IRL & JAD ✖ A dream upon waking

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MessageSujet: IRL & JAD ✖ A dream upon waking   Dim 3 Fév - 20:36


✖ Jordan DEneriaz & ivory Levy ✖
« CAMBRIDGE # fitzwilliam street # Appartement de Jordan »
Ma main se tient face à la porte d'entrée, seulement je ne parviens pas à frapper à la porte. Pourtant ce n'est pas si compliqué, je viens rendre visite à un ami! Bien sûr, un ami pour qui j'ai des sentiments forts depuis des années, qui revient dans ma vie après quelques années d'absence, je crois tromper qui en pensant à Jordan comme un ami?! Il est bien plus que cela, je le sais. Seulement, tout est confus dans ma tête, surtout depuis son arrivée à Cambridge. Même si rien n'était clair dans ma tête avant -surtout quand je pense à ma relation avec Eden-, son apparition a chamboulé énormément de chose. Il ne faut pas se méprendre, je suis ravie de le retrouver; je suis plus mature, plus confiante et plus adulte. Si seulement j'étais absolument certaine de mes sentiments envers lui ou envers Eden, la situation serait beaucoup plus simple. J'aimerais pouvoir en parler, mais à chaque fois que je le souhaite, je m'embrouille, je bégaye, et je change rapidement de sujet. Je ne suis pas faite pour les histoires compliquées et confuses. J'ai besoin de pouvoir mettre des mots sur mes relations. Je me dis que ma vie était beaucoup plus simple quand j'étais sur les routes du monde avec Jordan, mais il y a une part de moi qui est attiré par le côté sombre d'Eden. J'aimerais pouvoir faire une pause, partir loin sans me retourner et vivre ma vie sans penser aux autres. Seulement, je ne suis pas assez égoïste pour agir ainsi.
J'inspire une large bouffée d'air, comme pour feindre de me donner du courage à toquer à la porte. Pourquoi je mets autant de temps à me décider! Comme à mon habitude je pense à dix mille choses : dois-je frapper? dois-je partir en courant? que dois-je faire? Je pense à tellement chose qu'au final, je m'embrouille à nouveau mes pensées et je reviens au point initial. Seulement, j'ai envie de le voir! Nous nous sommes peu vu depuis la soirée du Nouvel-an à Londres; et les fêtes ont été plutôt intenses. Brusquement, je me mets à frapper à la porte, ne me laissant plus le temps de réfléchir. Il est vrai que je pourrais courir en courant, mais je suis pétrifié sur place. Faites que ce soit Lia qui vient à la porte, et me dit que Jordan est de sortie...
« J'arrive! »
Je me mordille l'intérieur de la joue en entendant la voix de Jordan, c'est le meilleur moyen que j'ai trouvé étant gamine pour contrôler mon niveau d'anxiété afin de montrer que tout va bien aux autres. J'entends la poignée de la porte se tourner et je n'arrête pas d'espérer que ce soit Lia qui l'ouvre. Je ne comprends pas pourquoi je suis aussi anxieuse à l'idée de voir Jordan... Je dois me calmer et feindre que tout vas bien !
« Ivoire! Quelle surprise! »
Lorsqu'il prononce mon prénom à la française, mon coeur fait un bond dans ma poitrine. Je sais que je dois m'ouvrir un peu plus aux autres, envers Jordan, Eden, même Red, mais j'ai peur. C'est pour cela que je pose tous mes sentiments sur des paroles et de la musique pour exorciser! Je m'avance légèrement vers lui, afin de lui dire bonjour, mais il me coupe dans mon élan.
« Tu aurais pu… »
Il ne termine pas sa phrase, et je suis intrigué par ce qu'il voulait me dire, j'ai un tempérament curieux, et je veux savoir ce qu'il souhaitait me dire avant qu'il ne s'arrête. « J'aurai pu? »
Je ne suis pas quelqu'un qui a l'habitude de venir à l'improviste chez quelqu'un, d'ailleurs, je n'aime pas lorsque quelqu'un vienne chez moi sans prévenir. Il est vrai que j'aurais pu prévenir Jordan, mais c'est en revenant de la fac que j'ai eu ce besoin d'aller le voir. Je suis venue chez lui sur un coup de tête, alors que j'ai pour habitude de tout planifier pour ne pas être surprise.
« Euh… non laisse tomber. T’aurais pas pu. Allez entre! T’as mangé? »
Malgré ma curiosité, je préfère oublier comme il vient de me dire, sûrement peu important! J'arrive à m'apaiser en me mordant l'intérieur de la joue et en le regardant. Je m'approche de lui pour déposer un baiser sur sa joue afin de lui dire bonjour et j'entre dans l'appartement. Je sens l'odeur de la nourriture qui met en éveil mes papilles. Je sais que Jordan aime cuisiner, et j'aime sa cuisine. Cet homme a de multiples facettes qu'une femme ne peut qu'aimer! Je me débarrasse de mon manteau pour le poser sur l'une des chaises du salon. J'ai été surprise lorsque j'ai appris que Jordan allait emménager chez Lia, qui avait déjà Christina comme colocataire. Je m'attendais à ce qu'il se trouve un appartement pour lui seul, et non avec des colocataires féminines.
