not so well ♦ ESTELLE

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MessageSujet: not so well ♦ ESTELLE   Sam 12 Mai - 19:04

Jour de service, il est près de 23 heures et les deux derniers jours passés sans fermer l’œil une seconde commencent à se faire sentir. Je nettoie une fois de plus le bois abimé du bar ou s’asseyent en général les clients esseulés qui veulent boire plus vite et inspire, évitant de me frotter les yeux. Les cocktails s’enchainent et mon coup de main est machinal, irréfléchi, la fatigue pèse sur mes épaules et l’intégralité de mon corps proteste, réclamant le sommeil qu’il mérite à corps et à cris. Je disparais un instant, prenant ma pause pour m’offrir le luxe d’un gigantesque café. Je cède une cigarette à mes lèvres et me précipite dehors, avalant de grandes gorgées dans ma tasse avant que la boisson ne devienne froide. Il fait un temps de chien, la pluie bat le trottoir à rythme régulier, mais au moins l’air qui me gifle le visage me réveille, et la fraicheur ambiante me vivifie le cerveau. J’inspire la fumée de ma cigarette et ferme les yeux un instant. Megan va mieux mais les problèmes me barrent la gorge et m’empêche de rester inactif plus de deux minutes sans être submergé par les questions récurrentes qui appellent à l’intérieur de mon crâne et m’empêchent donc de dormir. J’écrase ma clope par terre, rentre à l’intérieur de nouveau, secouant la tête et m’encourageant de phrases positives. Je me lave les mains, enlève mon pull et me jette à l’intérieur de la salle de nouveau, reprenant ma place auprès du bar. J’avise une jeune femme, blonde, qui vient de s’installer, et pose ma main sur le bar en bois. « Bonjour ! Qu’est-ce que je vous sers ? » J’hausse un sourcil et inspire, dans une demi-heure, je pourrai rentrer chez moi.« Ce que vous avez de plus fort, s'il vous plait. » J’hausse un sourcil étonné, la jeune femme n’a pas l’air du genre alcoolique ou nymphomane en manque de sa dose d’alcool, la commande me surprend et sort clairement du cadre habituel des clients que je sers, surtout dans ce bar un peu miteux. J’attrape un verre sans broncher et verse dedans deux doses de vodka, auxquelles j’ajoute de la glace pilée et du citron. « Cul sec, vous allez broncher sinon ». Je pose le verre sur la table et reste étrangement figé, comme en attente du geste. Je l’interromps ceci dit, poussé par un étrange cas de conscience. « Attendez ». Je fronce un peu le nez et inspire. « Vous ne conduisez pas ? » Ca ne me regarde pas et c’est sans doute ce qu’elle va me répondre. Mais cette femme a sans doute de la famille quelque part, et je sais ce que c’est d’avoir un proche dans le coma à la suite d’un accident de voiture. C’est tout, sauf agréable. Contre toute attente, elle explose de rire et dégage son bras pour avaler son verre selon les consignes, cul sec. Elle souffle un peu et je garde un sourcil hausse, je suppose et ose espérer que ça veut dire non. Il m’est déjà arrivé de ramener des clientes chez elles – par obligation, s’entend – et ça n’était pas franchement une partie de plaisir. « Ne vous inquiétez pas, je n'ai pas mon permis. » J’acquiesce, en servant un autre client qui me réclame un mojito en grognant, sans doute déjà alcoolisé qu’il est. Ca vaut peut être mieux, ne pas conduire, pouvoir boire sans se soucier des conséquences. Je me fous que les gens viennent ici cuver leurs problèmes, en fait je me fous même que le monde entier soit alcoolique et l’assume. Je ne veux juste pas que des jeunes femmes se retrouvent allongées sur un lit d’hôpital dans un état vaguement conscience pour une connerie de trop. « Vous pouvez m'en remettre un autre ? » J’acquiesce et ramasse son verre, le nettoyant avant de refaire le même mélange avec précision. « Des problèmes ? » Je suis habitué à écouter les gens d’ici raconter leurs vies, à croire que le bar appelle aux confidences. Mais en général, on voit plutôt passer des vieilles peaux à la recherche de chair fraiche et qui n’ont que leur malheur à la bouche, pas des jeunettes fraiches et souriantes toutes seules, avec des airs proches du désespoir. « Sans indiscrétion, bien entendu ». Je pose le verre devant elle et inspire un peu. « C’est pour moi. » « Merci. » J’acquiesce, sans vraiment que je ne sache pourquoi, son air triste me provoque un pincement désagréable au cœur. Elle pourrait être ma sœur elle aussi, mais plus encore, l’innocence de l’apparence et le fait qu’elle semble désabusée alors qu’elle est si jeune, tout ça contribue à peindre un dessin bien triste de la jeunesse actuelle. « Vous n'en avez pas marre de devoir écouter la vie des gens, tout le temps ? Ce n'est pas lassant de voir à quel point le monde est parfois désespérant ? » Je secoue la tête en nettoyant quelques verres qui trainent. « Le monde n’est pas désespérant, et les problèmes des autres permettent de relativiser, parfois ». J’hausse une épaule. « La vie, c’est difficile. Tout le monde le sait. Je pense que personne ne nait heureux, certains arrivent juste à le devenir un peu plus rapidement ». Je sers un autre client et ravise l’inconnue. « Vous êtes jeunes, vous avez la vie devant vous. Il suffit de savoir être patient. Et puis vous savez, écouter, ça ne coûte rien. » Et parfois ça aide plus qu'on ne pourrait le croire. « Justement, comme je suis jeune, si vous pouviez me tutoyer ce serait cool. J'ai vraiment l'impression de prendre un coup de vieux alors que je n'ai même pas dépassé la vingtaine. » Elle lance, et je ris un peu, amusé. Je vouvoie tous les clients, peu importe leur âge, par respect et surtout pour ne pas me faire taper dessus par mon patron. J’acquiesce cependant en hochant doucement la tête, songeur. « Et pour ce qui est de la patience, on va dire que j'ai assez attendu pour être aujourd'hui persuadée que le bonheur n'est pas fait pour moi. » J’hausse une épaule et inspire en lui servant un verre un peu moins chargé. « Tu peux me tutoyer aussi », je commence en lui adressant un clin d’œil, « je ne dois pas franchement être beaucoup plus vieux. Quand à être exclue du bénéfice du bonheur, je connais la sensation. Mais il se passera plein de choses dans ta vie, tu verras. La roue finit toujours par tourner ». J’hausse une épaule et reprend mon nettoyage de verres.

