Dark twisted fantasy turned to reality - w/Brune (Terminé)

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MessageSujet: Dark twisted fantasy turned to reality - w/Brune (Terminé)   Mar 19 Mar - 15:00



dark twisted fantasy
J'étais excessivement en retard. Non pas que quiconque m'aie attendue pour commencer la soirée, mais je constatais par la foule présente dans club que j'étais simplement en retard et que le seul fait de me savoir sobre parmi tous ces ivrognes ravivait en moi une perpétuelle hésitation. Je m'accordais un léger tour d'horizon du club en tâtant les dernières pièces résidant au fond de ma poche. Un seul verre et puis je m'en vais pensais-je en me convainquant que les raisons personnelles qui m'avaient poussé à me sortir de mon lit étaient toujours de mise. J'essayais de me frayer un chemin jusqu'au bar en imposant mon buste et en défiant mes détracteurs du regard. Je bousculais vivement la dernière personne qui me séparait du comptoir et reposais mes coudes, en attendant qu'on daigne m'aborder.

Aussitôt mon verre dans la main, je ressentais cette sensation désagréable d'être observée, un regard insistant sur moi. J'essayais discrètement de prendre conscience de la direction d'où il provenait sans lever les yeux du comptoir, impossible. La musique était imposante et agressait mes sens. La confusion ne tarda pas à se faire connaître au milieu des gorgées que j'avalais comme du petit lait. Mon attention se porta instinctivement de l'autre côté du bar, à quelques mètres de là, où une chevelure blonde me rappelait un passé lointain. Il me fallut quelques secondes pour remettre son visage dans ma mémoire, pour reconnaître ses yeux, son allure. Il me semblait à la fois intriguant et déroutant de faire face à un des nombreux épisodes de ma vie que j'avais tenté en vain de fuir. Mes jambes me détachèrent malgré moi du comptoir et me portèrent vers elle avec un sourire malicieux. J'ignorais si elle s'était aperçue de ma présence ou si elle avait feint de m'ignorer, mais bientôt, il n'y aurait plus d'échappatoire « Bonsoir, Brune » Chuchotais-je dans son dos, le verre porté à mes lèvres en insistant sur son prénom de manière délibérément provocatrice.

Devant une situation stressante ou effrayante, le cerveau n’avait que deux possibilité : fuir ou combattre. Je me souvenais exactement des détails des théories étudiées durant mes cours et les observaient en pratique, les yeux rivés sur le visage de mon interlocutrice. Le temps lui avait été bénéfique, je devais l’avouer, il émanait d’elle une présence et malgré ses tendances à l’introversion, elle rayonnait. En fait, si ça n’avait pas été elle en face de moi, j’aurais surement réagis différemment. J’imaginais la partie droite de son cerveau se mettre en alerte, celle qui contrôle les affects négatifs et le niveau d’anxiété. « Shea. ». Alors Brune, fuir ou combattre ? « J’y vais ». La réponse était claire. De mon cerveau à moi, ressortait la partie gauche, particulièrement impliquée dans les émotions positives ou dans les situations qui suscitent un attrait. Que pouvais-je faire d’autre que de me réjouir d’avoir en face de moi une de mes martyrs favorites. J’anticipais un mouvement d’écart de sa part en positionnant mon bras de sorte à ce qu’elle ne puisse pas m’échapper si elle comptait réellement partir. « Allons, je viens en paix Brune. » Répondis-je avec un sourire spectral. J’espérais que si elle était accompagnée, son ou sa partenaire n’allait pas débarquer précipitamment et rendre la tâche plus délicate qu’alors. « Je suis contente de te voir ici. » amorçais-je soudainement, malgré moi car ma voix avait prit un ton plus aimable que souhaité, et mon sourire se raidit. Je me ressaisit rapidement en haussant le menton de sorte à jouer de ma posture et la faire se sentir inférieure et peut-être jouer la carte du sarcasme. Revinrent à ma mémoire les moments passés avec son frère, pour lesquels il me semblait qu'elle avait œuvré pour qu'ils se brisent, et toute once d'empathie qui s'était incrustée en moi disparut.

