wild child full of grace → megan&lucas

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MessageSujet: wild child full of grace → megan&lucas   Dim 3 Fév - 17:19

Journée de break, si on peut appeler l'intervalle entre midi et sept heures le lendemain une journée entière. Sept heures, c'est l'heure à laquelle je reprends demain, et pourtant je n'ai absolument aucune once d'envie de quitter l'appartement de Megan que j'occupe en ce moment. Nous avons passé la journée tous les trois, l'après-midi, en tout cas, à errer dans les rues de Londres en faisant les fonds de poche pour acheter des trucs trop chers pour nous mais qui ont ravi la petite. Sa main dans la mienne le long du trajet, les autres enfants, un peu plus et Megan, Grace et moi aurions des airs de famille unie. Mais les gens ne savent pas, tant mieux, la vérité est tellement moins agréable à connaitre que l'illusion que l'on dégage. Grace est couchée, épuisée par la marche et l'émotion, sans doute, et nous grignotons les restes de paquets de chips et autres bonbons très diététiques dont nous nous sommes nourris ce midi, peu après que je les ai rejointes. Je m'étire un peu et souris, doucement. « Grace parait de plus en plus grande à chaque fois que je la vois », je note, et pourtant, je la vois souvent. « Ca me fait presque bizarre. » Presque bizarre comme si je n'étais pas que l'ami de sa mère. Mais Megan interrompt le flot de mes pensées par une réplique qui me fait presque sursauter : « Je me sens chanceuse. » Je la regarde, plongé dans l’appréciation de ce qu’elle vient de dire, et fronce le nez. Mais elle ne me laisse pas le temps d’interprétations vagues, se contentant d’expliciter immédiatement ce qu’elle a derrière la tête : « Je la vois grandir quand même, ce sont de précieux instants.» Je baisse les yeux un instant et déglutis, pas sûr d’être très à l’aise avec le sujet. Pourtant, on en a parlé des centaines de fois, mais la situation est toujours la même, et les jours qui passent l’empirent. J’ai appris à être objectif, à reconnaître le négatif dans une situation. Je relève rapidement les yeux et lui offre un sourire léger mais sincère qui ne la trompera pas. « Et puis tu es là, ça rend tout ça bien plus facile, pour elle... et pour moi » J’acquiesce lentement et ma main effleure la sienne sur la table, un instant, discrètement. Je suis incapable de plus, les mots ne me connaissent pas, les actes parlent plus pour moi. « En tout cas, c'était une super journée... » Je souris et hoche la tête. « Oui, une super journée ». Je me mords un peu la lèvre, il y a tellement de choses que j’aimerai dire, et comprendre, aussi. Mes repères sont pires que mauvais, et maintenant je suis enfermé dans cette vie minable dont elle me sort quand je la vois, et finalement, est-ce que ce n’est pas à moi de dire merci ? « Tu sais, la vie, ma vie à moi, elle est aussi plus facile, et plus belle depuis que vous êtes là ». Je soupire un peu et soulève ma tasse de café pour en avaler une longue gorgée qui, je l’espère, camouflera mon trouble. Son visage se teinte de scepticisme et je me demande si j’en ai trop dit, ou alors simplement pas assez pour la convaincre, peut-être. « C'est dingue, il suffit d'une bonne journée pour éclipser tout le reste » Elle soupire et détourne les yeux, pour fuir mon regard sans doute... « Mais pour toi... est-ce que ça en vaut la peine ? Tu vois, pendant un instant... pendant un instant j'ai oublié tous ces mois difficiles. Et toi... j'ai l'impression que tu nous portes, à bras-le-corps, depuis tout ce temps... Tu n'es pas fatigué ? » Elle triture ses doigts et sa remarque me frappe de plein fouet, comme un coup qu’on m’aurait asséné à la poitrine et qui m’empêcherait de respirer correctement... « A force, tu dois quand même en avoir marre... Je dois moins me reposer sur toi. » Je tape la main sur la table, un peu plus fort que je ne l’aurais espéré sans doute. Je me redresse et viens lui faire face, la forçant à se lever à son tour. Mes mains glissent sur son épaule et je la secoue légèrement, une fois seulement. « Arrête de dire des conneries ». Je secoue la tête, l’idée me fait paniquer, en fait, d’une manière étrange, insupportable, bloquant ma respiration. « C’est si difficile de croire que certaines personnes sur terre apprécient ta compagnie et ne passent pas leur temps avec toi sous prétexte que t’es malade ? » Je soupire et roule des yeux, secouant violemment la tête. « Si je n’avais pas envie de faire ce que je fais, je le ferai pas. Ma présence à tes côtés n’a rien à voir avec les médicaments que tu dois avaler tous les jours, et il serait temps que tu le comprennes ».

