I'm just a human failure

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MessageSujet: I'm just a human failure   Dim 16 Déc - 16:41

Dans une autre université, peut-être que la fin des examens semestriels auraient été un signe de détente, de relâchement et de fêtes. Mais à Oxford, université élitiste et emplis d’étudiants accros à la réussite autant que le seraient des toxico à leur dose d’héroïne, il n’y avait aucune période propice à un quelconque relâchement, d’aucune sorte, et quand bien même les vacances avaient lieu le lendemain, et les examens terminés pour tout le monde, et même avec Noël qui approchait à grand pas, les étudiants d’Oxford ne perdaient pas pour autant leurs bonnes habitudes d’élèves modèles. Aussi, la bibliothèque de l’université était-elle encore bien remplis, et ce même à cette heure de l’après-midi, alors que bon nombre auraient dû être en train de préparer leur valise pour retourner dans leur famille. C’est un fait que j’aurais dû remarquer, et qui aurait pu me faire sourire en temps normal, si je n’avais pas été dévastée par une nouvelle que je venais de recevoir. Voir tous mes camarades de promo le nez plongé dans leur manuel de droit, indifférents à l’atmosphère de fête propre à cette période de l’année et plus préoccupés par le prochain semestre que par leurs achats de Noël avait plutôt tendance à m’amuser, parce que je trouvais cela assez ridicule. Ou peut-être était-ce parce que j’abhorrais tout ce qui touchait au droit. J’y consacrais tout mon temps libre, mais c’était plus pour obtenir un geste d’affection et de reconnaissance de la part de mes parents, que par réel intérêt pour cette filière. Cette pensée me fit comme un nouveau coup au cœur, et je me ratatinais encore davantage sur ma chaise. Il y avait fort peu de chance que mes parents soient particulièrement heureux de me revoir. Je devais prendre le train dans quelques jours, et si je n’étais déjà pas particulièrement enthousiaste, à la base, à l’idée de rentrer chez moi, où je devrais me soumettre au jugement de toute ma famille concernant mes résultats scolaires, mes vêtements, mes manières, ma façon de me coiffer, aujourd’hui j’avais encore moins envie de rentrer. Parce que sous mes yeux, s’étalaient un bout de papier recouvert de lettres et de chiffres, et que l’un de ses chiffres provoqueraient un tel mécontentement de la part de mes parents, que seul un grave accident aurait pu leur faire oublier l’affront que je m’apprêtais à leur faire subir. Et encore. Les petites cases où étaient notées les résultats de mes examens étaient toutes similaires, ou presque. Pas une seule note en dessous de 90%, si ce n’est un malheureux 65%, perdu au milieu de l’excellence. Et ce 65% allait causer ma perte.

J’avais encore du mal à y croire. Toutes ces longues journées, à m’abrutir devant des cours que je n’aimais pas étudier, à suivre d’interminables leçons et à travailler des concepts qui ne m’intéressaient pas le moins du monde, pour au final, échouer lamentablement. J’avais beau avoir validé cette matière, ce 65% était la preuve écrasante de ma nullité, et je savais déjà que toute ma famille me le ferait remarquer. Mon échec pour intégrer la LSoA avait beau les avoir ravis vu que cela signifiait que j’allais pouvoir faire mon droit à Oxford, comme ils l’avaient prévu, cela ne les avait pas empêchés de me faire remarquer que je n’étais pas aussi talentueuse que je l’espérais. Alors échouer dans les plans qu’ils avaient pour moi allait provoquer l’effet d’une bombe, et cette année, Noël prendrait la tournure d’un procès dont je serais la cible. Ils avaient eu raison de dire que j’étais dépourvue de talent pour la musique et le chant, et ils auraient bien raison de me traiter d’incapable. J’étais la honte de la famille Brennan, et j’aurais voulu creuser un trou pour pouvoir y disparaitre. Sous mes yeux, j’avais l’impression que cette note dansait, me narguait, éclipsant tous les autres résultats, et je dus faire un effort pour retourner la feuille pour briser cet horrible contact visuel. Je fermais les yeux, la gorge nouée et les épaules basses. Autour de moi, il n’y avait que le bruit des pages qu’on tourne, des livres qu’on remet à leur place et des chaises qu’on fait doucement glisser pour s’asseoir dessus. Je m’étais rendue, comme tous les vendredis après-midi, à la bibliothèque d’Oxford pour mon rendez-vous hebdomadaire avec Andrea, mais j’avais pris le temps d’aller récupérer mes résultats avant. Et depuis, j’avais l’impression que mon monde s’écroulait. Ces longues heures de tutorat avec Andrea avaient portées leur fruit, puisque j’avais eu une excellente note dans les deux matières qu’il me faisait travailler. Mais j’avais l’impression d’avoir perdu mon temps à réviser, à travailler jusqu’à en être épuisée, puisqu’au final, j’avais échoué. Cette note me hantait, me donnait envie de pleurer, de hurler, de me rouler en boule, de m’enfuir en courant, et même de vomir. Je serrais les paupières aussi fort que possible. Ce devait être un mauvais rêve, un très mauvais rêve, comme celui où je revivais mon audition de danse ratée.

Mais la note était toujours là quand je rouvrais les yeux. Le gémissement qui m’échappa m’attira quelques regards désapprobateurs, mais je m’en moquais. Au point où j’en étais, de toutes façons…
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MessageSujet: Re: I'm just a human failure   Mar 18 Déc - 12:47

Examens terminés, réussis bien évidemment, les vacances approchent et ne seront pas du luxe. J'ai hâte, hâte de n'avoir rien d'autre à faire que profiter de Noël même si la perspective m'angoisse un peu. Les deux Noëls que j'ai expérimenté ces dernières années n'ont jamais été un moment très agréable, Calliope ayant honoré la famille de sa présence quand j'essayais de faire le deuil de l'attirance porté à mon cousin, et celui ci m'ayant offert l'intégrale de ses DVD porno. L'année suivante s'annonçait sous de meilleurs auspices mais c'était sans compter l'intervention d'Adrian dans ma vie, qui a fini par foutre mon couple en l'air. Même si la réconciliation n'a pas tardé, le souvenir est durement associé aux périodes de fêtes. Cette année, rien ne semble cependant pouvoir altérer notre amour et la perfection tranquille dans laquelle nous vivons depuis que je suis revenu à Oxford et que je n'ai pas pris le large pour Londres. Trouver à nous troubler relèverait du défi, d'autant que Megan semble pour le moment aller au mieux que possible pour l'instant. Il faut donc que je prenne sur moi pour être serein, le seul soucis se profilant à l'horizon étant, à la rigueur, la problématique du cadeau de Noël que je vais offrir à Tris. Difficile de concurrencer le chien de l'année dernière, tant pour sa valeur que pour l'apport moral et affectif qu'il a constitué. Mais j'ai confiance en mes capacités à trouver le cadeau idéal, il faut juste que je m'y mette. Pour l'heure, je quitte un cours de droit pénal spécial en remballant mon mac que je tiens sous le bras. Je dois rejoindre Margot à la bibliothèque pour un dernier moment de tutorat avant les vacances. J'espère l'avoir aidée, au delà de la catastrophe de la soirée d'Halloween qui a objectivement, pour elle, mal tourné. J'espère toujours que les conséquences de la soirée sont définitivement closes et que la jeune femme ne blâme pas mon mari, ou même moi pour ce qu'il s'est passé. Tristan a traversé une période difficile qu'il a été ardu de gérer mais qui semble plus ou moins derrière nous, bien que la pilule du frère nouvellement découvert ne passe pas. Je ne le soupçonne bien entendu pas d'être à l'origine de toute la débandade qui a fait les gros titres des journaux locaux pendant plusieurs semaines, mais il serait aisé à toute personne ne le connaissant pas plus que ça de le faire.

