are you okay ? ♦ FAITH

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MessageSujet: are you okay ? ♦ FAITH   Sam 19 Mai - 18:20

Je ne devrais pas faire ça. C’est sans doute très mal élevé et très mal vu. Et puis d’abord, qu’est-ce qui me dit qu’elle sera effectivement chez elle ? Si ça se trouve, elle sera au boulot comme toujours et je me retrouverai comme un idiot devant sa porte avec cette boite de chocolats que j’ai acheté en venant. Quel crétin, je secoue la tête et maugrée légèrement en pestant contre mon incapacité à envisager les rapports homme/femme de même âge sans cette anxiété laissée sans doute par Jane, qui d’ailleurs va déménager à Londres elle aussi, comme si j’avais besoin de ça. Je soupire et me décide finalement à sortir de ma voiture, je suis Daniel Logan, un chorégraphe réputé qui affronte des foules, des journalistes, des conférences de presse. Alors sincèrement, passer chez une amie pour s’assurer qu’elle va bien est juste une formalité de routine totalement réalisable. Je verrouille la voiture derrière et moi et m’avance vers l’immeuble. J’aurais très bien pu venir à pieds mais vous savez ce que c’est, quand vous êtes un grand danseur et qu’on compte sur vous, vous vous ménagez dirons-nous. Je sonne et tousse un peu, m’annonce. « C’est Daniel Logan ». La porte s’ouvre et je me dirige vers l’étage indiqué. J’ai apporté, aussi, les places pour Starmania que je n’ai pas laissé au Claridge pour la simple et bonne raison que je n’y ai pas remis les pieds depuis notre entrevue dans l’ascenseur. Je monte et intercepte une porte ouverte vers laquelle je me dirige. J’espère sincèrement qu’elle ne prendra pas mon passage pour de la mauvaise éducation. « Bonjour Faith ». J’esquisse un sourire un peu réservé et hausse une épaule. « J’ai entendu ce qu’il s’était passé au Claridge’s et j’avais un moment libre alors… J’espère que tu ne m’en veux pas de ne pas avoir prévenu ». Tu ? TU ? Est-ce que je dois vraiment la tutoyer ? Je ne sais plus… Je lui tends la boite de chocolats sur laquelle sont agrafées les places et fronce un peu le nez. « Est-ce que ça va ? » Elle tire la porte pour me laisser entrer. Le tutoiement a l’air de l’avoir interloqué mais c’est au moins une partie de conversation dont on se dispensera, et après tout, cette femme m’a quand même embrassé deux fois de suite, je pense que c’est un indice suffisamment important sur la qualité de notre entente pour que je me permette le tutoiement, qu’elle a d’ailleurs employé devant son fameux Karl – même si les conditions étaient totalement différentes, je vous l’accorde. « Je ne sais pas. » Elle lance, et je fonce un peu les sourcils. Effectivement, la forme n’a pas l’air d’être au mieux. Je soupire un peu en observant aux alentours. L’appartement est élégant et raffiné, à son image en somme. « Mais je t'en prie, assieds-toi » Je m’exécute timidement tandis qu’elle me montre le canapé, cessant mon observation insistance de son espace vital au profit d’un comportement plus rationnel et civilisé. « Est-ce que tu veux boire quelque chose ? ». J’hausse une épaule et secoue doucement la tête, je sors d’un rendez vous très important au cours du quel beaucoup de café a été bu et je crois que si j’avale une goutte de plus je vais exploser tellement je serai en forme. « Non merci, c’est gentil ». C’est bizarre d’être venu, tout bien réfléchi. Je ne la connais pas, elle ne me connaît pas, et en dehors de cet épisode réellement bizarre de ma vie – mais pas forcément bizarre dans un sens négatif, en réalité, plutôt bizarre bizarre – et des informations qui circulent sur moi quand je sors une nouvelle comédie musicale, elle n’a pas beaucoup de précisions sur moi et mes horribles sautes d’humeur, ma femme lesbienne – ex-femme, pardon – et tous ces trucs marrants qui font de ma vie un perpétuel enfer. « Tu ne travailles pas ? »

