this is the hell of a night w/ Darcy

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MessageSujet: this is the hell of a night w/ Darcy   Mer 16 Jan - 11:21

J’espère secrètement que je suis en train de faire un cauchemar dont je vais incessamment me réveiller pour réaliser qu’aujourd’hui est un jour comme les autres, dépourvu de toute soirée embarrassante et solitaire emplie de stars en tous genres à laquelle il faudrait que je me rende. Les stars, de manière générale, ne m’impressionnent pas tant que l’on pourrait y croire. La plupart du temps ce sont des figures malheureuses ou secrètes de la société qui s’avèrent être comme vous et moi et qui se trouvent finalement très faciles d’accès. Mais les soirées pleines de monde, où tout le monde boit et célèbre je ne sais trop quelle gloire facile, me mettent déjà nettement moins à mon aise. Je regarde mon reflet dans la petite glace de ma chambre et soupire. C’est la première fois que je touche un peu à l’argent de James et que je m’achète une robe aussi chère. Elle est noire, droite, simple, pourtant je l’ai tout de suite trouvée jolie dans la vitrine de la boutique. Je termine de me maquiller et m’attache les cheveux, enfilant une paire de talons et attrapant l’invitation et mon sac pour me glisser dehors. Il fait un froid glacial ; la neige est tombée un peu ces dernières semaines mais les trottoirs n’en gardent ce soir aucune trace. Je remonte mon col jusqu’à mon nez et parcours les quelques mètres qui me séparent de la station de taxis qui est installée non loin de chez moi. Il ne faut que quelques secondes pour que l’un d’entre eux s’arrête et me propose de me prendre, et je monte me réchauffer dans le minuscule habitacle en lançant l’adresse du Claridge’s, un hôtel de luxe et très côté dont j’ai déjà interviewé le propriétaire il me semble. Le paysage londonien défile et se fait plus classieux, tandis que l’on s’éloigne de mon quartier un peu au rabais. Le chauffeur ne parle pas et je ne le lance pas vraiment non plus, me contentant de ressasser mes idées sombres toute seule.

J’ai reçu cette invitation à une soirée de rencontre et de célébration entre acteurs et réalisateurs – il me semble – pour deux personnes, il y a plus d’un mois. Si Julian avait été mon beau-frère adoré, charmant, aimable, je lui aurais simplement donné les places pour qu’il y aille avec n’importe qui ne m’incluant pas dans l’équation. Il aurait passé la soirée là-bas, vraiment à l’aise et tout aussi brillant, aurait eu des infos, des scoops, et aurait même pu impressionner une fille et la ramener chez lui. Mais Julian n’est pas mon beau-frère charmant ou adoré en quoi que ce soit, et la situation est assez compliquée pour que je ne me rabaisse encore un peu plus ; il aurait été capable de refuser juste pour le plaisir. Je roule des yeux en repensant à nos nombreux accros et soupire un peu, j’ignore si la situation viendra franchement un jour à s’ignorer. Et pourtant, ce n’est pas comme s’il allait un jour quitter l’entreprise, ou que je pouvais l’en éjecter. Je suis tenue de garder Julian parce que James aimerait que les choses soient ainsi, et tenue de le supporter parce que de toute évidence, il n’est pas prêt, ni de changer, ni de me supporter moi-même. Je soupire et sursaute quand le chauffeur m’indique qu’on est arrivé. Je lui laisse un billet et lui souhaite une bonne soirée en quittant la voiture pour retrouver le froid polaire de l’extérieur. Je marche avec précaution, le sol glisse et il est inutile que je me casse la figure entre les marches et le hall d’entrée, pour mon égo qui pourrait ne pas y survivre.