« Je n'ai pas mangé, et l'odeur de ta cuisine me met l'eau à la bouche! » dis-je avec un grand sourire.
Je suis une grande gourmande, il le sait pertinemment! Jordan est une des rares personnes dans ma vie à me connaître vraiment; même si nous nous sommes plus confié à coeur ouvert depuis des années, il sait qui je suis et comment je fonctionne. Seulement, je n'arrive plus à tout lui dire, de peur qu'il pense que j'ai trop changé, ou bien que je ne suis plus cette jeune femme qu'il a rencontré au pied du Kilimandjaro! Je me tourne vers lui, alors qu'il se dirige vers la cuisine pour surveiller les mets qu'il est en train de préparer. Je me rappele de ces soirs lorsque nous étions dans l'une des plus grandes aventures de ma vie, il avait pris pour habitude de cuisiner pour tout notre groupe lorsque nous ne voulions pas manger les locaux. Une des nombreuses qualité de Jordan. J'esquisse un léger sourire, et l'odeur de la cuisine me chatouille les narines. Je me tourne vers lui, alors qu'il se dirige vers la cuisine pour surveiller les mets qu'il est en train de préparer. Je me rappelle de ces soirs lorsque nous étions dans l'une des plus grandes aventures de ma vie, il avait pris pour habitude de cuisiner pour tout notre groupe lorsque nous ne voulions pas manger les locaux. Une des nombreuses qualités de Jordan. J'esquisse un léger sourire, et l'odeur de la cuisine me chatouille les narines.
« Lia et Christina ne sont pas là ce soir? »
« Hmm, nan… elles sont sorties. Je sais pas quand est-ce qu’elles vont rentrer. » Rapidement, il ajoute, « Sûrement très tard. Tu veux quelque chose à boire? J’aiiiii… »
Sa réaction m'amuse; il affirme sur le fait qu'elles vont rentrer tard, voire pas du tout. Comme si pour me dire que nous n'allons pas être dérangés durant la soirée. Je ne sais pas de quoi sont fait les jours qui viennent, et encore moins les heures prochaines.
« Ou plutôt, je n’ai pas de jus. Mais j’ai… de la bière, du lait, de l’eau… du jus d’orange… de la vodka, du rhum… Eeet en bon Français que je suis, j’dois bien avoir une ou deux bouteilles de vin que je pourrais mettre au froid. »
Je ne peux m'empêcher de lâcher un rire, il est en train de me donner tout le contenu de son frigo, alors qu'il sait très bien que s'il a du vin chez lui, je vais tout de suite choisir cela, sinon de l'eau. Malgré les années, mes goûts n'ont pas changés! Je m'approche de lui et le fixe dans les yeux.
« Comme si tu avais besoin de me demander! Tu sais très bien ce que je vais prendre, cela n'a pas changé depuis tout ce temps! Alors sors-la vite du congélateur pour la réchauffer, d'ailleurs, endroit étrange pour conserver le vin! »
Je m'approche encore plus prêt de lui, j'y vais à l’instinct sans réfléchir... et j'esquisse un léger sourire avant de le contourner pour aller vers les placards de la cuisine.
« Je peux commencer à mettre la table? »
Je garde un oeil sur lui alors que je m'approche des placards; il semble être complètement confus et perturbé par mes gestes. Je me sens flatté de ressentir que je l'attire peut-être encore. Cependant, je me sens mal de jouer avec lui, de lui faire tourner la tête, alors que je ne sais même pas où j'en suis moi-même. Je m'en veux de lui faire subir ça, ce n'est pas mon genre!
« Pardon…? Ah! Euh… Oui, oui… Euuuh… Les assiettes sont… euh… Là! » Il secoue la tête, « Non… Là, désolé… »
Vraiment perturbé... Je le regarde partir en direction de sa chambre; je m'arrête quelques instants pour essayer de réfléchir à ce que je fais. Je n'ai pas le droit de lui faire ça! C'est le bordel dans ma tête, et je n'arrive pas à savoir ce que je veux. Je vais m'en vouloir si je joue avec les sentiments de Jordan! Seulement, je ne sais plus où j'en suis; et j'ai besoin de comprendre ce que je peux ressentir à l'heure actuelle pour lui. Pourquoi cela m'arrive-t-il!? Je suis quelqu'un de sensé, avec la tête sur les épaules; et depuis que Jordan & Eden sont apparus dans ma vie c'est comme une bombe qui a explosé en moi. Je dois récupérer tous les morceaux afin de me retrouver, et de savoir ce que je veux réellement. Je me mordille l'intérieur de la joue pour éviter de fondre en larmes, de partir en courant, ou bien de faire une connerie. J'entends les pas de Jordan; je secoue la tête, et j'ouvre les placards pour commencer à mettre la table. Je dois penser à autre chose!
« Tu as trouvé ce qu'il fallait? »
J'attrape deux verres à vin, et je les pose sur la table. Vite, à boire, j'ai besoin d'alcool pour m'aider à penser à autre chose. Je pose mon regard sur Jordan, même s'il évite de me fixer trop longtemps. Je pose les couverts et je m'approche de lui alors qu'il ouvre la bouteille de vin.
