les roues et les escaliers, une grande histoire d'amour. ☼ lucas

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MessageSujet: les roues et les escaliers, une grande histoire d'amour. ☼ lucas   Sam 5 Jan - 2:45

Ma visite de la ville ne peut pas être complète sans un tour par le cinéma de quartier. Mes moyens ne me permettent guère d'y aller souvent mais j'avoue aimer m'offrir ce petit plaisir une fois de temps à autre afin de me vider la tête. Je ne connais pas encore très bien les lieux, et peut-être que j'aurai dû regarder sur internet avant d'attraper manteau et écharpe mais je n'aime pas trop réfléchir avant de sortir, quitte à arpenter les rues plusieurs heures avant d'y trouver ce que je cherche. C'est donc sereine que je quitte mon appartement, mon sac à main posé sur mes genoux. Après avoir demandé mon chemin à un couple d'amoureux transits, je prends la direction qu'ils m'ont indiquée et arrive très vite devant le grand bâtiment aux allures plutôt anciennes. Mais à ma grande déception, je constate qu'encore une fois, rien n'a été prévu pour l'accès aux handicapés. Il n'y a que trois marches, mais ces trois petites marches m'empêchent de profiter pleinement de mon après-midi. Abattue, je regarde autour de moi en soupirant, agacée qu'au vingt-et-unième siècle, personne n'ait penser à rénover ce cinéma. « Bande de crétins. » Pester ainsi ne m'avancera à rien mais je ne peux m'en empêcher, je ne supporte plus ces injustices. Comme si la vie n'était déjà pas assez compliquée comme ça pour nous, il fallait en plus que l'on se prive de ces plaisirs simples qu'étaient un bon film et un paquet de pop-corn. Alors que je m'apprête à repartir, frustrée et en colère, une voix familière m'interpelle. « Besoin d'aide, Mademoiselle ? » Je tourne légèrement la tête, juste assez pour entrevoir un jeune châtain pour le moins charmant dont le sourire me ramène à une course de fauteuils enflammés, quelques jours plus tôt. Je ne l'ai d'ailleurs jamais rappelé et je doute encore de le faire mais me trouve rassurée de le rencontrer ici ce soir. « Non à vrai dire, j'pensais juste sortir de mon fauteuil et monter les marches toute seule ! » dis-je dans un sourire taquin en faisant une moue déçue. « Remarque, p'tet que c'est pas plus mal. Le film que j'devais aller voir est sûrement un navet. » « Me dis pas que tu vas voir ce truc de vampires bizarre, sinon il est hors de question que je t'aide à entrer dans ce cinéma, désolé. » Je bascule légèrement la tête en arrière pour regarder les films à l'affiche et reporte mon attention sur Lucas : « Rah j't'en prie ! Je sais qu'on s'connaît depuis peu mais quand même, évite de m'insulter ouvertement. » Je roule des yeux, un peu agacée et montre une affiche du doigt avec un regard pétillant. « J'voulais aller voir le dernier Tim Burton. J'suis une grande fan et ça m'emmerderait d'le rater. Alors, mes goûts cinématographiques sont-ils suffisamment sophistiqués pour que tu m'aides à entrer ? » que je demande dans un sourire radieux en espérant que mes beaux yeux suffiront à le convaincre. « Seulement si je peux t'imposer ma compagnie ? » J'hausse un sourcil interrogateur en tentant de masquer comme je peux le sourire qui naît doucement sur mes lèvres. Cette soirée pourrait s'avérer nettement plus intéressante qu'elle ne l'était à l'origine. « En fait je t'aiderai même si tu refuses mais ça sera pas très sympa de refuser » Je passe une main dans mes cheveux et fais mine de réfléchir, mais bientôt j'acquiesce en hochant la tête. « T'es dur en affaire mais c'est d'accord. » Puis je regarde un instant les marches. « Mais dis, sans indiscrétion, tu comptes faire comment ? Parce que le fauteuil est pas tout léger. » Je me retourne vers lui et écoute avec attention son idée. « Voilà le plan : je vais acheter les places, j'insulte la dame de l'accueil qui transmettra à ses patrons à quel point ils sont stupides et peu considératifs, ensuite je reviens te chercher et je t'emmène à ta place, le fauteuil nous rejoindra après ? » Je ne peux retenir mon rire, il a l'air si sérieux quand il parle que c'en est presque touchant. « Tu m'as l'air d'avoir pensé à tout ! M'aurais-tu suivie jusqu'ici dans l'espoir de t'asseoir à côté de moi dans une salle plongée dans l'obscurité ? » Mon ton taquin laisse à imaginer que je plaisante, bien sûr, mais j'ai toujours adoré me lancer ce genre de fleurs quand personne ne le fait à ma place. « Très bien, dans ce cas je t'attends ici ! »

Il s'éloigne de moi pour rejoindre la vendeuse et je suis avec attention la conversation. Je suis impressionnée par la froideur dont il fait preuve, et un peu malgré moi, j'adore qu'il prenne ainsi ma défense. Il revient vers moi d'un sourire triomphant. « Je crois que je l'ai traumatisée » Même si cette pauvre femme n'y est pour rien, j'acquiesce en éclatant de rire. Elle l'a bien mérité. « Prête ? » Je hoche la tête et tend les bras afin qu'il puisse me soulever sans trop de mal, et amusée par la situation cocasse, mes yeux brillent d'une lueur de malice indescriptible. « Fais juste attention à tes mains, c'est pas parce que j'suis en fauteuil que je n'sens rien donc je manquerai pas de te faire savoir si elles descendent un peu trop bas. » l'avertis-je gentiment, plus pour le taquiner qu'autre chose. Il s'avance pour glisser ses bras sous mes jambes et dans mon dos pour me soulever doucement du fauteuil, et je repose ma tête contre son épaule afin d'être confortablement installée et de profiter un peu de cette position peu habituelle. « C'est que Madame est regardante, en plus ? » Je m'apprête à lui répondre quand un homme nous propose son aide, il attrape alors ma chaise pour l'emmener à l'intérieur. Lucas commence à monter les marches et ce sans la moindre difficulté. « T'es pas bien lourde, ou alors je suis très costaud, au choix ». « Détrompe-toi, je n'suis pas lourde. Mais si te croire costaud te fait si plaisir, je veux bien te laisser espérer ! » Je fais vagabonder mes doigts sur son biceps pour jauger de ses muscles, et me rends compte qu'il est plutôt avantagé. Nous arrivons dans la salle et il me pose sur mon siège dans une grande délicatesse. Mon fauteuil nous suit de près et je remercie l'inconnue avant de me tourner vers Lucas. « Madame est satisfaite ? » « Madame espère te recroiser souvent dans ce genre de situation pour avoir droit à tes faveurs, être portée comme ça ne m'arrive pas tellement alors je n'peux qu'apprécier le geste ! »

J'étends ma jambe blessée sous le siège de devant et pose mon coude sur l'accoudoir en attendant qu'il vienne s'asseoir. « Je suis étonné que des inconnus ne t'abordent pas plus souvent pour te porter, dis donc... » Il s'installe à son tour et tandis que les pubs et les bandes annonces défilent sous nos yeux, je masse doucement ma cuisse endolorie. « J'espère que ça vaut le coup, au moins ! » A ces mots, je tourne la tête vers lui et d'un regard qui se veut troublant, je murmure doucement. « Premièrement, tu es assis au ciné avec une jeune femme charmante, donc oui ça vaut le coup. Et deuxièmement, peut-être qu'on me porte souvent mais que ce n'est pas toujours aussi agréable.. » « Ca c'est parce que je suis moi même un jeune homme charmant et que je sais où mettre mes mains... » Sa réponse ne manque pas de me surprendre et de m'intriguer, plus je passe de temps avec lui et plus j'ai envie d'en découvrir plus encore. « Malheureusement pour toi je ne crois que c'que j'vois ! » Les lumières s'éteignent alors et le film débute sur l'écran géant, même si je crains de ne pas savoir réellement me concentrer sur celui-ci tant le charme de mon accompagnateur me perturbe. « Dommage, l'inconnu a du bon, parfois... » Amusée, je me penche sur son oreille et souffle d'une voix suave : « Dans ce cas je vais laisser l'inconnu tenter d'me convaincre. » Puis je m'enfonce un peu plus dans mon siège en essayant de reporter toute mon attention sur les acteurs du film et souffle discrètement, me laissant doucement entraîner par la musique qui se joue dans la salle et qui accompagne un couple charmant dans sa chambre à coucher.

