Tyran vs Tyran [Daniel]

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MessageSujet: Tyran vs Tyran [Daniel]   Mar 17 Avr - 20:02


Tyran vs Tyran


Je descends de la voiture en pestant contre le chauffeur qui n'a pas été fichu d'éviter les embouteillages. Je DETESTE arriver avec moins de quinze minutes d'avance à une séance photo. Je veux avoir le temps de m'imprégner du lieu et plus que tout j'aime être au calme afin de préparer la séance dans ma tête. Chose que je fais bien à l'avance mais j'ai besoin de ma répétition générale mentale. Allez savoir pourquoi puisque je fais toujours de l'excellent travail, même en improvisant. Je claque la portière avec agacement et file au Claridge's suivie de mes deux assistants. James et James. Ils s'appellent tous James. Pourquoi retenir le nom de ces incompétents que je vire plus vite que mon ombre ? S'ils tiennent six mois, alors là je fais l'effort de retenir leur prénom. Il ne faut pas exagérer. Une fois entrée dans l'hôtel, je retire mes lunettes de soleil, j'époussette mon tailleur qui pourtant n'a pas un seul pli. Je suis très contrariée. Je suis sensée faire une séance photo pour je ne sais quel magazine, photographier un soit disant célèbre chorégraphe de comédie musicales... tant qu'il n'a pas refait Cats, je n'en vois pas l'intérêt. Les talons de mes escarpins claquent sur sol en marbre, mes chères Louboutins ! et j'ai comme l'impression que je dois faire peur puisque les gens s'écartent sur mon chemin. Oui je crois que la jupe en cuir impressionne toujours autant. Avec un chemisier en soie c'est tout bonnement parfait. On pourrait presque croire que je vais sortir le fouet. Ce que je ferais volontiers si je n'arrive pas très vite à destination. Manque de chance pour ceux qui m'entourent, Hector n'est pas là, je peux donc très bien me mettre à hurler sans prévenir. "James avec moi et virez moi tous ceux qui peuvent se trouver dans l'ascenseur. L'autre James, prenez les escaliers et retrouvez moi dans la suite du troisième étage. Bougez vous je n'ai pas que ça à faire et si je n'ai pas mon café dans dix minutes vous êtes renvoyé." James monte les escaliers en quatrième vitesse et James vide l'ascenseur de tout occupant, s'attirant les regards outrés de certains clients. Je suis odieuse je le sais, mais j'aime ça et je n'ai pas de temps à perdre avec le commun des mortels. Enfin la place est nette et j'entre dans la cabine. James s'apprête à me rejoindre quand un homme le pousse et prend sa place. Je n'ai même pas le temps de protester que déjà les portes se referment. MAIS QUEL SANS GÊNE ! Je me tourne vers lui, absolument furieuse et prête à en découdre quand la cabine s'immobilise et que les lumières s'éteignent. Oh... non...

« Non mais c’est pas vrai ! » Je serre les poings. Oh mon Dieu. Oh. Mon. Dieu. Je suis coincée. Dans un ascenseur. MOI FAITH DIAMOND VON DRAKE JE SUIS COINCEE DANS UN ASCENSEUR ! Avec je ne sais qui, sûrement un tueur psychopathe avec la chance que j'ai. Pourquoi ?! Je déteste les endroits exigus, encore plus en compagnie et davantage en compagnie inconnue. Or c'est un inconnu. Or je suis sur les nerfs. « Me dites pas qu’en plus on est coincés… » Je me tourne vers l'endroit d'où vient la voix et le fixe d'un air exaspéré. « Oh quelle chance, j'avais justement du temps à perdre en mauvaise compagnie ce matin. » Gaminerie. Je sais. MON ROYAUME POUR UN FOUET, UNE CRAVACHE ! Je sors mon portable et compose le numéro de James. Ou de James peu importe. Fort heureusement il y a du réseau. « James ! » « Madame Von Drake ! Oh je suis désolé, nous faisons tout notre possible pour... » Oh le crétin. Je DETESTE qu'on m'appelle Madame. Je me sens vieille. Ce qui ne m'incite pas à être plus aimable avec cet imbécile. « Faîtes l'impossible alors ! Si cet ascenseur ne repart pas très vite vous pourrez dire adieu à votre travail ! » « Mais le réparateur ne devrait pas tar... » « Les détails de votre incompétence ne m'intéressent pas, sortez moi de là et vite. » Je raccroche, inspire profondément et m'appuie contre une paroi. Je suis stressée. Pas morte de peur non. Je n'ai peur de rien ! Sauf des rides. Et du mariage, Dieu m'en préserve. Et mon pauvre petit Hector qui est resté à la maison ! Oh j'espère que je ne vais pas rester coincée ici toute la journée ! Je ne vais jamais tenir. Pas sans café. Pas en compagnie d'un rustre dont cette panne, j'en suis persuadée, est la faute. Seigneur donnez moi la force !

« Est-ce que vous pouvez beugler moins fort vous voulez, j’ai vraiment très mal au crâne » Je me racle la gorge d'un air mécontent. Je beugle ? MOI JE BEUGLE ? Je souris d'un air dangereux et me dit qu'un petit coup de spray au poivre dans les yeux de ce malotru serait tout à fait délicieux. Si j'avais une issue de secours bien sûr, comme tous les psychopathes il serait capable de faire une crise de rage et d'essayer de m'étrangler ou de m'éventrer avec la boucle de sa ceinture. « Je beugle ? Oh désolée, vraiment je suis confuse... » Je n'ai PAS DU TOUT envie d'être aimable. Et pourtant j'ai pris ma voix douce, celle que mes assistants redoutent par dessus tout. Celle que je prends quand je vais les virer. Oui je suis terriblement hypocrite. Et garce en plus. Mais là je ne tiens plus, je suis claustrophobe et accro au café, je n'ai pas eu ma dose quotidienne aussi je pense que quelqu'un va en faire les frais. « Pardonnez-moi, les espaces clos me rendent terriblement nerveuse. » Pauvre homme. S'il savait à quel point. Oui s'il savait à quel point ça me rend nerveuse. Je rêve d'un pic à glace. Hein quoi ? Je divague ? Ah oui. Et si je m'évanouissais ? Juste pour l'embêter un peu plus ? Je garde ça en réserve et me fais perfide. « Mais après tout, c'est entièrement votre faute si nous sommes coincés ici. Vous n'avez qu'à vous en prendre à vous-même. » Ciel j'aurais presque honte. Je continue. « Vous n'aviez qu'à prendre l'ascenseur suivant et j'aurais pu beugler à loisirs dans les oreilles de mon assistant dont vous avez honteusement pris la place. » J'ai envie d'une cigarette. Et toujours d'un pic à glace. Pour le tuer. Je me demande si mes ongles parfaitement manucurés pourraient faire l'affaire ? Oui mais après, comment faire disparaître le corps ? Toute à mes pensées, j'en oublie complètement mon désagréable compagnon.

