Hello Darling [Rose]

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MessageSujet: Hello Darling [Rose]   Sam 25 Fév - 19:55

Hello Darling



Rose & Kin



A peine descendue de l'avion, les yeux vaguement cernés et me sentant moins fraîche que jamais, je hèle un taxi et m'écroule sur la banquette. Le chauffeur me demande où je veux aller et je reste silencieuse un moment. C'est vrai ça, où je veux aller ? Au lieu d'indiquer l'adresse de mon père, je lui donne celle de Rose et me roule en boule. Passer à Londres me semble impossible, carrément au-dessus de mes forces en réalité. Je pensais que six mois m'auraient permis de mettre de l'ordre dans ma vie, eh bien non. Ces six putains de mois m'ont juste permis d'oublier un peu, et de travailler sur mon mémoire mieux que je ne l'aurais fait en restant à Cambridge ou même à Londres. J'ai une folle envie de dormir, ou bien de faire un billard et de dormir sur la table ensuite. Allez savoir pourquoi. J'ai des envies non logiques. Et je me rends compte que j'ai été plus que lâche de fuir comme ça. Bordel Kin Eastwood, tu as abandonné ton chat chez ton père ! Pauvre papa, il n'avait pas mérité ça...

Je sors du taxi, paye le chauffeur et je me retrouve devant l'immeuble de Rose, un sac de voyage sur l'épaule, ridiculement petit si l'on considère la fashion victim que j'ai été et suis encore. Disons que j'ai vaguement revu mes priorités en six mois. J'allume une cigarette et je reste un moment devant le bâtiment, sans savoir si je veux entrer ou alors m'enfuir six mois de plus.

Qu'est ce que Rose va me dire ? Oh elle va très certainement m'engueuler. Mais alors bien comme il faut. Du genre troisième guerre mondiale. Ou alors elle va refuser de m'ouvrir. Je préfère qu'elle m'engueule. Même un coup de poing à la limite, ça passerait bien. Je suis désespérée au point de souhaiter qu'elle me casse le nez.

Et me voilà comme une conne, à me faire tremper par la pluie parce que je ne sais pas si je dois sonner ou non, si je dois débarquer chez ma meilleure amie avec un sourire rayonnant malgré mon maquillage qui commence à se barrer, si je dois finir de vider la bouteille de champagne que j'ai acheté en passant, si je ne ferais pas mieux d'aller à l'hôtel histoire d'être un peu plus présentable. Finalement, alcool + décalage horaire + besoin impérieux de me mettre au sec, me font composer le code et j'entre dans l'immeuble. Je monte les escaliers et je dégouline un instant sur le paillasson de Rose. Je tends l'oreille, entends du ABBA résonner et me rends à l'évidence : elle est bien là. Je soupire et frappe à la porte.

Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que je vais en prendre plein la tronche.
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MessageSujet: Re: Hello Darling [Rose]   Sam 25 Fév - 22:30

L'appartement est vide. Décidément, j'avais perdu l'habitude de ce type d'occurrence. Gemma travaille ce soir et ne rentrera sûrement pas avant tard dans la nuit. Pas de visite surprise d'Olivia depuis un moment. Ma soeur me fiche la paix depuis plus de quinze jours. J'ai parlé à Lemon récemment. Bref, tout va très bien. Je n'avais pas spécialement prévu d'avoir du temps pour moi mais je me dis qu'il vaut mieux en profiter le temps que ça durera. Je me suis fait livrer une batterie de nourriture asiatique, il y a honnêtement de quoi manger pour deux sur la table basse de mon salon. Mais j'ai une faim de loup et n'ai rien avalé depuis la vieille, on me pardonnera ma gourmandise. Je zappe au hasard et me laisse happée par curiosité dans un documentaire sur ABBA. Je me surprends à chantonner Dancing Queen en avalant quelques sushis quand on frappe à ma porte. Je lève un sourcil, étonnée. Qui se donne encore la peine de frapper? La plupart de mes amis ont le code de la porte d'entrée et ne se prive pas pour débouler à l'improviste. Parfois quand je ne suis pas là d'ailleurs. Cet appartement est un vrai squat, ça en devient ridicule.

Je ne prends donc pas la peine de me lever et me contente de crier « Entreeeez ! » La porte s'ouvre, claque. Pas un bruit. Si ça avait été Lemon, elle n'aurait pas pris la peine de toquer et aurait sûrement lâché un cri enthousiaste. Je me tourne, contorsionnant mon cou pour voir par dessus le dossier du canapé et manque de m'étouffer avec mon riz. Putain si je m'y attendais. Je me lève d'un bond, reste plantée là. Kin Eastwood, trempée jusqu'aux os, un misérable sac de voyage sur l'épaule, le mascara en berne et les traits tirés. Une apparition que je n'attendais plus. Pas que nous soyons forcément du genre à nous envoyer des sms romantiques toutes les semaines, mais ça fait quand six mois que je n'ai pas entendu parler d'elle. Un peu moins peut-être, une vague missive « Ai pris des vacances, te parles bientôt. » et un reportage sur la Fashion Week de Milan aux informations, où j'ai clairement reconnu ma vieille amie faire un croche-pied à une top-model à la mine boudeuse. Pas exactement des nouvelles dignes d'une de mes prétendues meilleures amies.

Hébétées l'une comme l'autre, nous nous regardons en chien de faïence pendant quelques secondes. Je me demande un instant si sa présence alors que j'ai commandé des quantités de sushis astronomiques n'est pas un signe quelconque. Genre moi, Rose Foster, je crois aux signes du destin. Foutaises. Je m'approche finalement de Kin, la lèvre inférieure légèrement tremblante. Plutôt de colère que de tristesse je crois. Il faut dire que j'ai un peu de mal avec l'abandon. Et que ma vieille amie a décidé de prendre le large quelques jours après mon frère. Disons que je l'ai pas super bien pris. Instinctivement, je lui retourne une baffe magistrale, comme pour m'assurer qu'elle est vraiment là. Tant de passion et de véhémence, me voilà en territoire inconnu. Et je n'ai toujours pas dit un mot. Je soupçonne aussi mon visage d'être toujours aussi impassible. Tiré. Tendu. Dur. La colère made in RMF. Un flot de paroles franchit finalement mes lèvres « Putain de bordel de merde Eastwood, t'étais où? TU ETAIS OU? Tu m'a pas rappelée, tu m'as rien dit. Putain. Calixte venait de partir et toi tu... » Ma respiration s'accélère je sers mes poings et mes dents. « Qu'est-ce que t'as foutu? Qu'est-ce qui t'a empêché de me téléphoner? HEIN? TU POUVAIS PAS ATTEINDRE UN PUTAIN DE TELEPHONE? » Je tourne le dos, me laisse tomber dans le canapé, inspire à fond, expire. « J'te déteste Eastwood putain, tu m'as fait peur en vrai. »