Elle semble choquée cependant, presque abasourdie par mes mots. « Mais qu'est-ce que tu racontes ? Tu t'énerves pour quoi ? C'est difficile pour toi de penser qu'en effet, je me pose des questions ? Que depuis le temps je n'ai plus à douter de ta sincérité, mais que je me demande si c'est pas trop lourd pour toi ? » Elle détourne les yeux, et je soupire. A quoi bon ? A quoi bon tout ça, la faire souffrir, me faire souffrir, hésiter, reculer pour sauter plus loin, à quoi bon toutes ces conneries ? Ma sœur va finir par mourir et ensuite Megan viendra, Grace partira, et je serai tout seul comme un con, perdu dans Londres avec des bases à retrouver et un monde à construire. Et ce jour là ? « Je me dis que ça n'est pas une si bonne chose pour toi... Parce que, les miracles... ça n'existe pas. Pas ici. Pas pour nous. » Je vois ce qu'elle essaye de me dire, et mon cœur se serre de manière instantanée. Il est peut être temps de mettre des mots sur les ressentis, il est peut être l'heure d'arrêter de se planquer. Les miracles n'existent pas et je n'en attends pas, de toute façon. Je ne veux pas de miracle, je me suis résolu depuis longtemps aux temps durs qui m'attendent dans les prochaines années, dans les prochains mois même peut être. « Mais je voudrais que cette journée s'achève comme elle a commencé, alors s'il te plaît, on reprendra cette conversation une autre fois. » Je secoue la tête et rattrape sa main pour la forcer à me faire face. « Tu sais, depuis que je suis petit, je me suis habitué au fait qu'il n'y aurait pas de miracle. Ni pour Jen, ni pour ma mère, ni pour toi, ni pour nous. Je suis fort, je peux vivre toutes ces choses, et de manière sans doute très égoïste ». Je baisse les yeux un instant, aussi déstabilisé qu'ému, finalement assez étrangement. « Megan, je suis amoureux de toi. Je sais que tu es malade, je sais que l'avenir s'imagine à court terme, je sais que tu as des problèmes par milliers et une petite fille dont il faut que tu t'occupes, je sais toutes ces choses par cœur et je n'ai pas arrêté de me les répéter ces derniers temps, pour tenir le coup, pour refouler, mais je suis égoïste et maintenant, je te le dis. Je ne vais pas partir, ni abandonner, ni trouver ça trop lourd, parce que quand je te vois, ce n'est pas la maladie que je vois, c'est toi, toute seule, et tu es la seule personne sur cette terre que je suis sûr d'aimer, en dehors de ta fille ». Je baisse les yeux, un peu trop de confidences pour moi ce soir, sans doute, je ne sais plus ce que je voulais ajouter. J'inspire et me mords la lèvre pour plonger de nouveau mon regard dans le sien. « Peu m'importe la maladie et les charges, les heures passées à m'occuper de vous, je m'en fiche, je veux juste que tu me laisses profiter ». Mes yeux brillent et je détourne la tête de nouveau, me mordant la lèvre en luttant contre l'émotion, trop forte, que je n'ai pas ressenti depuis tellement, tellement longtemps. « Tu n'as pas besoin de répondre, ni de faire quoi que ce soit. Je veux juste que tu me laisses profiter, s'il te plait, Megan ». Je serre sa main et inspire.

