class 101 : tango w/ qui veuuut

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MessageSujet: class 101 : tango w/ qui veuuut    Lun 24 Sep - 10:19



« Je vous propose de ne pas démarrer le cours tout de suite ». Je croise les bras, la télécommande du rétroprojecteur dans la main, les mains liées dans le dos. « Inutile de dire que j’espère que vous avez tous formé des duos, sinon il est encore temps d’y penser. Dans quelques minutes, il sera trop tard, et toutes les personnes esseulées seront également dispensées ». Je souris un peu. « Et rattraperont leurs heures en colle ». Plaçons les bases tout de suite histoire d’éviter toute ambigüité sur mes intentions, pas question que je me tape un autre insolent à la fin du cours. « Nous allons donc commencer par regarder cet extrait d’un navet notoire que vous ne prendrez pas la peine d’acheter parce que vous avez autre chose à faire, mais qui d’un point de vue tout à fait professionnel, celui de la danse en l’occurrence, se défend ». Je montre l’écran qui est pour l’instant sur pause. « Nous allons travailler le tango dès aujourd’hui et ce, jusqu’au mois d’octobre. Vous ne changerez pas de partenaire et le but de cet exercice est une représentation que nous donnerons lors d’une soirée dont je tairais, pour l’instant, la cause… » J’inspire et fais quelques allées et venues. « … et pour des raisons évidentes de standing et de réputation, tous les troubles fêtes ne danseront pas ce soir là. Ce que je veux ? De la précision, de l’excellence, et du travail sans relâche. Si vous n’êtes pas capable de fournir ça, vous ne danserez pas, parce que je ne mettrais pas mon excellente réputation en péril pour que trois adolescents boutonneux puissent danser en public sur leurs pieds maladroits ». Je crois que j’ai tout dit, pour la mise en place, en tout cas. « Avant de poursuivre, je vais vous laisser regarder les quelques minutes, mais ne croyez pas qu’on va passer une heure à dormir, le travail commence après ». J’appuie sur play et m’installe sur une barre, assis les jambes dans le vide en observant la scène pour la énième fois ces derniers jours. Je laisse la bande défiler sans observer leurs mines angoissées ou réjouies, je m’en fiche de toute façon, la sélection ici se fera naturellement.

Lorsque la bande s’achève, je me redresse et remets la vidéo sur pause. « Bien. Vous avez une idée de ce que j’attends de vous maintenant. Vos cavaliers et cavalières resteront fixes et vous aurez tout autant de place pour faire votre démonstration. » J’avale ma salive et m’étire. « Je veux que les mouvements de la chorégraphie que nous allons apprendre ensemble soient sus à la fin de la semaine. Nous avons, croyez moi, assez à faire avec les problèmes techniques pour s’embarrasser des trous de mémoire. Pendant les semaines à venir, vous ne vivrez que pour le tango. J’ignore si certains d’entre vous maitrisent déjà quelque peu la chose… » Je jette un regard sceptique à l’assemblée. « Mais il va falloir s’y mettre rapidement. Dès maintenant, d’ailleurs ». Je montre un espace dans la salle délimité par de grandes lignes blanches. « Voilà la taille de votre espace pour danser, être en cadence et en harmonie avec les autres. Il faut une distance parfaite entre chacun des couples formés et évidemment, hors de question que vous vous rentriez dedans ». Je souris, légèrement provocateur. L’exercice est difficile mais j’attends d’eux tellement plus que le minimum. « Nous allons dès aujourd’hui apprendre les bases dans ce carré dans lequel vous allez tous vous placer en couple ». J’attends qu’ils se bougent tous les fesses et tape dans mes mains. Heureusement que l’espace délimité au Clardige’s n’est pas trop petit, sinon l’espoir aurait été quasiment nul que l’on s’en sorte. « Murray, Goodwin », je lâche en jetant un regard plein d’espoir – et pour cause, je les ai formé – aux deux recrues qui ont apparemment eu le bon goût de s’associer pour l’exercice, finalement, peut être que Dieu existe et me vient en aide. « Vous prenez le centre ». J’indique le milieu du carré et souris de plus belle. Ca n'est pas du tout du favoritisme, juste une forme avisée de raison. « Ils seront vos points de repère, alors veillez à vous caler sur leur rythme. Le moindre faux pas devra être reproduit comme si tout était normal » Je m'approche d'une étudiante jeunette qui se tient à distance de son partenaire comme s'ils allaient s'envoyer en l'air devant tout le monde et que la chose la dérangeait terriblement. Je roule des yeux et la pousse un peu : « Il va falloir s'approcher un peu plus que ça si vous voulez danser en duo », je commente, acerbe. Elle rougit et je passe aux suivants. « La clé du succès, c'est la séduction. Il faut séduire votre partenaire en lui donnant envie de danser pour vous... et plus si affinités. » Je ricane un peu en sentant la classe subir un traumatisme de haut niveau. Qu'ils sont prudes, pauvres petits. J'allume la musique et inspire. « Pour l'instant, on commence par le contact. Au travail. » Je tape le rythme et modifie la position des élèves en passant à leurs côtés.

