un fauteuil empêche de marcher, non de jouer la comédie. w/ darcy

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MessageSujet: un fauteuil empêche de marcher, non de jouer la comédie. w/ darcy   Dim 6 Jan - 3:26

Putain de branche qui s’est encore coincée dans la roue de mon fauteuil. Ça a beau faire deux années que j’y suis assise, certains inconvénients m’agacent toujours prodigieusement sans que je n’y puisse changer quoi que ce soit. Alors je prends tout avec le sourire, un sourire faux et longuement travaillé que j’ai appris à revêtir en toutes circonstances malgré que j’aie parfois envie de tout envoyer balader. Faire les boutiques est devenu un véritable parcours du combattant, les rues mal entretenues n’étant définitivement pas pensées pour les handicapés dans mon genre. Mais il me faut revoir ma garde-robe, dans l’optique d’un rendez-vous que j’ai attendu bien trop longtemps pour laisser passer ma chance. Malheureusement, la plupart des bâtiments datant de plusieurs siècles ne sont pas adaptés et comportent quelques marches qui, pour le commun des mortels, ne sont qu’une manière de pratiquer un peu d’exercice physique dans leur vie morose mais qui pour moi sont un obstacle insurmontable. Alors je me contente de ce que je peux encore atteindre, et me débrouille pour faire mon choix dans un panel plus que limité. J’arrive toutefois à trouver mon bonheur, et repars avec mes achats posés sur mes genoux en direction de mon appartement pour m’y changer. Ces gestes quotidiens qui peuvent paraître anodins pour la plupart des gens se font beaucoup plus complexes. Allez essayer d’enfiler une paire de chaussettes alors qu’une de vos jambes ne répond plus et on en reparlera. Mais l’habitude aidant, j’ai réussi à définir quelques techniques bien pensées afin de ne pas perdre trop de temps puisque je suis évidemment en retard, comme à mon habitude. Souvent on ne tient pas compte de ma ponctualité légendaire. « La pauvre, elle est handicapée, c’est pas sa faute ! » je dois bien avouer qu’il m’arrive de profiter un peu de la situation pour m’octroyer quelques excuses bien tournées en songeant que ma vie n’est pas toujours des plus agréables et donc qu’il me faut en tirer le meilleur pour ne pas sombrer n’importe quand. Je finis d’enfiler mon pull et boutonne mon jean en me redressant un peu, attrape mon sac à main et mes clefs ainsi que les papiers que j’ai jetés négligemment sur mon bureau la veille puis quitte le confort de mon petit chez moi adapté pour m’aventurer dans la jungle des transports en commun. C’est au prix d’efforts considérables que je parviens à trouver un bus qui peut m’accueillir moi et mes deux roues et je pose ma tête contre la vitre en mettant en route mon ipod, comme je le fais bien souvent pour me détendre quand je suis sujette au stress. Car oui, aujourd’hui est une journée stressante et particulièrement importante pour moi. Pour la première fois depuis des années, j’ai réussi à décrocher l’adresse d’un casting. Le théâtre et la comédie resteront à jamais mes passions premières mais mon opération est venue chambouler tous mes projets d’avenir, et même si je ne crois que très peu en mes chances de réussite, j’ai décidé de tenter le coup quand même.

J’arrive aux bureaux quelques minutes après l’heure convenue au téléphone et suis accueillie par une jeune blonde qui me jette un regard dédaigneux. Déjà, je sens que je ne suis pas à ma place mais il en faut plus pour me décourager. Elle m’indique la porte au bout du couloir, et je vais me placer dans la salle d’attente en attendant que l’on m’appelle. Mes rivales sont nombreuses et toutes m’observent comme si j’étais folle. J’en entends quelques-unes se demander ce que je fiche ici, car l’annonce ne parlait aucunement du rôle d’une handicapée. J’ai d’ailleurs cru bon d’oublier de préciser ce détail au recruteur et préfère jouer sur l’élément de surprise. Enfin vient mon tour, et j’avance alors sous l’œil curieux de la femme venue me chercher. Assis derrière un bureau, deux hommes impeccablement vêtus me toisent sans pouvoir dissimuler leur étonnement mais je ne me démonte pas et viens me placer au centre de la pièce. C’est alors que je reconnais l’un d’eux, et mon cœur semble louper un battement. Quelles étaient les chances réelles pour qu’il me fasse passer le casting alors que nous ne nous étions plus revus depuis bien longtemps déjà ? Mais mes questionnements sont interrompus par la voix rauque de celui que je devine être le réalisateur. « Mademoiselle Serrano c’est bien ça ? » J’acquiesce en gardant mes yeux posés sur Darcy, qui semble aussi désarçonné que moi. « C’n’était pas précisé dans l’annonce que nous avons passée mais.. Nous recherchons quelqu’un de valide pour ce rôle. » Je reporte mon attention sur mon interlocuteur et laisse mon visage exprimer toute la détermination dont je fais preuve. D’une voix calme et posée, je m’efforce de rester polie pour lui expliquer mon point de vue. « Ce fauteuil signifie que je n’peux pas marcher, non pas que je n’peux pas jouer la comédie. Je n’auditionne pas pour le rôle d’une athlète de haut niveau, je me trompe ? » Visiblement soufflé par mon audace, il préfère ne pas répondre à ma réplique et se contente de me présenter son co-équipier. « Bien. Je vous présente monsieur Orwell, le producteur du film. » J’hausse un sourcil et adresse à ce dernier un sourire faux mais suffisamment travaillé pour que le réalisateur ne se rende compte de rien. « Enchantée. »
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MessageSujet: Re: un fauteuil empêche de marcher, non de jouer la comédie. w/ darcy   Dim 6 Jan - 3:45