Car c'est plus le soulagement qui parle qu'autre chose. J'ai vraiment eu peur pour elle. Un mois après le mariage d'Elisabeth, toujours sans nouvelles, j'ai décidé de lui rendre une visite surprise à Cambridge. Porte close. J'ai appelé le domicile familial et appris de la bouche de ce bon vieux Jack que sa fille chérie s'était envolée sans mot dire. Pauvre Papa Eastwood, les femmes de sa vie lui auront causé bien du tort. Mais Kin va bien. Kin est revenue. Je crois que c'est l'essentiel. Je lui en veux à mort de ne pas s'être fendu d'un sms, d'un mail, d'un pigeon voyageur ou d'un télégramme. Mais elle est revenue. Et je ne pourrais pas lui en vouloir beaucoup plus longtemps sans doute. Je suis faible quand il s'agit des gens que j'aime. Et ça a beau me faire passablement chier, je l'aime, cette emmerdeuse d'Eastwood.
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MessageSujet: Re: Hello Darling [Rose]   Sam 25 Fév - 23:18

Je reste bloquée devant la porte, comme paralysée par ma propre connerie. Merde. Six mois. Six putain de mois que je suis partie. J'ai VRAIMENT peur. Pas comme quand Méphisto apparaît d'un coup quand je prends ma douche. Pas comme quand je regarde un film d'horreur et que j'éteins dix secondes après le début. Non, là c'est la méga-trouille, la bonne grosse peur qui vous donne envie de chialer, d'appeler votre mère ou votre père en vous pelotonnant dans un coin. Sauf qu'appeler mon père me filerait encore plus les chocottes. En fait six mois ça passe vite quand on cherche à oublier. Très vite. Et puis on se rend compte qu'on a pas franchement oublié "le problème", mais qu'on a zappé de donner des nouvelles. Ou plutôt qu'on a pas osé, qu'on a pas voulu, histoire d'éviter des conversations trop gênantes ou de se faire psychanaliser par l'inquisitrice en chef qui nous sert d'amie. Sauf que là, je sens venir la conversation qui tue. Ou le silence qui tue, au choix. Je prendrais la conversation s'il vous plaît, et une eau gazeuse.

Rose me crie enfin d'entrer. Je prends une profonde inspiration, essaye vainement de plaquer sur mon visage un sourire enjoué, mais sans résultat. J'ai la gorge tellement serrée que je me demande comment je fais pour ne pas pleurer sur le champ. Je tourne la poignée, ouvre la porte, envisage sérieusement de m'enfuir en courant et d'aller élever des lamas au Pérou, et entre dans l'appartement. Je referme la porte sans un mot, incapable de parler de toutes manières. Je reste plantée dans l'entrée, légèrement hébétée, complètement trempée et gelée, ça c'est sûr. Le champagne, ça soûle pas assez vite. La prochaine fois j'achèterais de la vodka sur le chemin du retour. La prochaine fois ? Non, en réalité je ne compte pas repartir de si tôt et pas pour si longtemps. J'ai une petite pensée pour Jimmy et sa bande de potes mal rasés, couverts de cambouis et avec le coeur sur la main. Ils me manquent soudainement et je prends conscience que jamais je n'aurais dû partir.

Je fixe Rose dans les yeux, sans vraiment la voir en réalité. J'ai l'impression que mon coeur fait un boucan d'enfer. Il bat trop fort et trop vite. Je commence à voir flou, pas à cause de l'alcool mais bien à cause des larmes qui commencent à s'accumuler mais ne veulent pas tomber, les pétasses. De toutes manières mon maquillage est ruiné donc bon... Je reçois la baffe de ma vie et ma tête fait un quart de tour. Je suis franchement surprise. Pas par la baffe. En fait j'attendais un coup de canon en guise de cadeau de bienvenue. Mais plutôt par la force qu'elle y a mit. Rose Margaret Foster se métamorphosant en l'Incroyable Hulk sous le coup de la colère, qui l'eut cru ? Mon coeur se serre alors que je vois son visage contracté par la colère, ses lèvres tremblantes d'où s'échappe un flot ininterrompu de paroles où transpire la rage. Je n'essaye même pas d'en placer une, j'ai tellement honte de moi que j'envisage sérieusement d'entrer dans les ordres pour faire amende honorable. Sisi j'vous jure.

Je la regarde s'écrouler à nouveau dans le canapé, me tourner le dos obstinément. Je n'ai jamais eu aussi honte de ma vie. Je lâche mon sac et me laisse tomber dessus, complètement vidée. Qu'elle me foute dehors si elle veut, je n'ai pas la force de me lever pour aller chercher un autre endroit pour dormir. Ces pétasses de larmes commencent à tomber et je ne cherche même plus à les retenir. Je me contente de pleurer en silence (du moins j'essaye), comme une gamine. En règle générale je déteste pleurer et je m'arrange pour que ça n'arrive jamais. 1) ça ruine le maquillage. 2) ça ruine surtout mon ego. Mais là, pas moyen pour que je me la joue "adulte". Je ressers mes genoux contre ma poitrine et les entoure de mes bras, je cache mon visage. Je m'accorde quelques secondes de répit avant de lui faire face. Mais je n'y arrive pas. Je me force à relever la tête et je me déteste pour ne pas savoir ce qu'il faut dire dans des circonstances pareilles.

"D... désolée... j... j'ai tellement flippé que... pardon..."

Lamentable comme défense dirait mon père. Sauf que je ne cherche même pas à me défendre là. J'essaye vainement de trouver une explication à mon comportement complètement stupide. Comportement auto-destructeur classique. J'ai préféré foirer une relation qui n'existait sûrement pas par peur de me faire jeter. En gros me faire souffrir tout de suite plutôt que plus tard. Je suis d'une connerie abyssale.

"J'aurais dû t'appeler... au moins toi c'est vrai... j'avais peur que... parler... je pensais que parler ça m'empêcherait d'oublier... je suis tellement conne..."

Et voilà. Bordel Eastwood ! Reprends toi merde ! Non contente de réapparaître comme une fleur, tu va inonder l'appart' de ta meilleure amie en chialant comme ça !
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MessageSujet: Re: Hello Darling [Rose]   Dim 26 Fév - 22:28

Alors que je lui tourne ostensiblement le dos et fixe sans le voir l'écran de télévision, où défile des images d'archive des quatre compères d'ABBA, j'entends un bruit sourd derrière moi. Kin vient visiblement de se laisser tomber sur mon parquet, comme une vulgaire poupée de chiffon. Attitude à mille lieux de son comportement habituel. En temps normal, elle se serait plantée entre moi et les sushis, m'aurait houspillée pour ma conduite violente, prétextant sans doute qu'on ne frappe pas les filles et nous aurions fini par trouver un terrain d'entente grâce au groupe suédois. Mais non, elle s'est assise par terre comme une pauvresse et se met à pleurer. Kin ne pleure jamais. Nous avons en commun un ego un tantinet démesuré, qui nous donne l'extraordinaire capacité de verrouiller nos émotions à triple tour, dans un coin de notre tête et de ne jamais nous laisser aller à des sanglots digne d'un épisode de la Petite Maison dans la Prairie. Et si je reste persuadée que nous pouvons toutes deux rire aux éclats devant Titanic, la situation présente est un rien différente. Jamais nous n'avions vécu ça. Jamais je n'ai levé la main sur elle. J'ai rarement mis des gifles aussi passionnelles d'ailleurs. J'ai rarement mis des gifles tout court, je ne suis pas exactement délicate et diplomate, mais les baffes pleine d'amertume et de colère ne sont pas exactement ma spécialité. Me lancer dans une bagarre avec une connasse dans la file devant une boîte de nuit, oui, certainement. Gifler une de mes meilleures amies, pas mon registre. Comme pleurer n'est pas celui de miss Eastwood. On rompt les habitudes ce soir.