« J’étais pressé de regagner ma chambre, j’ai un rendez vous important. Si vous voulez vous faire banaliser des ascenseurs, vous n’avez qu’à en installer chez vous » Un petit rire s'échappe de mes lèvres et je me retiens de lui en coller une. La violence physique n'est pas une solution, mais elle a le mérite de sacrement défouler ! Hélas, frapper un homme c'est en-dessous de mes principes. Je ne frappe jamais qu'en dessous de la ceinture moi et dans le noir je ne suis pas certaine d'arriver à viser juste. Monsieur voulait regagner sa chambre. Quelle coïncidence, moi aussi. Enfin cette suite que le client a réservée pour le shooting. Quand je pense que tout le monde doit m'attendre, ça me met hors de moi ! « Et moi j'étais pressée de regagner mon lieu de travail. Un partout, balle au centre. Vous voulez sans doute avoir le dernier mot j'imagine ? Ne pensez pas que vous êtes le seul à avoir des rendez-vous importants. » Je souris. J'aime bien avoir le dernier mot. En fait c'est encore plus agréable que d'être courtisée par un bel homme. De toutes manières les hommes sont tous des salauds. « Si vous pouviez vous contenir histoire qu’on évite de mourir ce matin, crever dans un ascenseur c’est assez pathétique comme fin » Un éclat de rire franc et joyeux m'échappe et je me rapproche imperceptiblement de mon interlocuteur. « Oh, on a peur du noir ? Quel dommage... Quant à me contenir, je trouve que je fais preuve d'une retenue admirable. Pour le moment. ».

« J’ai pas peur du noir » Fort bien. Voilà qui vient d'illuminer ma journée. Serais-je parfois trop ironique ? Seigneur, si vous saviez à quel point le sarcasme me va bien au teint. Oh mais suis je sotte... IL FAIT TOUT NOIR ON NE VOIT RIEN. Je reste relativement calme pour le moment. Par de hurlement intempestif, pas de crise de nerf ni de portable cassé. Commencerais-je à m'assagir ? « Bien, continuez sur la voie de la retenue, grand bien m’en fasse. Et priez donc pour qu’on sorte d’ici rapidement » Je soupire et m'appuie sur la paroi. Si seulement j'avais été coincée avec un gentleman, un vrai. Mais non, évidemment, ce genre de chose ne m'arrive jamais. Tous les hommes sont des salauds, du moins ceux sur lesquels je tombe. Mon portable sonne, je décroche, les yeux brillants, vais-je enfin être libérée ? « Madame Von Drake ? » « James chéri, j'ose espérer que vous allez m'annoncer une bonne, que dis-je, une excellente nouvelle. » Vu le ton paniqué de mon assistant je parierais que non. « Le réparateur est arrivé et... » Je fronce les sourcils. « Et ? » Il inspire profondément. « Et il a dit que les réparations prendront une heure... ou deux. » Je me retiens de hurler. Non. Non. NON ! « D'accord. Prévenez-moi si vous avez du nouveau. » Je raccroche. Zen. Je ne vais pas paniquer. Je ne vais pas virer mon assistant parce que sinon mon avocat va ENCORE m'engueuler. Je ne vais pas misérablement m'évanouir dans cette cabine d'ascenseur, ni même mourir. J'ai la tête qui tourne et la nausée. Je crois que j'aurais dû prendre un petit déjeuner et ne pas sauter le dîner hier soir. Si j'avais eu mon café je me porterais à merveilles, j'en suis certaine. « Nous en avons encore pour une heure ou deux à nous supporter. » je déclare d'un ton calme et posé. « Vous serez bientôt délivré de ma présence rassurez-vous. » Oulala. Oui ça tourne beaucoup. « Ah et ne vous inquiétez pas je vais juste m'évanouir » j'ajoute d'un ton serein avant de lamentablement m'effondrer.

Je me sens nauséeuse. Tout devient noir, je veux, il fait noir ok. Mais encore plus noir, voilà. Tomber dans les pommes est une chose qui ne m'est pas arrivée depuis que j'ai arrêté le mannequinat et que, grâce au ciel, je suis autorisée à manger raisonnablement. Chose que j'aurais apparemment dû faire entre hier et aujourd'hui. Chose que j'ai manifestement oubliée à cause de cet emploi du temps surchargé et de cette panne fortuite qui me conduit à reconsidérer mes plans. Je ne sais pas combien de temps je reste plongée dans ce brouillard cotonneux, mais lorsque j'ouvre les yeux et que les sons parviennent à nouveau jusqu'à moi, je me sens toujours aussi mal, mais faible en plus. Oh joie. J'ignore ce que j'ai fait pour mériter ça (eh, j'ai gardé mes assistants plus de six mois, je suis en progrès non ?), mais je crois qu'une divinité perverse et sournoise s'amuse avec moi. C'est vraiment très méchant. « Hého, faudrait voir à pas mourir ici on pourrait m’accuser de meurtre, j’ai pas besoin de ça » Je me redresse avec un gémissement douloureux. Je crois que ma tête a heurté quelque chose de pas vraiment mou. Quelle chance, j'ai sûrement une commotion cérébrale. Mon emploi du temps est foutu. J'essaye de me mettre debout... rien à faire, j'ai les jambes en coton. « Je ne suis pas morte, désolée. Vous pouvez toujours m'achever tant que je suis à terre. » Humour. Qu'il essaye un peu le salaud. Je suis dans les vappes, mais pas au point de ne plus savoir me défendre. Ouuuuuuh ! Mais ça tourne encore ! « Je vais rester assise si ça ne vous dérange pas. » Seigneur donnez-moi la force de me relever ou achevez moi rapidement et sans douleur ! Je déteste être en position d'infériorité. Mais là je n'ai pas le choix. Aussi je pose ma tête contre la paroi et je ferme les yeux. Grégory va m'entendre. Je vais lui hurler dessus quant à son hôtel miteux, à ses ascenseurs pourris et ses réparateurs stupides et lents. Dès que je me sentirais mieux, ce qui n'est toujours pas le cas.

« Faites comme il vous plait » Je soupire. Vu le ton employé et le silence buté de mon interlocuteur, je crois que je l'ai profondément énervé. Bien fait. Si ça ne tenait qu'à moi et si je n'étais pas présentement occupée à juguler la nausée qui m'a jetée à terre, je lui sauterais certainement à la gorge pour le faire réagir. Ce genre de situation m'ennuie. Je suis odieuse c'est vrai et Mark m'a si souvent reproché de ne pas savoir arrondir les angles que je ne l'écoute plus. J'aurais peut être dû l'écouter, comme ça cet intrus aurait pu me retenir lors de ma chute et je ne me serais pas stupidement cogné la tête. Et puis nous aurions joyeusement discuté de la pluie, du beau temps et d'autres choses sans intérêt et le temps serait passé beaucoup plus vite. Je sais bien que j'ai été abominable. Que je devrais m'excus... JAMAIS ! Ah plutôt mourir ! Mon portable sonne et je jette un coup d'oeil au numéro. Que... Gloups... Je le lâche avec un petit cri de surprise et ignore les sonneries avec toute la dignité qui me reste, c'est à dire pas beaucoup. Note pour moi-même, changer de numéro de portable, ENCORE ! Si ma journée était pourrie, elle vient de prendre un tournant encore plus mélodramatique puisque apparemment Karl a décidé de me harceler. Génial. Il peut toujours se gratter pour que je réponde. Je vais demander une ordonnance du tribunal pour qu'il ne m'approche plus, oui c'est une excellente idée ! Une image me traverse l'esprit et me fait frissonner. Grands dieux ! Et si j'avais été coincée ici avec lui ? J'en serais morte, j'en suis persuadée. Ceci me fait reconsidérer grandement ma position par rapport à mon compagnon d'infortune. Clairement, j'ai été trop dure envers lui. Comparé à Karl c'est un homme bien (note : tous les hommes sont biens par rapport à Karl !), je devrais donc... « Désolée d'avoir été si odieuse. » Oui ça m'a arraché la bouche. Oui j'ai été sincère sur ce coup là. Oui je vais me taire jusqu'à ce que je puisse sortir d'ici et m'envoyer un café et un shoot de téquila. Et puis je partirais au Pérou élever des lamas. Je veux sortiiiiiiiiiir !

