Bienvenue en enfer [Daddy Logan]

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MessageSujet: Bienvenue en enfer [Daddy Logan]   Lun 9 Avr - 19:57

J'ai les mains moites. Je déteste avoir les mains moites. Quand j'ai les mains moites c'est que j'ai peur, que je flippe à mort. Et là je suis présentement terrorisée. J'ai failli mordre Dexter lorsqu'il m'a déposée à l'université tellement je suis à cran. Je me suis mise à pleurer sur le chemin sans autre raison que Madonna passant à la radio (mais quelle déchéance ce nouveau titre !) et forcément il s'est inquiété. Et forcément je me suis mise à hurler dès qu'il m'a demandé ce qui n'allait pas.

"MAIS EST CE QUE C'EST TES AFFAIRES HEIN ?! NON ALORS TU ME FOUS LA PAIIIIIX ! LA PAIX C'EST TROP DEMANDER ?! UN MOT ! UN SEUL PUTAIN DE MOT ET JE TE MORDS !"

Je suis descendue de la voiture et j'ai couru jusqu'à la salle. La salle de torture. Oui j'ai des tendances hystériques. Et un certain sens du tragique, c'est de famille paraît-il. Enfin j'arrive devant la salle où Hadès dieu des enfers de Cambridge va me torturer, tout ça sur les autres de Perséphone, Trinity Landsbury. Tout ça parce que je suis un misérable boulet en danse. Ah, et que je me suis endormie en cours. Je suis narcoleptique merde, je ne le fais pas exprès ! Je frappe à la porte et attends que Monsieur Logan alias Hadès me dise d'entrer. Je pousse timidement la porte et avance en me tordant nerveusement les mains. Fluffy entre et se pose dans un coin sans broncher, prête à gentiment somnoler jusqu'à ce qu'elle détecte une crise. A quoi bon avoir une chienne qui a la permission de m'accompagner de partout si elle refuse de défendre ma vie contre le démon ? Coffee a été laissé entre les mains de Dexter, la dernière fois que je l'ai vu mon écureuil essayait de mordre mon chauffeur. Une situation normale somme toute. Je me tourne vers monsieur Logan la gorge sèche, incapable de prononcer le moindre mot. Bienvenue en enfer.

Je manque de tourner les talons et de m'enfuir en courant. Je n'y peux rien, je suis lâche par nature, mais je ne suis qu'une petite chose sans défense. Si j'en avais la force, je hurlerais de toutes mes forces en priant pour que Dexter vienne me chercher et se batte contre Hadès. J'aurais dû lui dire de m'accompagner et non pas lui gueuler dessus comme un putois ni menacer de le mordre. Ce que je peux être bête parfois. « Votre grand-mère habite la ville ? » Plantée face à monsieur Logan, je ne parviens pas à prononcer le moindre mot et me contente de hocher la tête à ses questions. J'ignorais qu'il connaissait mamie. Vais-je survivre à cette abominable journée ? Peut être. Dans quel état serais-je ? A moitié morte ? Bonne à enfermer ? Ah non ça c'est déjà le cas. Je garde les yeux baissés et ne fixe surtout pas mon tortionnaire dans les yeux. Il paraît que c'est comme ça qu'il faut faire avec les bêtes féroces, ne surtout pas les fixer dans les yeux. On peut dire que ça a plutôt bien fonctionné avec Landsbury alors je suppose qu'avec lui ça doit être pareil.

« Quoi qu’il en soit, j’espère que vous êtes en forme »

« O... oui monsieur Logan. »

Si je lui disais non, je crois qu'il pourrait m'arracher les yeux. J'ai enfilé une tenue de circonstances. Des vêtements confortables, des chaussures plates et dans mon sac, j'ai une tablette de chocolat. Pour le moral. Je ne sais pas trop quoi faire à part rester là et attendre ses instructions. Landsbury, j'aurais ta peau espèce de vieille sorcière ! Je dois avoir l'air stupide et terrorisée. Très bon pour l'estime de soi ça.