Grande habituée des Tim Burton, j'ai trouvé ce film plutôt décevant mais pas si mauvais. Les deux heures m'ont parues passer à une vitesse folle mais peut-être que la compagnie que Lucas m'offre a joué un peu. Le générique défile et celui-ci me reprend dans ses bras pour me ramener dans mon fauteuil. J'enfile alors mon manteau. « C'était pas mal... je crois ? » Je grimace un peu mais force est de reconnaître que la soirée a été agréable. « Tu sais, dans la mesure où j'suis enfermée chez moi toute la journée, ils auraient pu passer twilight que j'aurai trouvé ça distrayant. » dis-je en rigolant tandis que nous nous dirigeons tous les deux vers la sortie. « Une idée pour la suite de la soirée ? A moins qu'tu aies autre chose de prévu, j'voudrai pas contrarier tes plans. » Mais une partie de moi me dit qu'il a bien l'intention de finir la soirée en ma compagnie. « Je t'ai promis un hamburger, il me semble, et je suis un homme de parole, alors si tu as envie... » J'hausse les épaules en souriant, tandis que nous nous dirigeons tous deux vers la sortie. « Avec plaisir. Mais comme tu as supporté ma présence toute la soirée et que je t'ai en plus obligé à me porter, je te l'offre ! » Mon ton n'autorise aucune protestation, en fait, je fais rarement ce genre de propositions mais lorsque c'est le cas, c'est que j'en ai réellement envie. « Ca, c’est vraiment très chevalier de ma part de te laisser payer le McDo » Nous continuons d’avancer vers celui-ci qui fort heureusement n’est pas bien loin car mine de rien, se déplacer en fauteuil est plus que fatigant.

« Alors, quoi de neuf depuis notre course de folie ? » A repenser à cet après-midi passée en sa compagnie, je ne peux réprimer un sourire. Nous nous étions beaucoup amusés, et même si la fin de journée n’a pas été si agréable, il m’a laissé un très bon souvenir. « Rien de très joyeux ! Les médecins ont enfin découvert c’que j’avais, et apparemment c’n’est pas une bonne nouvelle. » J’ai encore l’image du visage du chirurgien qui m’annonçait qu’il ne pourrait sauver ma jambe et je suis secouée de terribles frissons jusque dans le bas du dos. Je secoue la tête et relève les yeux vers lui tandis que nous sommes arrêtés à un passage piéton en attendant de pouvoir passer. « Mais j’ai pas envie d’me gâcher la soirée avec ça. Je suis en bonne compagnie et j’ai besoin d’me détendre. Alors dis-moi, que faisais-tu à marcher seul dans les rues de Londres ? Parce que j’vais vraiment finir par croire que tu m’suivais tu sais. » Le feu piéton passe au vert et nous reprenons la route vers le fast food qui se trouve juste au bout de la rue. J’ai parlé d’une voix rapide, afin de ne pas lui laisser le temps de me poser la moindre question quant à mon état de santé. J’essaie encore d’apprivoiser l’idée que bientôt l’on m’amputerait d’une jambe et ne suis pas encore prête à l’énoncer à haute voix. De toute façon, à le recroiser souvent dans les couloirs il finirait bien par s’en rendre compte. « J’ai passé une mauvaise journée, alors tu sais de temps en temps je marche, de temps en temps je bois… Ce soir était une soirée à marcher, faut croire » Il semble mélancolique mais je ne suis pas certaine que lui demander la raison de son chagrin soit une bonne idée. Je ne suis qu’une inconnue avec qui il passe un peu de temps, peut-être par simple charité ou juste parce qu’il m’aime bien. « Ben pour c’qui est de boire ça peut encore se faire et j’admets qu’un verre ne serait pas de refus. Mais je n’veux pas qu’tu aies l’impression qu’j’essaie d’te soûler pour abuser de toi, parce que soyons réalistes, j’arriverai pas à grand-chose. » Je plaisante en espérant lui faire retrouver le sourire et nous arrivons enfin au Macdo dans lequel nous entrons. Heureusement, il n’y a que très peu de monde et nous ne mettrons sans doute pas bien longtemps à commander. « Mais moi par contre je pourrais essayer de te souler pour abuser de toi, je t’ai déjà portée une fois, je suis plus à ça près ! » « Comme si t’avais besoin de ça.. » Ma voix s’est muée en un murmure presque imperceptible, si bien que je ne suis même pas sûre qu’il m’ait entendue. Ce n’est peut-être pas plus mal au fond. En caisse, Lucas demande un hamburger et je fais de même, puis je règle le tout avant de prendre le plateau sur mes genoux. « Par contre j’suis un peu encombrée là, ça te gêne de m’pousser jusqu’à la table ? » Je lève les yeux vers lui et lui adresse un sourire enfantin, celui de la gamine que je suis toujours en réalité. « Tous les prétextes sont bons hein ! » Amusée par sa remarque, je lui tire effrontément la langue. Puis il me conduit à la table et me remercie, ce à quoi je réponds d’un signe de main pour dire que ce n’est pas grand-chose. Nous mangeons en discutant de tout et de rien, toujours en évitant les sujets délicats et en se taquinant gentiment, et lorsque nous avons terminé, je remarque seulement l’heure tardive. « Waw ! J’avais pas fait gaffe à l’heure, mais il va me falloir au moins quarante minutes pour rentrer chez moi. Je devrai p’tet y aller maintenant. » Naturellement je n’ai aucune envie de l’abandonner, nous passons une soirée pour le moins agréable mais je suis aussi très consciente du temps qu’il me faut pour parcourir un tel chemin et ne souhaite pas faire de mauvaises rencontres vu l’heure tardive. « J’habite pas très loin, et j’ai une voiture. Tu veux que je te ramène ? » Je hausse un sourcil en regardant les clés qu’il me montre et fais mine de réfléchir. « J’devrai me méfier des inconnus qui proposent de me ramener, mais j’avoue qu’c’est tentant. » Le fait même que je songe à accepter sa proposition me surprend : je suis habituellement beaucoup plus distante avec les gens que je connais depuis si peu et pourtant, c’est sans trop réfléchir que je prends ma décision. « Ah ça, il est un peu trop tard pour se méfier maintenant, si tu veux mon avis sur la question, il fallait s’en soucier avant que je te porte » J’esquisse un sourire à ce souvenir qu’il évoque mais le fais attendre encore un peu. « Mon offre expire dans quelques secondes ! » A le voir se mordre la lèvre de cette façon, je ne peux m’empêcher de me dire qu’il a vraiment un charme incroyable et que je ne peux refuser de passer un peu plus de temps avec lui. « D’accord, d’accord ! Alors allons-y, avant que je ne me trouve un autre chauffeur. » Cette menace n’en est pas réellement une bien sûr, et je fais demi-tour pour prendre la direction de la sortie en le laissant s’occuper de notre plateau.