Je me mordille nerveusement la lèvre inférieure. M'excuser n'est vraiment pas dans mes habitudes et cela arrive une fois tous les dix ans. Au moins. Et l'autre qui ne dit rien ! Oui enfin c'est peut être mieux ainsi, je lui suis reconnaissante de ne pas m'enfoncer davantage et puis je viens de décider que c'est un type bien, et OUI Karl est fortement mêlé à ce changement d'opinion ! Je sursaute. « C’est pas grave, c’est vrai que c’est légèrement angoissant d’être coincé là dedans » Quoi ? Pas de cris, pas de sarcasme ni même d'engueulade ? En réalité c'est un type bien. Il vient même de trouver des circonstances atténuantes à mon déplorable comportement. C'est un saint derrière son attitude de vieil ours mal léché. Tiens, en fait je ne sais même pas quel âge a Monsieur Bougon. Mmmh, au son de sa voix je dirais qu'il approche de la quarantaine ou alors qu'il est en plein dedans. Un homme mur quoi. Et dire que mon cher mari avait cet âge lorsqu'il m'a épousée... et qu'il est mort peu de temps après. Certes, on peut dire que je n'ai jamais été chanceuse avec les hommes et ce n'est pas ma situation actuelle de célibataire harcelée par un monstre de manipulation qui va faire démentir ce fait quasi scientifique. Faith Diamond Von Drake est une handicapée sentimentale. Et elle tombe souvent sur des gros cons. Je souris, agréablement surprise. « Je suis désolé moi aussi d’avoir été un peu brusque » Eh bien, eh bien ! Monsieur remonte dans mon estime, et franchement, après y avoir été si bas, cette remontée est spectaculaire. « Ce n'est rien, j'ai tendance à être insupportable et je ferais perdre patience à un ange. Vous n'êtes pas fautif, quoi que j'ai pu en dire », je dis en me relevant prudemment. Bon, ça ne tourne plus, c'est déjà ça. Plus je m'excuse, plus mes facultés physiques me reviennent ? Ben voyons. Et si je suis gentille avec mes assistants je vais me dégoter un gentil petit mari qui comprendra mon amour immodéré pour mon travail ? Il ne faut pas rêver non plus. « J’ai vraiment une journée de folie, je veux juste sortir d’ici bon sang » Je soupire. Je comprends parfaitement. « Je compatis, déjà qu'il est difficile d'assumer un emploi du temps de ministre en temps normal, c'est très certainement devenu mission impossible avec ce contretemps. » je déplore. « Mais ne vous inquiétez pas, je suis persuadée que nous allons très vite sortir d'ici et retourner à nos vies trépidantes. » j'ajoute dans un petit rire poli. J'essaye de me montrer rassurante. Voir même sympathique. Tout en espérant qu'il n'ira pas crier sur tous les toits que je ne suis pas une harpie. Enfin pas tout le temps.

« Je l’espère vraiment, sans quoi je peux annuler tout le spectacle de demain soir, parce que ce gosse là, il est très bon, mais mon but à moi c’est de le rendre excellent, et sans cette répétition… » Oula, du calme mon cher ! Monsieur s'emballe, s'emballe. Personnellement je trouve ça très mignon, et même si je ne comprends pas grand chose, je trouve ça attendrissant de constater que je ne suis pas la seule à être passionnée par mon travail, à la limite de l'obsession ! Je suppose (à raison) qu'il travaille dans le monde du spectacle (je suis la perspicacité incarnée vous dis-je), théâtre, ballet, comédie musicale, que sais-je, ce ne sont que des suppositions. « Je suis chorégraphe et j’ai monté une reprise d’une comédie musicale française et il reste des tas d’imperfections à corriger… » Je ne peux m'empêcher de rire, spontanément, sans me moquer mais terriblement surprise de voir que nous nous ressemblons bien plus que je ne l'aurais pensé. Un perfectionniste, j'aurais dû m'en douter. « J'ai l'impression de m'entendre parler » je m'empresse de me justifier afin de ne pas le vexer. « Je suis photographe. C'est moi qui ai fait le dernier shooting de Vogue UK » je fais avec des yeux brillants de passion (qu'il ne peut pas voir, nous sommes dans le noir voyez-vous... ah non vous ne pouvez pas). Je n'ajoute pas que j'ai été mannequin, il va croire que j'ai la grosse tête. Je suis douée que voulez-vous, je compense avec ma vie privée qui ressemble au naufrage du Titanic. Mes petits neurones fonctionnent à vive allure et soudain je percute. « Attendez... vous êtes... vous montez la reprise de Starmania n'est-ce pas ? » je demande. « Vous êtes Daniel Logan ? » On dirait bien que oui.

« Oui effectivement. Vous avez entendu parler de Starmania ? » Si j'en ai entendu parler ? Plutôt deux fois qu'une ! J'ai souvent entendu les chansons quand j'ai pu (lors de ma courte carrière de mannequin) aller en France. J'avais bien aimé, j'avais fredonné le monde est stone tandis qu'on me coiffait un nombre incalculable de fois. « Oui, j'aime beaucoup cette comédie musicale d'ailleurs » je souris (bien qu'il ne puisse pas le voir). « Vous devriez venir, non en fait vous savez quoi ? Je vous enverrai des places. Non pas que je sois prétentieux mais ça vaut le déplacement » Alors là je reste muette. Pour peu je lui sauterais volontiers au cou mais je ne suis pas certaine qu'il soit consentant. Remarquez, je suis suffisamment sûre d'obtenir son consentement s'il voyait ce que je porte actuellement sous cette jupe en cuir. Le souci serait par la suite de le décrocher de moi. Mais bon je suis une âme charitable. Je lui tapoterais le dos. Je lance un "merci" joyeux et m'apprête à le remercier un peu plus chaleureusement quand mon portable sonne. Sans regarder, je décroche et laisse échapper un misérable couinement de souris quand la voix de Karl retentit. « Faith, très chère, je suis en route pour le Claridge » Je tremble. MERDE JE TREMBLE ! « Karl ?! Mais... pourquoi ? » Oui pourquoi j'aimerais bien le savoir ! En fait je le sais déjà, j'attends juste une confirmation. « Enfin, cela fait une heure que tu es coincée dans un ascenseur, que la séance photo est retardée et que mon mannequin attend. Je viens m'assurer que tu vas bien. Tu ne répondais pas à mes messages. » Je soupire. En fait, je me retiens pour ne pas pousser un hurlement de désespoir. « Ce n'est pas la peine, je vais parfaitement bien. Retourne donc travailler. » Rester polie, c'est tout ce qu'il me reste. « Certainement pas. Et cette fois tu ne pourras pas me fuir chérie. ». Oh le con. OH LE CON ! Je vais le tuer. Je vais l'atomiser. Tant pis pour la prison, j'aurais débarrassé le monde d'un beau salaud. Et sexy. ET MERDE ! « Va te faire foutre Karl. Je vais te coller un procès pour harcèlement » je lâche d'un ton furieux. « Et ne t'avise pas de m'approcher ! ». je fais avant de raccrocher et de me laisser glisser sur le sol avec un gémissement de désespoir. Ohlala... OHLALA ! Je veux mourir. Monsieur Logan aura-t-il la gentillesse de m'achever avant que Karl ne me mette la main dessus ? Je suis faible et je sais parfaitement que je ne suis pas franchement en mesure de lui résister. « D... désolée que vous ayez assisté à cela » je balbutie en me prenant la tête entre les mains. Seigneur, heureusement qu'il fait noir. Je crois que je ne serais pas capable de soutenir le regard de cet homme qui connaît maintenant ma plus grande peur et faiblesse. S'il répète ça, je le tue.

