alix → et si on faisait l'amour, tout nu ?

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MessageSujet: alix → et si on faisait l'amour, tout nu ?   Mer 12 Sep - 19:00


et si on faisait l'amour, tout nu ?

caca prout hein... puis j'ai pas relu Arrow

Longuement, Lon laissa l'eau ruisseler sur son corps. Les secondes, cruelles, lavèrent cette passion auparavant déposée sur sa peau avec cette tendre bestialité qui animait toujours leurs ébats. Jill... Avec lenteur, elle disparue de son corps, le laissant nu, pauvre, orphelin. Les yeux clos, il tenta de trouver cette sérénité de nouveau inaccessible qui, pourtant, avait doucement apaisé sa nuit et baigné sa délicate inertie. L'esprit troublé, sa léthargie envolée, l'homme poussa un long soupir, soudain résigné. Alix le lui avait demandé, il ne pouvait décemment refuser et encore moins revenir sur sa décision. Quant à son cœur soudain lourd de ressentiments et d'une rancoeur inaudible, il en ignora le cri, n'offrant à sa morsure que ce dédain morose auquel ces trois mois loin de la jeune femme l'avaient habitué. Boum. A nouveau, ses prunelles réapparurent, sa main se fraya un chemin jusqu'au robinet et c'est presque avec regret qu'il laissa l'eau délaisser son corps. Sourde, la mauvaise humeur s’avachit mollement sur ses épaules tandis qu'il s'emparait de ce même vieux peignoir qu'il se trimballait depuis dix ans.

Peignoir fidèle. Peignoir troué. Las, l'homme se laissa lourdement choir sur le rebord de la baignoire et jeta un regard sombre à son reflet, là, dans le miroir, avec l'envie soudaine d'en pulvériser l'éclat. C'était stupide, idiot, osé et prématuré. Sadique, l'évidence s'enchaîna à ses pensées, lui imposant tourments et appréhensions. Aux yeux de Lon, peu importait le regard que les géniteurs de Jillian porteraient sur sa personne, peu importait leur jugement qui - il le savait - ne serait qu'un cliché stérile de mépris et d'aversion, peu importait leur répugnance à son égard. C'était une évidence à laquelle il n'apportait aucune sorte d'importance : Lockhart n'avait rien du gendre idéal et l'homme n'accordait à cette idée qu'une simple indifférence. Non... Ce qu'il craignait en revanche, c'était bien plus sa propre réaction à l'égard de ces deux êtres qui n'avaient su offrir à Alix tout le confort auquel - enfant - elle avait été en droit d'espérer. Nouveau soupir, peint d'appréhension, cette fois. La main du professeur s'attarda un moment dans ses cheveux, tandis que sa mauvaise humeur palpait les conséquences détestables de l'amour qu'il accordait à la demoiselle. Lui, cet homme d'ordinaire calme et pondéré, cet exécrable je-m'en-foutiste, cet être nonchalant que rien ne semblait capable d'atteindre... Il ne les connaissait pas, ces deux êtres qu'il imaginait passablement antipathiques et, pourtant, il se savait déjà bien incapable de supporter le regard qu'ils poseraient sans doute sur la jolie Alix. Incapable de le supporter. Ô combien susceptible de devenir serpent, détestable reptile répugnant et malveillant, la répulsion dans le regard, le poison dans les crochets, l'amertume dans les veines.

Nulle surprise dans les prunelles de Lon alors que le véhicule s'immobilisait devant l'immense palier des O'Donnel. Ô démesure. Passablement tranquille, l'homme s'était finalement défait de son irritation, soucieux d'offrir à Jillian le soutient qu'elle espérait. Silencieux, il offrait au monde un calme postiche. Il s'en doutait, Alix ne serait certainement pas dupe et saurait intelligemment déceler les prémices redoutables d'une amertume tangible et manifeste. Aussi se garda-t-il soigneusement de croiser son regard, offrant au domaine un intérêt irréel, factice et passablement excessif. Fuyant, il fourra les mains dans ses poches, colla un demi-sourire insolent sur ses lèvres et accueillit l'inquiétude de la jeune O'Donnel avec une parfaite neutralité. "Imposer"... Le mot convenait à merveille ! Parfait usurpateur, imposteur grandiose, acteur talentueux, il ne laissa rien paraître pourtant. Solide, Lockhart s'illustrait tel un mur d'acier, infaillible, sur lequel Jillian aurait tout loisir de se reposer. Stable. Inébranlable. Un mensonge délicieux ! Stoïque pourtant, il semblait incapable de flancher, offrant à la crédulité du monde toute l'assurance à laquelle un simple homme pouvait aspirer. Une erreur grossière... Insouciant, le professeur se faisait chêne quand roseau aurait été mille fois préférable. Incapable de plier, il ne saurait alors que s'effondrer quand - cruelles - ses certitudes commenceraient à trembler sous ses pieds. Non, vraiment, Lon ne savait ce qui - derrière cette lourde porte - l'attendait ; ce danger encore invisible ; ce venin âpre et détestable auquel Jill avait goûté toute son enfance ; cette poigne de fer imperturbable qui troublait les vestiges d'un passé meurtri par une hypocrisie dérangeante.

Si l'étrange beauté de Jillian était longtemps restée une énigme aux yeux de Lockhart, la femme qui apparue dans l'encadrement de la porte en apaisa instantanément le mystère. La grâce marquait profondément son visage, le temps ne semblait avoir aucune sorte d'emprise sur ses traits, sa finesse troublait, son élégance dérangeait. Et, pourtant, la pomme n'aurait pu tombée plus loin de l'arbre quand condescendance et dédain décomposait l'essence même de son regard. Ce regard gangréné de mépris et d'arrogance, ces prunelles altières dans lesquelles le professeur ne trouva nul plaisir à plonger. Instantanément, l'homme se raidit, convaincu que, dès l'instant où cette magnifique inconnue ouvrirait la bouche, un sombre parfum de putréfaction et de pourriture s'en échapperait. Une pensée puérile, évidemment, rapidement trompée par le baume fruité dont la mère d'Alix s'encombrait. Nerveusement, Lon n'en retroussa pas moins une narine, s'enfonçant aveuglement dans les méandres de ses certitudes. Certitudes très vite inébranlables, confirmées par quelques paroles doucereuses qui chargèrent le coeur du professeur d'une insidieuse amertume. De manière parfaitement incontrôlable, ses poings se crispèrent au fond de ses poches quand la rancoeur creusait profondément ses joues. Des détails insignifiants, invisibles et sans importance aux yeux de beaucoup. Une animosité sourd et malveillante que Jillian saurait sans l'ombre d'un doute déceler. Odieuse évidence... Élégante, Grace avait retiré son gant de soie et, imperturbable, s'était approché de Lon pour souffler son indifférence, gifler sa fermeté et réduire sa patience à un état proche du néant. Et, hargneux, le cabot grondait désormais. Hère belliqueux troublé de ressentiments. Cerbère bagarreur et provocateur qui, d'un oeil querelleur, offrait à cette belle chatte détestable deux canines immaculées.