Elle me fixe un instant, ne semble pas réaliser l’ampleur de ce que je viens de dire, et je crois d’ailleurs que j’ai moi-même du mal. Je ne savais pas vraiment de manière claire ce que j’en pensais avant que les mots ne franchissent ma bouche, ce qui est quand même un comble. « Mais... tu... » Et contre toute attente, alors même que je m’attendais à tous types de réactions, elle choisit la seule à laquelle je ne m’attendais pas le moins du monde. La colère, et encore, le mot est faible, je crois. « T'es... t'es complètement malade ! Y'a quelque chose qui va pas chez toi ! » Elle crie presque maintenant, et je recule de quelques pas, pour prendre le large, je crois. Je n’aurais jamais du faire ça, les risques sont trop importants et de toute façon, à quoi bon ? « C'est morbide ! Putain, c'est morbide ce que tu dis ! » Je secoue la tête et recule de nouveau, je ne trouve pas que tomber amoureux soit morbide quelque soit la personne, la maladie, ou quoi que ce soit la chose dont on parle. « Tu t'es écouté ? Mais c'est quoi ton problème ? Tu te complais dans le malheur ? C'est ton truc, les histoires qui se finissent par la mort ? » J’ouvre la bouche pour répondre mais elle s’échappe, vers la salle de bain. Je reste planté là, comme le premier des cons, priant pour que Grace ne se réveille pas dans cet instant de détresse absolu. Je ne sais pas quoi faire, et je l’entends qui pleure dans la minuscule pièce. Je baisse les yeux, blessé malgré moi par les paroles que j’ai récolté. Je m’avance cependant, après de longues minutes de réflexion. Je pose ma main et mon front sur la porte froide et inspire. « Megan… » Je baisse les yeux et soupire, espérant la voir sortir, rapidement si possible. Si je pouvais revenir en arrière je le ferai, mais maintenant c’est fait. « Je suis désolé, je voulais pas dire tout ça comme ça… » Je grimace de l’entendre, juste là. « Sors, s’il te plait ? » « Lucas... » Sa voix me parvient, de derrière la porte, et je sens mon souffle qui s’accélère. J’ai fait une énorme connerie, pour sûr, et j’ignore combien je vais la payer. « On pourrait... faire comme si... comme si on venait de mettre Grace au lit… comme si tu étais parti juste après. Tu veux bien ? » Mon cœur se serre en pensant à la petite fille qui dort dans sa chambre et je ferme les yeux, hochant doucement la tête, quel autre choix s’offre à moi de toute façon ? Je n’aurais jamais du lui dire tout ça, j’aurais du être fort et être un homme et me retenir parce que je savais pertinemment que ça ne mènerait à rien, pas avec elle, à moins de lui compliquer atrocement la vie. « D’accord ». Je me détache de la porte et inspire. « Je vais m’en aller, mais Megan, s’il te plait, appelle moi ». Je baisse les yeux, « Je le ferai sans doute pas ». Je fais volte-face et attrape mon manteau suspendu sur la chaise pour l’enfiler, récupérant mes affaires sur la table pour quitter la pièce, et l’appartement, regagner le froid et la misère de mon existence qui vient encore d’en prendre un coup.



