Ab imo pectore — NOAH.

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MessageSujet: Ab imo pectore — NOAH.   Mer 11 Avr - 21:27

Pour la centième fois de la journée, Joanne se demanda pourquoi elle avait donné son numéro à Noah. Et surtout, pourquoi avait-il fallu qu'elle ajoute qu'ils devaient parler ? Pour une fois, elle avait compté sur la lâcheté de Noah pour se débarrasser du problème, être fixée une fois pour toute. Qu'il n'appelle pas, point. Au moins, elle pourrait passer à autre chose, faire sa vie avec Neil sans se demander sans cesse comment cela aurait pu être si. Mais finalement il avait appelé et elle n'avait pas pu s'empêcher de décrocher, le cœur qui battait contre sa poitrine et l'empêchait de penser clairement. Après une minute ou deux, ils se mirent d'accord pour se voir, deux jours plus tard. Noah proposa de se retrouver à son bureau, plus calme pour parler. Joanne ne s'y opposa pas et nota tout simplement l'adresse avant de rentrer le rendez-vous dans son portable. Naturellement, elle n'en parla pas à Neil. Elle n'avait pas pu lui cacher qu'elle avait croisé Noah, au détour du Starbucks - mais elle savait pertinemment qu'il s'opposerait à l'idée de lui parler. Parce que tous les deux comprenaient exactement ce que cela impliquait. Elle n'avait aucune envie de mettre son fiancé sur la touche ; elle n'était même pas certaine que Noah ait une place dans la vie de Lucy, ou même dans la sienne, à elle, tout court. Elle était totalement perdue, à vrai dire et la dernière chose qu'elle souhaitait, c'était une discussion interminable à ce sujet avec Neil, discussion qui finirait d'ailleurs irrémédiablement en dispute.

Non, mieux valait qu'il ne sache pas. Mieux, que personne ne sache. Joanne n'avait pas pour principe de mêler les gens à ses choix, à ses doutes ou à ses déceptions. Et c'était à peu près tout ce qu'avait signifié Noah Coolidge dans sa vie ; des choix douloureux, des doutes dans le fond de l'esprit, des déceptions toujours aussi vives. Pas étonnant que certains, comme son frère ainé, l'aient maudit... La dernière chose qu'elle voulait, c'était qu'on la dissuade, qu'on lui répète qu'il s'agissait d'une mauvaise idée, qu'elle méritait mieux, que Lucy méritait mieux. Elle savait déjà tout ça, et son cerveau ou sa conscience suffisait à entretenir son débat intérieur. Mais finalement, le jour, puis l'heure du fameux rendez-vous approcha. Bien trop vite. Et c'est ainsi qu'elle se retrouva, le cœur battant et la gorge nouée devant le Coolidge's Record Label. Elle jeta un œil à sa montre et constata qu'elle avait un bon quart d'heure d'avance. Elle se passa une main dans les cheveux, se demandant comment elle pourrait s'occuper pendant ces quinze longues minutes - mieux valait ne pas arriver en avance, s'était-elle persuadée. De toute manière, elle n'était même pas encore sure de ce qu'elle allait dire exactement à Noah, ni même de ce qu'elle attendait tout court de leur discussion à venir. Elle n'arrêtait pas de changer d'avis - notamment en ce qui concernait Lucy. Tout était devenu si compliqué, au point qu'elle avait parfois l'impression que cet homme qu'elle avait aimé et soutenu pendant tant d'années était devenu un total étranger. Au point qu'elle en était venue à se demander s'ils s'étaient jamais compris. Et, si une nuit ensemble l'avait fait fuir elle ne savait où, qu'est-ce qu'il était capable de faire en apprenant que la charmante gamine qu'il avait croisée il y a quelques jours était en fait sa fille ?

Finalement, Joanne soupira et décida de pousser la porte du bâtiment. Rester dehors ne servait rien, s'occuper non plus, à part ruminer encore et toujours les mêmes choses. Et, à présent qu'elle était entrée, elle n'avait plus le choix : avancer, voir Noah, et tant pis si c'était la connerie de sa vie. Elle demanda d'une voix légèrement étranglée à le voir, à l'accueil. On lui répondit qu'on le prévenait, puis on lui indiqua la direction de son bureau. Et là, elle se retrouva à attendre à nouveau, face à la porte close du bureau de Noah. Ses mains devenaient moites - elle détestait qu'on puisse voir aussi facilement à quel point elle était stressée. Elle n'eut pas le temps d'y penser plus que cela que la porte s'ouvrait. Elle se leva aussi sec, avec cette boule au ventre si familière, l'appréhension qui devait figer ses traits - on aurait cru qu'elle attendait les résultats d'un examen important. Ses yeux s'accrochèrent à la silhouette de Noah et elle se força à lui adresser un sourire. Lorsqu'elle l'avait croisé il y a quelques jours, des milliers de mots se bousculaient dans son esprit, au fond de sa gorge pour sortir, lui faire partager un dixième de ce qu'elle avait pu vivre, de ce qu'elle ressentait. Aujourd'hui, plus rien. Elle était désespérément vide, plus rien ne lui venait et elle se contentait de le fixer, son vague sourire accroché sur ses lèvres. Au bout de quelques secondes, elle souffla un simple :

"Salut." Ces premiers mots arrachés, elle enchaîna rapidement sur : "Désolée, je suis un peu en avance."
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MessageSujet: Re: Ab imo pectore — NOAH.   Jeu 12 Avr - 19:48