Il ne tarde pas à me rejoindre et prend de lui-même l’initiative de me pousser, ce qui m’évite un effort supplémentaire. Tandis que nous marchons dans la rue, il continue de parler et ce qu’il dit me serre le cœur d’une manière désagréable. « Ma sœur est à l’hôpital, c’est pour ça que j’y étais, l’autre jour » Je me souviens qu’il m’en avait parlé très vaguement, en me disant juste qu’elle était dans le coma. « C’est le destin, j’aime à penser que c’est grâce à elle qu’on se connaît du coup, tu vois ? » Sa phrase me surprend et je tourne la tête vers lui pour l’observer quelques instants. Déstabilisée, je cherche un instant quoi lui répondre sans être trop indiscrète ou trop niaise. « C’est une belle façon de voir les choses. Y a peu de gens qui sont capables d’être aussi positifs, mais j’me doute que ça doit pas être le cas tous les jours. » Moi-même j’ai parfois du mal à conserver ce sourire qui est devenu pourtant ma seule raison de me lever le matin. Prouver au monde entier qu’on est capable de se relever après un drame dévastateur. « Désolé, je sais pas pourquoi j’ai ramené ça sur le tapis » Il est vrai que je n’aime pas parler d’hôpitaux et de tout ce qui tourne autour des médecins en général parce que ça ne me rappelle que trop bien que j’y passerais encore bien trop de temps à mon goût, mais si Lucas a besoin de parler je l’écouterai sans broncher. Je sais combien ça peut être difficile de trouver des gens compréhensifs et qu’il me dise ce genre de choses me flatte énormément. Mais je n’ai pas le temps de le lui avouer que déjà nous arrivons devant sa voiture. « Attention, ah, voilà le carrosse ! » J’observe le carrosse comme il le dit si bien avec de grands yeux écarquillés. « Faut croire que le coup d’la belle voiture pour impressionner les filles, ça marche toujours ! » dis-je en riant un peu. Nous nous approchons et je constate qu’il y aura suffisamment de place pour y ranger mon fauteuil. « Il va encore falloir que tu me portes. J’espère que ton dos n’va pas trop en souffrir ! » Il m’emmène près du côté passager et m’installe sur le siège sans trop d’efforts. « Mon dos va très bien, t’en fais pas pour lui » Puis il prend un moment pour ranger mon fauteuil et s’assoit au volant avant de démarrer. « Tu préviens pas tes proches que tu es avec un inconnu au cas où ? » Je hausse les épaules avec un sourire mélancolique. [color=indianred]« Quels proches ? » Ma réponse est simple mais assez claire. Depuis l’opération, j’ai quitté ma famille et mes amis qui m’avaient déjà lâchement abandonnées en songeant que ce serait trop prenant de s’occuper de moi pour venir vivre à Londres, où je ne connais encore que très peu de gens. Désireuse de ne pas m’étaler plus sur le sujet, je lui indique la route pour qu’il me conduise à mon appartement. Mais je réalise qu’il a quand même fait l’effort de s’ouvrir un peu à moi et je décide de lui rendre la pareille. « Mes amis ont eu un peu de mal à accepter le handicap. Ils ont eu peur je crois, et j’ai plus tellement de nouvelles. » Je marque une pause puis reprends avec un air nettement plus enjoué. « Du coup l’inconnu en question peut faire à peu près ce qu’il veut, personne ne s’en souciera ! » J’ai pris l’habitude de toujours voir le côté positif dans les malheurs qui me sont tombés dessus tour à tour. Et je dois admettre que de n’avoir aucune attache peut être plutôt agréable si on y réfléchit bien. « Je t’avais dit, les inconnus ça a du bon parfois » Il accélère légèrement, et je m’enfonce dans mon siège pour étendre correctement ma jambe en la massant un peu. « Tous les inconnus ne sont pas aussi charmants, ni aussi serviables. Je m’estime plutôt chanceuse pour le coup ! » Je lui indique de tourner à droite et il s’exécute, et nous arrivons bientôt devant mon immeuble.

« Je crois que Madame est arrivée » Il se gare devant mon immeuble et je détache ma ceinture. Il ne tarde pas à m’apporter mon fauteuil. « Alors, prête pour une dernière escapade dans mes bras ? » Sa remarque me fait doucement rire. Comment pourrai-je bien refuser d’être ainsi baladée contre son torse ? « J’serais folle de te dire non, je suis sûre que pas mal de filles aimeraient être à ma place. » Et je tends les bras pour qu’il me prenne contre lui, qui me pose délicatement dans mon fauteuil. Arrivés devant ma porte, j’hésite un instant, craignant d’être effrontément rejetée puisque même s’il m’a affirmé le contraire, je sais que mon handicap peut en freiner plus d’un. Mais je décide finalement de me jeter à l’eau. On ne vit qu’une fois, et je préfère ne pas attendre qu’on m’ait coupé la jambe pour tenter ma chance. « Je sais qu’ça fait très cliché, très film américain, tout ça mais si tu veux monter boire un verre.. » Je sens une vague de stress monter en moi, j’imagine que Lucas a pas mal de succès auprès des femmes, pour quelle raison s’encombrerait-il en plus d’une handicapée qu’il faut constamment aider ? Pourtant il ferme sa voiture et m’adresse un sourire devant lequel je ne peux que fondre. « Va pour un verre » Nous entrons donc dans l’immeuble et il nous faut prendre l’ascenseur pour accéder à mon appartement. Lorsque nous arrivons au troisième étage, j’ouvre ma porte et le laisse entrer par courtoisie. Peut-être aussi pour laisser mon regard vagabonder sur sa chute de reins, mais qu’importe. Je pose mon sac et mon manteau, et disparais derrière le comptoir de la cuisine. « Qu’est-ce que je te sers ? Bière, vodka ? J’dois avoir un peu de whisky aussi. » Les alcools forts, c’est ce que j’ai toujours préféré. Souvent on me regarde avec de grands yeux quand je descends d’une traite un verre de vodka pure mais c’est une des seules choses qui sait me faire sentir vivante depuis ces deux dernières années. « Une bière ça ira, merci » J’ouvre le frigidaire et en sors donc deux bières que je décapsule, j’ai décidé de le suivre afin de ne pas paraître trop ivre devant lui. Je lui indique le salon, où nous nous installons tous deux. Je pose les bières sur la table basse et dans un mouvement acrobatique qui fait désormais partie de mon quotidien, je quitte mon fauteuil pour m’asseoir dans le canapé. J’en prends une longue gorgée et pose mon regard sur mon invité. « J’suis contente de t’avoir rencontré. Après notre course de fauteuils à l’hôpital, quand le chirurgien m’a dit.. Qu’ils allaient devoir m’amputer, j’ai cru qu’j’allais mourir. Mais j’pense que le fait d’avoir passé une si bonne après-midi avec toi m’a aidée à tenir. » Mes aveux sont lourds et comme pour faire passer le goût amer de cette révélation, je prends une nouvelle gorgée dans ma bouteille. « Je suis désolé, pour ce que ça vaut. Mais pas moins fier d’avoir apporté assez de positif dans ta journée pour tenter de compenser un peu » Je lui adresse un léger sourire, pas certaine qu’il se rende réellement compte de l’impact que cette rencontre a eu sur mon moral. « Toi et moi on est manifestement pas aidés par la vie, alors si on peut s’apporter un peu de réconfort l’un l’autre c’est déjà ça. » Mais je réalise bien vite le double sens que j’ai inséré sans le vouloir dans mes paroles, je sens mes joues rougir légèrement et rectifie : « ‘fin c’est pas c’que j’voulais dire.. Bon tu m’as comprise quoi ! » Nerveuse, je me mets à jouer avec ma bouteille, que je termine peut-être un peu rapidement en oubliant que je prends trop de médicaments pour boire à cette vitesse. « J’ai compris ce que tu voulais dire » me dit-il simplement avant de reprendre une gorgée. Je soupire discrètement, décidément, ce manque de rendez-vous en deux ans se fait sentir et je ne sais pas sur quel pied danser (pardonnez le jeu de mot) avec lui ; il a certes accepté ce dernier verre mais n’est-ce pas par pitié plus que toute autre chose ? Agacée par cet élan de stress qui m’assaille, je passe une main sur ma jambe qui me fait souffrir, et me penche pour reposer ma bière. « Désolée, j’suis pas très.. Pas très à l’aise avec les mecs en général. D’habitude si, mais là je crois qu’j’ai perdu le truc. J’veux pas qu’tu crois que j’suis du genre un peu cruche, je sais toujours c’que j’veux et j’suis plutôt franche, c’est juste que.. » Mais je me ravise, consciente que je commence à parler un peu trop. « Ok j’pense que j’vais m’arrêter là, la bière avec les calmants ont tendance à me délier un peu trop la langue. » Je me sens terriblement stupide à être si nerveuse devant un homme que je connais depuis si peu de temps. Il repose sa bouteille et vient s’assoir à côté de moi. Timide, je lève les yeux vers lui. « Tu n’as pas l’air d’une cruche, et tu n’as pas besoin de t’excuser, non plus » Doucement, ses doigts effleurent ma joue et ce simple geste me fait rougir de plus belle. Je me mords légèrement la lèvre en souriant. « Tout va bien » Mais déjà il retire sa main, et je baisse un peu la tête. « Donc j’peux.. Espérer que tu me rappelles un de ces quatre ? » Je ramène ma jambe valide contre ma poitrine et me tourne vers lui, en guettant dans son regard un début de réponse. « Hey mais… Non » Surprise, je ne peux dissimuler ma déception comme je l’aurai voulu. Avant même que je n’aie le temps de lui répondre, il enchaîne pour s’expliquer. « C’est toi qui a pris mon numéro, alors si tu veux que je t’appelle un jour, il va falloir que tu prennes les devants » A ces mots, un sourire vient orner mes lèvres tant je me sens stupide. « J’avais oublié ce détail. Mais faut qu’tu saches que j’ai horreur de faire le premier pas. Enfin pas c’est un bien grand mot vu ma situation. » dis-je, amusée. « Si j’le fais un jour, il faut qu’ça en vaille la peine. » Je lui fais un clin d’œil évocateur, ravie de constater que je suis capable de reprendre un peu d’assurance.