« J'ai pris des vacances. Mais on dirait que ça ne me réussi pas. Pour tout t'avouer, cet... accident au Claridge m'a fait réfléchir et j'ai ressenti le besoin de faire le point » Je pousse un léger soupire, loin de douter du fait que la situation soit d’une complexité sans nom. Se retrouver embusqué dans une prise d’otages alors même que l’on se trouve dans un hôtel luxueux et hors de prix n’est pas franchement ce que l’on peut souhaiter aux gens normalement constitués. Et pourtant, ça aurait pu être pire, il y aurait pu avoir des morts, fort heureusement ça n’a pas été le cas. Un petit animal blanc sort de nulle part et vient se serrer contre elle, j’hausse un sourcil curieux et interrogatif. Décidemment, il faut croire que tous les gens que je fréquente sont en possession d’animaux des plus originaux. Celui là est mignon et ne semble pas franchement hostile, Dieu merci. « Merci d'être venu » Je relève les yeux et hausse une épaule en acquiesçant un peu. En réalité, je n’ai rien à foutre ici. Mais j’en connais un rayon sur les thématiques du genre, faire le point, réfléchir sur la vie, encaisser les coups durs etc. « Et toi comment vas-tu ? » Je soupire un peu. « Considérant que je n’étais pas au Claridge ce jour là et que ma vie tourne toujours autour de la même angoisse viscérale à l’idée que la comédie musicale ne fonctionne pas, je dirai que je vais plutôt bien, merci ». Je souris un peu en essayant de trouver réponse mais ne doute pas que l’impasse doit être légèrement désespérante. « J’aurais du téléphoner avant mais je me suis dit que la compagnie manquait peut être à la liste des choses détestables qui se sont produites ces dernières quelques heures… » j’ajoute dans un sourire, tentative toujours aussi avortée de lui faire décrocher un sourire.

« Au risque de te décevoir, ta compagnie fait partie des choses agréables et Dieu seul sait comme elles se sont faites rares ces derniers jours. ». Je souris un peu, flatté je l’admets, tandis que l’animal minuscule lui monte sur l’épaule et se niche dans son cou. Elle retrouve momentanément quelques couleurs et quelques traits plus joyeux, j’hoche la tête d’appréciation et note intérieurement de proposer à Lia de lui acheter un lapin ou un minuscule animal, ce qui la calmera peut être – j’ai cru comprendre que ses exploits actuels à Cambridge étaient des plus divertissants. « Je suis persuadée que ta comédie musicale sera un franc succès ». Je relève les yeux et lui adresse un sourire reconnaissant. En réalité, j’en suis persuadé moi aussi, mais le stress fait partie intégrante du métier. Je serai moins bon si j’étais absolument certain de pouvoir me reposer sur mes lauriers. Alors je préfère feindre la crainte, ce qui me donne une très très bonne excuse pour torturer mes danseurs jusqu’à l’épuisement. La quête éternelle de la perfection, dirons-nous. « En ce qui me concerne j'irais la voir et je traînerais un pauvre innocent pour m'accompagner » Je souris et hoche la tête. « Et je serai ravi de t’y voir ». Je joue avec mes mains et m’étire un peu. « En fait, je serai dans les coulisses tout le long du show pour hurler sur les faux pas éventuels des danseurs et de cette starlette de Camille Martin, mais si tu veux venir me féliciter après, on sabrera sans doute le Champagne aux douze rappels qu’on nous demandera de faire ». Je souris un peu plus, riant légèrement moi aussi, pour l’inspirer dira-t-on. « Et ça me ferait très plaisir de fêter ton immense succès » Je ris un peu, mon égo en prend un léger coup – dans le bon sens, bientôt, je ne distinguerai plus mes chevilles. « J'avoue que je suis plutôt surprise de ta venue » Oui, à propos de ça, moi non plus pas franchement. Une pulsion bizarre, une quelconque envie de m’assurer que tout va bien parce que précisément c’est un exploit que je puisse me comporter de la sorte sans craindre un quelconque refus ou que sais-je encore. « Agréablement surprise. Et très heureuse. C'est étrange non ? » Elle me fixe et je bafouille un peu, cherchant mes mots sans baisser les yeux. Qu’est-ce qui est étrange ? Je ne sais plus. « Qui aurait cru qu'une panne d'ascenseur aurait pu nous rapprocher ? D'autant plus que ça avait mal commencé, par ma faute j'en suis consciente » Je ris un peu, il est vrai que la situation était des plus originales. « C’est vrai… et ce type, j’ai cru qu’il allait mourir en nous voyant, le pauvre ». Mon rire se fait plus fort et j’inspire un peu.