Je passe par la cafétéria ou j'achète un café qui me sera d'un secours évident. J'ai travaillé tard hier soir, rentrant passé 23 heures chez moi pour me coucher. Le rythme est soutenu mais une fois de plus, Alan m'a donné les vacances de Noël pendant lesquelles je serai à peu près tranquille. J'avale le café en vitesse et file vers la bibliothèque imposante que je fréquente si souvent et dans laquelle, il faut bien l'avouer, j'ai quelques souvenirs impérissables. Je sors mon portable pour en fait part à Tristan, d'ailleurs, et file dans les couloirs pour retrouver la partie "droit" des milliers de documents à notre disposition. Les élèves affluent ici dans un ensemble étonnant, et je suis d’ailleurs un peu surpris d’une telle abondance. Les vacances approchent et certains ici devraient prendre l’air, mais j’oublie souvent que l’excellence n’est pas à la portée de tout le monde. Je reconnais volontiers avoir pas mal de facilités et évidemment, on ne peut pas demander à tout le monde d’être tête de liste – comme on ne peut pas demander à tout le monde d’être modeste non plus. Mais avoir un semestre et passer les années me semble à la portée de tout le monde en échange d’un minimum de travail, de contenance. Or nous sommes tout de même étudiants d’Oxford, fournir un peu de travail devrait être logique et non pas hypothétique. Je soupire et cherche la table de Margot des yeux au milieu de la foule. Je finis par la repérer installée plus loin et m’avance à grands pas, abandonnant mes affaires en face d’elle et lui offre un sourire auquel elle ne semble pas très réceptive. Elle parait même plutôt bouleversée, et je me demande si ses résultats ont quelque chose à voir là dedans. « Bonjour », je lance quand même en m’installant, tirant la chaise pour m’approcher. Je laisse le silence s’étendre quelques secondes et lance, supposant : « Ca n’a pas l’air d’aller ? » Je la laisse me raconter si elle le souhaite, je ne vais pas lui imposer de me raconter ses états d’âme. J’aime beaucoup Margot, et elle me rappelle, par plusieurs points, ma propre personnalité et façon d’être. Mais je ne peux pas prétendre l’aider si elle ne le désire pas, et ce qui me concerne avant toute chose sont les deux matières que je la fais travailler. Je n’ai aucune légitimité à m’insérer dans le reste, sauf si bien entendu elle me fait assez confiance pour se confier et me raconter. J’écarte mon ordinateur et sort des fiches que je lui ai apportées pour les vacances, patientant en l’observant du coin de l’œil, concerné. « Si tu veux on peut décaler la séance, ça ne me pose pas de problème, si ça ne va pas ».
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MessageSujet: Re: I'm just a human failure   Ven 21 Déc - 1:51

Lorsque j’étais au lycée, nous avons pu compter parmi nous une élève étrangère, une française avec un accent qui faisait s’écrouler de rire mes camarades de classe, et qui est restée à Londres pendant quatre mois. C’est en discutant avec elle que j’en ai appris un peu plus sur le système de notation utilisé dans les établissements français. Chez eux, les devoirs sont notés entre zéro et vingt sur vingt. Pas de A+, A-, pas de pourcentages, juste un petit nombre à l’encre rouge. Le regard fixé sur ma feuille de résultats, j’essaie de déterminer quelle serait l’équivalent français de mon 65%. Si la moyenne, soit 50%, vaut un dix sur vingt, un 65% donnerait un petit treize sur vingt. Treize. Je ne manque pas de noter l’ironie d’une telle coïncidence. Ce nombre porte malheur, et j’ai l’impression qu’il est complètement de circonstance. A peine assez pour valider une matière, bien loin d’être suffisant. J’ai beau avoir eu les encouragements de mon professeur, probablement touché par les efforts que j’ai fourni durant le semestre, mes parents me jetteront cette maudite note à la figure comme on jetterait une pierre à quelqu’un qu’on veut chasser. J’ai beau fouiller dans ma mémoire, aucun de mes frères et sœurs n’a jamais rapporté une note aussi mauvaise. Cette pensée m’accable encore davantage, parce que je sais ce que ma famille fait subir à ceux qui leur font honte. Je les ai vus traiter mon frère ainé comme un moins que rien pendant des années, uniquement parce qu’il avait choisi de n’être qu’un chirurgien –ou bien parce que c’était son maximum, mais cela n’avait pas d’importance à mes yeux. J’avais pourtant pu constater comme mes parents se montraient insistants sur le fait qu’il avait moins bien réussis que les autres membres de la famille, et à quel point mes autres frères et sœurs étaient cruels avec eux. Pour avoir moi-même essuyée cette cruauté, je ne pouvais que trembler à l’idée d’y avoir droit durant mon séjour.
Assise sur ma chaise, j’ai l’impression que je ne pourrais pas me relever et quitter cette bibliothèque. Il faudra m’y installer un lit, parce que mon chagrin et ce puissant sentiment de honte et d’effroi qui me noue les entrailles me semble bien trop lourd à porter pour que je puisse à nouveau tenir sur mes deux jambes. L’idée folle de ne plus quitter ces lieux me surprend tellement elle me séduit. J’ai beau ne pas être une grande adepte des bibliothèques, ce me semble être une bien meilleure vie que ce que mes parents me préparent. Mais alors, il ne faudra pas que je m’étonne d’être tout bonnement reniée et déshéritée. En fait, tout ce dont j’ai envie, c’est de m’enfouir au fond de mon lit, et de pleurer jusqu’à ce que je m’endorme. Je suis à deux doigts d’attraper mon téléphone pour dire à Andrea que je ne serais pas présente à notre rendez-vous, lorsqu’il me prend de court en apparaissant tout bonnement devant moi, son délicieux sourire aux lèvres, exquis dans ses manières et sa façon d’être, comme à son habitude. Mon esprit veut le saluer, et mes lèvres s’écartent légèrement, mais aucun son ne les franchit, à part un vague borborygme qui n’a rien d’humain, et je rougis en m’enfonçant un peu plus sur ma chaise.

