a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)

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MessageSujet: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Dim 17 Fév - 0:02

«Et donc, enfin tu vois je finis le script là, mais imagine Dostoïevski à la sauce Robert Rodriguez sous ecsta, avec des nains pédés,  et une vieille qui a un bazooka à la place du bras. Ou un type avec un pénis flingue, j’suis encore indécis là-dessus. Pour la bande son, Morricone rencontre Busta Rhymes. Un truc scandaleux, complètement débile.»  

Ce soir, la somptueuse salle de réception du Claridge’s accueille en son sein tout ce que Londres a de pire –producteurs véreux, réalisateurs prétentieux et obtus, célébrités narcissiques, journalistes voyeurs, et l’habituelle armada de pique-assiettes arrivistes qui semble être la fatalité parasite de toute avant-première qui se respecte. Si tout ce beau monde est rassemblé aujourd’hui dans l’hôtel le plus chic de Londres, du moins la raison officielle, c’est que The Wild Bunch y a décidé de lancer la soirée d’avant-première du nouveau film de ma sœur, 'Magda'. A mon humble avis, le film en lui-même n’était pas une franche réussite. Trop long, trop flagorneur dans les dialogues, et un peu trop de pathos à mon goût. Après, orgueil fraternel mis à part, Sara y était tout simplement fabuleuse, et a ainsi prouvé au public qu’elle sait jouer la corde dramatique à merveille. Suite à la projection, le bal des lèches-bottes y est allé de ses ‘oh !’ et ‘ah !’ suintant d’admiration, et la joyeuse troupe composée d’une centaine de personnes, équipe, invités et presse confondus, s’en est allée vers le Claridge’s pour prolonger leurs insupportables autocongratulations, en se rinçant le gosier au Dom Pérignon. Mes doigts se crispent autour de la flûte de champagne –Sara m’autorise à boire dans ce genre d’occasions, car comme elle le dit elle-même ‘Tu ne veux pas être le mec qui boit du jus de pomme à une avant-première. C’est comme d’être le gamin avec des poux à la récré. En pire.’. Je suis dans un coin de la salle bondée, non loin du bar, entouré de ma sœur, la star de la soirée, un acteur en chaleur et un nouveau réalisateur, jeune coq de toute évidence profondément attardé, autour duquel la conversation tourne depuis quinze minutes. Après avoir pitché son scénario, il lève vers nous des yeux plein d’espoir, attendant que les compliments pleuvent sur sa tête de fouine. Je savoure une gorgée de champagne et fronce les sourcils, sceptique. «Quand tu dis ‘débile’, tu veux qu’on comprenne ‘génial’ ou bien tu penses réellement, comme nous tous, que ton script est d’une crétinerie abyssale ?» Silence gêné, puis rires forcés. Sara se dévore l’intérieur des joues pour ne pas sourire et m’enfonce son coude pointu dans les cotes. Ses yeux lancent des éclairs, les mâchoires du réal’ dansent le fox-trot – il a dû se rendre fréquemment aux toilettes pour se repoudrer le nez. Satisfait, je m’autorise un sourire narquois. L’acteur en rut s’extasie sur chaque sublime créature qui croise son regard, ce qui finit par me lasser, étant donné qu’à ce genre d’évennements, 90% des invités sont extraordinairement désirables. Du coup, le sketch devient un brin répétitif. La compagnie des deux hommes m’irrite, mais j’ai envie de profiter de ma sœur, que je vois de moins en moins, et la malheureuse est bien obligée de faire bonne figure, même en présence de la lie du milieu du cinéma. Alors que je m’apprête à entraîner Sara vers le bar, le crépitement des flashs et les hurlements des photographes mondains nous clouent sur place, et sans me demander mon avis, ces vautours happent ma sœur hors de ma portée. Elle a à peine le temps de me serrer le bras, et de proférer une ultime menace – ‘ne bois pas trop, ou je te fais jeter dehors’, et la voilà partie, avec un sourire d’excuse.

Je me retrouve donc coincé entre le Tarantino du pauvre et Rocco Sifredi, parce que je ne reconnais personne dans ce coin de la salle de réception et que j’ai un peu la flemme de recommencer le pénible processus qui consiste à faire connaissance avec des inconnus qui ne m’intéressent pas. Tarantino Junior continue de déblatérer sur son film, alors que plus personne n’écoute ses idioties mégalomanes, tandis que je descends ma coupe en priant pour une intervention divine. L’acteur en rut, de son côté, ne se sent plus. Il me broie soudainement l’épaule, s’attirant ainsi l’un de mes regards les plus sombres parce qu’à ce que je sache, nous n’avons pas élevé les vaches ensemble. «Oh putain mec, et celle-là, mate celle-là !» Il pointe un index frémissant dans la direction opposée, à travers la foule. «Je te jure, mate comme elle est belle, la petite blonde.» Excédé par cette énième éruption d’enthousiasme libidineux, je lève les yeux au ciel et tourne machinalement la tête pour juger par moi-même. Et je manque de m’étrangler avec ma dernière goutte de champagne. Alors, là, si j’avais cru recroiser un jour Cameron Roxon-Kennedy, et en plus à une avant-première, je serais allé brûler un cierge. Voire dix. Je n’aurai jamais cru revoir cette fille qui, si un jour j’écris mes mémoires, y figurera comme celle qui m’a envoyé bouler non pas une, mais deux fois. Notre interview date d’il y a maintenant un mois, au cours duquel je lui ai laissé trois messages, renonçant à toute dignité, tous sans la moindre réponse de sa part. Il faut croire qu’elle tire une grande jouissance à me balader de déception en blessure d’orgueil. Je sens mes lèvres s’étirer en un sourire décidé tandis que Rocco Sifredi attends que je lui donne mon opinion de fin connaisseur. Non, je ne la laisserai pas m’échapper ce soir, pas la moindre chance. «Très belle, oui.» Je lui tape sur l’épaule et grimaçe d’un air faussement désolé. «Excusez-moi, Messieurs, mais le devoir m’appelle. Je ne peux décemment pas laisser cette jeune fille toute seule, et j’ai une réputation à tenir. Bonne soirée.» Sourd aux protestations de l’acteur, qui pleure parce qu’il l’a vue le premier, j’adresse un clin d’œil aux deux raseurs, et après avoir échangé ma coupe vide contre un verre de scotch, je fends la foule pour retrouver Cameron. Après l’avoir perdue de vue un instant en tâchant d’éviter un ancien collègue, mes yeux l’interceptent rapidement, en tête à tête avec sa coupe de champagne, cherchant visiblement à entrer en symbiose avec la plante verte derrière laquelle elle s’abrite à moitié. J’avale une gorgée de scotch, profitant d’être encore invisible à ses yeux. Habillée pour l’occasion, malgré son air de biche effarée à un congrès de chasseurs psychopathes, elle est encore plus ravissante que lors de notre entretien. J’inspire, pour me mettre en condition, et me plante devant elle, les bras croisés et arborant mon classique sourire moqueur. «Tiens donc, Mademoiselle Roxon Kennedy ! Quelle agréable surprise.» Je bénis intérieurement le pouvoir des lobbies du cinéma, qui nous permettent d’être au-dessus des lois lorsqu’il s’agit de débauche financée par les boites de prod’, et je tire une cigarette de ma poche que j’allume aussitôt. Tandis que les premières volutes bleues s’élèvent vers le plafond richement décoré, je la dévisage, à la fois fasciné et perplexe –et peut être même vexé, juste un peu. «Vous êtes sublime, je me dois de vous le dire, même si vous allez prétendre le contraire…» Je m’interromps et indique le téléphone portable, qui se dessine dans sa mini-pochette, d’un signe de tête, plus amusé que vindicatif, cela dit. «… et je suis ravi de constater qu’aucun chien n’a dévoré votre smartphone.» J’ai ma petite idée sur les raisons qui l’ont poussé à m’ignorer royalement pendant le mois précédent, mais ce soir, je n’ai vraiment aucune envie de les prendre en compte dans l’équation. Ce soir, j’attaque, tout simplement, et que je sois damné si je repars vaincu. Je descends une gorgée d’alcool et caresse pensivement du bout des doigts, les feuilles de l’espèce de yucca de luxe derrière lequel elle se cache. Une remarque me brûle les lèvres, mais il est encore trop tôt, je la réserve pour plus tard, quand elle aura plus d'effet. «C’est quand même incroyable, vous êtes à une avant-première, le Paradis des journalistes, là où fleurit l’exclusivité et le scandale, et vous ne trouvez rien de mieux à faire que de discuter avec une plante verte. Vous êtes décidément fascinante, vous savez.» Je ris un peu, et mes yeux se posent sur la coupe qu’elle vient de me vider. «Maintenant que je suis là, est ce que je peux vous offrir un verre gratuit aux frais des organisateurs?»


Dernière édition par Clay W. Altman le Mar 18 Juin - 12:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Dim 17 Fév - 2:47

« Je vous assure Mademoiselle Roxon-Kennedy, les gens disent plein de bien de cette avant-première, si j'étais vous j'irai sans la moindre hésitation ». Je souris un peu à ma secrétaire qui joint les mains pour contenir son excitation à la simple idée d'une salle concentrant autant de testostérone célèbre dans un si petit espace – quoi qu'on ne puisse pas vraiment affirmer que la salle de réception du Claridge's soit un petit espace. « Emily, je préfère m’abstenir de ce genre de manifestations, mais vous pouvez toujours voir avec Julian, je lui céderai volontiers les invitations ». Elle me regarde avec un air réprobateur et baisse les yeux, faisant volte face pour quitter la salle. Elle est mignonne, et très certainement pleine d'ambition, il faut bien le lui reconnaître. Julian ne l'emmènera jamais à un événement de la sorte, le simple fait qu'elle soit ma secrétaire suffisant aisément à ce qu'il la déteste sans le scrupule. Je pousse un soupir et pose ma main sur mon front. « Ou alors, je pourrais y passer rapidement et vous donner la seconde place ». Elle se retourne vers moi, lèvre mordue, pensées sans doute sans dessus dessous, déjà folle de joie à l'idée qu'elle va pouvoir mettre les pieds dans une manifestation pareille. J'ai envie de lui dire que finalement non, je m'en passerai bien, mais elle ne peut pas entrer sans ma propre carte de presse et je suis bien obligée de satisfaire ses envies adolescentes maintenant que son visage s'est autant éclairé. Je soupire donc et hoche la tête, vaincue. Emily quitte mon bureau en sautillant et je me mords la lèvre. C'est l'avant première d'un film appelé Magda, dont je n'ai pas entendu parler. Il est prévu une diffusion du film et une réception dans le même hôtel londonien que celui où elles ont toutes lieux : le Claridge's, évidemment. C'est ce soir, bien entendu, sinon ce serait trop simple, et bien évidemment, il faut s'habiller et y passer le minimum syndical de temps. Mon acceptation n'étant motivée que par la volonté de mettre un peu de joie dans la vie de ma secrétaire, je n'ai aucun doute sur le fait que cette soirée va passer encore plus lentement que si j'avais juste eu besoin de me forcer, dans un cadre totalement normal. Je soupire et éteins mon ordinateur, décidant de raccourcir la journée de quelques heures pour pouvoir m'organiser. Et surtout, j'ai besoin de sortir de cette atmosphère étouffante. Je fais signe à Kyle, un journaliste qui fait souvent le lien entre Julian et moi, que je m'en vais et qu'il faut boucler la une, ce à quoi il répond par un hochement de tête volontaire et engagé. Je quitte les locaux à pas rapides et me laisse tomber bien assez vite dans ma minuscule voiture, acquisition récente mais ma foi fortement utile. J'hésite un instant sur ma destination finalement, puis finalement, elle ne fait plus aucun doute. Je roule pendant une petite vingtaine de minutes dans les rues blindées de Londres, jusqu'à arriver sur un vaste parking que je ne connais que trop bien. Il y a quelques mois, au tout début, je venais ici presque tous les jours, poussée par un besoin viscéral de contact, et par la culpabilité aussi, sans doute. Je pousse la petite grille verte et remets mon écharpe en place, refermant les pans de mon manteau sur moi pour tenter de parer le froid et le vent qui souffle. Je connais ces allées là trop bien, le cimetière n'a plus de secret pour moi. Tout droit, puis à gauche, ensuite à droite et tout droit jusqu'au fond. J'y suis bien rapidement, c'est un petit cimetière. J'ai apporté des fleurs, comme d'habitude, et je me laisse tomber sur le bord de la tombe en peinant à retenir les larmes qui me viennent automatiquement quand je reviens ici. Parfois, certaines personnes discutent avec les pierres tombales, mais ce n'est pas exactement mon genre. Je me contente de penser, restant là installée, à peine assise, dans le froid sans rien dire, sans rien faire non plus. Je suis juste là, près de lui, libre de me souvenir et de ne pas faire de commentaire. Je reste assise là de longues minutes, peut être même une heure, puis décide qu'il est temps de partir, étant donné les obligations professionnelles qui m'attendent pour le soir même. Je fais mes adieux, une fois de plus, et regagne ma voiture puis mon appartement en vitesse.

En toute objectivité, la soirée est pire que ce que j'aurais pu imaginer. Emily, qui s'avère beaucoup moins timide que je ne l'aurais cru et qui court effectivement après les célébrités, erre de groupes en groupes, se présente, et se débrouille comme un poisson dans l'eau, ce qui signifie qu'elle m'a complètement abandonnée à mon sort. Je suis actuellement à côté d'une gigantesque et très absurde plante verte, une coupe de Champagne à peine remplie dans la main, avec un coup d’œil direct sur la nature humaine dans sa forme la plus pervertie : la célébrité. C'est exactement comme me l'avait décrit Darcy la dernière fois que j'ai assisté à un événement de la sorte. Des couples étranges et incompréhensibles se forment, et les gens se mettent à se comporter de manière totalement différente. Visiblement, ce monde enchante Emily, je me doute donc du succès et du fantasme commun qui règne ici. Je n'ai jamais été très au fait des célébrités ou des derniers films, ce qui revient finalement à dire que je ne connais vraiment pas grand monde dans les gens qui sont présents. En tout cas, je n'ai pas croisé de visages outrageusement familiers depuis que je suis là. Je sirote le Champagne sans faire le moindre effort pour me fondre dans la masse. Je veux appeler un taxi, je devrais le faire, d'ailleurs, tout de suite. Mais alors que j'esquisse un geste pour attraper mon téléphone dans ma pochette, je suis interrompue par une voix que je connais. Je relève les yeux sur Clay Altman et m'autorise l'esquisse d'un sourire gêné, me mordant un peu la lèvre. Certes. Il m'a laissée trois messages au cours du dernier mois, ce qui doit être à peu près le temps qui est passé depuis notre dernière rencontre. Trois messages auxquels je n'ai pas donné suite, parce que la réalité de sa voix sur mon répondeur à laquelle il fallait soustraire l'ambiance étrange de notre deuxième rencontre, m'a bloquée, sans doute. A quoi bon accepter un verre quand on sait quelles sont ses potentielles – assurées – motivations ? Je sais ce qu'il veut, et peu importe à quel point la chose est flatteuse, ou même à quel point il peut être attirant, intelligent, impressionnant, je reste moi, malheureusement, toujours amoureuse ailleurs et toujours coincée, sans aucun doute. Boire un verre aurait sans doute constitué un premier pas ambigu dans une direction que je ne veux pas prendre, de toute évidence. Alors j'ai préféré ne rien dire, espérant ne jamais retomber sur son chemin, mais c'était évidemment sans compter l'étrange destin qui le met sur ma route ce soir, ou l'inverse plutôt, qui me met sur la sienne. Il parle d'une surprise, pour sûr, jamais l'idée de le trouver là ne m'aurait traversé l'esprit. Il me salue sans manquer de me complimenter, et je tire un peu machinalement sur ma robe, lui offrant un sourire moins crispé cette fois. « Merci. Vous voyez, je fais un effort, je ne fais que vous remercier. ». Je réponds en riant légèrement, ce qui m'aide à me détendre par la même occasion. Je secoue un peu la pochette qui contient le téléphone en question et hausse une épaule. « Le téléphone est en vie, en effet ». Je me mords un peu la lèvre et inspire, reprenant mes esprits petit à petit. J'ai l'impression de devoir rendre des comptes, ce qui est aberrants. « Un verre gratuit, d'accord alors, de toute façon quelque chose me dit que je n'ai pas franchement le choix ». J'hausse une épaule et cale ma pochette sous mon bras. « Quant à la plante verte, figurez vous qu'elle me semble être un interlocuteur beaucoup plus intéressant que la plupart des gens qui occupent cette salle ». Je penche un peu la tête. « D'ailleurs, mon métier excuse ma présence ici, mais vous, quelle est votre bonne excuse ? », je demande, un peu sceptique mais souriante, et surtout étonnée de le trouver là, en réalité. Un bar, un restaurant, un karaoké, pourquoi pas, mais une soirée placée sous le signe commercial de la promotion d'un film dans lequel de toute évidence il ne joue pas, cela me laisse plus perplexe.
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Mar 19 Fév - 3:04

Si je devais dresser une liste exhaustive de toutes les idées farfelues que j’ai eues au fil des années, il pousserait des dents aux poules du monde entier avant que j’en vienne à bout. En vingt-huit ans, je me suis lancé une pléiade de défis tous plus absurdes, improbables et/ou dangereux les uns que les autres. Boire l’intégralité d’une bouteille de vodka en dix minutes. Faire croire à une nana que j’étais le petit fils de Cary Grant. Payer une blinde pour aller voir la version musicale d’Ainsi Parlait Zarathoustra – ça, c’était particulièrement idiot. Clamer haut et fort que j’allais effectuer moi-même cette cascade débile. Oui, j’ai toujours eu le goût de l’irréfléchi et du suicidaire. Mais si j’étais amené à faire un bilan de toute une vie d’extravagance, tenter de séduire une veuve éplorée et manifestement à des années lumières de tourner la page se placerait sans doute directement dans le top 5 des idées stupides qui ont pu me traverser l’esprit. Sérieusement, il m’arrive de songer qu’il faudrait que j’ai une vraie discussion de fond avec moi-même, sur mes choix, mes lubies irrationnelles, tout ça. Je sais parfaitement que j’ai à peu près autant de chances de concrétiser mon désir pour cette femme que de me retrouver en tête d’affiche du prochain Martin Scorsese. Quelle idée, de m’obstiner à ce point, alors que je pourrais tout simplement passer à autre chose sans me compliquer davantage l’existence. Rien que ce soir, par exemple, les filles les plus sublimes de la capitale papillonnent autour de moi, bavardes, futiles et adorables, séductrices et volatiles. Je n’aurais qu’à tendre le bras pour en attirer une à moi, et tout serait bien plus facile. Mais je suppose qu’au bout du compte, on se lasse de la facilité comme on se lasse de tout le reste. Voilà peut-être pourquoi, à l’heure où je serais d’ordinaire en train de suggérer à une belle brune de visiter mon antre de Camden Town, je suis allé dénicher Cameron Roxon-Kennedy derrière une luxuriante plante verte. Peut-être parce que j’ai le don de prendre les décisions les plus aberrantes. Ou peut-être parce que le fait que quelqu’un me plaise est suffisamment notable pour prendre des risques démesurés.