« Eh bien écoute, si j’étais toi, je ne me laisserai pas filer en prenant le risque qu’on ne se recroise jamais devant une rampe d’escaliers ». Cet air prétentieux qu’il prend soudain lui donne un charme certain, je ne peux le nier. Sa réflexion m’arrache un large sourire car je sais qu’il ne fait que plaisanter. Il n’a pas franchement l’air d’être le genre de mec à avoir une très haute estime de sa personne. « Ça serait dommage » Je ne suis pas certaine de comprendre, mais cela ressemble très fortement à une invitation à laquelle je m’empresse de répondre. Je m’approche doucement de son visage, juste assez pour qu’il puisse sentir mon souffle venir s’écraser contre ses lèvres. « Ne suis-je pas assez jolie pour que tu mettes ton égo de côté ? » J’ai bien du mal à réfléchir correctement, là, presque tout contre lui. Il se mord les lèvres et je crève d’envie de fondre sur celles-ci mais étrangement, il semble hésiter. Est-ce mon handicap qui le gêne ? J’avais pourtant cru comprendre que je lui plaisais. [color=cornflowerblue]« J’ai très envie de t’embrasser » Mais il ne le fait pas. Intriguée, je me recule un peu. « Mais j’ai bien peur de devoir te servir le discours tout préparé du connard fini et handicapé sentimental que je me trouve être avant » Même si la situation semble gênante, je ne peux m’empêcher de sourire. Je n’ai jamais espéré qu’il devienne le prince charmant dont rêvent toutes les jeunes filles, à vrai dire cela fait bien longtemps que j’ai arrêté d’y croire. « Tu veux l’entendre ? » « Non. Ce serait utile si j’étais une de ces gamines naïves qui pensent que les hommes sont prêts à tout pour leurs beaux yeux. » Je m’interromps un instant puis reprends d’une voix plus sérieuse. « Quand bien même tu n’serais pas ce genre de connard, c’est moi qui prendrais la fuite. Quand j’pense à c’qui m’attend, j’me dis qu’j’ai envie d’imposer ça à personne. Même si j’dois admettre que tu m’plais beaucoup, j’ai pas vraiment le temps d’me consacrer à une relation suivie. Y a beaucoup trop de contraintes, et j’préfère me concentrer sur c’qui est important. Mais ça n’devrait pas m’empêcher de m’amuser pour autant. » Je suis tout de même flattée. Il aurait tout aussi bien pu me sauter pour se tirer avant le lever du jour mais le fait qu’il tienne à m’avertir me touche sincèrement, j’imagine qu’il doit m’apprécier un minimum pour prendre ce genre de précautions. « Bon alors promets-moi que, même si c’est nul, tu utiliseras mon numéro de téléphone pour qu’on planifie au moins une prochaine course » J’acquiesce en riant doucement, je crois que je ne manquerai l’occasion de l’humilier une seconde fois pour rien au monde. Je m’attends presque à ce qu’il trouve une autre excuse, mais rien ne vient. Rien d’autre qu’un silence doux, apaisant. Ses doigts glissent contre ma joue et ses lèvres se posent sur les miennes, affolant ainsi mon cœur qui tambourine contre ma poitrine. Ma main passe dans ses cheveux pour rendre ce baiser plus langoureux tandis que l’autre s’installe sur sa cuisse où j’y trouve un appui convenable et pour le moins agréable. Il m’attire contre lui et c’est bien volontiers que je viens m’installer sur ses genoux tout en veillant à ce que ma jambe ne me gêne pas. L’une de ses mains s’aventure sous mon t-shirt et m’arrache ainsi quelques frissons que je ne cherche pas à dissimuler, et je quitte ses lèvres pour explorer son cou que je parsème de baisers brûlants en jouant parfois de ma langue afin d’attiser au mieux son désir. Je m’approche doucement de son oreille que je mordille quelques instants pour ensuite lui susurrer quelques mots. « Hé bien monsieur l’inconnu, je vous trouve bien entreprenant.. » Ainsi logée contre lui, il peut sentir sans mal mon souffle chaud qui s’écrase contre sa peau dont je prends grand soin de visiter chaque centimètre. « Mademoiselle ne me parait pas en reste non plus » Mes lèvres s’étirent en un fin sourire et comme pour lui prouver qu’il a raison, je remonte son t-shirt jusqu’à l’en débarrasser. Je reste interdite un moment, observant ce torse finement dessiné mais bien vite rattrapée par mes désirs, je laisse mes mains vagabonder sur celui-ci, elles glissent d’ailleurs insidieusement sur la boucle de sa ceinture que je défais avec une lenteur infinie. Lui m’a fait attendre avant de m’embrasser et j’ai bien l’intention de le faire languir un peu, petite vengeance personnelle dont il ne se plaindra sans doute pas. C’est à lui de retirer mon t-shirt, me coupant dans mon élan pour le défaire de sa ceinture mais le sourire qu’il arbore l’excuse immédiatement, j’en conclus que le spectacle de ma poitrine presque nue lui plaît. Il revient m’embrasser pour un baiser que je rends fiévreux en m’emparant de sa lèvre inférieure que je coince gentiment entre mes dents, mais je finis par comprendre que cette position ne sera pas nécessairement des plus pratique. Je me recule un peu et lui murmure : « Je sais qu’tu m’as portée toute la soirée mais si j’te demande de m’emmener jusque dans la chambre, tu vas râler ? » Bien évidemment je le taquine, je me doute sans mal qu’il n’aura aucun problème et qu’il acceptera l’invitation sans faire d’histoire.

Il s’exécute presque aussitôt et me soulève sans mal pour me ramener dans la chambre, où il m’allonge délicatement sur le lit pour s’occuper de mon jean. « Tu me dis, si je te fais mal ? » Son inquiétude me fait sourire, et je romps un instant le baiser que nous partageons pour plonger mon regard dans le sien. « Un peu de brutalité n’a jamais fait de mal à personne.. » Pour illustrer mes propos, je mords doucement son épaule et mes doigts vagabondent entre ses jambes pour venir caresser doucement l’objet de ma convoitise. Le sourire qu’il affiche me fait tourner la tête, ce jeune homme ne cesse de me surprendre et je l’apprécie plus que de raison. Ses caresses m’arrachent quelques soupirs d’aise que je ne cherche pas à dissimuler, je suis plutôt certaine qu’il se plaira à connaître l’effet qu’il me fait. Il ne perd pas son sens de l’humour en tout cas, sa remarque me fait rire légèrement tandis que mes mains s’occupent de le défaire de son jean à son tour en effleurant doucement ses fesses mais bien vite je décide de lui faire savoir mon envie d’aller un peu plus loin en glissant mes doigts par-dessus son boxer dont je fais claquer l’élastique contre sa peau. « Moi qui suis un si grand romantique… » « Un si grand romantique qui n’attend pas le mariage pour les péchés de chair ? Je suis surprise ! » dis-je d’une voix taquine même si je suis bien loin de m’en plaindre. Chacun des baisers qu’il dépose sur ma peau me fait frissonner un peu plus et il me fait prisonnière quelques instants en s’emparant de mes mains pour parcourir tranquillement mon corps. « Je fais une exception pour toi, tu es ma première » Je me laisse faire bien volontiers en basculant la tête en arrière pour profiter au mieux de ses lèvres courant sur mon ventre mais lorsqu’enfin il relâche son emprise je peux le dévêtir entièrement et ne cache pas le regard intéressé que je fais glisser sur lui. Mes doigts vagabondent entre ses jambes et je finis par enrouler mes bras autour de son cou pour attirer ses lèvres contre les miennes en mêlant ma langue à la sienne dans un ballet enflammé. Pour un court instant, je me sens redevenir femme et non plus handicapée. Nous nous aimons le temps d’une nuit et cela me suffit amplement. Il me possède entièrement, je m’offre à lui sans la moindre retenue et l’attire à moi pour sentir sa peau contre la mienne tandis que ses mains semblent découvrir mon corps. Nos soupirs se mêlent pour former une mélodie érotique et passionnée, mes doigts s’accrochent à ses cheveux châtains pour couvrir sa gorge de baisers brûlants témoignant du plaisir qu’il me donne. Je fais glisser l’une de mes mains sur la cambrure de son dos pour l’accompagner dans ses coups de reins, que je rends volontairement plus brusques, ce côté animal n’a rien pour me déplaire à vrai dire, bien au contraire. J’ai l’impression que plus rien n’existe, rien que nous deux. Juste nous deux, deux âmes en peine qui se retrouvent dans des ébats fougueux en espérant oublier un peu la douleur qu’elles ressentent continuellement. Nos respirations se font toutes deux plus rapides, je me cambre sous chacun de ses assauts et ne cesse de soupirer, parfois même je laisse échapper son prénom en me mordant violemment la lèvre, mes mains s’accrochent à la couverture de mon lit tant c’est agréable de se sentir exister pour quelqu’un. Je crois reconnaître mon prénom dans un souffle et cela me fait immanquablement sourire, et vite rattrapée par le plaisir qui inonde mon être entier je sens ma peau parcourue de frissons devenir électrique. Chacune de ses caresses fait accélérer mon cœur, c’est dans un ultime soupir que nous atteignons l’extase ensemble.