Quand j’entre, je tends mon invitation à une fille à peine plus âgée que moi qui attrape mon manteau et mon sac et me tend un badge « presse », que j’attache à mon gilet. Une soirée de folle solitude, voilà ce qui m’attend, parce que je ne connais personne à qui je pourrais faire la conversation plus de dix minutes et que les rencontres en grand comité avec des célébrités, ce n’est définitivement pas mon genre. J’attrape une coupe de Champagne, c’est bien là la consolation de la soirée, et me poste dans un coin où j’observe les gens. Leurs têtes, pour la plupart, ne me disent rien, et pourtant ce sont censés être de grands noms du cinéma au moins anglosaxon. Je bois ma coupe étrangement vite contrairement à mes habitudes et je l’abandonne là, reportant mon attention sur la salle. Il faut que je trouve quelqu’un à qui parler, pour au moins avoir eu une bonne raison de venir ici. Je ferai un article sur la soirée en elle-même, bien entendu, mais avoir quelques commentaires parsemés par-ci par-là ne peut pas faire de mal. Une remise de prix est prévue, je crois, pour plus tard dans la soirée. Je zone encore un peu et finis par repérer Darcy Orwell. Je préfèrerai mourir plutôt que de revivre la première – et unique jusqu’alors – fois où je lui ai posé des questions sur son travail et sa vie. Inexpérimentée, maladroite, je n’avais aucune maitrise de la technique et tout ça est parti au fiasco le plus total, ou presque, de remarques déplacées en allusions étranges, le tout est resté un peu particulier depuis. Mais ça pourrait être une idée. Je soupire et inspire, régulière, et attrape une autre coupe de Champagne avant de me jeter dans la gueule du loup, de toute façon, hors de question que je passe la soirée toute seule dans mon coin. J’ai déjà recroisé Darcy depuis la fameuse interview et je doute qu’il devienne subitement mesquin. Je secoue la tête et m’ordonne d’arrêter de penser, puis m’approche en essayant d’adopter une démarche assurée. « Bonsoir, Monsieur Orwell ». Les conventions, ne sait-on jamais, ça n’est pas comme si on était intimes et ma belle-mère serait somme toute fière de moi – comme si ça m’apportait une consolation quelconque. Je lui tends ma main et souris un peu, ne sachant trop quoi ajouter maintenant – j’ai sans doute l’air fin.
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MessageSujet: Re: this is the hell of a night w/ Darcy   Lun 21 Jan - 1:52

    Les soirées ont ça de bien que tout le monde s'en fout de ce qu'il y a de vrai, que seul le faux compte et c'est ainsi d'un accord général mais silencieux. On accordera de l'importance aux vêtements avant de penser à ce qui arrive véritablement dans la vie de l'un ou de l'autre ou bien encore, on jasera sur le passage de la compagnie à son bras, du type de voiture de laquelle on est sorti, etc. J'ai accepté les règles de ce jeu depuis un bon moment déjà, sachant que je n'ai aucune difficulté à remplir les conditions imposées pour avoir ce qu'on classerait comme étant « une réputation enviable » et c'est tout ce que ce genre de soirée demande. Celle-ci est destinée à célébrer la sortie du tout nouveau film d'un jeune réalisateur prometteur londonien que tout le milieu cinématographique d'ici adore. Je dois dire que je ne me sens pas particulièrement attaché au milieu anglais, sachant que j'ai davantage évoluer aux États-Unis comme acteur et même lorsque j'ai réalisé, je n'ai connu que la production à la suite de mon père dans la boite qui porte son nom - notre nom - dans ma ville natale. Ce n'est pas exactement la même dynamique, sachant que je ne travaille pas directement avec tous les membres des équipes de tournage et pas vraiment plus avec les acteurs, en dehors des têtes d'affiche que je signe souvent moi-même puisque leur nom est synonyme d'argent et que voir aux conditions économiques des films d'Orwell Productions, c'est mon boulot. J'y suis tout de même, parce que faire acte de présence aux évènements dans ce genre fait quasiment partie de ma description de tâche, parce que les absences sont souvent plus remarquées que la présence de la majorité. Et puis, c'est aussi ça un des bons côtés de la célébrités ; pouvoir assister à des soirées, faire des rencontres ou revoir des gens connus (dans tous les sens de ce terme), parfois finir la soirée bien accompagné... et un accès presque illimité au bar à cocktail.

