Meet me halfway ? | Evan & Jamie

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MessageSujet: Meet me halfway ? | Evan & Jamie   Mer 5 Sep - 22:39

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Je regarde nerveusement dans le miroir ; même si le reflet de l’horloge ronde accrochée au mur m’y apparaît à l’envers, je n’ai aucun mal à lire l’heure qui s’affiche sur le cadran. Il n’est que seize heures, j’ai encore du temps. Néanmoins, je sais que je vais arriver au lieu convenu en avance, car, même si j’ai essayé d’être sur mon trente-et-un, j’ai commencé à me préparer beaucoup trop tôt pour pouvoir prétendre être « fashionably late ». Et mieux vaut arriver en avance dans le café où Evan m’a donné rendez-vous plutôt que de rester à tourner comme un lion en cage dans la chambre de ma résidence, qui me paraît déjà ne pas contenir le volume d’air nécessaire à l’alimentation de mes poumons oppressés.

Le SMS qu’Evan m’a envoyé pour s’excuser de son silence radio depuis le matin où il m’a presque jeté hors de son lit et pour fixer une nouvelle rencontre m’a rencontré. Je commençais à croire qu’il avait oublié m’avoir ramené à son appartement, il y a trois soirs de çà. A la simple évocation de cette nuit, je sens sans avoir besoin de consulter la glace mes joues prendre une couleur plus sombre, d’un rouge presque vermillon, j’en suis certain.

Ce n’est pas comme si j’avais couché le premier soir avec n’importe qui, me morigéné-je avec force. Je suis sorti avec Evan cinq ou six fois depuis le fameux soir où il m’a reconnu dans le bar londonien où j’avais décidé de prendre un verre avant de retourner à Cambridge, même si j’ai bien fait attention à ne pas étaler au grand jour le fait que je connaissais une ancienne star de l’industrie pornographie, ou la raison pour laquelle je le connaissais. Quand on est sain d’esprit, on ne crie pas sous tous les toits – et surtout pas à Cambridge, où le JCC rôde – qu’on rencontre des employés du milieu érotique à des conventions entre les différentes grandes entreprises du sexe, que ce soit, comme moi, parce qu’on travaille dans le secteur du téléphone rose, ou, comme Evan, dans celui des films X.

Quand il m’a abordé ce soir-là, clamant m’avoir reconnu de quelque part, je n’ai pas vraiment pu me débarrasser de lui, car son insistance attirait les regards sur nous et que nous étions dans un pub bien connu des étudiants d’Oxbridge qui viennent le week-end sur la capitale à la recherche d’un peu de détente bien méritée. Et, fatalement, j’ai passé la soirée avec lui. Et une autre. Et une autre. Et une autre. Quoique parfaitement conscient que mon expérience en matière charnelle est quasiment nulle – la facilité avec laquelle il l’a deviné m’a amené à vérifier plutôt deux fois qu’une si je portais un quelconque badge « Vierge ! » sur mon blazer –, cela ne l’a en rien empêché de flirter avec moi. A la troisième soirée, il a essayé de m’embrasser, et je l’ai repoussé, avec une panique qui n’effaçait en rien mon envie inexplicable de le laisser continuer. A la quatrième soirée, il s’est à nouveau penché vers moi, et cette fois, j’ai eu l’instant d’hésitation qui lui a permis de m’embrasser.

Moi, qui ne suis certainement pas homosexuel, et qui ne suis en outre pas le genre à attirer des garçons comme Evan – du moins, c’est ce que je croyais, mais mes convictions s’effritent à la vitesse de l’économie grecque cette année-là – je lui ai rendu son baiser, sans même penser au fait que ce n’était pas naturel, ou du moins, pas pour moi, que je n’étais pas censé aimer ça, en dépit du nombre inquiétant de personnes qui m’avaient dit qu’il ne s’agissait en aucun cas d’une tare. J’avais considéré l’idée.

J’ai fait un peu plus que considérer, en fait, si l’on se rappelle que j’avais fini dans les draps d’Evan trois nuits plus tôt. A nouveau, mes joues s’empourprent et je tente de me distraire du souvenir de la nuit en faisant et défaisant nerveusement les boutons des manches de ma chemise. Mon cœur bat un peu plus fort – comme si je n’étais qu’une collégienne avec son premier béguin, et à la seule pensée, j’ai envie de me donner des baffes. L’idée que mes joues seraient encore plus ridiculement rouges qu’elles ne le sont actuellement est la seule chose qui me retient de passer à l’action.