« Tout va bien? » J'essaye de croiser son regard, en vain.
Le bouchon de liège cède après quelques secondes où Jordan s’évertue à ouvrir la bouteille de vin. Comme à chaque fois, le bruit de cette action me fait légèrement sursauter, car je n'arrive jamais à anticiper le moment où le bouchon cède sous la pression. Jordan s'approche de moi et me tend la bouteille de vin.
« Sens-moi ça! »
J'attrape avec délicatesse la bouteille, et mes narines hument l'odeur du vin. Je ferme un instant les yeux pour m'enivrer de cette odeur jusqu'à ce que la minuterie du four me fasse à nouveau sursauter. Jordan se dirige vers le four pour sortir le met délicat qu'il vient de préparer, mon odorat se délecte à nouveau d'une odeur si agréable. Je secoue légèrement la tête afin de me remettre les idées en tête, je pose la bouteille sur la table afin de le laisser respirer et décanter avant de nous servir. Je m'arrête un instant, et je regarde Jordan préparer nos assiettes. Je ne peux décrocher mes yeux de lui ce soir, j'ai ce besoin de le regarder afin de ne pas perdre une miette de ce moment.
« Allez… Prends ton assiette, on va passer à table. »
Un large sourire se dessine sur mon visage; voir ces assiettes me donne une folle envie d'en dévorer le contenu. J'attrape mon assiette et je pris place à table, tandis que Jordan se met à nous servir notre verre de vin. Je suis ravie d'avoir été impulsive ce soir, et de me laisser guider à mon instinct pour aller chez Jordan. J'attrape mon assiette et je le lève vers lui.
« À ce sublime repas qui me tarde de dévorer avec délectation! Et... à nous! »
Mes joues se rosirent lorsque je prononce le mot nous. Je ne sais pas ce qui me prend ce soir, j'ai envie de m'aventurer dans des contrés qui me sont peu familières... J'ai besoin de savoir ce que je ressens réellement pour Jordan, sans penser à autre chose ni à quiconque. Je veux vivre le moment présent, tout simplement! Lorsque je prononce les mots "à Nous", je regarde attentivement la réaction de Jordan, assez curieuse de sa réaction. Il relève vivement la tête, assez surpris, puis esquisse un léger sourire. Je me doute qu'il se demande qu'elle est la signification de ses deux mots que je viens de prononcer.
« À nous! »
Un léger sourire se dessine sur mon visage, nos verres se touchent et émettent un bruit aigu; je porte rapidement le verre à mes lèvres, et je savoure chaque gorgée. Ce n'était ni calculé ni prévu que je dise cela; je souhaite juste célébrer le fait qu'après toutes ces années, nous sommes toujours amis, et que malgré la distance et les relations que l'un et l'autre avons pu avoir, nous sommes toujours présent pour l'un et l'autre. Il est vrai que j'entends peu parler de ses relations amoureuses ou charnelles, alors que je lui ai parlé sans complexe de ma relation avec Eden, même s'il ne connaît pas toute la vérité. Seul Eden et moi sont au courant de ce qu'il se passe réellement entre nous, même Red ne connaît pas l'existence d'Eden. Je décroche mon regard de Jordan, et pose les yeux sur mon assiette. Un coup de fourchette, et j'attrape la première noix de st-jacques qui va être sacrifiée pour les besoins de mon estomac.
« Je… hmm… bossais sur une partition plus tôt aujourd’hui, - j’avais un cours de méthodologie, tu comprends? Tu… hmm… veux y jeter un œil après manger…? »
Je relève le visage vers lui, et je pose la main sur ma bouche tout en mâchant ma nourriture. Je suis flatté qu'il souhaite que je regarde sa partition, un peu comme le bon vieux temps. J'avale avec délectation cette noix de st-jacques préparé à merveille.
« Avec plaisir, tu sais que je suis toujours enchantée à déchiffrer tes partitions! » disais-je en souriant. « Et ton plat est divinement bon! Je reconnais bien là tes talents de cuisinier! »
J'attaque la suite de mon assiette; alors que mon estomac grogne à nouveau. Mentalement, je pense, "ne t'en fais, je te nourris avec de la superbe nourriture! Sois patient!". Je me délecte tout le long du repas de ces coquilles St-Jacques et de mon verre de vin qui accompagne à merveille le plat. Les conversations suivirent sans se ressembler, à parler de tout et de rien, comme au bon vieux temps. Depuis son retour dans ma vie quelques mois plus tôt, je ne pensais pas pouvoir retrouver une relation dite "normale" à ses côtés. Même si nous avons vécu des mois ensemble sur la route, nous avons tout de même vécu une relation amoureuse & charnelle ensemble. D'ailleurs, Jordan ne l'a jamais su, mais il a été le premier homme à qui j'ai offert mon corps, et c'est une chose que jamais je ne balayerais de ma mémoire!