Dernière édition par Lucas W. Cooper le Dim 17 Mar - 11:14, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: wild child full of grace → megan&lucas   Lun 4 Fév - 0:09

Un peu de répit, j'y ai miraculeusement le droit depuis quelques temps. Macdo ne m'a pas virée, j'ai réussi à éviter les séjours à l'hôpital depuis octobre, on peut dire que oui, la chance est de mon côté. Peut-être parce que je suis un peu mieux mon traitement. Peut-être parce que je me sens vraiment soutenue par Lucas. Peut-être que c'est de l'énergie que Grace me donne. C'est une véritable pile électrique, jamais fatiguée ou presque, débordante de vie, mon exact contraire. Et puisque nous avons tous fait beaucoup d'efforts, on s'est octroyés une journée de liberté, une journée où plus rien ou presque n'est inaccessible. Pour une fois, je n'ai pas eu à dire à Grace "non, je ne peux pas t'acheter ça, c'est trop cher", et rien que ça, ça fait un bien fou. Heureusement qu'elle n'a pas non plus des goûts de luxe, qu'elle n'est pas capricieuse. J'espère qu'elle gardera cette notion de l'argent, les quelques valeurs que je suis en mesure de lui inculquer. Je ne veux pas qu'elle soit pourrie gâtée comme je l'ai été, je ne veux pas qu'elle s'imagine que tout tombe tout cuit dans la bouche, tant qu'on l'ouvre. C'est tout ce que je peux faire, avant de la laisser rejoindre mes cousins. Mais ça, j'essaie de moins en moins d'y penser.

On s'est posés, sur le vieux canapé usé qui constitue un confort minimal mais appréciable. « Grace parait de plus en plus grande à chaque fois que je la vois » Je souris, c'est vrai qu'à son âge elle grandit vite, en la voyant tous les jours on ne s'en aperçoit pas, mais lorsqu'on voit une photo d'elle il y a six mois, on ne peut que s'étonner de ce petit bout qui s'épanouit. « Ca me fait presque bizarre. » "Je me sens chanceuse." Je regarde Lucas avec mon sourire sincère, pour ensuite porter mon regard vers un point invisible, devant moi. "Je la vois grandir quand même, ce sont de précieux instants." Quel que soit le sujet de conversation initial, fatalement, ça finit toujours sur mon pauvre destin tout tracé. Il faut dire que le temps m'est compté, et qu'il y a peu de choses ne se rapportant pas au temps. Et quand Grace est là, on n'en parle jamais, il arrive des moments où Lucas et moi, on se regarde, parce qu'on allait évoquer de près ou de loin la situation difficile, mais on ravale nos mots et on reporte l'attention de Grace sur autre chose. "Et puis tu es là, ça rend tout ça bien plus facile, pour elle... et pour moi." Je n'ai pas souvent dit merci à Lucas, par pudeur ou par fierté, je ne sais pas trop. Mais j'évite de dire vraiment ce que je pense et ce que je ressens. Je ne veux pas croiser de la pitié dans son regard, si jamais je me laisse aller aux bons sentiments et à toute cette gentillesse. Et je pense qu'il le comprend. "En tout cas, c'était une super journée..." Il répond, comme en écho à ma voix. « Oui, une super journée » J'avais bien sûr senti l'effleurement éphémère mais je m'applique à creuser tout au fond de mon esprit les premières pensées et autres bêtises qui avaient surgi, pour les y enterrer et ne plus m'en soucier. Je parvenais à compartimenter toutes ces choses que j'évitais de ressentir, parce qu'avenir était un mot interdit. Tout ce qui importe, c'est Grace. Oui mais... oui mais ce n'est pas si simple malgré tout. « Tu sais, la vie, ma vie à moi, elle est aussi plus facile, et plus belle depuis que vous êtes là ». J'ai du mal à y croire. Nous avons compliqué sa vie déjà pesante, nous sommes des soucis supplémentaires, tous ces services rendus, le nombre incalculable de fois où il a gardé Megan, où il m'a gueulé dessus, où il m'a secouée, et soutenue, le nombre de fois où il m'a retrouvée