    Comme toutes les autres ; voilà la meilleure façon de décrire cette journée de casting jusqu'à présent. En d'autres mots, de l'ennui pur et dur et voilà que moi, je suis là pour le principe, pour acquiescer ou en revanche éconduire poliment ou pas les candidats aux rôles pour lesquels ils sont venus auditionner. À chaque nouveau film, ça se passe ainsi. Quand j'étais jeune, je me souviens d'avoir assister à quelques séances de casting avec mon père et ensuite d'en avoir passé moi-même même si ce n'était que pour la forme, car la réputation de mon père me les faisait avoir sans grand problème du moment que je faisais bonne mine devant les producteurs et le réalisateur. Je ne peux pas dire que j'ai déjà aimé le casting, c'est plutôt interminable et on perd le trois-quart du temps avec des gens sans le moindre talent. Le pire dans tout ça, c'est que nos secrétaires font déjà le tri des candidatures avant qu'on ne les reçoive et ceux qui se présentent sont supposés être les meilleurs. Je ne voudrais même pas voir les autres, quel gâchis incroyable cela doit être. Heureusement, monsieur le réalisateur est d'une agréable compagnie et il sait bien ce qu'il recherche : il n'a besoin que d'un instant, que de quelques répliques, pour savoir que la personne en face de lui.. ne convient pas. En tout cas, c'est ce qui s'est produit jusqu'à maintenant pour que nous soyons encore à la recherche de quelques rôles secondaires, mais des rôles plutôt importants tout de même pour le film. Je le laisse faire, satisfait tout de même d'avoir auprès de moi quelqu'un qui sait ce qui veut, ce n'est pas tous les jours que j'ai ce privilège. Quoi qu'on en pense, et même si je suis là pour m'assurer que mon argent - celui de l'entreprise - est bien investi, j'aime le cinéma. Je suis donc capable d'une certaine sensibilité quant à ce qui est le mieux pour le film. La fille qui se trouve face à nous est particulièrement jolie, rousse aux yeux verts. J'ai toujours eu un faible pour les rousses, sans doute encore plus que les blondes mais elles se sont faites rares dans ma vie. Enfin, dommage qu'elle n'ait aucun talent et que le réalisateur la vire après quelques lignes seulement. C'est précisément le genre de filles que j'aurais séduite, les plateaux m'offrant souvent cette possibilité et les actrices étant généralement les plus chaudes à l'idée de partager un moment d’intimité avec moi. Être producteur, ça a toutes sortes d'avantages, dira-t-on. Un peu blasé, je saisis la feuille qui m'annonce la prochaine aspirante actrice que nous allons voir. Je reste un peu figé à voir le nom qui est écrit noir sur blanc sous mes yeux. C'est un nom que je connais, je n'ai pas oublié.

    Je lève les yeux de la feuille uniquement au moment où la demoiselle en question fait son entrée dans la pièce, accompagnée par mon assistante personnelle, Lorie, et j'acquiesce d'un léger signe de tête pour la remercier, mon regard pourtant bien fixé sur la jeune femme en fauteuil roulant qui s'approche de nous. Heureusement que ce n'est pas à moi de faire la conversation, déjà que je n'ai jamais été particulièrement doué pour ces choses là, me voilà paralysé de surprise. Oh, ma surprise n'a strictement rien à voir avec celle de mon collègue qui l'annonce ouvertement à la principale intéressée, la mienne est surtout due au fait que je connais cette fille. Non seulement je l'ai connue, mais nous avons été de bons amis il y a un temps. Je ne voudrais pas m'avancer, mais je crois bien qu'elle a été amoureuse de moi un temps et moi... Enfin, je ne suis pas bien différent aujourd'hui de ce que j'étais à ce moment, si ce n'est pire. Alexandra me plaisait, comment ne pas être sensible à ce visage sublime et son corps de rêve, j'ai toujours été sensible à la beauté féminine, celle des hommes aussi d'ailleurs mais cela est une toute autre histoire. J'ai cru que ça le ferait, que je me mettrais avec elle le temps que ça dure, mais il y a eu l'accident. J'ai flippé, devant le fait accompli que ce que vivait Alex réclamait une présence constante, du genre une relation sérieuse et un type bien attentif, tout ça, tout ce que je n'ai jamais été. D'une certaine façon, je suis bien persuadé de lui avoir rendu service en disparaissant de sa vie comme je l'ai fait, je ne sais pas de quelle utilité lui aurait été un infidèle comme moi, incapable de s'empêcher de courir les autres jupons et les pantalons des autres, incapable du genre de relation que j'étais bien certain qu'elle recherchait. Le temps aura prouvé que j'ai raison, moi qui ait eu un nombre incalculable d'aventures et même un mariage depuis la dernière fois que je l'ai vue.

    Ravissante, c'est bien le mot que j'utiliserais pour la décrire. Mon collègue me présente et je finis par sourire, tout en me levant pour lui serrer la main pour lui faciliter la tâche avec son fauteuil... Enfin, j'ignore si ma délicatesse peut être interprétée comme une insulte. je ne m'y connais pas vraiment dans le protocole qu'il faut adopter avec les gens qui ont un handicap comme elle. Elle feint de ne pas me connaitre, ce qui m'étonne un peu en fait. Cherche-t-elle à me prouver quelque chose, qu'elle sait jouer la comédie par exemple ? Je n'ai en pas douté, surtout qu'à l'époque où nous nous fréquentions, je suis allée la voir jouer au théâtre quelques fois. « Ça fait longtemps. » Je me contente de dire, ni froid ni particulièrement sympathique, la surprise me tenant toujours à cette distance un peu étrange et de toute façon, le professionnalisme est de mise. Je me rassois. Moi comme le réalisateur restons là un moment, sans trop savoir comment gérer la situation même si ce n'est encore une fois pas pour les mêmes raisons. Je finis par prendre la parole. « Tu pourrais nous lire le début, je te donnerai la réplique. » Normalement, c'est le réalisateur qui donne la réplique quand nous n'avons pas l'acteur déjà sélectionné pour l'autre rôle. Celui-ci d'ailleurs tourne la tête dans ma direction un peu surpris, mais fait glisser le texte sur la table jusqu'à moi sans rechigner ce que je viens de décider. Je ne lâche pas Alex des yeux. Combien de fois l'ai-je aidée à travailler ses textes dans le passé ? Au moins une centaine, c'était même une de nos activités favorites comme j'étais déjà acteur à cette époque. Je croyais beaucoup en elle, j'y crois toujours, même si je ne vois pas du tout comment je pourrai approuver une telle chose, une comédienne en fauteuil. Cela changera tout le rôle et ça n'a aucun motif, aucune raison valable de compliquer la production. Je baisse les yeux sur le texte pour lui donner la première réplique.
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MessageSujet: Re: un fauteuil empêche de marcher, non de jouer la comédie. w/ darcy   Dim 6 Jan - 14:51

L’attente avec les autres concurrentes a été particulièrement longues. Les voir plongées dans leur texte sans en lever le nez m’emplit d’effroi : je n’ai rien à faire dans cette salle. Ce sont des professionnelles et je ne suis qu’une gamine qui a des rêves plein la tête mais qui ne connaît rien au monde du cinéma. Pourtant je tente ma chance, et recommencerai jusqu’à ce que cela fonctionne. Je sais que j’ai du talent, je le sens, je suis une comédienne dans l’âme et mes tripes me le crient à longueur de journée quand je parcours les petites annonces pour essayer de trouver un job minable. Mais bien vite ma jambe endolorie me rappelle que je ne suis plus capable d’exercer ma passion car qui voudrait d’une actrice handicapée ? Cela impliquerait bien des modifications, rien qu’au niveau du rôle pour lequel je passe le casting. Pour être totalement honnête, je sais pertinemment que je ne serais jamais choisie. Le réalisateur ne prendra pas la peine de m’écouter et se contentera de réfléchir à la façon de tourner sa phrase de rejet pour ne pas que je l’attaque en justice pour discrimination. Au fond, je veux seulement retrouver le courage dont je savais faire preuve autrefois, cette envie mordante de réussir sur scène. C’est l’occasion idéale de montrer à tous ce dont je suis capable, et malgré l’angoisse qui m’emplit peu à peu, je suis persuadée que j’arriverai à faire mon petit effet. Ce fauteuil m’a pourri la vie pendant trop longtemps, il est hors de question que je continue de me laisser couler et je décide de reprendre mon existence en main. Un groupe de filles s’amuse en murmurant qu’ils ne m’engageront pas car le coût supplémentaire que cela occasionnerait s’avérerait trop élevé. Je soupire discrètement et me plonge dans le personnage que je vais incarner le temps de quelques répliques pour garder ma concentration comme je peux malgré que toute la salle s’intéresse à ma performance à venir, certains me regardent même avec grande peine en se disant sans doute que je suis une pauvre folle qui cultive un espoir vain. Mais peu m’importe, et lorsqu’on appelle mon nom c’est la tête haute que j’entre dans le bureau pour donner le meilleur de moi-même. Je ne peux m’empêcher de remarquer la surprise des recruteurs mais je tente de n’y prêter aucune attention et préfère répondre avec tout l’aplomb qui me caractérise souvent lorsqu’il s’agit de la maladie que j’endure depuis deux longues années.