✖ ✖ ✖
Le repas pris fin, et je peux sentir mon estomac me remercier pour cette bonne nourriture que je viens de lui offrir, bien différente des plats chinois ou italiens que j'ai pour habitude de manger durant mes semaines! Dans un silence presque oppressant et gênant pour moi, nous débarrassons la table... J'essaye de croiser son regard, de tenter de retrouver une certaine intimité que l'on a pu avoir par le passé. Je ne cherche pas à réfléchir sur mes actes, ni même à penser aux conséquences; je veux seulement vivre le moment présent! Et mon instinct me dit d'être à ses côtés et de ne plus penser à rien!
« Attends-moi dans le salon! »
Je souris légèrement; mais pourquoi ne veux-tu pas que je t'accompagne dans ta chambre? Je secoue la tête, je ne dois pas penser à cela! Je ne suis plus réellement cette jeune femme qu'il a connue au pied du Kilimandjaro, je suis d'autant plus aventureuse, plus courageuse, et j'essaye de mettre mes peurs sur le côté. Même si je suis quelqu'un de toujours réfléchi, j'aime faire les choses impulsivement, comme d'être venue à l'improviste chez lui. Je me balade dans le salon, à la recherche des touches apportées par Jordan dans l'appartement de Lia. Je peux ainsi feuilleter la bibliothèque où trônent quelques livres de sa collection, dont un livre que je lui ai offert lorsque nous étions au Costa Rica. J'attrape le livre et je l'ouvre pour voir le mot que j'ai inscrit sur l'une des pages. « J'ai confiance en toi. Ivoire. » Ma mâchoire se serre au moment où je lis ces mots. Des mots qui ont plus de signification que de dire "Je t'aime". Ce sont des mots que je n'ai jamais osé dire à Eden. Je ferme les yeux en posant mes doigts sur la page.