« Plaisir partagé. » Pour qui me prenait-elle. Je n'étais pas dupe, pas plus qu'elle ne l'était quant à mes manigances. Je la vis s'adosser contre le comptoir maladroitement et en profitais pour avancer de quelques centimètres, soutenant son regard froid et méprisant. « Ça m'étonne de te voir ici, seule, sans aucun homme qui ne te tourne autour. Ça ne te ressemble pas Shea. » lança -t-elle contre toute attente et mon sourire s'agrandit et j'essayais de me cacher derrière lui. Je ne trouvais rien à répondre et en parcourant la salle je me demandais s'il ne valait pas mieux prendre le premier venu et le contraindre à jouer l'amant apprivoisé. O l'être abject, un blasphème allant de pair avec son regard insolent sur moi. Cette réplique m'était d'autant plus douloureuse qu'elle était dans tous les cas vraie. Quand avait-elle apprit à gagner en assurance et manifester un tel sens de la répartie. Bravo, Brune, bravo. Elle avait essayé d'inverser les rôles mais ignorait dans quoi elle s'engageait. « Je ne sais pas encore, c'est difficile de décider entre toutes ces proies tu sais. C'est qu'il n'y a personne à ma hauteur j'imagine. A ce propos, tu as des nouvelles de ton frère? » Le sujet était lancé et je ne regrettais en rien ma décision. J'avais jubilé dans ma tête en formulant cette phrase et en imaginant la réaction de Brune. Je m'avançais d'encore quelque pas et me penchais vers elle pour changer de direction et intercepter la serveuse qui passait justement derrière le comptoir. « Je pourrais avoir deux vodkas s'il vous plait? »

« A la tienne aussi alors, j'imagine... » répondis-je calmement mais un haussement de sourcil trahit mon étonnement. Quand son verre se souleva, j'approchais le mien avec plus d'élan que prévu, si bien que la moitié se déversa sur le bar et me coula sur les genoux, ce qui m'exaspéra énormément. Je regrettais également mon choix d'alcool et aurais préféré la téquila, voire de l'absinthe car je n'avais pas prévu qu'elle accepte aussi facilement. Je réalisais que le peu d'argent que j'avais apporté ne suffirait pas à couvrir la soirée sur cette lignée et qu'il serait désolant pour moi d'avoir à sortir ma carte bancaire pour quelqu'un comme Brune. Sa remarque sur Miles s'évanouit lorsque je repensais à notre précédente altercation et au fait que j'aie négligé un point essentiel : « Mais au fait, que fais-tu là? Ça m'étonne de te voir ici, seule, sans personne pour t'aider et te donner la main. Ça ne te ressemble pas Brune ! » Je pensais avoir assez bien imité son ton sec et imprudent. Je n'attendis pas qu'elle ai commencé à boire pour avaler d'un trait l'alcool qui me brûla la gorge et s'infiltra en moi. Avec une grimace je reposais mon verre vide et le tendais explicitement à la serveuse. Je compris rapidement qu'il n'en faudrait pas beaucoup de la sorte car je commençais déjà à sentir mon sang affluer dans mes veines et la sensation étrange de perdre mes jambes, mais c'était surement à cause de la drogue que j'avais pris avant de venir. « Un autre? » demandais-je à Brune mais ma question raisonnait plus comme une affirmation. Je ne pouvais plus la regarder car il arrivait que sous l'effet de l'alcool, ou sous l'effet du manque, je me mette dans une telle colère que j'en devenais méconnaissable. Il fallait à tout prix que je garde cette apparence sereine et confiante ou j'allais lui donner l'occasion de me découvrir réellement et donc de prendre l'ascendance sur moi. Je jouais avec les goutes de vodkas sur le comptoir en me demandant ce qui me retenait de les lui jeter au visage. Enfin je me tournais vers elle : « Qu'est-ce qui se passerai dans ta tête si je décidais de le reconquérir? ». Je n'avais même pas vraiment pris cette idée en considération car je n'avais jamais été amoureuse de lui. D'ailleurs, il n'avait réellement servi qu'à des fins purement égoïstes. Mais provoquer une réaction de Brune m'intéressait maintenant nous étions désinhibées de tout sujet tabou.