à l'hôpital, ce même hôpital qui s'occupe de sa sœur, dans le coma... "C'est dingue, il suffit d'une bonne journée pour éclipser tout le reste." Je soupire doucement, évitant soigneusement de croiser son regard. "Mais pour toi... est-ce que ça en vaut la peine ? Tu vois, pendant un instant... pendant un instant j'ai oublié tous ces mois difficiles. Et toi..." J'allais me risquer à me tourner vers lui mais je me reprends. "... j'ai l'impression que tu nous portes, à bras-le-corps, depuis tout ce temps... Tu n'es pas fatigué ?" Les yeux baissés, j'ai abandonné la tasse pour triturer mes propres doigts. "A force, tu dois quand même en avoir marre..." Cette phrase est lancée comme une question, j'ai envie qu'il me réponde non, qu'il me rassure, mais ce ne serait pas la vérité. "Je dois moins me reposer sur toi." Comme une résolution, une affirmation. Pourtant, sincèrement, j'y crois pas une seconde. Je sursaute à son léger coup de sang, surprise. Je m'attendais à un silence gêné, à des paroles empruntes de douceur, ou à l'une de ses remarques qui fusent parfois, de celles qu'il use pour me faire réagir. Je me lève à mon tour, l'observant de mes grands yeux étonnés, ne sachant pas à quoi m'attendre. Il me secoue une fois, légèrement, je ne comprends pas sa colère. « Arrête de dire des conneries ». Abasourdie, je ne réagis pas sur le moment. « C’est si difficile de croire que certaines personnes sur terre apprécient ta compagnie et ne passent pas leur temps avec toi sous prétexte que t’es malade ? » Il soupire et secoue la tête, et moi je suis toujours ahurie face à la situation. « Si je n’avais pas envie de faire ce que je fais, je le ferai pas. Ma présence à tes côtés n’a rien à voir avec les médicaments que tu dois avaler tous les jours, et il serait temps que tu le comprennes ». Il n'en faut pas plus pour m'échauffer. Je me dégage de ses bras en étau sur mes épaules. "Mais qu'est-ce que tu racontes ? Tu t'énerves pour quoi ? C'est difficile pour toi de penser qu'en effet, je me pose des questions ? Que depuis le temps je n'ai plus à douter de ta sincérité, mais que je me demande si c'est pas trop lourd pour toi ?" Lasse, je détourne le regard vers le sol, soupirant. "Je me dis que ça n'est pas une si bonne chose pour toi... Parce que, les miracles..." Je croise son regard un instant, pour à nouveau dévier vers le côté. "... ça n'existe pas. Pas ici. Pas pour nous." Je dois lui laisser une porte de sortie. Parce que je lui en demande trop. Pourtant, plus ça va, et plus je dois me rendre à l'évidence : j'ai besoin de lui. Grace a aussi besoin de lui. Il fait partie de nos vies, et pas seulement en tant qu'ami. On avait passé une si bonne journée... J'aurais tellement voulu que rien ne l'entache. Mais la pensée du lendemain, dur retour à la réalité, est douloureuse. "Mais je voudrais que cette journée s'achève comme elle a commencé, alors s'il te plaît, on reprendra cette conversation une autre fois." Cette fois-ci je le fixe, tentant d'esquisser un sourire, sans grand succès. Le mal est fait.

Il n'accéda jamais à ma requête. J'étais fatiguée de cette discussion, de cette journée qui, bien qu'excellente, avait puisé dans quelques unes de mes réserves d'énergie. Je voulais juste qu'on aille dormir, reprendre cette vie sur un fil, lorsque le réveil sonnera demain matin. Mais il ne l'entendait pas de cette manière. « Tu sais, depuis que je suis petit, je me suis habitué au fait qu'il n'y aurait pas de miracle. Ni pour Jen, ni pour ma mère, ni pour toi, ni pour nous. Je suis fort, je peux vivre toutes ces choses, et de manière sans doute très égoïste ». Il avait pris ma main, j'étais perdue, tentant de lire sur son visage ce que je ne comprenais pas. Mais très vite, il met des mots sur l'indicible, sur l'impossible.