« Et le plus beau c'est qu'il ne m'a pas rappelée une seule fois. Oui enfin, sauf après l'accident au Claridge mais j'ai jeté mon portable par la fenêtre et je n'ai eu aucune nouvelle. » J’écarquille un peu les yeux mais m’abstiens de faire une remarque, après tout, j’ai déjà connu des accès de colère moi aussi, et lesquels. « Mais apparemment nous étions très crédibles, j'ai entendu mes deux assistants plaindre le pauvre homme sur qui j'avais mis le grappin » C’est drôle que les gens aient pu tous gober l’histoire, quand on sait que je passe 90% de mes soirées dans des bars étudiants à faire mon cougar version homme célibataire divorcé et bafoué avec ma copine de toujours. Et que mon ex-femme s’installe à Londres, soit vraiment très près de l’endroit où je vis. « Tant mieux si j’ai pu servir de couverture, alors ». Je lui adresse un clin d’œil et m’étire un peu. « Je ne voulais pas t’embêter, en tout cas, juste m’assurer que tout allait bien ». Je fronce le nez, et hausse une épaule. « J’ai la lourde tâche d’aller engueuler ma fille maintenant… » Je soupire, je déteste ces moments de la vie où il me faut être un père exécrable pour le bien de sa fille. Je sais bien à quoi ressemble le fait de se faire engueuler par ses parents, et ça n’a rien d’agréable. Jane elle, forcément, c’est la mère lesbienne et cool qui sort avec une hippie et va en boite à l’occasion. Moi si je peux éviter de montrer à Lia que je couche avec des congénères de son âge, ça m’arrange. Je marmonne un peu. « Elle va sans doute me détester et m’en vouloir à mort ». Je me redresse et baisse les yeux. « Tu es son père, c'est normal que tu définisse les règles à respecter. C'est ton rôle et elle ne va pas te détester pour ça. Enfin c'est ce que je pense. Je suis mal placée pour en parler je n'ai jamais eu d'enfant, même si j'aimerais bien encore aujourd'hui ». Deux enfants, une ex-femme lesbienne et une semi-autorité à assurer, ça n’est pas si grave, hein ? Je fronce un peu les sourcils et me gratte la tête, sans doute en imitation de son geste. « Mais tu ne m'avais pas dit que tu étais père... tu sais que c'est très sexy un père divorcé ? » Elle éclate de rire et mon amusement se joint au sien. « Je tâcherai de m’en souvenir », je réplique en riant, me dirigeant vers la porte. « Je suis doublement père, en fait, mais c’est une très longue histoire ». Je soupire un peu. « Je te raconterai », j’ajoute, évasif, sans vraiment savoir pourquoi. « Je te verrai pour Starmania, alors ? Tu constateras de toi-même si ma fille m’a tué ou pas pour avoir osé élever le ton ». Je dépose un baiser sur sa joue, par réflex, et gagne la porte en souriant un peu. « N’hésite pas à téléphoner. » Clin d’œil, cette entrevue avait définitivement sa place dans mon emploi du temps. Et puis, j’ai appris que c’était sexy d’être père. Je ris un peu, puis ajoute : « Prends soin de toi, Faith ». Elle me sourit, me remercie : « C'est promis Daniel. Prends soin de toi aussi. Et merci d'être passé, ça m'a fait du bien d'avoir un peu de compagnie » J'acquiesce doucement, lui laissant un dernier sourire avant de passer la porte, perdu dans mes pensées.