Les présentations terminés, Lon s'effondra dans un mutisme morose qu'il accompagna d'un simple regard condescendant, incapable de soumettre ne serait-ce qu'un sourire timide à cette femme désobligeante, crâneusement aveugle à la perfection de sa progéniture. Cette même femme qui ne tarda que peu à les chasser, les envoyant sans somation à la bibliothèque des lieux. Ces lieux lumineux à outrance, cette maison aux proportions titanesque, cette demeure monstrueuse déraisonnablement dorée... Sans mot dire, l'homme se détourna rapidement de cette propriétaire fortunée, d'apparences prude et glaciale, désormais convaincu que, jamais, il ne saurait la considérer comme digne de son intérêt. Aux côtés de Jillian, il respecta son silence et la suivit sans précipitation, retraçant ses pas dans les couloirs austères de ce domaine qu'il espérait fuir rapidement.

La bibliothèque. Un lieux typique dans lequel un homme tel que Lon avait pour habitude de ce plaire. Mielleux, le doux parfum caractéristique d'une montagne d'ouvrages entassés sur les étagères alla délicieusement chatouiller les narines du professeur qui ne pu retenir un soupir discret. Soulagement ? Bien-être ? Ni l'un. Ni l'autre. Dans un mutisme éternel, il ne trouva pas même le force de lever les yeux pour admirer ce salon illustre au milieu duquel il aurait normalement dû trouver quelques tranquillités. Non. Oppressé, indisposé, il ne trouva dans ces vapeurs nul réconfort, bien trop occupé à observer la quiétude étourdissante de l'homme qui s'y trouvait. Un homme distingué, confortablement installé dans un fauteuil, trop occupé à sa lecture pour accorder à sa fille l'attention qu'elle était en droit d'espérer. Lourde et encombrante, l'intolérance légendaire de Lockhart avait retrouvé toute sa place dans ses prunelles, exacerbant sa raison, faussant son jugement, réduisant toute parcelle de considération à un état proche du néant. Le professeur aurait du, pourtant, trouver quelques qualités à cet inconnu sur la joue duquel Alix déposa un baiser léger. Le propriétaire des lieux semblait un être calme, certainement plus ouvert d'esprit que son épouse, plus juste aussi. Sa voix même trahissait une affection profonde, quoique peu avenante et nul doute que son regard - terne - dissimulait les vestiges délabrés de l'amour qu'il portait à sa progéniture. Mais non. Non. Intransigeant, Lon se lova dans la cécité, adoptant cette même étroitesse d'esprit qu'il reprochait à ces deux êtres frigides et si odieusement possédés par morgue et dédain. Et puis... Il y eu ces deux mots. Ces deux mots de trop.

Boum. Le marteau de Lon s'abattit lourdement sur ses pensées alors que son esprit torturé de mépris annonçait son jugement. Un rictus - déplaisant - éclaira un moment ses traits. Ses yeux - sombres - affrontèrent silencieusement le regard du paternel. Puis, l'insolence tomba. Hypocrisie écrasante. Audace indigeste. Arrogance étouffante et malvenue. Quelques mots pénibles et indigestes que l'homme lâcha sans humilité, sans déférence, sans le moindre égard. « Votre futur gendre. » Le demi-sourire ne s'attarda que peu aux coins des lèvres de Lockhart qui délaissa enfin les traits fatigués du père de Jillian. Amer, il se glissa à ses côtés et s'attarda furtivement auprès de son oreille, glissant quelques mots vide de cette tendresse qui hantait habituellement sa voix dès lors qu'il s'adressait à la jeune femme. « Ne m'en veux pas... Je... m'éclipse un moment. Excuse-moi. Je te laisse lui expliquer. » Lui expliquer ? Lui expliquer quoi ? Qu'il était son amant et - très accessoirement - son professeur ? Qu'il était de treize ans son aîné ? Qu'il n'était qu'un drogué notoire, un homme peu fréquentable qui, jamais, n'avait flirté avec l'aristocratie indigeste dans laquelle Alix baignait depuis sa plus tendre enfance ? Non. Certainement pas. Oui. Peut-être. L'homme laissa grand soin à la demoiselle d'en juger. Délicat, il caressa furtivement sa joue avant de disparaître, délaissant tant le père que la fille, en quête d'une atmosphère plus... respirable.

Enfin délivré de l'aura étouffante qui hantait les lieux, Lon s'adossa négligemment contre les murs de la bâtisse. L'oeil sombre, il coinça une cigarette entre ses lèvres. L'esprit troublé, il se mit de nouveau en quête d'une once de calme, d'un soupçon de sérénité. Lâchement, il venait d'abandonner Jill. Méprisable, il l'avait délaissée. Traître, il l'avait offerte à ces fauves affamés et ce, sans le moindre regret. Non. Aucun remords ne s'attarda sur ses traits ce jour-là. A ses yeux, cette fuite abjecte n'était pas faute inavouable, n'était pas l'oeuvre méprisable d'un dégonflé. Alix le lui avait demandé telle une faveur. Alix s'était mise à nue et avait émis cette simple requête... Elle avait besoin de lui. De lui. De son soutien. De son épaule réconfortante. Et, jusque là, il n'avait pas été à la hauteur. Alors s'accorda-t-il quelques minutes de repos. Des minutes précieuses pendant lesquelles il tenta de se ressaisir, de mettre de côtés ces sautes d'humeurs puériles auxquelles il se soumettait quotidiennement. Alors, peut-être pourrait-il enfin s'acquitter de cette tâche que Jill lui avait confier. Peut-être...

