Somewhere along in the bitterness - Gabriel

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MessageSujet: Somewhere along in the bitterness - Gabriel   Lun 30 Juil - 12:10

Je sors de la salle d'opération, dépité. J'ai une folle envie de me défouler sur le premier objet à ma portée, un coup de pied dans quelque chose, n'importe quoi, ou frapper violemment le mur avec ma main. Cette réaction est normale et tellement typique dans les couloirs d'un hôpital... Mais contrairement aux étudiants encore novices et aux jeunes médecins trop sensibles, j'ai de l'expérience, et j'arrive aujourd'hui à garder cette rage de désespoir, synonyme d'échec, pour moi. Il m'a fallu du temps avant d'y arriver et j'ai longtemps cru que j'étais tout sauf fait pour être médecin. Maintenant encore, quand je prétends être serein dans des situations comme celle-ci, j'enfile un masque pour me faire paraitre impassible. Un air sérieux et professionnel, un regard vide dans lequel on ne peut pas lire, sauf à quelque moment, quand je ne me maîtrise plus tout à fait, une pointe de tristesse. Si j'étais encore jeune et fumeur, je me serais nerveusement allumé une cigarette. Si j'étais encore jeune et marié, j'aurais appelé Mary et entendre le son de sa voix rassurante m'aurait permis de mieux finir la journée. Si j'étais encore jeune et père de deux enfants, je me serais dépêcher de rentrer à la maison ce soir-là, passer du temps avec mes deux bouts de choux, les seuls vraiment capable de me faire oublier ma médiocrité de la journée. Mais je ne suis plus jeune. Les rides sur ma main encore tremblante d'émotion en sont la preuve. Et je ne suis plus fumeur, plus marié et plus père de deux magnifiques enfants. Je m'adosse contre un des murs blancs de l'hôpital et ferme les yeux pour souffler un peu et me remettre les idées en place. Il est rare que je me laisse emporter par de telles vagues de mélancolie. Je suis généralement un bonhomme de 50 ans toujours joyeux, prêt à rire et à faire rire n'importe qui, n'importe quand. Mais la... Putain. J'ai été incapable de sauver ce gosse. Ça fait longtemps que je n'avais pas fait face à un aussi grand échec de ma part et de la médecine. Depuis six ans que je suis dans l'enseignement j'ai aussi nettement moins pratiqué, surtout pour des opérations aussi délicates. Jusqu'au coup de fil de la semaine dernière, l'hôpital d'Oxford avait besoin d'un assistant qualifié et le chirurgien, que je connais bien, m'a immédiatement proposé. Et voilà. Un gosse de 7 ans qui n'a pas pu être sauvé. Théoriquement, je n'ai rien à me reprocher, c'était du 50/50, l'enfant avait autant de chance de mourir que de survivre. 7 ans. Comme mon Jude. Le sentiment d'impuissance que j'ai ressenti à la mort de mon fils s'empare encore une fois de moi. Je marche nonchalamment en tentant de penser à autre chose. A l'autre bout du couloir, un médecin explique à la famille de l'enfant l'échec de l'opération. Je n'entends pas ce qui est dit mais les réactions parlent d'elles-mêmes. Quelques sanglots se font entendre et je préfère baisser les yeux pour ne pas regarder cette famille détruite. A quelque pas de moi, un jeune homme est assis, recroquevillé dans un coin. Je reconnais à sa tenue qu'il est interne à l'hôpital et je devine qu'il a lui aussi assister à l'opération désastreuse. Je m'approche d'une fontaine et fait couler de l'eau dans un gobelet en plastique avant de m'accroupir à côté de lui. Je pose ma main sur son épaule et lui propose le verre. « Allez mon gars, ça va aller. » Mais le jeune homme semble refuser tout contact physique et, extrêmement violement, il donne un coup dans le verre que je tiens à la main. La surprise ne me permet pas d’éviter la chute et sans quitter le garçon des yeux, j’entends le bruit sourd que fait le gobelet en plastique en s’explosant par terre. Le jeune homme sert les dents et murmure, sans me regarder : « Non ça ne va pas… » La surprise m’empêche dans un premier temps de parler et de faire quoi que ce soit. Je le regarde, sans rien dire. Si je ne me trompe pas, la blouse blanche ne peut pas mentir, il travaille ici. Il a l’air trop jeune pour être diplômé, mais ce n’est pas un étudiant novice. « Tu as déjà dû en voir des opération finir tragiquement comme celle-ci. Il y en a malheureusement tous les jours, mais il faut continuer, la tête haute, d’accord ? » Je suis moi-même étonné par le ton froid de ma voix. Comme si la mort de cet enfant ne me faisait ni chaud ni froid alors qu’elle m’avait blessée au plus profond de moi.