    Ce soir, je me suis présenté seul. Ce n'est pas dans mes habitudes ces derniers temps, moi qui ait enchainé comme les chemises les conquêtes féminines et masculines sans la moindre distinction, mais il me suffit d'avoir un peu moins de motivation pour devenir soudainement bien moins sympathique. J'ai toujours eu cette tendance aux hauts très hauts et aux bas encore plus bas. Disons que ce jour se situe au milieu, à tendance un petit peu vers le bas. Je suis particulièrement fatigué et le calme de ma chambre en solitaire - ce que je n'ai pas connu depuis un sacré bout de temps - m'attire assez. Alors, je me contente du minimum, c'est-à-dire saluer uniquement les gens qui ont absolument besoin de l'être et d'engager la conversation rien que lorsqu'on me sollicite pour ce faire. Le reste du temps, me voilà à côté du bar à cocktail, occupé à déguster ma boisson en observant les autres. Ce genre d'endroits, ce genre de soirées, c'est toujours ce qu'il y a de mieux pour observer l'espèce humaine dans sa plus grande déchéance. L'air vaguement amusé, mais toujours les traits tirés par la fatigue qui se fait particulièrement sentir aujourd'hui, j'entends enfin une voix qui s'adresse à moi avec mon nom. Ces mots, je les entends mille fois par jour, « monsieur Orwell », et j'ai toujours l'impression que mon père va y répondre à ma place. Cela explique sans doute pourquoi il me faut toujours une ou deux secondes de plus que de coutume pour réagir, et c'est ce qui m'en prend avant de me retourner vers la jeune femme qui se tient debout à mes côtés. Un seul coup d'oeil et je la reconnais immédiatement, un sourire venant se loger sur mon visage fatigué.

    Je ne connais pas très bien mademoiselle Cameron, d'ailleurs je n'ai pas vraiment l'habitude de me montrer ouvert avec les médias. Je les connais, ils me connaissent - ils ne se privent jamais pour écrire à mon sujet et ce depuis que je suis assez jeune - et disons que si je ne leur voue pas un grand mépris comme certains de mes collègues du domaine le font, je ne les porte pas non plus dans mon coeur comme de bons amis. Elle par contre, c'est différent. Ça l'a été depuis notre première rencontre, alors qu'elle était chargée de m'interviewer pour un de ces articles et que tout s'est passé complètement de travers. C'est un épisode que je tâche bien de ne pas oublier, mais c'est seulement parce que je l'apprécie bien et qu'elle me fait rire, et qu'elle n'est pas aussi superficielle que d'autres peuvent l'être, qu'elle sait faire preuve d'une agréable humanité tant avec ses faiblesses que ses forces, ses charmes. Une jolie petite blonde qui plus est, et dieu sait combien je les aime. « Mademoiselle. » dis-je, doucement, avec toujours ce léger sourire et un léger signe de la tête en guise de salutations un peu solennelles. Les gens ont toutes ces façons de s'adresser les uns aux autres dans ces soirées, même si je connais aussi les excès dont ils sont tous capables. « Vous êtes ici pour le boulot ? » Question typique, qui ne relève pas vraiment de la méfiance comme ça aurait pu être le cas pour d'autres et envers d'autres, mais disons que c'est ma façon d'entrer en jeu. Je lui rappelle du même coup nos relations, la posture un peu amusante dans laquelle elle semble inévitablement se glisser lorsqu'elle est là pour obtenir des paroles dignes d'être écrites dans son journal (je dis journal, je dis normalement « torchon» mais Cameron ne m'inspire pas ces gros mots), pas plus elle que son travail ! Elle m'amuse.

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MessageSujet: Re: this is the hell of a night w/ Darcy   Lun 28 Jan - 11:31