A son retour, c'est dans la salle à manger que Lon les retrouva tous les trois. Sur son visage, son mépris flirtait désormais avec quelques engouements postiches. Un artifice qu'il atténua d'un sourire délicat, tout aussi factice que le reste.
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MessageSujet: Re: alix → et si on faisait l'amour, tout nu ?   Dim 16 Sep - 14:50

LON ~ Et si on faisait l'amour, tout nu ?.

Entre les mains de ses parents, Jillian n'était plus qu'une vulgaire poupée de porcelaine. D'une fragilité époustouflante, dessinée dans le plus beau des métaux avec forts détails somptueux, à manier avec la plus épouvantable des précautions, elle perdait de sa superbe au profit d'un mutisme forcé et d'un regard mielleux. Tant de fausses considérations qui alimentaient la haine démesuré qui la liait à la famille O'donnel. Finalement, cette rancoeur était le dernier maillon qui enchainait les divers membres de cette dynastie atypique. Sans elle, il n'existait plus rien que des êtres inaptes à s'apprécier, obligés de s'arroger le même nom. Tout son respect pour ses pairs s'était évaporé en même temps que sa fragilité, celle à laquelle elle avait dit adieu lorsqu'elle avait appris à voler de ses propres ailes, lorsqu'elle s'était crée de toutes pièces et d'une main de maître cette splendide Indépendance qui aujourd'hui encore constituait sa plus grande fierté. Et pourtant, là aussi rôdait l'infâme main de ses parents, leur incroyable capacité à contrôler les flux de leur porte monnaie pourtant bien garni. Cependant, fragilité ne tardait pas à s'emparer à nouveau de son corps favori dès lors que ses pieds foulaient le sol démesurément propre de l'imposante villa de son paternel. Dans cette modeste habitation, Jillian redevenait celle qu'elle avait quitté des années auparavant, la gamine perdue et blessée qu'elle avait abandonné sans un regard en arrière. Elle ne regrettait pas. Seule restait l'indicible impression qu'aujourd'hui encore et malgré tous ses efforts, la seule ombre de cette abominable marâtre qui se disait être sa mère suffirait à réduire tout ses efforts à un néant inévitable. Une impression qui abattait douloureusement sa fierté, jetait au sol son arrogance, murait sa grande gueule, et frappait à mort son impertinence. Il ne lui restait plus qu'à se montrer pour le moins agréable, plus qu'à faire bonne figure devant de si mauvais convives, plus qu'à devenir la fille qu'ils avaient toujours rêvé d'avoir. Qu'elle avait toujours rêvé d'avoir. Sans doute aussi machiavélique, aussi hypocrite, aussi superficielle qu'elle. Enfin ça, c'était en omettant la présence providentielle de son cher et tendre qui lui, visiblement, ne l'entendait pas de cette oreille.

Il n'avait pas fallu longtemps à Jillian avant de s'apercevoir qu'il n'était pas à son aise entre ces murs. Nul question de connaissance et d'amour, c'était tout simplement une évidence, et n'importe qui aurait pu comprendre le malaise qui s'était sombrement emparé de lui, tortuant son esprit et accentuant la pression de ses machoires devant le pitoyable spectacle de Grace. Grace O'donnel. Elle ne changerait jamais. Traitresse imbue d'elle-même, désolant spectacle de la luxure faite femme. Bien que Jillian ne se soit jamais véritablement penchée sur la question de ses amants, elle pouvait les deviner plus nombreux qu'ils ne l'auraient du. Et, aveugle, Alan s'époumonait à la défendre sur tous les fronts, omettant ses aventures et ses trahisons, ses souhaits improbables et ses besoins vitaux de bijoux en tout genre. En vérité, Alan et Grace s'était rencontrés de nombreuses années plus tôt, lors d'un gala mondain où le jeune homme avait fait acte de présence contre son gré. Forcé par une famille d'une grande noblesse, il s'était avéré bougon et incroyablement maussade. Il faisait certes partie des convives, mais ne partageait avec eux aucun point en commun. Ayant du quitter sa bibliothèque contraint et déçu, il rêvait encore à sa dernière trouvaille, et n'aspirait plus qu'à rejoindre le doux cocon de calme et d'intelligence qu'il avait du délaisser pour l'exposition sordide d'une telle richesse tant ostentatoire que réaliste. Alan avait trainé les pieds, et pourtant, il considérait aujourd'hui cette soirée comme le meilleur instant de toute son existence pourtant bien chargée en rencontres et voyages en tout genre. Des étoiles plein les yeux, il se remémorait ce moment magique en admirant les doux contours de son épouse, compagne de sa vie. La femme qu'il avait toujours désespéré de trouver, jusqu'à perdre tant sa patience que la dernière parcelle de ses pitoyables espoirs d'homme romantique. Puis, il l'avait rencontrée. En elle il voyait un idéal, une perfection tant de tendresse que de passion. Elle était son tout, son univers. Grace avait su se rendre indispensable aux yeux de son homme. Elle était douée. Très douée. En un sens, Jillian se retrouvait dans le portrait de son paternel. Elle aussi était aveuglée par un amour certes moins néfaste, mais tout aussi fusionnel. Elle aussi était désemparée devant l'impitoyable évidence de cette liaison, de ses sentiments qu'elle sentait fortement pulser en elle. Et surtout, elle aussi n'était plus qu'une misérable chose soumise aux aléas d'un amour trop intense. Elle avait simplement eu l'incroyable chance de tomber sur meilleur parti. Alan n'était pas tant à plaindre. Son existence entière avait été placé sous le signe de sentiments certes bien peu partagés, mais réels de son côté, et l'inconscience jouait en sa faveur. Même s'il avait abandonné intelligence et culture -ses premiers amours- au profit de luxure et apparence, il l'avait fait en son âme et conscience. Le choix d'une vie que Jillian ne pouvait décemment comprendre. Pourtant, elle avait passé des jours entiers à songer à son père et au gâchi qu'il avait fait de son existence, sans parvenir à trouver la clé qui lui permettrait sans nul doute de cerner l'essentiel. Cette incompréhension mutuelle avait cédé la place à ce désintérêt probant qu'ils avaient toujours su faire fructifier. Dommage.