Pourtant je suis déstabilisée. Quand mon regard se pose sur le producteur, j’ai l’impression que mon cœur se serre douloureusement. Darcy et moi nous connaissons depuis un long moment, et avons partagé beaucoup avant de se perdre de vue. Je me souviens encore du jeu de séduction qui s’était instauré entre nous à l’époque, de la flamme qui dansait dans mes yeux à chacun de ses sourires, d’effleurements clandestins qui faisaient naître une nuée de frissons le long de mon dos. Nous aurions pu être ensemble. Nous aurions pu former un couple heureux, même si cela n’aurait pas forcément duré. Mais au lieu de ça, il avait fui à la première contrariété. A l’annonce de l’opération que je devais subir, il avait été là mais dès lors que les choses s’étaient mises à mal tourner, plus rien. Plus aucune nouvelle. Je m’étais retrouvée seule pour faire face à une vie nouvelle que je n’avais jamais souhaitée et passée la douleur de son absence, j’avais été prise d’une certaine rancune envers lui. Aujourd’hui encore, le revoir me perturbe terriblement mais j’essaie de n’en rien montrer pour que mon professionnalisme ne soit pas affecté par cette rencontre surprenante. Il se lève pour me serrer la main et je lui réponds d’un sourire poli, puis il va se rasseoir tout en me proposant un retour en arrière perturbant. Il se porte donc volontaire pour me donner la réplique et fébrile, je hoche doucement la tête en plongeant mon regard dans le sien. Lui aussi se rappelle des heures que nous avons passées à répéter mes rôles ensemble, des représentations auxquelles il a pu assister souvent, de mon sourire satisfait quand je parvenais à le retrouver dans le public. Ces instants nous ont marqués l’un comme l’autre, mais dans le cadre du travail nous ne pouvons pas nous permettre de les mentionner. Alors il se remet dans la peau d’un acteur le temps de quelques minutes, et je fais de mon mieux pour être à la hauteur. Mes vieux instincts s’éveillent, c’est pourquoi je veux me montrer sous mon meilleur jour. Peut-être qu’une partie de moi espère faire sa fierté, car j’ai toujours été impressionnée par cet homme qui a fait battre mon cœur quelques années plus tôt. Le réalisateur nous observe et sans doute remarque-t-il l’alchimie qui se crée de nouveau entre nous, il paraît en tout cas plutôt convaincu de ma performance. Mon visage laisse transparaître les émotions qui se livrent une bataille effrénée dans mon esprit, bien heureusement elles coïncident plutôt avec le texte que je suis supposée jouer. Darcy n’a pas perdu de son talent, ni de son charme d’ailleurs. A l’époque où nous nous fréquentions, j’étais toujours époustouflée par ce don qu’il avait de vous transporter de par un regard vibrant et cela n’a pas changé malgré le temps qui s’est écoulé.

Notre échange ne dure pas bien longtemps, mais cela a suffi à raviver des souvenirs douloureux. Le réalisateur ne sait visiblement pas quoi faire, et je me félicite en songeant que j’ai réussi à bouleverser ses plans. Il sait désormais que je suis capable de jouer ce rôle à la perfection, mais ça ne signifie en rien qu’il finira par me choisir. Mon handicap est une barrière importante au bon déroulement de la production du film. Il lance un regard interrogateur à son associé et je reste impuissante. L’argent que je pourrais gagner s’il m’engageait pourrait me permettre de payer mes loyers en retard et m’assurer un confort financier non négligeable d’autant que mes soins me coûtent atrocement cher, mais je me garde bien de m’apitoyer sur mon sort. « C’est toujours un plaisir de jouer avec toi. » dis-je simplement à Darcy en lui offrant un sourire léger mais anxieux de la décision qui va suivre concernant mon avenir dans leur projet. Je reporte mon regard sur le réalisateur et tente de plaider ma cause comme je le peux. « Ecoutez, je sais que le fauteuil peut surprendre. Mais ça peut être un avantage. Les médias parleront du réalisateur qui a osé embaucher une actrice handicapée. Ca pourrait vous faire un sérieux coup de pub. »
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MessageSujet: Re: un fauteuil empêche de marcher, non de jouer la comédie. w/ darcy   Dim 6 Jan - 23:46

    La lecture se déroule bien. En fait, je sais le texte pour l'avoir entendu un million de fois rien qu'aujourd'hui et Alex a bien fait son travail de préparation, elle le sait par coeur. Je l'observe du coin de l'oeil, non pas surpris de sa performance presque parfaite, mais plutôt encore étonné de la voir ici avec autant de convictions. Ce n'est pas que je doute d'elle, seulement il faut vraiment du cran pour se présenter ici dans l'état qui est le sien sans l'avoir dit au préalable. Il est bien vrai qu'elle n'aurait probablement jamais été acceptée pour la séance de casting si elle avait mentionné qu'elle était en fauteuil roulant, les gens ont beau être ouverts d'esprit, ils ne s'attendent pas à ce genre de surprise et n'ont pas particulièrement envie d'y faire face. Je suis agacé, dans mon for intérieure, de cette rencontre tout à fait imprévue. Depuis plusieurs mois, je nage dans mon parfait petit monde doré et rien n'est encore venu m'en tirer, j'y suis bien, je ne veux pas être obligé de penser à autre chose, au passé par exemple. Quoi qu'on en pense, j'ai toujours été quelqu'un de particulièrement sensible et j'ai mal pris plusieurs des choses qui se sont passées dans ma vie, si bien que j'ai un fort penchant pour la déprime et il n'est plus question que cela m'arrive. Évidemment, je ne dis pas qu'en revoyant subitement Alexandra, je vais me mettre à remettre en question mon existence toute entière, il m'en faut un peu plus que ça quand même, mais je suis forcé de renouer avec "l'ancien" Darcy. Quand je suis revenu à Londres il y a quelques mois, officiellement pour le boulot mais officieusement parce que je n'en pouvais franchement plus de m'occuper de ma mère qui vit aux États-Unis et parce que les racines me manquaient moi qui suis né dans la ville Reine d'Angleterre, j'étais bien conscient du risque de revoir des gens que j'ai connus plus tôt. J'en étais conscient, mais j'ai écarté le risque en songeant que la ville est grande et qu'il faudrait vraiment que je sois mal barré pour que ça m'arrive en fait. Revoir Alexandra ici et comme ça, ce n'est pas particulièrement une mauvaise chose. En fait, je pense pouvoir dire que c'est plutôt agréable de constater qu'elle n'a que très peu changé et qu'elle est toujours aussi magnifique, sinon plus.