AB IMO PECTORE. JOANNE AND NOAH
Voilà déjà deux jours que je tournai en rond et faisais les cent pas, incapable de statuer sur la nature de la décision que j'avais prise il y a quelques jours de ça. Depuis qu'elle m'avait lancé cette ultimatum, j'étais paumé. Parce qu'autant se montrer réaliste, elle ne l'avait peut-être pas dit clairement, mais j'avais parfaitement bien compris que si cette fois je n'y mettais pas du mien, alors ce serait fini, elle refuserait de me revoir. Depuis qu'elle m'avait lancé cette ultimatum donc, une question n'avait cessé de tourner en boucle dans ma tête, m'empêchant parfois même de trouver le sommeil. L'appeler ou pas? m'étais-je interrogé des heures durant. Résigné, peut-être même un peu fatigué d'y penser, j'avais fini par sauter le pas. Et au final, c'était la meilleure chose à faire, je crois. Réalisant que j'avais longtemps fui mes responsabilités et manqué à mes devoirs d'ami, je me suis dit que ça ne pouvait plus continuer comme cela et, qu'il était plus que temps que je vois la réalité en face. Je m'étais montré égoïste et lâche. J'avais profité de sa faiblesse et des sentiments forts qu'elle avait pour moi, pour soulager ma peine à l'époque. Je lui avais fait croire que je serais là pour elle, que je partageai ses sentiments. Puis j'avais pris la fuite, une futile lettre en guise d'adieu et de remerciement. Nous avions pourtant passé la moitié de notre vie ensemble. Elle avait été là, dans les bons comme dans les mauvais moments, toujours prête à me soutenir, quoi qu'il lui en coûte. Toujours à mes côtés, même quand cette foutue maladie s'était déclarée. Et moi, je l'avais cruellement laissé tomber, abandonnée. Je n'avais même jamais cherché à la rappeler. En cinq années, pas un seul coup de fil, aucun mail, rien du tout. J'allais mieux pourtant. Tout du moins, j'avais partiellement appris à me contrôler, j'avais consulté des spécialistes et, j'étais sous traitement. Je n'étais plus cet adolescent incontrôlable depuis bien longtemps. Et pourtant, je n'ai jamais cherché à la recontacter. Moi qui prétendais être son meilleur ami, je n'ai rien fait. Et après ça, je m'étonnais encore qu'elle ait pu emmagasiner autant de rancœur à mon égard? Non, mais de qui me fichais-je?!

Le téléphone sonna alors, me sortant brusquement de mes pensées. « Votre rendez-vous est arrivé, Noah » s'exclama alors mon assistante à l'autre bout du fil.
« Bien. Faites-là entrer. Oh et Kathreen, vous pouvez rentrer chez vous. Je vous laisse votre après-midi » l'informai-je, désireux qu'elle disparaisse. Je la connaissais suffisamment bien maintenant pour savoir qu'elle n'était pas la dernière à écouter aux portes, or je n'avais aucune envie qu'elle s'enquisse de ma vie privée, encore moins de mes relations - compliquées - avec Joanne. « Mais je n'ai pas terminé mes dossiers, monsieur Coolidge, c'est... j'ai encore beaucoup de travail et ». « Vous n'avez pris aucun rendez-vous pour cet après-midi? » la coupais-je. « Non, comme convenu. Mais... ». « Alors, il n'y a pas de mais qui tienne Kathreen » rétorquai-je d'une manière partiellement autoritaire. « Vous rentrez chez vous point final! Oh et fermez derrière vous, s'il vous plaît. A demain ». « Bien, Noah. » Voilà qui est mieux, soupirai-je intérieurement. Elle commençait à m'échauffer les oreilles avec ces protestations. Non, mais pour qui se prenait-elle à me contester de cette manière?! J'étais encore le patron à ce que je sache!

Passant mes mains sur mon visage, je prenais une grande inspiration et me levai, fin prêt à l'affronter. Ou presque. Ouvrant la porte avec un sourire qui se voulait rassuré, je l'invitai à entrer. Restée figée quelques secondes, elle finit par me saluer, bafouillant qu'elle était désolée d'être en avance. Qu'elle ne formalise pas, pensais-je, pour moi ces deux jours avaient été interminables, tant j'appréhendai ce qui allait bien pouvoir se passer aujourd'hui et, je n'avais qu'une envie: qu'on en finisse au plus vite. Alors pour le coup, j'étais plutôt satisfait qu'elle soit en avance. « Aucun problème! » m'exclamai-je en lui tirant une chaise « j'ai fermé le label pour l'après-midi, de façon à ce que nous puissions discuter tranquillement » bafouillai-je, gêné. « Mais je t'en prie assieds-toi » dis-je en lui désignant la chaise du doigt, tandis que je m'asseyais à ses côtés. « Bon... tu as dit que tu voulais me parler donc... je t'écoutes ». Noah Coolidge ou l'art et la manière d'éviter d'entrer dans le vif du sujet. Une fois de plus j'allais la laisser se démener, me contentant d'écouter. C'était vraiment très courageux comme attitude, très adulte aussi. Bien joué! me réprimai-je mentalement, soupirant de manière à peine audible dans le même temps.
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MessageSujet: Re: Ab imo pectore — NOAH.   Mer 2 Mai - 23:42

C'est le cœur battant que Joanne s'était retrouvée à suivre Noah. Elle avançait en mode automatique, comme si son esprit n'était plus rattaché à son corps. Un pas devant l'autre jusqu'à s'arrêter puis s'asseoir sur la chaise que lui proposait le patron des lieux. Le tout parsemé de quelques sourires nerveux qui trahissaient l'agitation qui régnait dans son cerveau. Parce que là-haut, tout tournait, et à toute allure. Elle entendait à peine ce que disait Noah, comme dans l'un de ces films où les voix devenaient de plus en plus lointaines alors que le héros plongeait dans ses pensées ou perdait conscience. Joanne était bien là, bien loin de défaillir même si elle était bien contente d'être assise pour éviter que ses jambes ne cèdent sous son poids. Une fois de plus, elle se demanda ce qu'elle était venue faire ici. Ils avaient tous raison, certainement, au sujet de cet homme qu'elle avait aimé et dont elle avait excusé les pires comportements. Mais elle avait envie de le vérifier par elle-même, persuadée que c'était la seule manière d'avancer, de laisser ces regrets qui la rongeaient derrière elle. Elle s'attendait à être déçue, à souffrir un peu ; elle avait encaissé pire. Et tant que Lucy n'était pas mêlée plus que nécessaire, tout irait au mieux. Oui, elle s'était dit tout cela, des dizaines de fois. Elle se le répétait encore et encore pour se persuader qu'elle avait raison d'être là, pour se donner la force de tout lui expliquer. Bien sûr, elle avait imaginé cette scène des dizaines de fois mais aucune n'avait la lourdeur, la cruauté de la réalité. Ici, elle ne pourrait pas rembobiner, corriger tel mot ou telle tournure de phrase, décider des réactions de Noah, accélérer les passages trop difficiles, mettre en pause quant tout devenait trop difficile. A présent, la confrontation était là, réelle et chacun de ses gestes, chacun de ses mots aurait une répercussion sur... à peu près tout son avenir en fait. Noah était bien de retour dans sa vie et elle n'avait pas réussi à l'en éloigner, malgré toute la rancœur qu'elle avait accumulée contre lui. Pire, c'était elle qui avait fait un pas vers lui, le suppliant à demi-mots de l'appeler, de ne pas s'enfuir. A présent elle était là, prête à récolter tout ce qu'elle avait semé, prête à réciter tous ces mots qu'elle s'était vue lui dire tant de fois, prête à le laisser chambouler sa vie à nouveau.