Je détonne complètement, bien entendu. J'aurais pu me retrouver aussi bien perdue au plein milieu d'une foire bovine que je n'aurais pas été plus à l'aise. Quoi que, finalement, les animaux sont sans doute moins impressionnants que les gens eux mêmes, surtout quand ils sont décidés à l'être. Je soupire et me maudis intérieurement d'être à la fois si peu sûre de moi et si niaise. Il faudrait que je m'arme un peu, surtout si je compte poursuivre ma carrière déjà pitoyablement entamée de journaliste. Poursuivre les idéaux de James me semble aujourd'hui être une insupportable course poursuite derrière le succès que je ne peux avoir ni me permettre. Souvent, dans des journées comme celle-là, qui n'ont pourtant, en apparence, rien de terrible ou de repoussant, je me dis que je ferai mieux d'abandonner. Qui me blâmerait de remettre les clés du bureau à Julian pour le laisser mener la barque ? Qui m'en voudrait de m'écarter au profit du frère jumeau, de sortir définitivement de la vie des Wagner et d'essayer de reconstruire la mienne loin du fantôme de mon mari ? Définitivement pas Eleonore, en tout cas, qui n'attend que ça. Ma mère, mon père, eux seraient plus que ravis de savoir que je me détache finalement de ce qu'ils appelaient et appellent toujours une terrible lubie. Personne, non, ne regretterait de me voir partir, en dehors peut être d'Evy, la secrétaire, qui perdrait, pour sûr, au change, parce qu'il vaut mieux m'avoir comme patronne qu'obéir aux ordres de Julian. Et encore ; je n'en suis finalement même pas sûre. Je n'ai eu l'occasion que de le voir exécrable, je n'ai pas la moindre idée de sa façon d'être quand il n'est pas en colère, mal luné ou dans de très mauvaises dispositions à votre égard ; peut être se trouve-t-il être charmant, accueillant et tout ce qui va avec encore. Finalement, peu de gens m'en voudraient réellement, et il suffirait que je règle mes comptes avec ma conscience pour tout lâcher maintenant. Même cette partie ne serait pas franchement difficile, je suis tellement novice que faire ce qu'il y a de mieux pour le journal reviendrait sans aucun doute possible à le laisser à Julian. Mais je ne suis pas absolument persuadée que James ait préféré la popularité à une vision personnelle de son entreprise, or cette vision personnelle n'a été partagée qu'avec moi, et malgré la direction dans laquelle semble vouloir aller Julian - profit, profit, profit - je me dois de tenir les rennes autant que faire se peut pour tenter de retranscrire l'ambiance bonne enfant qu'entendait véhiculer mon mari, au delà même de toute notion de popularité ou de profit. Je soupire, me demandant comment je peux parvenir à une telle série de réflexions toute seule, plantée dans mon coin.

Fort heureusement, mon professionnalisme indéniable mais à la qualité discutable ne se trouve pas ombragé par un quelconque refus strict de Darcy Orwell de ne serait-ce que m'adresser la parole. L'espace d'un court, infime instant, la carte presse agrafée à ma robe prend tout son sens, plus de sens qu'elle n'en a jamais eu jusque là, d'ailleurs. J'inspire et hoche lentement la tête en faisant glisser mes doigts sur ma coupe pour éviter de mourir gelée. « Pourquoi, sinon ? » Je réponds, en hochant la tête lentement. Je souris légèrement et ajoute, un brin provocatrice mais néanmoins franchement sincère : « Je ne m'imposerai ça pour rien au monde si ça n'était pas absolument nécessaire pour remplir mes obligations professionnelles... » Je bois une gorgée de Champagne et mes yeux balaient la salle à la recherche d'autres visages se détachant du lot. Je crois qu'en plus de ça, une grosse histoire est en cours de révélation que Julian veut couvrir et il me semble avoir entendu parler de la fille d'une actrice renommée. Mais je ne suis pas sûre qu'elle soit là, les probabilités ne semblent pas franchement de mon côté. Je n'ai qu'un rêve, quitter cette salle qui ne me ressemble absolument pas et fuir, prendre un taxi pour rentrer chez moi sans autre forme de procès. Mais je n'ai pas fait tout ça pour rien, il faut que je m'en sorte, maintenant. « Et vous, vous êtes là pour le plaisir de profiter d'une magnifique soirée ou vous avez d'autres motivations ? » J'hausse un sourcil curieux en essayant de jouer les professionnelles franchement à l'aise à qui rien ne fait peur, mais ce n'est pas tellement gagné. En dehors de ma tête de petite fille sage, je n'ai pas grand chose de plus pour moi dans le domaine confiance et assurance, surtout dans un domaine que je ne maîtrise pas. Je ne connais rien à ces soirées, rien à l'art de poser les bonnes questions. Je ne sais pas être une journaliste mais finalement, c'est peut être ce qui fait le charme du journal actuellement - ceux qui le lisent. Je ne fais que retranscrire la vérité des conversations que j'entretiens avec les gens que je rencontre, jamais rien de plus. C'est plus facile de toucher les gens comme ça, et qui sait, continuer sur cette voie est sans doute la meilleure solution envisageable ?
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MessageSujet: Re: this is the hell of a night w/ Darcy   Dim 3 Fév - 23:56