Il se laisse retomber sur le matelas et un peu malgré moi, je viens me blottir contre son torse pour partager une étreinte tendre et rassurante. Je ne supporte habituellement pas ce genre de démonstration d’affection mais j’ai envie qu’il me serre dans ses bras sans réellement comprendre pourquoi. Il m’entoure de son bras et je cale ma tête contre son épaule mais frileuse, je commence à sentir le froid mordre ma peau. Je replie mes jambes pour que nous puissions nous glisser sous la couverture juste le temps de nous réchauffer et la remonte jusqu’à la naissance de ma poitrine avant de venir me réinstaller contre lui. Je lève un peu les yeux et lui adresse un sourire timide. « Tu.. Tu veux passer la nuit ici ? » Consciente que ma requête peut sembler un peu cavalière aux vues de notre précédente conversation, je m’empresse d’ajouter : « Te sens pas obligé hein, si tu t’en vas maintenant j’t’en voudrais pas non plus. » Légèrement nerveuse, je passe une de mes mains dans mes cheveux que j’arrange rapidement. Il secoue la tête et son rire suffit à apaiser mes craintes. « En fait, j’avais honteusement déjà abandonné l’idée de partir » J’aurai aimé cacher mon sourire mais je n’y parviens pas, encore sous le coup de ce qu’il vient de me faire vivre. Je passe mon bras par-dessus son torse et caresse doucement ses côtes en étendant ma jambe douloureuse. « De toute façon si tu t’en vas maintenant je vais devoir ramper par terre demain matin, mon fauteuil est resté dans le salon. » dis-je d’une voix taquine. Je ferme les yeux et tente de calmer ma respiration, soudain assaillie par la fatigue. « Je suis même pas en état de ramper jusqu’à la porte moi-même… » J’acquiesce en souriant, nous sommes tous les deux épuisés. Il commence à se faire tard et je suis rassurée de penser qu’il préfère passer la nuit ici, de toute façon prendre la voiture à cette heure-ci ne serait pas raisonnable. Je sombre doucement dans un sommeil réparateur, bercée par le son régulier de sa respiration et blottie contre lui en songeant que cette soirée aura été surprenante mais absolument parfaite.


Dernière édition par N. Alexandra Serrano le Jeu 17 Jan - 2:56, édité 15 fois
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MessageSujet: Re: les roues et les escaliers, une grande histoire d'amour. ☼ lucas   Sam 5 Jan - 10:30

Une soirée tout à fait banale après une journée somme toute chargée. Grace et Megan étaient à l'ordre du jour et il m'est de plus en plus désagréable d'entendre parler de ses deux papas comme de l'issue certaine de cette histoire. Etre relégué au second plan m'attriste et j'ignore seulement pourquoi je m'accroche de la sorte à une gamine qui n'est de toute façon pas la mienne. Je décide de ne pas rester dans mon minuscule appartement tout seul ce soir, et puisque Bianca est de sortie, je choisis plutôt les rues accueillantes de Londres. J'enfile un manteau et une écharpe et m'extirpe de mon trou à rats, descendant les marches jusqu'à heurter l'air frais de la rue. Je ne sais même pas où aller et à dire vrai, je ne suis même pas absolument certain d'avoir envie de boire quoi que ce soit. La plupart des loisirs de la nuit sont de toute façon bien au dessus de mes moyens. Je marche un moment jusqu'à gagner des centres moins dépaysés, et m'arrête en cours de route en reconnaissant quelqu'un. Je lève les yeux et me trouve face à un cinéma de quartier où Alexandra, que j'ai rencontré à l'hôpital lors d'une visite quotidienne de Jen, semble légèrement prise au dépourvu. Il ne me faut pas très longtemps pour comprendre et j'inspire, mettant mes mains dans mes poches pour m'approcher lentement. « Besoin d'aide, Mademoiselle ? » Je demande en arrivant, forçant un peu la voix mais sans me départir de mon sourire pour autant. « Non à vrai dire, j'pensais juste sortir de mon fauteuil et monter les marches toute seule ! » Je ris un peu et roule des yeux en me mordant un peu la lèvre. « Remarque, p'tet que c'est pas plus mal. Le film que j'devais aller voir est sûrement un navet. » Je fronce le nez et hausse un sourcil curieux : « Me dis pas que tu vas voir ce truc de vampires bizarre, sinon il est hors de question que je t'aide à entrer dans ce cinéma, désolé. » Elle prend un peu la mouche me semble-t-il et mon sourire s'accentue quelque peu. : « Rah j't'en prie ! Je sais qu'on s'connaît depuis peu mais quand même, évite de m'insulter ouvertement. » Je ris un peu et secoue la tête tandis qu'elle me montre une affiche. « J'voulais aller voir le dernier Tim Burton. J'suis une grande fan et ça m'emmerderait d'le rater. Alors, mes goûts cinématographiques sont-ils suffisamment sophistiqués pour que tu m'aides à entrer ? » J'acquiesce lentement et lui offre un sourire de paix. « Seulement si je peux t'imposer ma compagnie ? » J'hausse un sourcil, peu importe le prix de la place ça fait très longtemps que je ne suis pas allé au cinéma et après tout, l'occasion est rêvée non ? « En fait je t'aiderai même si tu refuses mais ça sera pas très sympa de refuser » Je me marre un peu et hausse une épaule, mon âge mental du moment étant sans doute étroitement lié à la journée que j'ai passée. Elle fait mine de réfléchir mais finit pas me donner grâce : « T'es dur en affaire mais c'est d'accord. » J'acquiesce, elle m'assène un regard sceptique. « Mais dis, sans indiscrétion, tu comptes faire comment ? Parce que le fauteuil est pas tout léger. » Je fronce le nez et hausse une épaule. « Voilà le plan : je vais acheter les places, j'insulte la dame de l'accueil qui transmettra à ses patrons à quel point ils sont stupides et peu considératifs, ensuite je reviens te chercher et je t'emmène à ta place, le fauteuil nous rejoindra après ? »

Elle rit un peu et la voir faire m'amuse. « Tu m'as l'air d'avoir pensé à tout ! M'aurais-tu suivie jusqu'ici dans l'espoir de t'asseoir à côté de moi dans une salle plongée dans l'obscurité ? » Mon rire ce joint au sien et j'acquiesce pour dire "évidemment", prenant un air mi mystérieux mi hilare. « Très bien, dans ce cas je t'attends ici ! » J'acquiesce et lui assène un clin d'oeil : « Regarde faire le pro ». Je m'esclaffe et m'éloigne, gagnant le minuscule bureau vitré derrière lequel une bonne femme peu avenante est installée. « Bonsoir Madame, je voudrais deux places s'il vous plait, une pour moi et une pour mon amie là-bas, à laquelle vous refusez l'entrée », elle lève la tête d'un air surpris et hausse un sourcil - dessiné au crayon - superbement haut. « Je vous demande pardon ? » Je soupire un peu et acquiesce. « Bah oui, vous croyez que son fauteuil a des ailes pour qu'elle puisse rejoindre la salle ? » Je me rends compte en parlant que la chose, au delà de l'hilarité certaine de la situation, m'énerve en réalité profondément. « Il faudrait dire à vos employeurs quels qu'ils soient que le cinéma normalement, c'est pour tout le monde, pas juste pour ceux qui peuvent se déplacer tous seuls ». Je lui jette un regard dédaigneux alors que finalement, elle n'y peut pas grand chose. Elle hoche lentement la tête et me tend deux places, ne sachant trop où se mettre. Je paye et la remercie, inspire et retourne près d'Alexandra. « Je crois que je l'ai traumatisée » Je grimace et hausse une épaule, fourrant les poches dans ma place et m'approchant du fauteuil. « Prête ? » Elle hoche la tête et tend les bras pour me faciliter la tâche, non sans une remarque taquine que j'attends bien évidemment : « Fais juste attention à tes mains, c'est pas parce que j'suis en fauteuil que je n'sens rien donc je manquerai pas de te faire savoir si elles descendent un peu trop bas. » Je ricane et roule des yeux en glissant mes mains en dessous d'elle pour la soulever de son fauteuil. « C'est que Madame est regardante, en plus ? » Je bouge un peu pour être sûr de la tenir correctement - et pour être sûr d'avoir correctement placé mes mains - et un homme qui passe par là me propose de nous apporter le fauteuil. Je réponds par la positive et monte les marches sans trop de difficultés. « T'es pas bien lourde, ou alors je suis très costaud, au choix ». J'hausse un sourcil, la situation m'amuse en fait. Je cherche la direction de la bonne salle et m'y dirige sans trop me presser pour finalement entrer et l'installer sur un fauteuil. Je remercie l'autre qui est venu avec nous pour apporter son fauteuil et tend les bras. « Madame est satisfaite ? »