« Parfait, parce que nous avons clairement à faire et que je ne compte pas y passer la nuit ». Génial. Il a l'air RAVI d'être en ma charmante et délicieuse compagnie. A sa place aussi je serais aussi aimable qu'une porte de prison. « Nous allons commencer par travailler la fluidité des mouvements sans musique ». Je n'ai même pas le temps de protester, de m'évanouir ou de hurler à la mort que déjà il commence, que déjà j'ai de fortes envies de suicide. « Voilà le premier enchaînement, trois à gauche, légère révérence, deux à droite et demi tour et on reprend ». Je n'ai strictement RIEN compris. Oui à première vue c'est simple. Mon cerveau a compris. Sauf que la liaison cerveau-corps est défaillante chez moi, surtout lorsque je suis terrorisée. Ce qui est le cas. « A vous ». J'inspire profondément et essaye de reproduire l'enchaînement en m'appliquant le plus possible. Tout se passe plutôt bien, je manque de m'étaler par terre au demi tour mais je me rétablis, vacille un peu et reste finalement campée sur mes deux pieds. Dans ma tête résonne les cris de mon ancienne prof de danse « Mais c'est une CATASTROPHE Miss Carter ! Comment peut-on être aussi NULLE, c'est une véritable HONTE pour le genre humain d'être aussi MALADROITE ! » Une charmante femme qui m'a très certainement traumatisée. Malheureusement je ne peux pas lui coller ma maladresse sur le dos, j'étais déjà un boulet cosmique avant de la connaître. M'enfin dire des choses pareilles à une gamine de cinq ans, je ne suis pas persuadée que ce soit la meilleure des choses pour renforcer son estime personnelle. L'air peu sûre de moi, je me tourne vers mon tortionnaire actuel et ose à peine le fixer dans les yeux. Je m'en veux presque de lui faire subir ça, j'espère juste qu'il ne va pas faire une dépression et sauter par la fenêtre. Même si Landsbury a dit qu'elle prendrait ses obsèques en charge s'il mourrait par ma faute, ça me ficherait drôlement mal par rapport à Lia.

« Appliquez-vous au moins, on a l’impression que vous allez mourir sur place tellement vous souffrez. » Non sans BLAGUE ?! Je VAIS mourir crétin tyrannique ! Je suis tellement flippée que OUI je souffre et que OUI j'ai l'impression que je vais rendre l'âme d'une seconde à l'autre. « Tenez vous droite, les gens qui dansent doivent commencer par avoir une posture irréprochable, sans quoi les mouvements semblent bâclés et peut efficaces ». Je me redresse mais m'écarte vivement de lui (peut être un peu trop pour que ce ne soit pas flippant). S'il y a bien une chose que je déteste ce sont les contacts physiques avec les gens qui ne me sont pas proches d'un point de vue sentimental. Au point même que ça me file la nausée et que je soupçonne fortement ma phobie des mâles de découler de ceci. « On appuie sur les temps forts, et un deux TROIS, un deux TROIS, un deux TROIS, vous saisissez ? » Je hoche la tête d'un air relativement blasé l'air de dire NON JE NE SUIS PAS DEBILE JUSTE QUE J'AI PAS DE NERF MOTEUR CONNARD et refais l'enchaînement en me tenant droite en m'appliquant le plus possible. Enfin je me tourne vers lui en quête d'une minuscule approbation. Je surprends son regard et me recroqueville sur moi-même. « C'était si nul que ça ? » je demande d'une petite voix.

« Peu importe, en danse il n’existe pas de demie mesure. Soit c’est parfait, soit c’est laid, point final. Si vous vous attendez à des compliments de ma part dès vos premières ébauches d’efforts vous pouvez allez remettre votre démission de la chorale à Miss Landsburry immédiatement parce qu’il est hors de question que je ne vous complimente quand je ne pense pas ce que je serai susceptible de dire. Vous allez travailler dur, pendant des heures, souffrir et avoir chaud. Si vous réussissez à danser sans écueils lors de la compétition, si Cambridge gagne haut là main, alors là, peut être aurez vous droit à un léger compliment du style, bravo Miss Carter, aujourd’hui votre façon de danser ne ressemblait pas à un amas d’objet dans un lave-linge ».

Oh. Le. Salaud. En fait, ils ont tout planifié j'en suis sûre. Tout planifié pour que je laisse tomber et que je démissionne. Landsbury est un génie du mal. Et Logan son homme de main. Est ce que ça le tuerait de me dire gentiment que certes il y a du boulot, que mes articulations vont gémir et que je vais très certainement avoir envie de mourir mais que tout espoir n'est pas perdu si je travaille comme une damnée. Mais non, il préfère danser sur mon cadavre avec des chaussures en fer. Le con. Un instant j'ai envie de tout laisser tomber et d'aller voir Landsbury pour effectivement lui dire que je démissionne. Ce serait bête puisque j'ai une jolie voix, que je chante juste et que je sais parfaitement déchiffrer une partition, chanter aussi bien du classique que du contemporain. Et cette dragonesque enseignante qui ne devrait pas l'être veut en plus que je danse et que je me shoote aux amphétamines ! Je devrais en référer à la direction mais parions qu'ils la couvriront.