« Megan, je suis amoureux de toi. » La phrase tombe, comme une sentence, je suis choquée, à un tel point que je n'arrive même plus à entendre, comprendre, ce qu'il me dit ensuite. «Je sais que tu es malade, je sais que l'avenir s'imagine à court terme, je sais que tu as des problèmes par milliers et une petite fille dont il faut que tu t'occupes, je sais toutes ces choses par cœur et je n'ai pas arrêté de me les répéter ces derniers temps, pour tenir le coup, pour refouler, mais je suis égoïste et maintenant, je te le dis. Je ne vais pas partir, ni abandonner, ni trouver ça trop lourd, parce que quand je te vois, ce n'est pas la maladie que je vois, c'est toi, toute seule, et tu es la seule personne sur cette terre que je suis sûr d'aimer, en dehors de ta fille ». Je nage en plein délire ?! J'ai pris quelque chose qu'il fallait pas, ou alors c'est un nouvel effet secondaire de mes nombreux médicaments ? Mon visage se fige dans une expression à mi-chemin entre l'étonnement et l'horreur. Non, ce n'est pas possible. Ni logique. Ni compréhensible. Son regard se plante dans le mien, je tente de trouver une explication rationnelle à ce qui vient de se passer, mais je n'y arrive pas. « Peu m'importe la maladie et les charges, les heures passées à m'occuper de vous, je m'en fiche, je veux juste que tu me laisses profiter ». Il est réellement ému, détourne la tête. Et moi qui reste muette, interdite. « Tu n'as pas besoin de répondre, ni de faire quoi que ce soit. Je veux juste que tu me laisses profiter, s'il te plait, Megan ». Il serre ma main, encore, j'ai l'impression qu'elle chauffe, qu'elle brûle, je finis par me dégager de l'étreinte de ses phalanges, et fais un pas en arrière, ne sachant pas ce que je peux faire, ce que je dois faire. Comment réagir ? "Mais... tu..." Je secoue la tête en fixant la table, les poings serrés. J'ai la gorge nouée mais je dois parler. Le rouge me monte aux joues. La colère se lit sur mon visage, mes sourcils froncés, ma mâchoire serrée. "T'es... t'es complètement malade ! Y'a quelque chose qui va pas chez toi !" Le volume sonore monte, je n'ose plus croiser son regard, j'entame encore un pas en arrière. "C'est morbide ! Putain, c'est morbide ce que tu dis !" Un hoquet, comme un unique éclat de rire cynique et nerveux, me fait dessiner un rictus étrange sur mes lèvres, je suis estomaquée et paniquée. "Tu t'es écouté ? Mais c'est quoi ton problème ? Tu te complais dans le malheur ? C'est ton truc, les histoires qui se finissent par la mort ?" Toute trace de rictus a disparu, c'est les larmes qui désormais s'accumulent, je me précipite vers ma minuscule salle de bain, où je m'enferme. Adossée à la porte, j'éclate en sanglots, pourtant, je souris, sincèrement. C'est monstrueux. Je me suis évertuée à ne rien ressentir, à tout enfouir. Et je suis heureuse des mots qu'il a pu prononcer. Mais je ne peux pas le lui dire. J'ai pas le droit de faire ça. De toutes façons ça finira mal. De toutes façons je vais mourir. Et il n'y a rien que l'on puisse faire. Pourtant, sous mes pleurs, je souris. C'est tellement triste.