« Madame espère te recroiser souvent dans ce genre de situation pour avoir droit à tes faveurs, être portée comme ça ne m'arrive pas tellement alors je n'peux qu'apprécier le geste ! » Je ris un peu, amusé, tandis qu'elle s'installe. J'inspire et m'assois à côté d'elle en tentant de ne pas trop ressasser ma journée mais de me concentrer plutôt sur le moment. « Je suis étonné que des inconnus ne t'abordent pas plus souvent pour te porter, dis donc... » Je ris un peu et m'étire en m'enfonçant dans le stage. « J'espère que ça vaut le coup, au moins ! » Elle se tourne vers moi et je l'interroge du regard. « Premièrement, tu es assis au ciné avec une jeune femme charmante, donc oui ça vaut le coup. Et deuxièmement, peut-être qu'on me porte souvent mais que ce n'est pas toujours aussi agréable.. » Je ris un peu et hoche la tête. « Ca c'est parce que je suis moi même un jeune homme charmant et que je sais où mettre mes mains... » Elle sourit un peu et j'hausse une épaule en l'entendant répliquer : « Malheureusement pour toi je ne crois que c'que j'vois ! » A mon tour de sourire, puis les lumières se baissent annonçant le début du film. Je m'enfonce un peu plus dans mon siège et murmure avant de lui faire louper quoi que ce soit d'important pour l'intrigue : « Dommage, l'inconnu a du bon, parfois... » Je me concentre sur l'écran et tente de me détendre un peu. « Dans ce cas je vais laisser l'inconnu tenter d'me convaincre. »


Le film se termine deux bonnes heures plus tard et je fronce le nez, un peu sceptique sur la fin. Je la prends avec moi de nouveau pour la ramener sur son fauteuil avec lequel j'arriverai normalement à me débrouiller dans les marches cette fois ci. « C'était pas mal... je crois ? » « Tu sais, dans la mesure où j'suis enfermée chez moi toute la journée, ils auraient pu passer twilight que j'aurai trouvé ça distrayant. » Et moi je n'ai jamais assez d'argent pour me payer un cinéma, alors... « Une idée pour la suite de la soirée ? A moins qu'tu aies autre chose de prévu, j'voudrai pas contrarier tes plans. » Je souris un peu et hausse une épaule. « Je t'ai promis un hamburger, il me semble, et je suis un homme de parole, alors si tu as envie... » Je l'interroge du regard, amusé. Elle hausse une épaule, semble relativement partante : « Avec plaisir. Mais comme tu as supporté ma présence toute la soirée et que je t'ai en plus obligé à me porter, je te l'offre ! » Je ris un peu et soupire. « Ca, c’est vraiment très chevalier de ma part de te laisser payer le McDo ». J’ajouterai bien un truc familial à la noix du genre, ma mère aurait honte, mais ça n’est pas exactement la vérité, ma mère s’en fout. Alors je mets mes mains dans mes poches et soupire. « Alors, quoi de neuf depuis notre course de folie ? » Je souris un peu, je suis repassé à l’hôpital depuis mais c’était bien moins amusant. « Rien de très joyeux ! Les médecins ont enfin découvert c’que j’avais, et apparemment c’n’est pas une bonne nouvelle. » Elle semble songeuse, étrangement triste un instant mais je ne pose pas de question, je lui dois le silence lié au secret car après tout, je ne la connais pas, bien que la course dans les couloirs me laisse un souvenir impérissable d’elle. « Mais j’ai pas envie d’me gâcher la soirée avec ça. Je suis en bonne compagnie et j’ai besoin d’me détendre. Alors dis-moi, que faisais-tu à marcher seul dans les rues de Londres ? Parce que j’vais vraiment finir par croire que tu m’suivais tu sais. » Je souris un peu et hausse une épaule. « J’ai passé une mauvaise journée, alors tu sais de temps en temps je marche, de temps en temps je bois… » Je secoue la tête. « Ce soir était une soirée à marcher, faut croire ». Je grimace et repense à Grace avec laquelle j’ai passé toute la journée. Je n’arrive pas à me faire à l’idée, c’est décidément bien trop difficile. « Ben pour c’qui est de boire ça peut encore se faire et j’admets qu’un verre ne serait pas de refus. Mais je n’veux pas qu’tu aies l’impression qu’j’essaie d’te soûler pour abuser de toi, parce que soyons réalistes, j’arriverai pas à grand-chose. » Nous entrons dans le McDo et je ris un peu, roule des yeux. « Mais moi par contre je pourrais essayer de te souler pour abuser de toi, je t’ai déjà portée une fois, je suis plus à ça près ! » je m’exclame en riant un peu. Nous arrivons rapidement à la caisse de je ne demande qu’un hamburger, je n’ai jamais très faim, l’avantage de ne pas pouvoir s’acheter à manger en quantités astronomiques. « Comme si t’avais besoin de ça.. » J’hausse un sourcil curieux, pas sûr d’avoir réellement bien entendu ce qu’elle vient de dire. Je ne relève pas du coup, préférant les précautions à la bonne remarque déplacée qui aurait pu suivre. Elle paye, ce qui me vaut une seconde de gêne, puis attrape le plateau. « Par contre j’suis un peu encombrée là, ça te gêne de m’pousser jusqu’à la table ? » Je ris un peu et m’exécute en acquiesçant. « Tous les prétextes sont bons hein ! » Je la pousse jusqu’à la table, et fais le tour pour m’asseoir en face. « Merci », j’hoche la tête dans un sourire, cette journée se termine bien mieux qu’elle n’a commencé.