Dans cette bibliothèque, pièce chargée d'une atmosphère bien moins joviale que les circonstances laissaient à penser, Alan bouquinait, comme toujours. Il avait dit adieu à sa fierté, à sa dignité, à sa voix et à son intelligence. Il se contentait désormais de flotter dans cette odieuse mare de pathétisme, en jugeant que c'était bien plus simple ainsi. Pauvre homme soumis au choix de la facilité dicté par un monstre de femme. Jillian portait sur lui un regard de pitié, ne le considérait autrement que comme un vieillard malade qu'elle devait soigner sans le moindre espoir de guérison. Elle s'y était faite. Son père n'était pas plus un problème que sa mère un ange, et en cette belle brune résidait la source même de tout ce qui, de près ou de loin, faisait d'Alix une fille irrécupérable. Tout était de sa faute. Enfin, peut-être était-ce plus simple de le penser. Sur elle, Jillian ne posait plus qu'un regard dénué de la moindre trace d'affection, un regard tant de mépris que de haine, un regard qui, s'il avait pu, l'aurait tué sans s'embarrasser d'état-d'âme. Et Alix n'aurait pas même pu esquisser une once de remord.

La question qui ne tarda pas à tomber n'effraya pas Alix. Peu importait que la parole soit offerte à Lon, peu importait que son paternel se permette de faire montre d'un quelconque intérêt pour quelque chose qui ne concernait pas son épouse, peu importait encore le regard intéressé qu'il portait sur Lockhart. Tout cela n'avait plus d'importance aux yeux de Jillian depuis bien longtemps, sinon comme étant le cauchemar qui avait, de tout temps, hanté son enfance. Seuls les souvenirs, aujourd'hui, bouleversaient son coeur, et aucune tristesse n'embuait ses yeux devant la déchéance de sa famille. Non, de ces illustres inconnus. Pourtant, la réponse de Lon la fit tressaillir. Plus encore que ce qu'il murmura ensuite à son oreille, plus encore que la caresse factice qu'il laissa glisser contre sa joue. Elle comprenait son malaise, tout autant que son incapacité à hanter ces lieux plus longtemps en si mauvais compagnie. Ce qu'elle ne parvenait pas à assimiler, en revanche, c'était cette réponse inaudible, cette affirmation assurée balancée comme la plus pure des évidences. Plus encore, Lon la mettait dans une posture peu acceptable, et l'obligeait lourdement à s'adonner à l'inexistant plaisir des explications. Pourtant, cet homme ayant enfin quitté les lieux, elle n'eut aucune honte à replonger son regard dans celui de son père, à attendre négligemment les questions qui, normalement, ne devraient plus tarder à pleuvoir. Elle était prête. Et s'il exigeait d'elle qu'elle raconte tous les événements qui, de près ou de loin, avaient contribué à faire de leur amour une si brulante évidence, alors soit, elle s'y adonnerait avec plaisir. Ne serait-ce que dans l'objectif secret qu'enfin, elle puisse partager un peu de son existence avec son père. C'était son compter sur son désintérêt. « Curieux, ce garçon. » lança-t-il, avant de replonger dans sa lecture oh combien fascinante, en tout cas probablement beaucoup plus que la vie amoureuse de sa fille unique. Dans un soupir, la demoiselle ne tarda pas à prendre place dans un des fauteuils, faisant face à son père qui, désormais, ne lui accordait plus la moindre espèce d'importance. Elle était redevenue l'invisible et l'inaudible, et ne prit même pas la peine d'essayer d'attirer son attention par quelques stratagèmes enfantins. Elle s'y était essayée, à plusieurs reprises, et à force d'essuyer d'innombrables échecs, avait abandonné cette idée. Inutile de gâcher temps et énergie pour attirer l'attention d'un homme en lui même indigne d'un tel intérêt. Et comme si la demoiselle ne se sentait pas assez mal, il ne fallu pas attendre plus longtemps pour que Grace, telle une furie, fasse de nouveau irruption dans la pièce, brisant la presque-sérénité qui faisait écho en ces lieux. Le diner de la duchesse devait être avancé. « Tu ne mets pas longtemps à faire fuir les hommes toi. Quant au repas, on m'a prévenu qu'il était prêt. » Nouvelle pique à laquelle elle ne lui fit pas le plaisir de répondre, que ce soit verbalement ou par un simple soupir, avant de lui emboîter le pas pour un diner cérémonial qu'elle jugeait déjà ennuyeux à mourir.

La table était effectivement dressée. Salle à manger titanesque ou un ogre aurait trouvé sa place, elle se sentit pourtant oppressée par le faste des lieux et par cette odeur rance de l'hypocrisie et du mensonge rôdant autour d'elle. L'air était tout bonnement irrespirable. Alan, bien évidemment en bout de table, avait la meilleure place pour assister au combat de coq qui unissait les deux femmes qui, comme toujours, se faisaient face. Echange de regards méprisables et silence monocorde constitua la première partie de ce repas, avant que Lon ne pénètre à nouveau dans la pièce, évaporant de suite le mal-être qui s'était emparé de Jillian. Pourtant, un sourire factice s'était figé sur ses traits, preuve d'un malaise évident qui troubla la jeune femme. Elle n'aurait jamais du l'amener jusqu'ici. Elle n'aurait jamais du émettre cette simple hypothèse, souhaiter se soutenir contre lui alors qu'il était comme elle soumis à la haine d'une indifférence chronique, pas plus que lui imposer une telle vision de la décadence O'donnelienne. C'était injuste, c'était égoïste. Maintenant comme jamais, elle s'en rendait compte. Et elle n'aspirait plus qu'à exiger de lui qu'il s'en aille, qu'il la laisse affronter seuls ses démons comme il aurait du le faire depuis le début, qu'il l'abandonne vaillamment face aux vestiges désastreuses d'une enfance particulièrement pitoyable. Et alors que le sourire de Lon était factice et témoignait de son mal-aise, celui de sa mère, lui, semblait carnassier. Evidemment. Avait-elle osé espérer une fin de visite calme ? Madame O'donnel ne tarderait pas à la détromper et à ruiner tous ses espoirs, comme elle avait toujours pris un malin plaisir à le faire. Vieille habitude.