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MessageSujet: Re: class 101 : tango w/ qui veuuut    Mar 25 Sep - 22:11

Étirements, danse, pratique vocale et théâtrale, les enseignements de la London School of Arts ont en commun le fait d'être absolument intensifs, ce qui permet malgré la proximité évidente d'éviter Stowe autant que faire se peut. Sa présence m'irrite cependant sans que je ne puisse tellement expliquer pourquoi. Une année s'est à présent écoulée pour enterrer définitivement son incidence sur ma vie et j'aime à croire que nous pourrions à présent nous côtoyer dans la cordialité, mais force est d'admettre que ma réticence est réelle et difficile à supprimer. Qu'elle étudie ici est assez logique en somme puisqu'elle possède le profil évident de l'élève talentueuse recherchée par l'école et pourtant j'aurais préféré conserver une distance géographique entre nous qui aurait pu m'offrir le véritable changement dont je semble éprouver le besoin. Cambridge me manquera sans doute, l'université en elle même aussi, mais l'art de la scène est finalement la meilleure option pour moi, je ne peux qu'éprouver la sensation d'y être à ma place et ce, malgré la présence de personnes que je n'aurais pas pensé retrouver ici. Mes journées sont caractérisées par un travail acharné sans cesse renouvelé, aidé en tout état de cause par le fait que je n'aie pas vraiment d'autre passion que celle-ci. Ce que je suis se résume peut être finalement à tout ça, jouer la comédie, danser, chanter et impressionner, donner le meilleur pour atteindre une perfection qui n'existe certainement pas, mais qui continue d'attiser mon attention sans que je puisse m'en détourner. Je noie mes doutes dans cette recherche, me conférant l'air absent que je n'ai pourtant pas d'ordinaire. Ma vie en dehors de l'école n'existe presque pas. La conclusion pourrait paraître triste, mais elle ne l'est pas tellement, briller par le talent c'est après tout ce que j'ai toujours voulu, les relations sociales ayant prouvé ces dernières années qu'il y avait entre nous comme une incompatibilité notable et mes répétitions répétées avec January ne sont pas pour contredire l'affirmation.

Tango down. L'association est logique, désirée, et efficace. Danser ensemble nous l'avons fait de nombreuses fois à la chorale de Cambridge, principalement parce qu'on nous confiait avec une certaine confiance aveugle, tous les numéros compliqués, mais l'année précédente a indéniablement changé beaucoup de choses à notre relation. Je lui dois l'avenir que j'ai failli compromettre, elle a été ma seule véritable amie. Entre reconnaissance confusion et fâcheuse tendance à la destruction, je ne sais plus réellement ou me positionner. Penser devient finalement trop épineux, ressentir trop douloureux, et danser et observer en silence, une solution enviable qui ne me demande finalement qu'une concentration sans faille que je suis mécaniquement habitué à fournir, mais qui va de complications en complications lorsqu'il s'agit de réaliser ce qui est pourtant ma danse de prédilection. Les entraînements nombreux ont finalement imposé cette distance de sécurité que je m'efforce fatalement de conserver en étant bien moins présent que d'ordinaire dans les autres classes. La laissant voguer avec une grâce et un enthousiasme naturels entre les différents élèves de l'école, je l'abandonne progressivement au profit de partenaires moins expérimentés pour certains exercices et le retrait m'apporte finalement l'opportunité de gratifier ses prestations d'un sourire admiratif et respectueux.

La discrétion et la réserve ayant dicté ma conduite de la semaine, il n'en fallait pourtant pas moins pour que je finisse par occuper de nouveau le feu des projecteurs et ce en très bonne compagnie évidemment. « Murray, Goodwin » Je relève la tête et croise un instant le regard de ma partenaire. Nous sommes donc tragiquement ceux qui doivent illustrer les dires de Daniel Logan. Je m'autorise un sourire, nous sommes finalement les mieux placés pour, nous connaissons ses attentes mieux qu'eux tous réunis. « Vous prenez le centre. Ils seront vos points de repère, alors veillez à vous caler sur leur rythme. Le moindre faux pas devra être reproduit comme si tout était normal » Je gagne le centre sans plus de protestation, tandis que le professeur Logan prodigue ses derniers conseils. « La clé du succès, c'est la séduction. Il faut séduire votre partenaire en lui donnant envie de danser pour vous... et plus si affinités. » Il rit, j'avale ma salive. « Pour l'instant, on commence par le contact. Au travail. » January me rejoint et la musique s'enclenche m'offrant l'occasion rêvée de m'oublier dans une prestation parfaite. Jouer la comédie, il faut avant tout jouer la comédie et danser parfaitement. Nos regards se croisent et je prends une inspiration tentant de créer l'histoire qui régira la chorégraphie.
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