J'ai envie de pleurer. Bordel, ne suis-je pas une femme forte capable de faire face à n'importe quoi ? Et à n'importe qui surtout ? Eh bien non. Karl me fait perdre tous mes moyens et je le sais, ce n'est honnête ni pour moi ni pour lui de fuir éternellement la confrontation. Je le déteste c'est un fait avéré. Sauf que je ne sais pas trop si c'est parce que j'ai de fréquentes disputes mentales avec mes sous-vêtements quand il est dans les parages, ou bien parce qu'il est une personne détestable. Sûrement un peu des deux. Mais que c'est usant de répéter à ma petite culotte en dentelle que non, je ne l'enlèverai qu'en rentrant à la maison et non accompagnée. Un bref mouvement dans l'air m'indique que mon compagnon s'est mis à ma hauteur (et je touche le fond, c'est dire si je suis basse) et il entreprend de me consoler, enfin je crois. Du moins me soutenir. « Ne vous en faites pas » Je baisse la tête, me retenant de hurler que si justement je m'en fais, avant de fondre en larmes. Je crois que les ascenseurs font ressortir mon côté dramaqueen. « Ce type vous cherche des ennuis ? Il y a un problème ? » C'est vraiment gentil de sa part de s'inquiéter pour une harpie aux envies actuellement suicidaires. Je lui sauterais au cou si j'osais. « Je bosse avec ce type. C'est le propriétaire de la plus grande agence de mannequins de Londres. Et il ne me lâche plus. » je finis par lâcher en piétinant les restes de ma fierté. « Je peux aider peut être ? Je ne voulais pas écouter mais c’est pas très facile ici de ne pas entendre… Vous voulez que je lui casse la figure ? » Je sursaute. Même s'il a dit ça sur le ton de plaisanterie, je ne peux m'empêcher d'apprécier son offre. Je sais bien que je suis insupportable. Que la plupart des gens me déteste. Que les personnes saines d'esprit me qualifient d'horrible harpie. Alors qu'on se montre sympathique et compatissant avec moi change énormément de mon quotidien. « Vous êtes gentil. » je fais avec un pauvre sourire. « Mais je ne suis même pas sûre que cela sera capable de l'arrêter. Et puis je ne veux pas vous attirer d'ennuis. » Hélas. Karl est du genre obstiné. « Si seulement j'étais encore mariée, il aurait la décence de me ficher la paix. » je soupire. « Être veuve n'a pas que des avantages vous savez ? » j'ajoute avec un petit rire qui sent le désespoir.

« Oh, je suis désolé ». Je souris à nouveau. J'ai envie de dire que ce n'est pas grave, mais... Je peux bien l'avouer, même si je n'étais pas vraiment amoureuse de mon mari, je l'appréciais tout de même. J'avais épousé un ami et non pas un amant. Dire que sa disparition ne m'a pas affectée est un mensonge que pourtant je sers allègrement à qui veut l'entendre. Pour renforcer ma réputation de monstre sans coeur. Pour donner aux gens une raison de plus de me détester et de me craindre. Pour leur faire penser que je n'ai aucune faille, pas même la mort d'un proche pour me faire pleurer. C'est faux, j'ai pleuré, quand j'étais seule. « Non pas que ce soit comparable, mais je suis divorcé » Là je compatis. Je pense que ça doit être pire en un sens, de se faire plaquer après plusieurs années de mariage pour quelqu'un d'autre. Et vu le ton de sa voix, je suppose que c'est ainsi. J'éprouve une vive sympathie pour cet homme à présent. Non pas qu'il s'agisse d'un effet du manque de caféine ou de mon malaise, mais je me sens étrangement proche de lui. Nous sommes terriblement seuls, obsédés par nos boulots respectifs et nous n'avons pour ainsi dire pas le meilleur caractère du monde. Tout comme moi, je le soupçonne d'être terriblement seul. Incapable de trouver les mots juste pour lui témoigner ma compassion, je me contente d'attraper sa main à tâtons et de la serre doucement dans la mienne. Le silence s'installe alors. « Si vous voulez je peux prétendre devant ce Karl être votre… compagnon ». Je sursaute et serre sa main un peu plus fort avant de la relâcher, un peu gênée par ma réaction. « Vous... feriez ça ? Vraiment ? » Je souris cette fois d'un air chaleureux qu'il ne peut pas voir et attrape sa main d'un air décidé avant de la serrer à nouveau dans la mienne en signe de reconnaissance. « Merci. Je commence vraiment à croire que vous êtes un saint. » « Enfin, s’il ne me tue pas avant » Là j'éclate franchement de rire et ne parviens pas à me calmer avant plusieurs secondes. « Oh croyez-moi il n'osera jamais faire une chose pareille devant moi. Et s'il le faisait, sachez que je serais la première à lui casser le nez ! » Je reprends mon souffle et rajoute d'un ton plus calme « Pardonnez moi de vous poser cette question mais, pourquoi feriez vous cela pour moi ? Je suis réellement surprise de voir que quelqu'un puisse se montrer aussi gentil avec moi alors que je suis... une effroyable garce. » j'ajoute d'un ton gêné, honteuse de m'être si mal comportée avec lui aux prémices de notre rencontre.

« Je… euh… »
Cette petite hésitation est tout bonnement adorable. Il m'en faut peu pour m'émouvoir finalement. Je suppose que d'être enfermée ici me pousse à m'émerveiller de tout et de rien, de m'attacher à mon geôlier, de... une minute, je ne souffre d'aucun syndrome de Stockholm ou je ne sais quoi. Nous sommes deux prisonniers après tout. Inspirer. Expirer. « Je ne rencontre pas vraiment beaucoup de gens avec lesquels j’ai l’occasion d’être gentil, vous voyez. Entre les incompétents sur lesquels il faut hurler toute la journée, les élèves peu conciliants, tout ça… » Je ris doucement, comprenant parfaitement ce qu'il veut dire. Nous sommes d'une exigence presque inhumaine avec les autres, mais cela commence d'abord pour nous-même. « Je vois parfaitement ce que vous voulez dire. C'est difficile de travailler avec des gens aussi peu investis que nous n'est ce pas ? » La lumière se rallume enfin et je découvre le visage de mon compagnon. Plutôt pas mal. « Daniel Logan, enchanté » Pas mal du tout en réalité. « Faith Von Drake, enchantée. » Je serre sa main avec un sourire radieux et sincère. « Réellement enchantée de voir que j'ai si bon goût en matière d'homme et que peu d'entre eux sauraient souffrir la comparaison avec vous. » J'ajoute avec un clin d'oeil tandis que je me relève et arrange mes vêtements. Bien. Avec ma jupe en cuir, mes escarpins vertigineux, mon chemisier en soie et un bel homme à mon bras, nul doute que Karl mettra pas mal de temps à s'en remettre. Je ne vais pas pousser le vice à glisser ma petite culotte en dentelle dans la poche de mon compagnon, nous ne nous connaissons pas depuis assez longtemps pour ça. « Prêt à me servir de preux chevalier ? »

Ma main prisonnière de la sienne, je ne peux m'empêcher de sourire d'un air amusé. On dirait bien que je suis au goût de Monsieur. C'est plutôt flatteur de plaire à un gentleman et pas à un salaud aux tendances dominatrices en totale contradiction avec les miennes. Oh ! Il rougit ? Ohlalalalala ! Je craque. C'est honteux je sais mais je trouve ça adorable, et ce subtil rougissement de ses pommettes, couplé à son allure décidément virile, cela forme un tableau tout à fait à mon goût. Un homme fort, accro au boulot et non pas dénué d'une certaine faiblesse qu'il se hâtera de cacher. « Et je vous retourne le compliment à l’identique » C'est à mon tour de rougir légèrement, de plaisir, à n'en pas douter. Et je suis ravie de voir que ma tenue produit son petit effet. Mes Louboutin ne m'ont jamais trahie, pas plus que cette jupe indécemment fendue et ce chemisier suffisamment transparent pour ouvrir l'appétit et pas assez pour être vulgaire. J'ai été fort bien inspirée ce matin je crois. Il accepte de me servir de chevalier et glisse sa main autour de ma taille, me faisant frissonner l'espace d'un instant. Oh non. Ohnonononon ! Je refuse d'avoir une énième dispute avec mes sous-vêtements. Je refuse. Penser à quelque chose de désagréable. Comme Karl m'attendant devant la porte. Cette pensée parvient à me calmer un peu. Et pourtant je perds pied lorsque le "ding" de la porte retentit. Sans réfléchir, j'attrape mon compagnon par la nuque et colle mes lèvres aux siennes. Je crois que j'ai légèrement paniqué.

