de sa vie. » Elle acquiesce et s'en va. L'écran de mon téléphone s'allume, c'est Léandre qui demande des nouvelles. Echange de sms encore et il finit par me convaincre de passer me chercher pour m'accompagner à Soho. Si les circonstances avaient été toutes autres, j'aurais été aux anges. Mais là je me sens mal à l'aise plus qu'autre chose. Je l'entraîne dans toute cette histoire alors qu'il a probablement autre chose de plus intéressant à faire et des gens moins paumés à fréquenter. Mais il ne m'a pas vraiment laissé le choix. Et j'avoue préférer sa compagnie à celle du vide. Parce que oui, j'ai menti. Je n'ai jamais eu aucune intention d'emmener Bridget avec moi.
Tout juste un quart d'heure plus tard, il est arrivé comme convenu. Avant de monter dans la voiture, j'hésite. Comment vais-je le saluer? Je me sens idiote et décide de me contenter de paroles pour le faire une fois dans le véhicule. « Hey. Merci. Et encore désolée pour tout ça. Tu dois avoir autre chose dans la tête avec ce qui s'est passé que Tristan et ses conneries. Mais je savais pas vers qui me tourner. Et vraiment, t'étais pas obligé tu sais. » Il m'assure encore une fois qu'il y tient. « Merci. » Je ne sais quoi dire d'autre que ce simple mot qui veut pourtant tout dire. Je lui suis profondément reconnaissante de m'accompagner.

Il devrait exister un manuel sur comment se comporter face à ce genre de situation. Parler pour lui changer les idées? Ou bien prolonger le silence lourd déjà installé? Je penche pour la deuxième option qui est plus sure que la première. Parce que tout sujet que je pourrais lancer débouchera sur la situation qu'on est entrain de vivre qui se ramène au départ de Calliope, sujet qu'il ne tient certainement pas à aborder. Et je me sens dans l'incapabilité de parler de banalités comme le temps qu'il fait ou la dernière chanson de Lady GaGa parce que ça serait tout simplement ridicule. Autant rester discrète. Si jamais il ressent l'envie de parler, il le fera. Pour le moment je le sens tendu et je n'ai pas envie d'aggraver son humeur qui est plus que compréhensible. Lui reste concentré sur la route alors que je me contente de poser ma tête sur la vitre de la portière. Chacun perdu dans ses pensées, décidément. Comment allons-nous retrouver Tristan ? Dans quoi au juste s'est-il fourré ? Qui était assez stupide pour accepter d'épouser un parfait inconnu ? Et si on n'arrive pas à le retrouver ce soir ? Et si on n'arrive pas à le retrouver et qu'il décide sur un coup de tête de ne plus revenir, de se livrer à une nouvelle vie je ne sais où, à faire je ne sais quoi, comment serai-je censée réagir ? Aurai-je pour devoir de le laisser faire ou plutôt l'en empêcher ? Les questions s'enchaînent et je n'espère qu'une seule chose, que les réponses ne tardent pas à venir. Regard dans le vide, tête toujours contre la vitre, je ne peux m'empêcher de demander « Tu as une idée de comment on va procéder ? Je veux dire, par où commencer ? J'avoue ne connaître Soho que de nom. ».
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MessageSujet: Re: Drunkenness is nothing but voluntary madness | Tristan !   Mer 4 Mai - 16:25

Nuit d’enfer. Après le dîner catastrophiquement silencieux et contrit d’hier, il a fallu regagner la chambre vide et sombre qui m’attendait sagement. La nuit passée a été éprouve, et je ne sais pas quoi faire pour oublier. Les images me reviennent de souvenirs que je préfère enterrés.
Un coup de téléphone me permet de passer mon tour au bureau pour aujourd’hui. Pour la première fois de ma carrière, je vais rater un jour de travail.
Ma mère monte un instant, concernée. J’esquive toute discussion sérieuse ou tentative réconfortante en lui rétorquant que je ne me sens pas bien et que je préfère me reposer. Elle hoche tristement la tête et me quitte pour laisser place à la solitude, seule compagnie que je tolère. Une forte envie d’oubli et de renouveau habite chacun de mes gestes, qui se font rare. Je suis dans une bulle nuageuse qui m’empêche de sombrer. Je n’utilise mon portable que pour présenter des excuses sincères à Tristan, qui je l’imagine bien, ne doit pas exactement être dans son assiette. Forme d’appel au secours aussi, j’espère vraiment que Tristan n’y ira pas de ses propres conneries pour se consoler de la perte qu’il vient de subir, espoir qui me semble être perdu.