Je la sentis se raidir près de moi. « Tu peux te brosser Martine. Tu ne pourras pas. Oublie le comme il t'a oublié, retourne dans ton foutu coin, misérablement seule et va emmerder d'autres personnes. C'est tout ce que tu sais faire. » Je soupçonnais l'alcool d'être coupable de cette impétuosité. L'intrusion de Brune venait de réduire à néant ce qui, depuis quelques minutes, avait permit à ma complaisance de m'assurer la paix. Aurait-elle eu sur son visage les traits de la violence, de l'amoralité, le faciès d'un monstre que j'en aurait éprouvé un soulagement. Mais, dans l'ardeur de ses médisances, ce n'était qu'un être inoffensif. Je frissonnais. J'hésitais à me lever, à presser mon poing contre sa mâchoire pour la faire taire, tarir le flot d’absurdités jailli de cette bouche arrogante. Cette perspective sembla un instant possible, séduisante même, mais les ombres des clients autour oscillaient en trop grand nombre, et obscurcissaient mon engouement pour la violence. J'éprouvais l'abysse qui couvait en mon ventre. Puis alors je posait un pied en dehors de mon tabouret et un autre juste devant elle. Je posais une main ferme sur le bar mais c'était davantage pour m'assurer de la stabilité. Je me saisis de mon deuxième verre et la vodka manifesta son passage dans mon corps plus facilement que la première fois. Je pouvais sentir son souffle alcoolisé, ou bien était-ce le mien, avant que je ne lui susurre un rappel à l'ordre : « Écoute-moi bien petite peste, je n'ai certainement pas besoin de ton autorisation pour quoi que ce soit. Sache que si tu me cherches Brune, tu vas me trouver. ». Les ombres des gens dans mon esprit avaient disparues et le vide se fit menaçant. Je résistais pour ne pas reculer et garder sur moi cet air intimident.

« Des menaces maintenant...Tu vas me faire quoi au juste, Shea? Je te signales que c'est toi qui est venue me voir. Je ne te demandais strictement rien! Tu viens avec ton air de garce prétentieuse, tant mieux si ça te permet de te sentir mieux. Il ne te reste que ça de toute façon, t'acharner injustement sur moi pour ton bon plaisir. T'es pathétique. » Elle se redressa pour me faire face, elle aussi pendante au bar pour sa stabilité. Ses mâchoires serrées me prouvaient que je l'avais poussée à bout. Elle me poussait à bout également, et sa manière de juger haut et fort mes faits et gestes me rendait folle. Je cédais petit à petit à l'abandon de mon humanité. Et je n'étais après tout peut-être qu'un monstre, un monstre travesti derrière ce masque esthétique. Autant embrasser pleinement ma vraie nature que de continuer cette mascarade. Prendre appui sur mes deux jambes, la regarder droit dans les yeux et ne jamais ciller pour laisser cette chaleur haineuse monter en moi, dépeindre mon animosité par une gifle dont elle se souviendra longtemps. J'avais tellement fantasmé cet instant qu'au moment où ma main rencontra sa joue, je fus forcée d'apaiser l'emballement de mon cœur qui en demandait davantage. En quittant cette querelle peu commune j'évitais ainsi des représailles et les regards éberlués des gens autour de nous. Il ne tenait qu'à elle de me courir après mais je doutais fortement qu'elle puisse se ressaisir à temps. Certes, je n'avais rien résolu, bien au contraire, mais rien n'est plus fort que cette pulsion qui m'envahit à chaque fois. Une moue de satisfaction m'accompagnait encore dans les rues qui me ramenaient à chez moi. J'étais désormais fixée sur ce à quoi m'attendre si je devais recroiser son chemin un jour, et elle aussi.