Nous dînons en discutant de la pluie et du beau temps sans faire attention au temps qui défile et qu’elle ramène à nous en semblant réaliser qu’il est tard. « Waw ! J’avais pas fait gaffe à l’heure, mais il va me falloir au moins quarante minutes pour rentrer chez moi. Je devrai p’tet y aller maintenant. » Je tousse un peu et acquiesce. « J’habite pas très loin, et j’ai une voiture. Tu veux que je te ramène ? » Je sors les clés de ma poche que je secoue un peu, amusé. « J’devrai me méfier des inconnus qui proposent de me ramener, mais j’avoue qu’c’est tentant. » Je souris de plus belle et hausse une épaule. « Ah ça, il est un peu trop tard pour se méfier maintenant, si tu veux mon avis sur la question, il fallait s’en soucier avant que je te porte ». Je lui assène un clin d’œil et croise les bras. « Mon offre expire dans quelques secondes ! » Je ris et me mords la lèvre. Elle réfléchit encore un instant – ou fait semblant, en tout cas – puis finit par se décider : « D’accord, d’accord ! Alors allons-y, avant que je ne me trouve un autre chauffeur. » Je souris et me redresse, attrapant le plateau pour le jeter, puis la rattrapant près de la sortie. Je pose naturellement les mains sur son fauteuil pour pousser, pris par un réflexe étrange. Ma voiture est garée en bas de mon immeuble qui se trouve à quelques minutes seulement, mais j’imagine que manier ce truc toute la journée ne doit pas être de tout repos. « Ma sœur est à l’hôpital, c’est pour ça que j’y étais, l’autre jour ». J’ignore pourquoi je retombe dans des tons aussi graves alors que la soirée était placée sous le signe de la légèreté. « C’est le destin, j’aime à penser que c’est grâce à elle qu’on se connaît du coup, tu vois ? » IL faut bien ça pour positiver tout le reste, et je souris comme un idiot qui parle en phrases toutes faites. Elle se tourne vers moi et m’observe un instant. Je fronce le nez et me demande si je dois m’arrêter, mais au moment où je songe à lui demander si tout va bien, elle enchaine : « C’est une belle façon de voir les choses. Y a peu de gens qui sont capables d’être aussi positifs, mais j’me doute que ça doit pas être le cas tous les jours. » Ca n’est pas le cas, la plupart du temps, non. Dire l’inverse serait mentir, je maudis chaque jour que Dieu fait depuis ce terrible accident. Mais parfois, parfois ça a du bon. Pour Megan, Grace, pour les rencontres comme celle d’Alexandra, pour Lia, supportive, pour mon père que je n’aurais jamais retrouvé si ça ne s’était pas passé, et c’est en regardant ces moments là qu’il faut rester positif quelque soit le prix de l’opération. « Désolé, je sais pas pourquoi j’ai ramené ça sur le tapis ». Sans doute parce que la fin approche et qu’il devient difficile de le nier, même pour moi. « Attention, ah, voilà le carrosse ! » Je montre une voiture garée sur le bord du trottoir d’un air triomphant. C’est une belle voiture, et elle me vient de mon père. Elle est plus vieille que moi et il ne sait pas que je l’ai, je ne lui ai pas encore dit. « Faut croire que le coup d’la belle voiture pour impressionner les filles, ça marche toujours ! » C’est la seule chose que je possède, alors je prends le compliment. « Il va encore falloir que tu me portes. J’espère que ton dos n’va pas trop en souffrir ! » Je ris un peu et ouvre la portière passager, la soulevant de son fauteuil pour l’installer sur le siège. « Mon dos va très bien, t’en fais pas pour lui ». Je plie le fauteuil que je range dans le coffre dans lequel, par miracle, il rentre, puis prend place au volant. « Tu préviens pas tes proches que tu es avec un inconnu au cas où ? » je plaisante en démarrant. « Quels proches ? » Ca aussi, je connais. Je fronce le nez mais elle change rapidement de sujet pour m’indiquer la route sur laquelle je m’engage donc. Je sursaute quand elle reprend finalement la parole. « Mes amis ont eu un peu de mal à accepter le handicap. Ils ont eu peur je crois, et j’ai plus tellement de nouvelles. » Je lui jette un rapide coup d’œil un peu attristé, mais ne dis rien. « Du coup l’inconnu en question peut faire à peu près ce qu’il veut, personne ne s’en souciera ! » Je ricane un peu et hausse une épaule. « Je t’avais dit, les inconnus ça a du bon parfois ». Je lui fais un clin d’œil en accélérant un peu la voiture. « Tous les inconnus ne sont pas aussi charmants, ni aussi serviables. Je m’estime plutôt chanceuse pour le coup ! » Je ris un peu et suis la direction qu’elle m’indique jusqu’à arriver à bon port. « C’est bien de le reconnaître ». Je me gare et inspire. « Je crois que Madame est arrivée ». Je descends pour sortir et déplier le fauteuil et contourne la voiture. « Alors, prête pour une dernière escapade dans mes bras ? »

« J’serais folle de te dire non, je suis sûre que pas mal de filles aimeraient être à ma place. » Je me marre un peu, la vérité c’est que pas mal de filles l’ont été jusqu’à présent. Rien de sérieux, jamais, qu’est-ce que j’ai à offrir de toute façon à part une vie instable sans revenus sûrs ? Pas grand-chose. Je la prends dans mes bras pour l’installer sur son fauteuil et attends quelques instants ; c’est elle qui prend la parole. « Je sais qu’ça fait très cliché, très film américain, tout ça mais si tu veux monter boire un verre.. » Je souris un peu et ferme la voiture à clé. « Va pour un verre ». J’acquiesce lentement et me laisse entrainer, la suivant à l’intérieur. Nous entrons donc aussitôt dans l’immeuble et prenons l’ascenseur pour monter. Je ne dis rien, me contentant de jouer les observateurs en jetant des coups d’œil furtifs autour de moi. Quand nous arrivons à l’étage, elle ouvre la porte et j’entre le premier. C’est évidemment bien plus spacieux que chez moi mais en même temps, difficile de faire pire que mon dix mètres carrés sous les combles. « Qu’est-ce que je te sers ? Bière, vodka ? J’dois avoir un peu de whisky aussi. » Je souris et hoche la tête. « Une bière ça ira, merci ». Petit joueur sans doute mais n’oublions pas que ma voiture est garée en bas et que je dois – en toute théorie gentleman – la conduire pour rentrer. Elle prend deux bières qu’elle rapporte avec elle et quitte son fauteuil pour le canapé à grand renfort d’acrobaties. Je ne bouge pas, impressionné par l’adresse et l’agilité, et me contente d’avaler une première et longue gorgée de ma bière. « J’suis contente de t’avoir rencontré. Après notre course de fauteuils à l’hôpital, quand le chirurgien m’a dit.. Qu’ils allaient devoir m’amputer, j’ai cru qu’j’allais mourir. Mais j’pense que le fait d’avoir passé une si bonne après-midi avec toi m’a aidée à tenir. » Je fronce un peu les sourcils, réellement désolé d’entendre ça. « Je suis désolé, pour ce que ça vaut. Mais pas moins fier d’avoir apporté assez de positif dans ta journée pour tenter de compenser un peu ». Je souris et avale une autre gorgée. « [color=#CD5C5CToi et moi on est manifestement pas aidés par la vie, alors si on peut s’apporter un peu de réconfort l’un l’autre c’est déjà ça.[/color] » J’hausse un sourcil un peu surpris et la fixe tandis qu’elle rougit et bafouille pour se rattraper : « ‘fin c’est pas c’que j’voulais dire.. Bon tu m’as comprise quoi ! » C’est mignon, je trouve, et je souris un peu en hochant la tête. « J’ai compris ce que tu voulais dire ». J’avale une nouvelle gorgée pour rattraper mon retard – elle vient de descendre la bouteille vraiment vite – et me retiens d’ajouter quoi que ce soit sur le réconfort, tout ça. Mais elle semble de plus en plus agitée, masse sa jambe qui est visiblement douloureuse. Je fronce les sourcils et manque de l’interroger, mais elle prend les devants. « Désolée, j’suis pas très.. Pas très à l’aise avec les mecs en général. D’habitude si, mais là je crois qu’j’ai perdu le truc. J’veux pas qu’tu crois que j’suis du genre un peu cruche, je sais toujours c’que j’veux et j’suis plutôt franche, c’est juste que.. » J’acquiesce lentement et termine ma bière en ne commentant pas pour la laisser poursuivre, mais elle n’a pas l’intention d’aller au bout de ses explications. « Ok j’pense que j’vais m’arrêter là, la bière avec les calmants ont tendance à me délier un peu trop la langue. » Je baisse les yeux et pose ma bouteille vide sur une table, me levant pour m’installer à côté d’elle. « Tu n’as pas l’air d’une cruche, et tu n’as pas besoin de t’excuser, non plus ». Je glisse ma main sur sa joue, songeur. « Tout va bien ». Je hoche la tête d’un mouvement rapide et lui offre un sourire, retirant ma main. « Donc j’peux.. Espérer que tu me rappelles un de ces quatre ? » Je recule un peu et hausse un sourcil amusé, sceptique. « Hey mais… » Je secoue la tête. « Non ». Je croise les bras, prends un air indigné puis m’explique, histoire de mettre fin au suspens intolérable que je viens d’installer, n’en doutons pas. « C’est toi qui a pris mon numéro, alors si tu veux que je t’appelle un jour, il va falloir que tu prennes les devants ». Je lui assène un clin d’œil et ris un peu, beaucoup plus en sa présence qu’en temps normal, d’ailleurs.

