I’m at a payphone, trying to go home

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MessageSujet: I’m at a payphone, trying to go home   Jeu 28 Juin - 21:14

Je ferme les yeux et imagine la soirée à venir. Je grimace et sens une main imaginaire sur ma cuisse. Je la repousse et rouvre les yeux. Je ne peux pas y aller, je ne veux pas y aller. Pourtant, j’irai, comme à chaque fois. Je soupire et frissonne en repensant aux soirées précédentes. Je sens encore sa main sur ma cuisse, sa main qui remonte, qui me caresse. Je sens encore son souffle sur mon coup. Je secoue la tête pour m’enlever ces pensées désagréables de la tête. Un client est un client. Il me paye cher et me permet de payer mon loyer dans cette ville horriblement chère. Et surtout, il me permet de participer à des conversations intéressantes. Pour une fois, je ne jouerai pas la potiche. Je me dirige vers mon dressing. Je passe une main sur toutes mes robes et les cintres claquent entre eux. Je sélectionne un pantalon et un chemisier, que je dispose précieusement sur mon lit. Peut-être que ça l’empêchera d’aller trop loin. Je les fixe pendant quelques instants et soupire encore une fois. Rien ne l’arrêtera. Je fais glisser mon peignoir le long de mon corps et enfile ma tenue. Je m’installe à ma coiffeuse et me brosse les cheveux. Plus je passe de temps ici, moins j’en aurai à faire là-bas. Enfin, je l’espère. Je fredonne une vieille chanson que ma mère m’avait apprise, tout en continuant le brossage de mes longs cheveux blonds. Mais j’abandonne bien vite et passe au maquillage. Seulement tout ça se termine rapidement et je n’ai plus vraiment le choix. J’attrape ma minaudière et une fois dans la rue, j’hèle un taxi.

Je pénètre dans le hall de l’hôtel avec une certaine assurance. Je croise le regard du réceptionniste, que je connais plus ou moins, plutôt moins que plus. J’ai l’impression qu’il a compris mon manège, mais je fais partie de ces rares filles qui ne feront pas de scandale à l’hôtel, je ne fais que dîner avec mes clients. Ca doit être quelque chose qu’il apprécie puisqu’il ne m’a jamais rien dit, il ne m’a jamais fait de remarques. Je lui souris et me dirige vers lui. « Excusez-moi, pouvez-vous m’indiquer le restaurant s’il-vous-plaît ? » Il acquiesce et m’indique une direction derrière moi. Je le remercie d’un signe de tête, d’un sourire et quitte son visage rassurant pour mon rdv. Je m’adresse d’abord au maître d’hôtel qui m’amène à notre table. Il est déjà là, seul, alors que nous avions prévu, un repas pour quatre ou cinq. Mes mains se resserrent sur ma minaudière et j’hésite à faire demi-tour, quitte à perdre l’argent qu’il a prévu pour moi. « Neveah ! Je suis content que vous soyez là. » Trop tard ! Un sourire hypocrite sur le visage, je m’assois à ses côtés, vu qu’il ne prévoit jamais de chaises en face de lui. Sa main atterrit sur ma cuisse, comme d’habitude. Je respire calmement et pose ma minaudière sur la table. « Je pensais que nous serions plus. » lui dis-je, gentiment. « Ah oui ? Ils ont du annuler et j’ai oublié de vous prévenir. Je sais que vous adorez ces dîners, je ne voulais pas vous décevoir. » Sa main caresse ma cuisse. Je me redresse et mon sourire disparait. Il lit le menu et interpelle un serveur. « Je prendrais comme d’habitude et la jolie demoiselle… » « Pareil que lui, je sais qu’il a très bon goût. » Je vois ses lèvres s’élargirent en un sourire carnassier. Je ferai vraiment tout pour être ailleurs, en ce moment. Et je n’ai même pas d’alcool pour faire passer tout ça. Quoi que c’est peut-être mieux que je garde les idées claires. Les entrées arrivent rapidement et j’assiste au repas, dans un état léthargique. Je ne rigole pas à ses blagues, je ne parle que quand c’est nécessaire. Je n’ai même pas l’impression qu’il se rende compte de quoi que ce soit. Il parle pour deux, ou me murmure des choses à l’oreille. Sa main se fait pressante, insistante. Je termine mon dessert difficilement. « Quand nous aurons terminé, j’aimerai vous montrer quelque chose et avoir votre avis. » Je lève les yeux vers lui. « Je-je ne pourrai pas rester. Demain, j’ai un rdv très important. » Il soupire et pose sa serviette sur la table. « Au diable, tout ça. Ce soir, vous êtes avec moi. » Il se penche vers mon oreille. Je sens de nouveau son souffle sur mon coup et je frissonne. « Je vous paye seulement si je suis satisfait. Donc quand je dis que vous venez avec moi, après le dîner, vous venez. » Je ferme les yeux et acquiesce. Tout ça pour pouvoir payer mon loyer. « Bien ! » Il dépose un baiser sur ma joue et me sourit. « On y va ? » J’acquiesce de nouveau, attrape ma minaudière et le suit. Je retiens mes larmes et murmure pardon à Dieu.