Je ne me retourne pas, ne me sentant pas tout à fait prête à affronter ses grands yeux de panda malheureux. Elle tente vainement de s'expliquer, de s'excuser. Minablement. Les relations humaines ne sont décidément pas notre fort. Elle ne sait pas quoi dire quand on a abandonné sa vie pendant six mois, je ne sais pas quoi répondre quand une amie en détresse vient frapper chez vous après une longue absence. Aussi démunies l'une que l'autre, elle a le mérite d'essayer. Il n'y a pas grand chose à dire néanmoins. Réaction clichée d'une terrorisée de l'engagement, qui fuit au bout du monde pour ne pas affronter ses démons intérieurs et se retrouve de nouveau dans sa posture initiale à son retour. Foirage relationnel classique. Epic fail du romantisme. Parce que ce départ précipité était forcément dû à sa liaison avec Rowan. Vu les propos qu'elle tenait et les dates de sa fuite, ça ne pouvait être que ça. Et puis, la vie de Kin Eastwood était plutôt rose en dehors de son comportement désastreux en amour. Donc c'était forcément lié. Je lève les yeux au ciel, pestant intérieurement contre les conneries que les gens font. C'est toujours, d'une façon plus ou moins direct, par amour. Tellement qu'il y a des pays où le crime passionnel se différencie du crime tout court. Quand même la loi sait que les sentiments rendent stupides, c'est signe qu'il faut faire quelque chose quand même.

Je me lève néanmoins, me tourne et la regarde. Son visage souillé est levé vers moi, empreint de tristesse, de désarroi, de culpabilité. Je m'en veux de ne pas réussir à lui en vouloir plus. Enfin bien sûr, je lui en veux toujours, mais je n'ai pas le coeur de l'enfoncer. De lui crier qu'elle aurait dû y penser avant de partir sans rien pour mieux venir se mettre dans la même merde qu'au départ. Qu'elle l'avait bien cherché et qu'elle pouvait aller chialer dans le salon de quelqu'un d'autre, parce qu'il était hors de question qu'elle reste assise là comme une loque une seconde de plus. Qu'elle pouvait aller crever sous la pluie. Une infime part de ma personne a envie de la traîner par les cheveux jusqu'au perron et de lui en remettre une. Mais au lieu de ça, je me rapproche d'elle et m'assoit à côté d'elle, avant de passer doucement mes bras autour de ses épaules. Comme chez beaucoup de gens, la sécurité d'une étreinte amie ne fait que redoubler ses larmes et je la sers un peu plus fort contre moi. C'est à ça que sert ce genre de démonstration d'affection, à donner l'autorisation de pleurer pendant une minute trente, en mode chute du Niagara avec nez qui coule et hoquets incontrôlables. Je maintiens fermement son petit corps frêle entre mes bras et pose ma tête contre son épaule. J'attends. Je lui montre que j'accepte, que je ne poserais pas plus de questions - pour ce soir - et que je lui offre un peu de répit. Mais il ne faudrait pas que la mascarade s'éternise.

Je me redresse donc et prends sa main, pour la remettre sur pieds dans un geste un peu brusque. Je l'assois dans le canapé, me dirige vers la cuisine et en ressort quelques instants plus tard avec une bouteille de tequila et une boîte de mouchoirs. Détour par la salle de bains pour prendre du démaquillant et une serviette. Chambre, je récupère un jean et un sweat de Lemon, qui devrait aller à Kin. Je reviens près d'elle, lui jette le tout, non sans avoir avalé quelques gorgées du liquide avant. Je la regarde d'un air distrait, puis parle finalement. « Me refais plus jamais ça. Plus jamais. » Je ne dis rien de plus, estimant avoir été plutôt claire. La connaissant, elle trouvera de quoi babiller bientôt, saisissant cette occasion en or que je lui donne de ne surtout pas parler du fond du problème. Mais qu'elle ne croit pas que j'en ai fini avec elle.
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MessageSujet: Re: Hello Darling [Rose]   Dim 26 Fév - 23:32

Je me sens mal. Non seulement je suis trempée, d'une hygiène douteuse après plusieurs heures de vol et le maquillage en vrac, mais en plus je pleure. Oui, moi, Kin Eastwood première du nom, qui préférerait mourir que de verser une larme autre que de rire, je chiale comme une groupie ayant appris la mort de Claude François. La comparaison, loin de me faire rire, me fait pleurer davantage. Pleurer soulage disent certaines personnes. Pour ma part, après avoir pleurer je ne me sens pas mieux. Au contraire j'ai tellement honte de moi que je n'ai qu'une envie, m'achever d'une balle dans la tête ou avaler tous les dolipranes de mon armoire à pharmacie. Hahaha. Je sais bien que ça ne risque pas de me tuer mais je n'ai que ça. Mais là je touche le fond. Ma honte est si abyssale que je ne crois pas (j'espère) que je ne peux pas faire pire. Mes entrailles se nouent et j'enfouis mon visage dans mes mains en essayant vainement d'étouffer mes sanglots. Pleurer c'est psychologiquement infaisable pour moi. Et quand je le fais c'est un peu comme si je piétinais mon ego. Physiquement c'est encore pire. Je ne ressemble à rien et j'ai mal. Je ne sais pas gérer ce genre de chose. Pas plus que je n'arrive à contrôler ma respiration erratique, mes mains qui tremblent... rectification, mon corps tout entier qui tremble.

Je ne parle plus, je ne peux plus parler. Dans ma tête tout se mélange et je prie de toutes mes forces pour que Rose ne me jette pas dehors. Si elle le fait je crois que je ne m'en remettrais pas. Je serais incapable de me relever, incapable de me traîner jusqu'à un taxi et d'indiquer mon adresse. Revoir mon appartement maintenant m'est impossible. Pas sans Méphisto du moins. Et passer le chercher chez papa, n'y pensons même pas. Une confrontation par tranche de vingt-quatre heure, merci. Ou je suis bonne pour me faire sauter la cervelle. Pleurer me fait plonger, toucher le fond, chose que j'ai cherché à éviter pendant près de six mois. Je me rends compte que si je n'étais pas partie, les choses seraient bien moins compliquées. J'ai envie de hurler "MAIS QUELLE CONNE", je ne parviens même pas à ouvrir la bouche. Si papa me rejette, si Rowan me rejette, alors là... Cette pensée m'effleure et je sanglote davantage. Je le déteste. Je le déteste de me forcer à l'aimer. Je le déteste de n'avoir pas mis les choses au point avec moi, clairement. Je le déteste d'avoir fait du charme à cette secrétaire trop blonde, trop bonne. Trop conne, salope. Je le déteste de ne pas avoir vu que j'étais là, certes cachée par une plante en pot. C'est ma faute si je suis partie, on avait jamais dit qu'on resterait fidèles. C'est aussi un peu la sienne. Et ça, j'ai tenté de l'oublier par tous les moyens, j'ai refusé de m'en rappeler, préférant me mentir à moi-même en me disant que je préférais mettre des parenthèses à une relation un peu trop compliquée.