    Je ne connais rien à cette jeune femme, ou devrais-je dire presque rien car je sais les informations classiques de base que n'importe quelle autre personne ici présente saurait dire à son propos. Premièrement, elle s'appelle Cameron Roxon-Kennedy et elle dirige ce journal, c'est quoi le nom déjà?, elle est célibataire et drôlement pas à l'aise dans ce genre d'évènement quoi qu'ayant bon goût et sachant s'habiller en conséquence. Nouvelle information à son sujet, elle n'aime pas du tout être de la partie dans ce genre de soirée, ce que je peux comprendre car ce n'est vraiment pas donné à tous d'aimer jouer la comédie comme cela, maintenir une réputation et se faire remarquer.. Après tout, c'est bien à quoi servent les réceptions dans ce genre et j'ai souvent pensé que seuls les gens de cinéma pouvaient s'en accommoder sans trop de mal, habitués bien comme il le faut à jouer la comédie. Je ne lui en tiens pas rigueur, à la jolie blondinette, d'ailleurs sa présence me rappelle plutôt combien c'est pathétique ces soirées, combien je les ai méprisées quand j'étais plus jeune et que mon père me tenait des discours interminables comme quoi je ne pouvais pas passer à côté de cela. Après tout, il avait bien raison, j'en suis d'autant plus conscient aujourd'hui que j'ai les pieds dans ce monde tous les jours. En revanche, ce que je ne sais pas, c'est pourquoi elle est vraiment ici. L'excuse du boulot est la plus facile, c'est même ce que j'ai mentionné moi-même lorsqu'elle est venue me saluer. N'a-t-elle pas des journalistes collaborateurs qui peuvent couvrir ce genre d'évènements à sa place ? Je saisis mal sa personnalité, ses intérêts tant au sens de ce qui lui plait de faire dans la vie qu'au sens de ce qu'elle doit faire pour réussir. Je me réjouis de la voir ici auprès de moi, et je me laisse porter par l'idée que ma compagnie lui est peut-être plus agréable que celles des autres. J'ai la prétention de le croire, disons que je m'efforce pour lui être agréable plus que de coutume. Elle a ce don de me rappeler une ancienne période de ma vie, quand j'avais encore ces espoirs d'être à contre-courant, quand je me révoltais à la moindre occasion... Bref, sa compagnie à elle me plait aussi, surtout.

    Je lui souris à sa question, qui ma foi en est une bonne. « Les motivations de ce genre de soirée ne sont jamais rien d'autre que de marquer quelques points auprès des gens de mon espèce, regarde-les, ils le font tous. » Je laisse tomber le vouvoiement. C'est ma façon à moi de lui demander d'en faire autant, car même si je ne prétends pas que nous sommes si familiers tous les deux, je pense que tout ceci se fera plus naturellement si nous faisons un effort pour que la conversation soit moins dans un cadre rigide. Je sais qu'elle est là pour avoir quelques trucs intéressants à publier dans son journal demain et je ne vais pas m'imposer entre elle et cet objectif fort compréhensible. « L'un des seuls endroits où l'on voit une jeune femme début vingtaine fraterniser autant avec un homme de cet âge... » dis-je en lui désignant d'un vague signe de la tête un couple un peu surprenant formé d'un grand réalisateur d'au moins soixante-dix ans en train de recevoir un baiser d'une jeune actrice nouvellement à la mode. Bien entendu, on voit ce genre de choses ailleurs dans le monde, tous les milieux où il y a de l'argent et/ou de la célébrité en jeu connaissent ces liaisons d'intérêt, mais j'ai toujours été amusé de constater combien cela semble naturel dans le milieu cinématographique. Je parierais une bonne somme que la jeune diva aura prochainement un rôle dans l'un des films de monsieur, c'est le plus grand cliché.