L’ascenseur ouvre ses portes et il m’attrape par la taille pour avancer, ne se gênant pas pour poser ses mains sur mon corps. J’ai essayé de protester, de me défendre mais rien n’y fait. Il est beaucoup trop fort et j’ai besoin de cet argent. Il ouvre la porte de sa suite et me pousse à l’intérieur. « Vous pourriez sourire quand même ! Je ne vais pas vous manger. » Je m’installe sur le canapé et regarde droit devant moi. Il m’abandonne quelques minutes pour la salle de bain. Je tourne la tête vers la porte. Quelques mètres et je serai libre. Quelques pas à faire et je pourrai sortir de cette chambre, qui m’étouffe. Je louche sur l’enveloppe qui gît sur le buffet. Je pourrai même être payée. Un sourire apparait sur mon visage. Finalement, ça va bien se passer. Je bouge la jambe mais la porte de la salle de bain s’ouvre. Il prend mon sourire pour un signe d’encouragement et vient se placer à mes côtés. Sa main retrouve ma cuisse, comme si c’était sa place normale. Je frisonne et ferme les yeux encore une fois. Il se rapproche et sa main remonte. Sa bouche atterrit sur mon cou. J’ouvre la bouche pour hurler mais aucun son ne sort. Que puis-je faire ? Personne ne sait où je suis, ce que je fais. Personne ne peut me venir en aide. Je me lève précipitamment. « Je suis désolée, j’aimerai me repoudrer. » Je fonce dans la salle de bain. Je me pose contre la porte et m’écroule. Je ne pourrai pas y arriver. Je ne pourrai pas le faire. Lorsqu’on regarde les clips, les films, les séries, tout semble facile quand ils abordent le sexe. Pourtant, ça ne l’est pas. Que suis-je supposée faire ? Et comment me faire pardonner par Dieu ? Je me relève difficilement et m’accroche au lavabo. Le reflet me renvoie une image épouvantable de moi. Je passe mes mains sous l’eau froide et bois une gorgée. « Neveah, qu’est-ce que vous faîtes ? » Je retiens mon souffle et panique. Je ne peux pas rester. Je ne veux pas rester. Il ouvre la porte de la salle de bain et je balbutie quelques mots pour m’excuser. « Je suis vraiment désolée, mais je dois rentrer. » « Je ne crois pas. » Il m’attrape le bras et me force à lui faire face. « Nous avons un accord, tous les deux, je vous rappelle. » « Il est bien stipulé dans ce contrat, qu’il n’y a pas de sexe entre nous. Vous l’avez signé. » « Tout ça, ce sont des conneries ! » Je me débats pour qu’il me lâche et arrive à passer. Je fais quelques pas mais il me rattrape par les cheveux. « C’est moi qui paye, donc c’est moi qui décide okay ? » Je secoue négativement la tête et des larmes coulent toutes seules sur mon visage. Il me lâche mais sa main atterrit cette fois-ci sur mon visage dans un bruit assourdissant. Je m’écroule sous la force du coup. Ma joue est brûlante. Je retiens un gémissement et prie le ciel pour qu’il me vienne en aide. Cependant, j’ai l’impression que ce soir, Dieu n’approuve pas ce que je fais. Je murmure quelques prières, espérant que ça aille vite. « Qu’est-ce que tu dis trainée ? » Il m’attrape par les cheveux et me relève. Il me jette sur le lit et je ne retiens plus rien. Je pleure, je gémis, je le supplie de me laisser tranquille mais rien ne semble l’atteindre. Il se rapproche et attrape mes bras pour que j’évite de me débattre. Sa bouche se rapproche de mon oreille. « Tu verras, tu vas adorer ce que je vais te faire. » Je ferme les yeux. Pourquoi ? Pourquoi suis-je venue ? Pourquoi ne suis-je pas en train de faire serveuse dans un bar, comme n’importe quelle étudiante ? Ses lèvres se collent à mon cou, elles descendent plus bas. Il semble lâcher prise et j’en profite pour me débattre. Ma jambe atterrit dans son entrejambe. Il s’écroule dans un cri de souffrance. Je me relève péniblement et prends les jambes à mon cou, sans oublier de récupérer mes affaires et l’enveloppe qui traine sur la commode.