Mes pensées se confirment après une journée aussi inutile que douloureuse. J’ai troqué mon costume quotidien contre un pull qui me donne l’air d’être un adolescent retardataire, et j’ai passé ma journée à errer dans la maison, évitant les coups de fil familiaux, évitant les gens et les photos, les souvenirs. Shooté aux antidouleurs de tous genres que je supplie de faire disparaitre le mal de crâne qui m’habite, mes seuls déplacements me mènent de ma chambre au salon, à la cuisine ou à la salle de bain.
Tristan et Calliope sont faits de la même façon, dans le même moule. Le texto de Laureline me le confirme ; comme je peux l’être en ce moment, elle est celle du duo laissée sur le carreau. Celle qui est chargée silencieusement de prendre soin de l’autre en espérant qu’il ouvrira un jour les yeux, réalisant qu’il est non seulement temps de lui rendre la pareille, mais aussi de gagner un peu de maturité et d’indépendance. La question est prévisible, Tristan est-il là. La réponse fuse, non bien entendu, je suis sans doute la dernière personne qu’il a envie de voir à ce moment précis, non pas que ma compagnie lui soit désagréable mais le contexte présent ne peut raisonnablement pas l’attirer à la Villa.
Quelques messages échangés m’indiquent qu’elle s’inquiète, que quelque chose cloche. Je lui intime de patienter encore un peu et de ne pas céder trop rapidement à la panique, qu’elle me tienne au courant.
Je reviens aux nouvelles par moi-même, incapable de patienter, sentant une angoisse d’un tout autre genre monter en moi et s’ajouter à la pile déjà bien garnie de mes soucis actuels. Des nouvelles atroces qui tombent, elle m’indique que son frère compte se marier et qu’elle part à sa recherche. Une énergie inespérée m’habite et me pousse à enfiler un manteau pour partir ne pas la laisser partir seule. Je lui demande de m’attendre, insiste, et finalement, obtient gain de cause. Une longue nuit nous attend, je connais Tristan et ne suis pas sans savoir que ses idées en tête sont difficiles à lui retirer.

Voiture, clés. Portable, plus pour la forme que pour autre chose, parce que je sais pertinemment que je n’obtiendrais aucune nouvelle d’elle ce soir. Je préfère prendre mes précautions parce que j’embarque Laureline dans le pire quartier de Londres à la recherche de son frère, et que quoi qu’on puisse en dire, je me sens terriblement responsable. La voiture m’attend en bas, garée. La dernière personne à l’avoir utilisée n’est pas moi – cette simple pensée réveille en moi les pires douleurs que je fais taire d’un geste de la tête. Il ne s’agit plus de moi, plus de Calliope. Il s’agit de mon ami et de sa sœur, pour laquelle la tendresse que j’éprouve est significative d’une attention que je n’ai porté à personne depuis bien longtemps, et ce même si ce soir, la chose me semble bien difficile à réaliser.
La route entre la Villa Von Brezen et la demeure Faure n’est pas très longue, une dizaine de minutes tout au plus. L’autoradio diffuse une vieille chanson des années 60, que je n’écoute que d’une oreille très distraite. Il fait nuit, il fait froid, et le temps qui s’annonce est presque représentatif de l’humeur qui m’habite. L’idée m’angoisse : quel genre d’homme serai-je pour me laisser paraitre ainsi devant Laureline ? C’est elle qui s’inquiète, aujourd’hui. Calliope est en sécurité, du moins c’est ce que je crois, là-bas à Vienne. Mais qui diable sait ce qu’est capable de faire Tristan ? L’intrépide, le solitaire, l’amoureux ?
Je me gare devant le portail de la maison. Je la connais tellement bien, pourtant elle me semble différente. Nouvelle. Je suis déjà venu seul, pourtant, mais aujourd’hui, tout à des airs différents.
Je prends mon portable et signale mon arrivée à Laureline d’un simple SMS. Elle ne tarde pas à arriver, je sais très bien qu’elle doit sans doute se sentir gênée. Ce qui se confirme lorsqu’elle se répand en excuses. Je me crispe un peu, sans le vouloir vraiment, acte qu’il faut mettre sur le simple compte de ma nervosité. « Ne t’en fais pas, j’y tiens. C’est mon ami aussi, et ne serait-ce que pour lui, je ne pouvais décemment pas te laisser t’aventurer seule dans Soho à une heure pareille. » Je sais ce que c’est d’avoir une sœur à protéger est la phrase qui semble venir compléter mes mots. Mais je n’en dirais rien. Comment Laureline pourrait-elle décemment accepter le fait que Tristan soit sincèrement concerné par ce qui lui arrive pendant une soirée pareille, ou il enchaine les déboires et se retrouve marié à une inconnue ? Moi-même je n’aurais sans doute pas été convaincu.