Je serre le poing, prête à l'abattre sur ma joue, j'arrête avant d'avoir même esquissé le moindre geste envers moi-même. Tellement envie de me foutre une baffe, de me réveiller, de me faire mal. Je repense à mes paroles assassines, à ces mots violents, à cette joute verbale qui n'en était pas une, Lucas était déjà à terre que je continuais à le rouer de coups, alors que j'aurais dû arrêter, me taire. Il n'a opposé aucune résistance, n'a pas répliqué avec plus de véhémence, il s'est contenté de me regarder et de recevoir ces injustes coups. Je me rends compte qu'il est trop tard pour revenir en arrière, trop tard pour effacer tout ça, mais comment faire ? Comment gérer l'après tremblement de terre ? J'ai l'impression d'avoir vécu un cataclysme, du genre impossible à comprendre sans recul, encore trop sous le choc pour pouvoir réagir. Mais entre sourire et rictus d'horreur et de douleur, mon cœur balance. Comment je pourrais répondre positivement à cette déclaration ? Ce serait l'entraîner avec moi vers une issue qui ne pourrait pas être heureuse. Ce serait le condamner à souffrir. Je peux pas laisser faire ça. « Megan… » Je sursaute presque, tétanisée. Le conflit fait rage dans ma tête, je dois prendre une décision, maintenant, et m'y tenir. J'ai aucune envie de le repousser. Aucune envie de couper les ponts. Déménager, partir loin, sans prévenir. Impossible. Mais je ne peux pas juste ouvrir la porte, lui sourire, et m'engouffrer dans ses bras. Je ne peux pas me laisser aller. Je ne peux pas considérer ses sentiments, et les miens. Je n'en ai pas le droit. « Je suis désolé, je voulais pas dire tout ça comme ça… » Il est juste derrière la porte. « Sors, s’il te plait ? » Il est juste là. Je me lève. J'ai décidé. Je prends une grande inspiration. Je me retourne, paumes posées contre la porte, m'appuyant contre elle, tentant de trouver ce qui ressemble le plus à du courage, au fond de moi. Je me mords les lèvres et tente de réfréner mes sanglots. J'ai envie de frapper du poing contre le bois, de hurler, mais je me retiens. "Lucas..." Serrant les dents, je tente de chasser les larmes qui affluent sans relâche sur les joues. Des hoquets muets, des cris aphones, je me débats derrière la façade solide d'une porte, tentant de reprendre la maîtrise de mes mouvements. "On pourrait... faire comme si..." C'est trop dur, putain, c'est trop difficile. "... comme si on venait de mettre Grace au lit..." Je ferme les yeux et lève la tête, reprenant mon souffle. "... comme si tu étais parti juste après. Tu veux bien ?" Non, merde, non, je veux pas moi, c'est pas ce que je veux, pas du tout. Il faut qu'il me dise oui. Je ne vais pas pouvoir lutter longtemps. « D’accord ». Je ferme les yeux, chassant les dernières larmes, sont "d'accord" est comme un couperet qui tombe, le mince fil de la guillotine qui vient trancher en une fraction de seconde le dernier mince espoir, d'une vie plus belle, d'une vie meilleure. Oui, mais d'une courte vie surtout, et d'une peine effroyable à gérer pour ceux qui restent, après. Pour lui qui traîne déjà le malheur dans son sillage, comme un boulet accroché à la cheville. Comment pourrait-il avancer avec un poids tel que moi en plus ? « Je vais m’en aller, mais Megan, s’il te plait, appelle moi ». Je rouvre les yeux, estomaquée. « Je le ferai sans doute pas ». Ben oui, à quoi tu t'attendais, Megan. En le rejetant de manière aussi brutale, j'ai cassé quelque chose. J'ai bien peur de ne pas réussir à le réparer. Je me lève en sursaut, rouvrant tant bien que mal la porte verrouillée, encore tremblante et maladroite, et quand j'y parviens, c'est le vide que j'aperçois. Une vie sans Lucas.

Je ne peux pas. Mais alors que je rejoins la porte d'entrée, le cerveau se remet en marche, et reprend le contrôle. Non Megan, tu ne peux pas faire ça. Le coeur terriblement lourd, je me traîne jusqu'au canapé, m'y allonge, bras repliés contre moi. Je laisse le flot de larmes couler tranquillement, sans bruit.


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