Dernière édition par Shea Cavendish le Ven 5 Avr - 14:03, édité 22 fois
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MessageSujet: Re: Dark twisted fantasy turned to reality - w/Brune (Terminé)   Jeu 21 Mar - 18:45



dark twisted fantasy turned to reality
shea cavendish & brune d. bloomwood

Une fois de plus, je n'ai pas su lui dire non. Bonnie, cette fille est incorrigible. Je n'ai pas su résister à son regard de pauvre petit chiot, et je me suis résignée à l'accompagner au Carling. Ce fameux bar est devenu un repère pour la plupart des étudiants d'Oxford, on s'y retrouvait régulièrement pour partager un verre, passer du temps, ni plus ni moins. Je ne suis pas de ces fêtardes invétérée, j'apprécie le calme et la sérénité d'une soirée loin des tumultes de la nuit, bien au chaud chez moi, savourant de délicieuses coquillettes au beurre. Mais cela ne signifie que je ne sais pas m'amuser! Je ne suis pas juste de ce genre à enchaîner des shots et finir par me trémousser lascivement sur le bar. Coyote Girl, très peu pour moi.

Bonnie et moi arrivons ensemble au Carling, bondé comme d'habitude. Un charmant jeune homme lui fais signe de le rejoindre. Je lis en elle comme un livre ouvert et comprend aussitôt toute l'importance de ce garçon à ses yeux. Pas besoin d'en dire plus, j'ai compris le message. Je ne veux pas passer pour la rabat joie et je lui souris. Lui faisant comprendre qu'elle n'a pas de soucis à se faire pour moi, je suis une grande fille. Je regarde mon amie s'échapper et me dirige vers le bar. Il était hors de question que je sorte d'ici sans avoir bu un de leur delicieux cocktails. Je partirai ensuite. Passer la soirée avec Bonnie oui, mais quitte à être seule, autant rester chez moi. « Bonsoir. Un Cosmo, s'il vous plaît. » commandai-je au barman. Tandis qu'il prépare mon breuvage, mon regard s'égare. Furtivement j'aperçois Bonnie, aux anges. Au mois une, pour qui la soirée prend une tournure des plus intéressantes. Je ne manquerai pas de la harceler de questions à ce sujet d'ailleurs. Je reporte mon attention sur le verre qu'on vient de me servir et en boit quelques gorgées, tout en balayant indifferemment l'endroit du regard. Et je la vois. Je manque de m'étrangler en la reconnaissant. Shea. Redoutable et sublime créature. Accoudée au bar elle ne semble pas avoir encore remarqué ma présence, et je n'y tiens pas vraiment. Mieux vaut ne pas m'approcher d'elle. Je ne pensais pas le revoir un jour. Shea c'est juste une ombre au tableau. Un mauvais passage, un mauvais présage. Je sais qu'elle m'en veut, qu'elle me tient responsable de sa séparation, il faudrait être aveugle pour l'ignorer! Je détourne illico mon regard, ne désirant pas l'avoir sur le dos. Il faut que je rentre. Vite. Je me promets de finir mon verre et de m'en aller aussitôt.