Dernière édition par Daniel A. Logan le Mar 22 Mai - 22:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: are you okay ? ♦ FAITH   Sam 19 Mai - 18:56

Trois jours. Cela fait presque trois jours que je suis enfermée chez moi. Que passe mes journées au lit et mes soirées devant des films navrants en mangeant du yaourt glacé à 0% de matière grasse. Depuis l'accident au Claridge et surtout ma rencontre avec Andrea, j'ai décidé de faire une chose que je n'avais pas faîte depuis la fin de mes études, c'est à dire des années... prendre des vacances. Et je vous annonce que je déteste ça. Accompagner ce gamin à l'hôpital et le voir s'inquiéter à ce point pour son mari m'a douloureusement rappelé mon statut de veuve et la mort de mon époux. Après avoir massacré mon portable en le jetant par la fenêtre de ma voiture, je me suis enfermée ici et je n'en suis plus ressortie. J'ai ressenti le besoin idiot de ressortir toutes ses affaires, de passer mes doigts sur cette robe de mariée que je ne porterais plus jamais et de la réduire méthodiquement en lambeaux. J'ai jeté ses affaires. Ses chemises qui traînaient dans un carton, ses costumes, ses livres et ses disques. Mon alliance. Toutes nos photos. Et je me suis autorisée à pleurer toutes les larmes de mon corps. Je n'ai réussi à me relever que le lendemain matin, complètement vidée. J'ai fini par nettoyer les preuves de ma crise et à vider cet appartement de Sa présence. Et aujourd'hui je me suis attelée à reprendre figure à peu près humaine. Après un bon bain, je suis restée devant mon dressing durant plus d'une heure avant de me décider pour un simple pantalon en lin et un débardeur, blancs. J'ai brossé mes cheveux, refait ma manucure pour ne pas me surprendre à me ronger les ongles. Mais voilà, après toutes ces activités futiles qui pourtant me remontent le moral (une apparence correcte quoi qu'il arrive sera le meilleur moyen de m'empêcher de sombrer dans le désespoir le plus lamentable). Je sors de ma chambre et souris faiblement en voyant Hector courir vers moi. Je dépose un peu de nourriture dans sa gamelle et entreprends de m'occuper de mes plantes en leur parlant, petite manie qui a au moins le mérite d'apaiser mes nerfs. Je devrais appeler le bureau. Pour leur demander de m'envoyer un nouveau portable. Mais je ne reviendrais pas avant la fin de la semaine. Je n'en suis pas capable. La sonnerie me fait brusquement revenir à la réalité et je fronce les sourcils. Qui peut bien... « C’est Daniel Logan » J'en reste muette d'étonnement et me contente de lui ouvrir la porte de l'immeuble. Pourquoi ? J'ai un peu de mal à comprendre pourquoi cet homme vient me voir, chez moi, alors que personne n'y vient jamais à part de rares privilégiés, comme Mark qui a l'insigne honneur de me ramener quand j'ai trop bu. J'ouvre la porte d'entrée et déjà il entre, ne me laissant pas le temps de réagir, de lui fermer la porte au nez ou bien de lui faire passer un interrogatoire. « Bonjour Faith » Je me contente de lui sourire d'un air vaguement étonné et referme derrière lui, l'invitant d'un geste à me suivre dans le salon. « J’ai entendu ce qu’il s’était passé au Claridge’s et j’avais un moment libre alors… J’espère que tu ne m’en veux pas de ne pas avoir prévenu » Tu ? Ah eh bien s'il veut, pourquoi pas. Je suppose que le "tu" est de circonstance après l'échange de salive de la dernière fois. La fin justifie les moyens et j'ai légèrement paniqué à l'idée que Karl ne croie pas en notre faux couple. Un baiser l'aurait rendu plus vraisemblable. Il me tend quelque chose. Une boîte de chocolats et... il n'a pas oublié, les places pour Starmania. Cet homme est adorable et arrive réellement à la cheville de Mark pour cela. Mon Dieu, continuez donc à m'envoyer des anges comme ça pour contrebalancer avec mon horrible existence. « Est-ce que ça va ? » Je baisse les yeux un instant, tentant vainement de dire que oui, tout va bien. Mais soyons honnêtes, je ne suis pas au travail, donc non ça ne va pas. Je n'ai pas revêtu mon uniforme de patronne dominatrice et sexy, donc non ça ne va pas. Je ne suis pas Faith Von Drake, juste Faith et complètement paumée. « Je ne sais pas. » je finis par avouer en me mordant la lèvre inférieure. « Mais je t'en prie, assieds-toi » j'ajoute en désignant le canapé. « Est-ce que tu veux boire quelque chose ? ».