    Je me suis laissé transporté par les souvenirs durant cette lecture, si bien que je suis là complètement silencieux, voire dépassé, lorsqu'elle me dit que c'est un plaisir de jouer avec moi de nouveau. J'acquiesce simplement d'un bref signe, sans un mot, attendant que mon collègue la remercie, mais que ce n'est pas possible. « Vous êtes bourrée de talent, mademoiselle Serreno. » Mais, ce n'est pas possible. Je tourne la tête dans sa direction, tentant de deviner comment il va s'y prendre pour l'en informer. C'est vrai que c'est dommage, et je me rends bien compte qu'il pense de la même façon, car elle est sans nul doute la meilleure que nous avons vue aujourd'hui. Le réalisateur tourne la tête dans ma direction. « Je ne savais pas que M. Orwell et vous étiez des amis, ceci dit... C'est vrai que ça demandera quelques modifications au rôle, mais je ne vois pas pourquoi... on se priverait de votre talent ! » J'avais tourné la tête vers Alexandra, guettant sa réaction au refus qu'elle allait devoir essuyer, très désolé pour elle en fait, mais les mots qui viennent à mes oreilles ne sont pas du tout ceux auxquels je m'attendais. Mon collègue me regarde avec un grand sourire quelques instants, comme ravi de me faire cette attention - engager une amie à moi. Je suis complètement stupéfait. « Kevin, ça demande une ré-écriture complète... » Vous comprendrez que ma situation est absolument tout ce qu'il y a de plus délicate en ce moment. J'étais déjà en train de m'imaginer quelques bons mots à lui donner, afin de lui laisser savoir qu'elle n'a rien perdu de son don à jouer malgré l'accident, etc etc etc. J'aurais même déclaré une pause afin de pouvoir aller discuter avec elle un peu, la raccompagner jusqu'à la sortie de l'immeuble. Je lui dois bien ça, j'admets avoir été plus ou moins incorrect avec elle. Finalement, c'est moi qui est pris au dépourvu. « Rien de si dramatique, Darcy, je te ferai ça en quelques jours. » Alors il se lève et va vers elle, lui serrant la main plus officiellement et commençant à déblatérer des détails bien techniques pour s'assurer de ses disponibilités durant toute la durée prévue du tournage, ainsi que d'autres formalités du même genre. Pour ma part, je reste bien assis dans ma chaise, replaçant le scénario sous mes yeux, m'occupant les mains à défaut de pouvoir m'occuper l'esprit. Je ne suis pas trop heureux de cette décision, mais je n'arrive pas à aller le contredire. Oh, ne croyez pas que j'ai du mal à imposer mes décisions aux gens avec qui je travaille, c'est seulement que je ne trouve pas un seul argument valable maintenant que lui n'y voit aucun inconvénient. Je ne peux strictement pas nier que nous avons perdu notre temps toute la journée et qu'enfin, quelqu'un se présente avec les capacités pour tenir ce fichu rôle.

    « Félicitations mademoiselle Serreno.. » je laisse tomber alors, plus ou moins agacé, plus ou moins sincère. Je suis content pour elle, comment dire ? Je lui aurais souhaité une telle chose sans hésiter si ça avait été un autre studio. Là, ça me complique un peu la vie et la réécriture n'est même pas ce qui me dérange le plus. En fait, c'est que je dois être confronté à elle, elle que mon réalisateur accepte comme actrice et que moi, comme ami et prétendant, j'ai larguée d'un coup. Je soupire et me lève, ramassant mes feuilles. C'en sera tout pour aujourd'hui s'il est convaincu de son choix. Je passe à côté d'Alex et je lui fais un bref signe de tête, salutation d'au revoir. Je me dirige vers la sortie de la pièce.
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MessageSujet: Re: un fauteuil empêche de marcher, non de jouer la comédie. w/ darcy   Lun 7 Jan - 15:52

Les répliques s’enchaînent avec une fluidité impressionnante, résultat de longues heures passées à répéter ensemble j’imagine. Je ne sais pas encore ce qu’en pense le réalisateur, mais je devine que Darcy est plutôt satisfait de ma performance. Sans le connaître par cœur, j’arrive à lire les expressions de son visage comme je le faisais autrefois et il prend plaisir à jouer avec moi. Il se rappelle de tous ces moments que nous avons partagés, il se rappelle de tout. Probablement qu’il n’a pas non plus oublié la manière odieuse dont il s’est comporté avec moi, mais en tant que vraie professionnelle je me garde bien de le faire ressentir dans le ton de ma voix malgré l’envie irrépressible que j’ai de lui coller une gifle pour lui faire comprendre tout le bien que je pense de lui. Pourtant je continue, je rentre dans la peau du personnage et me l’approprie pleinement dans l’unique but de faire montre de toutes mes compétences à celui qui pourrait bien changer mon mode de vie. Je peine à me concentrer sur mon texte, je sens le regard de mon ancien ami se poser sur moi mais décide d’en faire totale abstraction pour éviter de saboter mon unique chance. Et quand enfin nous achevons la scène, mon cœur part dans une course folle causée par l’anxiété que la décision tant attendue provoque en moi. Mes mains ne tremblent pas, solidement accrochée aux accoudoirs de mon fauteuil mais mes yeux seuls prouvent combien j’espère avoir ce rôle. J’essaie cependant de ne pas me faire trop d’illusions, car évidemment une actrice handicapée peut vite devenir difficile à gérer d’autant que mes nombreux rendez-vous à l’hôpital me rendent peu disponibles. Producteur et réalisateur s’observent un long moment, ce dernier m’expliquant qu’il est effectivement impressionné. Ils ne savent pas quoi faire, c’est flagrant. Ils ne savent pas comment me refuser la place que je mérite sans conteste, uniquement parce que je suis clouée dans cette foutue chaise roulante. J’interprète ce silence comme une manière de réfléchir aux mots qu’ils vont employer, car d’une seule phrase ils pourraient se retrouver en très mauvaise posture. Même si ce pays semble moins à cheval sur le respect des personnes handicapées, je crois savoir qu’un procès pourrait être intenté contre eux pour discrimination dès lors qu’ils oseraient jouer de ce prétexte. Bien sûr je n’irais jamais jusque-là, moi qui n’ai jamais été du genre à me plaindre de mon sort mais ça ils n’en savent rien.