Mais rien ne venait. Tout se mélangeait : Lucy, Neil, Noah, son boulot, son frère qui ne lui parlait plus, son mariage qui approchait doucement mais sûrement, la facture qu'elle avait oubliée de payer... Tout se retrouvait mis sur un pied d'égalité et étouffait ces mots qu'elle devait prononcer, ce secret qu'elle devait exorciser. Plus rien ne se formait dans son esprit et le seul espoir auquel elle s'accrochait, c'était que Noah ait le courage d'entamer la conversation. Dire quelque chose, n'importe quoi pour lever la chape de plomb qui régnait dans la pièce. Mais même là, il se dégonfla et lui renvoya la balle en lui demandant ce qu'elle lui voulait. Avec à peine plus de formes. Joanne, prise au dépourvu, eut l'impression d'étouffer. Elle le fixa de longues secondes, partagée entre l'envie de crever une bonne fois pour toute l'abcès en lui hurlant toute la haine et tout l'amour qu'il lui inspirait et celle d'éclater en sanglots comme la gamine. Devenir une furie déchainée ou rester la gamine qu'il avait toujours vue en elle : voilà le choix qu'elle voyait se dessiner devant elle. Un choix qu'elle ne voulait pas faire - elle n'estimait qu'aucune de ces deux femmes ne lui ressemblaient. Alors, elle détourna les yeux et se passa une main dans ses cheveux détachés, gagnant quelques précieuses secondes qui devaient lui permettre de remettre un peu d'ordre dans ses idées. Toutefois, quand elle tourna les yeux vers Noah, elle ne savait pas plus par où commencer. Le mieux serait certainement d'en finir au plus vite et tout lui dire tout de suite. Mais sa gorge se serrait à chaque fois qu'elle pensait à sa fille et à la discussion qui suivrait. A vrai dire, elle n'était pas certaine que Noah puisse avoir une place dans la vie de Lucy. Elle ne pouvait pas risquer qu'il disparaisse ou se retrouve interné ou décide que, finalement, il n'avait plus envie de s'occuper de sa fille... On ne savait jamais ce qui pouvait arriver, avec lui. Et ce jour-là, Joanne ne serait pas la seule à avoir le cœur en miettes. Elle voulait être sure qu'elle pourrait compter sur lui. C'était utopique, toutefois, de penser ainsi... Elle avait mis les pieds dans le plat et Noah attendait cette fameuse conversation qu'elle lui avait plus ou moins promise. Il était trop tard pour faire marche arrière, à présent qu'elle était ici. Elle se décida finalement à ouvrir la bouche pour articuler :

"Je... pourrais avoir de l'eau ?"


Elle grimaça légèrement, la bouche sèche comme jamais. Le temps que Noah s'éloigne pour lui ramener ce qu'elle avait demandé, elle avait pu souffler un peu, histoire d'y voir plus clair. Elle but toutefois une longue gorgée d'eau avant de se décider à engager cette discussion inévitable. Mais elle ne commencerait pas par Lucy, non. Puisqu'il lui laissait la main, elle pouvait en profiter, obtenir des semblants d'explications qu'elle n'obtiendrait probablement jamais si elle laissait l'occasion filer. Elle se tourna donc à nouveau vers lui et demanda simplement, peut-être un peu plus sèchement que ce qu'elle souhaitait :

"Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu étais revenu ?"
Après une légère pause, elle jeta un regard circulaire à la pièce en ajoutant : "Ça fait un moment que tu es revenu, non ?"

A Londres. Pourquoi revenir à Londres, s'il n'était pas "prêt", pour reprendre sa fameuse lettre ? Elle l'avait attendu mais l'espoir s'était érodé et elle ne pouvait s'empêcher de penser que tout aurait été différent s'il avait réapparu il y a un an, quand elle n'était pas fiancée, quand elle ne se voyait pas faire sa vie avec un autre ni même qu'un homme puisse accepter d'élever une fille qui n'était pas la sienne. Mais aujourd'hui, il y avait Neil - elle avait beau lui en faire voir de toutes les couleurs, elle n'imaginait pas le mettre sur la touche. Encore moins pour un homme qui l'avait déçue de trop nombreuses fois et qui, elle en était persuadée à présent, ne l'aimerait jamais.
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MessageSujet: Re: Ab imo pectore — NOAH.   Mer 9 Mai - 22:21