Andrea, c’est la perfection physique typiquement britannique. Ses cheveux bouclés, ses yeux bleus, son sourire de tombeur et son accent bon chic bon genre, tout en lui inspire le désir et l’hystérie chez les filles –et leurs mères. Mais Andrea, c’est aussi un personnage difficile à vivre. Il s’occupe de moi depuis assez longtemps pour que j’ai pu cerner son caractère et je m’estime chanceuse de compter si ce n’est parmi ses amies, au moins parmi les connaissances qu’il apprécie. Je sais qu’il m’aime bien, et je sais que c’est surtout parce que nous avons la même famille un peu… particulière. Avec lui, je n’ai pas besoin de prétendre que tout va bien chez moi, alors que je hurle intérieurement. Il me comprend, il sait qui je suis. C’est suffisant pour que je me sente en confiance avec lui, et ce même s’il vit une love story avec un homme qui m’a indirectement envoyé à l’hôpital il y a deux mois de cela. Je sais que son fiancé n’y est pour rien, et je n’ai pas l’intention d’aborder le sujet « coma éthylique/lavage d’estomac/séjour à l’hôpital ». Andrea, c’est mon tuteur, c’est mon confident, c’est mon ami. Et j’ai envie de pleurer comme une enfant devant lui. La seule chose qui me retient, c’est que nous sommes dans un lieu public, et que la rumeur que Margot Brennan chiale comme une gamine dans la bibliothèque se répandra comme une trainée de poudre si je me laisse aller. Je déglutis, inspire une grande bouffée d’oxygène et tente de sourire.

« Ça va. »

Genre. D’ordinaire, je l’accueille avec un sourire, et nous passons de longues heures à travailler dans une relative bonne humeur. Je ne berne personne, et je soupire, lasse, fatiguée, et trop déprimée pour jouer la comédie.

« Enfin non, ça ne va pas. J’ai eu mes résultats. » Ma voix se met à trembler et la boule d’angoisse qui m’obstrue la gorge semble sur le point de m’étouffer, littéralement. J’ai beau avaler ma salive, rien n’y change. Alors, pour ne pas m’étrangler en essayant de parler, je contente de retourner ma feuille de résultats, et de la pousser vers Andrea. Il me semble que ce 65% se voit comme une ampoule clignotante au milieu de ces jolis 90%. C’est laid, c’est horrible, c’est une infamie, et je ne suis qu’une minable. Je pose mes coudes sur la table, et j'enfouis mon visage dans mes mains.
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MessageSujet: Re: I'm just a human failure   Ven 4 Jan - 17:14

Elle commence par me dire que ça va, mais se ravise. Je suis parcouru d'une sensation étrange en la regardant faire, en la voyant parler, expliquer, puis me tendre sa feuille. Cette fille me rappelle des souvenirs de moi assez vivifiants. Je n'ai jamais échoué au niveau scolaire, et je n'ai jamais envisagé de m'orienter vers la musique avant cette année, mais j'ai longtemps ignoré ma position personnelle eu égard à celle de ma famille. Est-ce que je voulais juste satisfaire mon père ou bien est-ce que j'ai choisi mes études parce qu'elles représentaient tout ce que j'ai toujours voulu faire ? J'ai mis du temps à le savoir, et finalement, je crois que le hasard a fait que ce que je faisais pour satisfaire l'ivresse paternelle s'est avéré être l'exacte réplique de ce qu'il me convenait de faire. L'idée a mis du temps à germer, je le sais maintenant, tout comme j'ai accepté le fait que je ressemble sans doute bien plus à Henri Leroy-Duchesne que j'ai toujours bien voulu le croire. C'est inexplicablement étrange, presque oppressant, cette impression d'avoir découvert mon père à travers toutes les horreurs que nous nous sommes faites. Pourquoi a-t-il changé, comment s'entend-il avec ma mère aujourd'hui, toutes ces questions qui restent des incompréhensions sur lesquelles je ne lèverai jamais le doute, sauf peut être à imaginer que sa famille faisant partie intégrante de sa réussite personnelle lui manquait trop pour qu'il ne songe à y renoncer. Quand j'étais plus jeune, pendant une longue période de ma vie, exceller sans être régulièrement félicité, ou reconnu, a été difficile. Pendant longtemps, j'ai difficilement supporté l'idée que je ne parviendrais sans doute jamais à contenter suffisamment mon père pour qu'il me dise un jour qu'il était fier. Je n'ai jamais été la paria de la famille, au contraire, mais la perversité de la reconnaissance que je réclamais était sans doute pire qu'une telle place. Après je m'y suis fait, et quand l'excellence est devenue absolue et s'est étalée sur le long terme, mon père m'a plus ou moins laissé tranquille. Ce n'est pas qu'il ne me mettait plus la pression, c'est plutôt que je ne lui laissais plus l'occasion de m'en mettre. Les années collège/lycée, et les premières années de fac, ont été réellement harassantes parce qu'il était totalement inconcevable que mes notes chutent. Il fallait gérer toutes les activités extrascolaires, le chant, le piano, l'équitation, les dimanches familiaux, de messe, de golf, et toutes ces choses qui se sont toujours enchaînées en me laissant finalement peu de temps pour penser. Si aujourd'hui je n'échoue pas alors que la pression parentale ne m'importe plus et que j'en suis affranchi, c'est parce que mon père a fait de moi un homme qui veut gagner et briller, et non pas se faire discret.

Je crois que j'aurais pu prendre la pression de mon père de travers moi aussi, et me laisser avaler si je n'avais pas eu les nerfs solides et la volonté de me débrouiller très tôt. Je jette un oeil aux résultats qui sont excellents à l'exception d'une matière et inspire. Je m'imagine mal lui tenir le rôle du type qui se serait volontiers contenté d'un 65% et qui serait passé à autre chose en prenant ce qu'il avait déjà parce que ce serait hypocrite de ma part. Je repose la feuille et la fait glisser jusqu'à elle en souriant légèrement, pas pour me moquer ou pour paraître dédaigneux, parce que je sais dans quel état de détresse elle doit se trouver en ce moment. « C'est une matière du 2nd semestre, aussi. On l'ajoutera à la liste de celles que l'on doit travailler ensemble. » J'acquiesce lentement et me mords un peu la lèvre. « Je sais que c'est dur... Je sais aussi que rien de ce que je pourrais te dire ne te changera les idées, parce que je ne suis pas un membre de ta famille, et que finalement, c'est ce qui compte, pas vrai ? » J'inspire de nouveau, un peu en colère finalement. Margot est une jeune femme géniale de ce que j'ai vu d'elle, et je ne comprends pas qu'elle puisse étouffer à ce point alors qu'elle se donne tant de mal. « Un jour, je ne sais pas exactement quand, tu rentreras chez toi et leur avis, leurs remarques, tout ça ne comptera plus, parce que tu commenceras à vivre pour toi, ce qui t'anime et te fais plaisir. Ce jour là sera libérateur, mais en attendant malheureusement, tu es condamnée à ces ressentis qui t'empêchent d'avancer ». Je me redresse un peu et hausse une épaule. « Viens avec moi ? » Je lui tends ma main en me levant de ma chaise, de toute façon c'est les vacances ce soir, alors on peut bien s'offrir deux heures de repos.
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MessageSujet: Re: I'm just a human failure   Sam 2 Fév - 0:38