Je sors précipitamment de la chambre et fonce dans les escaliers. Mes talons claquent dans un bruit assourdissant sur les marches et j’essaye de mettre autant d’étages possibles entre lui et moi. Mais je finis par m’arrêter pour reprendre mon souffle. Je m’appuie contre un mur et mes genoux se dérobent. Je reste assise par terre, sursautant au moindre bruit que j’entends. S’il me retrouve, je n’aurai plus la force de me défendre. Je suis épuisée. Il fallait que ça arrive. J’ai toujours eu de la chance, je suis toujours tombée sur des gens qui me respectaient, des gens qui avaient besoin de moi pour faire bonne figure. Aucun n’a jamais contesté la partie concernant le sexe. J’ai toujours été protégée. Je regarde l’enveloppe que je tiens entre les mains. Est-ce que ça vaut que je me mette en danger ? Est-ce que ça vaut que je me fasse violer, taper dessus ? Je soupire et range l’enveloppe précieuse dans ma minaudière. Je me relève difficilement et descends le reste des étages à pied. Je me retrouve dans le hall et file aux toilettes pour me refaire une beauté. Si on me voit dans cet état, on va poser des questions et je n’ai pas envie d’y répondre. J’arrange mes cheveux et fixe un instant le bleu, qui s’est formé sur ma joue gauche. Je le frôle avec mes doigts et grimace. Je ne vais rien pouvoir faire pendant quelques jours. J’efface les quelques traces de maquillage, qui a coulé et traverse le hall, la tête basse, sans un regard pour personne. Un coup de vent me fait frissonner et je regrette de ne pas avoir pris de veste. Je marche la tête basse, à travers les rues, mettant le plus de distance entre l’hôtel et moi, à la recherche d’une cabine téléphonique. J’en trouve finalement une. Je mets quelques pièces dedans et compose un numéro. Je m’appuie contre la vitre et j’espère qu’il va me répondre. Des larmes recommencent à couler et je lâche un sanglot quand j’entends sa voix. « Je-je suis désolée, je ne savais pas qui appeler. J’ai un… Il m’est arrivé quelque chose ce soir. » Je passe une main dans mes cheveux. Je n’aurai pas dû l’appeler. Pourtant, c’est le seul qui puisse m’aider. Personne ne sait ce que je fais. Je ne peux pas appeler James, sans me faire juger et subir un interrogatoire. C’est la meilleure solution. J’éclate en sanglots. « J’ai besoin de toi, Lucas. J’ai peur, je ne sais pas quoi faire. »
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