En me voyant débarquer, elle a eu l’air gênée, et si je n’avais pas entraperçu d’autres facettes bien plus intrigantes de sa personnalité lors de notre interview de l’absurde, je pourrais penser qu’il s’agit là de son expression naturelle. Gênée de me trouver une nouvelle fois en travers de son chemin après qu’elle ait impitoyablement ignoré mes tentatives de la revoir, ou bien gênée de me voir tout court, alors qu’elle pensait s’être définitivement débarrassée de moi ? Qui sait. Je pense que le savoir n’a pas grande importance. Ce qui compte, c’est qu’elle ne se soit pas enfuie à toutes jambes à ma seule vue. A présent, elle accepte mon compliment sans protester, ce qui dans son cas relève du miracle, et semble se détendre imperceptiblement, ce qui arrange plutôt mes affaires. Je tire une taffe ultime sur ma cigarette que j’écrase finalement dans un cendrier avoisinant, à moitié consumée. Pendant ce temps, avec le courage d’un martyre stoïcien, Cameron répond par l’affirmative à mon invitation, ajoutant, résignée, qu’elle n’a pas vraiment le choix. Cette attitude me fait rire, et je lève les yeux au ciel, sans être toutefois réellement vexé –je sais maintenant à quoi m’attendre avec elle. «Je vous en prie, modérez votre enthousiasme !» Je secoue la tête avec un soupir faussement éreinté, et finis le peu de scotch qui stagnait encore au fond de mon verre, que je repose sur le plateau d’un serveur qui passe dans le coin, avant de me retourner vers ma proie en souriant. «Vous avez toujours le choix, jusqu’à preuve du contraire, je ne vous menace pas d’une arme.» Mais loin d’être dupe, elle a effectivement vu juste : je ne compte pas lui laisser le choix, tout comme je ne compte pas la laisser s’esquiver avant un bon bout de temps. La lutte me plait, mais faire du sur place n’a au contraire rien de très intéressant. Elle plaisante au sujet des talents cachés des plantes vertes pour la conversation, talent dont lui semble dépourvu tout le beau monde qui nous entoure, ce qui m’arrache un sourire franc. Il est vrai qu’elle semble encore moins dans son élément à cette avant-première qu’elle ne l’était à son arrivée dans mon auditorium. Je suppose qu’elle est là pour le boulot, ou bien qu’elle bénéficie d’invitations automatiques en tant que rédactrice en chef. Mais je ne pense pas me tromper en songeant qu’elle ne souhaite qu’une chose : se téléporter n’importe où pourvu que ce soit à des kilomètres de cette foule d’êtres irréels et vaniteux, dont la beauté éblouissante masque un temps, un temps seulement, la vacuité de leur caractère. Je la comprends, à vrai dire, je ne suis là que pour ma sœur, et même à l’époque où je tournais, ces soirées de gala où tout sonne faux me gonflaient prodigieusement. Lorsque Cameron s’enquiert du pourquoi du comment de ma présence improbable en ces lieux, je hausse les sourcils tandis que ma bouche forme un O parfait, image d’Épinal de l’homme outragé. «Vous voulez dire que ma performance était si médiocre que vous l’avez déjà oubliée ? J’avais pourtant un rôle crucial. Vous regarderez bien le générique, j’y suis crédité comme 'l’Homme Qui Regarde Sa Montre Au Café'. Grande intensité dramatique.» Je ris un peu, je parle décidément beaucoup trop. Faut-il lui dire que Sara est ma sœur, et que je suis venu la soutenir ? Je décide de rester vague pour le moment. «Non, en fait, je suis un intime de l’actrice principale. Ne jamais négliger les relations qui permettent d’avoir du champagne gratuit, et en quantité. Et puisqu’on en parle, allons prendre ce verre, si vous le voulez bien.» Je l’invite d’un geste à passer devant pour se diriger vers le bar quand j’aperçois, beaucoup trop près à mon goût, le producteur exécutif du film maudit, celui où je me suis foutu en l’air. Je n’ai aucune envie de le croiser, encore moins de lui adresser la parole ou d’entendre le mépris dans sa voix, aussi je pose la main sur l’épaule de Cameron et l’attire en arrière, à l’abri du feuillage du yucca providentiel. Le producteur nous dépasse, stagne un peu à notre niveau, mais ne semble pas me voir. Quand il s’éloigne enfin, je pousse un soupir de soulagement. En souriant, je baisse les yeux vers ma compagne et indique le yucca d’un signe de tête. «Vous aviez raison, les plantes vertes s’avèrent être de redoutables alliés dans ce genre de soirée, on peut échanger avec elles et se planquer derrière. Cette pièce devrait en être remplie.» Mais trêve de bavardages. Je me disperse. M’assurant qu’aucune connaissance ne viendra me déranger en jetant un regard circulaire aux environs, j’entraîne Cameron vers l’un des bars mis à la disposition des invités. Dans des moments comme celui-ci, je réalise que mes presque deux mètres sont vraiment avantageux –je n’ai aucun mal à fendre la foule d’acteurs assoiffés, Cameron à ma suite. Je commande une coupe de champagne, et l’enjoins d’un geste de la main à demander ce qu’il lui plaira. Tandis que le barman à l’air blasé remplit nos verres, je l’observe à la dérobée – Cameron, pas le barman. Je ne sais pas comment je vais m’en sortir, avec cette femme. J’ai déjà essuyé des refus, même si ces ‘non’ là se changeaient en ‘oui’ en peu de temps. C’est la première à manifester son rejet avec autant de persévérance, mais restant si plaisante qu’elle me fait miroiter cette impression que peut-être, un jour, dans un monde parallèle, elle finirait peut être par me céder. Elle est vraiment très contrariante, et le plus grave, c’est que ça me plait. Peut-être qu’il faudrait m’interner à nouveau. Le barman dépose deux verres devant nous, je lui tends le sien et nous nous éloignons du comptoir vers un endroit plus tranquille, mais malheureusement dépourvu de plantes vertes. J’aperçois Sara du coin de l’œil, en grande conversation avec deux actrices qui me disent vaguement quelque chose, puis détournant la tête, je fais tourner la coupe remplie entre mes doigts. «J’aimerais beaucoup que vous me racontiez ce qui vous amène ici, Cameron – soit dit en passant, j’ai lu votre article sur la LSOA, qui était loin d’être une catastrophe – mais d’abord, trinquons.» Je lève légèrement mon verre, inspire, et déclare non sans me départir de mon sourire narquois : «Je lève mon verre à la joie des avant-premières, et à ce destin qui persiste à me jeter en travers de votre route à chaque fois que j’essaye de vous séduire et que vous m’éconduisez. Je n’aime pas lancer des hypothèses hasardeuses, mais là, je crois que l’univers essaye de vous faire passer un message.»
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Sam 23 Fév - 19:18

Je me demande toujours pourquoi cet homme, qui en a clairement dans le cerveau et qui a une histoire des plus chargées d’après ce qu’il me semble, s’entête à croiser ma route dès qu’on se croire. De manière plus qu’évidente, il m’a apportée, ce jour-là, l’occasion d’une interview détendue et d’un moment sympathique. Plus que sympathique, même, en réalité, captivant, enivrant, étrangement dérangeant aussi. Je ne doute pas que le moment ait été intéressant pour lui aussi, mais passées ces quelques heures, quand je me suis délibérément entêtée à ne pas vouloir le rappeler, la logique aurait voulu qu’il laisse tomber en comprenant que je ne pouvais pas lui apporter grand-chose de ce qu’il attendait de moi. En revanche, d’après ce que j’ai pu observer et deviner du comportement des filles qui peuplent la salle – sans faire de généralités désagréables, bien entendu – des dizaines d’entre elles n’attendent que ça : lui donner exactement ce qu’il veut. Quoi que prétendre savoir ce qui veut est sans doute trop prétentieux pour l’instant, même si je me donne l’impression d’avoir cerné grosso-modo le type d’homme qu’il peut être – à la fois simplement séducteur et étrangement complexe, pour être franche, tout ça relevant du flou artistique le plus absolu je crois. Personne ne m’a jamais couru après en réalité. Quand j’étais plus jeune, ma personnalité effacée et intello ne m’apportait que peu d’amis et encore moins de conquêtes amoureuses quelles qu’elles soient, et sur les bancs de la fac, quand j’ai rencontré James, les choses se sont déroulées de manière très spontanée, et sans même qu’il n’ait besoin de faire un effort substantiel pour moi, la gentille fille naïve et clairement débutante que j’étais à l’époque s’est laissée accrocher sans le moindre problème. La suite a clairement été fusionnelle et l’expérience que j’ai acquise avec celui qui deviendrait mon mari ne m’a finalement servi qu’avec lui. Parfois quand j’y pense, je me dis que la chaleur d’un homme me manque sans doute aussi, au-delà du vide affreux créé par la mort de James. Mais l’idée me semble à ce point inconcevable que j’ignore simplement si je pourrais m’y laisser prendre de nouveau un jour, et pourtant Dieu seul sait à quel point la solitude absolue me fait peur. Quand je pose mes problèmes à plat pour tenter malgré moi d’y répondre, la vague d’angoisse qui me serre le cœur est assez phénoménale, et le Claridge’s n’est absolument pas l’endroit pour angoisser de quoi que ce soit. Je chasse donc toutes ces considérations de petite fille de mon esprit pour me concentrer sur ce qui est essentiel, et, à grand renfort d’auto-persuasion qui se traduit finalement par un mensonge éhonté adressé à mon pauvre cerveau, pour me détendre et surtout, pour ne pas stresser à l’idée de l’endroit où cette soirée me mènera. Je ferme les yeux quelques instants pour rassembler mes idées et inspire, affichant un joli sourire convaincu.

Il m’indique, royal, qu’il ne me menace pas d’une arme, et je me feins d’un sourire sceptique cette fois. Je doute réellement du fait qu’il me laisse m’échapper en m’excusant d’un sourire bien élevé, pour une raison obscure que j’aurais définitivement du mal à traduire par les mots, du genre je suis désolée monsieur Altman, mais mon mari m’empêche de boire un verre avec vous, ce qui est tout bonnement ridicule quand j’y pense. L’affrontement qui a lieu dans ma tête est pire qu’un combat de guerre et je vote pour l’option qui consiste à arrêter de penser, ou du moins à y prétendre, pour prendre sur moi et revenir là où l’on m’attend, cette fichue soirée ou j’ai été bien tristement entrainée de force. Mais malgré la gêne évidente que je ressens à l’idée d’avoir royalement ignoré ses trois ou quatre coups de fil dans le mois qui vient de s’écouler, je suis plutôt contente de l’avoir croisé lui, parce que la soirée prend soudain une tournure complètement différente et bien moins terne. Quoi qu’il en soit, il m’annonce aussi avoir joué dans le film et je ris un peu à l’évocation de son rôle. C’est étrange, derrière ces rires se cache autre chose. J’aimerai comprendre comment un acteur qui connaît des sommets peut redescendre et ne jamais plus remonter, ne pas essayer. Un rôle de figuration contre un premier rôle, changer les choses, se bouger. Je suis bien placée pour parler, d’un côté, moi la pauvre journaliste qui se débat avec la catastrophe de sa vie qu’elle préfèrerait foutre à la poubelle et changer de fonds en combles. Refiler le journal à Julian et partir, respirer, faire autre chose, mon Dieu, que ce serait bon. Pourtant je suis là, coincée dans une robe plus chère que ce que j’ai jamais pensé toucher par mois, à boire du Champagne dans un quatre étoiles pour célébrer la richesse, la débauche, mon poste et mes responsabilités. C’est très drôle, de se dire qu’au lieu de ça je pourrais être en train de corriger des dictées ou des exercices de je ne sais trop quoi dans un coin de mon appartement en râlant contre les fautes stupides et les incompréhensions qui me feraient me sentir nulle. Pourtant, malgré tous ces ressentiments, il y a une partie de ma vie actuelle qui me plait. Au-delà de la pression incommensurable exercée par les Wagner sur mon existence, du journal, de toutes ces choses qu’il faut gérer et auxquelles je ne connais rien, je dois reconnaître que j’apprécie cet aspect inconnu du métier. Fréquenter d’autres mondes, rencontrer des gens célèbres, spéciaux, particuliers, parcourir Londres, être reconnue, toutes ces choses insèrent dans ma vie une bonne dose d’adrénaline qui, je le crois, m’a aidée à tenir, au tout début. Je me demande si la vie actuelle de Clay Altman lui apporte l’adrénaline qui rend son existence moins pénible et qui fait qu’il ne tente pas de faire son grand retour en dépit de ce que disent les gens, mais m’abstiens de poser l’insolente question complètement hors sujet, étant donné que nous ne sommes absolument plus dans le cadre d’une interview mais que nous venons de basculer dans un entretien étrange autour de cette vague notion ambiguë qu’est le fameux verre offert. Au-delà de toutes ces questions ennuyeuses que je me pose, je me demande aussi ce qu’il entend par intime, étrangement intriguée, mais là aussi, me garde bien de formuler cette fondamentale interrogation à voix haute. Il m’indique d’un geste d’ouvrir la voie, gentleman, mais j’ai à peine fait quelques pas que sa main s’empare de mon épaule et qu’il me ramène à lui et à la fameuse plante verte, aussi. Nous patientons quelques instants et je me décale de quelques centimètres pour comprendre qui a bien pu déclencher telle réaction, étant donné que visiblement le moment est empreint d’un secret silencieux. Je doute que la plante verte soit la raison pour laquelle il m’a fait revenir et je fronce un peu le nez, scrutant les gens alentours que je ne connais pas le moins du monde pour tenter de comprendre. Mais nous reprenons bien rapidement l’épopée vers le bar et je me laisse entraîner pour de bon cette fois ci. Il commande du Champagne, je l’imite très originalement pour éviter de prendre l’option Coca qui n’a pas l’air très populaire dans le coin, et pour éviter aussi l’option vodka qui me rendrait clairement incapable de maîtriser mes propres moyens en deux temps trois mouvements vue ma résistance présumée à l’alcool fort. Le serveur remplit nos verres et nous quittons le petit bar pour un endroit moins peuplé. Je suis le mouvement, une fois de plus, et inspire lentement pour me détendre encore un peu, ce n’est pas vraiment du luxe en ce qui me concerne. Il me propose de trinquer et je m’exécute, riant malgré moi quand il énonce son discours. Bien entendu, le sujet revient forcément sur le tapis, l’inverse aurait été trop simple – et comment justifier la question ? Je souris, bois, quelques gorgées et inspire. « Merci pour l’article, il n’a pas franchement déclenché l’émotion des foules, pourtant, mais je suis contente que vous ne le considériez pas comme une catastrophe ». Je n’ai pas mis grand-chose de notre entretien, comme prévu d’ailleurs. « Ce qui m’amène ici, pour commencer par les sujets faciles, c’est le travail, évidemment, quoi qu’un enchainement de circonstances malencontreuses fonctionne aussi pour expliquer ma présence à cette soirée, une sombre histoire de secrétaire vénale et envieuse et de beau-frère insupportable ». Je souris un peu plus et avale une nouvelle gorgée de Champagne en sentant mes joues s’empourprer légèrement. « Je suis navrée que vous soyez éconduit, vous pouvez me croire, peut-être que c’est à vous que l’univers envoie un message ? » Je lui assène un clin d’œil léger et sans doute un peu insolent. J’indique la réalisatrice d’un signe du menton et fronce un peu le nez. « Vous n’avez pas été tenté de lui demander un rôle plus important que l’homme qui regarde sa montre au café ? » Je me mords un peu la lèvre, la question est légitime, après tout, s’ils sont intimes. Je fronce le nez, parle trop, comme d’habitude, quoi que moins que lui sans doute ce soir, il me semble. « Qui est-ce qu’on fuit, au fait ? » Je plonge mon regard dans le sien, retrouvant une expression presque sereine.
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Mar 26 Fév - 16:37

En ce qui concerne les femmes, ou plutôt le succès dont je jouis auprès d’elles, j’ai parfois l’impression d’être un de ces jeux de société familiaux –oui, ceux qu’on déterre avec enthousiasme pour empêcher Grand Père de se lancer dans le récit de son expérience de la Blitzkrieg pour la 54e fois – qui portent, quelque part sur le boitier, l’inscription « de 7 à 77 ans ». L’adolescence, et ses premiers émois, me fut plus ingrate que l’enfance, mais en même temps, les Casanova boutonneux de quatorze ans ne courent pas les rues, ou alors j’ai loupé un épisode. Et puis, un été succédant à l’autre, j’ai grandi de quinze centimètres, pris des cours de théâtre et appris à manier l’art des mots, que j’ai perfectionné au fil des ans pour devenir le grand expert en baratin que je suis aujourd’hui. Depuis cette nuit lointaine où je découvris les plaisirs de l’amour charnel, à chaque fois que j’ai voulu une femme, que je l’ai vraiment désirée, je suis toujours parvenu à avoir gain de cause. Avec plus ou moins de facilité, et d’enthousiasme, il faut le dire. Mais j’ai toujours triomphé, quand elles m’intéressaient suffisamment pour ne pas abandonner au premier obstacle. Les autres, les résistantes, c’était un autre cas de figure. Derrière le faible rempart de leur refus, leurs minauderies de jeune fille et leurs pauvres petites phrases qu’elles pensaient cassantes, en creusant un peu, je trouvais rapidement la piste d’un désir qui faisait écho au mien. Alors je les poursuivais sans relâche, je contrais la moindre de leurs parades et balayais leurs excuses d’un flot rhétorique jusqu’à ce qu’acculées, étourdies, elles n’aient plus d’autre choix que de faire une croix sur leurs belles résolutions et de s’abandonner dans l’obscurité de mon appart’, d’une chambre d’hôtel, ou autre. Mais alors avec elle, je l’admets, je suis incapable du moindre pronostic quant à mes chances de réussite. Pour la première fois depuis bien longtemps, j’avance à tâtons, dans le noir, sans avoir la moindre idée d’où je mets les pieds. Sans filet, un peu comme au théâtre, en fait. Il m’est arrivé de séduire des femmes mariées, mais elles étaient malheureuses et se souciaient de leurs maris comme moi du Ministre des finances serbo-croate. De ce côté-là, on ne peut pas dire que les choses soient en ma faveur. Mais je ne m’avouerai pas vaincu, pas si vite. Cette soirée à laquelle j’étais si peu désireux de me rendre, malgré l’amour inconditionnel que je porte à mon actrice de sœur, commence à peine à me plaire. Alors au diable la rationalité.

Maintenant que nous sommes à l’ écart, dans la mesure du possible, de l’hystérie ambiante, elle semble un peu plus à l’aise, quoiqu’un certain embarras, ma foi assez légitime, persiste néanmoins. Les joues un brin rougies par l’alcool ou par sa gêne quasi permanente, elle m’explique la double raison de sa présence au Claridge’s, après avoir trinqué à mon discours, qui l’a vraisemblablement amusée. Comme je m’en doutais, c’est le travail qui l’amène en ce haut lieu de l’hypocrisie artistique où, quelques années plus tôt, j’aurais moi-même été comme un poisson dans l’eau –mais aussi une sombre histoire de secrétaire intéressée et de beau frère exécrable, sûrement rocambolesque. Je ris lorsqu’avec une note d’impertinence qui me ravit, elle prétend être navrée de m’affliger à répétition. «Quelle mauvaise foi ! Vous n’êtes pas navrée du tout» je réplique en prenant une gorgée de champagne. «Je dirais même que vous semblez y prendre un malin plaisir.» Je hausse une épaule en souriant lorsqu’elle évoque la possibilité que je me trompe de destinataire et de message, à propos de l’univers. «Je me permets de vous contredire là-dessus, l’univers et moi sommes en très mauvais termes, et je doute qu’il tente de m’envoyer quoi que ce soit.» Je n’en démordrai pas, un tel hasard n’est pas à prendre à la légère –surtout si ce genre d’hypothèse vient à servir mes ambitions. Il faudrait que j’arrive à mettre le doigt sur ce qui m’attire autant chez elle. Ma première impression, cette nuit à Soho et au début de notre interview à l’école, n’avait pourtant pas été favorable. Elle m’avait fait l’effet d’une belle femme, certes, mais peut être insipide, agréable à regarder, mais neutre. Et puis, au cours de notre échange, la femme générique, et peu intéressante que j’avais imaginée s’était avérée bien plus fine, et plus complexe. Avant que je puisse prolonger cette analyse, voilà qu’elle met sur le tapis le sujet qui fâche, d’une manière détournée mais on ne peut plus claire : pourquoi, après tout ce temps, ne pas tenter une comeback ? J’aimerais que la réponse soit évidente, et si j’allais voir un psy comme Sara le recommande, peut être qu’elle le serait. Peut être que ce n’est pas simplement l’alcool, l’accident, les auditions foireuses auxquelles je me suis présenté après coup, dont le souvenir humiliant me brûle encore de l’intérieur. Peut être que tout n’est qu’une question d’orgueil. Mais c’est là où le bât blesse, et je n’ai pas envie de m’infliger ça, pas ce soir, pas ici. Alors j’élude le problème d’une moue dubitative et baisse les yeux pour esquiver son regard inquisiteur. Où sont les plantes vertes quand on a besoin d’elles ? «J’imagine que ça me suffit, à présent. Je prends ce qu’on me donne, et puis vous savez, c’est extrêmement difficile de regarder sa montre avec naturel quand trois caméras tournent. Je me suis beaucoup investi pour ce rôle.» Parer par l’humour, une technique d’auto-défense qui a toujours porté ses fruits. La vérité, c’est que je ne veux plus subir d’autres échecs rabaissants, j’ai déjà donné, merci. Je prends Cameron par l’épaule pour la faire légèrement pivoter, et lui désigne d’un index discret l’homme que nous fuyons. «Art Reville, producteur exécutif et odieux personnage à plein temps» je lui glisse à voix basse. «C’est à ce quinquagénaire dégarni que je dois ma reconversion forcée. Enfin, à lui et à une moto.» Et aussi à l’autodestruction, aux amis qui brillèrent par leur absence, et à ma foutue fierté. C’est pourquoi je ne demande pas à Sara de m’aider davantage. Je lui dois déjà trop : elle m’a fait entrer à la LSOA, m’a sorti la tête hors de l’eau quand j’étais au plus bas – en demander plus serait déplacé, pour ne pas dire ingrat. Sans détacher les yeux de la lointaine silhouette de ma sœur qui papillonne, je m’adosse au mur. «Si vous êtes là pour écrire un article, j’ai une flopée d’anecdotes assez extraordinaires sur l’actrice principale.» Je hausse les épaules et reporte mon attention sur elle. «Enfin, si ça vous intéresse.» Une manière de me rattraper, sans doute. On ne peut pas dire que, professionnellement parlant, l’interview que je lui ai accordée lui ait apporté grand-chose. D’un point de vue personnel, je ne m’avance pas –impossible de savoir si, comme moi, elle a ressenti ce plaisir à la fois jouissif et troublant. Probablement pas. Alors que je m’apprête à ajouter quelque chose, j’entends quelqu’un dans mon dos prononcer mon nom avec incrédulité. Bordel. Je me retourne, fusillant du regard l’importun, que je reconnais comme un acteur aviné avec qui j’ai travaillé il y a cent ans. «Non» je réplique du tac au tac «Je suis sa doublure cascade. Qu’est ce que Clay Altman foutrait ici ?» Rond comme une queue de pelle, le type avale ce mensonge grossier, sourit bêtement avec l’air d’un grand sage, et s’éloigne emmerder quelqu’un d’autre. Je me retourne vers Cameron en roulant des yeux, et soupire. «Pas moyen d’être tranquille, vous voyez.» Tiens, j’ai déjà fini ma coupe. «J’aimerais beaucoup en savoir plus à propos de la secrétaire et du beau frère, je suis sûr que c’est une histoire digne d’une série HBO.» Je jette un œil autour de moi. «Mais ne parlez pas trop fort, nous sommes entourés de scénaristes qui pourraient bien s’approprier le concept.» Soudain, une idée me traverse l’esprit, et vu que mon logiciel semble dépourvu d’un quelconque mode silencieux, je la formule aussitôt à voix haute sans lui laisser l’occasion de répondre. «Vous savez quoi, avant, j’ai envie de vous proposer un nouveau pacte. Ce soir, vous profitez de cette parenthèse, pas de ‘non merci’, pas de ‘très peu pour moi’, et surtout pas de ‘mais je ne suis qu’une pauvre fille qui n’a rien pour plaire’ – j’insiste particulièrement là-dessus, ou bien vous me forcerez à vous prouver le contraire. Si vous dérogez à la règle, je n’hésiterai pas à vous jeter en pâture à la personne la plus insupportable de la pièce. Et je les connais tous.» Je plaisante bien sûr, inutile de le préciser. En lui tendant la main pour sceller le deal, je remarque qu’elle a elle aussi presque éclusé son champagne. «Et je vois que votre verre est bientôt vide, ce qui me contraint à vous en proposer un autre.» Je dépose le mien sur le plateau d’un serveur ambulant et croise les bras avec un sourire amusé, la regardant droit dans les yeux.