Le menu n'était en soi que peu spectaculaire en comparaison avec ce que les O'donnel avait l'habitude de manger. A vrai dire, il n'avait plus aucune espèce d'importance aux yeux d'une Jillian dont l'atmosphère épouvantable avait ruiné l'appétit. Son seul désir, désormais, se résumait à un simple mot, une simple notion. La fuite. Elle aurait tout donné pour fuir hors de ce domicile imposant qui portait son nom, pour s'échapper de ce cercle étouffant qu'était devenue sa famille, pour s'éloigner le plus possible de cette voix criarde qui ne cessait de hurler son désaccord, sa haine, son besoin viscérale de destruction. Grace n'avait pourtant pas choisi une proie bien difficile et s'était acharnée sur l'enfant qu'elle avait fait naître, comme si la seule raison de cette venue au monde était celle de distraire ses journées autrefois bien monocordes. Et face à l'ennui, elle n'avait trouvé d'autre sereine occupation que de ruiner prématurément l'existence de son unique enfant, que d'avouer aux yeux de tous la haine éperdue qu'elle lui vouait, à elle et à elle seule, cette jeune femme pourtant commune qui jamais n'avait souhaité être traitée de la sorte. Jillian n'avait pourtant aspiré qu'à un peu d'amour, mais c'était visiblement trop demander à l'envoyé du diable qui lui servait de mère. « Je ne te pensais pas capable de te trouver un type convenable. Enfin, je ne pensais même pas croyable qu' un homme respectable puisse tomber sous tes.... charmes ?! C'est bon, t'as enfin fini de coucher avec un homme différent chaque soir ? On ne nous rapportera plus rien de la sorte ? » Jamais jusqu'alors sa mère n'avait été si menaçante, pas plus qu'elle n'avait fait preuve d'une telle fermeture d'esprit. Jillian la savait démoniaque et manipulatrice, et pourtant, elle sentit ses joues s'empourprer tant devant la honte que la fureur. La honte de montrer à son homme la décadence de sa famille, la fureur de sentir l'impuissance qui courait dans ses veines, qui la forçait obséquieusement à un silence furibond. Elle se contenta d'un regard noir, avant de baisser les yeux sur le plat qui venait de lui être servi, incapable ne serait-ce que d'ouvrir la bouche pour un mot, une parole, consciente que si elle se permettait un tel écart, elle ne pourrait jamais retenir le flot d'insultes qui sévissait dans son esprit. Pourtant.. « Et toi, t'as fini de te comporter comme la reine des salopes ? Je t'autorise tout ce que tu veux devant mon père, mais retient ton venin au moins devant Lon. » La voix d'Alan ne tarda pas à retentir dans la grande pièce, gémissant son nom pour l'inciter au calme et au silence. Comme s'il avait eu la moindre influence sur Jillian. Comme si sa simple participation à ce débat qu'il écoutait de loin pouvait l'obliger à clore ses lèvres pour retenir les mares de haine qui menaçaient d'assombrir considérablement l'atmosphère déjà nauséabonde. Quant à Grace, elle s'était contentée de rougir de fureur et de surprise. Pour la première fois, sa fille ne s'était pas laissée trainer au sol piteusement. Pour la première fois, elle osait lui répondre. Une première fois dont elle se serait volontiers passé, surtout devant une tierce personne. Elle ne pouvait le tolérer. Et alors qu'elle reprenait son souffle pour une tirade assassine, Jillian laissa tomber ses couverts sur l'assiette, avant de quitter la pièce telle une furie inébranlable, faisant claquer violemment la porte derrière elle, laissant retentir l'écho de sa fureur. « Gamine prétentieuse. C'est pour cette garce que tu payes, Alan. Si j'étais à ta place, ça ferait bien longtemps que je l'aurais laissée crever la bouche ouverte. Très sincèrement, mr Lockhart, je me demande bien ce que vous pouvez lui trouver. Aussi pitoyable dans ses actes que dans ses paroles. Quel mélodrame pour une seule petite vérité ! »

Affalée sur l'un des fauteuils de la bibliothèque où la jeune femme avait trouvé refuge, elle sentait déjà le poids imposant des regrets tourmenter son pauvre esprit. Elle avait fait une grave erreur. Même si son coeur se sentait apaisée, elle connaissait parfaitement les retombées qu'un tel emportement pourrait faire valoir dans sa vie quotidienne. Ses parents étaient sa principale source de revenue, et elle vivait telle une reine grâce à l'argent qu'il payait aisément pour son silence, pour son calme et son invisibilité. Elle risquait d'en être privée. Pire encore, elle avait laissé Lon, lamentable petite égoïste trop accaparé par ses propres sensations.Une poussée d'adrénaline qui, loin d'être achevée, tourmentait encore ses muscles et faisait pulser son sang dans ses veines. Elle aurait pu y retourner, déverser sans cesse toute la haine qu'elle gardait en son cœur depuis tant d'années, bousculer les habitudes et les convenances pour venger cette gamine éperdue et esseulée qu'elle avait abandonné en quittant le domicile. Pour Lon, elle ne le ferait pas. Il ne lui restait plus qu'à partir, en emmenant son homme avec elle.
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MessageSujet: Re: alix → et si on faisait l'amour, tout nu ?   Jeu 20 Sep - 16:16


et si on faisait l'amour, tout nu ?