En y réfléchissant, et pour être tout à fait honnête, je sais qu'il n'y a rien de honteux à avoir obtenu un 65 % à un examen de fin de semestre. Je sais que beaucoup s'estimeraient heureux d'avoir eu une telle note, ravis de pouvoir poursuivre encore quelques mois dans cette prestigieuse université qu'est Oxford, se promettant vaguement de mieux faire aux prochains examens. Ou bien ils s'en contenteraient et ne s'inquiéteraient pas outre mesure. 65 %, ce n'est pas si mal, si on y regarde bien. C'est au dessus de la moyenne, cela me permet de continuer mon année sans aller aux rattrapages et c'est tout ce qui compte, au final. Je ne suis qu'en première année, après tout, j'ai encore trois ans et demi pour mieux faire, m'améliorer et atteindre l'excellence -ou du moins, essayer. Ce 65 %, perdu au milieu des 90 % que j'ai obtenu dans toutes les autres matières, n'a, objectivement, aucune raison de me faire rougir de honte. Et pourtant.
J'ai beau avoir conscience de tout cela, et également être consciente que je me fais du mal sans raison, une autre partie de moi, malheureusement la plus forte, me hurle que je ne suis qu'une bonne à rien. Cette part de moi me répète que mes parents vont être mortifiés devant un tel bulletin, que les 90 % qui s'alignent deviendront invisibles et que seul ce 65 % se verra. Mes frères et sœurs ne se priveront pas pour se moquer, et il me faudra bien plus qu'un bulletin de second semestre excellent pour effacer une telle infamie. Si ma raison me pousse à penser que ce n'est pas une note si horrible que ça, mon corps tout entier se crispe, comme en prévision d'un coup. Ce coup, ma famille ne manquera pas de me le porter. Mes parents resteront silencieux, l'air profondément déçus, et puis ils m'accableront de reproches, avant de m'étourdir de conseils et de recommandations, persuadés de mieux savoir ce qui est mieux pour moi. Et puis ils se plaindront autour d'eux que leur fille n'arrive pas à la cheville de ses aînés, qu'elle n'ira pas aussi loin, qu'elle n'a pas d'avenir. Je le sais, je les ai vus faire. A l'instant où je leur montrerais mon bulletin, le cauchemar commencera.

C'est à peine si j'ose lever la tête, le visage enfoui dans mes mains. Andrea ne me jugera pas, il ne me critiquera pas et ne se moquera pas. Il m'a aidé pendant de longs mois, avec une patience infinie et une écoute que je n'aurais jamais osé espérer de la part d'un élève aussi brillant et inaccessible. Et il m'a offert son amitié, chose dont peu de personnes peuvent se vanter. Je sais qu'il comprendra le désarroi dans lequel je me trouve. Andrea me comprend mieux que personne, à part peut-être Riley. J'ai de la chance de l'avoir avec moi, aussi lorsqu'il se décide à réagir, sa voix douce et chargée de compréhension me fait baisser les mains qui dissimulaient mon visage. Je me rends compte que ma vue est légèrement troublée, probablement par des larmes que je ne parviens plus à retenir, mais qui fort heureusement sont encore retenues par mes cils. Tendue et déprimée à la fois, je serre les mains sur mes genoux, la tête rentrée dans les épaules et le dos rond. C'est une bien piètre image de moi-même que je dois renvoyer, mais je n'ai pas la force de me redresser. J'ai bien trop honte, j'ai bien trop peur, j'ai bien trop mal. L'angoisse de devoir annoncer cette fichue note me donne l'impression de porter un énorme poids sur les épaules. C'est épuisant. Je me sens épuisée.
Une nouvelle fois, Andrea me prouve qu'il me connaît, et me comprend. Il met très vite le doigt sur la clé du problème, la véritable source de mes angoisses et de mon état permanent de stress. Je n'ai pas peur de bêtement échouer à mes examens, je n'ai pas peur de devoir redoubler. J'ai peur de ce que mes parents penseront, de ce que ma famille dira. Leur opinion est devenue si importante à mes yeux, qu'elle me dévore littéralement pour aspirer toute la vie en moi, et ne laisser que des os. Une coquille vide. C'est effrayant. Et pathétique. C'est le mot que j'ai en tête quand je ferme les yeux pour acquiescer. De toutes façons, il n'y a pas grand chose à dire. A cet instant, je suis juste pitoyable.
Andrea s'évertue à me remonter le moral, ou plutôt, il semble me promettre qu'un jour, les choses changeront. La pensée que ce jour-là, je ne serais plus écrasée par ma famille et ce qu'ils pensent de moi est assez plaisante. Quel effet cela doit faire, d'être libre de choisir son avenir, d'être libre, simplement, de ne pas être parfait. D'avoir une mauvaise note, et de simplement se faire réconforter par ses parents, et non pas rabrouer et humilier ? Je n'arrive même pas à espérer connaître cela un jour, mais l'idée que je puisse être assez forte pour ne plus me soucier de ce que ma famille pense me donnerait presque des frissons. En attendant, comme le fait si justement remarqué Andrea, je suis coincée. Je ne suis pas assez forte.

La main d'Andrea apparaît sous mon nez, et je lève les yeux. Son sourire en ferait craquer plus d'une, c'est sûr, et quand je plonge mon regard dans le sien, force est de constater que cela ne me laisse pas indifférente. Mais je sais que ce n'est qu'une réaction normale face à la beauté physique d'un être presque parfait en apparence. Mon corps réagit comme le ferait celui de n'importe quelle femme, et le battement de mon cœur qui s'accélère comme le ferait celui d'une collégienne devant son amoureux me fait du bien, curieusement. Je trouve Andrea mignon, et c'est tout, mais c'est agréable, et distrayant. Devant ce sourire qui m'est adressé, je rougis, et laisse échapper un faible sourire, assez tremblotant.
« Où m’emmènes-tu ? » Je prends sa main et me relève. Si je regardais autour de moi, je ne pourrais que constater que certains yeux se sont posés sur nous, et plus précisément, sur le sourire qu'Andrea me renvoie, et sur sa main qui tient la mienne. Et si un regard de filles jalouses pouvait tuer... « Loin d'ici ? Loin des examens, des révisions, des notes et des parents? » Cela me fait sourire davantage. Si seulement.
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MessageSujet: Re: I'm just a human failure   Mer 13 Fév - 13:37