Je regarde mon verre désespérée, tâchant de le vider assez rapidement. Malgré le fait qu'il y ait de l'alcool dedans, ça se boit comme du petit lait. Une fois terminé, je le claque sur le bar, un sourire triomphant. Je paie mon verre et jette un dernier coup d'œil à l'endroit où j'avais aperçue quelques instants plus tôt la sulfureuse brune. A mon grand soulagement, elle ne s'y trouve plus. Elle avait sûrement du partir sans que je ne la remarque. Et je ne vais pas m'en plaindre. J'étais prête à regagner mes appartements lorsque je l'entend me chuchoter. « Bonsoir, Brune. » Mon sang ne fait qu'un tour et mon cœur rate un battement. Fuck. Je me tourne vers elle, tâchant de garder un air neutre et impassible. « Shea. » déclarai-je le visage fermé tout en affrontant son regard d'un bleu glacial. Je ne veux pas lui parler. Je ne veux même pas rester une minute de plus face à elle. Sa supériorité, son visage parfait, sa silhouette de déesse, et cette arrogance qui n'a de cesse de m'écraser. Elle m'incommode, me fait sentir à l'étroit et je déteste cette sensation « J'y vais. » la prévins-je, espèrant ainsi la dissuader de me faire la discussion. Shea, ce n'est pas le genre de fille avec qui j'ai envie de m'installer et bavarder autour d'un thé et des petits gâteaux. Non, vraiment pas. Sauf si les petits gâteaux sont empoisonés, là ça pourrait être envisageable.

Elle me devance stoppant ma fuite en plaçant son bras devant moi. Édifiant une barrière imaginaire que je devine difficilement franchissable. Je regarde successivement son bras et son visage, découvrant dans son regard cette détermination infaillible. Que je m'y oppose ou non, Shea n'en a pas fini avec moi. « Allons, je viens en paix Brune. » tente t elle, sûrement pour m'amadouer. Elle me prend pour cet oiseau blessé, celui qu'on cherche à attraper en lui lançant des graines. Elle a beau m'offrir son sourire le plus charmeur possible, ses mots sonneront toujours faux à mon oreille. « Je suis contente de te voir ici. » persifle t-elle. Un mensonge de plus dans sa litanie, une harmonieuse mélodie ensorcelant les marins égarés. Seulement, je ne suis pas perdue et je ne me laisserai pas bercer par cette sirène pernicieuse. A vrai dire, je ne la connaissais que très peu. D'où elle venait, ce qu'elle faisait dans la vie, qui elle était...je n'en savais que des bribes. Mais l'aperçu que j'avais eu d'elle il n'y pas si longtemps que ça, m'avait amplement suffit. J'essaie de garder une attitude digne et froide, tâchant de ne pas laisser transparaître mon embarras grandissant. Elle me surplombe de quelques centimètre, et n'hésite pas à en jouer. Je baisse les yeux quelques secondes n'ayant pas la force de soutenir son expression sarcastique. Je ne peux pas la laisser prendre le dessus sur moi aussi aisément. Avec Shea, il s'agit d'un rapport de force. Une guerre stupide qu'elle m'avait déclarée dès l'instant où j'avais interféré dans sa relation avec Miles. Et c'était là l'un des meilleurs choix que j'avais pu faire. Je n'ai absolument rien à me reprocher la concernant, qu'elle aille au diable. «  Plaisir partagé. » dis-je d'un ton sec. Je prend appui sur le bar derrière moi, comme pour chercher du soutien et me redonner une certaine tenue.  «  Ça m'étonne de te voir ici, seule, sans aucun homme qui ne te tourne autour. Ça ne te ressemble pas Shea. »  poursuivis-je en ancrant mon regard dans le sien, comme pour la défier.