Les mots du réalisateur vont toutefois contre toutes mes attentes. Celui-ci offre un sourire à Darcy, avant de se tourner vers moi pour m’annoncer que malgré les modifications que cela entraîne, il est prêt à tenter le coup. Sans doute que je ne comprends pas tout de suite ce que cela signifie, mais bien vite son co-équipier intervient pour lui signaler qu’il faudrait réécrire entièrement le rôle que l’on m’offre. Ce n’est que lorsque le dénommé Kevin se lève pour me serrer fièrement la main que je prends conscience de tout ce que ça implique. J’ai réussi le casting, et je suis embauchée pour un rôle certes secondaire mais terriblement important pour moi. Mes yeux pétillent de mille étoiles, et je réponds avec entrain à toutes les questions que l’on me pose concernant mes disponibilités, songeant que je m’arrangerai avec mon chirurgien pour décaler mes rendez-vous. Je n’arrive pas à croire ce qui m’arrive, c’est une opportunité inespérée de prouver à tous ce dont je suis réellement capable. Et je serais à la hauteur, j’en suis persuadée. C’est sans la moindre retenue que je laisse alors éclater ma joie, en remerciant à outrance celui qui accepte enfin de me voir pour autre chose qu’un fauteuil. Mais passé le soulagement d’être choisie, je jette un œil intrigué à Darcy qui n’a pas dit un mot depuis la décision de son collègue. Il se concentre sur ses papiers sans prendre le temps de me féliciter, et je me rends compte qu’il avait espéré autre chose. Sa réaction a pour seul effet de me blesser profondément, cela dit j’aurais dû m’y attendre. Depuis l’accident, il s’est toujours montré distant avec moi et j’avais fini par comprendre que mon handicap le mettait mal à l’aise. J’aurais tout de même pensé qu’il serait heureux de travailler avec moi mais force est de constater que ce n’est pas le cas. Il finit par lâcher une phrase fade et vide de sens car à mon oreille, elle sonne comme de la résiliation pure et simple. Il n’a pas le choix. Puis il abandonne son scénario pour quitter la pièce sous mes yeux ébahis par tant de froideur, et après m’être excusée auprès du réalisateur qui promet de me rappeler très vite pour me donner de plus amples détails, je décide de partir à sa rencontre pour lui expliquer ce que je pense de son comportement.

Je le retrouve donc dans le couloir, adossé contre un mur et je me poste juste en face de lui d’un air sévère. Hors de question que je lui montre qu’il a touché la corde sensible en agissant comme un parfait connard, me ramenant aux souffrances qu’il m’a déjà fait endurer. « T’as un vrai problème Darcy. C’est toi l’boss ici pas vrai ? Si tu veux pas d’moi dans ton film, t’as juste à l’dire. Et bien sûr ça tu l’sais déjà mais t’en as pas le cran hein ? Pourquoi t’es pas capable d’assumer c’que tu penses ? T’as peur de passer pour un sale con c’est ça ? » Je m’interromps un instant et plonge mon regard froid et sans appel dans le sien, en espérant y trouver une quelconque raison à sa réaction. Mais je suis bien obligée d’admettre qu’il ne supporte pas mon handicap, et j’aimerais le frapper rien que pour ça parce que moi je n’ai jamais eu le choix. J’ai été forcée de l’accepter, et d’apprendre à vivre avec alors je trouve inadmissible que lui ne sache pas en faire autant. Il m’a fait mal, il m’a humiliée en me laissant lâchement tomber au moment où j’avais le plus besoin de lui et il ne semble pas décidé à faire amende honorable, bien au contraire. « Si ça peut t’rassurer, si j’avais su qu’t’étais le producteur du film j’serais jamais venue. » que je lui balance sèchement pour me tourner vers la sortie du bâtiment et mettre ainsi fin à cette rencontre pour le moins désagréable.
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MessageSujet: Re: un fauteuil empêche de marcher, non de jouer la comédie. w/ darcy   Jeu 10 Jan - 18:55

    En fait, ce n'est pas exactement de la mauvaise volonté, c'est que je ne vois pas comment affronter cette situation. Je suis content de l'avoir revue, mais nos rapports s'arrêtent là. Évidemment, je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit prise pour le rôle avec toutes les complications que cela entrainera, mais je ne peux opposer aucun argument à ce choix puisqu'elle est définitivement la meilleure. De toute façon, ce n'est pas à moi de décider les moindres détails et si le réalisateur veut que ce soit ainsi, qu'il voit son film tourné de la sorte avec elle, je n'ai aucune raison de ne pas être en accord avec lui. Au fond, à bien y penser, c'est peut-être bien le simple fait que ce soit elle et qu'un passé commun entre nous existe qui me dérange, au delà du fauteuil. Celui-ci a d'ailleurs été source de problèmes entre nous et finalement d'éloignement et je n'avais pas tellement l'intention d'être de nouveau confronté à cela. Je n'ai aucune envie de m'expliquer sur cette époque, sur la manière dont s'est terminée abruptement notre relation, si le terme convient, et plus que cela, je ne souhaite pas la revoir tous les jours et être bien forcé d'y repenser sans arrêt. C'est peut-être un peu froid de ma part, voire égoïste, mais j'assume cela. J'ai travaillé plutôt fort pour cesser de me poser des questions sur tout et rien et pour être un minimum heureux dans mon univers un peu fermé, je n'ai aucune envie de faire des retours en arrière. C'est la seule raison qui explique que je sois sorti ainsi de la salle où a eu lieu le casting. La présence d'Alexandra ne m'est pas désagréable, elle ne l'a jamais été. C'est la chose la plus cliché à dire et même à penser, mais voilà : le problème c'est moi, pas elle. Après avoir poussé un long soupir, je m'appuie contre le mûr en jetant un coup d'oeil à mon emploi du temps pour le reste de la journée. C'est inévitable, je dois attendre mon collègue, car nous avons d'autres réunions dans le cours de la journée à tenir ensemble et avec d'autres collaborateurs.