Elle semble se perdre un instant dans ses pensées dans lesquelles je ne m’immisce pas. J’ai beau connaître par cœur je crois la situation dans laquelle elle se trouve, je ne parviens pas à trouver les mots justes. Parce que sans doute, il n’y en a pas. A part lui promettre de lui faire travailler la matière à problème au prochain semestre pour tenter de palier la mauvaise surprise des notes ratées, il n’existe aucun remède à la pression familiale, si ce n’est l’insolence dont elle a déjà tenté de faire preuve en auditionnant pour la London School of Arts. Seulement voilà, le destin y met parfois de la mauvaise volonté, et si elle n’a pas réussi l’accès à l’école de ses rêves, les conséquences ont-elles été plus nombreuses et plus graves. La perte de confiance, de foi en l’avenir, la peur de décevoir maintenant que les lignes ont été vainement franchies, l’impression de devoir rendre encore plus de comptes qu’avant, et le besoin d’excuser un comportement qu’on sait pourtant naturel. Autant de poisons qui peuvent l’envoyer très profond dans les âcres de la torture psychologique, de ce que j’en ai, en tout cas. Je n’ai jamais vraiment échoué au niveau scolaire, même si mon père se contentait difficilement d’un 17 à l’époque. C’est d’autres domaines de ma vie qui ont péché, et à une époque, aussi, le sacrifice de la normalité que j’ai voulu faire pour gagner de la sincérité et l’amour et l’estime de mon cousin se sont retournés contre moi. Bien évidemment les deux mondes semblent peu comparables, pourtant ils ont tout à voir. Je reconnais dans cette volonté acharnée d’échappatoire ma propre volonté d’avoir mon cousin quand il était réticent encore. J’avais abandonné moi aussi, me résignant à faire pâle figure. Et puis un jour je suis retombé sur sa route et finalement, je l’ai épousé. Les rêves décalent parfois leur date d’irruption dans votre vie, la patience est sans doute la seule chose qu’il reste à maitriser pour passer le cap des années difficiles.


Quand elle revient à la conversation, elle semble cependant encore plus bouleversée qu’elle ne l’était avant. Je grimace un peu et lui offre un sourire de réconfort à défaut de trouver quoi que ce soit d’autre à lui offrir pour l’instant. Mon amitié et mon soutien sont les choses les plus évidentes. Même si je me retrouvais moi-même confronté à sa propre famille, je ne suis pas sûr que je saurais les raisonner en leur mettant sous le nez à quel point leur fille est merveilleuse et douée, parce que j’ai trop été habitué moi-même à exiger le meilleur de moi pour ne pas passer à côté de l’excellence. Je soupire un peu et me mords la lèvre, perturbé par cet entretien finalement, puis décide de prendre les choses en mains en lui tendant la mienne, justement. Elle me demande où je compte l’emmener et je souris, puis ris de la voir reprendre un peu contenance. Elle prend ma main et se lève, et je suis bien trop absorbé pour remarquer les regards sceptiques que cela entraine. Rares sont les étudiants qui ne savent pas que j’ai épousé Tristan Faure, le Tristan Faure d’Oxford, mon cousin, parce que les gens adorent discuter de ce genre de chose. J’ai sans doute gagné une bonne dose de popularité rien qu’en mentionnant qu’une partie de ma famille s’appelait Faure, alors quand en plus on s’est mariés dans le luxueux hôtel de son père… Les gens jasent de toute façon mais je m’en fiche pas mal. Il est établi depuis un moment que les femmes ne m’intéressent pas, et je me figure Margot plus comme une petite sœur que comme quoi que ce soit qui devrait amener les gens à discuter. Elle rougit un peu et je souris, amusé ou attendri, peut-être, l’entrainant avec moi pour quitter les murs silencieux de la bibliothèque, croulant sous la foule de questions qu’elle me pose sans s’arrêter. Je ris moins discrètement quand nous sommes enfin sortis des bâtiments et m’insère dans les jardins que je traverse avec empressement, sans lâcher sa main. « Je crois oui, que pendant les quelques minutes qui vont suivre, tu seras loin de tout ». Je souris et entre bien rapidement dans le bâtiment réservé aux arts divers. C’est là que je pratique le théâtre, avec Morgana, Rose et les autres, c’est là que se trouvent tous les instruments de musique et salles de réception pour les manifestations culturelles de l’université. Il est possible de venir ici à rythme régulier, ce que je ne fais pas en raison du magnifique piano que m’a offert Tristan pour Noël et qui supplante de loin tous les autres pianos potentiellement à ma disposition ici, et ce malgré l’excellente qualité que propose évidemment Oxford. Je l’entraine dans la salle de musique, à l’acoustique fantastique pour le coup, et m’installe sur le siège du piano, l’invitant à me suivre jusque-là. « Tu veux chanter ? Donne moi le titre d'une chanson. » Je n’ai pas encore entendu Margot à l’œuvre et il me tarde d’en avoir l’occasion, en réalité.
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MessageSujet: Re: I'm just a human failure   Ven 1 Mar - 21:02

Andrea m’entraîne derrière lui, ne lâchant pas ma main, comme s'il craignait que je ne le suive pas ou que je m'enfuie, voir que je m'envole au moindre coup de vent. Je serre sa main entre mes doigts, savourant ce contact léger et chaleureux, et je souris. Andrea, lui, rit, peut-être parce que mon envie d'échapper à ce monde trop dur pour moi le fait rire, peut-être parce que ma timidité naturelle et le rouge qui me chauffe les joues l'amuse, peut-être parce qu'il est heureux, simplement. Je prends quelques secondes pour me pencher sur ce que je sais sur lui. Il a bravé tous les interdits pour être avec celui qu'il aimait, et qui en plus d'être un homme, s'avère être son propre cousin. Il est parvenu à échapper à la pression imposée par sa famille. Pas étonnant qu'il ait envie de rire, il doit se sentir si libre. Peut-être que si je n'avais pas cette sensation de poids sur les épaules, je me sentirais aussi légère que lui, et je pourrais rire aux éclats aussi facilement. Je l'envierais presque. Mais au lieu de m’appesantir sur des pensées qui, je le sais, ne feront que m'enfoncer un peu plus dans ma dépression, j'inspire profondément. L'air est glacé mais heureusement, nous nous retrouvons bien vite dans le bâtiment des Arts, et c'est uniquement le mouvement d'Andrea qui m'y fait entrer. Depuis la rentrée, j'évite soigneusement cet imposant bâtiment, qui regroupe tout ce qui est musical et arts visuels, et qui n'est pas sans me rappeler mon échec récent, même si parfois, cela me fait faire un détour pour ne pas avoir à me replonger dans cet affreux souvenir. C'est donc la première fois que je passe cette porte. Andrea connaît les lieux comme sa poche, cela crève les yeux, et sans hésiter il m’entraîne dans une grande pièce où trône fièrement un piano, qui semble neuf tant il renvoie la lumière, et alors que mes pas résonne doucement, je comprends soudainement où nous nous trouvons : dans une salle de musique, probablement celle où la chorale d'Oxford répète. Je déglutis avec difficulté mais suit Andrea, qui s'installe au piano, mais mes yeux ne peuvent se détacher des murs, du plafond, du sol, des sièges. C'est une salle de musique, et une certaine nostalgie s'empare de moi. J'ai beau être malheureuse à l'idée d'avoir échouée à l'examen d'entrée de la LSoA, j'ai l'impression d'être ici... chez moi. La chanson a toujours été, pour moi, un refuge, un abri, une maison, plus que ne l'était celle où j'ai grandie. Un instant, la tête me tourne, je suis toute étourdie par mon chagrin, mais très vite, un sentiment d'appartenance m'apaise. J'ai ma place, ici, dans cette pièce faite pour chanter.