AB IMO PECTORE. JOANNE AND NOAH
Joanne m'observa quelques minutes sans rien dire, réfléchissant probablement à la portée de ses mots ou ne sachant pas très bien par quel bout prendre les choses. Moi-même inquiété par cette conversation, j'imaginai parfaitement bien quel pouvait être son niveau de confusion. Qui plus est et en me défilant à nouveau, je ne lui avais pas laissé le choix. Elle allait être celle qui mettrait cartes sur table, encore une fois. Un certain malaise s'installa entre nous deux et tandis que je feignais ranger quelques papiers, incapable de faire quoi que ce soit d'autre, elle me demanda un verre d'eau. M'empressant d'aller lui en chercher un, je revenais à peine quelques secondes plus tard et retrouvais ma place initiale, confortablement installé, bien caché devrais-je dire, derrière mon bureau. C'est fou, mais d'ordinaire ce fauteuil hors de prix et ma position m'octroyaient du pouvoir, une sorte d'assurance face aux personnes auxquelles je m'adressais, alors que face à elle mon monde s'écroulait. Tel un gamin anxieux à l'idée de se faire réprimander, je perdais tous mes moyens. A dire vrai, j'avais tellement de choses à me reprocher lorsqu'il s'agissait d'elle qu'à ses côtés, j'étais incapable de me sentir parfaitement à l'aise. Le simple fait de penser à elle me faisait rougir de honte, alors me retrouver en face d'elle et évoquer nos problèmes était quelque chose qui me mettait relativement mal à l'aise. D'autant plus que je n'avais aucune excuse. J'étais parti, sur un coup de tête. J'avais été égoïste, stupide. Et voilà qu'elle profitait de l'occasion pour me demander de m'expliquer sur mon comportement. Le problème c'est que je n'avais moi-même aucune explication. Rien qui suffirait en tout cas. Rien qui arrangerait les choses. De toute manière je crois que nous avions atteint un point de non retour et, les chances pour que nous redevenions amis, les possibilités pour que nous retrouvions ce lien intense que j'avais brisé en l'abandonnant ou celles où nous serions plus que des amis m'apparaissaient véritablement faibles, si ce n'est impossible. Au jour d'aujourd'hui, je doutais d'ailleurs que nous puissions être quoi que ce soit de plus que de vieilles connaissances. Je me devais d'essayer pourtant. Je me devais de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour la convaincre que j'avais changé et que j'étais digne de la côtoyer, digne de son amitié. Je devais me battre pour qu'elle accepte enfin de me pardonner. Parce que je n'étais pas complètement stupide et je voyais bien au ton de sa voix qu'elle m'en voulait. Et qui ne m'en aurait pas voulu à sa place? Le temps était venu pour moi de jouer franc jeu. Ça n'allait pas être facile, mais je lui devais au moins ça.

« Pourquoi? » répétais-je d'abord, comme pour me donner du courage. « J'imagine que je ne me sentais pas encore prêt à te revoir. Plus que toute autre chose, j'ai pensé que tu serais bien mieux sans moi. Soyons réalistes Joanne, la nuit... » je marquai une courte pause, toujours embarrassé à l'idée d'aborder le sujet. « Ce que nous avons fait cette nuit-là était mal. Dire que je n'ai pas apprécié sur le moment serait un mensonge, maintenant tu étais ma meilleure amie et je n'aurais pas dû faire ça. Nous n'aurions pas dû franchir cette limite. C'était une erreur ». Elle fronça alors les sourcils, presque 'interloquée par mes propos, je crus même lire une once de déception dans son regard, ce pourquoi je me repris ne lui laissant pas le loisir de répliquer quoi que ce soit. « Ce que je veux dire c'est que je considérais cela comme une erreur à l'époque. T'étais la personne qui comptait le plus à mes yeux et en faisant l'amour avec toi, j'ai eu peur d'avoir tout gâché, de t'avoir perdue. Parce que la vérité c'est que j'ai toujours su ce que tu attendais de moi Joanne, seulement j'étais incapable de te le donner. Je n'étais pas prêt. Les sentiments que tu avais pour moi m'effrayaient ». Oh bon sang! Pestai-je intérieurement, affreusement mal à l'aise. « Et c'est en partie pour ça que je n'ai jamais cherché à te recontacter. En ce qui te concerne et depuis cette nuit-là, je n'ai jamais vraiment su où j'en étais. Qui plus est, je t'ai fait plus de mal que de bien, durant toutes ces années donc... j'ai pensé que tu serais mieux sans moi. Qu'est-ce que tu veux que je te dise de plus?! Faut croire que ça t'a plutôt bien réussi. Regarde-toi, t'es magnifique, heureuse et épanouie. Tu as refait ta vie, fondé une famille et je suis heureux pour toi ». Le pire dans tous ça c'est que j'étais sincère, je crois.
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MessageSujet: Re: Ab imo pectore — NOAH.   Lun 2 Juil - 23:37

Joanne avait eu le temps de passer en revue sa relation avec Noah, durant ses quatre ans d'absences, ces quatre années où elle avait eu tout le loisir de penser à lui, à eux, à ce qu'ils auraient pu être, à ce qu'ils avaient été. Elle en était arrivé à la conclusion qu'ils ne s'étaient jamais véritablement compris, peut-être parce qu'elle espérait autre chose de sa part qu'une simple amitié, que l'espèce de lien quasi fraternel qui les unissait. Et puis, aussi et surtout, parce que Noah avait la fâcheuse tendance à fuir toute discussion un temps soit peu sérieuse, par quelque moyen que ce soit. Même la nuit où ils avaient couché ensemble avait été une manière de fuir ou de s'assurer sa fuite, elle en était à présent certaine. Il aurait pu se réfugier derrière ce prétexte tout en évitant soigneusement d'intégrer Joanne à ses choix - lui aurait sans doute dit à ses problèmes, mais la discussion n'était pas là. Elle ne lui avait pas pardonné et ne lui pardonnerait sans doute jamais de l'avoir laissée sur la touche, brisant par là tout lien qui pouvait les unir. Mais le fait était qu'elle lui devait la vérité. Il en ferait ce qu'il voudrait (à vrai dire, elle n'était pas certaine qu'il veuille ne serait-ce que voir Lucy) mais au moins il aurait toutes les cartes en main et elle aurait été franche avec lui. Dans son plan idéal, Joanne avait balancé la nouvelle d'entrée de jeu, partant du principe que ce serait plus facile et moins douloureux ainsi (un peu comme lorsqu'on enlève un sparadrap). Manque de chance, elle avait laissé filer l'occasion et au lieu de se détacher de toute émotion trop forte et risquer de se retrouver à nouveau prise dans cette situation inextricable qu'avait été sa relation avec Noah, elle l'avait invité à reprendre le contrôle sur ses émotions, sur sa vie en lui demandant pourquoi il ne l'avait pas prévenue de son retour. Ne vous méprenez pas : elle voulait vraiment savoir pourquoi il avait rompu une promesse qu'il avait écrite noir sur blanc. Ou plutôt, pourquoi il était revenu à Londres, la ville où ils avaient passé leur enfance, s'il ne se sentait pas "prêt" à la revoir.