Elle ne me réponds pas tout de suite, soutenant mon regard. Et plus je la sens me fixer et plus je me sens exposée et sans protection. Je peux sembler innocente et vulnérable au premier abord. Pour beaucoup, je suis Brune, la fille discrète qui ne dis jamais rien, qui n'élève jamais la voix, douce et sensible, timide même. Un peu coincée d'autres diront. Et je les laisse parler. Parce qu'ils ont en partie raison. Mais avec Shea c'est différent, ça me vient naturellement, comme si j'avais toujours eu ça en moi, la colère. Et c'est sûrement dû à la foule de sentiments déplaisants qui m'envahissent lorsque je suis en sa présence. «Je ne sais pas encore, c'est difficile de décider entre toutes ces proies tu sais. C'est qu'il n'y a personne à ma hauteur j'imagine. A ce propos, tu as des nouvelles de ton frère? » rétorque t-elle avec un sourire narquois. Un voile assombrit mes prunelles azurs et je baisse une nouvelle fois les yeux devant elle. Je me hais d'agir ainsi ! J'aimerais être comme ses filles, assez fortes et confiantes pour clouer le bec à n'importe qui. Non moi, je suis juste...Brune. Au moins une chose n'a pas changée depuis tout ce temps, elle sait toujours où taper, me toucher et m'en faire perdre mes moyens. Shea en a pleinement conscience, et ça me révolte qu'elle puisse détenir cette emprise sur moi. À quoi bon essayer de se débattre, c'était perdu d'avance. La voilà qui s'approche de moi, se postant à mes côtés, empiétant sur mon espace vital. Alors que je m'attendais à recevoir un second coup, je la vois interpeller la serveuse «Je pourrais avoir deux vodkas s'il vous plait? » J'écarquille les yeux. Une vodka pure. Je vais mourir. Elle me regarde, toujours avec cet air réjoui et hautain. Je sais qu'elle attend une protestation de ma part, une preuve de ma faiblesse et de sa supériorité sur moi. Mais je ne cillerai pas, quitte à subir dans le silence. J'en avais vu des plus coriaces qu'elle, je m'en remettrai, enfin je crois. « Mon frère va très bien. Surtout depuis qu'il n'est plus avec toi. J'imagine que c'est une simple coïncidence, non ? » déclarai-je. Elle voulait me parler de Miles, et bien la voilà servie. La barmaid nous apporte rapidement nos verres, je saisis le mien et le tend pour trinquer avec Shea. Toutes les deux nous dansons, virevoltons dans ce bal de l'hypocrisie. « À la tienne et à cette charmante soirée en ta compagnie. »   lui dis-je posément. Ça s'appelle acheter la paix sociale. Essayer de ne pas la contrarier, boire ce foutu verre, et m'extirper de ces griffes avant qu'elle ne me blesse véritablement.

Nos verres s'entrechoquent sûrement trop violemment, si bien que presque la moitié de son verre s'échappa et se déversa sur le bar et sur elle par la même occasion. Je reçois quelques gouttes sur le dos ma main que j'essuie négligemment sur mon jean. Je me demande même si c'était maladresse n'était pas préméditée. En attendant, mon verre à moi est toujours plein et je vais bien devoir le boire. « Mais au fait, que fais-tu là? Ça m'étonne de te voir ici, seule, sans personne pour t'aider et te donner la main. Ça ne te ressemble pas Brune ! » dit elle avec une pointe d'animosité dans sa voix. Tout en imitant pâlement le ton que j'avais employé précédemment. J'aurais aimé que le brouhaha continuel dans le bar puisse couvrir le son de sa voix, or j'avais très bien entendu. Je me hasarde à regarder la table où Bonnie se trouvait autrefois, et elle n'y est plus. T'es toute seule Brune, personne à part toi ne pourra te sortir de cette galère. Je déglutis péniblement n'ayant rien d'autre à lui rétorquer. J'en suis au point où je n'arrive même plus à masquer ma confusion. Nous ne sommes pas à armes égales, elle connaît parfaitement mes faiblesses, et éprouve certainement un malin plaisir à me les rappeler, comme une claque monumentale. J'essaie de prendre sur moi, de laisser les épines aiguisées de cette rose vénéneuse m'effleurer seulement. Je m'efforce de garder le recul nécessaire mais je sens que cette tâche devient de plus en plus ardue.