« Tu veux que je chante? » Ma voix pourtant faible sonne clairement, et soudainement, je meurs d'envie de chanter. Je veux pouvoir faire courir ma voix partout entre les quatre murs de cette pièce, je veux me détendre et faire ce que j'aime. Je veux chanter. Les joues rouges et les yeux brillants, je regarde Andrea, à présent presque impatiente. « Chasing Pavements. » Je baisse la tête, un peu gênée, et me sens obligée de me justifier. « J'aime bien les paroles. » Je prends place près d'Andrea, et regarde ses doigts posés sur les touches blanches et noires du piano. Je prends conscience que, bien qu'il soit au courant de mon échec, et donc de mes envies de chanson et de musique, jamais il ne m'a entendu chanter. Mais curieusement, je n'ai pas peur qu'il me trouve mauvaise, où qu'il me juge. C'est bien la première fois depuis les épreuves d'entrée à la LSoA que je ne craint pas de chanter devant quelqu'un, ni même de chanter tout court, ce dont j'ai été bien incapable ces derniers mois. Ce n'est pas la présence d'Andrea qui me rassure, du moins pas uniquement. C'est cette pièce, cette atmosphère. Les premières notes résonnent d'une façon qui me semble délicieuse, et je ne cherche même pas à réprimer un frisson de plaisir. L’acoustique de cette pièce est exceptionnelle. Je ferme les yeux et entonne les premières paroles.

« I've made up my mind
don't need to think it over
if I'm wrong I am right
don't need to look no further
this ain't lust I know this is love

but if I tell the world
I'll never say enough
cos it was not said to you
and that's exactly what I need to do
if I end up with you. 
»

A mesure que je chante, j'ouvre les yeux, et je glisse un coup d’œil à Andrea. Va-t-il m'accompagner au chant ?
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MessageSujet: Re: I'm just a human failure   Ven 12 Avr - 0:07

Je suis ravi qu'elle se laisse entraîner et elle ne semble pas trop intimidée, malgré ce que j'aurais pu penser. Plutôt que de m'opposer un refus catégorique, de partir en courant ou de me dire au nez, elle me demande confirmation de mes intentions et j'acquiesce lentement, lui laissant le temps de réfléchir. Elle le prend à peine avant de me lancer le nom d'une chanson. Chasing Pavements. Je connais cette chanson pour avoir travaillé un certain nombre d'heures sur le répertoire d'Adèle. Non pas que ses chansons soient particulièrement dans mon registre, mais il faut lui reconnaître un talent certain et à l'époque où j'avais l'habitude de chanter parfois avec Jane, elle faisait partie de nos références. Ce temps me manque, un peu, et je me demande parfois ce qu'aurait été ma vie si j'avais rejoint la LSOA avec eux plutôt que de faire le choix de rester à Oxford. J'aurai réussi, sans aucun doute, peut être mieux que mes meilleurs amis. Je n'ai jamais douté de moi, ni de mes capacités à exceller. Mais la vie d'artiste n'est pas faite pour moi, ni pour le style de vie que j'ai choisi de mener. Épouser mon cousin, adopter une petite fille, toutes ces choses font que je dois privilégier ma famille avant ma carrière, ce qui aurait été compromis par une carrière de chanteur ou d'acteur, ou n'importe quel autre domaine artistique à ma disposition. Cela dit, me prédestiner au métier d'avocat ne fait pas de moi un homme moins talentueux avec un piano et sa voix et il est hors de question que je ne continue pas à en profiter. Le Carling, l'université, je chante volontiers quand j'en ai l'occasion. Aujourd'hui est une occasion, et je ne vais pas la râter. Je note intérieurement de raconter ça à Jane, et de lui proposer de la voir un de ces jours, et me reconcentre presque immédiatement sur la chanson qu'elle a demandée. J'inspire et la rassure sur son choix en hochant la tête doucement. « Moi aussi, j'aime bien les paroles » Je m'installe au piano et la laisse prendre place à côté de moi, déposant mes doigts sur les touches d'ivoire, en proie à l'éternelle identique émotion qui m'habite quand je m'installe pour jouer. C'est un moment particulier pour moi aussi, pas de frime, ou de démonstration publique. Juste elle et moi, ailleurs que l'endroit où nous devrions logiquement nous trouver, dans un autre monde pour quelques instants. J'amorce les premières notes et la laisse démarrer quand bon lui semble, fermant les yeux quelques instants pour adapter mon rythme et mes nuances à ce qu'elle veut faire de la chanson. J'ai appris beaucoup de nombreuses années de pratiques intensives et je dois au moins reconnaître ça à la pression paternelle et familiale.

Elle commence à chanter, et je tourne la tête vers elle pour mieux distinguer sa voix, qui prend de la force au fur et à mesure que les paroles défilent. Je continue à jouer, l'écoutant chanter le premier refrain, impressionné. Comment a-t-elle pu rater les auditions de la London School ? Le chant, au moins, aurait dû rattraper même la plus grande carence en danse. Je connais la réputation de Logan & Landsbury, et je leur porte un respect sans faille, mais cette voix mérite sa place dans l'école londonienne, quoi qu'on en dise. Elle est parmi les plus belles que j'ai jamais entendu, et j'ai eu l'habitude pourtant de côtoyer de très bons chanteurs. Je n'en ai jamais réellement parlé avec elle, ne poussant pas l'analyse pour ne pas me montrer trop intrusif dans sa vie. Mais le chant me semble suffisamment inné chez elle pour qu'on lui reconnaisse le droit de sacrifier le droit pour en faire sa vie. Je garde tous mes commentaires, la laisse poursuivre jusqu'à la fin du second complet, décidant de me joindre à elle quand elle termine.


«Should I give up or should I just keep chasing pavements
Even if it leads nowhere?
Or would it be a waste even if I knew my place
Should I leave it there?
Should I give up or should I just keep chasing pavements
Even if it leads nowhere?
 »

Je la laisse reprendre seule la suite de la chanson, ne l'accompagnant que sur les refrains, tandis qu'elle semble de plus en plus à l'aise, ce qui n'est pas sans me faire plaisir.