Elle s'attendait à ce qu'il se dérobe, à ce qu'il cherche des excuses. Comme toujours, en fait. Et qu'il la rende folle, lui fasse perdre les pédales, lui massacre le cœur comme lui seul savait le faire. Elle se doutait qu'à partir du moment où il ouvrirait la bouche, elle oublierait toutes ses bonnes résolutions pour retomber dans ce manège si familier. Et elle ne fut, en effet, pas déçue. Elle perdit trop rapidement patience à son goût, commençant à jurer intérieurement contre Noah ou à froncer les sourcils. L'espace d'une seconde, elle s'imagina se lever et le planter là pour ne plus jamais le revoir. Mais elle savait qu'elle l'aurait regretté - comme lui semblait regretter la nuit qu'ils avaient passé ensemble. Elle ravala donc sa colère et sa déception puis se contenta de le fixer, incertaine. Pensait-il sincèrement qu'elle avait mis toute leur histoire derrière elle et avait fondé une famille ? Pourtant, il suffisait d'un calcul rapide pour se rendre compte que c'était très peu probable, si ce n'est impossible. Calcul qu'apparemment Noah n'avait pas pris la peine de faire... Des dizaines de réponses, toutes plus sanglantes les unes que les autres se mirent à fuser dans son esprit. Elle voulait lui faire ravaler ses paroles soit-disant raisonnables pour qu'il comprenne que jamais elle n'avait imaginé être heureuse sans lui, certainement pas avec un autre que lui. Et quelque part, toutes ses déclarations ne lui laissaient qu'un goût amer dans la bouche et des centaines de questions sans réponse. Alors, elle décida de ne pas se lancer plus que de raison sur ce sujet-ci, d'autant plus qu'elle savait le terrain bien trop glissant pour elle. Elle tenta donc de rester le plus neutre et le plus calme possible, oubliant le malaise et la nervosité qui l'avaient gagnée juste avant :

"Oui, je suis fiancée. Et oui, j'ai une fille. Mais c'est loin d'être ce que tu crois Noah..." Elle soupira et le fixa quelques secondes, espérant qu'il comprenne tout seul ou, mieux, qu'il lui explique qu'il avait tout compris depuis un moment. Comme rien ne se passait, elle se décida à continuer : "Je m'en fiche de ce qu'il y aurait pu y avoir entre nous ou non. Visiblement tu as fui pour enterrer tout ça, très bien. Mais le fait est que j'ai passé toutes ces années à ne pas pouvoir l'oublier, tu comprends ?" Elle marqua à nouveau une légère pause, plus courte cette fois-ci, réalisant rapidement que ses propos pouvaient porter à confusion. "Et ne t'imagine pas que c'est parce que je suis folle amoureuse de toi ou quoique ce soit. J'ai passé ce stade. C'est juste que... Lucy, ma fille... Elle est de toi" finit-elle d'une voix horriblement étranglée.
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MessageSujet: Re: Ab imo pectore — NOAH.   Dim 22 Juil - 14:58

AB IMO PECTORE. JOANNE AND NOAH
Je n'étais pas complètement stupide et je n'avais pas la prétention de croire qu'un beau discours ou de plates excuses suffiraient à arranger les choses entre nous. Jamais nous ne pourrions tirer un trait sur le passé, encore moins sur la nuit d'amour que nous avions partagé. J'avais longtemps voulu considérer cette expérience comme un moment d'égarement, une grossière erreur, mais je me mentais. Je m'étais efforcé de la voir comme telle, parce que je n'avais pas encore pris conscience de mes sentiments à l'égard de Joanne. Je n'étais qu'un gamin à l'époque, un paumé, malade et apeuré; mais la vérité c'est que jamais je n'avais oublié. Depuis cette fameuse nuit, son visage, sa peau me hantaient et en toute franchise, j'avais souvent pensé à la recontacter, seulement je m'étais toujours ravisé. Si j'avais été lâche? En effet. Néanmoins, je pensais agir pour le mieux. J'étais terrorisé. J'avais peur qu'elle ne me claque la porte au nez, qu'elle me balance des horreurs, qu'elle hurle qu'elle me détestait. Je ne l'aurais pas supporté. Tout comme je n'aurais pas pu souffrir de la voir au bras d'un autre homme, heureuse et épanouie. Il y a encore quelques mois, j'aurais été incapable de la voir telle qu'elle était aujourd'hui. La douleur aurait été trop intense, jamais je ne m'en serais remis. D'ailleurs, apprendre qu'elle était fiancée et maman d'une petite fille m'avait fait l'effet d'un coup de poignard en plein cœur. Il n'empêche que j'étais sincère en disant que j'étais heureux pour elle. Joanne méritait tout ce qui lui arrivait et j'espérais que les choses continueraient à aller dans ce sens pour elle. Cependant, je n'étais pas persuadé que venir me voir aujourd'hui était une bonne idée. Non pas que je n'avais pas envie de la revoir, au contraire j'en mourrais d'envie; mais je refusais d'être à nouveau un fardeau pour elle. Ma schizophrénie, Nataniele m'avaient bien souvent ennuyé par le passé, j'avais énormément fait souffrir Joanne avec tout cela et, j'avais conscience du fait qu'à l'époque elle était terrorisée à l'idée que je ne fasse une nouvelle crise. Nous avions traversé beaucoup de choses ensemble. Je lui en avais fait voir de toutes les couleurs, il m'était arrivé d'être violent et incontrôlable et, ma pauvre amie avait souvent fait les frais de mes débordements à répétitions. Je refusais de lui faire revivre ça. Voilà pourquoi je n'avais pas essayé de reprendre contact avec elle, voilà pourquoi je m'étais tenu à l'écart. La situation se résumait en un mot, j'avais été faible ou devrais-je dire fidèle à moi-même. Ma réponse quant à elle, ne sembla la contenter qu'à moitié. A dire vrai, j'avais même la désagréable sensation que mes paroles l'avaient blessé. - Et qu'est-ce que tu espérais au juste, en lui annonçant de but en blanc que votre belle nuit d'amour, ce dont elle a rêvé des années durant n'était ni plus ni moins qu'une grossière erreur à tes yeux? -
« Je ne crois pas t'avoir demandé ton avis Nataniele. D'ailleurs, je te rappelle que rien ne serait arrivé SANS TOI! ».