U.C.


Dernière édition par Ivory R. Levy le Mer 3 Avr - 23:27, édité 8 fois
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MessageSujet: Re: IRL & JAD ✖ A dream upon waking   Lun 4 Fév - 6:24

Ça aurait pu être une soirée ordinaire. Confortablement évaché sur le canapé du salon, son ordinateur sur la table basse du salon à regarder en streaming la saison 1 de Community. (Streaming, quelle merveilleuse découverte! Merci Althea!) Le tout, en attendant patiemment que ses coquilles Saint-Jacques (maison!) cuisent tranquillement dans le four… Les colocs étant absentes, il pouvait s’accorder le loisir de se promener torse nu dans l’appartement, sans risquer les moqueries de Christina ou les taquineries de Lia. C’était bien sûr sans compter les visiteurs à l’improviste. Quand il entendit frapper, Jordan se redressa brusquement dans le canapé, puis il tâcha de se rappeler quelle touche permettant de quitter le mode plein écran de l’épisode en cours, pour finalement appuyer sur pause.

« J’arrive! » finit-il par s’exclamer quand il se rendit compte qu’il n’était pas encore prêt à répondre à la porte.

Il grommela dans sa barbe (littéralement), chercha un pull à enfiler en vitesse ET qui n’était pas sale, le mit à l’envers (par mégarde) et ouvrit la porte. Surprise! C’était Ivory. Ce qu’il exprima à voix haute.


« Ivoire! Quelle surprise! »

Merci lèvres de faire écho à cerveau. Il ajouta :

« Tu aurais pu… »

Il ne termina pas sa phrase. Car en fait, Ivory n’aurait pas pu appeler. Jordan se souvint que sa batterie de portable avait rendu l’âme et qu’il avait cherché son chargeur pendant deux jours, pour finalement découvrir que Terrine, la lapine de Lia, l’avait trouvé avant lui et en avait fait sa collation de minuit. Il se jura alors qu’un jour, le nom du lapin serait gage de son destin. Mais pas aujourd’hui. Car aujourd’hui, il y avait autrement plus crucial : Ivory.

« J'aurai pu? »

« Euh… non laisse tomber. T’aurais pas pu. Allez entre! T’as mangé? »

Il restait dix minutes aux coquilles Saint-Jacques et il y en avait largement pour deux. De toute façon, Jordan cuisinait toujours dans l’optique d’avoir des restes à congeler.

Ivory s'approcha et se hissa pour déposer ses lèvres sur sa joue. Jordan sourit et hésita. That awkward moment quand tu ne sais pas s'il faut faire une, deux, trois bises…? Ivory ne lui en fit qu’une et il fut presque déçu. Elle n’avait pas changé de parfum depuis la dernière fois qu’ils s’étaient vus. C’était agréable, apaisant et rassurant à la fois. Une sorte de fil d’Ariane dans leur relation.

« Je n'ai pas mangé, et l'odeur de ta cuisine me met l'eau à la bouche! »

Jordan sourit en retour et il se dirigea vers la cuisine, par nervosité, pour s’occuper… Il entrouvrit le four et inspecta les coquilles Saint-Jacques, même si c’était parfaitement inutile, la minuterie étant réglée comme une montre suisse. Ce qui manquait en précision dans la vie de Jordan en général, le jeune homme le gagnait lorsqu’il était question de cuisine. Ce goût de la bonne bouffe et cette passion de l’art culinaire s’étaient développés au fil des ans : son père militaire souvent absent laissait sa mère se débrouiller seule avec deux enfants. Quand Jordan fut assez vieux pour apprendre à cuisiner, sa mère lui avait laissé la responsabilité de faire un repas par semaine. Puis deux, puis trois… puis tous les repas, juste après le décès de son père.

« Lia et Christina ne sont pas là ce soir? »

En se dirigeant vers le réfrigérateur, il reporta son attention sur son amie.