Il hausse une épaule. « Non merci, c’est gentil » Je l'imite, un petit sourire aux lèvres et vais m'asseoir en face de lui. Non ce n'est pas gentil. C'est poli tout simplement. L'étrangeté de la situation m'apparaît soudain. Je ne connais pas cet homme et il ne me connaît pas. Je ne suis pas le genre de femme à ramener un mâle à la maison, même pour une nuit, je préfère dépenser une fortune au Claridge plutôt qu'on envahisse mon intimité. A part Mark qui joue les anges gardiens, peu de monde en réalité sait à quoi ressemble mon intérieur. Peut être un ou deux James qui passent nourrir Hector et arroser mes plantes quand je ne peux pas le faire. Mais sinon personne. Et avouons-le, bien que cet endroit soit décoré avec goût et sobriété, il est bien trop grand pour moi. Je vis seule avec un chinchilla, je n'ai pas besoin d'avoir trois chambres. Dont une me sert de labo photo, certes. Même si je suis passée au numérique. « Tu ne travailles pas ? » Je souris faiblement et secoue la tête. « J'ai pris des vacances. Mais on dirait que ça ne me réussi pas » je fais dans un petit rire qui sonne faux. « Pour tout t'avouer, cet... accident au Claridge m'a fait réfléchir et j'ai ressenti le besoin de faire le point » j'ajoute d'un ton pensif. J'ignore pourquoi j'ai dit ça, pourquoi je lui ai confié ça, moi qui me fait un point d'honneur à ne jamais me livrer. Je ne vais pas non plus lui avouer qu'au terme d'une crise de rage à la suite d'un énième appel de Karl (qui devait simplement s'inquiéter pour moi) j'ai massacré mon téléphone portable, puis fondu en larmes et que j'ai réduit en charpie ma robe de mariée. Et pourtant j'aimerais bien en parler à quelqu'un, dire que je ne veux plus vivre avec l'ombre de mon défunt époux, que je n'ai plus envie d'être seule, que mon foutu instinct maternel s'est réveillé à l'hôpital à cause d'un gamin aux charmantes bouclettes. Un bruit me sort de mes pensées et c'est avec un petit rire que j'accueille Hector qui vient d'entrer dans le salon. Le petit chinchilla blanc observe avec curiosité le nouveau venu et vient bien vite se réfugier contre moi, peut être légèrement méfiant envers cet homme qu'il ne connaît pas. Je glisse mes doigts dans sa fourrure avec douceur et reporte toute mon attention sur Daniel. « Merci d'être venu » je dis enfin, bien que je ne comprenne pas pourquoi il l'a fait. Nous sommes de parfaits étrangers et excepté le baiser -les baisers- échangés pour la bonne cause, il n'y a rien qui nous relie. Sauf une panne d'ascenseur. C'est tout de même une agréable surprise et je suis plutôt heureuse d'avoir un peu de compagnie. « Et toi comment vas-tu ? » je demande en le fixant dans les yeux.

« Considérant que je n’étais pas au Claridge ce jour là et que ma vie tourne toujours autour de la même angoisse viscérale à l’idée que la comédie musicale ne fonctionne pas, je dirai que je vais plutôt bien, merci » Pauvre Daniel. Je comprends tout à fait ce qu'il ressent, ou presque. Passer un temps absolument démentiel sur un projet et craindre qu'il se fasse descendre est une angoisse que je connais bien. Les grands artistes sont perpétuellement dans le doute paraît-il. « J’aurais du téléphoner avant mais je me suis dit que la compagnie manquait peut être à la liste des choses détestables qui se sont produites ces dernières quelques heures… » Je souris franchement cette fois-ci et ose même un petit rire. « Au risque de te décevoir, ta compagnie fait partie des choses agréables et Dieu seul sait comme elles se sont faites rares ces derniers jours. ». Hector grimpe sur mon épaule et vient se nicher dans mon cou, me faisant rire à nouveau. J'imagine que ce doit être assez étrange de me voir ainsi, non pas femme forte à l'allure sexy et dominatrice, mais femme calme, peut être un peu fragile et surtout fatiguée, faute à mon sevrage en caféine. « Je suis persuadée que ta comédie musicale sera un franc succès » je fais soudain. Un peu par conviction, beaucoup parce que je ne veux pas le voir douter. Nous avons tous deux choisi un métier qui fait rêver les gens. Nous ne pouvons pas douter de la beauté de ce métier. Et s'il y a des échecs ? Et alors ? Si une personne rêve grâce à nous, le but n'est-il pas atteint ? Je pourrais lui dire toutes ces choses mais je n'ose pas. « En ce qui me concerne j'irais la voir et je traînerais un pauvre innocent pour m'accompagner » j'ajoute avec un sourire malicieux. Je sens que ce pauvre Mark va encore faire les frais de mes caprices. Ou alors Sasha ? A moins que je ne vienne seule, bien que l'idée me semble un peu déprimante.