Cette fois, le regard de Lon ne s'attarda pas sur la magnificence pompeuse de l'endroit. La salle à manger - comme chaque pièce de cette immense demeure - refoulait les assauts de la banalité et prônait richesse et démesure. Une opulence qui, loin d'attiser la curiosité et l'admiration du professeur, lui imposait bien plus un ennui et une lassitude presque féroce. En pénétrant ces lieux, on pouvait aisément deviner le caractère et la fierté déplacée des personnages qui les hantaient. Un orgueil désuet et archaïque que Lockhart ne réussissait qu'à mépriser quand lui-même s'éternisait dans un amour-propre et une prétention souvent inconvenante. Pour l'heure, pourtant, le comportement des O'Donnel vis à vis de leur fille unique prenait aisément le pas sur tout le reste et son dédain - qui peu à peu reflétait une haine farouche et impitoyable - s'il se perlait d'évidences, ne semblait pas le moins du monde embarrasser les géniteurs de la jeune Alix. Lon ne s'en troubla pas. Ces êtres - dénués de toute humanité - représentaient sans peine cette aristocratie poussiéreuse que l'homme exécrait. Clarté et limpidité avaient certainement - et depuis longtemps - perdu toute grâce à leurs yeux.

Accompagné de cet étrange rictus baigné d'artifices, Lon se laissa négligemment choir sur la place qui lui était réservée. Sans le moindre mot, il accorda une oeillade glaciale à Jillian. La chaleur de leurs étreintes passées était loin désormais et sur le visage de Lockhart ne s'épuisaient plus qu'amertume et regret. S'il lui en voulait ? Il aurait voulu prétendre le contraire, mais tout - de son comportement jusque dans ses prunelles - hurlait son désaccord et son désir de... De quoi d'ailleurs ? De fuir ? De laisser la jeune femme combattre seule ses démons affreux et carnassiers ? De ne lui offrir une fois de plus que l'immensité troublante de sa lâcheté et le gouffre méprisant de sa faiblesse ? Certes, cette seule idée trouvait aisément candeur et fraicheur dans le coeur d'un homme grisé d'une colère mille fois explicable. Mais non. Non. Lon n'avait là nulle envie, nul besoin de fuir et quand son malaise grandissant devenait peu à peu cristallin, il refoulait avec peine les mots qui - traitres - s'accumulaient au fond de sa gorge sombre d'une irritation acerbe. Aggripé à un mutisme détestable, l'homme s'enfermait dans un silence peu serein, s'interdisant le moindre mot, la moindre parole qui - évidemment - tomberait telle une sentence, une déclaration de guerre décisive et évidente. Et, bien sûr, Lockhart ne pouvait se permettre tel comportement. A cette table, il n'était qu'un étranger, un inconnu notoire privé de son droit de parole, un individu taciturne dont le jugement ne possédait nul valeur, un seul être seulement capable d'aggraver la situation, bien peu susceptible d'en apaiser les tourments.

Le silence se fit lourd et insistant. Faussement désintéressé, Lon s'attaqua sans conviction à son repas, sourd au mutisme arrogant d'un homme que seule la faim semblait avoir détournée de ses livres et de la suffisance nauséabonde d'une femme qui, seule, semblait goûter l'instant présent, comme ravie de se trouver ainsi attablée en compagnie d'une fille qu'elle pourrait assassiner de regards dépréciateurs. Douce évidence détestable bientôt troublée par ces propos tant méprisants que méprisables qui, tel un coup de couteau assassin, tuèrent la tranquillité maussade du moment. Instantanément, le rictus se figea sur les lèvres du professeur alors que sa fourchette s'immobilisait à quelques millimètres de sa bouche. Cruel, son palpitant remonta brutalement jusque dans sa gorge, l'empêchant sauvagement de déglutir. Meurtrier, son regard se braqua sur les traits encore délicieux de Grace, tandis que la patience de Jillian sombrait dans les méandres de l’inexistence. Quant au vaillant patriarche, il rappela inutilement sa fille à l'ordre, parfaitement insensible aux propos tenus par son épouse. Connard. Quant à Jill ? Sa fuite fut tant brutale que bruyante. Et, alors que la porte de la salle à manger se refermait dans un claquement désagréable, Lon jeta lourdement sa retenue à terre, faisant voler en éclats ce respect postiche dont il drapait sa fierté depuis leur arrivée. Une fierté sur les sentiers de guerre alors que Grace se permettait sans honte de poignarder sa fille dans le dos. Une nouvelle fois.

C'est avec une lenteur impitoyable que Lon déposa ses couverts sur la nappe immaculée. C'est avec une douceur indescriptible qu'il dévisagea ces deux personnages pour lesquels il n'éprouvait que mépris et - désormais - rancoeur et désir de revanche. Sadique, Grace venait là de commettre péché mortel. Sans coeur, elle s'était attaquée à ce que Lockhart considérait comme intouchable. Puérile, elle s'en était prise à la seule personne pour laquelle l'homme était capable du pire. Stupide, elle venait de lui donner un aperçu grandiose de ce qu'elle avait infligé à sa fille pendant plus de vingt ans. Une erreur grossière et inexcusable. « Quel couple remarquable vous faites. » La voix de Lon - éternellement calme - brisa le silence avec mépris. « Un crétin peureux et méprisable associé à une catin abjecte et castratrice. Deux belles ordures. » L'air mauvais, Lockhart planta son regard dans celui de Grace avant de se lever sans une once de précipitation. Nonchalant, il abandonna sa serviette à côté de son assiette et, sombre, se glissa dans le dos de cette femme détestable. A mi-voix, il lui accorda un petit entretien privé et si l'essence de ses propos se teintait de menaces, son murmure resta simple et délivré d'une quelconque tentative d'intimidation. « Détrompez-vous, Grace, je suis loin d'être un respectable. Et si vous aimez les vérités, en voici une seconde : je suis prêt à tout pour Jill. Absolument tout. Prenez ce détail en considération la prochaine fois que vous ressentirez le besoin de vous en prendre à elle sous mon nez. Simple conseil... Je fais rarement preuve d'autant de retenue. » Assassin, il accorda un dernier regard au père de Jillian, puis s'arracha de l'oreille de Grace pour prendre la porte à son tour.