« Hmm, nan… elles sont sorties. Je sais pas quand est-ce qu’elles vont rentrer. » Et, comme il ne voulait pas qu’Ivory pense qu’ils pouvaient être interrompus à tout moment, il ajouta : « Sûrement très tard. Tu veux quelque chose à boire? J’aiiiii… » [i]Jordan inspecta le contenu du réfrigérateur, s’empara d’un pot de jus à la couleur douteuse, l’ouvrit, le renifla, grimaça et le remit dans le frigo. « Ou plutôt, je n’ai pas de jus. Mais j’ai… de la bière, du lait, de l’eau… du jus d’orange… » Il ferma le frigo, ouvrit le congélateur. « De la vodka, du rhum… Eeet en bon Français que je suis, j’dois bien avoir une ou deux bouteilles de vin que je pourrais mettre au froid. » Il contourna l’ilôt de la cuisine et s’y accota, attendant de savoir ce qui pourrait faire plaisir à Ivory.

Il soutint son regard, deux petites noisettes emplies d’espièglerie.

« Comme si tu avais besoin de me demander! Tu sais très bien ce que je vais prendre, cela n'a pas changé depuis tout ce temps! »

[i]Jordan sourit d’un air dépité et baissa le regard, presque honteux. Bah si, il avait besoin. Si jadis, il pouvait prétendre connaître par cœur ce sacré bout de jeune femme, aujourd’hui, qui sait ce que les années avaient changé en elle?


« Alors sors-la vite du congélateur pour la réchauffer, d'ailleurs, endroit étrange pour conserver le vin! »

Du vin. Mais bien sûr. Il releva la tête, souriant avec douceur. Il se sentait soudainement rassuré qu’un détail aussi trivial que sa boisson préférée n’ait pas changé. Quelque chose auquel il pouvait se raccrocher, en quelque sorte… Par dessus l’ilôt, elle s’était penchée, ils étaient si près, trop près par rapport à la distance normale entre deux amis. Jordan détourna la tête en même temps qu’Ivory amorçait son mouvement pour le contourner.

Cette distraction le fit oublier le caractère absurde de la remarque de la jeune fille, car, bien évidemment, il ne conservait pas son vin au congélateur.

Le vin. C’était tout ce qui importait dans la seconde. Voyons, voyons… qu’est-ce qui accompagnerait décemment des coquilles Saint-Jacques…?


« …mettre la table? »

« Pardon…? Ah! Euh… Oui, oui… Euuuh… Les assiettes sont… euh… Là! » Il pointa la mauvaise armoire, secoua la tête, puis pointa la bonne porte. « Non… Là, désolé… »

Puis il s’éclipsa dans sa chambre, le temps de dénicher une bouteille de Bourgogne. Avant de retourner voir Ivory, il retira ses lunettes et se massa les yeux en prenant une profonde inspiration. « Mec, faut que tu te calmes, là! » pensa-t-il.


Jordan se ressaisit et se dirigea droit vers sa petite réserve de bouteilles de vin. Il pigea un Côtes-du-rhône du lot, s’assura inutilement qu’elle était bien scellée, puis il sortit de sa chambre, retrouvant Ivory. Elle semblait aussi préoccupée que lui, sinon plus. Et cela suffit à le rasséréner, mieux qu’une douche froide.

« Tu as trouvé ce qu'il fallait? »

En guise de réponse, Jordan montra fièrement sa trouvaille et il la déposa au centre de la table. Pendant sa courte absence, Ivory n’avait eu le temps que de sortir les coupes. En silence, il la contourna en évitant soigneusement de l’effleurer et ouvrit le tiroir et sortit le tire-bouchon. En sens inverse, il fit le même manège et il trouva ridicule cette soudaine distance qu’il s’évertuait à préserver. Mais Ivory était hors d’atteinte… Il garda les yeux baissés tout le temps qu’il s’acharna sur la malheureusement bouteille de vin.

« Tout va bien? »

Dans un pop! Le liège finit par céder. Jordan le fixa d’un air satisfait et le tendit à Ivory.

« Sens-moi ça! »

La minuterie du four sonna, dispensant à Jordan de répondre et de risquer de se perdre dans les noisettes des yeux d’Ivoire… Les coquilles Saint-Jacques étaient tout simplement parfaites et laissaient diffuser dans l’air une agréable odeur de fromage grillé. Jordan sortit les assiettes et la salade César (vinaigrette maison) et positionna une coquille Saint-Jacques ainsi qu’une généreuse portion de salade dans chaque assiette. Il jeta alors un bref regard à la jeune femme.