Et je crois que je ne suis pas la seule à avoir craqué. Je ne sens qu'un instant d'hésitation avant que Monsieur Logan ne réponde à mon baiser. Et, oh Seigneur, cela faisait tellement longtemps ! Mes lèvres s'entrouvrent et j'oublie totalement la raison première de ce baiser alors qu'il enlace ma taille et me serre contre lui. Je n'aurais jamais pensé il y a une heure de cela, que j'embrasserais ce type avec qui tout avait si mal commencé. Ni que ce serait si bon. Un long frisson remonte le long de ma colonne vertébrale et s'il ne me tenait pas fermement contre lui, je crois que j'aurais été bonne pour un second évanouissement. Lorsqu'enfin nos lèvres se séparent, j'appuie mon front contre le sien l'espace d'un instant, haletante. « Oh, Chérie, on dirait que nous sommes sauvés » Hein quoi ? Je me souviens brusquement de la situation dans laquelle nous nous trouvons et du rôle que nous jouons. Car il s'agit bien d'un rôle n'en doutez pas ! (Et je ne fais absolument pas preuve d'une mauvaise foi sans précédent). « Oh joie. Ils auraient pu nous laisser quelques minutes de plus » je soupire en faisant la moue. « C’est pas trop tôt. » Ou alors c'est vraiment trop tôt. J'en aurais bien profité davantage. Soudain, je vois Karl. Sourcils froncés, mâchoire contractée à l'extrême, il semble contenir une certaine contrariété. Pour ne pas dire colère et encore moins fureur. Je m'accroche doucement au bras de Daniel (tiens ce n'est plus Monsieur Logan ?) et souris d'un air innocent. « Bonjour Karl. » je fais d'une voix polie. « Tu vois que je vais bien, il n'y avait aucune raison de t'inquiéter et encore moins de te déplacer » j'ajoute d'un ton badin. Je fais mine de totalement me désintéresser de lui et me tourne vers mon compagnon. « Il est temps de retourner travailler. » je fais avec un sourire tendre tout en arrangeant le col de sa chemise d'une main, alors que je glisse subtilement ma carte dans la poche intérieure de sa veste. « N'oublie pas de me faire passer les places pour Starmania, tu n'as qu'à les laisser à la réception. » j'ajoute avant de l'embrasser à nouveau. Oui bon, ce n'était peut être pas nécessaire mais je doute que l'occasion se représente voyez-vous. Et puis avouons-le, ce type me ressemble trop pour être un potentiel amant (ou alors si justement). Mais il ferait certainement un merveilleux ami. Amant. Oui, non ! Ce n'est pas la question. Je me détache de lui à regrets, attrape le café que me tends un des James et marche sans me retourner vers la suite où la séance doit se dérouler. « Appelle-moi, Daniel. » je lance tout de même d'un ton joyeux avant de rejoindre mon lieu de travail, de bien meilleure humeur qu'au début de cette journée.


Dernière édition par Faith Von Drake le Mar 8 Mai - 13:37, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Tyran vs Tyran [Daniel]   Mer 18 Avr - 1:34

Il y a un dégât des eaux dans mon superbe appartement. La facture s’élève déjà à une fortune et c’est sans compter les frais de peinture qu’il va falloir payer. Je viens d’appeler Lia pour la prévenir, et ma mauvaise humeur atteint des sommets ardemment descriptibles. J’ai envie d’hurler sur tout ce qui bouge, et pour ajouter à la catastrophe déjà considérable, il faut payer une chambre au Claridge’s. Evidemment, l’hôtel est complet en dehors d’une suite de je ne sais trop quelle envergure qui coûte la modique somme de… rien de modique là dedans, en réalité. Je soupire, véritablement contrarié, tandis que mon taxi me dépose devant l’hôtel. J’appelle le coordinateur des répétitions et lui aboie dessus qu’il n’est qu’un incompétent notoire, ce qui n’est pas exactement vrai mais le motivera au moins à être vraiment bon à l’avenir. « Il faut absolument que la répétition de cet après-midi ait lieu, tu m’entends ? Mais je ne pourrais pas être là tout de suite, démarrez sans moi, je veux que tu filmes la moindre note, la moindre scénette, phrase ou peu importe qui sera prononcée en mon absence, c’est compris ? » Je raccroche violemment et me précipite vers l’accueil ou j’attends que l’hôtesse me remette les papiers. Je lui tends ma carte bleue de franche mauvaise grâce en soupirant. Sérieusement, on ne pouvait rêver pire ; je suis censé en plus dîner ce soir avec mon… fils. Je n’ai pas encore trop l’habitude de l’appeler mon fils étant donné que j’étais sûr de n’être père que d’une fille unique il y a encore quelques semaines, mais ça aussi ça doit être normal, il faut juste que je m’y fasse. Je roule des yeux, cette fille est d’une lenteur affligeante. Je connais le type qui possède cet hôtel pour avoir eu vent du mariage qui s’y est déroulé entre deux cousins homosexuels, dont un aurait été son fils, l’autre un cousin à la voix très enviée par ma bonne vieille copine Trinity. Il faudra que je l’appelle celle là, pour lui raconter toute cette vaste blague, c’est tellement drôle. L’hôtesse finit enfin par me remettre ma clé et je la remercie dans un sourire insolent, me jetant vers l’ascenseur, d’où les gens sortent, visiblement contrarié. Je ne sais pas exactement ce qu’il en est mais je m’en contrefous, il me faut une chambre dans laquelle le degré d’humidité ne dépasse pas 80%, tout de suite ; je pousse un type et me précipite dans la cabine avant qu’il n’ait eu le temps de réagir. Je croise les bras sans faire attention au regard offusqué de la seule personne ici présente et appuie nerveusement sur le cinquième étage. A peine s’élève-t-on de quelques mètres que la machine s’arrête. Ne me dites pas que… J’attends, mais rien ne se passe. Les lumières s’éteignent. Ah, mais sérieusement, tout est vraiment pour le mieux. « Non mais c’est pas vrai ! » je m’exclame, claquant ma main sur ma cuisse. « Me dites pas qu’en plus on est coincés… » Je sens l’énervement s’emparer très négligemment de moi.