Il n’est que seize heures vingt, et je ne vois Evan qu’à dix-sept heures, mais la perspective d’aller m’asseoir au café et d’ordonner quelque chose de plus fort qu’un capuccino est séduisante et je suis déjà sorti, et arrivé en moins de cinq minutes. L’endroit est bruyant, chaleureux, et il y a une petite table dans un coin où je m’assieds. J’ai laissé tomber l’idée de l’alcool ; je veux avoir les idées claires pour…

Pour quoi, en fait ? Je n’ai aucune idée de ce que je vais dire à Evan. La nuit qu’on a passée ensemble – ma première – devrait être un témoignage suffisant du fait que je pourrais m’être entiché de lui, malgré moi, malgré tout. Evan savait que c’était ma première fois ; c’est pour ça qu’il n’a rien tenté qui pourrait me rebuter dans mon statut d’homosexuel pas tout à fait assuré. Fatalement, il devait bien savoir ce que ça signifiait pour moi. J’ai cru que j’étais fourvoyé quand, à la place du matin tendre que j’ai espéré, j’ai eu droit au réveil brutal d’un Evan qui fulminait déjà sur son téléphone portable et m’a presque jeté du lit et laissé dans la rue sans même un baiser. Mais il m’a recontacté, songé-je en relisant le message. Ca ne peut vouloir dire qu’une chose. Non ?

Je fais tourner la cuillère dans mon thé, les yeux fixés sur la porte, continuant à touiller d’un air absent dans la petite tasse de porcelaine alors que le sucre a depuis fondu. Je ne sais même pas pourquoi j’ai pris du thé ; je n’aime même pas ça, mais il paraît que ça détend. Ca me détend tellement que j’ai dû en boire douze tasses quand Evan se pointe enfin.

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Evan est en retard, je le constate sans peine en jetant un coup d’œil à ma montre, soigneusement astiquée contre ma manche dans une tentative désespérée de convaincre le temps de passer plus vite, mais ça n’a pas d’importance. Un moment, j’ai cru qu’il ne viendrait pas, qu’il me poserait un lapin – je ne suis pas sans ignorer sa réputation, mais, encore une fois, le fait qu’il me rappelle pour me voir et qu’il honore notre rendez-vous me paraît être bon signe.

Il s’assoit sur une chaise à côté de moi, et je tape inconfortablement du bout de ma chaussure contre le pied de la table. Je pensais qu’il serait si facile de savoir comment réagir, mais je ne sais pas ; je reste là, stupidement assis une main toujours sur l’anse de la tasse de thé en porcelaine, le regard attiré par la façon dont il porte une cigarette à ses lèvres. Le rouge me monte aux joues, et je ne peux m’empêcher de me dire qu’au moins, ça m’évite de me demander si je suis censé l’embrasser. Quelque chose dans mon estomac se tord à cette seule pensée.

- Hey, est la seule chose que j’arrive à dire, d’un ton beaucoup trop doux, presque timide, et je me frapperais pour cela si la situation s’y prêtait, car je n’ai aucune raison apparente d’être embarrassé après la nuit que nous avons passée ensemble – ce n’est pas comme si j’avais encore quelque chose à lui cacher.

Ou bien, peut-être qu’après la nuit que nous avons partagée chez lui, j’ai toutes les raisons d’être confus ? Du coin de l’œil, à la table voisine, j’entrevois un couple qui s’embrasse. Un couple normal. Un couple pour qui la vie est plus facile. Un couple dont j’aimerais avoir la vie plutôt que la sienne ; un couple dont j’envie la situation, car si j’étais pareil, si seulement j’étais pareil, je ne serais pas assis en face d’Evan, les pommettes écarlates, à me mordiller et à m’humecter les lèvres dans l’attente qu’une parole intelligente se décide à sortir de ma bouche. Un homme et une femme, ce que la société attend des couples dignes d’être acceptés. Peut-être y a-t-il encore une chance pour que je sois pareil. Pour que ce qui s’est passé il y a trois soirs de cela ne soit qu’une énorme erreur. Je pose ma tasse, parce que mes jointures blanchissent sur l’anse ; elle cliquette contre la porcelaine de la soucoupe tandis que je baisse les yeux sur les petits cercles concentriques qui se forment à la surface du thé restant.