    Je repose mes yeux sur elle, m'emparant juste avant d'une coupe sur le plateau d'un serveur qui se balade parmi la foule en offrant les coupes aux invités. Il y a au moins ça de positif, la consommation à volonté ! Il va sans dire que ça aide à passer le temps un peu plus facilement. Je l'observe en portant la coupe à mes lèvres, prenant le temps de savourer une gorgée... assez décevante tout compte fait et je rejette la boisson en faisant rejoindre le plateau d'où elle est venue avant même que le serveur ne se soit trop éloigné. Il me sourit, faisant son boulot bien comme il faut sans se plaindre de l'attitude sans doute toujours un peu extravagante des gens qui fréquentent ces soirées. Quand j'y pense, il ne faudrait aux journalistes comme Cameron que de faire le même boulot que les serveurs pour en savoir autant qu'ils le veulent sur les gens. « Est-ce qu'il m'est possible de te révéler quelques informations privilégiées qui t'aideront à satisfaire les exigences professionnelles ? Sinon, ou bien après, je t'inviterais à danser. » lui dis-je simplement, tout sourire, poli, mystérieux et songeur. Je ne dévoile que rarement mon véritable sentiment sur toute chose, j'ai appris avec le temps que cela vaut mieux. On ne peut jamais prévoir quand ce qu'on confie ne se retournera pas contre nous subitement et violemment ! À quelques pas de nous, certains profitent de la musique pour se rapprocher. Notre couple surprenant de tout à l'heure vient tout juste, d'ailleurs, se rejoindre la piste de danse.
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MessageSujet: Re: this is the hell of a night w/ Darcy   Ven 8 Fév - 23:54

Un rapide coup d’œil autour de moi me permet de repérer quelques personnes dont les visages me sont plus ou moins familiers. Les seules quelques stars que j’ai déjà été amenée à interviewer étaient celles que par le hasard d’une rencontre j’ai rencontré sans le faire exprès, en toute conscience du ridicule de la remarque. Avec Darcy, c’était un peu différent, une opportunité qui s’est dégagée, sans doute de l’initiative de James et c’est d’ailleurs probablement lui qui aurait mené l’interview si ça n’avait été à la charge de mon incompétence réitérée. Quoi qu’en toute objectivité je m’améliore avec le temps qui passe, le journalisme n’est pas, et n’a jamais été une vocation. A moins qu’il ne le devienne un jour, ce choix de métier m’oppresse plus qu’autre chose et la solution actuelle ne me semble pas définitive. J’aime James, je l’aime comme s’il n’était pas mort et qu’il m’attendait dans notre minuscule appartement, et je m’accroche à l’image que j’ai de lui à coups de gestes désespérés, de souvenirs brulants ou de rêves agités. Je l’aime et c’est la raison pour laquelle je ne peux pas laisser tomber, le journal, les articles, Julian, les Wagner, et tout le reste. Je l’aime, c’est pour ça que je suis là sur douze centimètres de talons, maquilles d’un trait d’eye-liner et emprisonnée dans une robe dont le prix équivaut sans doute à six mois le salaire que j’aurais touché si j’avais été prof comme j’ai toujours prévu de l’être. Je suis moins triste, aujourd’hui, quand je pense à lui, mais ça ne change pas les faits. Il est toujours mort, et quand je me rappelle de mon mari, je me souviens, entre autre, de cet élan de motivation et de joie qu’il ressentait de manière systématique quand il me parlait de son projet, de son journal, de sa future équipe, de ô combien il était heureux de travailler main dans la main avec son frère. Le symbolisme de ces souvenirs m’attache, m’enchaine à ce que je peux lutter pour maintenir. Pourtant, les sacrifices sont grands. Je parais sans doute pour la dernière des gamines gâtées quand je me plains de ces soirées auxquelles il faut parfois de force se trainer, et quand je le raconte à mon père, que ça fait doucement rire, il me réplique systématiquement la même chose, c'est-à-dire qu’il aimerait être assez connu en tant qu’avocat pour pouvoir être convié à de telles sauteries. Je souris en pensant à lui un instant, puis reviens à la réalité pour écouter, sans me départir d’un sourire franc, ce que Darcy me répond.