Perdu dans mes pensées, je mis quelques minutes avant de prendre conscience de la gravité des faits. Je clignai même plusieurs fois des yeux et me mordis fortement la lèvre inférieure pour être sûr que je n'étais pas en train de rêver. Alors, Lucy était ma fille. Comment diable était-ce possible? Dépassé, je me laissais gagner par un rire nerveux, avant de demander, complètement hébété. « Pardon? Tu disais? ». Joanne répéta calmement sa phrase. J'en compris distinctement chaque mot cette fois. Sous le choc, je ne sus pas comment réagir. J'étais supposé faire quoi maintenant? Me réjouir? Hurler? Crier au mensonge? Ou prendre la fuite comme je savais si bien le faire? Comment faire? Paumé. J'étais complètement et irrémédiablement paumé. C'était l'histoire de ma vie et force était de constater que je ne pourrais jamais rien y changer. A chaque fois que ma vie s'améliorait, il fallait que quelque chose vienne tout compliquer. J'étais fatigué de tout ça. Était-ce trop demandé d'avoir ne serait-ce qu'une vie paisible et bien rangée? « Mais comment est-ce possible? » je bredouillai de manière à peine audible après quelques minutes. - Ça tombe sous le sens, bougre d'âne ! Fais le calcul ! - Y réfléchissant quelques minutes, j'en arrivais à la conclusion que Nataniele avait raison. Les dates coïncidaient et la petite Lucy... Joanne ne pouvait pas mentir et puis, ça ne lui ressemblait pas de toute façon.

J'aurai probablement dû lui en vouloir de ne m'avoir rien dit, n'est-ce pas? Mais comment j'aurais pu me le permettre alors que j'avais coupé les ponts avec elle?! Je l'avais abandonné et elle n'avait eu jusqu'alors aucun moyen de me contacter. Décontenancé, je fuis d'abord son regard, comme incapable de dire quoi que ce soit. « Je... je ne sais pas quoi dire Joanne. Une part de moi voudrait se réjouir de cette nouvelle, mais d'un autre côté, tu me prends de cours. Je veux dire... ». Je m'interrompis un instant. Je ne voulais en aucun cas qu'elle interprète mal mes paroles, j'en avais assez de me disputer avec elle. « Hier encore tout était parfaitement normal, ma vie était tout ce qu'il y a de plus banale, ma maladie mise à part et, aujourd'hui tu apparais et m'annonce de but en blanc que j'ai une fille?! J'imagine bien que ce n'est pas ce que tu voulais entendre, mais comment tu veux que je réagisse? » A ces mots, elle leva les yeux aux ciels et pour toute réponse, elle se redressa, déterminée à quitter la pièce. J'avais été maladroit. Et merde! Me levant précipitamment, je lui retins le bras. « NON! Reste. Je te demande pardon. Je n'ai jamais voulu te mettre en colère, c'est juste que... je ne m'y attendais pas » j'expliquai en relâchant doucement son avant-bras. « Je suis désolé Jo'. Je suis désolé de ne pas avoir été là, mais... je ne savais pas. Comment aurais-je pu? Je... J'ai tout faut. Je te demande pardon ». De toute manière, j'avais déjà du mal à m'occuper de moi-même alors, prendre soin d'un nourrisson? Ce n'était pas envisageable. Même aujourd'hui je n'étais pas sûr d'être capable d'assumer ce rôle. « Qu'est-ce... qu'est-ce que tu attends de moi? Qu'est-ce qu'on va faire? Est-ce... est-ce qu'elle sait que je suis son... père? ». Je déglutis. C'était plutôt étrange de se l'entendre dire.


Dernière édition par Noah N. Coolidge le Lun 10 Sep - 19:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ab imo pectore — NOAH.   Jeu 6 Sep - 11:03

Ça y est, Joanne avait enfin réussi à faire ce pourquoi elle était venue et avoué à Noah ce secret qu'elle gardait depuis bien trop longtemps. Lucy était leur fille et nul doute que cette révélation allait bouleverser sa vie. Ou plutôt, leur vie puisqu'elles étaient irrémédiablement liées. La jeune femme n'arrivait d'ailleurs toujours pas à savoir si le retour de son ami d'enfance était une bonne chose ou une catastrophe. Un peu des deux, peut-être, comme c'était sa spécialité. Oui, rien n'était jamais simple avec lui et cela l'avait tour à tour amusée et lassée. Mais elle n'était pas certaine que les complications soient une très bonne chose pour élever un enfant. Non, en fait, elle était persuadée que c'était une très mauvaise chose et elle aurait voulu épargner sa tête blonde de la peine que cet homme lui avait infligé sans même s'en rendre compte... Cela dit, ce n'était pas non plus à elle de décider, ni pour Lucy, ni pour Noah - malgré tout ce que Neil avait pu lui dire, il lui paraissait important de tout dire au père biologique. Et, même si elle savait que ce n'était là qu'un doux rêve, elle aurait bien aimé trouver un moyen qu'il intègre la vie de leur fille, s'occupe d'elle de temps à autre comme il aurait dû le faire. Enfin, c'était de Noah qu'on parlait et Joanne doutait de plus en plus qu'il parvienne à être suffisamment mature pour accepter la contrainte que signifiait être parent. Et elle commençait à craindre qu'il fiche tout en l'air, comme il savait si bien le faire...