Lorsque les bras de Rose se referment sur moi, j'arrête de respirer un instant. Et puis le soulagement m'étreint et je pleure de plus belle, me blottissant contre mon amie. J'ai été bête de partir. J'aurais pu, j'aurais dû me confier à elle. Encore une fois Rose me prouve qu'elle est meilleure que je ne le suis, qu'elle est capable de gérer des situations problématiques, même à coups de gifles. Et doucement, après plus de dix minutes à sangloter, je me calme peu à peu. La boule dans ma gorge est presque partie. Je vacille un instant lorsqu'elle me remet debout et vais gentiment m'écrouler sur le canapé. C'est elle qui décide hein, elle a des tendances dominatrices. Je la regarde revenir d'un air hébété et fixe les vêtements qu'elle vient de me lancer sans percuter. Ah si. Je suis trempée c'est vrai. Et du démaquillant. Et des cotons. Et une serviette. Et... de la tequila. Bon Dieu. Bénissez Rose Margaret Foster. J'efface les restes d'un maquillage qui me fait ressembler à un panda et me sèche plutôt maladroitement les cheveux, avant de la fixer dans les yeux et de hocher doucement la tête.

"Plus jamais. C'est promis."

D'une voix timide, je demande si je peux prendre une douche rapide. Elle pourra bien me poser toutes les questions qu'elle veut après. C'est de bonne guerre. Elle acquiesce et je file récupérer un semblant d'hygiène corporelle avec une douche rapide et mon moral remonte, un peu. Je suis certes toujours à deux doigts de fondre en larmes mais au moins je suis propre, je porte des fringues qui ne m'appartiennent pas, mais vu l'état des miennes et de celles dans mon sac, c'est mieux ainsi. Je reviens m'asseoir à côté de Rose et me mordille furieusement la lèvre inférieure avant d'oser la regarder à nouveau dans les yeux. J'attrape la bouteille de tequila et en avale une gorgée. C'est trop bon. Je crois que je suis prête et je me roule en boule dans le canapé en attendant l'interrogatoire. C'est Rose je la connais. Et croire qu'elle peut lâcher le morceau comme ça, c'est se foutre le doigt dans l'oeil jusqu'au coude.
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MessageSujet: Re: Hello Darling [Rose]   Lun 27 Fév - 19:22

Kin tremblote encore un peu, de froid comme d'émotions je présume, alors qu'elle se démaquille d'une main experte et se sèche rapidement les cheveux. Au moins, elle demeure fidèle à elle-même et n'a pas complètement perdu ses habitudes. Il n'y a qu'à voir la paire de chaussures improbables dont elle est affublée. Kin Eastwood, jamais sans ses talons de douze. Voire plus. Je ne comprendrai d'ailleurs jamais comme elle peut tenir en équilibre sur ses échasses, mais passons. Elle promet alors de ne plus jamais me prendre en traître de la sorte et je hausse doucement la tête, signe que j'ai parfaitement enregistré ce qu'elle vient de dire et que, si elle venait à rompre sa promesse dans un élan de panique, je ne le lui pardonnerai certainement pas. J'estime être une amie relativement conciliante, pas du genre pot de colle envahissant mais que je sais aussi être une bonne oreille et un soutien. Mais visiblement mes amis ne s'en souviennent que quand ça leur chante. Je garde pour moi mes pensées amères, sûrement le fruit de mon reste de colère plutôt que de ma raison. La voix de Kin me tire une nouvelle fois de mes pensées. Une douche. Oui, bien sûr, Dieu sait le voyage qu'elle a pu faire. Je lui désigne le couloir d'un vague geste de la main, elle connaît le chemin et je ne vais pas jouer les grippe sous quant à la facture d'eau, payée par mes chers parents de toute façon.

Je zappe sans y penser à travers mon nombre absolument indécent de chaînes. Mes pensées sont confuses, je me demande pourquoi j'ai Al Jazeira dans mon bouquet télé, si le jean ira à Kin, ce qui m'amène à penser que j'aurais grandement besoin de téléphoner à Lemon demain, puis je reviens à ma cambridgienne favorite. Qu'est-ce qu'elle a fichu pendant tout ce temps? Depuis le reportage sur la Fashion Week de Milan, qui commence à dater, j'ai perdu toutes traces de mon amie. Peut-être a-t-elle séjourné sur le continent, noyant sa peine dans des litres de champagne à Paris et dans les boîtes gay de Berlin. Ca ressemblerait assez au personnage. Elle n'échappera pas à un interrogatoire en règle ceci dit. Offrir l'asile politique à une amie longtemps disparue soit. Mais pas sans un minimum d'explications. Elle ressort de la salle de bains, en un temps record, il faut bien le dire. Elle ne dit rien, se pose de nouveau à côté de moi et avale de la tequila pour se donner du courage. En voilà une idée. Je l'imite, remettant le documentaire sur ABBA à la télévision. Cela me semble un fond sonore plus qu'adéquat à nos retrouvailles.

Kin se pelotonne au bout du canapé et nous échangeons un regard entendu. Elle attend ma première rafale, elle me connaît. J'esquisse un sourire en coin, reprends un peu de tequila et lui tends de nouveau la bouteille, avant de finalement demander « Bon, tu as passé du temps avec tonton Karl et tu t'es sûrement fait interdire de séjour en Italie. Visiblement, tu t'es fait refaire les seins aussi. Mais à part ça, qu'est-ce tu as fichu pendant six mois? » Délicat, diplomate et très raffiné comme approche. On ne se refait pas.
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MessageSujet: Re: Hello Darling [Rose]   Lun 27 Fév - 20:48

Mes cheveux sont propres, ma peau sent le jasmin et j'ai enfin pu enlever ces fringues dégoûtantes puant la sueur. Grâce à Rose je redeviens un peu moi-même. Ou du moins une version de moi même à l'hygiène respectable. J'ai vaguement séché mes cheveux, ils sont juste un peu humides et quitte à choper une bonne crève, je préfère les laisser ainsi et laisser l'air ambiant les sécher. Blottie sur le canapé, j'éternue et reprends une gorgée de tequila. Le documentaire sur ABBA est bien, enfin je crois. Disons que ça a le mérite d'être suffisamment joyeux pour ne pas me faire pleurer à nouveau. Mes doigts courent sur la bouteille et je la tends à Rose. Elle boit, me tends la bouteille, je bois. Je me prépare à affronter l'Inquisitrice suprême, celle à qui je ne peux pas mentir. A croire que le Tout-Puissant est avec elle !

Je manque de m'étouffer avec la tequila et lui lance un regard effaré. Je repose la bouteille précipitamment, attrape ses mains et les pose d'autorité sur ma poitrine, lui lançant le regard le plus terrifiant dont je suis capable. Alors là elle m'insulte ! Moi qui ai peur des hôpitaux et des aiguilles, qui méprise hautement la chirurgie esthétique quand elle n'est pas nécessaire, je le prends plutôt mal.

"Ose me dire encore une fois que c'est des faux et j'enlève mon teeshirt ! J'ai juste changé de pilule, du coup je suis moins plate."

J'avoue que ça m'a fait bizarre de devoir changer de taille de soutien-gorge. Mais me retrouver avec des seins, des vrais et ne pas être plate, je ne vais pas me plaindre. Je lâche les mains de Rose et attrape la bouteille à nouveau, pour me donner du courage, en espérant que l'alcool va délier ma petite langue. Ouais, espérons tiens. Je regarde un instant dans le vide et je me lance.