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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Jeu 28 Fév - 22:56

Je ne prends pas un plaisir quelconque à l’éconduire, non, il se trompe royalement. Mon naturel, qu’il connaît déjà suffisamment pour le savoir aisément gêné, me pousse même à me sentir embarrassée de ce faux espoir que je lui ai laissé la dernière fois et que je me suis entêtée à enterrer aussi profond que possible dès qu’il a s’agi d’assumer mes grands airs confiants. Mais je regrette, aussi, mes états d’âme idiots qui me privent de l’occasion de profiter un tant soit peu de la vie qui me reste, à moi. De manière tout à fait évidente, je ne m’imagine pas finir seule et vieille fille dans un appartement minuscule et vivre éternellement dans le regret de mon amour perdu, ça, certainement pas. Et d’un autre côté, imaginer avancer me parait tout aussi impossible. C’est coincée dans cette espèce d’ultimatum à moi-même et pour le moins déprimant que je me retrouve à devoir choisir quelle conduite adopter face à un homme. Tous les gens que j’ai fréquenté depuis la mort de James savaient justement qu’il était mort, ou connaissaient Julian, ou ne posait pas de questions. J’ai longtemps porté le deuil bien que pas spécialement croyante, et pendant une toute aussi longue période, je n’ai pas vraiment été connue ni appréciée pour mes bavardages incessants. Je crois que les gens savent, sentent, quand il est inutile de venir vous parler de quoi que ce soit, quand votre esprit est trop occupé par quelque chose. Et par un mécanisme d’autoprotection tout à fait sensé et ma foi raisonnable, les personnes dont la vie continuent jour après jour finissent par vous fuir pour éviter la tristesse, le gouffre abyssal des émotions. On a peur de la tristesse comme on aurait peur d’une maladie contagieuse, en réalité, et c’est sans doute ce qui explique que les gens s’écartent quand leurs vies à eux reprennent leur fil. Et puis un matin, on se lève et ça va mieux. Pas parfaitement, non, mais mieux. On se sent d’attaque à oublier quelques heures, on recommence à vivre, à notre tour. C’est un de ces jours-là que j’ai croisé Clay Altman dans ce bar glauque qui abritait pourtant ma dépression, mais c’est ce qui justifie sans doute que lui n’ai pas fui non plus en me voyant telle que posée là sur une chaise, un martini non consommé sous la main. Et aujourd’hui, l’apparence va aussi bien que possible, et du haut de mes talons, glissée dans une robe, du rouge à lèvre appliqué avec soin sur les lèvres, j’ai estompé facilement tous les signes de tristesse qu’on aurait pu encore trouver sur mon visage, ou dans mon attitude. Bien entendu, Cameron, celle que je suis, ne change pas lorsque je me glisse dans des vêtements classieux ou classiques, mais maintenant que j’ai la tête sur les épaules de nouveau et que je ne fais plus fuir les gens, maintenant que la jeune femme blonde et fraiche est revenue dans la course, les hommes arrivent et essayent, et qui blâmer, sinon l’immense flatterie que cela entraine ?

Alors, non. Je ne tire pas une satisfaction particulière du fait de repousser ses avances. J’aimerai être une de ces filles que rien n’atteint et qui se laisse volontiers aller aux plaisirs de la compagnie d’un homme, même pour une nuit, parce qu’au-delà de toute l’histoire que je traine derrière moi, les hommes me manquent, c’est certain. La pression exercée de manière perpétuelle et régulière par Julian ne m’aide pas à me sentir sereine et calme, et c’est bien avec soulagement et plaisir que je cesserai enfin d’être cette jeune veuve coincée qui ne se permet rien. Mais ma conscience me torture et je n’ai pas encore réussi à lui dire stop. Et maintenant que le jeu est lancé, comment nier qu’il me plait ? La peur se cache quelque part, sans doute, la peur que le contact s’évapore aussitôt qu’assouvi. Alors je préfère lutter, et garder ce que je peux garder, maitriser, contrôler. Et d’idées contradictoires en idées contradictoires, je finis par me perdre, moi-même, incapable de déterminer ce que je veux ou ce que je ne veux pas. Je pousse un léger soupir en portant ma coupe à mes lèvres de nouveau comme si la réponse se trouvait dans les bulles, ce qui n’est évidemment pas le cas.

Sa métaphore sur l’univers me rappelle que je ne sais toujours pas vraiment quelles sont les choses qui le tourmentent, et quelque chose me dit que je ne suis pas prête de le savoir. Il rit, mais pour moi, tourner même un rôle minuscule de la sorte dans un film relèverait sans doute de l’exploit théâtral. Cela dit, une sensation étrange me traverse à sa réponse. Je plonge mon regard dans le sien et grimace sans doute légèrement, non pas à cause de sa réponse, plutôt de mon incapacité à lire les gens comme eux peuvent me lire. La question est sensible, je le devine, mais ce soir, le duel n’est plus et je n’ai pas la moindre once de légitimité à enquêter vivement sur sa vie passée et les sombres secrets qu’elle recouvre. Je n’ai étonnamment pas poussé le vice jusqu’à enfin ouvrir google pour lui commander une recherche approfondie, ce qui est sans doute ma première erreur, mais celle qui me rend le plus humaine, aussi. Mon métier de journaliste, qui m’amène à fréquenter des pointures du monde des célébrités, ne signifie pas que je doive anticiper les secrets des gens que je vois à titre personnel – parce que c’est ce que c’est en train de devenir, ce soir, j’ai l’impression. Mais coupant – enfin – court à toutes ces profondes réflexions qui me hante, Clay s’empare de mes épaules et me fait faire volte-face – aussi discrètement que ça, tout à fait – pour me montrer un type dont l’âge est difficilement déterminable mais dont la vision n’est pour ainsi dire pas très agréable. « Charmant », je constate, en avalant une nouvelle gorgée de Champagne. Une moto ? je fronce un peu le nez et me mords la lèvre, semblant sans doute une fois de plus terriblement gênée par la révélation et l’absence complète de répartie dont je dispose. « Il faut voir le positif dans chaque situation », je lance, choisissant finalement l’humour et une pointe d’insolence pour répondre à ça, parce que moi-même, dans de telles ambiances, j’aurais aimé qu’on me fasse rire. « Pas de quinquagénaire répugnant, pas de moto, pas de London school, pas de moi ». J’acquiesce vivement et termine donc ma coupe pour masquer tant d’audace et le vif émoi que cela me déclenche. J’ai parfois l’impression de vivre au Moyen-âge, mais passons les réflexions de ce genre.

Il me propose ensuite des anecdotes sur l’actrice principale, grand Prince, mais avant que je n’ai pu éventuellement songer à accepter sa proposition, un autre type entre en scène pour troubler nos conversations. Un acteur, sans doute, en tout cas il a les traits typiques du métier. Clay l’envoie paitre et je retiens une bonne blague du genre – moi par contre, je suis connue – pour nous débarrasser au plus vite du deuxième ennemi à abattre de la soirée. « C’est terrible, tout le monde vous poursuit ». Et puis, évidemment, on en revient à moi, ce qui ne pouvait pas être autrement vu l’amorce de ma détresse un peu plus tôt. Mais avant, un autre pacte semble de mise, et je plisse le front pour essayer de comprendre ce que j’ai à y gagner, et ce que lui, aussi, a à gagner dans l’histoire. Cela dit, amusée par la formulation générale de la chose, je tends ma main pour serrer la sienne et acquiesce lentement. « Vous aimez les challenges, non ? » Je ris un peu, agite ma coupe vide quand il me propose de m’offrir un verre de nouveau. « Ca fait des siècles que je n’ai pas profité d’une soirée, surtout dans ce genre-là. Une fois de plus ne soyez pas offensé, mais les gens du milieu… » Je secoue la tête et grimace un peu. « Mais vous pouvez toujours essayer de changer ça, si je m’amuse, je profite et je ne dis rien ». J’acquiesce et pointe ma coupe du droit. « Par contre, M. Altman, n’essayez pas de me souler pour obtenir mes faveurs, ça ne marchera pas, je supporte très mal l’alcool ». Je souris doucement, plus douce, et hausse une épaule. En réalité, je n’ai pas franchement la moindre idée de l’état de ma tenue de l’alcool, étant donné que je n’ai jamais consommé au point d’avoir à me poser la question, ce qui est fortement inquiétant – mais je dois profiter, je me rappelle soudain, en inspirant tranquillement. « Laissons les histoires de beau-frère et de moto de côté, alors, je crois », j’ajoute d’ailleurs en attrapant son bras pour retourner vers le bar que nous venons pourtant de quitter. « Je peux vous poser une question ? » J’hausse un sourcil et décide de ne pas attendre son autorisation, finalement. « Vous vous battez souvent comme ça pour mettre une fille dans votre lit ? » Je souris, et lui assène un clin d’œil amusé, que je regrette presque aussitôt n’étant pas moi-même certaine de savoir l’interpréter. « Je suis flattée », j’ajoute, juste histoire de, cela dit.
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Mar 5 Mar - 19:53

«Pas de quinquagénaire répugnant, pas de moto, pas de London School, pas de moi » Voilà ce qu’elle réplique lorsque je lui présente, avec ma discrétion naturelle, l’homme que je tiens responsable de ma déchéance. Et je la regarde fixement, partagé entre l’amusement et l’incrédulité. Elle ne m’a pas habituée à ce genre de réponses, et en parait elle-même aussitôt embarrassée, ce qui ne la rend que plus charmante. Mille et une réparties me viennent en tête, mais je me retiens et me contente d’acquiescer en souriant. C’est probablement une façon de voir les choses, une façon positive comme elle le suggère, mais si elle continue à repousser mes avances avec autant de persévérance, je ne suis pas sûr que l’avoir rencontrée compense l’arrêt brutal de ma carrière et mon débarquement à la London School of Arts, ou quoi que ce soit, en fait. Je le lui ferais bien remarquer, mais je n’en fais finalement rien – je viens à peine d’entrer sur le champ de bataille, et c’est une carte qu’il ne serait pas judicieux de jouer maintenant. En ce moment même, elle semble tout aussi perturbée que moi par l’impertinence presque séductrice dont elle se met, sans prévenir, à faire preuve ce soir. Je ne suis pas un grand sentimental, quiconque doté du minimum syndical de bon sens l’aura remarqué. Mais je devine sans peine les tourments qui l’agitent probablement. Un an, un laps de temps si long et si court quand il s’agit de la perte d’un être aimé à la folie. Se détacher du souvenir de l’amour et accepter de tourner la page lui paraît certainement inenvisageable, je le conçois tout à fait. Mais Cameron, toute veuve qu’elle soit, est une belle femme, une très belle femme, même. Qu’elle soit courtisée par des hommes que moi n’a rien d’étonnant, bien qu’ils ne soient peut-être pas tous aussi masochistes que moi, et cette fatalité la met probablement dans une situation plus que délicate où elle ne sait quelle attitude adopter. Demeurer sur son piédestal de beauté à jamais inaccessible, ou succomber, dans un moment de faiblesse, à un désir de combler, pour une nuit au moins, la solitude insidieusement liée au deuil ? Tandis que je l’observe déglutir avec précipitation les quelques gouttes de champagne qui stagnent au fond de sa coupe, je me dis qu’elle m’attire autant qu’elle me fait douter. Peut-être que je m’y prends comme un manche, et que mon attitude désinvolte à son égard la dérange, ou la choque. Depuis la mort de son mari, elle a sûrement l’habitude d’être manipulée avec précaution, comme si elle pouvait se briser à chaque instant, traitée avec commisération, voire avec distance. Mais rien à faire, je ne vois vraiment pas agir de la sorte avec elle, à quoi bon ? Et puis si j’étais à sa place, si je venais à perdre quelqu’un de cher, je pense qu’au bout d’un moment, je n’aurais qu’une envie, qu’on me considère à nouveau comme un être humain normal, avec ses humeurs, ses peines, ses joies – et pas comme la douleur faite homme. Alors peut-être que je me plante complètement, mais je refuse de faire marche arrière et de cesser de lui parler avec naturel. Tout comme je ne peux pas tout simplement laisser tomber, et passer à autre chose. Ce serait quand même plus simple. Je lui souhaiterai une bonne soirée, et à la revoyure, puis j’irai retrouver ma sœur qui me sautera au cou et tentera de me divertir. Si je la recroise au bar, je me contenterai de lui adresser un signe de tête amical. Je devrais faire ça, mais quelque chose m’empêche, quelque chose qui dépasse la simple envie de crier victoire lorsque cette femme aura finalement succombé à mes avances. Et si je me contentais de mettre mon cerveau en pause, sinon ? Oui, en voilà une idée.

Cameron, amusée par le pacte que je viens proposer dont les clauses sont bien plus en ma faveur qu’en la sienne, tends la main pour serrer la mienne, et ce contact me renvoie brutalement un mois auparavant, lorsque j’avais profité d’une poignée de main pour lui confesser qu’elle me plaisait et que j’étais déterminé à la revoir. Qu’est ce qu’elle m’avait dit, en partant ? On est toujours plus attiré par ce qu'on ne peut pas avoir. Une réplique qui aurait pu paraître prétentieuse, mais pas chez elle, non. C’était presque un constat, qu’elle avait ponctué d’un beau sourire un peu triste. Très bien, alors, je déclare les paris ouverts. Elle rit de mon obstination, et de mon goût prononcé pour les challenges – j’acquiesce vigoureusement – et me fait une nouvelle fois part de son aversion à peine dissimulée pour la faune du Claridge’s. «Je ne me vexe pas, vous savez, je ne me considère plus comme ‘quelqu’un du milieu’ à proprement parler.» Je fais tourner la flute vide entre mes doigts et j’ajoute en souriant «Vous avez raison, je devrais remercier le quinquagénaire sans cœur, sans lui, je serai comme toutes ces célébrités, et ce soir, vous me trouveriez encore plus imbuvable que d’habitude.» Elle ajoute, presque péremptoire, qu’il est inutile de la saouler pour arriver à mes fins, et que toute entreprise de ce genre est vouée à l’échec, ce qui me fait rire. «Là, par contre, vous me vexez. Vous pensez vraiment que mon plan est de vous faire boire jusqu’à ce que vous me trouviez attirant ?» Je m’approche un peu d’elle et rive mes yeux dans les siens, qui papillonnent à travers la salle. «Croyez-moi, je me targue d’être plus inventif et ambitieux en matière de séduction.» Cela dit, si l’alcool la rend plus entreprenante, je ne nierai pas que ça arrangerait bien mes affaires. Elle prend par le bras, et m’entraîne vers le bar en suggérant de ne pas songer aux motos et aux beaux-frères pour l’instant, ce qui est sans doute plus raisonnable. Néanmoins, je suis curieux d’en savoir plus à propos de cette histoire, et je reviendrai à la charge plus tard. De mon point de vue, refuser de s’ouvrir sur les sujets qui fâchent est assez similaire à refuser de se laisser séduire – même si je n’ai pas à la ramener là-dessus, moi qui évite l’intime comme la peste. «Vous vous battez souvent comme ça pour mettre une fille dans votre lit ?» A nouveau, je la regarde, ébahi, et laisse échapper un rire franc, bien que teinté de surprise. Qu’elle joue cartes sur table avec une telle franchise me rend perplexe, surtout si on considère que chaque phrase un peu insolente semble la plonger dans un désarroi assez divertissant, comme si elle ne savait pas ce qu’elle voulait. Je secoue la tête, dubitatif. «Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de Cameron Roxon-Kennedy ?» Son attitude me déstabilise, mais j’apprécie le fait qu’elle sorte enfin les griffes. Si elle rentre dans mon jeu, si elle accepte de dépasser ses peurs et ses inhibitions, même pour une minute, la soirée pourrait s’avérer intéressante. Je ne suis pas homme à fuir la joute verbale, on peut même dire que je lui cours après. Je m’accoude au bar et fait signe au barman toujours aussi taciturne, qui a l’air à la fois étonné et réprobateur de nous voir revenir si tôt. Après une courte hésitation, je commande un scotch on the rocks, et laisse encore Cameron choisir ce que bon lui semble. Une fois que nous sommes tous les deux réapprovisionnés, je lève mon verre pour trinquer une nouvelle fois, et m’empresse de répondre à la question qu’elle a eu le culot de me poser. «Vous pouvez vous sentir flattée, oui, en général je ne me donne pas autant de mal. Mais c’est sûrement parce que les autres femmes y mettent un peu plus de bonne volonté.» Je souris et savoure ma première gorgée de scotch. Sara va me tuer, mais elle me tourne le dos, à quelques mètres, je suis donc relativement tranquille. «Vous, vous êtes particulièrement contrariante. Mais je ne désespère pas. J’imagine que, malheureusement pour vous, vous me plaisez vraiment.» Je lui souris et baisse les yeux vers mon verre, qui me perturbe bien moins. C’est une réelle interrogation que je me pose, en fait. Depuis que je l’ai délogée de derrière sa plante verte, j’ai croisé à peu près cinquante femmes toutes plus belles les unes que les autres, aux mœurs bien plus débridées, et pourtant je suis encore là. C’est un ressenti que je n’explique pas. Je me tourne vers elle tandis que non loin de nous, les flashs des photographes crépitent agressivement. «Et vous, vous faites toujours preuve d’autant d’acharnement pour empêcher un homme de vous entraîner dans son lit, ou c’est un traitement de faveur?»J’appuie ma réplique d’un sourire sarcastique, et c’est alors qu’un sifflement discret au milieu du brouhaha ambiant mais caractéristique me fait lever les yeux. Echappée de ses fonctions pour une seconde, Sara est apparue derrière Cameron, à une distance raisonnable. Nous entamons alors l’une de nos fameuses conversations silencieuses – elle pointe ma compagne du doigt et articule exagérément «c’est qui?». Mon dieu, la discrétion n’est décidément pas le fort des Altman. Je roule des yeux et hausse les sourcils pour lui signifier que ce n’est pas le moment, heureusement qu’elle ne voit pas ma sœur s’agiter de la sorte, tiens. Sara s’éloigne avec une moue déçue, à nouveau happée par la foule, et je me retourne vers Cameron, qui doit maintenant être convaincue que je suis fou à lier. «Bon, maintenant que j’ai la lourde tâche de vous faire passer une bonne soirée…» Une autre gorgée de scotch, qui me brûle un peu la gorge. Au moins, le barman ne s’est pas foutu de ma gueule. «Puisque la compagnie des gens du milieu vous déplait tant, et que je ne vois ni dictaphone ni bloc-notes entre vos mains, vous pensez qu’on peut s’éclipser hors de cette salle ?» Je me penche vers elle et lui glisse à l’oreille «A moins que vous ne préfériez que je vous présente à votre voisin de bar. Il est peut-être plus à votre gout que moi.» Je lui indique du menton un vieillard en smoking qui reluque une petite jeunette avec un air si lubrique qu’il en ferait rougir le Marquis de Sade.
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Lun 25 Mar - 18:01

Je crois, de manière tout à fait objective et sans doute complètement allumée, que les gens qui veulent diviser les autres gens en catégories sont bien idiots. En réalité, nous sommes tous les mêmes, et quelque soit la personne qui se prétende être la mieux intentionnée, la plus gentille, douce, équilibrée, ou pure de toute, le même problème revient toujours en boucle : le profit personnel. Je me targue d'être une femme agréable moi même, du moins avec ceux qui ont la patience de trouver que je le suis, et pourtant, je sais que la plupart de mes actions sont destinées à m'apporter mon propre Saint Graal du profit personnel, à savoir l'intimité, la solitude, la tranquillité et la limitation de tout rapport humain potentiellement dérangeant qui pourrait me sortir de mon état de veuve respectable et triste. Parce que veuve, pour sûr, je ne cesserai jamais de l'être, et triste sans doute non plus. Mais Julian a raison sur le fond de son analyse me concernant : je suis lâche plutôt que d'être forte. Prétendre qu'au nom de la mémoire de James, je me défends de vivre quoi que ce soit qui implique un tant soit peu d’ambiguïté sur les rapports sociaux entre un homme et une femme est un mensonge. La vérité est teintée de tristesse mais elle est, en réalité, beaucoup plus simple que ça : je ne sais plus ce que c'est. Séduire, être séduire, être appréciée, aimée peut être, désirée au moins, toutes ces choses impliquent tellement de travail que j'en suis par avance fatiguée. D'autant plus que James me connaissait par cœur et savait comment s'y prendre pour me mettre à l'aise, qu'il avait mon entière confiance et mon amour plus grand encore. Croiser un inconnu dans un bar, me laisser séduire, toutes ces choses sont contre-natures pour moi et nécessiteraient que je me laisse aller à bien trop des égards, dans un jeu que je me refuse désormais de jouer. Mais la vérité n'est pas bien loin de celle de Julian, en effet, je suis lâche et mon mari décédé n'est qu'un prétexte bien pratique à ce que je suis trop timide, trop prude peut être, pour tenter de faire. Ca, et le fait aussi que la réflexion pratique qui découlera de l'arrivée dans ma vie d'un autre homme sera insupportable, et que je ne peux pas m'envisager de ne pas culpabiliser un instant à ce moment là. Pourtant, je n'ai pas dans la vie pour objectif de rejoindre un club de vieilles filles ni même de m'approprier un chat qui pourra me traîner dans les pattes quand je me sentirais trop seule, non, j'ai même toute intention de refaire ma vie, que je n'imagine pas même sans enfants.