A côté de moi, dans l’épaisseur sombre de la cabine ridiculement étroite dans laquelle j’espérais bien gagner cinq minutes, l’autre s’agite, visiblement en proie à une légère crise de… Je ne sais trop quoi. Ironisme ? Angoisse ? Je soupire, vraiment, ça n’est pas le moment de me faire… « Oh quelle chance, j'avais justement du temps à perdre en mauvaise compagnie ce matin. » Je ricane et roule des yeux, c’est clair que partis comme nous le sommes, c’est forcément moi qui en suis réduit à être la mauvaise compagnie de l’histoire. L’hôpital se moque souvent de la charité en ce qui concerne ma vie ces derniers temps. « James ! » Est-ce que c’est dans son téléphone qu’elle hurle ? J’espère bien, parce que si elle essaye de communiquer avec moi en beuglant un prénom au hasard comme ça, elle se plante le doigt dans l’œil. Non mais enfin, pourquoi qui elle se prend ? « Faîtes l'impossible alors ! Si cet ascenseur ne repart pas très vite vous pourrez dire adieu à votre travail ! » Ah, une riche comtesse avec des serviteurs, ou un délire du genre. J’aurais du rentrer à Cambridge, j’aurais du rentrer voir ma fille et laisser les répétitions pour la semaine, être moins perfectionniste et moins con, voir un signe que le destin me tendait et… fuir. Je respire, laisse aller ma tête contre la paroi. « Les détails de votre incompétence ne m'intéressent pas, sortez moi de là et vite. » Je ricane de nouveau et secoue vivement la tête. « Est-ce que vous pouvez beugler moins fort vous voulez, j’ai vraiment très mal au crâne ». Je me masse les tempes en émettant un sifflement désagréable et inspire. « Je beugle ? Oh désolée, vraiment je suis confuse... » Ne me dites pas qu’elle va en plus s’offusquer du qualificatif ? On n’a même plus le droit de se plaindre du bruit maintenant, c’est moi qui vous le dis. On ne peut plus rien dire aux gens sans qu’ils s’agacent. C’est exaspérant, cette tendance des autres à penser que vous avez envie de supporter leurs cris, leurs états d’âmes et leurs maniaqueries de vocabulaire. « Pardonnez-moi, les espaces clos me rendent terriblement nerveuse. » Sans rire ? Pas la peine de le préciser, j’aurais franchement pu deviner tout seul. « Mais après tout, c'est entièrement votre faute si nous sommes coincés ici. Vous n'avez qu'à vous en prendre à vous-même. » Ma faute ? MA FAUTE ? Le dégât des eaux d’abord, maintenant cette énorme plaisanterie, je crois que je vais sérieusement perdre patience. « Vous n'aviez qu'à prendre l'ascenseur suivant et j'aurais pu beugler à loisirs dans les oreilles de mon assistant dont vous avez honteusement pris la place. » Je secoue la tête et croise les bras. « J’étais pressé de regagner ma chambre, j’ai un rendez vous important. Si vous voulez vous faire banaliser des ascenseurs, vous n’avez qu’à en installer chez vous ». « Et moi j'étais pressée de regagner mon lieu de travail. Un partout, balle au centre. Vous voulez sans doute avoir le dernier mot j'imagine ? Ne pensez pas que vous êtes le seul à avoir des rendez-vous importants. » Je soupire, tente de chercher les boutons pour appuyer nerveusement dessus à répétitions. « Si vous pouviez vous contenir histoire qu’on évite de mourir ce matin, crever dans un ascenseur c’est assez pathétique comme fin ». Madame je sais tout est décidément au taquet et s'empresse de répliquer, sur un ton vraiment profondément déplaisant. « Oh, on a peur du noir ? Quel dommage... Quant à me contenir, je trouve que je fais preuve d'une retenue admirable. Pour le moment. ». Je sens l’irritation grimper dans mes muscles fatigués et déjà bien martyrisés depuis le début de la journée. « J’ai pas peur du noir ». Je roule des yeux, après tout ça n’est pas moi qui suis en train de faire une crise d’angoisse à coup de hurlements et de protestations musclées au téléphone. Sérieusement, je comprends mieux mon besoin irascible d’imposer ma loi sur les élèves que je dois supporter tous les jours, sans parler des vedettes qui dansent ou chantent pour moi. Si vous laissez les gens prendre le pouvoir, ils deviennent infernaux. Infernaux. « Bien, continuez sur la voie de la retenue, grand bien m’en fasse. Et priez donc pour qu’on sorte d’ici rapidement ». Je soupire, râle et croise les bras. Si on ne sort pas, je sens que le moment à passer entre ces murs va être long, très long. Et pour tout avouer, je ne préfère pas qu’elle se mette à craquer et à péter un câble – en admettant qu’elle ne soit pas déjà en train de le faire. Dieu m’en garde, ou qui que ce soit.

Son téléphone, de nouveau, je crois que je suis coincé dans un ascenseur avec la femme la plus déjantée de l’hôtel. J’aurais pu tomber sur un passionné de danse ou un magnat des affaires, sur une jeune étudiante naïve et tout à fait charmante, mais non, il me fallait la névrosée de service. « James chéri, j'ose espérer que vous allez m'annoncer une bonne, que dis-je, une excellente nouvelle. » Elle marque une pause et je ne peux distinguer que les blabla rapides et visiblement paniqués à l’autre bout du fil. Seigneur, je suis prêt à parier que ce ne sont précisément pas des bonnes nouvelles qu’il est en train de donner. « Et ? » Nouvelle pause, je croise les bras et tique, impatient. J’ai pas que ça à faire moi, j’ai une répétition dans moins de trois quart d’heures et le moins qu’on puisse dire c’est que les imperfections de la veille ont urgemment besoin d’être corrigées, sans quoi je ne veux même pas songer à ce que diront les critiques. « D'accord. Prévenez-moi si vous avez du nouveau. » Elle raccroche et j’attends qu’elle me livre elle-même les informations qu’elle possède, il est hors de question que je fasse en plus la conversation avec elle, j’ai bien assez de préoccupations comme ça pour le moment. « Nous en avons encore pour une heure ou deux à nous supporter. Vous serez bientôt délivré de ma présence rassurez-vous. » Bientôt ? Une heure ou deux, bientôt ? Je ricane, nerveux, elle se fiche sans doute de moi. Je devrais appeler Lia, faire mon testament, je vais mourir c’est sûr. Rester coincé une heure ou deux avec une femme d’âge vraisemblablement mature qui en plus est une psychopathe des hurlements… Voilà qui ferait beaucoup rire ma fille. Et Trinity. Le monde entier en fait, peut être. Doux Jésus, envoyez moi quelqu’un pour me délivrer des flammes de l’enfer et je vous jure que je serai plus tolérant pour la prochaine répétition de ce Camille. Ou le prochain cours de la chorale. S’il vous... « Ah et ne vous inquiétez pas je vais juste m'évanouir » Je sursaute. « Je vous demande pardon… ? » Mais le bruit qui suit m’indique qu’il est trop tard pour obtenir des éclaircissements sur le sujet. « Non mais c’est pas possible, sérieusement ? » Comme si j’avais besoin d’un châtiment supplémentaire à ajouter sur la liste. Je me penche, sans me déplacer, il faudrait voir quand même à ne pas l’écraser elle serait sans doute capable de me coller un procès au cul. « Hého ? » Ma main rencontre ce qui, je suppose, est son bras. J’éclaire avec mon téléphone qui est en plus à deux doigts de tomber en rade de batterie et la secoue un peu, du bout des mains. « Hého, faudrait voir à pas mourir ici on pourrait m’accuser de meurtre, j’ai pas besoin de ça ». Dieu soit loué, elle finit par sortir de sa léthargie pour revenir parmi les vivants. Elle se redresse mollement et je tique, agacé. C’est bon, dites moi que ce cirque est fini et que je peux retourner à ma vie de ministre. J’aurais bien besoin de pouvoir hurler sur un ou deux étudiants, l’exercice serait assez apaisant, et puis il faut concéder que je suis assez excellent pour la chose. « Je ne suis pas morte, désolée. Vous pouvez toujours m'achever tant que je suis à terre. » Qu’elle ne me tente pas cette sorcière, sans quoi je pourrais effectivement décider de passer à l’acte tout de suite et de me débarrasser de sa compagnie extravagante. J’ai déjà pensé à tué pas mal de gens, mon ex femme en tête de liste, mais les problèmes sont toujours les mêmes : où mettre le corps ? comment ne pas finir ma vie en prison ? Les cellules sont grandes, c’est certain, mais il peut sembler au demeurant un peu difficile d’y organiser des comédies musicales ou divers cours de danse. Je secoue la tête, il faut que je me retire ces pensées de la tête. « Je vais rester assise si ça ne vous dérange pas. » Je grogne, me redresse. « Faites comme il vous plait ». Je croise les bras, bien décidé à me taire maintenant jusqu’à ce que la porte de ce truc s’ouvre de nouveau et que je puisse voir l’extérieur.