    La personne qui me rejoint en premier n'est pas Kevin toutefois, mais bien Alexandra. Je fais mine d'être plutôt stoïque, je la regarde simplement venir dans ma direction. Puis, les grands éclats déjà, je reste de marbre. Les accusations, la rancœur du passé, tout y pense en quelques phrases. Je finis par lever les yeux au plafond, plutôt exaspéré. Cette fois, il ne m'est pas possible de m'éclipser et d'éviter les sujets importants, cette confrontation pour laquelle je n'ai aucune motivation. Je pose mes yeux sur elle, sur son doux visage dont les traits sont pourtant renfrognés par la colère qui lui rougit un peu les joues. Elle ne devrait pas se mettre dans un tel état rien que pour moi, ça n'en vaut strictement pas la peine. À quelque part, j'aurais aimé que l'on continue sur cette même lancée d'attitude tout ce qu'il y a de plus professionnelle l'un envers l'autre. Ça aurait faciliter bien des choses. « Je ne suis pas le boss, comme tu dis, je gère l'argent investi dans ce film et mes considérations vont en premier lieu à ce qui me coûte de l'argent, ensuite si ça en vaut la peine ou pas ! » Est-ce que prendre dans l'équipe une actrice handicapée vaut la chandelle ? Certainement dans ce cas-ci, toutes proportions confondues son talent et sa présence pour le rôle valant largement plus que ce que l'engager amènera comme frais et complications. De plus, l'argent n'est pas un si grand problème, pour ne pas dire que ça n'en est pas du tout un. « Tu n'attendais que ça, depuis la seconde où tu es entrée dans le local, d'avoir une occasion de me sauter à la gorge et là, tu viens d'en trouver une, un point c'est tout. Est-ce que ça t'apporte satisfaction au moins, hein, Alex ? » Je suis certes sur la défensive, mais comment faire autrement ? Je pourrais tout aussi bien me laisser crier dessus sans réagir, mais je n'en ai pas le coeur. Je suis conscient de l'avoir blessée dans le passé et ce serait l'affront suprême de ne pas même prendre en compte ses paroles. « Félicitations pour le rôle, franchement tu le mérites, seulement ne me reproches pas de ne pas être enchanté de ce dont tu ne l'es pas toi-même. » C'est-à-dire travailler ensemble, alors que tout menace d'exploser d'une seconde à l'autre. N'est-ce pas exactement ce qu'elle vient de faire elle-même en me criant dessus ? Je n'ai pas vraiment l'impression que nos relations iront en s'améliorant, tristement.
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MessageSujet: Re: un fauteuil empêche de marcher, non de jouer la comédie. w/ darcy   Lun 14 Jan - 13:30

Ce casting n’était pour moi qu’un moyen de me prouver que j’étais toujours capable de jouer la comédie. Mais en réalité, il s’avère bien plus perturbant que ce à quoi je m’attendais lorsque j’ai composé le numéro du recruteur pour postuler. J’ai eu le rôle. Je suis engagée, j’ai… J’ai un job. C’est une opportunité inespérée, l’occasion pour moi de reprendre ma vie en main et la carrière que j’ai abandonnée sur ce lit d’hôpital. J’ai encore du mal à m’imaginer devant une caméra à réciter un texte qu’on aura réécrit tout spécialement pour moi, à entrer dans la peau d’un personnage comme je le faisais si bien autrefois. Je sais que je suis à la hauteur et que je ne décevrais pas ceux qui acceptent enfin de me donner une chance, cependant c’est une pression énorme qui s’abat sur mes épaules. Remarquez, après avoir survécu à cette opération et avoir passé deux années en fauteuil, je suis à peu près sûre de pouvoir affronter n’importe quoi et ce n’est certainement pas Darcy qui m’en empêchera. Lui cracher ses quatre vérités en plein visage n’arrangera sans doute rien, cela n’effacera pas le passé ni la douleur qu’il m’a infligée. Là, dans ce couloir, j’ai envie de le gifler, de le frapper pour ce qu’il m’a fait. J’avais besoin de lui et il s’est lâchement tiré en emportant avec lui tout ce qui nous liait à l’époque. J’ai été folle de croire qu’il tenait suffisamment à moi pour m’épauler quand il aurait dû le faire, folle de croire que mon handicap n’aurait qu’un impact mineur sur ma vie. Il n’est pourtant pas le seul à avoir ainsi coupé les ponts, d’autres sont partis sans laisser de traces et je pense que si je suis si furieuse après lui, c’est que je me venge de tous ceux qui m’ont lâchée durant ces moments difficiles. Même si ça m’arrache la gorge de le dire, je dois bien admettre qu’il a raison sur un point. Je ne me réjouis pas tellement de travailler avec lui, la tension qui s’est installée entre nous risque de rendre les tournages compliqués et pas franchement agréables. Peut-être que s’il s’était comporté autrement, j’aurais pu passer outre son départ et nous aurions pu repartir sur de bonnes bases mais jusqu’à présent, notre échange est plutôt froid.

Agacée et fatiguée d’une nuit passée à angoisser, je soupire longuement en passant mes mains sur mon visage. « Ok, stop. T’as raison, ça sert à rien que je m’énerve contre toi comme ça. » Je prends une profonde inspiration et continue. « Ecoute, j’ai vraiment envie d’faire ce film. Depuis l’opération, j’ai mis ma vie entre parenthèse pour essayer de guérir mais je veux reprendre où j’me suis arrêtée. » Je me calme progressivement en me rappelant pour quelle raison je suis ici aujourd’hui. Il est hors de question que je vienne tout gâcher à cause d’un homme que j’ai aimé il y a des années de cela et j’en prends conscience alors que celui-ci se tient face à moi. Darcy n’a pas changé, au fond c’est plutôt bon de le retrouver même si notre discussion n’est pas des plus joyeuses. J’aurais aimé que les choses se passent différemment entre nous, s’il m’avait expliqué les raisons de sa fuite en avant j’aurais pu essayer de comprendre et de pardonner. Au lieu de ça, il a préféré ne rien dire, il s’est contenté de s’en aller sans regarder ce qu’il laissait derrière lui. Mais à bien y réfléchir, peut-être que j’aurais réagi de la même manière si j’avais été à sa place. « Excuse-moi d’m’être emportée comme ça c’est que.. J’sais pas, j’crois qu’j’aurais espéré que tu finisses par t’en vouloir, que tu serais curieux de savoir ce que je devenais, j’suis juste déçue qu’ce soit pas le cas. Mais j’aurai pas dû réagir comme ça, après tout j’viens d’obtenir le rôle et j’devrai être heureuse. » Je me sens conne, niaise au possible mais il doit comprendre ce qui m’a poussée à lui faire une telle scène. Je n’ai jamais été une grande sentimentale, tout au moins je ne le suis plus maintenant et mon malaise est bien visible, je n’aime pas parler de ces choses-là. Tout ce qui importe désormais, c’est ce film. Il faut que j’arrive à oublier ce qui s’est passé entre nous, je dois mettre de côté tous les sentiments qu’il m’inspire pour me concentrer sur le rôle que je viens de décrocher. J’ai bien l’intention de prouver au réalisateur qu’il a bien fait de me choisir et par la même occasion, de montrer à Darcy que je suis toujours la même malgré le fauteuil dans lequel je me balade depuis trop longtemps.
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MessageSujet: Re: un fauteuil empêche de marcher, non de jouer la comédie. w/ darcy   Mar 22 Jan - 4:27