Admettons alors que je sois un imbécile. Admettons que je sois un imbécile incertain, ou plutôt, un imbécile certain qu’il préfèrerait être à la place de l’homme qui embrasse la femme plutôt que l’homme qui cherche désespérément à dire quelque chose à l’autre homme qui lui fait face. Admettons que je sois lâche.

Ajoutons que je suis un avocat et que, même si c’est ce qui est censé me sauver, c’est aussi ce qui va me perdre, parce que les étudiants en droit doivent être sociopathes. C’est apparemment pour ça que je me sens obligé de me pencher par-dessus la table.

- Tu sais, depuis février 2006, il y a une loi qui stipule qu’il est interdit de fumer dans un lieu public fermé.

Je tends le bras pour happer la cigarette serrée entre ses lèvres et l’écrase dans le fond de thé qui refroidit dans ma tasse. Un instant s’écoule pendant lequel je n’arrive pas à baisser le regard, et j’essaie d’agir comme si je n’avais pas remarqué que j’ai effleuré sa bouche délibérément et un peu trop longtemps pour que ça passe pour une coïncidence ; il est impossible qu'il ne l'ait pas remarqué.

Seigneur, c’était vraiment la pire réplique de flirt de l’histoire.

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Mon geste l’a pris au dépourvu, je n’ai aucun problème à lire son incompréhension et sa gêne sur son visage et dans son rire. Je ne sais pas si je dois prendre ça comme un bon signe ou non ; mes joues sont toujours empourprées de la stupidité de ma remarque et je lui suis reconnaissant de n’en faire aucune mention quand il change de sujet.

- Tu sais que ce n’est pas dans mon habitude de prendre un thé avec la personne avec qui je me suis envoyé en l’air il y a deux jours ?

Encore une fois, je ne suis pas sûr de la façon dont je suis censé interpréter ses paroles, et je ne sais pas vraiment quelle réaction il attend de moi. Le choix des mots « s’envoyer en l’air » me blesse un peu – car c’était tellement plus que ça, et il le sait. Il doit le savoir. Toute star pornographique qu’il ait été, il ne peut pas l’ignorer ; ce n’est pas le genre de chose qu’on fait avec n’importe qui, et certainement pas la première fois… Ou bien croit-il que si ? Impossible. Ou bien essaie-t-il de me signifier que je suis différent s’il choisit ainsi de faire entorse à ses vieilles habitudes ?

Mes pensées tournent en rond, comme engluées dans de la mélasse, et je choisis de contempler attentivement la carte des boissons posée entre nous, au centre de la table, plutôt que de risquer de voir le regard troublé dans ses yeux marron.

- Techniquement, tu n’as encore rien choisi, j’annone, avant de confesser, relevant brièvement le regard. Et ce… enfin, la nuit dernière, ce n’est pas non plus dans mes habitudes de…

Je balbutie de façon pathétique, mes pommettes sont à nouveau écarlates et je crache la phrase suivante plus que je l’énonce.

- C’est spécial pour moi aussi.

Spécial, exceptionnel, particulier, personnel, important, sérieux, sincère. Je ne peux décemment énumérer tous les synonymes qui me viennent à l’esprit, mais je ne m’empêcher d’avoir un sourire spontané qui, s’il reste un peu timoré, est indéniablement spontané, presque soulagé. Je pousse l'audace jusqu'à poser ma main sur la sienne.


Dernière édition par Jamie H. Milford le Ven 14 Sep - 14:29, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: Meet me halfway ? | Evan & Jamie   Ven 7 Sep - 14:11