"Crois-le ou non mais j'ai bossé. Sur mon mémoire. J'ai écumé les musées, les galeries d'art, enfin tout ça tu vois. Disons que me plonger dans le boulot avait quelque chose d'anesthésiant."

Je continue à parler, regardant toujours dans le vide, me rappelant douloureusement que je m'endormais chaque nuit en serrant un oreiller contre moi. Je déteste dormir seule. Voilà bien l'utilité de Méphisto. Sinon je ne suis pas spécialement rassurée, et puis même, la nuit j'ai froid.

"Et puis j'ai passé quelques semaines avec une bande de bikers. Regarde j'ai même eu droit à un tatouage."

Je retire mon jean (enfin celui de Lemon) et lui montre ma cuisse et ledit tatouage. Mon Dieu. Je suis une rebelle. Et là je commence à être pompette. Je me rhabille bien sagement et me blottis contre Rose, ne craignant pas une nouvelle gifle. L'alcool m'anesthésie l'esprit et le coeur, et c'est presque sans avoir envie de pleurer que je parle de Rowan.

"Je l'ai vu à son bureau. Il draguait une blonde. Et bonne en plus. Il ne m'a pas vue et je suis partie chercher mes billets d'avion sur un coup de tête."

Je laisse échapper un petit rire sans joie.

"Je suis lamentable, on avait jamais dit qu'on resterait fidèles. Mais ça m'a fait un mal de chien."
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MessageSujet: Re: Hello Darling [Rose]   Mer 29 Fév - 16:51

Face à ma remarque, Kin manque d'avaler sa tequila de travers et me regarde comme si je venais de la traiter de tous les noms. Je devine que le commentaire sur sa poitrine nouvellement gonflée lui déplaît, alors qu'elle s'empare de mes mains avec force et les pose sur ses seins, pour me prouver que tout est cent pour cent naturel. Je ris doucement, retirant mes mains de là et hoche la tête avec un sourire moqueur. Je la crois néanmoins, mon amie a une sainte horreur des hôpitaux et des aiguilles et nous sommes d'accord pour affirmer haut et fort que la chirurgie plastique à des fins purement décoratives n'est rien moins que vulgaire. Des seins comme des bonbonnes remplies de plastique, c'est le summum du mauvais goût. Et pour avoir accompagné Kin à un rappel de vaccin, je suis bien placée pour savoir qu'elle ne s'infligerait une confrontation avec médecins et piqûres que si elle n'avait pas d'autres choix. « Dommage, j'ai choisi l'implant. » Gagner un bonnet ne m'aurait certainement pas fait de mal, mais bon je préfère avoir une méthode contraceptive sûre. La pilule, c'est très bien, mais encore faut-il arriver à la prendre à heure fixe. Et j'ai déjà du mal à me réveiller et à manger tous les jours à la même heure alors prendre un cachet...

Kin lâche finalement prise et je masses mes poignets un peu endoloris, tandis qu'elle s'attaque de nouveau à la bouteille. J'ai vraiment eu une bonne idée sur ce coup. Elle fixe le vide entre le canapé et le mur, cherchant sans doute les bons mots. Je sers deux petites assiettes, pleines de nourriture japonaise délicieuse et en pousse une en direction de mon amie, qui se lance finalement. Se noyer dans le travail. S'il y a bien un truc que je ne ferais jamais, c'est ça. Enfin quoique, quand ça me prend, je peux passer des heures entières à la bibliothèque universitaire et rendre des essais bien pensés. Instinct de survie et un vague intérêt pour ce que j'étudie. Bonne combinaison. Je me tais cependant, la laisse parler et hausse un sourcil quand elle me parle de bikers et exhibe son tatouage. Pour quelqu'un qui est terrorisé par les aiguilles dis-donc. J'écarquille les yeux et ne peut retenir une exclamation sonore « Oh putain ! » Mais au final, ça ne devrait pas m'étonner plus que ça. Kin est spontanée, passablement perchée, très sociable, grange gueule et plutôt têtue. Je suppose que c'est une recette comme une autre pour se faire adopter par un gang de motards et troquer la paire de Louboutin contre des Docs.

Elle vient se nicher contre moi et je me tortille pour pouvoir l'accueillir tout en continuant à m'empiffrer de riz, de sushis et de makis. Je lui en tends un, elle l'avale et continue alors sur une autre note. La raison de son départ, cet impudent qui drague la secrétaire. Ca pourrait être cliché, si ça n'était pas aussi démentiel. Il rit jaune confesse son mal. Je pose mon assiette sur la table basse, non sans mal au vu de la distance et de la petitesse de mes bras, puis dépose doucement un baiser dans les cheveux de mon amie. Elle s'en remettra. Sinon, je dois bien pouvoir user de quelques faveurs que l'on me doit pour que quelqu'un s'occupe de Rowan. Je n'émets pas encore la proposition, mais garde l'idée en tête. Après tout, on ne blesse pas mes amis. Surtout pas des amies comme Kin.

Un silence s'installe, je n'ai pas de commentaires à faire après tout. Elle est partie, je sais pourquoi maintenant et elle est revenue. Je n'ai pas besoin de plus et je n'ai pas de bons conseils à donner. Parce que les histoires d'amour et moi, ce n'est pas la meilleure alliance possible. Je prends finalement le parti de soulever un autre sujet qui fâche, tant qu'on est lancées « Tu devrais appeler ton père. » Je devine qu'elle ne l'a pas encore fait, la tempête Eastwood Senior vaut bien les délires de sa fille. Mais il a dû se faire un sang d'encre et j'imagine aisément la peine qu'il a pu ressentir et le soulagement que lui procurera la voix de Kin. Et l'assurance qu'elle est toute proche et qu'elle va bien. Il n'est pas dit qu'il s'en contente, mais elle lui doit bien un coup de fil.
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MessageSujet: Re: Hello Darling [Rose]   Mer 29 Fév - 18:19


Je souris doucement à mon amie et croque dans un maki. L'implant c'est no way ! Je ne comprends pas comment elle fait pour ne pas paniquer en ayant un truc sous la peau ! Pour ma part la pilule c'est comme le démaquillage : obligatoire et je ne peux pas m'endormir sans l'avoir prise, même bourrée. Disons qu'à force de la prendre, c'est dans les gènes maintenant. Bizarrement, parler m'a fait du bien. Enormément de bien. Je ne dis pas que je vais sauter de joie, là, tout de suite, mais disons que je me sens bien mieux qu'il y a quelques minutes. Que quelques jours auparavant lorsque j'étais encore en "cavale". Hahaha. Je crois que le mot est tout à fait approprié. Fuir parce qu'on a fait quelque chose de mal. De très mal. Dans mon cas ? Tomber amoureuse. Je ne veux plus jamais faire cette connerie, même si, Bon Dieu, Rowan est le meilleur coup du monde, que j'adorais me réveiller à côté de lui et le taquiner un peu sur son "grand âge". Et je serais capable de sacrifier ma plus belle paire d'escarpins pour être sûre qu'il ne soit rien qu'à moi et qu'aucune pétasse blonde, brune ou rousse, ne me le volera. J'estime que de le kidnapper et de le retenir contre son gré est tout à fait approprié. J'ai des circonstances atténuantes et je suis persuadée de pouvoir m'en sortir devant un jury, parce que je pleure bien comme dit papa.