C'est à la bibliothèque que Lon la trouva. Seule. Désabusée. Vautrée dans un fauteuil glaciale. Sans un mot, il franchit les quelques mètres qui les séparaient d'elle et prit place sur l'accoudoir, à ses côtés. Le visage encore troublée par la rancoeur, c'est pourtant une main légère qu'il glissa sous son menton, avide de croiser son regard. Tendre, il repoussa une mèche de cheveux qui barrait son visage et trouva une once de paix sur ses traits dévorés tant de douceur que de peine et de colère. Et s'il était bien incapable de comprendre la première, il admettait sans difficulté la seconde. Sans ciller, il la dévisagea longuement pour enfin rompre le silence. « Je sais qui tu es, Jill. » Aisément, sa voix trahissait tant son affection que son trouble. La douleur d'Alix... Il ne pouvait décemment plus la supporter. Sa souffrance, il l'avait déjà trop longtemps imaginer, trop longtemps observer, trop longtemps supporter. Une fois même, il en avait été le précepteur. « Rien de ce qu'elle pourra dire ne changera quoique ce soit. » Un sourire - le seul vraie sourire depuis leur arrivée - se paya le luxe d'envahir ses traits alors qu'il agrippait sa main. « Allez viens. On ne va pas lui faire cet honneur ! On va y retourner et terminer ce foutu repas... » Un baiser léger atterrit sur les lèvres de la jeune femme alors qu'il ajoutait, à la fois curieux et sincère. « Ensuite, tu m'expliqueras comment deux êtres aussi méprisables ont pu engendrer telle perfection. »
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MessageSujet: Re: alix → et si on faisait l'amour, tout nu ?   Jeu 27 Sep - 13:59

LON ~ l’effrayante assiduité de leur parents dans une querelle que rien hormis la mort de leur progéniture n’aura le pouvoir d’épuiser. Tel sera dans les deux prochaines heures, le spectacle de notre scène..

Le soleil était enfin parvenu à son zénith. La journée battait son plein. L'horloge venait de sonner midi lorsque les trois convives s'étaient attablés, dans une ambiance qui aurait du s'avérer sinon joviale, au moins cordiale. Il n'en était rien. Et cette femme, bien loin de respecter les convenances qui lui étaient si chères, les souillait allégrement de ses mains sales, les écrasait douloureusement sous ses talons aguilles. L'atmosphère s'avérait maussade. Comme d'habitude. La lassitude s'était emparée du coeur de la belle Jillian, l'empêchait de faire bouger les choses. Elle les laissait stagner, lamentablement, empruntant à son tour le chemin de la facilité qui la débectait tant. Son silence était le caveau qui contenait les dépouilles délabrées de ses liens familiaux. Ils n'étaient plus rien d'autre que des corps sans vie, des choses grouillantes de vers que l'espoir avait abandonné au profit d'une indifférence morbide. C'en était fini de la dynastie O'donnel. Elle n'avait jamais vraiment commencé. Elle n'avait été fondé sur rien de plus solide que les bases corrompues de l'abondante richesse et de l'impitoyable hypocrisie, et ne persistait à tenir droite que grâce au silence qui entourait sa dépouille. La tour s'était effondrée, lamentablement, en même temps que Jillian avait laissé entendre sa voix. Elle avait bien d'autres choses à dire, bien plus à balancer, et son esprit regorgeait de reproches et d'avertissements qui ne rêvaient qu'à s'échapper de cette douce prison nommée Censure où la jeune O'donnel les avait enfermés. Elle ne saurait pourtant s'y résoudre. Et son abandon le plus total lui semblait bien pire punition que sa parole ou ses actes. Qui, dans cette sombre demeure, pouvait se targuer de lui porter une attention suffisante pour savoir l'écouter ? Personne. Personne.. Sa parole avait certes le mérite de soulager sa conscience, de rendre le sourire à la gamine éplorée qu'elle avait délaissée, elle ne changerait rien à la réalité qu'était devenue celle des O'donnel. Jamais elle ne changerait quoi que ce soit. C'était peine perdue. Il ne lui restait qu'à fuir les douloureux souvenirs d'une enfance jetée en pâture à une lionne agressive et sauvage, qu'à abandonner fermement les dépouilles de ceux qui auraient du, dans une meilleure vie, être de véritables parents. Cette soudaine prise de conscience aurait du la détruire, la blesser, l'assommer de tristesse, de colère, de haine, de rage, voir même de déception. Alix ne ressentait rien. Rien d'autre que la certitude, celle qui pulsait au fond de son coeur, qu'elle n'avait jamais tant eu raison. Adieu sempiternelles reproches d'une famille incorrecte, d'une famille délabrée, d'une famille qui n'en avait jamais été une. Adieu. Gardez argent et billets verts. Mieux valait une vie passée dans la pire des infortunes qu'une existence corrompue par le sceau des monstres qui se terraient ici. Et dans son âme résidait l'espoir secret que son père, lui, n'oublierait pas sa jeune fille.

Installée confortablement -avachie- dans l'un des fauteuils de cuir que son père affectionnait tout particulièrement, Jillian laissait son regard sombre vagabonder entre la quantité effarante d'ouvrages qui ornaient cette splendide bibliothèque. Alors qu'autrefois, gamine quelque peu renfermée bouffée par son plaisir de la littérature, cette simple vision féerique savait lui donner le sourire et faire naître de douces sensations dans son coeur éteint, elle ne ressentait aujourd'hui plus rien. Plus rien dans cette foutue maison n'était susceptible d'apaiser le trouble qui avait férocement pris place dans son âme, poussé par une marâtre abjecte qui hantait depuis toujours ses cauchemars les plus morbides. Jillian était habituée, et la seule compensation qu'elle retirait de la pleutrerie qui entourait ses parents d'un halo glacial et inaltérable, c'était qu'elle n'avait rien de commun avec eux. Strictement rien. Elle s'était échappée depuis bien longtemps de cet entourage qui la ruinait de son influence néfaste, et elle avançait à son propre rythme, affrontant les tempêtes de la déception et les sécheresses de la lassitude seule, mais au moins dignement. Une dignité que ses parents avaient depuis bien longtemps laissé de côté. Tant pis pour eux.. Il ne fallu pas longtemps pour que le calme réconforte l'âme éplorée de la douce Jillian. Nul besoin de ruiner son impassibilité pour ses êtres ingrats qui ne répondaient à rien d'autre qu'à l’appât du gain. Alix n'avait jamais rien eu à leur offrir, hormis son amour qu'ils avaient toujours réfuté en bloc, bien plus désireux de s'attirer la sympathie du premier inconnu venu pour autant qu'il ai des milliers en poche. C'en était fini du temps où, trop généreuse, elle pardonnait leurs multiples égards au nom de la Famille, sentiment qu'elle n'avait jamais expérimenté mais qui avait souvent trouvé sa place dans ses rêves les plus improbables, au côté du véritable amour. Même si elle était parvenue à trouver ce dernier, elle avait définitivement tiré une croix sur ses parents. Ce qu'elle aurait du faire bien avant.