Il abandonne le vouvoiement conventionnel qui était resté la norme entre nous et la chose me détend d’une manière assez étrange, et vivifiante je dois le dire. J’ai l’impression d’être passée de manière soudaine d’une soirée prestigieuse soumise à la pression à un moment agréable. Je regarde comme il me suggère de le faire et suis confrontée à une réalité vue d’une façon un peu différente de la mienne, quand je balayais la salle d’un œil incertain quelques minutes auparavant. Effectivement, qui se ressemble s’assemble dirions-nous. Les gens se mêlent et discutent, certains semblent à peine intéressés par les discours de leurs interlocuteurs. Ils forment tous, ou presque tous, effectivement, des couples assez inattendus. J’ai appris, cela dit, à ne pas juger l’amour que je vois autour de moi trop hâtivement. Même si la jeune fille qui semble avoir l’âge de passer son permis pour la première fois ne parait à priori pas transie d’amour pour le vieillard qui lui tient la hanche, on ne sait jamais quelles circonstances ont réuni les gens. Je ris un peu cependant et l’interroge du regard en m’armant d’un sourire un peu plus prononcé. « Et toi, alors, tu n’as pas accroché une petite jeune pour t’accompagner ce soir ? » Je ris un peu, n’attendant pas particulièrement une réponse à cette pique lancée au hasard, me contentant d’avaler de nouveau une gorgée de Champagne.

Un plateau passe et il se sert une coupe, qu’il repose bien rapidement. Je joins mon geste au sien et hausse une épaule, je ne suis pas une fine gouteuse de vins et champagnes, dont je connais finalement peu de choses. L’alcool m’aide par ailleurs sans doute à canaliser mon attention trop élevée sur autre choses que les pensées qui se bousculent dans mon cerveau. J’erre de nouveau quelques secondes, observant les gens qui dansent et les gens qui boivent, ceux qui discutent, ceux qui se contentent d’observer, comme moi. Je suis une fois de plus ramenée à la réalité par la voix de mon compagnon de la soirée. Je le fixe un instant et me mords la lèvre. Je n’ai pas envie de jouer au jeu de l’interview dissimulée, je suis fatiguée. Pourtant, il faudrait, dans l’idéal, que je réussisse à attraper des informations suffisamment intéressantes pour en faire un article. « On peut faire les deux en même temps », je réponds en souriant un peu plus. Je n’ai pas dansé avec un homme depuis la mort de mon mari, et la chose me semble complètement étrangère. Je fronce un peu le nez, hésitante finalement, mais ne me laisse pas vraiment le choix. « Ca fait très longtemps que je n’ai pas dansé ». Je ris légèrement, nostalgique, et hausse une épaule, mal assurée. « Je suppose que je raconterai quelle merveilleuse soirée ça a été, ici, ce soir ».

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MessageSujet: Re: this is the hell of a night w/ Darcy   Jeu 28 Fév - 3:57

Spoiler:
 

    Il y a de ces moments qui n'ont pas d'importance, pour lesquels on ne se casse pas la tête. En fait, cela donne une bonne leçon sur le reste des autres moments, car on devrait toujours vivre sans trop se poser de questions, sans s'inquiéter. Ce n'est pas que ce «tête-à-tête», permettez-moi l'expression, avec miss la journaliste ne me plaise pas, car au contraire sa présence vient égayer ma soirée qui à la base s'annonçait pour être d'un ennui incroyablement mortel, mais c'est plutôt que je n'ai aucune attente, aucune impression à combler ni rien. C'est ironique, puisque j'ai l'habitude, cela inculqué par mon père dès mes premiers pas dans le monde du cinéma, de me méfier le plus possible des journalistes, de ne rien leur confier, d'à peine leur parler. Pourtant, Cameron me laisse cette impression de pouvoir lui faire confiance. Je ne connais rien d'elle, mais elle n'est pas de ceux qui cherchent le pépin à glisser dans leur papier pour exciter la population londonienne de ce qu'ils n'ont pas besoin de savoir. À vrai dire, elle n'a rien du profil de la journaliste typique ; elle n'est ni trop curieuse, ni grossièrement ambitieuse, ni ne laisse paraitre une confiance démesurée ou un front dérangeant. Il est vrai que j'ai un opinion un peu typé des journalistes, mais personne ne peut nier que la majorité sont ainsi. Bref, ce n'est pas ce à quoi je pense le plus, maintenant que je suis avec elle. Sa question me fait rire, car je ne sens pas qu'elle désire vraiment obtenir une réponse et de toute manière, elle serait probablement déçue. Non, ce soir, je suis seul et c'est bien parce que je ne suis pas si productif... Je n'enchaine pas les conquêtes à un rythme si effréné, j'aime aussi prendre un peu de temps pour moi. Comment dire ? Il me faut être d'une humeur assez particulière pour me lancer dans la séduction, ce jeu si complexe, et cette soirée m'apparaissait plus comme un obligation à laquelle me présenter seul permettait d'y échapper plus rapidement et sans m'encombrer d'une autre personne. Ce n'est pas que je sois si égoïste, mais j'aime prendre mes décisions sans devoir rendre des comptes. Ne suis-je pas le parfait célibataire ?