« Et je serai ravi de t’y voir » Je rougis. Oh seigneur je rougis ! Ces derniers jours n'étaient pas assez durs sans doute, pour que vous m'imposiez cela ? « En fait, je serai dans les coulisses tout le long du show pour hurler sur les faux pas éventuels des danseurs et de cette starlette de Camille Martin, mais si tu veux venir me féliciter après, on sabrera sans doute le Champagne aux douze rappels qu’on nous demandera de faire » Son rire est contagieux et bientôt j'oublie ma gêne, sincèrement heureuse de partager ce moment avec lui. Je suis un peu anxieuse de m'inviter dans ce moment si particulier où il partagera sûrement l'euphorie de son équipe, mais je me sens flattée d'y être conviée et même, curieusement touchée. « C'est vraiment gentil de ta part » je fais, enfin souriante. « Et ça me ferait très plaisir de fêter ton immense succès » j'ajoute d'un air mutin, flattant exagérément son ego, mais sans aucune méchanceté. « J'avoue que je suis plutôt surprise de ta venue » je reprends d'un ton plus sérieux mais gardant mon sourire. « Agréablement surprise. Et très heureuse. C'est étrange non ? » Je le fixe dans les yeux, soutenant son regard comme une gamine qui ne veut surtout pas détourner ses mirettes la première. « Qui aurait cru qu'une panne d'ascenseur aurait pu nous rapprocher ? D'autant plus que ça avait mal commencé, par ma faute j'en suis consciente » j'ajoute, un peu gênée. Et si bien fini. Mon regard se fait rêveur et je repense avec jubilation au visage furieux de Karl lorsqu'il nous a vus enlacés. Cette vision vaut bien tout l'or du monde et je la dois à Daniel. Et rien que pour ça, je serais prête à pas mal de choses (remplir sa déclaration d'impôts l'épouser ou bien arroser ses plantes pendant ses vacances) pour le remercier.

« C’est vrai… et ce type, j’ai cru qu’il allait mourir en nous voyant, le pauvre » J'éclate franchement de rire et le rejoins dans son hilarité. Il est vrai que cette vision a été la chose la plus réjouissante de mon existence dernièrement (à part un certain baiser mais il n'a nul besoin de le savoir). « Et le plus beau c'est qu'il ne m'a pas rappelée une seule fois » je fais après avoir repris mon souffle. « Oui enfin, sauf après l'accident au Claridge mais j'ai jeté mon portable par la fenêtre et je n'ai eu aucune nouvelle. » j'ajoute avec un sourire vaguement gêné. Je passe pour une folle furieuse, j'en suis persuadée ! Oh remarquez ça ne pourrait pas être pire que dans l'ascenseur, j'ai été odieuse ce jour là. Maintenant je dois juste avoir l'air gentiment frappée, rien de bien grave somme toute. « Mais apparemment nous étions très crédibles, j'ai entendu mes deux assistants plaindre le pauvre homme sur qui j'avais mis le grappin » je révèle en riant à nouveau. Peut-être parce que nous avons apprécié ce baiser autant l'un que l'autre. Peut-être parce que c'était spontané et terriblement bon. Peut-être.