    Est-ce que je m'attendris là ? Stop. Comme elle dit, ça fait trop longtemps que je ne me suis pas laissé véritablement prendre à faire du sentiment et ce n'est certainement pas aujourd'hui que je vais m'y remettre après tout le bordel que ça a fait dans ma vie jusqu'à maintenant de m'attacher ou de témoigner trop de sympathie à l'égard des autres. Je ravale donc le tout en un soupir et un regard qui fuit, mais j'ai toujours cet air un peu pressé, un peu indifférent... Je passe donc inaperçu. La vérité, c'est que ça ne me plait pas qu'elle jette soudainement la faute sur elle, car je suis suffisamment raisonnable pour reconnaitre que ce n'est pas nécessairement le cas. Je sais que je ne suis pas blanc dans toute cette histoire, que bien des tords me reviennent. Au moins, je n'ai pas à me défendre d'avoir coucher avec une pauvre fille handicapée pour l'avoir larguée ensuite, m'étant lancé dans je ne sais quel genre de vie qui sont les miens... Vous voyez, ce n'est pas du tout que je considère qu'elle est une pauvre fille, loin de là car je suis sincère quand je dis que je l'ai apprécié et qu'à quelque part malgré la distance c'est toujours le cas, mais j'ai butté littéralement sur l'opinion que j'ai cru qu'on aurait de moi. Le problème n'est pas son handicap, ça ne l'a jamais été quoi que personne ne choisirait délibérément de sortir avec quelqu'un qui n'est pas au mieux de sa forme, il n'y a aucune raison et on ne souhaite à personne de ne pas être en totale possession de ses moyens, c'est seulement moi. Je sais aussi que c'est le genre de phrase qu'on sert à quelqu'un dont on ne veut plus pour ne pas que ça paraisse trop méchant, mais j'avais si peur de la blesser... Je l'ai certainement fait de la manière que les choses se sont passées entre nous, mais ça aurait pu être bien pire j'en ai l'intime conviction. À quelque part, je ne peux pas m'empêcher de me dire que j'ai pris la bonne décision en choisissant de ne pas céder à mon attirance pour elle dans le temps, même si je n'ai jamais été enchanté d'avoir pour cela briser notre amitié.

    Alors quoi qu'il en soit, je refuse que la présente situation se poursuive de la sorte. Je finis par poser de nouveau mes yeux sur elle, légèrement exaspéré peut-être, mais un certain sourire gagne mon visage. Bon, alors. Elle a bien raison peu importe que ça me plaise ou non qu'elle ressasse des souvenirs du passé sur lesquels je n'ai pas particulièrement envie de m'expliquer ou encore que nous allons devoir travailler ensemble.. Précisément pour cela, on ne peut pas poursuivre sur cette lancée de cris et de reproches et puis, je n'en ai simplement pas envie. Délicatement je pose une main dans son dos, chaleureusement d'une certaine façon. Le geste est spontané, moi qui ait acquis l'habitude depuis un certain temps de faire les choses machinalement ou bien en les calculant. C'est bien cela ; une certaine chaleur m'habite dans l'instant, j'accepte de mettre certaines choses de côté. « Alors peut-être qu'on peut célébrer ça autour d'un café, tiens. J'allais à mon bureau en boire un avant de poursuivre cette interminable journée...» Avec Alex, je ne saurai probablement plus jamais sur quel pied danser. Je déteste les gens, en général, qui font semblant que rien ne s'est produit. Je suis plutôt rancunier dans mon genre, désespéré une bonne partie du temps et cela me fait dire que je détesterais qu'on me traite sans tenir compte du passé. Je ne veux pas non plus faire cela, sauf que je ne pense pas que nous ayons forcément besoin d'y revenir sans relâche, la réussite de notre future collaboration en dépend en grande partie ! « Je ne suis pas mécontent que ce soit toi qui ait le rôle... » je dis alors, en haussant les épaules. « Tu aurais du voir les autres qui jouaient toutes comme un pied... » Je lui fais un bref clin d'oeil. Cela me ramène aussi inévitablement à un brin de passé, car nous avions cette habitude d'être très critiques tous les deux quand nous allions assister à des pièces de théâtre dans lesquelles ni elle ni moi ne jouait. Ce n'était pas pour être bien méchant, mais il faut se le dire : certains n'ont vraiment aucun talent, acter n'est pas donné à tous ! Je la regarde alors, en attente de sa réponse pour voir si j'irai m'installer à mon bureau seul ou accompagné !

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MessageSujet: Re: un fauteuil empêche de marcher, non de jouer la comédie. w/ darcy   Mer 6 Fév - 17:48

Darcy n’a jamais été un grand sentimental. Du temps où nous nous fréquentions, il passait son temps à me charrier et c’était devenu un jeu que j’avais appris à aimer. Au fond, lui et moi ne sommes pas si différents l’un de l’autre, si ce n’est qu’il y a de ça quelques années, j’étais encore une jeune femme sensible et un peu naïve. La maladie m’a aidée d’une certaine façon, elle m’a fait avancer, elle m’a fait voir la réalité d’abord en traversant les hôpitaux, où je rencontre sans arrêt de nouveaux amis éphémères car emportés par un cancer ou une autre saloperie, puis en me montrant que ceux que je croyais être là pour moi quoiqu’il arrive se sont défilés au premier imprévu. Il aura été l’un d’eux. Je ne sais pas bien ce que j’avais imaginé quand j’ai posé les yeux sur lui, quelques minutes auparavant. Des retrouvailles romantiques à souhait ? Des excuses ? Des larmes ? Voilà une facette de ma personnalité qui ressurgit après deux années de silence, et je déteste ça. Il y a bien longtemps que je ne crois plus au prince charmant et à toutes ces belles histoires. Cependant, parfois je préfère penser que tout n’est pas si noir. Récemment, en me promenant dans les couloirs immaculés du service de soins intensifs, j’ai fait la connaissance de ce garçon, qui m’a donné l’impression, le temps d’une nuit, d’être bien plus qu’une handicapée dont il faut s’occuper constamment. Je suis bien consciente que cela n’ira jamais plus loin, mais ça m’a suffi à me rendre compte que je méritais d’être regardée pour ce que je suis et non pour ce fauteuil roulant. Darcy ne le comprend peut-être pas après tout, et j’ai bien l’intention de lui prouver que je vaux bien plus que ça. Je suis une actrice, je suis une femme, j’en ai franchement marre d’être catégorisée par la société qui estime que je ne suis plus bonne à rien.