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MessageSujet: Re: I'm just a human failure   Sam 27 Avr - 15:05

Andrea ne m'avait peut-être jamais entendue chanter, mais je me rends vaguement compte que je ne l'avais jamais entendu moi non plus. Et quand sa voix se mêle à la mienne, je ressens un intense plaisir. Il a une voix... divine. Et qui se lie parfaitement à la mienne. J'ignore si c'est parce qu'il a une excellente oreille musicale, ou si c'est notre amitié qui aide, mais nous parvenons à nous calquer sur le rythme de l'autre sans difficultés, et le résultat me semble parfait. J'échange un sourire ravi avec Andrea, savourant cette délicieuse sensation de liberté et de paix. J'oublie tout. Mes parents, la pression, les études, mon échec. Il n'y a que le piano, Andrea, et moi. J'ai l'impression de flotter, tout me semble plus beau. Je n'avais pas chanté depuis... depuis mon audition. Je me suis refusée ce plaisir parce que je ne me sentais pas digne de cela. Si j'ai échoué à l'audition pour intégrer la London School of Arts, c'est certainement que, comme me l'a fait remarquer Daniel Logan, je ne suis pas faite pour cela. Et si ce n'est pas mon destin, pourquoi continuer à chanter ? Cela me semblait presque hérétique, mais en fin de compte, je me suis lourdement trompé. Ou bien est-ce seulement un plaisir passager, peut-être qu'une fois la chanson terminée, je retomberais dans mon marasme habituel, persuadée que je ne suis pas faite pour la chanson. Pourtant, j'ai le cœur léger, et envie de chanter... je rirais presque au moment où cette pensée m'effleure, et me contente de me traiter d'idiote. Je suis déjà en train de chanter.
Et c'est merveilleux.

« I build myself up
And fly around in circles
Waitin' as my heart drops
And my back begins to tingle
Finally, could this be it
 »

Je ferme les yeux, et j'ai l'impression que je ne pourrais plus jamais m'arrêter de chanter ou de sourire. Andrea reprend le refrain avec moi. Je n'ai pas l'impression d'être avec mon tuteur à cet instant, mais uniquement avec un ami, un ami proche. Un confident. C'est comme si en s'enfermant dans cette pièce et en s'installant au piano pour chanter, nous avions tiré un trait sur tout le reste.
J'aime cette petite bulle qui nous entoure, j'aimerais que cela dure éternellement. Mais déjà, j'entame les derniers paroles de la chanson. Je décide de montrer à Andrea tout ce dont je suis capable, et le dos bien droit, je pousse ma voix, savourant les vibrations dans ma poitrine et la sonorité que me renvoient les murs de cette pièce conçue spécialement pour la chanson. Cela faisait si longtemps !

« Should I give up
Or should I just keep chasin' pavements
Even if it leads nowhere
Or would it be a waste
Even if I knew my place should I leave it there
Should I give up
Or should I just keep on chasin' pavements
Should I just keep on chasin' pavements
Ohh oh
 »

Et le piano finit par s'arrêter. C'est presque dommage, et bien que je meurs d'envie de recommencer, la réalité me rattrape doucement. Mais avant de retrouver mon monde, et tout ce que cela implique, je profite autant que possible de ces moments de bonheur. Je me sens si légère que je pourrais presque m'envoler. Ce rappel n'a pas été aussi douloureux que je le pensais, mais je me refuse encore à penser à ce qui se passera après. Quand je retournerais à mes révisions, à mes leçons de droit, et à mes angoisses. Pour l'instant, je me sens bien.

« J'avais oublié... » Je murmure doucement, le regard baissé et un faible sourire aux lèvres. « ...à quel point j'aimais ça. »
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MessageSujet: Re: I'm just a human failure   Mer 8 Mai - 12:26

La chanson se poursuit dans un rythme naturel, et je suis impressionné par la perfection qui accompagne l'emmêlement de nos deux voix. J'ai déjà chanté avec des partenaires dont la voix était merveilleuse, j'ai déjà fait des duos époustouflants, avec January par exemple. Mais jamais comme ça, sans la moindre répétition, sans le moindre travail. Avec Jane, cela s'explique sans doute par le niveau d'exigence qui nous anime tous les deux, mais quand même. Cette représentation là, qui n'a lieu que pour nous deux, dégage des choses non négligeables que j'aimerai retrouver. Tandis que mes doigts filent sur le clavier, je l'écoute enchainer les couplets, ne la rejoignant que sur le refrain pour la laisser chanter librement. Il me semble qu'elle en a besoin, en franchement pas qu'un peu. Malgré le sens de la perfection qui m'anime, j'ai ceci de différent avec mon père que je ne considère pas qu'un métier artistique puisse constituer un raté quelconque dans la vie professionnelle, à condition d'être travailleur et talentueux. Et à voir le dévouement de Margot pour le droit que, j'ai bien compris, elle déteste, je ne doute pas une seconde qu'elle pourrait être mille fois plus travailleuse encore dans un domaine qui l'animerait.

« Should I give up
Or should I just keep chasin' pavements
Even if it leads nowhere
Or would it be a waste
Even if I knew my place should I leave it there
Should I give up
Or should I just keep on chasin' pavements
Should I just keep on chasin' pavements
Ohh oh
»


Ma voix se mêle une dernière fois à la sienne et je la laisse terminer, frappant moi même les dernières notes de la chanson. Je garde le silence et ferme quelques instants les yeux, attendant qu'elle revienne à la réalité et qu'elle parle elle même, peu désireux de troubler l'instant donc elle semble avoir profité au moins autant que moi. Je pose mes mains sur mes jambes et l'observe en souriant, ému un peu je crois de l'instant qu'elle vient de me permettre de partager avec elle. Elle me dit qu'elle avait oublié, et j'acquiesce lentement. « Tu es très douée », je souligne en hochant la tête. J'appuie sur le bouton "lecture" du lecteur CD posé à côté du piano et attrape sa main pour la forcer à se lever. « Tu ne devrais pas abandonner tout ça sous prétexte que tu as raté une fois ». Je la force à tourner sur elle même au rythme de la musique qui résonne désormais dans la petite salle de musique et la ramène à moi en souriant. « L'acharnement dont tu fais preuve chaque jour pour décrocher ces notes vides de sens dans les matières de droit, il ferait de toi une danseuse bien meilleure que la plupart des candidats à la London School of Arts si tu apprenais à t'en servir à ta faveur ». De nouveau, je la fais tourner pour qu'elle fasse face à la glace qui mure la salle. « Je ne suis pas aussi bon que Daniel Logan, mais j'ai passé l'épreuve de danse, je pense que je pourrais t'aider ».