Je demeure silencieuse tandis qu'elle m'ignore totalement, buvant d'un trait son verre.  « Un autre? » C'est une question rhétorique, j'en ai bien conscience. Je ne suis pas certaine de pouvoir suivre son rythme. En réalité, je sais que je ne vais pas tenir. Seulement j'ai ma foutue fierté, qui se manifeste d'autant plus en présence de Shea. Par pure bravade, je porte le verre à mes lèvres et le boit cul sec, puis le claque expressément sur le bar. Le liquide me brûle encore désagréablement la gorge et l'oesophage, m'arrachant une grimace. Ce goût est parfaitement immonde et je me sens mal.  « La même chose s'il vous plaît. » lancai-je poliement à la serveuse sans quitter Shea des yeux qui s'amusait avec les gouttes de vodka sur le bar. Cette dernière se retourne ensuite vers moi, et je vois un éclair malfaisant illuminer son regard. « Qu'est-ce qui se passerai dans ta tête si je décidais de le reconquérir? » Je me raidis, subissant une nouvelle fois, avec la terrible impression de tendre l'autre joue à chaque fois, me préparant à ce qu'elle frappe de nouveau. J'ai toujours eu tendance à prendre les choses à cœur, et jusqu'alors les murailles que j'avais construit autour de moi pour me cacher et me protéger m'avaient suffi. Mais elles n'étaient pas assez solides pour accuser toutes les paroles blessantes de Shea qui finissaient toujours par m'atteindre, m'entaillant comme de fines lames de verres sur du papier de soie. Chacune s'enfonçant un peu plus profondément que la précédente à chaque coup. Et puis, je sens l'alcool, monter peu à peu. S'investissant lentement en moi et provoquant simultanément une douce chaleur et un léger maux de tête, abattant mes dernières barrières. « Tu peux te brosser Martine. Tu ne pourras pas. Oublie le comme il t'a oublié, retourne dans ton foutu coin, misérablement seule et va emmerder d'autres personnes. C'est tout ce que tu sais faire. » prononcai-je avec une certaine véhémence dans les mots et une douceur paradoxale dans la voix. L'agacement et la colère parlaient pour moi. L'alcool rendant probablement les médisances plus faciles à sortir. Elle peut se permettre toutes les insanités à mon égard, me traîner dans la boue si grand bien lui en fait, mais je l'empêcherai de toucher à Miles. Il était ma seule famille ici, et je ne la laisserai pas me l'enlever, pas comme elle l'a déjà fait.

Elle ne pouvait décemment pas rester de marbre face à ça. La vodka n'échauffent pas que nos corps, nos esprits le sont aussi. J'étais à fleur de peau, à cran, comme si toute mes émotions avaient été amplifiées, y compris mon aversion pour elle. C'est ma seule défense face à Shea, la détester. J'ai toujours voulu croire naïvement à une certaine part de bonté en chacun de nous, mais en l'occurrence chez la sulfureuse brune, je n'y voyait rien. Rien à part le dédain et l'éxaspération qu'elle éprouvait envers moi. Une coquille probablement vide, répercutant sur plus faible qu'elle toutes ses frustrations.« Écoute-moi bien petite peste, je n'ai certainement pas besoin de ton autorisation pour quoi que ce soit. Sache que si tu me cherches Brune, tu vas me trouver. » me sussure t-elle, glaçante. Je ressers ma prise autour du verre que la serveuse vient de me servir. J'échafaude dans mon esprit toutes ses choses que j'ai envie de lui décrier. La mâchoire serrée, je m'applique à garder mon sang froid, à ne pas laisser mes conduites être dictée par mes pulsions. En retenant mon souffle, je liquide mon second verre, en même temps qu'elle. Le goût âcre et sec m'irrite encore la gorge. Mon cerveau est un condensé de rage, de fatigue et de vodka. Mélange détonant qui en plus de me causer une céphalée me fait perdre toute retenue. « Des menaces maintenant...Tu vas me faire quoi au juste, Shea? Je te signales que c'est toi qui est venue me voir. Je ne te demandais strictement rien! Tu viens avec ton air de garce prétentieuse, tant mieux si ça te permet de te sentir mieux. Il ne te reste que ça de toute façon, t'acharner injustement sur moi pour ton bon plaisir. T'es pathétique. » m'éreintai-je à lui dire, sûrement un ton plus haut que je ne l'aurais souhaité. Effectivement, nos vifs échanges commencent à attirer l'attention et je n'ai aucunement envie de me donner en spectacle. Surtout envers une personne pour laquelle j'ai aussi peu d'estime. Je me redresse brusquement, peut être un peu trop justement car j'en ai le tournis. J'appose une main sur mon front et l'autre sur le bar pour me rééquilibrer.