Le silence prend place tandis que je redémarre la voiture. L’air est pesant mais surtout angoissé, et je sais que je suis une piètre compagnie, très peu rassurante. Je tente de conduire vite, aussi vite que possible, afin que l’arrivée et surtout le retour dans nos maisons respectives se fassent le plus rapidement possible. La présence de Laureline m’enchante autant qu’elle me bloque, non pas de son fait mais parce que je me refuse à montrer à quel point la journée passée à été éprouvante. Je n’ai pas travaillé, pas déjeuné, appelé personne et me suis contenté de rester inerte dans un état vaguement comatique. « Ne t’en fais pas, Laureline. Il en a vu d’autres. On va le retrouver, ça ira. » Mensonges éhontés, je sais que ça n’ira pas. Ni pour lui, ni pour elle, ni pour moi. Le quatuor est rompu et la culpabilité pèse de mon côté de la balance. Son frère en a pris un coup, rêve d’oubli et maintenant elle doit s’en occuper patiemment. La gamine qu’est Cally avait-elle prévu que son coup de maitre aurait de telles conséquences ? Mes mains se resserrent sur le volant au fur et à mesure que je me rends compte de mon énervement. Je suis distrait, distant. Je lui en veux tellement que l’idée me fait peur.

Les avenues défilent, puis les routes, les grands chemins. Le silence ne s’en va plus, et l’autoradio crache toujours une vieille musique que j’ai du mal à reconnaitre. Peu importe, de toute façon, le trajet touchera bientôt à sa fin. Je n’ouvre plus la bouche, faisant mine de me concentrer sur la route. La voiture me semble en réalité trop impersonnelle, tout à coup. Trop empreinte de la présence de Calliope. Je me rappelle les nombreuses fois où je l’ai récupérée à l’arrière de cette voiture, dans un état plus au moins correct. Je me rappelle toutes les fois où nous sommes partis en virée. Les émotions viennent par vague. Tantôt l’acceptation, tantôt la haine, violente. Puis le chagrin, intense. C’est un cycle continuel qui se répète depuis ce matin, sans que je ne puisse par un quelconque moyen y mettre fin. Je me perds de nouveau dans mes pensées, et manque de justesse de rater la sortie. Clignotant, je me rattrape in extremis. « Il a donné un indice sur le lieu où il se trouve ? » Je tourne une demie seconde la tête vers Laureline, tentant de me composer un visage chaleureux et rassurant, chose quasiment impossible au regard de la tempête qui se déchaine à l’intérieur de mon crâne. « Le nom d’un hôtel, d’un bar… ? » Je laisse la voiture se frayer un chemin jusqu’à Soho, pour nous permettre de nous enfoncer dans le quartier. Ca, pour sur, Tristan fait les choses en grand. De tous les endroits de la terre où il aurait éventuellement pu se rendre, il a fallu qu’il choisisse Soho. « Quelque chose qu’il compte faire après son... truc de mariage ? » Je nous ménage tous les deux, refusant de céder à un quelconque sentiment qui serait autre que calme, confiance et sérénité. L’heure tardive n’arrange rien. Je maudis ma sœur, mon meilleur ami et leurs crises de stupidité. « Je vais peut être éviter de me garer avant qu’on ait un indice. » J’ai confiance en mes capacités à tenir tête à un groupe de fauteurs de trouble qui passeraient éventuellement par là, mais la prétention n’est pas de mise, mieux vaut éviter les ennuis autant que faire se peut. « Il ne doit sans doute pas errer dans la rue, donc admettons qu’il ait choisi un endroit fermé. Je l'imagine mal dans un restaurant à cette heure là. » La tension est bel et bien présente dans la voiture sans que je ne sache comment y remédier. Il faut dire que l'occasion ne se présente pas vraiment.
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