Elle soupire un peu et je fronce le nez, le désespoir des jeunes est quand même relativement inquiétant. « J'espère que tu as raison... Vraiment. » Elle avale son verre, grimace un peu et laisse tomber sa tête sur le comptoir. Je soupire et regarde l’heure, mon service est presque terminé. « T’as assez bu, nan ? » Je souris un peu et hausse une épaule, loin de moi l’idée de vouloir jouer les pères ou un truc du genre. « Tu veux que je te ramène ? » Etrange proposition sans doute mais mes intentions sont nobles et mon service s’achève dans moins de dix minutes.

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Dernière édition par Lucas W. Cooper le Lun 2 Juil - 1:57, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: not so well ♦ ESTELLE   Dim 13 Mai - 14:21

Il est tard, très tard. Je tremble. L'air frais de Londres me glace le sang. Tirant une bouffée de ma cigarette, je repense à la soirée qui vient de passer. Je ne sais pas si je préfère me faire prendre par un riche étranger ou bien regarder Ainsley rouler un patin à Jeanne. Je soupire. Ma vie est vraiment ce qu'il y a de plus merdique ces temps-ci. Chaque jour est comme un éternel recommencement, il n'y a rien de motivant à se lever pour aller à l'université puis passer la fin d'après-midi à se préparer pour un client assoiffé de fantasmes étranges. Je rigole bien avec eux la plupart du temps, mais cette fille n'est pas moi, ce rôle n'est pas ce que je suis réellement. Je ne suis pas cette fucking Rose qui les fait monter au septième ciel, je suis Estelle, la fille la plus paumée de la planète terre - voir de l'univers.
J'écrase ma cigarette contre le sol et entre dans un bar. J'ai besoin de me saouler la tronche pour oublier à quel point ma vie est dénuée de sens. Je m'installe au comptoir, sur un tabouret moelleux. À peine ai-je retiré ma veste qu'un serveur m'aborde. « Bonjour ! Qu’est-ce que je vous sers ? » Je le regarde et le détail en vitesse. Plutôt canon, le serveur. « Ce que vous avez de plus fort, s'il vous plait. » J'ai besoin de me retrouver hors d'état de penser le plus tôt possible. Le serveur a l'air étonné de ma demande, vu le haussement de sourcil qu'il vient de faire. C'est vrai que j'ai l'air d'une alcoolique avec ma commande, mais je m'en fiche. Je suis certaine que lui aussi a déjà voulu boire jusqu'à avoir la gueule de bois le lendemain. Ce qui est bien quand on a notre âge, c'est qu'on s'en remet plutôt facilement. « Cul sec, vous allez broncher sinon. » me préviens t-il avant de poser le verre sur le comptoir. « Avec plaisir. » dis-je en posant ma main sur le verre avant qu'il ne me stoppe. « Attendez. » Je le regarde et hausse à mon tour les sourcils. « Vous ne conduisez pas ? » Sans vraiment savoir pourquoi, j'éclate de rire et bois mon verre d'une traite. Je grimace et souffle dans l'air. Ma gorge en a pris un sacré coup, j'ai l'impression d'être un dragon qui ne va pas tarder à cracher du feu. « Ne vous inquiétez pas, je n'ai pas mon permis. » Je souris en direction du serveur, c'est la première fois qu'on me demande ça, et j'ai l'impression que quelqu'un dans ce foutu monde dénué de sens se soucie de moi même si c'est sûrement pour ne pas avoir de problèmes par la suite. « Vous pouvez m'en remettre un autre ? » Il faut absolument que je sois assez alcoolisée pour arrêter de me plaindre mentalement sinon, je vais finir par me frapper le crâne contre le mur tellement je m'exaspère. Je glisse l'une de mes mèches roses derrière mon oreille et pose ma tête sur ma main, le regard dans le vide. « Des problèmes ? » demande-t-il en prenant mon verre. Cette question me fait prendre conscience que ma vie est un ramassé de problèmes et que sûrement jamais je n'en sortirais. C'est comme un engrenage dans lequel vous êtes pris. Un problème arrive puis tout s'enchaîne, vous ne pouvez plus rien arrêter. Ma vie se résume donc à ça. Des problèmes qui s'enchaînent sans qu'il n'y ait jamais de bouton