Je regarde nerveusement ma montre et souffle tout en buvant une gorgée de café froid. Je grimace en tâtonnant sur mon bureau pour trouver un surligneur jaune fluo pour la feuille de budget que j'ai dans les mains et que je tente de mettre à jour depuis plus d'un quart d'heure. Pourquoi ai-je décidé de prendre un verre avec Jamie aujourd'hui ? J'ai tout sauf le temps pour ça en ce moment, pour me mettre vraiment à jour niveau boulot il faudrait que je campe au bureau et que je ne m'accorde aucune pause clope ou déjeuner. Ce qui est impossible et je suis donc, depuis trois jours cloitré sur une chaise, en face d'un bureau où des montagnes de papiers et de dossiers s'accumulent sans que je puisse faire quoi que ce soit. Lorsque j'ai croisé Beth ce matin à la machine à café je n'ai pas pu m'empêcher de lui demander pourquoi il a fallu qu'elle accepte deux nouveaux contrats pour des campagnes publicitaires ce mois-ci alors que nous étions déjà tous over-booké. Avec son faux sourire charmeur que je connais depuis l'entretien d'embauche qu'elle m'a fait passer il y a de cela un an, elle m'a gentiment répondu : « Mon petit Evan, malgré tout le respect que j'ai pour toi et l'admiration que j'ai pour ton travail et ton investissement dans cette boite, permets moi juste de te rappeler que nous ne vivons pas tous dans un manoir rempli de porn star qui n'arrivent pas à gagner leurs vies mais qui s'en fiche parce qu'ils ne payent pas de loyer ! » Le ton sec de ma supérieure pourtant si douce et gentille m'a tout suite fait prendre conscience de son air fatigué et des cernes que le maquillage n'a pas réussi à cacher. Alors qu'elle apparait toujours sous son meilleur jour, elle semblait, ce matin, exténuée. « L'entreprise ne va pas trop mal mais la concurrence est sévère et tu le sais Evan, il faut juste que tu apprennes à regarder la réalité en face. Si on ne se donne pas un peu de mal, les contrats vont nous filer entre les doigts. » Je me suis platement excusé, évidemment mais la mauvaise humeur de Beth n'a fait que renflouer mon air ronchon. L'heure de mon rendez-vous approche dangereusement et je suis loin d'être prêt à partir. J'ai beaucoup d'affection pour Jamie mais je me demande encore ce qui m'a poussé à lui envoyer un texto pour le revoir dans la semaine. Enfin si, je sais exactement pourquoi j'ai fait ça ; je revois sans cesse son visage endormi que j'ai brutalement et littéralement poussé hors du lit et que j'ai quitté sur le trottoir devant le manoir sans un au revoir digne de ce nom. Ce genre de situation m'arrive pourtant régulièrement mais mes partenaires n'arrivent pas vierges chez moi pour repartir dépucelés. Et ils ont l'air plus consentent à quitter les lieux que ne l'a été Jamie. Et puis pour dire la vérité, Alex a réussi à me faire culpabiliser de ressembler plus à un vrai salaud qu'à un être humain normalement constitué. « Même pour ta moral à toi qui est quasi inexistante c'est mal ce que tu as fait, m'a-t-il dit quand je suis rentrée après une folle journée de boulot. Tu ne laisses pas un garçon aussi innocent s'enticher de toi pour le baiser et l'abandonner sur le trottoir. » Au fond de moi je n'espère qu'une seule chose : qu'Alex se trompe sur les sentiments de Jamie. Il ne manquerait plus que ça ! Je pose la feuille de budget que j'ai enfin terminé de décortiquer et cours jusqu'aux ascenseurs en espérant ne croiser personne et surtout pas un de mes supérieurs. Je monte dans la voiture que j'ai minutieusement garé sur le trottoir d'en face et j'allume une cigarette tout en conduisant en direction de Cambridge. Pour moi ça avait été clair, il ne s'agissait que d'une histoire de cul, une aventure d'un soir, un dépucelage pour rendre service. Evidemment que j'avais senti Jamie réticent à mes avances au début, mais sa petite bouille d'ange m'avait tellement fait craquer que j'ai redoublé d'effort pour le charmer. La nuit que nous avions passée ensemble c'était magnifiquement bien passé, j'espérais secrètement que Jamie avait été content de mes services, point final. J'arrive avec seulement dix minutes de retard dans le café ou Jamie m'a donné rendez-vous et je le rejoins à la table où il est assis. . Il me murmure un « Hey » plutôt timide et je suis soudain pris de panique : Je ne sais pas comment réagir, je ne sais pas quoi faire, je n sais pas quoi dire… Sans réfléchir et par habitude sans doute j’allume une cigarette. Je souris, toujours sans rien dire lorsque Jamie attrape la clope que j’ai au bec et l’éteint dans sa tasse vide. « Tu sais, depuis février 2006, il y a une loi qui stipule qu’il est interdit de fumer dans un lieu public fermé. » Il me faut quelques secondes pour m’enlever cet air d’abruti profond que j’ai sur le visage à cause de la surprise de son geste. Je n peux m’empêcher de rire nerveusement. « Tu sais que ce n’est pas dans mon habitude de prendre un thé avec la personne avec qui je me suis envoyé en l’air il y a deux jours ? »


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