L'exclamation de Rose m'arrache à mes réflexions quelque peu sordides et je souris, un peu gênée. C'est vrai que j'ai peur des aiguilles. Mais j'étais tellement bourrée ce jour là que j'ai cédé à la tentation. J'en voulais un depuis longtemps, mais avouons-le, je suis une vraie poule mouillée. Me faire percer les oreilles reste un grand traumatisme, j'avais dix ans et j'ai mordu mon père tellement j'ai eu peur. Ce n'est pas sans fierté que j'exhibe mon trophée, de taille très modeste mais faut pas non plus pousser mémé dans le mixer. Et puis je pourrais disserter là-dessus encore longtemps, j'enviais tellement Jimmy et ses potes couverts de tatouages, j'avais tellement envie de faire un truc dingue, un truc pour égratigner un peu l'image de la fille parfaite. Et puis j'avais bu, mais pas du champagne. L'avantage ? J'avais tellement mal au crâne le lendemain qu'il m'était impossible de me focaliser sur la douleur due au tatouage. Deux jours. Une gueule de bois de deux jours. Plus jamais je ne boirais la gnôle de derrière les fagots. Dans ce cas précis, de derrière les bécanes. Rose m'embrasse sur le sommet de la tête et je soupire d'aise. Si elle n'était pas si hétéro, je l'épouserais et ferais le bonheur de mon père. Justement en parlant de lui... Ma très chère amie émet l'idée que je pourrais éventuellement, dans un futur approximatif, l'appeler. Je déglutis avec difficulté et fais mine de regarder ailleurs. Peine perdue, je sais qu'elle a raison et comme elle me pince le bras, je me lève avec une mine de condamnée et m'approche du téléphone.

Ma main tremble légèrement lorsque je compose le numéro et je laisse sonner deux fois. Avec un peu de chance, il ne sera pas là. Avec un peu de chance, cette pouffiasse qui lui sert de secrétaire lui aura mis le grappin dessus en mon absence. Réflexion faite si c'est le cas, je lui arracherais ses extensions peroxydées moi-même. Et zut ! Il décroche...

"Salut papa."

Son hurlement manque de m'exploser le tympan et j'éloigne le combiné avec une grimace mi-désespérée, mi-exaspérée qui fait bien rire Rose. Tant bien que mal, j'essaye de couper court aux élucubrations paternelles et essaye d'en placer une.

"STOP ! Alors oui je vais bien. Oui je suis de retour en Angleterre. Non je n'ai pas fait de prison. Non je ne suis pas tombée enceinte, non je ne me drogue pas et NON je ne vais pas me taper je ne sais combien de bornes pour aller te voir ! Je suis fatiguée, je frôle la dépression et j'ai faim. Rose s'occupe de moi donc tu n'as pas à t'en faire. Je t'aime papa et on se verra demain, tu pourras me hurler dessus à ce moment-là."

Je raccroche et inspire profondément avant de débrancher le téléphone. Je ne suis pas complètement dingue, je SAIS qu'il ne va pas cesser d'appeler jusqu'à ce que j'accepte de prendre un taxi jusqu'à Londres. Il est dingue. Mon papa perd tout sens des réalités parfois. Je me tourne vers Rose avec un air épuisé et la rejoins sur le canapé pour regarder la suite du documentaire sur ABBA. Blottie contre elle, je profite d'un peu de chaleur humaine et amicale. Je suis presque prête à demander mon transfert pour Oxford, me dégoter un appart' dont personne à part elle et mon cher père n'aura l'adresse. Presque. Faut pas pousser non plus. Sagement, j'avale les makis qu'elle me présente. J'ai un peu maigri pendant ces six mois. Je crois qu'elle l'a remarqué vu l'obstination qu'elle met à me nourrir. J'ai compris le message, dès demain j'irais manger -oh sacrilège et calories ennemies !- des frites. Et peut être même un hamburger si je me sens l'âme aventureuse. Mais pour l'instant je me délecte de nourriture japonaise, bonne pour le moral, mais aussi pour le corps.

"Merci Rose. Si t'étais pas aussi hétéro je t'épouserais."

Elle me donne un petit coup dans l'épaule et je ris doucement.

"Message reçu ! Je resterais l'amie chiante et insupportable. Je te jure que plus jamais je ne partirais comme ça. Pas sans t'emmener dans mes valises ou te faire un rapport détaillé chaque jour."


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MessageSujet: Re: Hello Darling [Rose]   Sam 3 Mar - 23:25

A la mention du coup de fil redouté à Papa Eastwood, Kin fait mine de regarder ailleurs, comme si elle ne m'avait pas entendu. Je la pousse du canapé et la regarde avec une certaine sévérité, faisant comprendre avec subtilité - ou non - que si elle ne se bouge pas les fesses, je me chargerais d'appeler son père moi-même et ma version des faits risque d'être beaucoup plus haute en couleurs et vulgaire que la sienne. Alors, malgré un profond soupir et une mine de six pieds de long, elle se résigne et marche jusqu'à mon téléphone fixe comme on irait à la potence. Je dois avouer que je comprends ses appréhensions, M. Eastwood est un homme tout à fait charmant, mais mon amie a bien hérité sa folie douce et sa tendance à l'hystérie de quelque part. Vu les circonstances rocambolesques de la mort de sa mère et les anecdotes que j'ai pu apprendre sur son vivant, la génétique a jouer son rôle des deux côtés. Mais Papa Eastwood est un acteur de Broadway qui s'ignore, reconverti dans le grand cirque des tribunaux. Ou il ne peut malheureusement pas exercé son déhanché légendaire...

Le cri que je discerne à l'autre bout du fil et la mine effarée de Kin face au téléphone me tire de mes digressions sur la réaction de drama queen de Papa Eastwood, j'ai l'occasion d'y assister. Mais Kin ne le laisse pas se lancer et lui explique fermement que, oui elle est de retour, mais que non, elle ne viendra pas le voir: Elle le rassure à sa façon et j'ai bien du mal à retenir le rire qui m'assaille et le laisse finalement éclater quand elle raccroche, avant de débrancher carrément le téléphone. Je ne proteste pas, personne ne m'appelle sur mon fixe de toute manière. Sauf ma mère. Ce qui fait donc de ce geste une excellente initiative. Elle revient s'installer à mes côtés, oubliant pour un temps les suppliques de son papa et les insanités qu'il a certainement proféré. Je lui tends l'assiette remplie de nourriture, insistant un peu pour qu'elle avale tout. Kin n'a jamais été très épaisse, mais je la soupçonne d'avoir un petit peu oublié de se sustenter et d'avoir laissé tonton Karl lui bourrer le mou avec son obsession de la minceur. Elle déguste sans rechigner, rien ne parvient à faire taire Kin Eastwood comme un buffet de nourriture japonaise.