« Je crois que je n'ai jamais rencontré d'homme aussi grossier et aussi désagréable que vous. Maintenant écoutez-moi bien. Par respect pour Lia et UNIQUEMENT pour Lia je ne vais pas vous sauter à la gorge et commettre ma première tentative de meurtre. ENSUITE, ça vous tuerait d'être un peu aimable ?! Je ne suis pas là de mon plein gré, non seulement Landsbury me fait un chantage odieux et veut que je me bourre d'amphétamines, ce qui est soit dit en passant illégal d'inciter ses élèves à se droguer, mais en plus sachez que votre attitude pourrait passer pour du harcèlement MORAL et que J'AI TRES ENVIE DE VOUS MORDRE ! Maintenant excusez-moi mais je vais faire une petite crise de narcolepsie, je reviens dans cinq minutes et on pourra essayer de me donner un niveau convenable en danse ou du moins limiter les dégâts. »

Je lui tourne le dos et vais m'allonger dans un coin, sachant pertinemment qu'après ce petit accès de colère je vais forcément m'endormir, ce qui ne manque pas. Trois secondes plus tard je sombre dans le noir le plus total et ce n'est que plusieurs longues minutes plus tard que je me réveille. Je me frotte la tête en grognant légèrement et vérifie mon pouls. Boooon ! J'ai l'air vivante. Je sors ma tablette de chocolat de mon sac, en croque un bout et le mâche consciencieusement avant de me mettre debout. Prudemment, on ne sait jamais je pourrais tomber. Enfin je me tourne vers Logan, le cerveau encore légèrement embrumé.

« C'était quoi l'enchaînement déjà ? »

« Vous devriez mettre autant de passion dans la danse que vous en mettez à défendre ce que vous croyez juste ». Je lui tire la langue et me place face au miroir, juste derrière lui et observe avec soin l'enchaînement. Le problème c'est qu'après une crise je me transforme souvent en bisounours. En général j'attrape Coffee et je le câline pendant des heures puisque ce petit pervers de rongeur aime particulièrement les étreintes féminines et surtout se glisser dans les t-shirts de ces demoiselles. Un peu trop préoccupée par la non-présence de mon écureuil qui doit être engagé dans un combat à mort contre Dexter, je refais machinalement les pas de Daddy Logan, sans perdre l'équilibre cette fois, sans y penser en réalité et surtout sans entendre les cris de mon ancienne prof de danse dans ma tête. J'enchaîne une fois, deux fois, trois fois puis je m'arrête, me rendant enfin compte que j'en ai peut être trop fait, toute occupée à rêver de câlins et de noisettes que j'étais. Je me frotte la tête d'un air vaguement gêné et me tourne vers Hadès qui me fixe d'un air que je trouve particulièrement bizarre.

« Quoi ? Je danse comme une limace épileptique c'est ça ? »

« Non, c’était plutôt correct, par rapport à vos récents essais. Voyons la suite. »


Seigneur tout puissant. C'est moi où il vient presque de me complimenter ? Je souris d'un air crétin et niais au possible en imaginant Logan avec la tête de Coffee qui m'apporte du chocolat aux noisettes. Toujours embrumée dans mes délires post-crise de narcolepsie, je regarde vaguement les pas que me montre mon monstrueux et sadique professeur à tête d'écureuil et reproduis la chorégraphie sans m'étaler par terre, ce qui est un exploit. Je ne sais pas combien de temps je délire, ni combien de temps nous dansons mais finalement, les brumes du sommeil commencent à s'évaporer et Logan retrouve un visage humain.

« Humpf... préférais la tête d'écureuil »
, je marmonne avant de revenir à la réalité. « Verdict monsieur le juge ? Et faîtes attention à ce que vous dîtes hein », je le menace. « J'ai un tueur psychopathe qui m'attend dehors et qui n'attend qu'un cri pour relâcher un écureuil fou. »

Ce qui est totalement vrai. Mais quand je dis ça les gens ne me croient pas jusqu'à ce que Coffee débarque et foute le bazar. Et après ils me croient encore moins quand je dis que je n'ai aucun contrôle sur ce foutu rongeur. Ce qui est totalement vrai encore une fois. Bras croisés et essayant mentalement de remettre une tête d'écureuil sur le buste de Logan, j'attends son jugement, ses instructions et peut être même une invitation à dîner. Oui, j'ai tendance à prendre mes rêves pour des réalités.