    Certains diront que je ne suis pas moi-même, mais je suis au contraire beaucoup moi-même en sa compagnie que je pourrais l'être avec d'autres. Le fait est qu'elle m'inspire confiance, c'est tout ce qui compte. Je lui souris doucement quand elle me dit qu'elle n'a pas dansé depuis longtemps. Quelquefois je remercie ma mère de m'avoir montré ces choses de base de la vie, pour un homme, comme savoir danser. Une femme qui ne sait pas danser ou qui ne se débrouille pas si bien, c'est seulement adorable. En revanche, un homme qui ne sait pas, cela manque simplement de classe. C'est ce que ma mère a toujours dit et c'est bien une des seules choses sur laquelle j'ai toujours été très en accord avec elle. Je m'offre donc la liberté d'attraper doucement la main de la jeune femme afin de l'attirer avec moi vers les autres danseurs. La musique est lente, les quelques couples qui tournoient lentement le font de façon plus ou moins improvisée, car cela distrait au moins. C'est peut-être d'ailleurs mon intention, de lui apporter un peu de distraction. « Ce regard... toujours si triste. » je dis doucement, alors que je conduis les choses. Nous nous sommes arrêtés au milieu de la pièce, et je pose une main sur sa taille pour la rapprocher un peu de moi. Je demeure courtois, je ne suis pas là pour sortir tout un jeu de séduction ni pour la rendre mal à l'aise. J'ai enregistré dans mon esprit qu'elle m'a dit ne pas avoir dansé depuis longtemps, alors je suis là pour remettre la partie sans brusquer les choses, mais en menant le jeu pour que ce soit plus simple. « Ce n'est pas si difficile, non ? » Je souris doucement. « J'espère bien que ce n'est pas ce que tu vas raconter, car ces soirées ne sont que d'un ennui mortel, que pour l'image, et vous y contribuez avec vos articles... » Mes mots ne sont pas un reproche. Je dis "vous" en parlant des médias en général, mais je ne la considère pas vraiment comme tel.

    Toutes les femmes veulent être traitées comme des égales, c'est ainsi depuis longtemps et je suis plutôt du côté des féministes à vrai dire. Seulement, certaines ont encore l'impression de nos jours qu'être bien traitée veut dire être aimée par les hommes, séduire, toutes ces choses. La plupart des femmes que je rencontre se sentent ainsi au sommet de leur capacité si elles parviennent à séduire, ce à quoi je réponds généralement par la positive si elles me plaisent au moins un peu. Mais il y en a d'autres, Cameron en fait apparemment partie, qui ne cherchent pas du tout à séduire. C'est étrange, car c'est précisément l'absence de la moindre ambiguïté dans son attitude qui m'attire tant chez elle. Comprenez-moi bien, je n'ai nulle intention de la ramener dans mon lit ce soir, et je sais trop bien que je n'y parviendrais pas même en y mettant toute mon énergie, mais elle arrive à me toucher différemment de ce que d'autres font. J'éprouve une attirance pour elle, c'est indéniable, j'ai toujours eu un faible pour les blond-e-s, mais c'est la fragilité que je lis dans ses yeux qui vient le plus me chercher.
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