Ma mère serait ravie de me savoir ici. C'est tout ce dont elle a toujours rêvé pour moi finalement, une vie de célébrité et de richesses diverses et inutilisables, les paillettes, les gens qui vous reconnaissent, les hommes qui vous courtisent par dizaines. Elle aurait adoré, parce que son mari et mon admirable père ne lui apporte pas exactement ce qu'elle voulait. Gentil, absent, forcené de travail et jusqu'au boutiste, c'est un avocat de renom qui préfère lui offrir des bijoux merveilleux que l'emmener en voyage. Il n'hausse jamais le ton, pardonne tout, ne se met pas en colère. Ma mère elle, c'est une de ces femmes qui ont besoin qu'on leur dise quoi faire pour qu'elles arrêtent de parler, de déblatérer ou de porter la culotte. Il n'a jamais été capable de ça, et si ma mère se contente de sa vie tranquille, je sais que ses rêveries sont bien réelles.
Elle n'a jamais voulu admettre l'éventualité que je puisse épouser un homme mourant. C'était pour elle la pire des idées, la pire des calomnies, et sur ce coup-là, même l'argent des Wagner n'a pas réussi à l’appâter suffisamment pour qu'elle change d'avis. Ca nous a d'ailleurs valu de grosses disputes dont nous ne sommes, ni l'une ni l'autre, vraiment remises aujourd'hui mais peu importe. Toujours est-il que pour elle qui m'a toujours trouvée effacée et trop gentille, me trouver ici serait une réelle fierté et lui vaudrait sans doute quelques vantards compliments sur sa propre personne. Ma fille vous plait, hein ? C'est ma fille. Je l'entends d'ici. Je penche un peu la tête de nouveau pour observer Clay et fronce le nez, me demandant soudain si elle tromperait mon père pour un homme comme lui. Sans doute. Clay n'a pas l'air d'être trop gentil. Je me mords la lèvre et déglutis, détournant les yeux pour me concentrer plutôt sur les autres gens autour de nous, acquiesçant cette conversation qui me fait rire et que je me permets quand même de conclure par une remarque amusée. « On ne sait jamais ce que les gens sont prêts à faire en désespoir de cause ! » Je ris un peu et pose ma main sur ma hanche.

Pour être tout à fait honnête avec moi même, puisque je ne compte pas l'être ouvertement avec Clay Altman, je dois avouer que l'étrange mouvement du destin qui fait que j'ai été amenée à le croiser trois plusieurs fois à la suite dans des endroits dépourvus de tout lien connecteur logique ne me laisse pas complètement sceptique. En réalité, depuis ce bar et cette interview des plus étrange – sans doute le plus beau fiasco temporel de ma carrière jusqu'à présent et en espérant ne pas réitérer prochainement – j'en suis arrivée à une conclusion terrifiante qui me laisse, elle en revanche, un peu ahurie. Contrairement à ce que je me suis plu à croire et à penser ces derniers temps, retrouver cet homme à plusieurs reprises et avoir ce genre de conversations ostensiblement sous-entendues de manière régulière et répétées me fait du bien. Oui, voir Clay me fait du bien. Ouch, j'ignore d'où me vient cette horrible et paralysante pensée qui me fait d'ailleurs instantanément monter le rouge aux joues. Ô rage, Ô... je n'ai plus d'alcool à finir et pas la moindre chose pour m'occuper l'esprit sur autre jour que ce constat qui vient sauvagement de se libérer dans mon cerveau. Vraiment très pratique pour suivre une conversation. Toujours est-il qu'après un court passage par ses capacités de séduction dont je ne doute pas à vrai dire, il m'accuse de ne pas être moi. J'aimerai bien qu'il ait raison et que subitement, la Cameron qu'il connait se soit envolée mais je ne crois pas que ce soit le cas. J'ai toujours eu un peu de répondant, assez de répondant pour faire un peu peur à l'époque. Aujourd'hui j'ai juste le répondant qu'il faut pour passer pour une pauvre chose tétanisée, mais là encore, l'assimilation vient du rôle que tous se prêtent à me donner, celui de la veuve froide et désespérée ou de l'écervelée très très intéressée. C'est là qu'on se rend compte que finalement, d'un extrême à l'autre, il n'y a qu'un pas. Ses réponses à lui m'arrachent un rire, je l'admets. Je penche un peu la tête et l'observe un instant sans rien dire, avant d'inspirer légèrement, replaçant ma robe, distraite. « Je... » Je quoi ? Hein ? « Je n'ai jamais été ce genre de filles qu'on ramène dans son lit après une soirée alcoolisée, en réalité ». Ca, c'est fait. Et n'allez pas croire que je ne comprends pas ou que je réprouve ce genre de comportements, pas du tout, bien au contraire. Chanceuses sont les insouciantes qui profitent de la vie sans se faire un nœud au cerveau, c'est vrai. « Vous n'avez pas donc pas de traitement de faveur, désolée, c'est une généralité chez moi. Quoi que vous auriez eu un peu plus de chance il y a quelques années ». J'hausse une épaule mais je ne suis pas absolument persuadée qu'il s'intéresse à ce que je suis en train de raconter, là tout de suite. Il semble même... je me retourne, mais personne ne regarde dans notre direction. J'aurais pourtant juré qu'il s'adressait à quelqu'un mais... étrange. Je laisse tomber cela dit pour me reconcentrer sur notre conversation en souriant légèrement, parce qu'il me propose de quitter l'endroit et qu'il n'y a rien que je veuille plus, à l'heure actuelle, que partir d'ici. Les gens m’oppressent et l'ambiance aussi, j'ai mal aux pieds – parlons glamour – et je suis de toute évidence d'une utilité toute relative à ma secrétaire qui fait son chemin toute seule sans même être venue une seule fois vérifier que j'étais toujours vivante – parce que c'est une vraie question, j'aurais pu mourir dans cette foule, sérieusement. Je grimace en jetant un coup d'oeil audit voisin de droite qui est en train de déshabiller une jeune femme peu vêtue des yeux et décline la proposition. « Non, merci, bien qu'il soit charmant je vais être obligé de refuser cette généreuse proposition ». Je souris un peu plus et lui tends ma main cependant. « Par contre, partir d'ici est trop tentant, je ne peux pas m'empêcher de dire oui ». Je me demande s'il est assez maso pour me proposer de rentrer chez lui et ris un peu à l'idée, secouant la tête pour ne pas passer pour une folle. Nous récupérons nos affaires au vestiaire puis rejoignons l'extérieur frais de la ville de Londres. Je m'enveloppe dans mon manteau et serre mon sac contre moi, réalisant maintenant que nous ne sommes plus que tous les deux et que je porte des talons de douze centimètres de haut – qui me font un mal de chien – qu'il est vraiment très grand – ou moi vraiment très petite. « Alors, où est-ce que vous m'emmenez ? » je demande, pour le tester un peu sans doute, charmante comme toujours.
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Mer 27 Mar - 2:52

Lorsque je contemple cette femme qui à quoi, vingt-cinq ans à peine, est déjà veuve, j’ai l’impression de me retrouver face à un miroir qui me renvoie de plein fouet l’échec complet de ma propre vie sentimentale. Non pas que ma situation actuelle me déplaise, loin de là. Etre amoureux, et ne parlons même pas de se marier, est un engagement qui laisse peu de place à mon inconséquence naturelle et je ne possède ni le temps ni l’énergie pour en assurer le succès. Et puis, soyons réalistes deux minutes – je me targue d’être assez bon juge de mon propre caractère. Si je ne suis pas misanthrope au point de pouvoir vivre en autarcie totale, je n’apprécie pas suffisamment la compagnie des êtres humains pour les tolérer à mes côtés sept jours sur sept. Mes passades, qu’elles durent une nuit ou quelques semaines, ne m’apportent rien de plus que le sexe brûlant des débuts et une complicité relativement dépourvue de cette intimité embarrassante qui me forcerait à me dévoiler un peu trop. Et puis, bien que les filles que je fréquente m’attirent, bien sûr, il est extrêmement rare qu’elles me plaisent. Personne ne me plait jamais. Certes, je ne suis pas un expert en la matière, mais je pense pouvoir avancer que ce genre de détails est crucial dans la mise en place d’une relation saine, équilibrée et durable. Alors l’état de mes relations me convient parfaitement tel qu’il est. Les femmes de ma famille, elles, ne partagent pas mon point de vue, et ma mère la première. Drôle de créature, ma mère. Cette petite dame aux cheveux gris, douce et posée, est néanmoins capable, sans crier gare, de basculer dans tout ce que le cliché de la mère juive a d’affreux, et ce avec une brusquerie déconcertante. A chaque fois que je l’appelle, une fois tous les trois mois pour atténuer ma culpabilité sournoise, je n’y échappe pas. ‘Mon fils, mon fils, pourquoi t’es toujours pas marié mon fils’, le hit international de Jane Altman, et sa non moins célèbre face B, ‘Tu vas mourir seul’. Chacune y va de son pronostic. Selon ma sœur, elle-même infoutue de garder un mec plus de vingt minutes, je suis un lâche et un enfoiré affectif. Quant à mes tantes, c’est bien simple, elles ont décrété sans autre forme de procès que j’étais de toute évidence l’un de ses homos refoulés qui sortent du placard à cinquante ans. Qu’elles parlent, si ça les amuse – je m’en fous royalement, après tout, puisque Sara est la seule que je vois encore depuis quelques années. Au fond, bien qu’ils s’en défendront avec véhémence jusque dans la tombe, je sais que mes parents ont honte de ce que je suis devenu, peut-être même plus que moi. Lorsqu’aux repas de famille, mon nom s’échappe par inadvertance des lèvres d’un quelconque cousin, ils baissent les yeux et leur voix se fait grave, comme si leur fils était actuellement incarcéré pour le meurtre de sang-froid des pensionnaires d’une maison de retraite, d’un handicapé et d’un bébé labrador. On pourrait penser que je suis parano, mais j’ai vécu avec eux pendant vingt ans, je sais comment ils fonctionnent.

Mon esprit délaisse les tourments familiaux du clan Altman, dont la deuxième représentante a de nouveau été engloutie par la foule, pour se reconnecter au moment présent. J’ai l’impression, peut-être erronée, que la salle du Claridge’s est de plus en plus bondée, et l’intensité de mon désir de mettre les voiles s’en trouve aussitôt décuplée. Si je n’avais pas un verre de scotch à la main et l’éprouvante Cameron Roxon-Kennedy à mes côtés, je serais sûrement chez moi à l’heure qu’il est, devant une rediffusion du ‘Chinatown’ de Polanski. Je ris lorsqu’elle se défend, avec une candeur involontairement charmante, d’avoir jamais grossi les rangs de ces femmes qui laissent leurs principes au vestiaire et tombent sans remords entre les bras d’un bel et sombre inconnu croisé au hasard de la nuit. «Vraiment ?» je m’interroge en gardant un sérieux imperturbable. «Je n’aurais jamais deviné.» L’ironie n’est pas malveillante, mais cet aveu ne me surprend pas le moins du monde. Bien que Cameron soit réellement séduisante, je peine à l’imaginer en Casanova au féminin ou en femme fatale des temps modernes, à la Lauren Bacall, attirant ses proies d’une œillade lourde de sens avant de n’en faire qu’une bouchée. Remarque, elle a sûrement une technique secrète bien à elle, puisque me voilà aujourd’hui dans le rôle bien peu gratifiant du soupirant éconduit. Comme quoi, il faut se méfier des femmes introverties, elles sont tout aussi aptes à vous retourner le cœur et le cerveau que leurs consœurs plus entreprenantes. Reniant légèrement ses préceptes de vertu immaculée, Cameron concède que j’aurais dû tenter le coup quelques années plus tôt. C’est malin, ça. Je fronce les sourcils et secoue la tête d’un air désapprobateur. «Je vous l’ai déjà dit l’autre fois, Cameron, se glisser dans la peau de ce genre de filles ne demande qu’un peu d’entraînement et de bonne volonté.» Je m’interromps pour reprendre un peu du meilleur scotch de Londres. «Vous devriez vraiment vous laissez tenter, un jour, ne serait-ce que par intérêt journalistico-sociologique.»

Si le fait qu’elle n’ait jamais été une allumeuse n’était guère étonnant, qu’elle accepte mon invitation à la fuite l’est assurément, et je lui lance un regard perplexe. J’étais convaincu à vrai dire que l’éventualité même de se retrouver seule en ma présence, sans le rempart protecteur de la foule qui nous entoure, la rebuterait aussitôt. A croire que ma compagnie l’effraie moins qu’à notre toute première rencontre, et commence même à lui plaire, peut-être. Ou bien qu’elle n’a, comme moi, plus la force mentale de rester ici une seconde de plus. Alors au lieu d’opposer un refus poli comme je m’y attendais, elle me prend la main et m’entraîne prestement vers les vestiaires, me laissant à peine le temps de descendre la fin de mon verre cul sec. Et en moins de deux minutes, nous quittons l’enfer bruyant du Claridge’s pour retrouver le froid mordant de la nuit Londonienne. Je ressers les pans de mon manteau et réprime un sourire de la voir si petite à mes côtés, sous la lumière crue des lampadaires. Son regard me scanne de bas en haut, et je devine qu’elle se fait la même réflexion, tandis que j’allume une cigarette. Les premières volutes de fumée bleue s’envolent dans l’obscurité, et je pousse un soupir de contentement. «Dieu merci, je ne sais pas pour vous, mais si j’étais resté dix minutes de plus là-dedans, je me serais probablement terré derrière une plante verte jusqu’au matin.» Ce qu’elle-même aurait peut-être fait si je ne l’en avais pas dissuadée, d’ailleurs. Sourire innocent aux lèvres bien qu’elle cherche clairement à me tester, Cameron me demande où est ce que je compte l’emmener. Excellente question, en vérité. La plupart des bars et clubs du coin sont hors de prix, et bien que je n’aie pas la moindre envie que cette soirée s’arrête ici, je ne peux pas me permettre d’hypothéquer la maison familiale pour une bouteille de champagne. En attendant d’avoir une idée lumineuse, je baisse les yeux vers ma compagne, amusé par son attitude. «Ne vous inquiétez pas, j’ai bien compris que vous étiez une femme d’honneur, donc je ne vous inviterai pas à venir chez moi.» Je tire sur ma clope et jette un bref regard circulaire. «Pas tout de suite, en tout cas» j’ajoute avec un sourire en coin, sans pouvoir m’empêcher de la titiller un peu. C’est la vérité, de toute façon. Pourquoi prétendre que je n’en ai pas envie ? Je pose la main sur son épaule et lui indique un bâtiment imposant au loin. «Etudions les options. Il y a le Wetherspoon, là-bas, j’y ai tourné il y a longtemps, et c’est un endroit superbe. C’est une ancienne banque, à la base.» J’avise soudain qu’elle est juchée sur des talons de douze qui n’ont rien à envier aux instruments de tortures médiévaux. «Enfin il faut marcher un peu, et vous n’avez pas l’air très équipée.» Je jette ma clope dans le caniveau et l’écrase d’un coup de talon sec. «Après, si vous êtes d’humeur aventureuse, on peut aussi entrer dans l’un de ces bars de la haute, commander la bouteille la plus chère, et partir en courant au moment de payer l’addition. Vous enlèverez vos chaussures par contre.» Dans tous les cas, je veux m’éloigner le plus possible du Claridge’s et de sa foule d’hystériques, aussi j’enjoins Cameron à se mettre en route en plaçant ma main dans son dos. Tandis que nous marchons et que mon portable vibre furieusement dans ma poche – sans doute Sara qui me harcèle pour savoir où je me planque – je songe qu’une fois de plus, elle a une drôle de façon d’exercer son métier. «Dites-moi…vous n’étiez pas censée écrire un article ce soir, plutôt que d’abandonner votre secrétaire vénale pour errer dans les rues ?» Je m’interromps, il ne faudrait pas l’inciter à retourner à l’hôtel, quand même. Nous arrivons à un croisement et je m’arrête net. «Bon, honneur aux dames, je vous laisse choisir notre destination, maintenant.»
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Lun 8 Avr - 0:18

« J'aurais été une terrible actrice, vous savez ». Je fais ce constat un sourire accroché aux lèvres, alors que je retrouve non sans soulagement l'air extérieur. Le bruit s'est mué automatiquement en un silence irrégulier, troublé de passages de voitures ou de chants tardifs d'oiseaux perdus. J'aime la nuit, et je l'ai toujours aimée. Pas du genre à avoir peur du noir ou des monstres planqués sous les lits, j'ai toujours, même petit, apprécié le voile noir qui s'abattait sur ma chambre passés les heures tardives du soir. Encore aujourd'hui, quand je rentre tard par les nuits désertes, j'ai l'impression d'assister à quelque chose que tous les autres gens ratent. Le silence y est sans doute pour beaucoup aussi, parce que je n'ai de toute évidence, bien que bavarde, jamais été fan du bruit ou des agressions auditives. Finalement, je crois que ma mère me pensait un peu asociale, coupée du monde et des gens. Je recevais peu, sortais peu jusqu'à rencontrer James, et me contentait d'être studieuse et peu exigeante. La petite fille modèle de tout le monde, sauf de mes parents, sans doute. Mon père, un avocat ayant raté sa vocation d'artiste, aurait aimé me voir passionnée par la peinture, le chant ou les arts divers. Quant à ma mère, elle aurait tué pour que sa fille se hisse au rang de la célébrité, se fasse drama queen, excessivement démonstrative, étalant sa vie dans les journaux locaux. Et pourtant, je n'avais comme unique prétention que de devenir professeur, pour transmettre le savoir aux autres, pour les aider à apprendre. Même le journalisme est déjà trop sous les feux de la rampe pour moi, c'est dire si j'étais à même de décevoir leurs ambitions. Épouser un mourant a achevé de me faire paraître pour l'imbécile naïve et trop positive que j'étais réellement, et une forme de rupture vient de là, je crois. Ma mère ne m'empêchait pas d'aimer un homme, elle voulait juste que je fasse de ma vie un film, et notre manque d'accord a fini par nous séparer dans une espèce de relation muette et gênée qui n'est porteuse d'honnêteté que très rarement. Ce qui est un problème en soi, mais finalement, j'ai rencontré le phénomène avec nombre de gens autour de moi. Mes amis même les plus proches se sont mis à faire les embarrassés, et il m'a semblé plus judicieux, finalement, de cesser de sortir pour m'endeuiller comme on me demandait de le faire. Une longue année plus tard, et étrangement sur ce trottoir, avec un inconnu qui n'en est plus vraiment un, j'ai l'impression de sortir pour la première fois. Je l'observe d'ailleurs du coin de l'oeil, me demandant soudain si l'alcool ne me rend pas un peu trop... trop je ne sais quoi. J'hausse un sourcil sceptique en fourrant mes mains dans mes poches et prends une longue inspiration pour m'assurer que j'ai toujours les idées claires. Je décide de penser que oui et observe ce qui nous entoure comme pour occuper mon esprit à une activité logique.

L'alcool n'a jamais été mon meilleur allié, jamais. D'abord, parce que j'ai toujours eu cette tendance ridicule à ne pas supporter deux verres de vin, et à finir outrageusement joyeuse après deux coupes de Champagne, au point que j'ai parfois honte de revoir les photos de certaines soirées trop guillerettes. Ensuite, parce que dès que je bois, je deviens non seulement un moulin à paroles, mais aussi l'exact inverse de ce que je suis d'habitude, c'est à dire cette fille complètement désinhibée ayant de grandes théories sur tout, sur le monde et les gens, et toutes ces choses dont tous les autres gens, eux mêmes fortement alcoolisés, se fichent éperdument. Après avoir, à la fac, réalisé que j'étais totalement inadapté à l'empire alcoolique, je me suis mise un temps à faire semblant. Prétendre qu'on est bourré est un exercice facile et en définitive vraiment très amusant. James s'est pris lui même au jeu d'ailleurs, et il m'est arrivé de passer des soirées entières à prétendre juste pour lui raconter en détail ce qu'il s'était passé. Et finalement, je crois que je n'ai jamais vraiment bu depuis la fac. Ce soir doit être mon record absolu et d'ailleurs, je me sens étonnamment légère, et bien que mes petits exercices pour garder le contrôle de moi même ne portent pas vraiment leurs fruits, j'arrive quand même à me rappeler qu'il serait vraiment positif,dans la configuration actuelle des choses, que je reste maîtresse de mes actes. Sinon, Dieu seul sait ce qui pourrait arriver. Ou peut être qu'il n'aurait pas envie de le savoir, d'ailleurs. Ew. Je fronce le nez, et menace de me gifler intérieurement de n'avoir ne serait-ce qu'oser une seconde y penser, et je deviens évidemment rouge, ce qui compte tenu de l'épaisseur de la nuit ne se verra au moins pas. «Vous avez oublié que je ne suis pas passionnée par mon métier, pas assez pour tenter l'expérience dans l'intérêt journalistico-je ne sais plus quoi encore ». Je croise les bras et souris un peu, fronçant les sourcils en lâchant, tellement honnête que ça pourrait presque me donner envie de pleurer : « Je crois que le Champagne me monte à la tête ». Sans rire. J'inspire et reste droite, luttant contre l'envie de rire qui s'empare de moi, vraiment ridicule. « C'est dramatique... » j'ajoute, on ne peut plus sérieuse, en essayant de me souvenir des options qu'il vient de me donner avec précision. Mais avant que je ne trouve l'endroit où nous sommes censés passer la suite de la soirée - selon toute logique, un bar quelconque où il n'y aurait ni trop de bruit, ni trop d'alcool, ni trop de monde, mission impossible - un détail important retient mon attention qu'il me semble utile de clarifier.