« Sérieusement, Mlle Carter ? Si vous avez envie de vous foutre de moi, vous pouvez parfaitement le faire en dehors de mes cours, il vous suffira pour cela de remettre votre démission de la chorale à Miss Landsbury. La danse n’est pas question d’amusement ; nous sommes ici pour des motifs sérieux. Vous avez prouver que vous étiez capable de progrès mais si votre mentalité ne vous permet pas d’agir comme une personne évoluée, mature et responsable, alors vous n’avez rien à faire dans cette salle ».

Là j'émerge complètement. C'est la douche froide. Logan est écossais ? C'est la douche écossaise alors. A chaque mot je me recroqueville un peu plus sur moi-même, à chaque mot j'ai envie de disparaître sous terre, de m'enfouir un peu plus profondément à chaque fois. Je n'ose même plus respirer et le manque d'oxygène me fait tourner la tête. Comment lui dire, comment lui expliquer qu'il n'y a que lorsque je suis ailleurs que je suis efficace ? Que je ne ressens pas la pression ? Que je n'entends pas ces voix désagréables dans ma tête qui me disent que je suis nulle ? Je suis tellement sous le choc qu'il me semble que mon corps tout entier s'est arrêté et si je veux reculer, j'en suis hélas bien incapable. Je meurs d'envie de m'enfuir loin d'ici, de courir jusqu'à la voiture et de fondre en larmes. J'ai même envie que Dexter me console, c'est dire à quel point je touche le fond. Je me sens plus nulle que jamais je ne l'ai été et tous mes efforts et mes progrès, je les oublie instantanément. Nulle, nulle, NULLE, il n'y a que ce mot qui résonne dans ma tête. Et lorsqu'enfin Logan sort de la salle, visiblement exaspéré par mes minables capacités, je fonds en larmes.


Dernière édition par Moon A. Carter le Ven 13 Avr - 20:27, édité 9 fois
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MessageSujet: Re: Bienvenue en enfer [Daddy Logan]   Lun 9 Avr - 21:28

Je suis attablé à mon bureau, un ipad dans les mains sur lequel je visionne le résultat de la répétition d’hier. Plein de détails me chagrinent que je note frénétiquement sur une feuille à côté de moi, c’est tout simplement impensable d’avoir encore autant de chose à régler alors même que la comédie musicale est déjà lancée depuis plusieurs jours maintenant. Heureusement que je suis patient – tout étant évidemment relatif - sans quoi j’aurais pu décider d’abandonner mille fois. Je tique en regardant l’heure, la salle de danse est encore vide mais dans quelques instants elle sera occupée par une élève supplémentaire que m’a collé Landsburry. Il n’y a bien que pour ses beaux yeux que je suis prêt à sacrifier mon précieux temps, vraiment rien de plus. C’est une de ses élèves, cas désespéré de la danse, qui pourrait porter préjudice au groupe de la chorale déjà largement en difficulté dans le domaine – en dehors de ma fille qui sur ce coup là, sauve franchement l’honneur, de la fille Goodwin qui est mon élève depuis de nombreuses années et de ce Murray qui s’en sort pas trop mal avec ses notions de danse - et il est largement temps de remédier à la catastrophe si Cambridge ne veut pas foncer dans le mur.
Je soupire, il est bientôt l’heure du rendez-vous. J’aime les gens qui sont en avance, visiblement ça ne sera pas le cas de… Carter ? Ah, non. Moon Carter. Mlle Carter donc, dont j’ai cru comprendre qu’elle souffrait quelques originalités liées vraisemblablement à une notoriété quelconque dont je ne me souviens pas mais qui, en plus, ne m’intéresse pas le moins du monde.
La porte finit par raisonner et je relève les yeux, rangeant mes affaires superflues et me redressant. « Entrez ». Un… chien, entre dans la pièce et je secoue la tête avec mauvaise humeur. Trinity m’avait prévenu, je n’aime pas les traitements différenciés selon les élèves que je reçois, pourtant il faudra faire avec. « Votre grand-mère habite la ville ? » Je croise les bras, tentant de faire le rapprochement entre Reine Carter et la jeune fille qui se tient en face de moi. Cette sorcière est une niche à trésors en ce qui concerne les nouveaux talents et visiblement elle est convaincue par mes capacités à faire briller les gens puisqu’elle m’a déjà envoyée deux ou trois noms comme ça, à la volée. « Quoi qu’il en soit, j’espère que vous êtes en forme ».