Elle finit toute de même par se lover contre moi, me reprochant encore une fois ma sexualité trop cloisonnée qui nous empêche de porter notre grand amour platonique au niveau supérieur. Je souris, lève les yeux au ciel et lui donne un petit coup de coude. Je n'ai que trop eu à me justifier et malgré l'amour que je lui porte, non je ne la laisserai pas me passer la bague au doigt. Nous rions et elle promet de rester à sa fière place d'amie chiante mais bien aimable. « Et mon amie qui paie le champagne, c'est important ! » J'ignore délibérément ses nouvelles excuses et sa promesse ne plus s'envoler sans rien me dire, estimant avoir déjà fait le tour de cette question. De toute façon, elle sait très bien que si elle retente un truc du genre, j'irais la chercher moi-même et ,qu'importe qu'elle soit en train de se déchirer la tête à Tijuana, je lui botterai les fesses comme il se doit, avant de la jeter en pâture à son père. Mais elle ne le fera pas, la question ne se pose donc pas. Nous nous lovons alors confortablement dans le canapé et commençons presque à nous endormir sur la fin du documentaire.

Mon portable sonne alors et je réponds machinalement, un peu vaseuse, sans prendre la peine de vérifier de qui provient l'appel. En voyant les yeux écarquillés et la mine choquée de Kin, je comprends mon erreur. « ROSE MARGARET FOSTER NE T'AVISES PAS DE RACCROCHER ! Je sais que tu es chez toi, je sais que ma file est là et je refuse de rester à croupir dans mon appartement alors que mon bébé d'amour est revenu. Elle va entendre parler du pays celle-là, j'espère que tu l'as bien accueillie hein, elle va bien, elle a mangé? Bref, je suis dans les escaliers ! » Je tiens le combiné - en mode haut parleur pour que Kin profite de la folie paternelle - sans rien dire, me laissant envahir par la deuxième rafale Eastwood de la soirée. Miséricorde, je sens que cette soirée ne va pas être de tout repos. Bêtement la seule question qui me vient est « Mais, comment t'es arrivé aussi vite? » Un rire bref et une réponse éclatante « Ben j'ai pris l'hélico, il fallait que je vienne ! » Evidemment. Parfois, je me dis qu'il est possible d'être trop riche. Il raccroche brutalement et on frappe à ma porte. J'échange un regard avec Kin. Plantées là comme des piquets, on a l'air ridicule. Il tambourine plus fort « OUVREZ-MOI LES FILLES ! Ou bien je fais un scandale et tous tes voisins vont te haïr Rose ! » Ils ne m'aiment déjà pas beaucoup, exception faite de Léandre, et de toute façon il entrera, puisqu'il en a décidé ainsi. Aussi je me dirige vers la porte, malgré les protestations de Kin et il entre telle une furie, fondant sur sa fille adorée pour l'enlacer avec force. Je referme le battant et m'appuie contre, avant de prendre une grande inspiration et de fixer les deux énergumènes, attendant de voir ce que la famille Eastwood me réserve.
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MessageSujet: Re: Hello Darling [Rose]   Dim 4 Mar - 11:19


Mon père est un grand malade. Je crois que je tiens un peu de lui en fait. Rose a eu la délicatesse de ne pas m'obliger à rebrancher son téléphone, chose dont je lui suis particulièrement reconnaissante. Je ne vais pas avouer non plus que ça m'a fait du bien d'entendre mon papa que j'aime, même me hurler dessus. Je préfère ça plutôt qu'il m'ignore royalement comme il le fait avec les gens qu'il n'aime pas. En gros s'il me hurle dessus c'est qu'il m'aime toujours. Ouf ! Sauvée. Comme une gentille fille, comme un petit oiseau, je laisse Rose me nourrir. Quoi, j'ai l'air si squelettique ? Un regard à mes "nouveaux" seins me fait hausser les épaules. De ce côté là on ne peut pas dire que j'ai "maigri". Donc tout va bien mais si je veux avoir un "cul royal" c'est vrai que j'ai plutôt intérêt à manger. Et puis mine de rien, allez chercher de la bouffe japonaise au Texas. Mission impossible. Je suis ravie de manger des sushis dignes de ce nom alors je ne fais pas la fine bouche.

Je sais bien que moi et Rose on ne finira jamais mariées l'une à l'autre. Et heureusement. Je trouve ça plutôt rassurant de savoir que je peux débarquer chez elle pour me cacher. L'inverse est vrai. Je crois que je serais prête à tout pour l'aider si un jour... Mouais, c'est pas le genre de Rose de se barrer six mois sans donner de nouvelles. Elle est pas complètement stupide. Je ronronne presque (non, rectification, je ronronne vraiment) en frottant ma joue contre son épaule. Je crois que je vais aller chez Rowan pendant qu'il bosse et lui voler tout son champagne. Et puis je cacherais le fruit de mon larcin chez Rose et on boira en écoutant Wagner ou Mozart avec une pile de magazines débiles sous la main. Je me garde bien de lui dire, je pense qu'elle essayerait de m'en dissuader. Parce que c'est stupide, surtout parce que je risque de croiser Rowan par malchance et que là, je me retrouverais vraiment 1) dans la merde 2) dans ses bras 3) dans une cellule. Je commence à m'endormir, le documentaire touche à sa fin et je glisse doucement dans les bras de Morphée.

La sonnerie de son portable me sort de ma torpeur et je regarde bêtement autour de moi, ayant un peu de mal à émerger. Par contre une seconde plus tard je suis complètement réveillée et je fixe Rose d'un air horrifié. Oh. Mon. Dieu. Je la regarde tenir le combiné loin de son oreille. Même sans le mode haut parleur, je suis persuadée que j'aurais parfaitement entendu mon très cher père. Qu'on ne me demande pas de qui je tiens mon côté drama-queen. C'est de sa faute. Le côté irresponsable c'est ma mère. J'hésite entre être blasée et céder à la panique. Un hélicoptère. Mais bien sûr. Après la voiture de James Bond, l'hélicoptère. Logique. Blasée. Lorsque je l'entends tambouriner comme un beau diable contre la porte par contre, là je panique. Je jette un regard à la fenêtre avec la vague idée de l'ouvrir, de sauter et d'atterrir comme par magie sur le sol sans la moindre égratignure. Je n'ai pas le temps de mettre mon plan à exécution (heureusement) car Rose a cédé (je ne lui en veux pas, TOUT LE MONDE cède à mon père) et lui a ouvert. Pas le temps de protester que déjà il me serre dans ses bras de toutes ses forces, m'étouffant à moitié. J'agite désespérément les bras à la recherche d'air et lui donne des petits coups de poing en priant pour qu'il cesse de se comporter comme un boa constrictor. Alléluia ! Il desserre suffisamment son étreinte pour que je puisse respirer, pas assez pour que je puisse m'enfuir. Enfoiré va. Finalement je lui rends son étreinte et me blottis contre lui.

"T'es complètement dingue... un hélicoptère... c'est totalement démesuré comme réaction papa."

J'essaye de sourire mais...

"... j'suis tellement contente de te revoir..."

Un pitoyable gémissement m'échappe et je fonds en larmes pour la deuxième fois de la soirée, et cette fois sans maquillage à ruiner. Je vous l'avais dit que j'avais hérité de son côté drama-queen. On dirait une mauvaise scène de Glee, un truc dégoulinant de bons sentiments. Pour un peu je me moucherais bien dans son costume hors de prix. J'inspire profondément et essuie mes larmes en essayant de récupérer quelques miettes de fierté. C'est pas gagné.