La porte ne tarda pas à s'ouvrir dans un grincement plus rassurant que terrifiant, mais Jillian n'esquissa pas la moindre geste. Elle se contenta de sourire, lorsque le doux visage de Lon se rappela à ses bons souvenirs. Un sourire dénué de la moindre trace de colère ou d'agacement, uniquement pourvu d'un amour tant sincère qu'éclatant. Un amour qui savait envoyer valser toutes les mésaventures du quotidien, tous les mélodrames d'un jour. Un amour qui était à la hauteur de toutes ses plus folles espérances, et qui rendaient les autres indignes du moindre intérêt. Un amour qui l'avait aidé à tenir, aujourd'hui, à garder la dignité qui lui était si chère, à ne pas sombrer dans les affres de la mélancolie, mais surtout, qui lui avais permis de s'affirmer comme jamais jusqu'alors elle ne l'avait fais. Et le poids du regard de Lon sur ce spectacle terriblement pitoyable lui avait offert l'occasion bénie de ne pas se laisser trainer au sol, la bouche ensanglantée, incapable de proférer le moindre mot par crainte de représailles morbides. Mais une question persistait, désormais : que pouvaient bien faire ses parents, maintenant qu'ils l'avaient torturée de toutes les manières possibles ? Leur imagination n'avait certes pas de limite, mais la bienséance de Jillian en possédait bon nombre, et elle ne se laisserait plus faire. Plus jamais. Elle avait retrouvé sa voix, et n'aspirait nullement à retomber dans ce mutisme sordide qu'elle s'était imposée -à tort- des années durant.

Lon s'était approché. Apparence féerique du bonheur fait homme, illusion d'un échappatoire lumineux, d'une porte de sortie grandiloquente, d'une histoire de secours pour fuir l'Enfer avilissant qu'elle avait affronté. Non, pas illusion. Lon était devenu réalité, et sa présence en ses lieux n'étaient pas une chimère idyllique imaginée par une femme bouffie d'espoirs irréalistes. Il était bien là, lui, cet homme fait de chair et de sang, son regard gorgé d'amour, son sourire délicat et sincère, sa main protectrice effleurant son visage. Il était là, plus là que jamais, il affrontait lui aussi les rois de l'hypocrisie et de l'imposture, bâtards faussement nobles, il ne l'avait pas laissé tomber comme elle aurait été en droit de l'attendre de sa part. Il aurait pu. Elle n'aurait pu lui tenir rigueur de sa fuite, elle même n'aspirait qu'à quitter ce palace digne des plus grands rois du monde, qu'à s'extirper de cet illusoire paradis ouvrant ses portes dorées sur l'Enfer le plus grandiloquent. Elle aurait compris qu'il s'en aille, elle n'aurait pu lui en vouloir. Pourtant, alors qu'il la fixait de cet air énamouré, alors qu'il la couvrait de paroles tendres, sincères et révélatrices, elle se rendait compte que jamais, oh grand jamais elle ne l'avait tant aimé. Il était là pour elle, comme personne d'autre ne l'avait jamais fais avant lui. Il lui témoignait son amour dans un instant si peu propice à ces déclarations tendres et joviales, mais il s'en fichait, offrant un parfait doigt d'honneur au nom des propriétaires de cette villa. Fidèle à lui même, il réconfortait sa bien-aimée, tendrement, doucement, saisissait sa main. Saisissait sa main. Pour l'entrainer à nouveau vers la gueule béante et sombre des restes de son passé. Elle l'aimait, cet homme. Pourtant... « Non, Lon. Il n'est pas question d'honneur, tu utilises un terme qu'ils ne peuvent pas comprendre. Je n'y retourne pas. » Son ton, fragile et sentimental, reflétait parfaitement son état d'esprit. Fragile, plus que jamais, tremblante face à la moindre brise du souffle de sa mère, terrifiée à la simple idée qu'un nouveau coup lui soit assené. Elle ne regrettait pas, mais elle nageait dans cet océan de terreur qui avait toujours entouré son enfance.

Avec tendresse, elle déposa un doux baiser sur les lèvres de Lon, caressa tendrement ses cheveux, le fixa quelques longues secondes, plongée dans cette immobilité réparatrice qui était autrefois devenu son cocon. Elle le fixa comme si elle voulait mémoriser chaque trait de son visage afin de ne jamais les oublier. Comme si elle pouvait les oublier.. Jillian aurait tant aimé lui faire comprendre à quel point sa présence là, avec elle, lui était importante, à quel point il n'aurait pu lui prouver d'une manière plus efficace un amour sincère et éternel. Elle aurait aimé, elle en fut pourtant parfaitement incapable. A quoi servait les mots, alors que son regard en disait tant ? « Je n'étais pas si différente d'eux avant de te rencontrer tu sais. C'est grâce à toi que je suis comme je suis, maintenant. » Elle laissa échapper un nouveau sourire, se saisit de sa main pour le tirer dans l'autre sens, en direction de la sortie. La sortie.. Cette porte dorée, cette esquisse de bonheur, cet air frais qui jouerait avec les cheveux de la belle, ce soleil qui illuminerait son âme. Oui, sortir, elle voulait sortir. Définitivement. Ne plus jamais entrer ici, ne plus jamais offrir à ce sol ingrat la chance de se laisser fouler par ses pieds. Non, plus jamais. « Allez viens, ils auront bien d'autres occasions de me faire comprendre leur courroux de les avoir ainsi abandonné au beau milieu d'un repas. Je vais songer à changer de numéro de téléphone et d'adresse. » Jillian laissa flirter sur son visage un sourire quelque peu amusé, se dirigeant toujours vers cette porte, qui, une fois close, se teinterait d'une jolie couleur rouge sang pour inscrire sur cette dynastie enterrée l’épitaphe suivante : 'repose in peace'. En enfer..
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