Mais nous nous mettons d'abord en marche, entre deux options jetées. Il semble vouloir s'éloigner à tout prix de l'hôtel que l'on vient de quitter et je ne peux que comprendre cette furieuse envie et l’approuver moi même. Je me mets donc en marche, laissant sa main errer dans mon dos sans faire de commentaire - ce qui est déjà un exploit en soi. Je laisse filer quelques secondes et l'écoute, avant de répliquer, revenant à un sujet plus ancien. « Je tiens à vous préciser au passage que je suis tout à fait capable de venir chez vous et de repartir sans avoir rien fait qui puisse attenter à mon statut de femme d'honneur ». J'acquiesce vivement et ris légèrement. « Vous êtes beau, sans aucun doute, mais pas si irrésistible que ça ». Je croise les bras et continue à hocher la tête, vraiment très sérieuse sur ce point là. « Je sais me tenir », j'ajoute, comme pour appuyer le flot de paroles stupides qui viennent déjà de s'échapper de ma bouche. « Je parle trop ? Vous trouvez que je parle trop ? » Je grimace un peu et inspire, ferme les yeux quelques secondes pour me laisser guider. « Allons chez vous, je n'ai pas envie de supporter la musique d'un bar blindé et je n'ai pas envie de courir non plus ». J'acquiesce, consciente qu'il ne m'a pas invitée à proprement parler, et sans doute encore moins pour me regarder me comporter en parfaite femme d'honneur, mais peu importe. « C'est loin ? », je demande, soupçonneuse cela dit. Je l'observe du coin de l'oeil pour essayer de voir si je ne l'ai pas perdu en chemin, ce qui m'étonnerait fortement.
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Lun 8 Avr - 23:47

J’ai toujours tiré un plaisir incommensurable de l’étude des comportements sociaux sous l’emprise de l’alcool. Beaucoup, hommes et femmes confondus, prétendent que le démon de la boisson fausse leur jugement, altère leur personnalité, et que tout ce qu’ils peuvent dire ou faire sous cette influence ne doit pas être pris pour argent comptant. Toute pratique qu’elle soit, cette théorie, à mon humble avis, est non seulement erronée mais surtout preuve d’une mauvaise foi assez incroyable. Ces gens-là se voilent la face. En réalité, l’alcool nous désinhibe et bouscule les barrières que nous érigeons nous-mêmes au quotidien, par principe, par inquiétude, ou par respect de quelques stupides convenances sociales. Après quelques verres, nous parlons et agissons plus librement, mais nous ne devenons pas quelqu’un d’autre. Nous dévoilons simplement une facette de notre personnalité que l’on dissimule le reste du temps, parce qu’elle nous fait honte ou bien nous effraie. L’alcool ne nous transforme pas un Monsieur ou une Madame Tout le Monde en moulin à paroles, en séductrice ou en salaud agressif – il permet simplement d’ouvrir les vannes, et tout le reste n’est qu’un amas d’excuses foireuses. Je ferais bien part de ma brillante thèse à Cameron, qui vacille à mes côtés sur ses hauts talons, mais elle semble elle-même en faire l’expérience dans son coin. Sans une once de regret dans la voix, plutôt comme un constat, elle admet que le champagne qui coulait à flot au Claridge’s commence à faire effet. Malgré l’obscurité, alors que je l’observe du coin de l’œil, je vois que son visage est particulièrement animé, et je devine qu’elle est une fois de plus en proie à l’un de ses nombreux et internes conflits d’intérêt, dont les enjeux sont aisément identifiables. A l’heure qu’il est, elle cherche sûrement à se convaincre que malgré ses dires, elle demeure en pleine possession de ses moyens et de son esprit, et qu’elle ne fera rien qu’elle puisse regretter. Une attitude louable et comme il faut, j’imagine – personnellement, je ne me tiens plus ce genre de discours depuis bien longtemps. Son honnêteté teintée de fatalisme me fait rire, et lorsqu’elle déplore la faiblesse de sa résistance face à l’ennemi et ses bulles légères, j’acquiesce, l’air grave. «Dramatique, c’est le mot. Si vous voulez mon avis, vous êtes bonne pour un reportage exclusif en immersion chez les Alcooliques Anonymes.» Je me retiens in extremis de continuer sur ma lancée en ajoutant que pour les avoir fréquentés à maintes reprises, je pourrais garantir leur capital vendeur. Il y a des choses qu’il vaut mieux garder pour soi pour une durée indéterminée. Pour toujours, par exemple, oui, c’est bien, pour toujours. J’essaye de l’imaginer dans l’une de ces petites salles déprimantes aux murs gris, parmi les chaises en plastique dépareillées, les jus de fruits bon marchés et les biscuits salés devant lesquels le plus accommodant des chiens ferait la fine bouche. Elle y ferait tâche, c’est évident, comme j’y détonnais moi-même lorsque sous pliant sous les menaces de ma sœur, je m’y rendais autrefois à reculons.

Nous avançons côte à côte, sans destination précise, elle plus bavarde qu’une pie, et moi qui l’écoute. En plus de la plonger dans de longs moments de désarroi intérieurs, l’alcool lui délie vraiment la langue, ce que j’apprécie. De toute évidence, elle n’est pas une buveuse régulière, grand bien lui en fasse, et je l’imagine sans peine s’enthousiasmer pour tout et n’importe quoi après quelques shots, et débattre pendant une éternité de sujets insignifiants aux yeux du reste du monde. Un peu comme moi, à la différence près que chez moi, cet état de fébrilité orale est plus ou moins permanent. Mes amis plaisantent beaucoup à ce sujet – ils disent entre autres que personne à mon enterrement ne serait surpris de me voir quitter mon cercueil, interrompre le prêtre et me lancer avec passion et éloquence dans ma propre eulogie funèbre. Cameron m’avertit de la nature inébranlable de sa vertu, le fait qu’elle s’y sente obligée ne pouvant que m’en faire douter, et quand elle entreprend de piquer mon orgueil d’une remarque acérée, mon sourire s’élargit. Blessé à mort, je porte la main à mon cœur et grimace. «Mais c’est qu’elle mord, maintenant !» Je ris un peu et secoue la tête. «Et si j’étais un homme complexé, hein? Vous m’auriez démoli avec vos compliments passifs-agressifs.» Tandis que j’allume une nouvelle cigarette, elle me demande brusquement si elle parle trop, et je hoche la tête en souriant. «Un peu, oui, mais j’aime ça. Les silences ne me plaisent qu’au cinéma, et puis vous supportez bien ma logorrhée, je peux vous rendre la pareille.» La fumée que je rejette s’immobilise dans le faisceau d’un réverbère. Malgré tous les défauts que je lui trouve dans mes moments d’humeur, j’adore Londres, et plus encore la nuit tombée. Et dans un quartier aussi beau, chic et paisible que Kensington, je pourrais déambuler à l’envi des nuits entières. Pourtant, lorsque Cameron propose, avec le plus grand sérieux, d’aller chez moi, je pile net et la regarde sans même prendre la peine de masquer mon étonnement. «Vous êtes sûre ?» J’en serais presque sceptique, tant ce revirement de situation me prend au dépourvu. Cette femme est décidément pleine de surprises. Quel abruti je fais, à lui demander si elle est sûre. Pourquoi ne pas lui conseiller de rentrer se planquer dans son lit, tant que j’y suis. Aussi, lorsqu’elle s’enquiert de l’emplacement de ‘chez moi’, c’est-à-dire, si c’est loin, je me reprends et hausse un sourcil, sarcastique. «Je vous en prie, Mademoiselle, modérez votre impatience, ç’en deviendrait presque inconvenant. Si vous êtes si pressée de me prouver votre vertu, on peut aussi aller à l’hôtel.» Je ris avant de balancer ma cigarette dans le caniveau – cette situation m’amuse énormément, je dois dire. Plus sérieux, je lui explique que j’habite dans un appartement à Camden Town, qui n’est effectivement pas la porte d’à côté. A nouveau, je baisse les yeux vers ses chaussures, et j’ai mal pour elle rien qu’en m’imaginant juché sur ces machins-là. «Je vous proposerai bien de marcher, mais ce serait vraiment inhumain. Heureusement pour vous, je crois que je vois un taxi qui arrive.» Comme si j’avais été en communion spirituelle avec les cabbies londoniens, un véhicule noir aux lignes reconnaissables entre mille se profile effectivement à l’horizon. Je le hèle d’un geste de la main, et le taxi ralentit en arrivant à notre hauteur. Voilà qui est fait, elle n’aura donc pas d’autre choix que d’entretenir la pulsion qui l’a poussée à accepter mon invitation à peine déguisée. J’indique mon adresse au chauffeur, et alors que j’ouvre la portière arrière pour que Cameron s’installe, je lui bloque brièvement le passage. «Oh, j’y pense, par rapport à ce que vous disiez tout à l’heure.» Je continue à voix basse, des fois que le cabbie souhaiterait se mêler de ce qui ne le regarde pas le moins du monde. «Qu’est-ce qui vous dit que j’ai envie de faire quoi que ce soit qui puisse mettre votre honneur en péril ? Permettez-moi de vous rendre la politesse.» Avec un sourire en coin, je me penche vers elle et lui glisse à l’oreille : «Vous êtes très belle, aucun doute là-dessus, mais pas renversante non plus.» Et souriant de plus belle, je m’écarte, elle s’assoit et je la rejoins sur la banquette arrière. Toute cette tirade n’était que mensonge éhonté bien sûr, et elle le sait autant que moi. Mais je ne pouvais pas résister au plaisir de lui renvoyer l’ascenseur, puisqu’elle s’autorise enfin à se moquer de moi. Alors que le taxi démarre, nous infligeant par la même occasion la douce mélodie de son autoradio où une chanteuse beuglante s’époumone en pakistanais, je croise les bras et me tourne vers elle, la dévisageant un instant avant de reprendre la parole. «Vous savez, il y a plein de choses saines à faire, chez moi. Regarder mes photos de vacances en famille, jouer aux cartes - je suis sûr que vous êtes une tueuse au poker… ou même parler de vous, même si vous pensez le contraire, je vous assure que ça m’intéresse réellement.» Je lui jette un regard inquisiteur. «Parler, c'est bon, ça rentre dans le cahier des charges, non? Parce que j'ai plusieurs idées qui pourraient vous ouvrir les yeux sur le côté passionnant de votre métier» j'ajoute, faisant allusion à son constat blasé d'un peu plus tôt.
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Ven 19 Avr - 0:54

Je crois que je suis perdue pour ce soir, de toute façon, alors autant en profiter. Quand je pense à tous ces gens qui seraient si fiers de me voir comme ça, je ne peux retenir un rire amusé, un de plus, tout à fait innocent, absolument hors contexte aussi. L'alcool donne toujours une bonne excuse aux gens pour se comporter n'importe comment, de ce n'importe comment séduisant que vous n'avez pas le droit de côtoyer en temps normal. La vie serait merveilleuse si on pouvait s'oublier dans l'alcool un peu plus souvent : adieu la timidité et autres conventions stupides et bizarres dans lesquelles il s'agit de s'enfermer parce qu'on a la trouille du contact social, adieu ménagement et remarques modérées. Je pourrais même dire à ma belle mère, Lady Wagner, ce que je pense d'elle, sans la moindre honte, le moindre pincement au coeur, le moindre vent glacé de panique dans tout le corps. Ah ! La vie serait plus belle et je crois finalement comprendre ce qui peut pousser un homme, ou une femme, à se réfugier dans quelques verres de trop quand tout vous parait morne. J'aurais pu, d'ailleurs, j'aurais pu dire oui à tous ces verres qu'on m'a proposée dans ma vie, en m'offrant un air semi-compatissant du genre vous verrez, tout ça finira par s'arranger. J'aurais pu sombrer dans l'alcoolisme, même dans les calmants pour chevaux qu'on vous refile en ordonnance pour que la douleur se taise, la douleur qu'on ne peut pas soigner. Mais je ne l'ai pas fait, et je n'ai absolument aucun mérite pour ça, simplement ma lâcheté éternelle et la peur de l'inconnu, de la perte de contrôle. Ne plus maîtriser parfaitement tout ce qu'il se passe revient à foutre en l'air ma vie une seconde fois, voilà le schéma terrible inscrit au fond de mon esprit. Je doute que cette soirée foute ma vie en l'air cependant, pour revenir à un registre nettement moins tragique. Je veux bien reconnaitre à Clay Altman un petit côté mystérieux intrigant, sans doute déstabilisant et parfois même peut être dérangeant, mais de là à supposer qu'il puisse anéantir ma vie en une soirée, je ne voudrais quand même pas lui accorder trop de crédit. Quoi que soit le pire qu'il se passe, je suis à peu près sûre de pouvoir m'en sortir vivante - quoi que, peut être que c'est un serial killer. D'ailleurs, sans que je ne sache vraiment pas quelle opération du saint esprit, la phrase s'échappe de ma bouche avant que je n'ai pu la penser ou la retenir. « Je ne vous ai jamais demandé si vous n'étiez pas un serial killer, au moins ! » Oups. Je secoue la tête et lui offre un sourire navré, nevermind. Je n'ai jamais été aussi vive que depuis que j'ai bu tout ce Champagne - c'est à dire deux coupes, en réalité - et c'est fortement inquiétant. Je crois qu'il vient d'ailleurs de me demander si j'étais sûre de moi, et je lui ris un peu au nez, parce que même bourrée, je suis capable de penser que c'est sans doute la seule et unique question qu'il ne fallait absolument pas poser à ce moment précis. Parce qu'à son air presque choqué, l'évidence me frappe soudain : non, je ne suis pas sûre, pas sûre du tout. Mais fort heureusement pour lui, il se rattrape avant qu'un nouveau flot de paroles bien argumenté ait pu franchir la barrière de mes lèvres et je pousse un soupire de soulagement. Prendre la décision une fois était déjà difficile, mais l'assumer une seconde fois aurait tenu de l'épreuve et je suis ravie qu'il m'en prive honnêtement.

Je crois entendre d'ailleurs que nous parlons désormais d'hôtel, et mon alerte interne se remet aussitôt en marche tandis que j'essaye de lui offrir un regard à la hauteur de mon indignation. Ce qui ne marche pas franchement, parce que mon cerveau essaye de déterminer s'il est possible de rencontrer une femme tellement pressée qu'elle préfère l'option hôtel à celle du j'attends dix minutes supplémentaires pour arriver chez toi. Ce que je me garde bien, cette fois, de formuler à voix haute parce qu'il ne faudrait pas que la conversation devienne trop tendancieuse. J'ai décidé de me rendre dans son appartement, pas de m'y déshabiller, et il s'agirait de persévérer dans cette voie, surtout considérant mon taux actuel de maîtrise de moi. Je m'apprête à répliquer une réponse bien trempée à son insinuation sur mes talons mais un taxi arrive et me coupe dans mon impulsion. Il m'ouvre la porte et je m'y engouffre sans rien dire, adressant un sourire discret au conducteur en me demandant ce qu'il pense de nous. Est-ce qu'il pense que je suis une fille ramassée dans un bar comme toutes les autres ? Sa petite-amie ? Sa femme ? Sa sœur ? Sa cousine ? Avant que je ne m'assois, Clay m'interrompt cependant dans mon geste pour me rendre généreusement le compliment que je lui ai adressé tout à l'heure dans ce qui est sans doute le plus gros mensonge de l'histoire des mensonges – ou peut être simplement de la soirée, si on veut rester en dehors de toute exagération. Je ris un peu et et m'assois, le laissant monter à la suite, puis détourne les yeux pour aviser un instant le paysage qui se met fortement rapidement à défiler, prise d'un léger vertige. Cette soirée est un peu surréaliste en elle même, et si j'avais pensé qu'elle connaîtrait une issue semblable, sobre, un peu plus tôt dans mon bureau, je serai rentrée chez moi en courant et aurait passé la nuit sous ma couette pour être sûre que personne ne vienne m'y déranger. Mais on ne peut pas toujours vivre dans le passé, non ? L'adrénaline qui accompagne la pointe de peur que je ressens en ce moment me donne l'impression de vivre une autre phase de ma vie, moins indécise, moins désagréable, et ça fait tellement longtemps... Je suis sortie, une nouvelle fois, de mes élucubrations mentales et tourne la tête vers mon... vers Clay, qui baisse d'un ton, ce qui me fait automatiquement jeter un coup d'oeil au conducteur du taxi. La musique qui passe est atroce et me contrains d'ailleurs à grimacer mais je me garde de demander un quelconque changement de peur d'abuser d'une gentillesse que notre chauffeur ne semble pas réellement en mesure de nous montrer ce soir. J'écoute avec une attention teintée d'alcool toutes les formidables propositions qu'il me fait et me tourne vers lui, faisant abstraction de l'espace légèrement public dans lequel nous nous trouvons actuellement. « Attendez... » Je lève le doigt à son attention et inspire. « Vous avez l'intention de me parler de mon travail toute la nuit ? » Je secoue la tête et ris, me mordant la lèvre, amusée. L'alcool me rend provocatrice, provocation que je vais sans doute très rapidement regretter parce que je ne suis pas exactement sûre de pouvoir l'assumer. « Parce que si c'est ça votre plan, c'est encore pire que coucher avec vous ». Je croise les bras en feignant l'insolence, et ris un peu de nouveau. « Par contre, je suis nulle au poker, je ne sais pas bluffer, mais quelque chose me dit que ça, vous le saviez déjà. Je suis très bonne à la bataille, en revanche !». Je lui adresse un regard plein de reproches simulés et ris un peu de nouveau. « Et on peut parler, oui, je sais le faire ça aussi, mais on pourrait aussi changer de sujet et parler de vous ? » Je le fixe en lui jetant un regard en coin, un peu curieuse je dois bien l'admettre. « Vous parlez toujours beaucoup mais rarement pour dire des choses qui vous concernent vraiment, hm ? Quoi que j'ai été privilégiée par cet interview non diffusée, je dois bien le reconnaître ». Ca y est, je crois que je parle trop. D'ailleurs, on devait être vraiment prêt de son appartement, parce que le taxi s'arrête déjà. Je jette un coup d'oeil curieux en le laissant régler ses dettes, souriant un peu en découvrant la façade d'un immeuble. Je me tourne vers lui, soupçonneuse. « C'est marrant, je vous imaginais plutôt habiter dans une grotte, quelque chose du genre ». Je ris, de nouveau, décidément très drôle ce soir, et me décide à sortir de la voiture sans ajouter un mot, sans doute calmée par la perspective de la prochaine étape qui nous attend, sans monde, sans amphithéâtre, sans plantes vertes ou chauffeur de taxi. Lui, moi, son appartement.
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Sam 20 Avr - 21:48

Tandis que mon regard se perd dans la contemplation du Londres nocturne qui défile derrière la vitre, je m’amuse d’à quel point cette situation m’est à la fois terriblement familière et nouvelle. Prendre un taxi en compagnie d’une belle femme pour la ramener chez soi, quel acte banal en vérité. Dieu sait combien de fois j’ai obéi aux lois de ce manège – les filles varient, les lieux de départ aussi, mais la destination et l’issue de la soirée demeurent toujours les mêmes. Parfois, sans la moindre considération pour le chauffeur, il arrive même que les choses sérieuses commencent sur la banquette arrière, avec le sentiment d’urgence qui fait le charme de ces rencontres furtives. Ce soir, les conditions pré-requises sont là – il est tard, j’ai une femme séduisante assise à ma gauche, et de toute évidence, je me trouve dans un taxi. Et pourtant, cette fois-ci, c’est différent. Cameron m’attire indéniablement, pire encore, elle me plait ; ce n’est plus un secret pour personne, à part peut-être pour le Pakistanais qui tient le volant, et encore. Mais elle n’a rien, mais alors rien à voir avec mes conquêtes habituelles. Et à mon grand désarroi, je n’ai pas la moindre idée de l’attitude à adopter en arrivant chez moi. Après tout, il est rarissime que les filles qui franchissent le seuil de mon appartement tardent à ôter leurs vêtements et à m’entraîner, enjôleuses, vers la chambre. Exception faite de ma sœur, bien sûr. Malgré mon train de vie et mes mœurs relativement libres, vous pouvez encore me compter parmi les rangs de ces quelques ringards qui considèrent encore l’inceste comme définitivement tabou.

Il se déverse des lèvres de Cameron un débit de paroles presque irréel, pour une personne si calme et réservée au premier abord. Elle plaisante, rit et pépie à une vitesse hallucinante, sans prendre le temps de respirer entre deux phrases. Bien sûr, l’alcool est loin d’être innocent dans cette histoire, mais je sens qu’il y a autre chose. De la nervosité, sûrement. Désinhibée par le champagne et cédant à cette petite voix qui nous pousse de temps à autre à faire des folies que l’autre voix, celle de la raison, condamne avec véhémence, elle a accepté –non, proposé – d’aller chez moi. Maintenant, tandis que nous arrivons à destination incessamment sous peu, elle doit assumer sa témérité – j’imagine que c’est ce à quoi elle songe. Enfin, je ne fais que supposer, qu’en sais-je après tout ? Je ne suis pas dans sa tête, et si ça se trouve, elle est fermement décidée à demeurer vertueuse jusqu’au bout. Mais là tout de suite, elle rit beaucoup et plaisante avec un sens de la provocation flambant neuf quant à l’éventualité de passer la soirée à causer boulot – perspective encore moins tentante que de céder enfin à mes avances et de passer la nuit avec moi. De moins en moins perturbé par son audace sporadique, je me marre. Quand les fées se sont penchées sur mon berceau, elles m’ont certes affublé d’une ribambelle de défauts, mais je dois reconnaître qu’elles n’ont pas lésiné sur le sens de l’autodérision. «Vous êtes délicieuse, ce soir, une véritable machine à compliments.» Un coup d’œil à travers la vitre m’apprend que nous sommes presque arrivés – à croire que nous avons pris place à bord du Faucon Millénium – et me retournant vers elle, je réplique non sans ironie : «Vous vous faites une montagne à l’idée de coucher avec moi, mais rassurez-vous. Quand ça arrivera, je ferais en sorte que vous y preniez plus plaisir qu’à parler de quoi que ce soit.» Je suis à peine sérieux, bien entendu. Il s’agit simplement de lui rappeler que le jeu de la provocation se joue à plusieurs, et que sans prétention, mes armes dans ce domaines sont plus aiguisées que les siennes.