UC


Dernière édition par Luke A. Johnson le Jeu 13 Sep - 15:10, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Somewhere along in the bitterness - Gabriel   Lun 30 Juil - 14:31

« Des jumeaux vrais ne sont qu'un seul être dont la monstruosité est d'occuper deux places différentes dans l'espace » Michel Tournier


Gabriel avait attendu cette opération depuis 2 semaines. Deux longues semaines à insister auprès des titulaires pour qu’ils envoient au diable leur peur de nuire à leur réputation en se lançant dans une opération miracle. Le gamin était condamné quoi qu’il arrive. Il y restait si rien n’était tenté. Gabriel refusait que personne ne tente rien. Il se moquait bien de la pseudo réputation de chacun. La vie d’un gosse était en jeu, celle de sa famille aussi, celle de sa grande sœur. Gabriel avait suivi le patient depuis son arrivé et touché par la relation que le gamin entretenait avec sa sœur d’à peine 2 ans de plus que lui, il s’était attaché à eux. Il comprenait si bien ce lien. Il avait connu l’un des liens les plus fort qui puissent unir deux personnes, celui d’être semblable, celui d’être jumeau, celui de n’être qu’un.
Alors il s’était battu. Pour que cette opération ait lieu, pour que chacun y croit de toute ses forces. Il avait enfoncé des portes, fait parler de lui encore une fois. Tout cela lui était bien égal, si ce gamin avait une chance un jour de serrer sa sœur dans ses bras, une nouvelle fois. S’il avait l’occasion d’obtenir son bac, de rencontrer une fille, de l’aimer, de lui faire l’amour comme si c’était la dernière fois, si ce gamin avait la chance de vivre. Il voulait bien être traité de fou inconscient.
Il était dans la petite salle en hauteur, prévu à l’observation. Il y avait beaucoup d’étudiants ici, et même quelques chirurgiens confirmés. Il faut dire que l’opération était de taille. L’hôpital avait même fait appel à la crème des chirurgiens dans d’autres hôpitaux. Rien n’était trop beau pour ce gamin, là allongé sur la table d’opération, prêt à mourir ou à vivre.
Assis nerveusement, les coudes sur les genoux, Gabriel était incroyablement silencieux, comme si un moindre bruit ici aurait pu perturber en bas la concentration de ceux qui tenaient la vie du gamin entre leurs mains.
L’arrêt fut brutal et inexpliqué. Pourtant l’opération avait eu ses chances d’être réussite, l’enfant était jeune, il pouvait endurer plus qu’il n’en avait l’air. Mais pas cette fois. Le cœur du gamin s’arrêta. Asystolie. Gabriel se leva d’un bond, voyant les médecins s’afférer à ranimer le gosse. Ses mains se posèrent sur la vitre et il se surprit à prier. Lui qui n’était pas croyant. Il suppliait presque intérieurement. *Revient…* Rien n’y fit et les docteurs finirent par s’écarter, baissant les bras et la tête. « Non, essayez encore ! Il va revenir.. » Le cœur de Gabriel battait pour deux tant il battait vite. C’était douloureux, incroyablement douloureux. « C’est fini.. » une main amicale s’était posée sur son épaule. Il fixa cette main puis baissa la tête. La salle d’observation se vidait déjà. Le gamin y était resté. Ils venaient tous de prendre à ce gamin et à sa famille les quelques semaines qui leur restaient à vivre ensemble. Gabriel sortit de la salle le dernier, complètement anéanti. Parfaitement en colère. Il sortit et fit quelques pas sur ses jambes frêles qui déjà refusaient presque de le porter. Il aperçut au loin la famille, en présence de médecins et n’eut la force de les rejoindre pour soutenir la gamine. Il se laissa tomber contre le mur et se recroquevilla sur le sol, genou contre son torse. Sa respiration s’était faite difficile et son cœur refusait de se calmer. Il avait mal pour eux. Son poing droit serré, frappait à rythme régulier sur son genou, évacuant sa nervosité qui pourtant ne désemplissait pas.
Mâchoire serrée, il baissa la tête, enfouissant son visage dans son corps tremblotant. Il n’allait pas bien. Pas bien du tout. Une main posée sur son épaule le fit sursauter, sortir de sa torpeur. En un mouvement brusque du bras provoqué par ce contact, il envoya valser quelque chose. Il avait relevé la tête, tel un fou furieux, tel un sauvage. Son regard suivi le projectile, un verre d’eau venait de tomber sur le sol devant lui. Il jeta un bref regard à l’homme qui l’avait rejoint et se détourna, secouant légèrement la tête négativement. Son corps voulait exploser. Il se mit à gigoter. Ses mains serrant ses bras frénétiquement et son buste se balançant d’avant en arrière. Il était silencieux. Seule sa respiration saccadée venait troubler ce silence.