Mon crâne me fait un mal effroyable qui ne semble pas vouloir passer. Shea se lève, me faisant face et la flamme volcanique qui anime son regard ne me fait présager rien de bon. Je la vois arriver, et je ne fais rien. Je ne bouge pas, comme résignée et coupable, je ne fais aucun geste tandis que sa main vient s'abattre impétueusement sur ma joue. Le son résonnant jusque dans mon tympan, amplifiant ma migraine déjà insupportable. J'en ai le souffle coupé, tandis qu'une chaleur et des picotements pénibles gagne une partie de mon visage interdit. Puis elle s'enfuit, m'abandonnant ici. Et j'accepte. J'admets le fait que je l'ai purement et simplement mérité. J'ai fait exactement ce pourquoi je la trouve abject. Faisant ressurgir la partie la plus excédante de moi, et encore, elle avait su m'arrêter. Elle venait de me confirmer implicitement, que quoi que je dise, quoi que je fasse, je ne ferais jamais le poids face à elle. Je serais éternellement cette victime, sa victime. J'ai voulu essayé, et j'ai cru un instant avoir fait le bon choix en décidant de lui tenir tête, et quel en était le résultat ? Je suis là, au milieu de ce bar, ressentant cet élancement au creux de ma poitrine. Ce geste humiliant me blessant bien plus que tous les mots qu'elles auraient pu proférer. Je masse délicatement ma joue en feu, portant probablement la marque de la main de mon bourreau, cherchant à faire passer la douleur. Mon cœur s'emballe face à tous ces regards qui m'accablent. Je règle la note rapidement, prend mes affaires et quitte le Carling, les yeux rivés sur le sol, fuyant ceux des autres clients me dévisageant avec dédain et pitié. C'est bien la dernier chose que je veux inspirer.

Une fois dehors j'appelle un taxi, montant dans le premier qui se présente à moi. J'aurais du m'en aller lorsqu'il était encore temps. J'indique l'adresse de ma chambre étudiante et me laisse choir près de la vitre. Je n'ai plus à retenir mes larmes désormais, des sanglots soulèvent ma poitrine sans que je ne puisse me contrôler. J'avais eu une nouvelle fois tort en espérant pouvoir être quelqu'un d'autre car à l'évidence je correspondais exactement au portrait que Shea avait dépeint de moi : cette pleurnicheuse, incapable de se défendre toute seule, qui avait toujours besoin qu'on lui tienne la main, au fond, une pauvre gamine. Je suis tellement frustrée, tellement indignée contre Shea. Je lui en veux de me faire penser ça de ma propre personne, de me réduire au statut de peste capricieuse, je la hais pour me mettre dans une telle position où je doute tellement de moi que je serais prête à croire tout ce qu'elle me dit. Le chauffeur me tend d'un bras, un paquet de mouchoir, craignant probablement que j'innonde ces beaux fauteuils, mais j'apprécie son geste qui a le mérite de me consoler un peu. J'arrive enfin et quitte le véhicule en esquissant un maigre sourire au chauffeur. Si je m'étais un tant soit peu calmée en montant les escaliers, franchir la porte de mon appartement désert soulève en moi une nouvelle vague dévastatrice. Je suis toute seule. Il n'y a personne pour moi ici, personne pour me consoler, pour me promettre de retrouver cette garce qui m'a écorchée à vif, personne excepté moi et mon égo recroquevillé dans un coin sombre de mon âme. 


THE END
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