Enfin, la Française n'était pas là pour lui adresser des reproches, fussent-ils fondés ou exagérés par toutes ces années durant lesquelles elle l'avait attendu, pleuré ou parfois maudit pour son absence, comme le jour où elle avait dû accoucher seule. Mais tout cela, c'était du passé et si elle s'était déplacée, c'était bien pour lui laisser une deuxième chance. Encore fallait-il qu'il ne la gâche pas et, vu la tête qu'il tirait en encaissant les mots qu'elle lui avait adressés. Après de longues secondes de réflexion, il prétendit ne pas avoir entendu. Elle ne pouvait pas lui en vouloir d'être abasourdi par une telle révélation et il valait certainement mieux qu'il réagisse mal à présent que Lucy était là qu'il y a quatre ans, quand Joanne venait tout juste d'apprendre la nouvelle de sa grossesse elle-même. Quoique... Tout aurait été différent s'il avait été là, bien sûr. Patiemment, elle lui répéta donc ce qu'elle avait dit : il avait une fille, Lucy, celle qu'il avait eu l'occasion de voir lors de leur dernière rencontre. La question qui suivit arracha un petit rire, à mi-chemin entre la résignation et la surprise, à la mère de famille. Comment c'était possible ? Franchement, elle devait lui expliquer ? Il se souvenait pourtant plutôt clairement de leur « erreur » d'une nuit. Déjà, elle imaginait les reproches qu'il n'allait pas tarder à lui sortir, allant du « pourquoi tu me le dis ? » au « mais enfin, qu'est-ce qui t'a pris de le garder ? ». Certes, il n'aurait pas osé sortir la moitié des attaques auxquelles elle pensait mais, comment dire, depuis le temps et, surtout, avec Nathaniele, elle avait appris à s'attendre toujours au pire quand on parlait de cet homme. Elle se pinça donc, à son tour, la lèvre pour ne rien lui répondre qui pourrait les entraîner dans un nouveau règlement de comptes. Une fois de plus, elle se rappela qu'elle n'était pas là pour cela. Elle l'écouta donc poursuivre mais la maladresse avec laquelle il lui répondit, qui l'avait autrefois amusée, lui tapait à présent sur les nerfs. Qu'est-ce qu'elle avait cru, au juste ? Qu'il encaisserait avec le sourire et la supplierait de lui laisser une place dans la vie de Lucy ? Non, c'était trop beau. Personne n'aurait réagi ainsi et elle s'en voulait terriblement de s'être bercée de telles illusions. Et, du coup, Noah l'agaçait au point qu'elle regrettait de lui avoir tout avoué. Déterminée à faire marche-arrière avant qu'il ne soit trop tard (comme si c'était possible !), Joanne se releva légèrement pour quitter la pièce, ces locaux, peut-être même Londres. Bref, tout pour fuir le plus loin possible de cet homme impossible. Seulement, il la rattrapa, l'arrêtant et elle dut bien se résoudre à l'écouter finir même si elle s'acharnait à ne surtout pas le regarder. Elle n'était plus triste, résignée ou que sais-je, simplement en colère, contre lui, contre elle, contre le grotesque de cette situation. Mais, si elle aurait bien voulu déverser sur lui tout la rancoeur qu'elle avait accumulée à son égard, cela n'aurait mené à rien. A rien de concret, s'entend. Alors, après quelques secondes de silence, la jeune femme soupira et dégagea son bras de l'emprise de Noah pour lui répondre, un peu plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu :

« Tu te trompes complètement Noah. Je n'attends rien de toi, sinon de ne pas tout foutre en l'air comme tu le fais si bien. »

Elle secoua aussitôt la tête et fronça les sourcils en se passant une main dans les cheveux. Rester dans cette pièce la rendait presque claustrophobe, tout autant que cette conversation stérile. Il fallait qu'elle parte, tous les deux avaient besoin d'être seuls, lui pour encaisser, elle pour... penser à tout cela. Elle poursuivit donc prudemment :

« Je n'avais aucune nouvelle de toi, Noah, alors j'ai dû prendre les décisions toute seule. Je n'ai jamais parlé de toi à Lucy mais elle sait que son père n'est pas Neil même s'il s'occupe d'elle à merveille. Enfin, ne monte pas sur tes grands-chevaux, je ne te reproche rien. Sache juste qu'elle pose de plus en plus de questions sur son père et... »

Consciente de s'embrouiller horriblement, Joanne soupira puis leva les yeux vers lui pour terminer :

« J'aimerais savoir quoi lui répondre, exactement. Et tu es là, à présent. Et tu es son père. Qu'on soit clairs, je n'attends rien de toi. Ou plutôt, si. La seule chose que j'attends de toi, c'est que tu décides si oui ou non, tu veux faire partie de sa vie. Mais sache que quelque soit ta décision, il n'y aura plus de retour en arrière possible. »

Elle sourit faiblement comme pour alléger ce qui sonnait comme un ultimatum. Pourtant, elle ne voulait pas lui mettre la pression ou faire peser sur ses épaules un poids inutile. C'était bien le meilleur moyen pour le faire paniquer et ne plus rien en tirer que des promesses qu'il ne saurait pas tenir. Alors, elle réfléchit à toute vitesse pour finalement lui dire :

« Ecoute, je n'espère pas que tu puisses me répondre avec certitude, là, maintenant. D'ailleurs, je ne voudrais pas que tu le regrettes ensuite donc... Tu as mon numéro alors prends ton temps pour réfléchir et dis-moi ensuite ce que tu as décidé. Ça te va ? »