Enfin, cette version inédite de Cameron Roxon-Kennedy m’amuse, je dois bien l’admettre. Un pas en avant, trois pas en arrière – l’observer se livrer à cette danse étrange est encore plus divertissant et attachant que lorsqu’elle se perd dans ses monologues intérieurs. Un petit sous-entendu, et la voilà qui enchaine aussitôt sur son incapacité à bluffer (je la crois sur parole), son don pour la bataille, et autres joyeusetés. Et maintenant, elle me reproche de ne jamais parler de moi, à part pour raconter des conneries. Aie. Je hausse une épaule, et opte pour la réponse classique, qui consiste… à raconter des conneries. «J’évite de parler de moi parce que je suis profondément inintéressant. Vous le savez très bien, puisque vous avez à peine mentionné mon nom dans votre article.» Je souris et détourne le regard. Je sais pertinemment que seule la nature trop personnelle de notre entretien fait qu’il restera toujours non publié, mais je sais aussi pourquoi je suis si peu enclin aux épanchements égocentriques. Fatalement, si on s’aventure sur cette route, elle posera les mauvaises questions, et les réponses lui déplairont, voire la déprimeront. Pire, elle pourrait même éprouver de la pitié à mon égard. Dans un cas comme dans l’autre, je n’ai pas envie de la voir basculer dans cet état d’esprit. Elle n'a pas tort de se considérer comme privilégiée, cela dit. Elle en sait probablement plus sur mon compte que ma propre mère, ces derniers temps, mais je le garde pour moi. «Et puis, vous ne m’avez encore rien demandé, si ?» Je fronce les sourcils et ris en repensant à ce qu’elle m’a sorti avant de monter dans le taxi. «Ah, si, vous vouliez savoir si j’étais un serial killer. Eh bien, vous aurez la surprise.» A nous deux, ce soir, nous pourrions monter un spectacle comique de haut niveau, dis donc. Le chauffeur, cependant, reste de marbre devant notre échange, et j’en déduis aussitôt qu’il s’agit d’un homme aigri qui ne rit plus que quand il se brûle.
Le taxi pile, nous sommes arrivés bien plus rapidement que je ne l’avais prévu. Tandis que Cameron se glisse hors du véhicule, je règle la course, le cabbie m’adresse un salut maussade et repart à toute berzingue dans la nuit glaciale. C’est là que je réalise que nous sommes, pour la première fois, réellement seuls. Nous l’étions déjà quand elle m’a interviewé, dans mon amphithéâtre, mais ça n’avait rien à voir. Cameron le ressent elle aussi, je crois. Après m’avoir taquiné à nouveau, décidément en forme olympique, au sujet de mon lieu de résidence, elle se tait pour la première fois depuis un bon bout de temps. Je sors les clés de ma poche et compose le code de la porte d’entrée, avant de m’écarter pour lui céder le passage. «Oh, ne vous y trompez pas, vous avez vu juste. On pourrait croire qu’il s’agit d’un immeuble normal, mais je vis bel et bien en ermite, vous le constaterez par vous-même.» Mon appartement s’apparente assez à une grotte, en fait. Une grotte aux murs chargés de DVDs et au frigo gorgé d’alcool, les deux conditions sine qua non de ma raison, pour citer Gainsbourg. Mon appartement est le refuge que j’ai patiemment bâti pour m’isoler du monde extérieur, et que certains jours, je ne quitte que contraint et forcé. Alors que nous dépassons la loge de la gardienne, je lui intime d’un index sur les lèvres d’être aussi silencieuse que possible. Nous gravissons les trois étages qui nous séparent de mon appartement, et une fois hors d’atteinte de la gorgone qui vit au rez de chaussée, je lui explique pourquoi la discrétion est de mise. «Cette femme ne dort jamais. Elle me guette jour et nuit, et dès qu’elle m’entend entrer, elle ouvre grand sa porte et elle fait, ‘LOYER’. C’est terrifiant.» Je secoue la tête, et ouvre la porte d’entrée. Maintenant, il lui sera difficile de revenir sur sa pulsion et de prendre ses jambes à son cou. J’allume les lumières, la débarrasse de son manteau et jette le mien en travers du canapé comme d’habitude. Planté au milieu du salon, je jette un regard circulaire et constate avec soulagement que l’endroit est propre et pas trop en bordel. Je passe du côté cuisine et l’invite à me suivre. «Voilà, vous êtes la bienvenue dans mon humble royaume. Par contre, évitez d’aller dans la salle de bains, je n’ai pas eu le temps de me débarrasser de ma dernière victime.» Ah, je ferais mieux de me taire avant de parler, des fois. Je me sers un verre de scotch d’une bouteille que je tire du buffet, et l’interroge du regard. «Je vous sers quelque chose, ou le champagne vous a suffi, et vous êtes bien trop raisonnable pour vous laisser tenter ?» Je lui souris, et dépose la bouteille accompagnée d’un verre vide sur le bar, non loin d’elle. Puis je m’adosse contre le mur, et savoure la première gorgée. La qualité est nettement inférieure à celle du Claridge’s, mais bon, je ne roule pas sur l’or, moi. C’est vraiment étrange, d’être là, dans mon appart’, en compagnie de cette femme qui m’intrigue de plus en plus. «Vous voulez vraiment que je vous parle de moi alors ? Il va falloir me lancer des pistes, si c’est le cas. Et boire avec moi.» Je farfouille dans mes poches à la recherche d’une clope. Je bois trop, je fume trop, je parle trop. «Sinon, vous pouvez aussi faire le tour du propriétaire et faire vos déductions, ce sera tout aussi révélateur.»
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Sam 11 Mai - 0:42

Arriver jusqu’à son appartement semble une épreuve à tous points de vue – à commencer, bien entendu, par sa remarque suffisante et pleine de promesses dans le taxi, que je me contente d’accueillir d’un haussement d’épaule et d’un rire léger avant de détourner les yeux pour observer le paysage qui défile, nous amenant vers des coins plus sombres, où bien peut-être n’est-ce que mon esprit alcoolisé qui divague. L’étape suivante consiste à passer la loge de la gardienne sans faire le moindre bruit histoire qu’il ne se rappelle pas à sa mémoire fatiguée, et je me laisse entrainer passivement en fermant la bouche et en me concentrant pour ne pas faire le moindre commentaire, amusée cependant, par la situation. C’est assez original que de telles choses m’arrivent à moi, et je crois que finalement, je ne m’en remettrais jamais si je parviens à me souvenir dans les menus détails de cette soirée. Après avoir passé, avec succès, l’épreuve de la gardienne de l’immeuble, nous arrivons finalement devant sa porte. Je me mords la lèvre en le laissant ouvrir, me demandant si le moment ne serait pas opportun pour retirer mes chaussures et me sauver en courant, migrer en Grèce et changer d’identité pour échapper à toute la honte que je serai éventuellement capable d’amener sur moi ce soir. Bien que légèrement démesurée, la solution me plait bien, mais je n’ai pas le temps de me baisser que sa porte s’ouvre miraculeusement et qu’il s’efface pour nous laisser entrer. Bien, fort bien. Je n’ai pas la moindre idée de ce que je suis censée faire à l’intérieur de chez lui. Existe-t-il un manuel de l’entrée chez un homme presque ou quasi inconnu qui émet la volonté claire et affirmée de vous mettre dans son lit ? Je ne crois pas, mais ce serait une assez bonne idée. Est-ce qu’on pourrait en faire une rubrique, au journal ? Ce qui me laisse penser qu’en fait, une rubrique pour les questions des lecteurs serait peut-être une bonne idée, peut-être même des questions sur la sexualité ou les relations, tiens. On gagnerait des lecteurs, en répondant à des questions un peu olé olé qui trancheraient avec nos articles sérieux et nos habitudes un peu vieux jeu. Non ? Si, James aurait adoré cette idée, vraiment, il était toujours à la recherche d’un petit truc pour sortir du lot. Julian détestera, en revanche, et il me conseillera sans doute d’aller consulter un psy, ce que j’ai déjà fait bien entendu, parce qu’on ne se sort pas d’un deuil tout seul, comme me l’a gentiment dit cette horrible femme à l’enterrement de James. Son nom, merde, quel était son nom déjà ? Et qu’est-ce qu’elle faisait ? Je crois qu’elle faisait partie des anciennes amies de James, mais impossible de me souvenir de son prénom, pourquoi ? Quoi qu’il en soit, j’ai suivi ses conseils même si ce n’est pas pour elle que je l’ai fait, et le moins qu’on puisse dire, c’est que le Dr Howard me fut d’une grande aide. Et bien après la thérapie, apprendre qu’il avait lui-même perdu sa femme dans des circonstances vraiment terribles m’avait touchée, sans aucun doute. Bon sang, qu’est-ce que je suis en train de faire ? Pourquoi est-ce que je pense autant ? Je grimace et secoue la tête, observant autour de moi en attrapant mes mains comme une gamine mal à l’aise. Est-ce que je dois rester comme ça, sur mes talons ridiculement hauts, et faire des commentaires très à propos sur la déco – plutôt sobre, d’ailleurs. Du genre oh, c’est vraiment ravissant, chez vous, M. Altman. Non, définitivement pas. Je m’arme d’un sourire et secoue la tête, maudissant cette insupportable petite voix à l’intérieur de mon crâne qui s’amuse à me faire la conversation en se répandant de sujets de conversation vraiment hors de propos.

Fort heureusement, j’arrive à me recentrer et à calmer le vent panique qui s’empare soudain de moi, insufflant un peu de tolérance à mon inconscient. Je souris et secoue la tête. « J’éviterai la salle de bain, alors, merci du conseil ». Je penche la tête et me mords la lèvre. « Cela dit, si je peux me permettre, le meurtre dans la salle de bain, c’est un peu cliché, je vous pensais plus original que ça. Pour sûr, je m’attendais à mieux ». Je souris et avance un peu, le laissant refermer la porte en me concentrant sur l’absence de pensées. Je le suis, il se sert un verre de ce que je devine être du scotch, comme un homme, un vrai. Ça me rappelle mon père mais il est hors de question que je dérive sur une quelconque anecdote à son sujet. Il me propose un verre, mais anticipe à merveille la réponse que je risque évidemment de lui donner, et dépose plutôt la bouteille sur le plan de travail, comme une espèce de défi qu’il me lancerait sans le moindre remord. Je fixe l’alcool et secoue la tête, ce n’est vraiment pas raisonnable si je veux rester maitresse de mes actes, étant donné que l’acte me semble déjà difficile en l’état actuel des choses. Et en même temps, un verre pourrait m’aider à penser nettement moins, ce qui ne serait finalement pas de refus. Je le fixe et penche la tête, levant un doigt et secouant la tête. « Je ne crois pas que ce soit raisonnable, je vais m’endormir sur le canapé avant notre première partie de cartes sinon, ce qui serait vraiment, vraiment dommage ». Je ris un peu et secoue la tête, et me penche à l’occasion pour retirer mes chaussures, perdant par la même plusieurs centimètres et creusant l’écart de taille évident entre nous. « Désolée, mais ces choses me torturent… bon sang, vous mesurez combien ? J’en parlerai dans ma prochaine interview ». Je souris un peu et le laisse poursuivre, il cherche décidemment à me faire boire pour attiser ma curiosité, je crois. Il me propose de faire le tour du propriétaire et se cherche une cigarette. Je plisse le front, retenant une remarque sarcastique sur les multiples addictions qu’il semble entretenir, ça ne me regarde pas vraiment, moi l’inconnue à moitié bourrée. Cela dit, je m’approche de la bouteille que je débouche lentement, me servant un verre en toute inconscience. Je le remplis comme il a rempli le sien, peu au fait des doses d’alcool qu’on se sert normalement, et m’approche de lui en sentant la boisson, ne pouvant m’empêcher de retenir une grimace. « C’est vraiment plus fort que le Champagne ». Je soupire et avale péniblement une gorgée, ne pouvant m’empêcher de rire tellement je trouve difficile – et inutile aussi – de boire un truc aussi… Bref. « Vous fumez trop. Je n’ai jamais fumé de toute ma vie, et je parie que ça ne vous étonne même pas ». Je me mords la lèvre et secoue la tête en chassant la fumée qui s’échappe de sa cigarette comme une gamine que j’ai vraiment l’air d’être, avec mes cinquante centimètres de moins. J’approche ma main pour lui voler finalement, et la glisse maladroitement entre mes lèvres pour tenter d’en aspirer une bouffée, sans manquer de m’étouffer au passage. Je tousse, et sens l’humidité border les yeux tandis que je secoue la tête pour la lui rendre. J’inspire, expire calmement pour reprendre possession de ma gorge, et ne trouve pas mieux que l’horrible boisson pour tenter d’apaiser le tout. « Ce soir est une soirée de changement, apparemment », je constate, en plongeant mon regard dans le sien, penchant légèrement la tête sur le côté, intriguée moi-même par l’ambiance, parce ce qu’il se passe, par l’étrange humeur qui s’est emparée de moi. Je crois que l’alcool exerce mon souhait, et finalement, mon cerveau m’offre le plaisir de se calmer. J’inspire et fais volte-face pour explorer la pièce principale, ses nombreux livres et DVD qui ne me sont pas tous inconnus.

« J’aime bien cette pièce », je lance, comme s’il avait besoin de mon approbation ou comme si cela signifiait quelque chose dans l’avancement de la soirée. « J’aime ce genre d’endroit, plus que les énormes maisons vides et austères ». J’acquiesce avant de revenir vers lui, ne tenant finalement pas vraiment en place par moi-même. « Je vais te tutoyer », je lance en souriant. « Dans l’hypothèse où tu arriverais éventuellement à me faire visiter ta chambre, ça me fera moins bizarre ». Je ris un peu et termine mon verre, le déposant sur le plan de travail pour retourner d’où je viens et continuer mon tour tout à fait vide de substance. J’attrape un CD au hasard dans l’étagère et le toise, curieuse, puis tour à tour divers objets pour tenter de les analyser, en vain bien sûr, mes capacités de déduction étant présentement réduites à néant. « J’ai bu, à toi maintenant, tu dois parler ! » Je souris et reporte mon attention sur Clay, relevant les yeux, l’interrogeant du regard. Je retrouve un air un peu sérieux, abandonne une statuette que je viens de trouver et m’approche jusqu’à me poster face à lui, croisant un peu les bras. « Pourquoi moi ? Ce serait plus facile avec n’importe quelle fille trouvée à cette soirée ». J’hausse une épaule, même si ma présence ici dément un peu la chose, de toute évidence. « Besoin de défi ? D’autre chose ? » Je souris un peu, provocatrice, et lui vole son verre pour en avaler une gorgée, gardant les yeux dans les siens, étrangement confiante tout à coup – on se demande pourquoi.
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Mar 14 Mai - 2:04

Finalement, pour deux personnes n'ayant pas la moindre idée de comment se comporter dans cette situation inédite, nous ne nous en sortons pas trop mal. Elle, surtout. Pour un peu, on pourrait croire qu'elle est aussi à l'aise qu'un poisson dans l'eau, alors que c'est probablement très loin d'être le cas. Loin de se barricader dans un placard en attendant que le soleil se lève comme je l'aurais presque envisagé, Cameron emplit mon appartement de sa présence avec une aisance qui me surprend assez, pour être tout à fait honnête. Les effets de l'alcool qu'elle insiste pour mettre en avant s'estompent certainement à l'heure qu'il est – on ne me fera pas croire que deux coupes de champagne peuvent chambouler une femme à ce point, et pourtant elle est là, souriante et volubile, lumineuse, dans mon salon. Elle me reproche mon manque d'originalité en tant que serial killer, et je ne peux que lui donner raison, le corps qui se dissous dans un bain d'acide, c'est non seulement très surfait, mais aussi affreusement banal. Je lui offre une grimaçe gênée en remuant mon verre de scotch. «Vous avez raison, mais que voulez-vous, je débute dans le métier, je n'ai pas encore vraiment trouvé mon style.» Si je gagnais une livre à chaque fois que je raconte des conneries... j'aurais un sacré paquet de livres. De quoi m'acheter un de ces manoirs de Notting Hill que je fais mine de mépriser lorsque, par une ironie du destin, je me retrouve à passer au volant de l'épave que j'appelle ma voiture par ce quartier cossu dont les portes me semblent fermées à jamais. De quoi acheter un manoir, le détruire, et le faire reconstruire même. Mais je coupe court à mes rêves illusoires de grandeur et de richesse, sans grand regret en fin de compte. La scène qui se déroule actuellement dans mon appartement bordélique et bancal requiert toute mon attention, en vérité. Si, avant de la croiser par un hasard assez fou à cette avant première, on m'avait dit que non seulement je passerai une nouvelle soirée en compagnie de Cameron mais qu'en plus, pour ne rien gâcher, elle se rendrait chez moi de son propre chef, j'aurais sûrement conseillé à cette personne d'arrêter de mixer vodka et white spirit. Quand il a été clair qu'elle ne répondrait à aucun de mes appels, j'avais presque renoncé. L'amour du défi ne vaut pas grand chose quand on lui oppose une muraille de silence obstiné, et elle avait beau me plaire, vraiment, il m'était difficile d'arriver à mes fins en négociant avec la voix froide du répondeur.

Cameron enlève enfin ses talons, le supplice chinois que les femmes s'obstinent à porter pour des raisons qui m'échappent, et me semble soudain minuscule – cela dit, ceux qui se penchent pour me parler sont peu nombreux, pour ne pas dire inexistants. Elle semble se faire la même réflexion, puisqu'elle me demande combien je mesure, comme si elle venait de réaliser que j'étais une aberration, une fantaisie de Mère Nature. «Vous vous torturez pour des choses étranges.» Je ris un peu et tente de me rappeler ce qu'il était écrit sur mon book, du temps où j'auditionnais. «Si mes souvenirs sont bons, je mesure un mètre quatre-vingt treize. Je ne suis pas sûr que cette information soit pertinente pour un quelconque article, ni même qu'elle intéresse qui que ce soit, mais c'est vous la journaliste, après tout.» Elle enchaine avec une facilité déconcertante sur le long chapitre de mes addictions en tout genre, et j'ai du mal à déterminer si elle est encore sous l'emprise de l'alcool ou si elle recouvre peu à peu sa lucidité - elle est si différente qu'elle ne me facilite pas la tâche. Décidément d'humeur aventureuse, voilà qu'elle s'empare de la bouteille de scotch et se sert un verre si chargé qu'il pourrait tuer un vieillard sur le coup. Je ne l'arrête pas, mi-impressioné, mi-inquiet. Le geste mal assuré, mais ses yeux, d'une droiture qui me troublerait presque, ancrés dans les miens, elle me vole ma cigarette, s'étrangle de manière assez comique et je lui reprends afin d'abréger ses souffrances. «Je suis un grand partisan du changement, mais n'expérimentez pas trop quand même, je n'ai pas de défibrilateur sous la main.»