Elle retrouve un sourire qu’elle me semblait avoir perdu, mais après tout, peut être que je fabule. « J’avais oublié ce détail. Mais faut qu’tu saches que j’ai horreur de faire le premier pas. Enfin pas c’est un bien grand mot vu ma situation. » Je ris un peu et roule des yeux. « Si j’le fais un jour, il faut qu’ça en vaille la peine. » J’hausse une épaule et lisse les bords de ma veste comme si j’étais un type important. Je prends un air un peu pompeux pour continuer : « Eh bien écoute, si j’étais toi, je ne me laisserai pas filer en prenant le risque qu’on ne se recroise jamais devant une rampe d’escaliers ». Je m’étire un peu puis ajoute, reprenant une voix normale. « Ça serait dommage » Je la fixe en répondant à son clin d’œil par un clin d’œil tout aussi évocateur que le sien. Elle s’approche un peu, suffisamment pour que son souffle m’arrive au niveau des lèvres. Je ferme les yeux un court instant et les rouvre finalement pour planter mon regard dans le sien. « Ne suis-je pas assez jolie pour que tu mettes ton égo de côté ? » Je ris un peu sans détacher mon regard du sien et acquiesce. « Si, sans doute ». Elle est proche, très proche, trop sans doute pour que ce soit raisonnable. Je pense de toute façon que les choses sont réellement claires sur l’attirance que je lui porte, ce qui me pose plus problème étant mon incapacité totale à avoir une relation plus longue qu’une nuit – ou deux. Aussi étrange que cela puisse paraître, j’apprécie cette fille et le dilemme est donc aussi classique que frustrant. Je me mords la lèvre, hésite franchement, ne sachant trop que faire. Il est facile d’embrasser, voire de coucher avec une fille rencontrée en boite à moitié soule, et de la quitter le lendemain sans scrupule. Mais aucun mode d’emploi ne vous explique comment on gère l’attirance et l’ambiguïté avec quelqu’un qui est, ou pourrait être votre amie. « J’ai très envie de t’embrasser », je murmure tandis que mon sourire s’élargit un peu. « Mais j’ai bien peur de devoir te servir le discours tout préparé du connard fini et handicapé sentimental que je me trouve être avant ». Je croise les bras et recule un peu, en souriant de plus belle. « Tu veux l’entendre ? » « Non. Ce serait utile si j’étais une de ces gamines naïves qui pensent que les hommes sont prêts à tout pour leurs beaux yeux. » J’hausse un sourcil dans un sourire amusé. « Quand bien même tu n’serais pas ce genre de connard, c’est moi qui prendrais la fuite. Quand j’pense à c’qui m’attend, j’me dis qu’j’ai envie d’imposer ça à personne. Même si j’dois admettre que tu m’plais beaucoup, j’ai pas vraiment le temps d’me consacrer à une relation suivie. Y a beaucoup trop de contraintes, et j’préfère me concentrer sur c’qui est important. Mais ça n’devrait pas m’empêcher de m’amuser pour autant. » J’acquiesce et baisse un peu les yeux. Je ne sais pas exactement quelles raisons justifient le fait que je fuis à ce point toute menace de relation sérieuse et suivie, Megan y est sans doute pour beaucoup. Mais ce n’est pas franchement le moment d’analyser la situation. « Bon alors promets-moi que, même si c’est nul, tu utiliseras mon numéro de téléphone pour qu’on planifie au moins une prochaine course ». Je roule des yeux et me tais, laissant le silence s’installer quelques secondes. Je m’approche de nouveau, et glisse ma main sur sa joue, l’approchant de moi doucement. Je n’hésite plus une demie seconde et m’empare plutôt de ses lèvres pour justifier le silence qui règne autour de nous.

Au moins, elle ne me repousse pas, et sa main glisse dans mes cheveux, l’autre sur ma cuisse. Je ne libère pas ses lèvres, l’attirant un peu plus contre moi en plaçant ma main dans son dos. Je la hisse un peu pour l’amener sur mes genoux, évitant les gestes brusques pour qu’elle puisse s’installer correctement sans avoir mal. Ma main dans son dos glisse sous son t-shirt pour toucher sa peau. Elle semble assez à l’aise, très à l’aise même, pas vraiment besoin de me torturer le cerveau pendant tout ce temps. Ses baisers remontent ma gorge jusqu’à mon oreille et je frissonne un peu. « Hé bien monsieur l’inconnu, je vous trouve bien entreprenant.. » Je souris et descends à mon tour mes baisers le long de sa gorge, lentement, tout en laissant ma main grimper dans son dos. « Mademoiselle ne me parait pas en reste non plus ». Elle glisse ses mains sous mon t-shirt à son tour et pousse même le vice jusqu’à le retirer. Je souris un peu devant son air un peu ébahi et me mord la lèvre, remontant moi-même le tissu de son t-shirt tandis que ses mains s’acheminent vers la boucle de ma ceinture. Je l’empêche un instant d’aller plus loin en retirant son t-shirt et hausse un sourcil en souriant, la rapprochant de nouveau de moi pour retourner saisir ses lèvres. Elle se détache finalement, semblant vouloir adopter une toute autre position. « Je sais qu’tu m’as portée toute la soirée mais si j’te demande de m’emmener jusque dans la chambre, tu vas râler ? » Je souris un peu et la soulève déjà pour me lever en la prenant dans mes bras. Je quitte le salon sans trop de difficulté et trouve la chambre avec autant de rapidité. Je l’allonge sur le lit et me place au-dessus avec précaution. « Tu me dis, si je te fais mal ? » Je souris et retourne chercher ses lèvres, m’occupant à mon tour et nettement moins lentement de la boucle de son propre jean. Elle plonge son regard dans le mien sans se formaliser de ma requête et je crois lire une pointe de malice dans ce regard là. « Un peu de brutalité n’a jamais fait de mal à personne.. » Elle mord légèrement mon épaule et sa main descend vers des points nettement plus stratégiques. Je m’arme d’un sourire franc et me laisse faire, remontant mes mains pour aller dégrafer son soutien-gorge, puis caressant son corps doucement pour retourner m’occuper de son jean. « Moi qui suis un si grand romantique… » Je me mords la lèvre, l’humour ne se perd pas, même dans un lit. Je la débarrasse de son jean et embrasse ses lèvres, descendant le long de sa gorge, puis de son corps. Elle s’occupe à son tour de mon jean et je sens mon boxer claquer soudainement. Je fais mine de sursauter et attrape ses mains pour les remonter là où je peux les voir, un sourcil haussé. « Un si grand romantique qui n’attend pas le mariage pour les péchés de chair ? Je suis surprise ! » Je roule des yeux et descend encore un peu plus mes baisers sans lâcher ses mains. « Je fais une exception pour toi, tu es ma première ». Je ris un peu et secoue la tête, lâchant ma prise pour achever de la déshabiller. Elle fait de même et son regard glisse sur moi en éveillant des envies plus concrètes. Ses bras s’enroulent autour de mon cou et je la hisse, marquant une pause pour m’assurer les protections nécessaires. Je souris un peu et l’allonge sur le lit, reprenant possession de ses lèvres en laissant mes mains parcourir son corps. Je mords un peu sa lèvre inférieure et presse un peu plus mon corps contre le sien, en prenant finalement possession dans un ensemble rythmé et assez passionnel. Nos gestes s’enchainent en même temps que nos corps s’emboitent, de plus en plus rapidement, et ses encouragements ne sont pas pour me déplaire. Tout oublier, dans le plaisir de l’échange et du corps d’une femme. Plaisir qui monte d’ailleurs à mesure que mes coups de rein se font plus pressants, plus intense. Je soupire et ferme les yeux en m’accrochant à elle, laissant le plaisir grimper en lâchant prise. Elle murmure mon prénom et je réponds le sien sans m’en rendre compte réellement, perdu dans l’instant, incapable de penser à quoi que ce soit d’autre que ce que nous sommes en train de faire, d’oublier, de créer. Mes soupirs se font insistants puis magnanimes, et dans un dernier cri étouffé mon corps tremble dans le sien et ma respiration se saccade. Je reste quelques instants immobile, embrassant sa gorge, puis me laisse retomber à ses côtés sur le lit en me mordant la lèvre. Elle se blottit contre moi et je souris un peu, glissant mon bras autour de ses épaules et nichant mon nez dans ses cheveux. Je ferme les yeux et inspire, calant ma respiration sur un rythme plus régulier en me laissant emporter dans un moment étonnamment tendre et apaisant. Elle attrape la couverture pour la remonter sur nous et je pousse un soupir d’aise que je ne cherche même pas à retenir. « Tu.. Tu veux passer la nuit ici ? Te sens pas obligé hein, si tu t’en vas maintenant j’t’en voudrais pas non plus. » Je secoue la tête et ris, un peu. « En fait, j’avais honteusement déjà abandonné l’idée de partir ». J’embrasse ses cheveux, un peu amusé. « De toute façon si tu t’en vas maintenant je vais devoir ramper par terre demain matin, mon fauteuil est resté dans le salon. » Je ris un peu et mes yeux se ferment tous seuls. « Je suis même pas en état de ramper jusqu’à la porte moi-même… » je souris un peu, aspiré par les vapeurs de la fatigue. Elle acquiesce et je n’ajoute rien, trop fatigué pour ne serait-ce que réagir, sombrant plutôt dans le sommeil qui m’appelle.
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les roues et les escaliers, une grande histoire d'amour. ☼ lucas
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