Cette proposition lui paraissait raisonnable en tout point mais... Noah n'était pas une personne qu'elle aurait qualifiée de raisonnable alors elle attendait avec une appréhension grandissante sa réaction.
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MessageSujet: Re: Ab imo pectore — NOAH.   Mar 11 Sep - 20:22

AB IMO PECTORE. JOANNE AND NOAH
Je m'y prenais vraiment comme un pied avec Joanne. Mes propos l'avaient heurté ENCORE UNE FOIS et je m'étais montré maladroit. Pourtant, ce n'était pas faute d'avoir essayé de faire dans la délicatesse. J'avais pesé mes mots et dû fournir un effort considérable pour ne pas perdre mon calme. J'avais dû faire un gros travail sur moi-même pour ne pas exploser comme j'en avais pourtant l'habitude lorsqu'on me mettait la pression. J'avais dû me battre contre Nataniele pour qu'il ne prenne pas le contrôle. En une fraction de secondes, j'avais dû batailler contre celui que j'étais et chasser mes vieux démons, mais elle ne semblait pas prendre tout cela en considération. Quoi que je dise, quoi que je fasse, j'avais toujours la sensation de marcher sur des eggs avec Joanne. Par ailleurs, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'elle se montrait un peu trop dure envers moi. J'en convenais tout à fait, j'avais ma part de responsabilités dans toute cette histoire. Un enfant ça se fait à deux et avec du recul, je pouvais difficilement affirmer que nous avions pris nos précautions. En ce qui me concernait, je n'avais pas utilisé de préservatif donc j'avais tout faux. De son côté, peut-être bien qu'elle ne prenait pas la pilule et qu'elle aurait dû m'en parler, mais en toute franchise, nous avions mieux à faire sur le moment. Qui plus est, je ne lui ai pas posé la question alors, bien que cela m'ait traversé l'esprit, je me voyais mal lui reprocher de ne pas avoir fait plus attention. A quoi cela aurait-il servi, si ce n'est à déclencher une nouvelle dispute? Non, je préférai de loin me taire, parce qu'à cet instant précis, je me sentais con. Juste con. Stupide d'avoir couché avec ma meilleure amie, honteux de l'avoir abandonné ensuite. Si je m'apitoyai sur mon sort? Peut-être bien, oui, mais je défiai quiconque de réagir autrement à ma place! Y avait-il une réaction appropriée à tout ça? Combien d'hommes auraient sauté de joie en apprenant qu'ils avaient une petite fille ? Combien d'hommes se seraient sentis fiers d'avoir - et pardonnez-moi l'expression - 'engrossé' leur meilleure amie? Les gens pourront bien en dire ce qu'ils voudront par la suite, mais il était impossible de 'bien réagir' et surtout pas lorsqu'on nous mettait devant le fait accompli.

« Mais sache que quelque soit ta décision, il n'y aura plus de retour en arrière possible ». Mes yeux s'écarquillèrent brusquement tandis que mon visage se tordit dans une grimace tout ce qu'il y a de plus laid. Ce qui sonnait comme un ultimatum (mais n'en était pas véritablement un si l'on se fiait aux paroles rassurantes qu'elle m'adressa ensuite) me fit prendre conscience du fait que je m'étais - encore - foutu dans un sacré merdier. Un problème que je ne pourrais pas éternellement repousser. Combien de jours allait-elle patienter avant de comprendre que je n'étais qu'un incapable doublé d'un égoïste parfait? Combien de temps allait-elle m'attendre? Le temps nécessaire pour peser le pour et le contre? Peut-être bien, mais quelque chose me disait qu'elle n'attendrait pas indéfiniment ma réponse. De même, j'étais intimement convaincu qu'il aurait été préférable que je m'empresse de lui faire part de ma décision. Le soucis c'est que je n'avais aucune idée de ce que j'allais bien pouvoir faire. A la question, est-ce que je me sentais prêt à élever un enfant? La réponse était non. Maintenant, il ne me semblait pas impossible d'envisager la possibilité de fonder une famille un jour, mais en me levant ce matin j'étais à des années lumières de me douter qu'une fillette de trois/quatre ans allait débarquer dans ma vie. J'étais complètement abasourdi par cette nouvelle et pourtant il allait bien falloir que je me décide. « Je pense que tu as raison » je finis par déclarer en me raclant la gorge. « Je vais prendre le temps d'y réfléchir et je te ferai part de ma décision en temps voulu ». NOAH BON SANG! « Crois-moi, j'aimerais vraiment te dire que je suis prêt et que j'ai envie de jouer un rôle dans la vie de Lucy. J'aimerais accueillir cette nouvelle comme il se doit et te supplier de me présenter à elle. Une partie de moi voudrait que tu m'emmènes la voir sur-le-champ de façon à ce que nous puissions faire connaissance. Mais tu me connais Joanne, peut-être même mieux que quiconque et tu sais comme ma vie peut-être compliquée, à quel point je peux me montrer... instable. Alors, ce n'est peut-être pas ce que tu veux entendre, mais je ne sais pas ». J'avais conscience du fait que j'étais en train de me défiler et que je fuyais à nouveau mes responsabilités. Mais il ne s'agissait plus uniquement de moi, ni même de nous, l'avenir de cette adorable petite fille, l'avenir de ma fille était en jeu et je refusai de lui faire du mal. Or, prendre une décision sur un coup de tête ne nous mènerait à rien de bon selon moi. « Je te propose qu'on en reparle d'ici quelques jours. Je ne voudrais pas compliquer les choses ou faire un choix inconsidéré. Toutefois, je te remercie d'être venu m'en parler, surtout après tout le mal que je t'ai fait. Ça vaut ce que ça vaut, mais je t'en suis reconnaissant » A ce moment-là, j'envisageai même de la prendre dans mes bras, mais ce geste étant parfaitement déplacé, je me ravisai. Pourtant, Dieu sait comme elle avait pu me manquer. Je m'en rendais compte maintenant, j'avais été stupide de tirer un trait sur notre amitié et je le regrettai sincèrement.
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