Après avoir vidé la moitié de son verre sans complications de santé et complimenté mon intérieur comme tout invité courtois qui se respecte, Cameron décide soudain de me tutoyer car, selon ses propres termes, dans l’hypothèse où j'arriverais éventuellement à lui faire visiter ma chambre, ça lui fera moins bizarre. Cette réplique m'arrache un sourire – la revoilà donc qui souffle le chaud et le froid avec un plaisir visible. Pour ma part, le vouvoiement n'est pas synonyme de distance ou de froideur – bien au contraire, je l'affectionne profondément. Il me renvoie à la nostalgie d'un temps que je n'ai connu qu'à travers les films et les livres, cette époque où les hommes et les femmes ne parlaient jamais pour ne rien dire, et où le sens de la formule créait l'étincelle du désir avec autant de force, si ce n'est plus, que la simple attirance physique. «Dans l'hypothèse, hm?» J'exhale une longue volute de fumée et fronce les sourcils, pensif. «Tu devrais perdre cette mauvaise habitude de toujours parler au conditionnel, c'est bon pour les froussards... et c'est surtout très surfait.» Elle finit son verre, et je retiens un soupir de soulagement en constatant qu'elle tient sur ses deux jambes, et me rappelle qu'il me faut à présent honorer ma part du contrat – peut être le sixième depuis notre rencontre, à croire que nous aimons vraiment beaucoup les contrats et pactes en tout genre. Le deal, simplissime pour une fois, était le suivant: elle boit, je cause. J'écrase donc ma cigarette dans un cendrier de fortune qui, il fut un temps, était sûrement tout autre chose, et croise les bras, attendant la question, qui ne tarde pas. «Pourquoi moi ? Ce serait plus facile avec n’importe quelle fille trouvée à cette soirée» Je ne peux m'empêcher de rire, un peu moqueur, et baisse les yeux vers mon verre pour ne pas les lever au plafond. Ah, les femmes. Parlez moi, mais surtout, parlez moi de moi. Cameron est campée devant moi, un peu plus proche que ne l'autorise le guide victorien des bonnes manières, et pour une fois, ses yeux sont directs, inquisiteurs. «Besoin de défi ? D’autre chose ?» Provocatrice sans en faire des tonnes, elle me dérobe mon verre pour y tremper les lèvres, sans me lâcher du regard. «Tu es vraiment drôle, mine de rien. Tu me reproches de ne pas parler de moi, et puis tu me poses une question à ton sujet.» Pourquoi moi, Dieu sait combien de fois je l'ai entendue, celle là, dans la bouche de différentes femmes. La plupart du temps, cependant, elle sonnait faux, altérée par la surprise et la modestie feintes de celles qui n'y voient qu'un moyen détourné de grapiller quelques compliments. Cette question est vieille comme le monde. Mais dans la bouche de Cameron, elle prend une tonalité différente – celle d'une véritable interrogation, bien que loin d'être stupide, elle a sûrement une idée des raisons qui me poussent vers elle encore et encore. «C'est vrai, j'aurais pu séduire une fille au hasard au Claridge's, ç'aurait été facile, rapide, et sans effort. Et pour être honnête, c'est probablement ce que j'aurais fait si je ne t'avais pas trouvée, planquée derrière ta plante verte.» Je caresse machinalement mon menton mal rasé, cherchant les bons mots, ce qui est plutôt ardu lorsque les messages que m'envoie mon cerveau sont aussi confus. «Je te l'ai déjà dit, tu me plais. Personne ne me plait, ou alors très rarement. Tu m'as envoyé balader, deux fois. Et tu m'intrigues déraisonablement.» Je ne peux rien lui dire de plus, puisque je n'ai moi même pas vraiment compris ce qui me poussait à perdre mon temps et mon énergie pour cette femme. On n'explique pas toujours ce genre d'attirance avec des mots concrets, définitifs. Tout ce que je sais, c'est que je la veux, depuis notre première rencontre désastreuse qui ne devait pourtant mener à rien d'autre qu'un mauvais souvenir. Tout en parlant, j'ai considérablement réduit la distance entre nous, je m'en rends compte à présent. De ma main droite, je me saisis avec douceur de son poignet, et récupère mon verre de l'autre, avant de me pencher vers elle, sans me départir de mon sourire. «Et toi? Qu'est ce qui t'a amené chez moi, si tu es si déterminée que tu le dis à m'éconduire quoi qu'il arrive?» Je descends rapidement la fin de mon verre, histoire qu'elle ne soit pas tentée de me le dérober une fois de plus et m'écarte brièvement d'elle pour le déposer sur le comptoir. Si on pouvait éviter le coma éthylique, ce serait tout aussi bien. Un instant, je la dévisage et je songe que je la trouve bien plus belle ainsi, sans chaussures, dans mon appartement anarchique, que tirée à quatre épingles dans l'atmosphère artificielle du Claridge's. «Ecoute,» lui dis-je en revenant vers elle, «puisque c'est la soirée du changement, on va essayer quelque chose.» Et sans lui laisser le temps de réagir ou de réfléchir, je l'attire vers moi et mes lèvres s'emparent des siennes, l'espace d'un instant. Ce contact, si bref qu'il soit, je le désirais depuis des mois tout en doutant de mes chances de l'obtenir, et à présent il me procure une sensation de félicité indicible. Sitôt mon étreinte relâchée, je recule d'un pas par automatisme, comme si elle allait me gifler telle une Scarlett O'Hara outrée. Mais elle n'en fait rien. Je cherche son regard et lui glisse à voix basse: «Alors, c'est aussi terrifiant, aussi désagréable que tu le laissais entendre? Parce que si c'est le cas, je te promets de m'arrêter là et de te raconter ma vie en long, en large et en travers jusqu'à ce que tu ne voies plus d'autre issue que de vider la bouteille.»
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Mer 15 Mai - 22:02

Fort heureusement, mon expérimentation, et surtout en matière de tabac, s’arrête quand il m’empêche de faire un arrêt cardiaque en récupérant sa cigarette. J’inspire un peu l’air sain – pour ainsi dire – de l’appartement, et me mords la lèvre, comme une enfant attrapée sur le fait d’une bêtise. Je n’ai pas menti, je n’ai jamais fumé, et il aurait de toute façon été impossible de le faire eu égard à la maladie de James. Pourtant, je me suis toujours interrogée sur l’intérêt d’enchainer ainsi la nicotine, si mauvaise pour la santé. Et ce truc n’a vraiment pas un goût agréable, ce qui me conduit malgré moi à pousser encore un peu plus la réflexion. Pourquoi s’entêter à fumer un truc qui vous pourrit la santé si ça n’a même pas le mérite d’être bon ? Je secoue la tête, chassant les dernières veloutes de fumée qui se dégagent autour de moi, mais il vient de toute façon à bout de la chose. Me tutoyer ne semble pas le déranger outre mesure, pas plus que l’idée de me mettre dans son lit, de toute évidence. Il me traite de froussarde et je ris un peu, secouant la tête en inspirant doucement, sentant curieusement le verre que je viens d’avaler revenir à ma mémoire défraichie. Pas qu’à ma mémoire, d’ailleurs, et à sa décharge. Je ne sais plus vraiment, pour être tout à fait franche, si Clay ne parviendra pas à son but ce soir, et la chose me parait d’ailleurs profondément aberrante. Mais je suis là, à peine debout, moins bourrée mais avec un verre dans le nez qui me menace du pire taux d’alcoolémie de mon histoire, et pourtant malgré tous ces facteurs, je me sens étonnamment bien. Presque hors du temps, de l’espace de ma vie habituelle, de la routine agaçante et des longues journées. Je ne me sens presque pas coupable, moins en tout cas que lorsque Julian me fait des avances dans mon bureau les soirs où nous travaillons tard. Je suis plus légère, moins torturée, et finalement je crois que ce qui me fait le plus peur n’est pas exactement ce que je pense. Je n’ai, de ma vie de moi, jamais été courtisée sérieusement par d’autres hommes que James lui-même, qui était du genre peu populaire, un peu à l’écart, timide et mal assuré. Au début, nos échanges n’étaient pas franchement évidents, mais une fois que nous nous sommes connus, il était impossible de le faire taire. Il était du genre gentil, toujours considérant, trop considérant même eu égard à sa condition. Notre relation était assurée, profonde sans le moindre doute, et sa maladie nous a porté beaucoup de passion, lui permettant de s’épanouir et de grandir. La situation est différente ici, et les années prises depuis ma dernière rencontre avec un homme jouent sans aucun doute elles aussi. Je doute que Clay voit en moi une femme qu’il rappellera plus que les autres, mais au moins voit-il une femme plus sans doute que l’enfant que j’étais à l’époque. Une femme qui elle-même se sent particulièrement vivante sous le coup de l’adrénaline qui suit le coup d’état effectué à l’intérieur de son cerveau.

« Je ne suis pas une froussarde, juste une femme prévenante », je réplique en haussant une épaule, pour mettre un terme à mes divagations internes qui n’ont finalement que très peu d’intérêt. Il est temps d’oublier le cadre pour me concentrer sur la soirée et finalement, c’est tout ce que mon cerveau demande je crois. Oui, mais c’est plus facile à dire qu’à faire, et tandis que je tente de me rassurer moi-même sur ma conduite, je réalise finalement que je n’y parviendrais pas. Il faut choisir, choisir de rester et d'assumer ce qui va se passer désormais, ou choisir de partir pour rester la fille lisse et sans histoire que je prétends être, reprendre le cours de ma vie pénible, parfois tolérable. Qu’est-ce qui vaut le mieux, qu’est-ce qu’il ne faut pas, je n’ai pas le temps de le savoir, et de toute façon, ce n’est objectivement pas possible. J’aimerai tellement disposer d’un énorme bouton pour faire taire toutes ces voies insupportables qui me torturent, mais ça non plus, ça n’est pas possible, alors je me contente de rentrer un peu plus dans le jeu, consciente que plus j’avance, plus il deviendra impossible d’en sortir, si ce n’est d’ailleurs pas déjà le cas. Pas parce que je n’aurais pas techniquement la possibilité de le faire, partir, quitter ces murs, le torturer encore en m’installant dans son canapé pour distribuer les cartes, les lettres du scrabble, pour m’épancher tragiquement sur ma vie compliquée, pour lui expliquer en long en large et en travers toutes les raisons qui me viennent à l’esprit quand je me maintiens dans la droiture et la sagesse. Raconter l’histoire d’un mari mort serait sans doute une très bonne solution pour tuer tout le désir qu’il me porte. Mais je n’en ai pas envie, pas plus que de partir pour être honnête. Alors je pose des questions, et il réplique par une répartie pleine de sens et complètement juste, je me dois bien de l’admettre. Je penche un peu la tête sans répliquer d’abord pour le laisser répondre, le compliment me flatte bien entendu, qui ne serait pas flatté ? Je rougis je crois, évidemment, toute la parure de la fille coincée est timide m’a été fournie à la naissance. Je plisse le front en essayant de me cacher derrière des prétextes qui ne tiennent pas la route quand il me retourne la question, sifflant son verre et s’en débarrassant comme s’il souhaitait l’éloigner de moi. « L’alcool ? » J’hausse un sourcil et secoue la tête, la discussion est sérieuse, du moins je le crois, il n’est pas vraiment l’heure de plaisanter. Parce que oui, c’est une blague, et une petite voie me pousse à croire qu’alcool ou pas, j’aurais bien fini par accepter de le suivre quelque part, n’importe quand, finalement. « Ca faisait longtemps qu’on ne m’avait pas traitée comme ça ». Je me mords la lèvre, gênée par la confession mais finalement plus à l’aise, l’alcool qui revient, peut-être, sans doute. « Comme une femme qu’on peut séduire, à laquelle on peut parler sans la ménager, comme une adulte normale », je précise. Julian est presque la seule exception finalement, car ses mauvais traitements ne me ménagent clairement pas, mais sa souffrance est liée à la mienne et il n’a indéniablement pas la capacité à me changer les idées et l’esprit avec ses piques constantes et son air de défi permanent.

Il revient finalement vers moi après avoir anéanti définitivement son doute, sans doute empreint d’un air sérieux, plus sérieux encore que celui qu’il arborait il y a de ça quelques minutes. Il plante son regard dans le mien et mon cœur s’accélère bien contre ma volonté. Il me parle de changement mais je ne suis pas sûre ni d’écouter ni de comprendre réellement ce qu’il me dit, n’anticipant que le geste qui vient bien plus rapidement que ce à quoi je m’attendais. Il m’attire contre lui, liant nos lèvres un court instant, trop court sans doute, qui me laisse pantoise et me fait tourner la tête. Je le fixe, interloquée, me demande comment je suis censée réagir. Je ne peux pas, de toute façon, je suis bien trop occupée à gérer le cognement de mon cœur et la sensation étrange d’étourdissement qui s’empare de moi. Je ne veux même pas penser à toutes ces choses auxquelles je pourrais penser tout de suite, juste me concentrer sur la sensation complètement nouvelle qui vient de s’emparer de moi. Toujours en train de le fixer, comme si je pouvais trouver une quelconque réponse sur la marche à suivre dans ses yeux, je l’écoute répliquer, visiblement lui-même un peu chamboulé, une proposition étrange que je ne suis pas en mesure d’interpréter tout de suite. Quand je réalise de quoi il s’agit, figée face à lui, je réalise aussi que mon choix est fait. Je me mords la lèvre, ferme un instant les yeux, oubliant vraiment de penser, et m’approche d’un pas pour combler l’espace qu’il a instauré entre nous en se détachant. « Je… » Oups. Je ne sais pas exactement ce que je suis censée dire dans pareille situation, et je crois que les mots me manquent, refusant de venir de manière logique et construite. « Tu… » Okay, stop. Je pose timidement une main sur son cœur, sans comprendre moi-même le sens du geste, et me hisse sur la pointe des pieds, toujours aussi petite qu’il y a une demie heure. Fichus talons. « Je n’ai plus envie de discuter ». Non pas que j’aie envie de le blesser si jamais il vient de décider curieusement qu’il avait envie de me raconter sa vie, mais je ne pense pas, de toute façon, que ce soit le cas. Ecouter ses récits ne servira de toute façon qu’à attacher mon cœur à un endroit où il n’a ni vocation ni droit d’être, et la sensation ressentie au contact de ses lèvres sur les miennes mérite largement d’être explorée, même pour une nuit. Mon corps la réclame, d’ailleurs, et c’est avec un naturel criant d’originalité que mes bras s’enroulent – tant bien que mal – autour de son cou, et que mes lèvres rejoignent cette fois-ci les siennes en pleine possession de leur volonté. Je ferme les yeux, prolongeant le baiser que je lui offre cette fois, sentant mes sens qui s’emballent tandis qu’une chaleur que je n’ai pas ressentie depuis bien longtemps s’empare de moi, dangereusement addictive.
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Ven 17 Mai - 1:45

Depuis des années, depuis mes premiers rapports amoureux en fait, je me traîne une réputation de Don Juan de la pire espèce. Celle d'un homme uniquement régi par son désir impulsif, égoïste, froid et négligeant, se souciant peu de ses partenaires qu'il ne considère que comme des corps certes attrayants, mais dépourvus d'émotions. Celle d'un irrécupérable enfoiré, aussi séduisant qu'amoral, à qui on crève d'envie de plaire et qu'on maudit au petit matin, lorsqu'il s'enfuit sans demander son reste. Toute réputation a un fond de vérité, je n'aurais pas l'hypocrisie de le nier, mais pour ma part, je vois la situation d'un point de vue plus nuancé. C'est vrai, j'appréhende depuis toujours les relations sentimentales, ou du moins les clichés qu'elles véhiculent, avec cynisme et circonspection, et plus que jamais ces derniers temps, j’enchaîne les rapports mécaniques et inconséquents. Mais ce va et vient vide de sens, je le dois à ma perpétuelle insatisfaction – et à mon sale caractère. Les femmes se suivent, se ressemblent, et me déçoivent. Pour une raison ou une autre, toutes sublimes ou relativement belles qu'elles soient, elles finissent par tomber en disgrâce, avec un automatisme implacable – une remarque qui lève le voile sur la stupidité que dissimulait leurs charmes, un vide culturel, un rire particulièrement irritant, n'importe quoi. Longtemps, j'ai été en quête de quelque chose d'indéfinissable que mes amantes et copines épisodiques semblaient incapables de me procurer, malgré notre bonne volonté mutuelle. Désormais, je n'essaie même plus – je n'en ai plus l'envie ni la motivation. Et puis, il y a tout le reste. Depuis mon accident, ma chute et ma longue traversée du désert, ma vie me consterne un peu plus chaque jour. Comment alors envisager d'y inclure quelqu'un, même pour une semaine? Je ne me sens plus en mesure d'offrir autre chose que ce que les femmes que je fréquente attendent de moi: des traits d'esprit coupés de gorgées de champagne, des effluves de cigarette, des paroles en l'air et des aventures qui ne durent généralement qu'une nuit, sources de plaisir parfois intense, parfois plus modéré, toujours bref. J'y trouve la satisfaction de n'être jamais déçu, ce qui me contente à défaut de me combler, et je me complais ainsi dans la répétition de cette machinerie bien huilée.

Ce soir pourtant, je sens comme une erreur qui se glisse insidieusement dans la chaîne de montage, ou plutôt un imprévu. Le temps semble suspendu depuis que j'ai, pour la dernière fois, laissé à Cameron l'opportunité de faire marche arrière, avant qu'il ne soit définitivement trop tard. Elle me fixe, et le trouble grandissant qui émane d'elle devient presque palpable, envahit l'espace que j'ai instauré entre nous. Moi-même, je le reconnais avec un désarroi teinté d'incrédulité, je sens en mon for intérieur une sensation tout à fait inédite, dont je ne saurais dire si elle est plaisante ou désagréable. Comme un feu qui brûle par intermittence, me tord le ventre et m'électrise, sans la moindre explication rationnelle. Bon sang, si je pouvais mettre le doigt sur ce qui me rend fou à ce point chez cette fille. Que je puisse m'en débarrasser et éviter l'écart de conduite qui se profile à l'horizon. J'attends, pendant ce qui me paraît une éternité mais n'est certainement qu'une poignée de secondes, un geste, une réplique qui ne vient pas. Et puis, quand elle pose sa main sur mon cœur, d'un geste impulsif, je sais. Je sais pourquoi elle me fait tant d'effet. Malgré moi, sans pouvoir m'en empêcher, je la trouve touchante, dans ses hésitations, ses troubles, ses malaises, ses réticences. Elle est terriblement attachante, et c'est mauvais, très mauvais. Je ne suis pas censé éprouver ce genre de choses – ça va à l'encontre de tous mes principes.

Lorsqu'elle décrète, enfin, ne plus avoir envie de parler et noue ses bras autour de mon cou pour un baiser bien plus long, et cette fois totalement consenti, j'en lâcherai presque un soupir de soulagement tant, jusqu'à la dernière seconde, j'ai douté de sa réaction. Voilà autre chose qui me perturbe et m'agace, tiens – je ne suis pas homme à douter, surtout dans ma relation aux femmes. Mais l'effet que produit cette étreinte est suffisamment enivrant pour mettre momentanément mon orgueil au placard. Le contact de ses lèvres, qu'elle a cette fois initié, est comme une décharge, et à cet instant, je me sens comme un adolescent qui découvrirait les plaisirs charnels, un comble. Le désir qu'elle m'inspire gronde en moi, mais je serais sacrément imbécile d'y céder maintenant, pas après avoir patienté si longtemps. Alors, un instant, je m'arrache à ses lèvres, et relevant son menton vers moi d'une main, je m'absorbe dans la contemplation brève, mais admirative, de la perfection de ses traits fins, de ses yeux lumineux. «Tu as raison, on aura tout le temps de parler après.» Je lui souris, et laisse ma main courir le long de son dos, devinant au passage sa taille fine, ses courbes délicates que je meurs d'envie de dessiner du bout des doigts. Avant que je ne l'embrasse, elle a avoué que j'étais la première personne depuis longtemps à la traiter non pas comme une pauvre petite créature mais comme la jeune femme qu'elle est, finalement. Et en vérité, je pourrais lui retourner la pareille. Plus personne ne s'intéresse à moi, à ce que je pense, à ce que je fais, sans arrière pensées. Le peu d'amis qui me reste me regardent toujours avec cette inquiétude à peine voilée dès que j'ai un verre à la main, comme si je risquais à tout moment de leur fracasser sur le crâne, ou de leur crever entre les doigts. Lorsqu'ils me demandent ce que je deviens, c'est toujours avec cette voix empreinte d'une sollicitude écœurante qui me file la nausée. Les femmes avec qui je partage mes nuits s'intéressent faussement à moi, comme on fait pour meubler les heures qui séparent la rencontre de l'assouvissement du désir, et qui constituent la phase de séduction. Leurs lèvres s'ouvrent, des mots en sortent, forment des questions, mais leurs yeux, langoureux et perdus à mille lieux de la conversation, ne font guère illusion. «Tu sais...» Non, finalement, non, mieux vaut me taire. Je me garde de formuler ces mots à voix haute, de crainte qu'ils ne prennent plus de sens que prévu, une fois franchie la barrière de mes lèvres. Alors je hausse les épaules, en jouant avec une mèche de cheveux tombée sur son épaule. «Non, rien, on s'en fout.» Et je me saisis de sa main, pour l'entraîner hors de la cuisine, lieu assez peu approprié enfin de compte. Une fois dans le couloir, je laisse mon désir s'exprimer plus librement, et je l'attire contre moi pour l'embrasser longuement à mon tour. Incapable de rester immobile plus longtemps, je la pousse sans brusquerie contre la porte de ma chambre, une main s'attardant sur sa taille, l'autre caressant sa nuque. Je ne m'aventure pas plus loin pour l'instant, soucieux de ne pas la brusquer, car j'imagine bien qu'elle est en proie à d'intenses contradictions que je ne désire pas attiser. Presque à regret, je délaisse ses lèvres un instant, croise son regard et pousse un soupir imperceptible. «Finalement, je crois que ça me plaît, que tu m'aies fait languir comme ça.» La satisfaction que m'apporte son corps contre le mien n'en est que plus intense, bien plus que si elle n'avait été que l'affaire d'un soir, facile comme les autres. Je ne parviens pas à retenir un sourire de défi entre deux baisers. «J'espère que tu as conscience que maintenant, il n'y a aucun moyen que je te laisse partir avant demain matin.»
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Mar 21 Mai - 22:07

L’inédit de la situation ne joue pas en ma faveur, il faut bien l’admettre. Je n’ai jamais été ce genre de fille à vivre des choses qui sortent de l’ordinaire et vous provoquent cette vague d’adrénaline qui m’est finalement inconnue, et je ne peux pas blâmer ma vie de femme mariée pour ce fait là parce que je ne l’ai jamais été, favorisant toujours le sérieux et le casanier aux choses non programmées. Sans dire de moi-même que je suis une control freak, sans affirmer que les évènements non planifiés me perturbent au point que je préfère les éradiquer complètement de mon existence, je dirai qu’une certaine ligne de conduite m’a toujours accompagnée et, sans jugement aucun sur les actes des autres que je me suis toujours forcée à tenter de comprendre, je pense que cette vie dénuée de dangerosité était la seule solution pour que j’arrive à vivre tout ce que j’ai vécu. Mais si l’histoire avait été écrite différemment, si je n’avais pas rejoint les bancs de la fac pour suivre ces cours, si James n’avait pas croisé mon chemin et que je n’étais pas tombée amoureuse de lui, cette vie-là aurait fini par me lasser. De mémoire de vivante, j’ai toujours été un peu jalouse de l’indépendance des femmes fortes, de la séduction des dames du Monde, celles qu’on remarque aux soirées mondaines, celles qui font le choix de vous ignorer simplement parce qu’elles estiment en avoir la légitimité. Je n’ai jamais été malheureuse en étant moi, simplement jalouse de l’attirance magnétique que certaines personnes exercent sur vous. Mais l’histoire ayant été écrite telle que je l’ai vécue, je n’ai finalement aucun regret à avoir, si ce n’est sans doute celui de devoir me relancer à corps perdu dans la vie, la vraie vie d’adultes. L’alcool m’aide bien évidemment à penser moins que si j’avais été sobre, et c’est tant mieux. Je n’aurais jamais pensé être capable de fréquenter un homme aussi rapidement, encore moins alcoolisée et pour ce qui sera vraisemblablement le temps d’une soirée. Si mon cerveau n’était pas engourdi par les effluves d’alcool, il se poserait sans doute un tas de questions, allant de l’éthique au remord en passant par le deuil, mais la seule chose qui ponctuellement me traverse l’esprit, c’est la question de savoir si je serai à la hauteur de ses vraisemblables attentes purement techniques. Il vaudrait mieux que j’arrête tout de suite de penser à ça, et fort heureusement, ses lèvres sur les miennes me facilitent grandement la tâche. Mon esprit accepte de m’offrir un peu de répit et je frissonne en sentant ses mains qui parcourent mon dos. Je reste accrochée malgré la distance qu’il impose à nos baisers, le regardant d’un air interrogatif auquel il répond par une phrase impulsée qui ne trouvera jamais de suite. Je me sens étrangement électrisée, étrangement attirée, aussi, et la chaleur de son corps contre le mien m’obnubile complètement. Il attrape ma main pour que nous quittions finalement la cuisine, et je me laisse entrainer, fermant les yeux quelques secondes à la recherche de toutes ces sensations qui se rencontrent en ce moment même à l’intérieur de moi.