« Tant mieux si j’ai pu servir de couverture, alors » Je lui souris d'un air volontairement séducteur. Il ne devrait pas faire ça. Si j'entre dans le jeu, je ne réponds plus de rien. C'est mal d'être aussi séduisant, très mal, surtout quand je viens de décider qu'un homme dans ma vie ne serait pas si mal que ça. « Je ne voulais pas t’embêter, en tout cas, juste m’assurer que tout allait bien ». Je secoue la tête et m'apprête à protester en disant que non, il ne me dérange pas, et qu'au contraire je suis ravie qu'il soit ici mais déjà il continue et lâche une petite exclamation de surprise. « J’ai la lourde tâche d’aller engueuler ma fille maintenant… » Oh oh. Divorcé j'étais au courant, mais papa... Voilà qui change la donne. Daniel est passé du statut d'homme diablement attirant à celui de perle rare. Surtout depuis que mon instinct maternel s'est réveillé à cause d'un gamin à bouclettes. A trente-cinq ans passés, un mariage, un veuvage et un presque-mariage plus tard, je pense que désirer un enfant est "normal". Je ne pensais pas passer par là un jour. Et je ne suis pas sûre qu'il s'agisse tant d'un désir d'enfant que celui de ne plus être seule et de compter réellement pour quelqu'un. « Elle va sans doute me détester et m’en vouloir à mort » Je souris doucement et me lève pour m'installer à côté de lui. « Tu es son père, c'est normal que tu définisse les règles à respecter. C'est ton rôle et elle ne va pas te détester pour ça » je fais d'un ton sérieux. « Enfin c'est ce que je pense. Je suis mal placée pour en parler je n'ai jamais eu d'enfant, même si j'aimerais bien encore aujourd'hui » j'ajoute en me frottant la tête d'un air vaguement gêné. C'est vrai ça, je ne suis pas en position de donner des conseils. Mon père ne m'a jamais rien refusé, ma mère non plus, ce qui explique sans doute mon caractère de garce dominatrice et exigeante. Donc niveau règles et limites, j'ai justement été un peu démunie à ce niveau là. Mais je ne m'en suis pas trop mal sortie je suppose. « Mais tu ne m'avais pas dit que tu étais père... tu sais que c'est très sexy un père divorcé ? » je fais d'un air malicieux en lui donnant un petit coup dans l'épaule... avant d'éclater franchement de rire. Je suis persuadée qu'il ne s'est jamais servi de cet argument pour mettre une femme dans son lit.

« Je tâcherai de m’en souvenir. Je suis doublement père, en fait, mais c’est une très longue histoire . Je te raconterai » Il est temps de se dire au revoir je crois. Je ne suis pas certaine de ne pas lui sauter dessus en lui criant de m'épouser et de me laisser être la mère de ses enfants s'il passe plus de temps ici. Je me contente de hocher la tête, un sourire amical aux lèvres. Amis. Oui amis, il faut que je me mette ça dans la tête. Toutes mes relations autres qu'amicales avec les hommes se sont mal finies. Et j'apprécie suffisamment Daniel pour vouloir que notre entente dure. Amis, ça me paraît être une bonne chose, et plutôt durable, que demander de plus ? « Je te verrai pour Starmania, alors ? Tu constateras de toi-même si ma fille m’a tué ou pas pour avoir osé élever le ton » Il m'embrasse sur la joue et je reste interdite l'espace d'une seconde. Ama... amis ! Oui amis, sur la joue, amis ! « Je ne raterais ça pour rien au monde. Et dis toi que si tu as survécu à une horrible garce comme moi, tu n'as rien à craindre de ta fille » je parviens à dire sans bafouiller, un exploit ! « N’hésite pas à téléphoner. » Argh ! Et le clin d'oeil en plus ! Cet homme est une arme de séduction massive. « Prends soin de toi, Faith » Je souris et dépose à mon tour un baiser sur sa joue. « C'est promis Daniel. Prends soin de toi aussi. Et merci d'être passé, ça m'a fait du bien d'avoir un peu de compagnie » . Et puis j'ai une boîte de chocolats qui m'attend à présent. Et surtout une question existentielle... qu'est ce que je vais bien pouvoir mettre pour la première de Starmania ?!
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