« Allez… Prends ton assiette, on va passer à table. »

Il servit le vin dans chaque coupe et attendit qu’Ivory ait pris place. Puis il réalisa qu’il ignorait toujours tout de la raison de la visite d’Ivory. Il espérait qu’elle était passé simplement parce qu’elle avait eu envie de le voir, mais il se doutait qu’il devait y avoir anguille sous roches. Hmm…. Mais comment savoir…?

« À ce sublime repas qui me tarde de dévorer avec délectation! Et... à nous! »

Jordan releva la tête et hésita une fraction de seconde en entendant à quoi Ivory portait à toast. « À nous! » qu’elle avait dit…? Mais ça ne voulait rien dire. Comme ça pouvait tout dire. Il finit par esquisser un sourire en coin, levant son verre qui vint s’entrechoquer à celui de son amie.

« À nous! » confirma-t-il. À leur amitié et aux années à venir à partager. C’était juste ça, n’est-ce pas? Et puis il y avait Eden dans tout ça. Eden. En entendre parler l’avait quelque peu refroidi. Bien sûr, ils étaient amis et bien sûr, en tant que tel, il devait s’attendre à ce qu’elle se confie à lui sur toute sorte de sujets. Et pour ça, il s’était senti flatté de la confiance qu’elle lui portait encore. Or, voilà… au fond, il ne voulait pas être cet ami-là. Et la réciproque était tout aussi vraie. Il ne parlait jamais de ses aventures passées ou à venir parce qu’il avait le sentiment que c’était indécent. Et ce n’était pas parce qu’Ivory était une fille. Non.

C’était parce que c’était LA fille. Et qu’entre eux, il y avait ce goût d’inachevé. Ivory était l’umami.

Jordan se rendit compte qu’il n’avait toujours pas touché à son assiette et qu’il n’avait pas quitté la jeune femme des yeux. Il baissa pudiquement le regard en se raclant la gorge.


« Je… hmm… bossais sur une partition plus tôt aujourd’hui, - j’avais un cours de méthodologie, tu comprends? Tu… hmm… veux y jeter un œil après manger…? »

« Avec plaisir, tu sais que je suis toujours enchantée à déchiffrer tes partitions! Et ton plat est divinement bon! Je reconnais bien là tes talents de cuisinier! »

Jordan fut ravi d’entendre la réponse positive d’Ivoire et ils passèrent le reste du repas à parler de choses et d’autres, entrecoupés de silence uniquement interrompus par le bruit de la laitue qui craquait sous la dent. Ils débarrassèrent en silence.

« Attends-moi dans le salon! » lui demanda-t-il avant de s’éclipser dans sa chambre pour récupérer cahier de partition et guitare.

Fouillant dans le fouillis de sa chambre, les joues en feu, Jordan se maudit d’avoir eu la si brillante idée d’ouvrir une bouteille de vin… En plus, ils allaient la terminer ce soir, sans aucun doute, car une bouteille ouverte était une bouteille vide. Mais… cette tension… d’où venait-elle soudainement? Ça allait bien jusqu’à maintenant… Se pouvait-il qu’il soit si lâche pour se laisser guider à ce point par ses pulsions? Non, quand même pas! « Mec! Mais allô quoi! C’est ton EX, putain! » Autant dire la zone à ne pas franchir. Sur l’échelle de la mauvaise idée, le simple fait d’imaginer embrasser Ivoire à nouveau atteignait des sommets record.

Et pourtant… il y avait l’éternel optimiste en lui qui osait énoncer deux petits mots. Deux petits mots qui l’avait poussé peut-être inconsciemment à soumettre son dossier d’admission à l’université de Cambridge… Deux insignifiants si ridiculement petits mots :

Et si…?

Jordan retrouva sa partition coincée sous la patte de sa table de chevet. Avec précaution, il la retira, la défroissa, prit sa guitare et retourna dans le salon. Voyant Ivoire feuilleter un livre, Jordan se pencha pour en déchiffrer le titre.


« Ah oui! Histoire de Pi, je me souviens. Un des rares livres dont l’adaptation au cinéma s’est fait sans trop de cafouillages. »

Bon ben voilààà! En évitant les silences et en choisissant des sujets anodins, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes!

U.C.
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