Je m'emballe, sans doute, mais j'ai tellement envie de l'aider et il me semble que c'est la seule façon de le faire vraiment - et non pas en révisant des heures durant les cours de droit anglais sur lesquels nous avons pris l'habitude de plancher. « Je continuerai à t'aider en droit, pour que tu décroches d'excellentes notes, et on viendra répéter ici aussi. A la fin de l'année, tu pourras repasser l'audition, et tu seras prise ». J'acquiesce, sûr de moi, mais je sais que je suis un homme de confiance et qu'elle peut me croire, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que ça arrive. « Et alors tu pourras faire ton choix en toute connaissance de cause : la London School ou le droit ». Je souris et la libère finalement, un peu trop pressant sans doute, reculant de quelques pas en croisant les bras. Voilà bien longtemps que je ne me suis pas senti aussi habité, exclusion faite de mon histoire d'amour.
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MessageSujet: Re: I'm just a human failure   Dim 9 Juin - 23:50

J'ai presque peur de faire face au moment où je me retrouverais devant mes livres de droit, à m'enfoncer dans le crâne des textes de lois jusqu'à les connaître par cœur pour pouvoir les ressortir sur mes copies, parce que cela voudra dire retomber dans le marasme qui m'habite depuis des mois, depuis que j'ai raté l'examen d'entrée à la School of Arts, depuis que j'ai intégré Oxford. Ce bref instant de légèreté musicale finira par s'effacer, et j'en serais d'autant plus triste que je suis persuadée que mon avenir se résumera à étudier des matières que je ne supporte pas, puis à décrocher un diplôme dont je me moque éperdument pour ensuite faire un métier que je détesterais. Je n'ai rien contre la profession d'avocat, au contraire, et si je n'avais pas été passionnée par le chant et la musique, qui sait, j'aurais peut-être pu trouver mon bonheur dans cette voie. Je pense que j'aurais certainement choisi de défendre les plus démunis, les victimes. Je n'aurais pas forcément voulu gagner le plus d'argent dans des affaires médiatiques, mais bien venir en aide à ceux qui ont besoin d'être défendus. Seulement voilà, le droit, ce n'est pas du tout mon truc. Et de penser que quand je sortirais de cette salle, ce sera pour m'y plonger à nouveau, j'en vomirais presque sur le piano. Alors je m'efforce de ne pas y penser. Je savoure ce très court moment de quiétude, ainsi que ce partage avec Andrea. Je me suis sentie proche de lui assez rapidement, non pas comme je l'aurais été avec un simple tuteur, mais plutôt comme on peut l'être avec un ami. Et ce que nous venons de partager, au delà d'une simple chanson, semble avoir touché Andrea autant que cela m'a touchée. Il me lance un sourire, apparemment heureux et il me semble assez satisfait par ce moment plus ou moins intime, du moins à mon sens. Je ne chante pas avec le premier venu.
Il me force à me lever pour m’entraîner dans quelques pas de danse, et pour retarder le moment où je devrais retourner à mes révisions et à mes angoisses, je me laisse faire. C'est plus facile pour moi de chanter, que de danser, parce que quand j'ai voulu entrer dans la School of Arts, j'ai réussi l'épreuve de chant, et échoué à celle de danse. Un psychiatre dirait que je fais un blocage, et c'est vrai. Mais Andrea a des gestes à la fois fermes et tendres, et je tourne doucement sur moi-même. Je refuse de penser à l'épreuve de danse. C'est encore trop douloureux. Quelqu'un de plus courageux aurait pu prendre les critiques de Daniel Logan comme un moyen de se dépasser, comme une motivation supplémentaire pour faire mieux. Mais moi, je ne suis pas courageuse. Andrea m'attire doucement vers lui, sa main dans la mienne et l'autre sur ma hanche. Pour la première fois, il me donne non pas des conseils pour réussir mes examens de droit, mais plutôt pour que je ne me laisse pas enfermer dans un univers qui n'est pas le mien, simplement à cause d'un échec. Il n'est pas le premier à me dire ça. Riley a tenté, lui aussi, de me raisonner lorsque je me suis arrêté de chanter, mais il a vite renoncé en constatant le mal que ça me faisait, et aussi parce qu'il était de toutes façons trop occupé avec ses propres cours. En devenant mon tuteur, Andrea a vite su pour quelles raisons j'étais entrée en droit. Mais jamais il ne m'avait reparlé de cet échec, par respect pour moi, et également parce qu'il était si perspicace qu'il avait bien compris à quel point j'étais blessée. Le fait de m'avoir vue chanter semble l'avoir convaincue d'une chose qui m'échappe encore. Il m'assure que j'ai toutes les cartes en main pour parvenir à atteindre le niveau demandé par ce tyran de Daniel Logan. C'est si facile à dire, surtout pour quelqu'un qui a réussi les examens d'entrée de la School of Arts, mais a plutôt choisi de faire du droit. Mais pour quelqu'un qui s'est fait remettre à sa place en beauté par un Daniel Logan certain de n'avoir qu'une nulle en face de lui, c'est autre chose.

Face au miroir, je détaille ma silhouette. Je suis mince, mais sportive. J'ai passé de longs mois à danser avec Riley, en cachette de mes parents, pour me préparer à l'examen d'entrée. Je me suis entraînée dur. Apparemment pas assez, mais cela a suffit à sculpter mon corps. Je le sais, parce que quand je me regarde en sortant de la douche, je vois des muscles encore présents, mais qui s'effacent peu à peu à mesure que je reste le nez penché au dessus de mes manuels scolaires. J'avais l'impression que les heures passées à danser et à faire du sport étaient difficiles, mais ce n'était pas suffisant. Serais-je capable de faire davantage ? J'ai assisté à quelques cours de danse de Riley, en cachette, en glissant quelques coups d’œil à travers le carreau de la porte. Il est si exigeant ! Je suis certaine que je ne parviendrais pas à suivre le rythme.
Vraiment ? Je passe tellement de temps à réviser des matières qui ne me passionne pas le moins du monde, et j'obtiens d'excellents résultats. Je ne serais pas major de ma promo, mais je m'en tirerais sûrement avec les félicitations de mes professeurs. Et pourtant, je déteste ça. Alors que j'aime chanter et danser. Guidée par ma passion, serais-je capable d'être l'une des meilleures ? J'ai l'impression que oui. Les paroles d'Andra pourraient presque m'en persuader. Je pourrais y croire. Je sens qu'il a raison, et je souris doucement. Je pourrais y arriver.
Et puis je reviens sur terre. J'ai eu une mauvaise note à un de mes examens. Mes parents vont me traîner plus bas que terre à cause de ça. J'étudie du droit, je déteste ça. Je hais Oxford. Mais c'est mon futur. Je cligne des yeux en reprenant contact avec la réalité. La School of Arts, ce n'est pas pour moi. C'est tout. Je déglutis. « C'est gentil. Mais tu as tort. » Je ne pleure pas. Je souris, et me détourne pour quitter la salle. Pour retourner à mes cours de droit. Pour m'éloigner de ce qui était mon rêve. Juste un rêve.
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