Enfin, un peu de silence, Madame je sais tout mais je tombe quand même dans les pommes garde n’émet plus un son. Je croise les bras et soupire quant à moi, le temps à tuer dans un ascenseur est quand même assez déplaisant. Non pas que ces machines soient étroites, je crois qu’elles pourraient supporter plusieurs versions de moi, et entendons nous bien, je ne suis pas gros, juste costaud. Je soupire, joue avec mon téléphone, le range, le ressors. « Désolée d'avoir été si odieuse. » Je sursaute, écarquille les yeux, la surprise est conséquence, est-ce qu’elle vient de… je fronce le nez. C’est un piège, c’est ça ? Elle s’excuse, du coup je dois m’excuser moi aussi pour ne pas avoir l’air d’être un gros con ? Je pince les lèvres, ne sachant trop que faire, voilà un dilemme qui mériterait d’être largement débattu mais personne ne peut m’aider à éclaircir la question en dehors de la principale concernée, ce qui reviendrait à lui donner d’office raison. Je tousse, hausse une épaule. « C’est pas grave, c’est vrai que c’est légèrement angoissant d’être coincé là dedans ». Angoissant ? Je baisse la tête et me cogne discrètement le front avec ma main, puis je tousse pour faire oublier cette remarque débile. Finalement, il aurait mieux valu que je m’excuse aussi tiens, j’aurais gagné en crédibilité. D’ailleurs je vais le faire, histoire d’effacer tout ça, non ? « Je suis désolé moi aussi d’avoir été un peu brusque ». Je soupire et appuie ma tête contre la paroi de nouveau. « J’ai vraiment une journée de folie, je veux juste sortir d’ici bon sang ».

« Je compatis, déjà qu'il est difficile d'assumer un emploi du temps de ministre en temps normal, c'est très certainement devenu mission impossible avec ce contretemps. » Je soupire un peu, elle a raison, évidemment. Comme si nos vies de ministres ne suffisaient pas, il faut en plus qu’on se rajoute ces contretemps épouvantables qui sont de toute évidence de la faute d’incompétents incapables de réaliser leurs boulots correctement. Vous savez ce que j’en dis, moi ? Qu’on soit chorégraphe ou chargé de maintenance des ascenseurs d’un hôtel cinq étoiles, il faut toujours chercher la petite bête dans son travail. La perfection a un prix mais elle n’a pas de domaine réservé. « Mais ne vous inquiétez pas, je suis persuadée que nous allons très vite sortir d'ici et retourner à nos vies trépidantes. » J’acquiesce avec l’espoir du désespéré – ce qui est somme toute très très logique. « Je l’espère vraiment, sans quoi je peux annuler tout le spectacle de demain soir, parce que ce gosse là, il est très bon, mais mon but à moi c’est de le rendre excellent, et sans cette répétition… » Oula, Daniel, calme toi, cette dame ignore sans doute de quoi tu parles. Quand bien même il serait écrit sur mon front qui je suis, nous sommes dans le noir complet. « Je suis chorégraphe et j’ai monté une reprise d’une comédie musicale française et il reste des tas d’imperfections à corriger… » Je soupire, je perds un peu les pédales, l’émotion sans doute. « Qu’est-ce que vous faites vous, sans indiscrétion aucune ? » J’imagine qu’elle n’a pas un métier de tout repos et sans double plutôt quelque chose qui lui prends du temps et de l’énergie, elle n’a à priori pas franchement l’air d’être une femme à se laisser marcher sur les pieds mais plutôt le genre à aller droit au but et à obtenir ce qu’elle veut…

« J'ai l'impression de m'entendre parler. Je suis photographe. C'est moi qui ai fait le dernier shooting de Vogue UK » Oh, je vois. Je ris un peu, absolument pas ironique, mais plutôt… admiratif ? Je n’en sais rien en fait, je crois que je suis juste satisfait de savoir que je ne suis pas le seul psychopathe sur terre qui préfère travailler que de perdre du temps dans des considérations romanesques sans intérêts. Non ? Photographe pour Vogue, alors ? J’hausse un sourcil, peut être que j’ai quand même bien fait de répondre à ses excuses par des excuses finalement, c’est bien plus agréable de passer le temps quand on ne se fait pas hurler dessus. « Attendez... vous êtes... vous montez la reprise de Starmania n'est-ce pas ? » Ah ? Je souris un peu même si elle ne peut pas le voir, alors comme ça elle a entendu parler de ma reprise ? Mon bébé, mon joyau de la couronne, mon chef d’œuvre ? Ma plus belle pièce ? (jusqu’à la prochaine) « Vous êtes Daniel Logan ? » J’inspire un peu, solennel, et hoche la tête pour la pure forme. « Oui effectivement. Vous avez entendu parler de Starmania ? » J’hausse un sourcil curieux lisse ma veste pour l’effet. « Vous devriez venir, non en fait vous savez quoi ? Je vous enverrai des places. Non pas que je sois prétentieux mais ça vaut le déplacement ».

Elle me remercie d’un ton joyeux et je me félicite de l’initiative, hochant la tête, prêt à répliquer que ce n’est rien, le plaisir est pour moi et autres formalités. Mais son téléphone sonne en coupant court à toute tentative d’initiative que j’aurais éventuellement pu prendre s’il m’en avait laissé le temps. « Karl ?! Mais... pourquoi ? » Son ton semble un peu instable tout à coup, voire totalement paniqué. Je ne fais cependant pas de commentaires, mettant en œuvre toute ma capacité à lui laisser un peu d’intimité dans un espace aussi réduit ou nous ne sommes que deux et ou même si je me bouchais les oreilles, je l’entendrais sans doute quand même. Je fronce un pu le nez, la conversation a l’air vraiment sérieuse et elle, vraiment contrariée. « Ce n'est pas la peine, je vais parfaitement bien. Retourne donc travailler. » Elle est ferme et je me demande soudainement qui est ce Karl. Je croise les bras et oublie mon intention de lui laisser un espace privé, tendant clairement l’oreille pour tenter de distinguer les paroles de l’autre, au bout du fil, le Karl en question. En vain cependant. « Va te faire foutre Karl. Je vais te coller un procès pour harcèlement » Oups, ce Karl n’est visiblement pas notre ami, c’est maintenant à peu près certain. « Et ne t'avise pas de m'approcher ! ». Elle raccroche tellement fort que je distingue le bruit significatif, puis j’entends glisser jusqu’au sol. Un court silence s’installe, qu’elle rompt avec une voix proche du désespoir profond. « D... désolée que vous ayez assisté à cela » J’hausse une épaule et m’agenouille pour tenter de lui apporter un peu de soutien, je ne sais pas qui est ce type mais il semble être un beau salop. « Ne vous en faites pas ». J’inspire, mon instinct masculin ressortant comme quand Lia ramène un sale type – ce qui n’arrive jamais, mais tous les types sont des sales types pour un père, sachez le – ou même une fille d’ailleurs – idem. « Ce type vous cherche des ennuis ? Il y a un problème ? » Je fronce le nez, et hausse une épaule. « Je peux aider peut être ? Je ne voulais pas écouter mais c’est pas très facile ici de ne pas entendre… Vous voulez que je lui casse la figure ? » je propose, pour plaisanter bien entendu.