pause et pourtant, dieu sait que cela me ferait du bien. « Sans indiscrétion, bien entendu. » À vrai dire, à l'heure qu'il est et dans l'état émotionnel dans lequel je suis, je me fiche qu'il soit indiscret. Je décide donc de lui répondre le plus franchement possible. « C'est moi, le problème. » Il pose le verre devant moi, verre que j'attrape et que je bois cul sec, comme il me l'a conseillé pour l'autre. « C'est pour moi. » Je ferme les yeux. « Merci. » dis-je tout bas. Ok, ce mélange est vraiment fort. J'ouvre de nouveau les yeux et caresse le bord du verre avec mes doigts, avant de jeter un regard vers le barmaid. « Vous n'en avez pas marre de devoir écouter la vie des gens, tout le temps ? Ce n'est pas lassant de voir à quel point le monde est parfois désespérant ? » J'ai l'air d'une pauvre alcoolique se plaignant de la moitié de l'humanité. « Le monde n’est pas désespérant, et les problèmes des autres permettent de relativiser, parfois. » Je souris. Exactement. Les problèmes des autres permettent de relativiser et étrangement, je suis toujours celle qui fait relativiser les gens. Peut-être parce que justement, je ne vois pas les bons côtés de la vie misérable des autres. « La vie, c’est difficile. Tout le monde le sait. Je pense que personne ne nait heureux, certains arrivent juste à le devenir un peu plus rapidement. » J'aime bien sa façon de penser. Pendant qu'il sert un autre client, je joue toujours avec mon verre et réfléchis à ce qu'il vient de dire. Je me demande si un jour, le bonheur sera à ma portée. Je veux dire, le bonheur qui dure longtemps, pas celui qui arrive pour mieux s'écrouler la minute d'après. Je sais que le bonheur est éphémère et qu'il faut justement profiter de chaque instant de bonheur, mais lorsque notre vie est un enchainement de galère, on a juste envie de tuer ces putains de faux espoirs de bonheur. « Vous êtes jeunes, vous avez la vie devant vous. Il suffit de savoir être patient. Et puis vous savez, écouter, ça ne coûte rien. » Je grince des dents. Le vouvoiement me rend vieille alors que je n'ai que dix-neuf ans. « Justement, comme je suis jeune, si vous pouviez me tutoyer ce serait cool. J'ai vraiment l'impression de prendre un coup de vieux alors que je n'ai même pas dépassé la vingtaine. » dis-je en tripotant mes longs cheveux roses. « Et pour ce qui est de la patience, on va dire que j'ai assez attendu pour être aujourd'hui persuadée que le bonheur n'est pas fait pour moi. » Cet homme a un don, ce n'est pas possible autrement. Car sans même le vouloir, sans même m'en rendre compte, je suis en train de me confier à un parfait inconnu. Un parfait inconnu qui me sert un autre verre. Je commence déjà à avoir les idées légèrement confuses. « Tu peux me tutoyer aussi. » Je souris. Tout compte fait, il est plutôt gentil. « Je ne dois pas franchement être beaucoup plus vieux. Quand à être exclue du bénéfice du bonheur, je connais la sensation. Mais il se passera plein de choses dans ta vie, tu verras. La roue finit toujours par tourner. » Je souffle du nez, mes lèvres s'étirent. Je caresse le verre du bout des doigts puis l'avale, les yeux clos. Une grimace vient tordre mon visage. « J'espère que tu as raison... Vraiment. » Je le regarde faire, le coude posé sur le comptoir, ma tête complètement affalée dessus. « T’as assez bu, nan ? » Je hoche la tête de haut en bas. Je commence à me sentir vraiment mal, comme si mon vente ne supporte pas les verres que je viens de boire. Je reste dans la même position, m'affalant tout de même de plus en plus, ma tête venant effleurer le bois du comptoir. « Tu veux que je te ramène ? » J'analyse ses mots pour en comprendre le sens, puis entrouvre les lèvres. « Je veux bien oui, je me sens... Pas très bien, à vrai dire. » Une chose est sûre: je ne vais pas vomir. Je vais seulement me sentir mal jusqu'à ce que je me fasse vomir. Grande différence.

uc, uc, uc.
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