Elle hoche faiblement la tête et retrouve, on le dirait bien, finalement l’usage de la parole. « O... oui monsieur Logan. » Très bien, je sens que je ne suis pas exactement au bout de mes peines pour ce soir. Tragiquement, c’est en rendant service que l’on se crée le plus de problèmes imaginables. Tout ça n’est pas gagné, et la jeune fille qui me fait face ne me semble pas franchement inspirée par sa présence ici. « Parfait, parce que nous avons clairement à faire et que je ne compte pas y passer la nuit ». Il est suffisamment tôt pour qu’on avance correctement si toutefois elle s’en donne la peine. « Nous allons commencer par travailler la fluidité des mouvements sans musique ». Je croise les bras et me tourne face à la glace, dos à elle. « Voilà le premier enchainement », je tousse et commence à me déplacer dans un ensemble harmonieux. « Trois à gauche, légère révérence, deux à droite et demi tour et on reprend ». J’enchaine trois fois le tout puis me tourne vers elle. « A vous ». Elle semble… hésiter un moment puis se lance, et je comprends seulement la mesure de la catastrophe, qui bien que légèrement observée lors de la réunion que j’ai organisée avec Trinity et la chorale de Cambridge, est quand même au-delà de l’imaginable. Je crois les bras et hausse les sourcils, je déteste travailler avec des gens qui n’ont aucune base, ça me rappelle mes années de débutant passé à tenter d’enseigner trois mouvements à des vieilles peaux bien trop lourdes pour prétendre danser. Je soupire, croise les bras. « Appliquez-vous au moins, on a l’impression que vous allez mourir sur place tellement vous souffrez. » Je roule des yeux et m’approche, poussant dans son dos pour qu’elle se redresse. « Tenez vous droite, les gens qui dansent doivent commencer par avoir une posture irréprochable, sans quoi les mouvements semblent bâclés et peut efficaces ». Je rouspète, lui remontre l’enchainement plus longtemps. « On appuie sur les temps forts, et un deux TROIS, un deux TROIS, un deux TROIS, vous saisissez ? » Je reproduis la figure autant que nécessaire, luttant contre l’envie de perdre patience qui m’étreint franchement.

Elle s’écarte et m’écoute jusqu’au moment où elle décide de réitérer l’expérience. Effectivement, on peut dire que le cas est quasiment désespéré et que même moi, je ne vais pas être du luxe pour la sauver. On peut noter une légère amélioration par rapport à la première fois, rien de bien transcendant pour autant. Je roule des yeux et secoue légèrement la tête, le calvaire vient tout juste de commencer. « C'était si nul que ça ? » Je roule des yeux, si elle a besoin d’être rassurée sur ses capacités à bouger, elle a frappé à la mauvaise porte. « Peu importe, en danse il n’existe pas de demie mesure. Soit c’est parfait, soit c’est laid, point final ». Je secoue la tête. « Si vous vous attendez à des compliments de ma part dès vos premières ébauches d’efforts vous pouvez allez remettre votre démission de la chorale à Miss Landsburry immédiatement parce qu’il est hors de question que je ne vous complimente quand je ne pense pas ce que je serai susceptible de dire ». J’inspire, insère un CD dans le lecteur. « Vous allez travailler dur, pendant des heures, souffrir et avoir chaud. Si vous réussissez à danser sans écueils lors de la compétition, si Cambridge gagne haut là main, alors là, peut être aurez vous droit à un léger compliment du style, bravo Miss Carter, aujourd’hui votre façon de danser ne ressemblait pas à un amas d’objet dans un lave-linge ». Visiblement, j’ai dépassé les limites de l’acceptable. La jeune fille proteste et s’agace, perdant tout contrôle de ses réactions et toute patience. « Je crois que je n'ai jamais rencontré d'homme aussi grossier et aussi désagréable que vous. Maintenant écoutez-moi bien. Par respect pour Lia et UNIQUEMENT pour Lia je ne vais pas vous sauter à la gorge et commettre ma première tentative de meurtre. ENSUITE, ça vous tuerait d'être un peu aimable ?! Je ne suis pas là de mon plein gré, non seulement Landsbury me fait un chantage odieux et veut que je me bourre d'amphétamines, ce qui est soit dit en passant illégal d'inciter ses élèves à se droguer, mais en plus sachez que votre attitude pourrait passer pour du harcèlement MORAL et que J'AI TRES ENVIE DE VOUS MORDRE ! Maintenant excusez-moi mais je vais faire une petite crise de narcolepsie, je reviens dans cinq minutes et on pourra essayer de me donner un niveau convenable en danse ou du moins limiter les dégâts. » J’écarquille les yeux tandis qu’elle se dirige vers le fond de la salle et… s’allonge par terre. Trinity m’a dit un mot sur le sujet que j’ai vraisemblablement du oublier mais qui me revient en mémoire à présent. Je secoue la tête avec dédain et désapprobation, décidemment, le métier de prof est vraiment plein de surprises auxquelles il est difficile de s’attendre.