Je tente donc d’abaisser le ton de la conversation que j’ai moi-même lancée d’une façon assez peu agréable. Dans la mesure où nous serons amenés à travailler ensemble et donc à nous côtoyer régulièrement, autant que nous apprenions à faire des efforts chacun de notre côté. Avec un peu de chance, le fait que nous nous connaissions depuis longtemps peut jouer en notre faveur et rendre notre collaboration très productive. Il sait ma manière de bosser mes textes, et pour m’être souvent moquée de tous ces acteurs sans talent que nous avons vu passer, je me souviens du visage sévère qu’il arbore quand un jeu ne lui plaît pas. Darcy semble conciliant, lui non plus n’a aucune envie de se battre et il pose sa main dans mon dos en m’adressant un sourire calme. « Hé bien si ton bureau est au rez-de-chaussée ou qu’il y a un ascenseur, je n’y vois aucun inconvénient ! » dis-je en tentant une petite plaisanterie probablement déplacée vu nos différends mais il est hors de question que je m’empêche d’évoquer mon handicap lorsqu’il est dans les parages, j’ai toujours eu cette habitude d’en rire et il va devoir s’y accoutumer s’il veut que nos journées de boulot se déroulent au mieux. Les mots qu’il prononce par la suite me surprennent un peu, je ne m’étais guère attendue à ce qu’il admette que je méritais le rôle. Je n’aurais d’ailleurs pas été étonnée s’il avait fait preuve de mauvaise foi, mais ce n’est pas le cas et il ne peut s’empêcher de critiquer les autres candidates. Sa remarque me fait rire légèrement, je me rappelle encore de toutes ces représentations auxquelles nous avons assisté en ne nous gênant pas pour dire ce que nous pensions de leur prétendu talent. Un instant, j’ai l’impression de retrouver l’ami que j’ai perdu il y a longtemps et j’apprécie beaucoup de revenir ainsi aux bases de notre relation tumultueuse. « Ravie de voir que tu reconnais ma supériorité sans contester ! Très franchement, la plupart de ces filles n’ont même pas le niveau pour jouer dans une pub pour lessive… » Ma voix se fait un peu plus taquine, car j’aime assez l’idée que Darcy me complimente ainsi. Bien sûr, je fais la fière mais j’étais bien loin de l’être en arrivant devant lui sans savoir sur quel pied danser, si vous voulez me pardonner l’expression. Tout n’est pas encore gagné, reste à savoir si nous serons capables d’accorder nos violons pour travailler efficacement. Je n’ai qu’un rôle secondaire mais il me tient à cœur et j’espère qu’il saura remarquer ma motivation même si tout ce beau rêve risque d’être vite entaché par mon état de santé précaire.
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MessageSujet: Re: un fauteuil empêche de marcher, non de jouer la comédie. w/ darcy   Mar 26 Fév - 2:13

    Passer à autre chose, c'est ce qu'il nous faut faire. Ce qu'il me faut à moi, en tout cas. Je soupire doucement, en laissant l'énergie négative que j'ai accumulée depuis le début de notre échange s'en aller. Nous n'en avons pas besoin ni moi ni elle. Je n'ai jamais été très fan du « faire semblant », alors je ne suis pas des plus heureux à ne plus en parler, à simplement tenter de sauver les meubles, mais je sais très bien que c'est le mieux à faire pour l'instant. Ce n'est pas seulement que nous allons travailler ensemble, c'est aussi que j'ai toujours beaucoup aimé cette fille et que je n'ai jamais eu intentionnellement envie de lui faire du mal, quoi que je l'aie quand même fait en connaissance de cause. Vraiment, j'ai envie que ça puisse bien se passer pour un moment, ne serait-ce que le temps de prendre un café comme je lui en ai fait la proposition. Inutile de dire que je suis ravi qu'elle accepte, même si cela nous a au passage mené à une petite pique sur son état. Je la regarde simplement, sans vraiment sourire mais sans non plus être vraiment triste ou fâché. Je me sens pris dans cette neutralité totale, mais c'est seulement que les véritables émotions se coincent, car je ne peux pas nier qu'être près d'elle après tout ce temps et la voir dans ce fauteuil me crève le coeur. J'ai toujours eu beaucoup de peine pour l'accident qui lui est arrivé, depuis le premier jour où je l'ai appris, et pas uniquement parce que cela changeait ce qu'elle était, car ce n'est pas ce qui m'a marqué d'abord. Ce avec quoi j'ai accroché, c'est qu'elle aurait constamment des limites, c'est inévitable même avec toute la volonté du monde. Mais à vrai dire, aujourd'hui, c'est sa force que j'admire, car si une telle chose m'était arrivé à moi, je doute bien que j'aurais pu garder la tête haute. C'est facile quand tout se passe bien, et j'ai toujours eu une certaine chance. Je n'ai connu que peu d'obstacle dans la vie, rien de bien sérieux et je dirais même qu'on m'a souvent ouvert des portes sans que je n'aie à lever le petit doigt seulement ! Je ne sais vraisemblablement pas comment agir avec quelqu'un qui non seulement n'a pas cette chance, mais qui a même hériter d'une mauvaise fortune l'ayant mise dans cet état. Cela me désole et m'attriste, et je ne trouve jamais les bons mots à utiliser dans ces situations.

    Je finis tout de même par lui adresser un sourire en lui montrant la direction qu'il faut emprunter pour atteindre mon bureau qui est effectivement à l'étage, non loin d'où nous nous étions posés. Une fois que nous y sommes, ayant croisé au passage quelques-uns de mes collègues qui ont cette inévitable habitude de me poser mille et une questions comme s'ils ne pouvaient pas de leur propre chef prendre des décisions, même les plus banales, ce qui fait que nous nous retrouvons seuls plusieurs minutes plus tard, et je ferme la porte de mon bureau. De nouveau, je pousse un soupir, car c'est en fait une habitude que j'ai acquise avec le temps, signe de mon constant mécontentement d'à peu près tout. Je suis comme ça, éternel insatisfait, toujours quelque chose pour me titiller, mais je gagne place sur ma chaise et je la regarde doucement quelques secondes, juste avant de lui servir un café. Oui, je passe tant de temps ici que j'ai une cafetière dans mon bureau, ô élixir de vie dont je ne pourrais plus me passer ! Je n'ai jamais été un alcoolique, en revanche j'abuse bien volontiers du café. « Tu sais, j'ai souvent pensé à toi. Il ne faut pas trop m'en vouloir, je pensais bien faire en sortant de ta vie. » Je ne sais trop pourquoi je me lance ainsi à la mer, mais cela a sans doute bien à voir avec ce fait, celui qui fait que je n'aime pas mettre de côté des sujets de conversation. Je n'en ai pas souvent l'air, mais j'ai tout du type qui a absolument besoin d'exprimer ce qu'il ressent sous peine d'exploser de l'intérieur. Je regarde Alex un moment de plus, avec ce sourire bien sincère, car je ne cherche pas non plus à revenir sur des choses du passé. Je ne pourrai jamais changer la manière dont tout s'est déroulé et je sais que sa vie a évolué - sans moi, la mienne aussi - sans elle. Il ne servirait à rien de vouloir tout reconstruire d'un coup. Ce serait naif. Mais je lui dois sans doute des excuses. « Je n'ai jamais eu honte de toi, t'es forte.. Mais moi je sais pas comment réagir, ça me dépasse un peu. Ça me dépassait dans le temps. » Il faut bien être ainsi cloitré dans un bureau pour que Darcy Orwell sorte les confidences du coeur, mais cela est tout de même, et parfaitement authentique.
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