J’ai oublié, je crois, la sensualité, la féminité, les bras et la chaleur d’un homme, le désir. James et moi n’avions pas exactement une relation comme ça, du moins pas à la fin, et la fin a duré un certain temps. Aux derniers mois de sa vie, nous sommes devenus des amoureux passifs, subissant les jours qui passent et le rapprochement de la menace. Il a perdu son souffle, sa force, et puis la vie, et nous nous sommes transformés, passant du couple que nous formions presque normalement à l’université à un couple réglé aux heures près, aux contraintes diverses et aux habitudes lourdes. Qu’on ne s’y méprenne pas, j’avais signé en toute connaissance de cause et d’amour pour cette vie-là. Mais me trouver ce soir entre ces murs me fait bizarre, parce que c’est inédit, et que j’ai l’impression que mes vraies aventures remontent à des années plus loin encore. Je referai tout ce que j’ai déjà fait dans ma vie si je devais la revivre, clairement, ça ne m’empêche pas de penser qu’elle a été particulièrement difficile. Et qu’en plus de ça, maintenant qu’il s’agit, sans mauvais jeu de mot, de se remettre en selle, je ne suis pas sûre d’être exactement à la hauteur de ses atteintes. Voilà que l’idée me reprend, sinueuse, et il faut définitivement que je m’en débarrasse.

Une fois dans le couloir pourtant, un nouveau baiser vient interrompre mes pensées. Mes mains s’accrochent, guidées par leur seul instinct, et les siennes me guident jusqu’à ce qui semble logiquement être la porte de sa chambre. Une fois de plus, je me laisse faire, fermant les yeux, ne les rouvrant que pour découvrir la pièce quand il me rend ma capacité de penser pour quelques secondes. Il aime l’attente, finalement, et je ne peux retenir un sourire amusé à ce constat. Je pose mes mains sur ses épaules, pour le forcer à s’asseoir sur son propre lit, déposant furtivement mes lèvres sur les siennes, m’autorisant un contact que je n’ai plus l’habitude d’avoir depuis tellement longtemps maintenant. « Je ne compte pas partir ». Mes doigts effleurent sa joue un court instant, et je me mords la lèvre, inspirant pour calmer le débâcle de mon cœur à l’intérieur de ma cage thoracique. Je m’écarte lentement de lui finalement, parcourant les quelques mètres qui me séparent des étagères installées là, observant les objets qui composent sa chambre. Je me détache les cheveux en observant ses livres, toutes ces autres choses qui font partie intégrante de son univers, et qui en disent peut être un peu plus long que ses seules remarques régulières. J’observe les lieux quelques instants, arrivant très difficilement à me contenir moi-même finalement. Je m’approche à pas tranquillement, laissant mes bras encadrer son cou de nouveau, plus douce encore si c’est possible. Je m’installe sur ses genoux, pour une fois mes yeux se trouvent à la hauteur des siens, et mon cœur repart au rythme de l’appréhension, de l’alcool qui s’emmêle à mes propres pensées plus ou moins sobres, et du reste. Je l’observe un instant, essayant de faire le parallèle entre la pièce et le personnage, bien plus intriguée que je ne peux le laisser paraître. Je remets en place son col, nerveuse cela va sans dire, mais lui offre un sourire néanmoins. « Est-ce que tu as assez attendu ? » Mon sourire s’élargit et je me mords un peu la lèvre. Je ne le laisse pas répondre, parce que je crois que je connais déjà la réponse. L’attente s’arrête ce soir, et je sais, malgré l’alcool et les mauvais traitements infligés par mon cerveau, que j’en ai terriblement envie moi aussi. Je lie mes mains autour de son cou de nouveau, déposant mes lèvres sur les siennes avec plus d’assurance peut être. Je ferme les yeux, lutte pour réguler ma respiration et ne pas avoir l’air d’une adolescente de seize ans. Mes lèvres quittent cependant rapidement les siennes et mon front prend appui sur le sien. « Je crois que oui ». Ma main glisse le long de son col jusqu’au tissu de sa chemise, j’embrasse la commissure de ses lèvres, incapable de maitriser l’affolement de mon rythme cardiaque. « Ca fait très longtemps que je n’ai pas partagé le lit d’un homme », je murmure, en souriant tranquillement. J’évite de lui laisser trop le temps de réaliser ou de répondre cela dit, préférant reprendre possession de ses lèvres, capable de bien peu d’autres initiatives.
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Lun 27 Mai - 1:44

C'est drôle, quand j'y repense, à quel point la vie que je menais avant était bercée par un agréable sentiment d'incertitude. Je n'avais pas d'adresse fixe – six mois à Londres, deux à Brighton, le reste Dieu sait où. Aucun rôle n'était acquis d'avance, et les femmes que je convoitais étaient des actrices cérébrales, des bourgeoises au cœur de mécènes qui constituaient toujours un défi de taille. Dans tous les aspects de mon quotidien, je devais me battre comme un lion sans jamais être certain d'obtenir ce que je voulais – mais je ne m'en plaignais pas, bien au contraire, cette dépense permanente d'énergie me stimulait, me faisait me sentir vivant. Je n'étais jamais sûr de rien, si ce n'est de moi, et c'était tout simplement jouissif. Et puis, je me suis explosé le dos, j'ai bu plus que de raison, et j'ai réduit les aboutissants de cette lutte à néant en un clin d'oeil, et l'impensable s'est produit. Je me suis retrouvé, sans crier gare, englué dans la monotonie étouffante de la certitude. Comme un rampant, tapi dans l'ombre, elle s'enchaine à moi dès le petit matin, quand je me lève pour me rendre dans cette école où, certes, je gagne ma vie en demeurant connecté à ce qui fut un jour ma raison d'être, mais où je m'emmerde royalement, avec la peur grandissante de creuser ma propre tombe. Avec les femmes, c'est le même topo. Actrices de seconde zone, polygames déchirées entre les ténébreux Jack Daniels et William Lawson, femmes mariées désabusées, paumées magnifiques – je les enchaîne avec facilité. Comme des aimants, nous nous attirons dans la jungle du Londres nocturne, et je sais que quoi qu'il arrive, elles seront miennes dès que j'en aurai décidé ainsi. Ainsi, chaque soir, lorsque je regagne ma grotte à Camden Town, c'est avec une certitude impitoyable que je peux me planter devant le miroir, me regarder droit dans les yeux et affirmer en toute honnêteté que cette journée, semblable en tous points aux précédentes, était complètement dénuée d'intérêt.

Mais depuis que j'ai rencontré Cameron, c'est stupide, mais l'incertitude qui m'était chère a opéré un retour discret, mais néanmoins distinctif. A son corps défendant, elle m'a bousculé dans mon train de vie routinier, dans mon confort, jusque dans mes principes. Et en ce moment même, une partie de moi n'est pas certain qu'elle soit réellement là, dans mon appartement, cette nuit. Si je lui expliquais, elle rougirait sûrement, et prétendrait qu'elle ne voit pas du tout pourquoi. La chaleur de son corps gracile et de ses lèvres ont ce prodigieux pouvoir de distraction qui occulte, par vagues, tout le reste, si ce n'est cette explosion de sensations oubliées qui envahissent mon cerveau dans un bordel total. Il me semble que nous sommes entrés dans ma chambre, finalement, et ce n'est que quand elle rompt notre étreinte, trop longuement à mon goût, que je réalise que je suis à présent assis sur mon lit. Au milieu de la pièce, Cameron semble absorbée dans la contemplation du désordre organisé que constituent mes affaires, comme si elle comptait y glaner les réponses aux questions qu'elle n'a pas encore posées – et qu'elle ne posera probablement pas. Elle détache ses cheveux qui retombent souplement sur ses épaules, et ce simple geste, que j'ai vu mille fois, la rend encore plus belle et désirable qu'auparavant. Et puis elle revient vers moi, aussi vite qu'elle était partie, sur mes genoux. Ses mains se lient autour de mon cou tandis que les miennes enserrent sa taille fine dont je dessine les contours tandis que, nerveuse, elle joue avec le col de ma chemise tout en me demandant si j'ai assez attendu. Venant d'elle, cette remarque ne peut que me faire sourire. A vrai dire, j'aurais pu attendre encore un peu, quelques jours encore peut être. D'ordinaire, la chasse m'enthousiasme plus que le résultat final, mais quand elle répond à ma place et décrète que oui, je finis par lui donner raison. J'ai à peine le temps d'acquiescer qu'elle m'embrasse à nouveau, et chaque fois que ses lèvres rencontrent les miennes, elle attise davantage mon envie quasi obsessionelle de la posséder entièrement, ce soir. Tout en lui rendant son baiser, avec les intérêts, je laisse une main remonter lentement le long de sa cuisse, tandis que l'autre s'attarde sur sa nuque et joue avec ses longues mèches blondes. Et voilà qu'elle m'échappe encore une fois, pour m'avouer ce que je devine, qu'il y a très longtemps qu'elle n'a pas partagé le lit d'un homme – et encore une fois, elle parvient à me toucher de façon inédite, et particulièrement pour quelqu'un comme moi qui, en bon cynique, ne s'émeut plus de grand chose. Il est probablement dangereux de la laisser avoir cet effet sur moi, mais il n'y a rien à faire, encore moins quand elle est enfin contre moi, dans ma chambre, en (presque) pleine possession de ses moyens et de sa raison. Je devrais sûrement me sentir flatté d'être le premier – du moins, j'imagine – à obtenir ses faveurs depuis la mort de son mari, mais mon côté pragmatique m'en empêche. L'alcool aidant, la lassitude provoquée par mes avances répétées, la solitude plus ou moins inconsciente d'une trop jeune veuve... Peut être qu'elle me céde enfin, presque par ennui, ou pour s'assurer que je la laisse définitivement en paix.

Ah, mais bordel, voilà que je me mets à penser beaucoup trop, moi aussi – à croire que son mal est contagieux. Ce genre d'idées est tout simplement ridicule, surtout que je sens, à ses baisers qui gagnent en assurance ou à la façon qu'elle a de me toucher, que son désir fait écho au mien. Ce soir est une parenthèse, pour elle comme pour moi, et je compte bien laisser le spectre du mari et mon esprit terre-à-terre et négatif en dehors de tout ça. D'une main posée au creux de ses reins, je l'attire encore plus contre moi et soutiens son regard, un brin provocateur. «Désolé, mais je suis incapable de t'aider par rapport à ça, vu que...» Tout en parlant, j'entreprends de faire glisser la fermeture de sa robe le long de son dos, lentement. Au fur et à mesure qu'il se dénude, je le parcours du bout des doigts, admiratif de la douceur de sa peau. «...personnellement, je n'ai jamais partagé le lit d'un homme.» Je ris, impressionné par ma capacité phénoménale à raconter n'importe quoi en toute circonstances et fait descendre sa robe le long de ses épaules, que j'embrasse, remontant jusqu'à la naissance du cou, m'attardant sur sa clavicule impeccablement dessinée. Ce faisant, je sens son coeur qui cogne dans sa poitrine, à un rythme effréné. A nouveau, cette douleur au creux du ventre me relance, plus lancinante que jamais, qui me plait autant qu'elle me surprend. Il faudrait quand même que je songe à garder la tête froide – si une simple étreinte m'enivre à ce point, il y'a un sacré problème... mais elle me trouble, et pourrait bien me rendre fou, là est l'inquiétante vérité. Je cesse un instant de me délecter de sa peau pour rencontrer ses yeux, et conclure ma répartie. «Mais d'après ce qu'on raconte sur le sujet, je pense que ça se passera très bien.» Je la regarde, savourant la vue que m'offre son visage, et pour que l'un comme l'autre, nous cessions de réfléchir, je laisse mon désir s'exprimer plus librement. Les choses s'accélèrent rapidement, sa robe tombe à mes pieds et tout en la gardant dans mes bras, je l'allonge sur le lit. Elle ne pèse rien, c'est incroyable. Je me redresse et parcours rapidement son corps du regard, ce corps dont je veux toucher, découvrir, embrasser la moindre parcelle. Mes mains s'emparent de ses hanches, et mes lèvres des siennes, et je suis à deux doigts de lui demander si elle est sûre, de vouloir aller jusqu'au bout avec moi ce soir, si elle ne va pas le regretter aussitôt les vapeurs d'alcool évacuées. Je me retiens in extremis, parce que ce serait vraiment idiot de ma part et ris de ma propre incohérence. J'enserre sa taille et la fait pivoter de façon à ce qu'elle se retrouve à nouveau assise à ma hauteur, et prends son visage entre mes mains. «Empêche moi de parler.» Je mets mon cerveau en mode veille, et repars à l'assaut de ses lèvres. J'aurais tout le temps de me prendre la tête plus tard. Pour le moment, sa présence est tout ce qui m'importe.
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MessageSujet: Re: a silver lining climbing on my desire (ft. cameron)   Mar 4 Juin - 19:06

L’humour se mêle au jeu, son humour en tout cas, et je lui souris, réellement reconnaissante. Mes mains tremblent, je m’accroche à ses épaules pour éviter de m’illustrer dans mes débats internes. J’embrasse ses lèvres de nouveau, renouant avec la sensation étrange que cela me procure, étirant les instants en minute pour graver ces images dans mon esprit, apprécier le retour de la féminité à sa juste valeur, réfléchir, profiter sans aucun doute. Parce que le débat est là et même si je m’entête de manière acharnée à l’écarter de mon esprit pour l’instant, il est indéniable que coucher avec Clay ce soir ne restera pas sans conséquence pour mes réflexions et tergiversations diverses et internes. J’ai aimé un homme, il est mort, et je me suis refusée aux autres de manière définitive pour éviter le sentiment de trahison ressenti bien trop souvent à son égard, à l’égard de James. J’ai toujours imaginé que je ne finirai pas seule, sans doute remariée dans une relation tranquille avec un type gentil, le tout exempt de la moindre passion, par respect sans doute pour James auquel j’ai toujours imaginé devoir rendre des comptes. Ce que je vis ce soir est bien loin de tout ce que j’aurais pu imaginer, et bien loin aussi d’une relation tranquille avec un type gentil. Je ne suis pour sûr pas devenue la femme de la vie de Clay Altman sous prétexte qu’il a réussi à me retirer ma robe, et je doute même qu’il ne prenne la peine de me rappeler une fois que j’aurais passé le pas de sa porte, demain. A vrai dire, je n’ai pas la moindre idée du mode de fonctionnement de ce genre de relations. Je ne sais pas ce que je suis censée donner, dire, prendre, laisser, espérer. Rien, sans doute, vivre le moment présent, apprécier l’instant. Renoncer à ce qu’il se passe ici me serre presque le cœur - et me voilà repartie dans les élucubrations mentales aussi fatigantes qu’inopportunes et ennuyeuses. Il faut que je me concentre, que je bloque tout accès possible à ces pensées oppressantes. Pourtant, ce serait mal me connaître moi-même que de penser que je serai capable de claquer sa porte la tête haute demain matin. Je ne suis pas juste en train de coucher avec Clay – non, le qualificatif serait bien trop simple. Je m’offre à lui, dans une mesure indéniablement terrifiante pour moi, comme le premier homme après l’unique, comme l’exception aux règles exigeantes que je me suis imposées. Je m’offre à lui ce soir et tout ça à un prix élevé qui fait que je serai tout bonnement incapable de tourner les talons et d’accepter le fait qu’il ne me laissera jamais aucune nouvelle. Il va me manquer, j’attendrai un coup de fil, le cœur battant, sa présence pour effacer la culpabilité, le doute, l’angoisse, et tout ça ne viendra pas. Je vais me retrouver seule face à des démons que je ne veux de toute évidence pas affronter, et qui blâmer en dehors de moi ?

Mais ceci n’a finalement plus grande importance, ce qui est en marche ne peut être stoppé ni par Clay, ni par moi. Je le désire, maintenant, j’ai envie que tout ça se passe, et le plaisir que m’inspire l’idée n’est qu’un bref aperçu de ce que mon corps réclame. Peu importe la culpabilité, peu importe demain, je n’ai besoin que de le sentir près de moi ce soir pour oublier le reste. Peut-être que c’est ça dont j’ai besoin, une soirée comme ça, et peu importe le reste, la souffrance, les remords, les regrets, du moment que tout se passe bien. Je ne m’en porterai sans doute que mieux après. La vie apporte parfois une dose d’inconnu bienvenue et c’est sans doute ce qu’il m’arrive ce soir, je n’ai plus qu’à saisir l’occasion, à me laisser aller à ce qui aurait pu être considéré comme un écart de conduite, à profiter de l’instant, de la beauté du moment, de son corps de Dieu et du désir qu’il me porte, qui me flatte, sans aucun doute, faire abstraction du reste et ne redevenir qu’une jeune femme, qu’une femme, seulement moi.

Il détache ma robe, et ses baisers me déclenchent des frissons par vagues qu’il ne peut ignorer, augmentant considérablement mon rythme cardiaque. Je m’accroche à lui pour me laisser faire, fermant les yeux, enivrée par le moment présent, l’instant. Ma robe finit par tomber, et d’un agile coup de bras, il m’allonge sur son lit, son regard me brûle presque et mon ventre appelle le contact, plus. Je ferme les yeux quelques instants et me mords la lèvre, le laissant revenir à moi. Il s’empare de mes hanches et me redresse, contre lui, encore. Je rouvre les yeux, déboutonnant sa chemise lentement, collant mon front contre le sien, mais la vitesse reprend le dessus quand ses mains encadrent mon visage. Il me demande de l’empêcher de parler, et je ris un peu, glissant mes mains dans ses cheveux pour accrocher mes lèvres aux siennes de nouveau. Je reste comme un ça un instant, le désir se fait pressant et mes mains glissent le long de son cou pour s’attaquer de nouveaux à sa chemise, que je finis par écarter puis par enlever. Mes lèvres ne parviennent que très difficilement à s’arracher aux siennes, au prix d’un effort presque surhumain. Je caresse sa peau et j’attrape sa main pour regagner ma place, allongée sur son lit, l’entrainant au-dessus de moi. Mes jambes encadrent son bassin et je presse mon corps contre le sien, glissant mes mains dans ses cheveux de nouveau pour l’embrasser encore, technique qui se révèle assez efficace pour éviter de parler – et de penser. Mes gestes se font plus automatiques, plus assurés, comme réveillés d’une époque révolue, et je tremble un peu sous ses caresses, ne parvenant pas à modérer mon envie, le désir que j’éprouve. Je l’approche encore, glissant une main agile dans mon propre dos pour dégrafer mon soutien-gorge, le laissant prendre le contrôle du reste des opérations sans jamais lâcher ses lèvres, tandis que mon corps se cambre légèrement sous le sien. Un instant, je m’écarte, caressant sa joue, mettant entre parenthèse l’engouement et la violence du désir pour revenir à plus de tendresse, je crois. J’aimerai le remercier, mais je paraitrais sans doute ridicule et tout à fait inconvenante, peut-être même blessante. Pourtant, il n’y aurait rien d’outrageant là-dedans, mais je préfère garder le silence, me mordant la lèvre pour l’observer, encore un instant. « Rappelle-moi, d’accord ? » Je ris un peu, et arrête de caresser sa joue. Je le dis maintenant parce que je serai capable d’oublier que je le souhaite vraiment une fois la soirée terminée, et la réalité m’ayant rattrapée, alors que ce soir, je sais avec certitude que je veux qu’il le fasse. Il le fera, ou pas, peu importe. Je gagne ses lèvres de nouveau pour l’empêcher de répondre quoi que ce soit, ferme les yeux, m’oublie dans le désir et dans le plaisir aussi, laissant mes gestes se diriger naturellement, faisant abstraction de tout ce qui m’entoure pour ne me concentrer que sur lui, contre moi, et sur la sensation que j’éprouve à cette idée, me laissant emporter dans la tornade des ressentis, détachée de toute gêne, embrassée par le désir.


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