Je reste planté sur mon bureau pendant qu’elle procède à son cirque, croisant les bras, dépassé par ce qui est en train de se dérouler sous mes yeux. Je me demande si la situation est grave, hésite à contacter Lia pour lui demander son avis sur la question et pour lui demander surtout d’où elle connaît cette… marginale, puis me ravise quand la jeune femme se relève. Elle mange un morceau de chocolat et je ne commente pas, me disant que c’est sans doute nécessaire au maintien de son état de santé ou une autre excuse bidon du genre.
Enfin, le rituel semble achevé et elle revient vers moi comme si tout était tout à fait normal et qu’il ne s’était absolument rien passé d’étrange. « C'était quoi l'enchaînement déjà ? » Je secoue la tête et croise les bras. « Vous devriez mettre autant de passion dans la danse que vous en mettez à défendre ce que vous croyez juste ». Je me bornerai à ce commentaire, me repositionne face à la glace. On peut au moins reconnaître à cette gamine qu’elle ne se laisse pas marcher sur les pieds – et que voulez vous, j’aime les gens qui ont du caractère. « Un, deux trois, légère pause, révérence, demi tour, un deux ». J’allume la musique et croise les bras de nouveau. « Allez-y ». J’attends qu’elle s’exécute, ce qu’il fait, soudainement plus à l’aise. Elle semble être une autre personne, sa ligne d’équilibre s’arrange totalement et ses mouvements sont plus fluides, moins maladroits. Elle reproduit l’exploit deux fois, puis trois, et s’interrompt soudainement. Je la fixe avec les yeux écarquillés, croisant les bras dans un froncement de nez. Même l’accord avec le rythme de la musique était presque bon. Pas parfait, mais passable en tout cas, ce qui opère déjà une vive métamorphose avec ce qu’elle avait produit jusqu’à présent. « Quoi ? Je danse comme une limace épileptique c'est ça ? » J’hausse une épaule et éteins la musique. « Non, c’était plutôt correct, par rapport à vos récents essais ». Je me retourne face à la glace. « Voyons la suite ». Je lui montre quelques pas tout aussi simples qui se suivent, le but étant de lui apprendre les bases nécessaires à la chorégraphie que je prévois d'apprendre à tous ces chanteurs en herbe.

Je montre un nouvel enchainement qu’elle s’emploie tant bien que mal à reproduire. Je dois avouer que sa prestation est plutôt plus convaincante que ce qu’elle a jamais fourni, mais elle semble véritablement ailleurs, comme dans une autre dimension, en train de penser à toute autre chose qu’à ce sur quoi elle devrait être focalisée en ce moment même. Ses propos suivants confirment d’ailleurs ce que je pense à son propos. « Humpf... préférais la tête d'écureuil… Verdict monsieur le juge ? Et faîtes attention à ce que vous dîtes hein. J'ai un tueur psychopathe qui m'attend dehors et qui n'attend qu'un cri pour relâcher un écureuil fou. » Je grimace, croise les bras d’un air sévère. Est-ce que cette gamine me prend pour le dernier des cons ? « Sérieusement, Mlle Carter ? » Je secoue vivement la tête et pointe la porte du doigt. « Si vous avez envie de vous foutre de moi, vous pouvez parfaitement le faire en dehors de mes cours, il vous suffira pour cela de remettre votre démission de la chorale à Miss Landsbury ». Je me fige, soudainement très sec. « La danse n’est pas question d’amusement ; nous sommes ici pour des motifs sérieux. Vous avez prouver que vous étiez capable de progrès mais si votre mentalité ne vous permet pas d’agir comme une personne évoluée, mature et responsable, alors vous n’avez rien à faire dans cette salle ». Je tourne les talons et me dirige moi même vers la sortie, je ne vais quand même pas perdre mon temps, non ?
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