Il essayait pourtant de se calmer mais son corps semblait penser pour lui. Il lui faudrait trouver un exutoire pour évacuer toute cette rage accumulée. Ils l’avaient perdu, ils avaient perdu ce gamin. C’était trop pour lui. Il estimait, injustement surement, que les médecins ne s’étaient pas assez acharnés à le faire revenir. Sa rage de désemplissait pas. Il cessa de se balancer, énervé par lui-même d’avoir si peu de contrôle sur ses émotions et sur son corps. Il tenta de cesser de bouger et canalisa sa rage dans un seul et unique mouvement régulier et inhabituel. Sa main s’était remise à frapper doucement à rythme régulier le dessus de son genou. Ainsi au moins sont corps semblait presque sous contrôle, si ce n’est qu’il tremblait encore. Des sueurs froides s’emparaient de lui, paniqué à l’idée que la gamine souffre autant qu’il souffrait. « Non ça ne va pas… » Fit-il entre ses dents serrées. Un silence s'installa. Silence durant lequel Gabriel tenta de reprendre le contrôle de son corps. Concentré sur son état, son regard se perdit sur la droite en direction de la gamine qui apprenait la pire nouvelle qu'on puisse lui annoncer. Son frère avait succombé à l'opération. Elle devrait composer avec ça, toute sa vie. Elle devrait vivre sans lui, désormais. Gabe baissa la tête, incapable d'assister à ce spectacle plus longtemps et observa son poing frappant toujours à rythme régulier sur son genou. Il s'obligea à s'arrêter, détendant son poing exagérément, comme engourdit d'avoir serré trop fort. L'homme à côté de lui le rappela à sa présence.
« Tu as déjà dû en voir des opération finir tragiquement comme celle-ci. Il y en a malheureusement tous les jours, mais il faut continuer, la tête haute, d’accord ? »
Gabriel se tourna vers lui croisant pour la première fois réellement le regard de l'homme. Il l'observa perdu, le regard vide, le regard perdu, comme ailleurs puis détourna pour regarder devant lui. Prit de picotement dans la nuque et de sueur froides, il porta sa main à sa nuque puis posa sa tête en arrière contre le mur. Il manquait d'air clairement, son coeur allait exploser. « Laissez moi, c'était lui qu'il fallait sauver, pas moi. »
Pris de vertige, il ferma les yeux fortement, grimaçant légèrement souffrant physiquement. Il ne tarderait pas à avoir des nausées s'il n'arrivait pas à se calmer. Il le savait. Il rouvrit les yeux, fixant gravement le plafond puis pris sur lui pour se relever en s'appuyant sur le mur. Il en eut toute la difficulté du monde, les jambes ankylosées, suant à grosses gouttes sur les tempes.

To be continued...
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