« Vous êtes gentil. » Mais ça ne semble pas suffisant, bien qu’ironiquement bien placé il faut l’admettre. Je ne sais pas quel est le niveau de tyrannie de ce type mais ça a l’air d’être quelque chose, si on en croit au moins l’intonation de sa voix à son évocation – à défaut de pouvoir deviner ses traits contrariés. « Mais je ne suis même pas sûre que cela sera capable de l'arrêter. Et puis je ne veux pas vous attirer d'ennuis. » Je fronce le nez, c’est vrai que dans le genre ennui, je suis plutôt servi, surtout en ce moment – mais il n’est pas question d’un quelconque fou furieux me courant après pour me tyranniser, juste quelques questions relatives à la filiation et deux trois bricoles du genre. Tout va bien, respire Daniel. « Si seulement j'étais encore mariée, il aurait la décence de me ficher la paix. » J’hausse un sourcil en me mordant la lèvre, trouver un mari dans les minutes à venir risque en effet d’être difficile. « Être veuve n'a pas que des avantages vous savez ? » Je grimace et me demande si la décence m’autorise à faire un commentaire sur ma qualité de divorcé. « Oh, je suis désolé ». Je fronce le nez, décidément, je ne suis pas franchement doué avec les mots. « Non pas que ce soit comparable, mais je suis divorcé ». Quoi qu’un peu, peut être est-il possible de considérer que la mort de mon mariage… glauque. « Si vous voulez je peux prétendre devant ce Karl être votre… compagnon ». Je grimace, j’ai perdu l’habitude non seulement d’être le compagnon de qui que ce soit mais également d’être en compagnie de femmes de mon âge – en dehors de Trinity qui fait partie intégrante de ma vie depuis tellement d’années maintenant que j’ai eu le temps de m’habituer voire de devenir légèrement dépendant de ses remontrances régulières et autres parties de dragues estudiantines. « Enfin, s’il ne me tue pas avant ».

Elle me demande si je ferai vraiment ça et je réponds par la positive, je n’ai pas grand-chose à perdre, ça n’est pas comme si c’était la première femme que je fréquentais, faire semblant de doit pas être bien différent, surtout en sortant d’un ascenseur devant un employeur névrosé. « Oh croyez-moi il n'osera jamais faire une chose pareille devant moi. Et s'il le faisait, sachez que je serais la première à lui casser le nez ! » Je pousse un soupir de soulagement et hoche la tête, plus pour ma propre appréciation que pour autre chose. « Pardonnez moi de vous poser cette question mais, pourquoi feriez vous cela pour moi ? Je suis réellement surprise de voir que quelqu'un puisse se montrer aussi gentil avec moi alors que je suis... une effroyable garce. » J’inspire, très bonne question, pourquoi ? « Je… euh… » Je ne sais pas. Je ne suis pas aussi conciliant d’habitude, peut être qu’être enfermé dans un petit espace me fait inconsciemment douter pour ma propre sécurité. J’ai peur de mourir alors je joue les gentils. N’importe quoi, Daniel, enfin. J’inspire. « Je ne rencontre pas vraiment beaucoup de gens avec lesquels j’ai l’occasion d’être gentil, vous voyez. Entre les incompétents sur lesquels il faut hurler toute la journée, les élèves peu conciliants, tout ça… » J’hausse une épaule et me mords la lèvre, m’apprêtant à ajouter une quelconque blague sur la profondeur de la vie, mais je suis coupé par une secousse. D’un coup, la lumière réapparait et l’appareil semble se remettre en marche. « Oh… » Je découvre mon interlocutrice plus en détail et lui offre un sourire de rencontre. « Daniel Logan, enchanté », je lance en tendant ma main, amusé par mon humour bas étages. « Faith Von Drake, enchantée. » Elle est vraiment, vraiment pas mal dis donc. Je penche la tête en serrant sa main légèrement trop longtemps pour être crédible et souris également. « Réellement enchantée de voir que j'ai si bon goût en matière d'homme et que peu d'entre eux sauraient souffrir la comparaison avec vous. » Oups, je crois que… Je rougis. Mon Dieu, rendez moi ma dignité, vous avez suffisamment joué avec. « Et je vous retourne le compliment à l’identique ». Voilà qui est mieux. J’essaye de me concentrer sur la porte qui risque de s’ouvrir à tout moment, le fait que son employeur névrosé est susceptible d’être derrière ne m’ayant pas échappé, plutôt que sur ses habits vertigineusement provocateur pour le faible mortel que je suis. Je tousse et inspire, avec les dames il faut rester gentleman, c’est la différence des étudiantes ramassées occasionnellement dans un bar Oxfordien. « Prêt à me servir de preux chevalier ? » J’acquiesce, et comment, la corvée est très franchement acceptable, hum. « Tout à fait, débarrassons nous de ce Karl. » Je glisse ma main subtilement autour de sa taille et attends que l’appareil, qui a commencé une lente ascension, arrive à bon port. Le « ding » significatif retentit bientôt dans l’habitacle et je me tourne vers elle, interrogatif, la porte va s’ouvrir. La porte s’ouvre et tout à coup, elle s’empare de mon col, me tirant vers elle pour plaquer ses lèvres sur les miennes. J’hésite une demie seconde, inapte, puis finis par laisser mes instincts primaires prendre le dessus. Mes bras entourent sa taille et la soulève légèrement du sol pour me permettre de répondre à son baiser en toute tranquillité. Je laisse le moment s’étendre quelques minutes sans la lâcher, collant son corps contre le mien, puis me détache doucement, souriant, simulant l’éveil au monde extérieur qui nous regarde avec un air ébahi à s’en décrocher la mâchoire. Ils sont plusieurs, techniciens et types en tous genres. Je tousse un peu et m’arme d’un sourire sans lâche la main de ma fausse compagne. « Oh, Chérie, on dirait que nous sommes sauvés ». Je lâche un ricanement fortement ironique à l’adresse des mécaniciens, c’est pas parce que cette aventure s’est avérée plus positive qu’espéré qu’ils vont s’en sortir comme ça. « C’est pas trop tôt. » Je guette pour voir lequel de nos spectateurs risque de me sauter à la gorge.

« Bonjour Karl. » Tiens, on dirait que Karl est ce type un peu constipé que j’aperçois entre tous les autres. « Tu vois que je vais bien, il n'y avait aucune raison de t'inquiéter et encore moins de te déplacer » Je souris un peu en hochant la tête, tout va parfaitement bien, effectivement. Faith se tourne vers moi et m’offre un sourire en arrangeant mon col, le jeu d’acteurs est presque parfait. « Il est temps de retourner travailler. » Elle glisse discrètement sa carte dans ma poche et j’acquiesce. « N'oublie pas de me faire passer les places pour Starmania, tu n'as qu'à les laisser à la réception. » Elle m’embrasse de nouveau et je me laisse faire, presque pas surpris cette fois. « Je n’oublierai pas ». Je pousse un soupir d’aise et lui souhaite une bonne journée tandis qu’elle s’éloigne à pas rapides vers la chambre où doit avoir lieu l’évènement. « Appelle-moi, Daniel. » Je lui fais au revoir de la main et acquiesce. « Je n’y manquerai pas ! » Je tourne les talons et vais pour rejoindre ma propre chambre, empruntant cette fois ci l’escalier.
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Tyran vs Tyran [Daniel]
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