"Vas-y, tu peux m'engueuler maintenant."

"ESPECE DE FILLE INDIGNE J'ETAIS FOU D'INQUIETUDE POURQUOI TU ES PARTIE COMME ÇA SANS DONNER DE NOUVELLES JE..."


"Je ne parlerais qu'en présence de mon avocat,
je réplique en montrant Rose en croisant les doigts pour qu'elle m'aide un peu sur ce coup-là. C'est un truc de fille tu peux pas comprendre..."

"Tu t'es fait refaire les seins ?" Il demande soudain avec un air dubitatif.

Je me laisse tomber sur le canapé avec un soupir désespéré avant de contre-attaquer de manière laconique.

"J'ai changé de pilule. Ils sont plus gros. C'est du 100% naturel. Dis lui Rose."



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MessageSujet: Re: Hello Darling [Rose]   Ven 9 Mar - 16:06

Appuyée contre la porte, j'observe la scène de retrouvailles des Eastwood. Je ne sais honnêtement pas à quoi m'attendre, ces deux là - pris individuellement - sont des énergumènes parmi les plus indescriptibles. Alors réunis, pour une occasion en or de démontrer leurs talents pour le mélodrame, je n'ose même pas anticiper quoique ce soit. Ma pauvre cervelle, embrumée par la fatigue, la tequila et mes propres émotions effectuent des connexions plutôt disparates. Je me dis d'abord qu'il faut absolument que je présente Kin à Andrea. Et Carolyn. Société secrète des drama queen d'Angleterre. Ce pourrait être une arme redoutable.

Voyant Kin fondre en larmes j'hésite à faire un geste, mais Papa Eastwood la serre contre lui avec force et elle semble pleurer de joie. Ou de soulagement. Ou peut-être est-ce pour ça qu'il pleure lui. Sans aucune raison, l'air de Gimme Gimme Gimme résonne dans ma tête et la scène se déroule donc sur fond disco pour moi, alors que je chantonne mentalement « In my flat all alone how i hate to spend the evening on my own... » Diantre, ce que je donnerai moi pour être seule dans mon appartement et passer une soirée en paix ! Enfin, je ne peux pas dire que le retour de mon amie ne m'emplisse pas de joie. Peut-être pas autant que Papa Eastwood, mais quand même.

Une fois les effusions passées, dignes d'un soap opera mexicain d'ailleurs, Kin donne la permission à son paternel de laisser éclater sa colère. Ce pourrait être profondément tragique, dans un registre plus classique comme une pièce de Shakespeare ou de Racine, mais les Eastwood sont des gens modernes. Il commence à s'emporter, à raison, mais Kin tend la main dans ma direction, me désignant comme son avocat. Jack et moi haussons un sourcil dubitatif, sachant que je ne suis guère connue pour ma diplomatie et ma rhétorique argumentative. Pas que je n'ai pas de répartie, mais elle s'applique plus face aux garces refaites du nez que dans les crises familiales. Papa Eastwood en arrive finalement à une conclusion bien plus terre à terre et je ne peux retenir un éclat de rire. Voilà, je les reconnais bien finalement. Kin me prends à partie et ravalant mes éclats de rire je m'approche et hoche la tête avec sérieux « Certifiés cent pour cent naturels. » Il me regarde, avec ce que j'appelle ses yeux d'avocat, ce genre de regard qui vous transperce et semble regarder à l'intérieur de votre âme. Je ne baisse pas les yeux, sachant qu'il cherche aussi à savoir s'il y a quelque chose que sa fille chérie lui cacherait.

Finalement il rompt le silence, qui se fait pesant « Bon et vos bonnes manières mademoiselle Foster? Je prendrais un whisky ou ce que tu as et promis je ne répéterai pas à ta mère que tu as de l'alcool chez toi. » Je fais une grimace à la mention de ma génitrice mais me dirige vers la cuisine et trouve finalement la boisson favorite de Papa Eastwood. Je le lui sers avec seulement deux glaçons et le lui apporte avec un sourire poli « Voilà et ce soir nous proposons aussi des sushis et de la mauvaise télévision. » Il avale son verre cul sec et j'opte donc pour laisser la bouteille et un bol de glaçons à portée de main.

Il s'installe dans le canapé et j'échange un regard avec mon amie? Ce pouvait-il que ce requin des tribunaux abandonne la partie? « Tu me le dirais Rose s'il lui était arrivé quelque chose de grave? » Quel vicieux... Je m'assois dans le fauteuil en face de lui et sourit doucement « Tu vois bien qu'elle va bien Jack, sois pas aussi dramatique et profite qu'elle soit de retour. » Je lève les yeux vers ma meilleure amie, pas que je n'adore pas Jack, mais je ne suis pas sûre de survivre s'il compte s'éterniser beaucoup plus longtemps. Un Eastwood surprise à la fois, ce serait gentil. J'en profite pour avaler une rasade de tequila, sous le regard mi désapprobateur, mi amusé de Jack. Heureusement qu'il est un homme de loi et de morale, parce qu'il a de quoi me faire déshériter quatre fois.
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MessageSujet: Re: Hello Darling [Rose]   Sam 10 Mar - 12:48

J'ai bel et bien hérité des talents de drama-queen de mon père. Ce qui en soit n'est pas une mauvaise chose. Sans me vanter, je dois être la seule personne au monde à pouvoir lui tenir tête. Avec Rowan. Mon estomac fait un bond et j'ai soudainement la nausée. Je me roule en boule sur le canapé en attendant que ça passe. Je n'aurais peut être pas dû boire autant de tequila. Couplée aux sushis, plus le décalage horaire et les émotions fortes, c'est un peu too much pour moi. Pas sûr que je sois prête à affronter Rowan en plus. Pas dans les prochaines heures du moins. Cela dit, s'il était là ce ne serait pas plus mal. Comme ça je pourrais vomir le contenu de mon estomac sur ses chaussures italiennes. Cette pensée m'arrache un sourire mi-rêveur, mi-sadique, que surprennent bien évidemment papa et Rose. Si cette dernière peut vaguement se douter de mes pensées, ce n'est pas le cas de mon géniteur qui me lance un regard presque inquiet. Quoi ? J'ai si mauvaise mine ? Bon, après quelques heures de sommeil je filerais à l'institut de beauté le plus proche pour me faire chouchouter et retrouver un semblant d'éclat. Je suis Kin Eastwood, j'ai une réputation à tenir !

Bon là je suis humaine ce soir, Wonder Woman ce sera pour dans quelques heures. Quand j'irais avec mes nouveaux seins hurler sur Rowan, perchée sur douze centimètres de talons aiguilles, cette robe bustier qui traîne dans mon dressing depuis une éternité et qui tiendra toute seule grâce à mes deux beaux arguments. Et après j'irais péter les dents de sa pétasse de secrétaire. Et pour finir je séquestrerais Rowan dans son bureau. La seule question en suspend est : va-t-il survivre ? Je n'arrive pas à me prononcer là-dessus, mais la seule pensée de me transformer en Xena la princesse guerrière toute de Chanel vêtue pour partir au combat me fait hurler de rire et je roule sur le canapé en me tenant les côtes. En voyant le regard inquiet de papa, je crois qu'il soupçonne un craquage en règle. Rose n'en est pas loin non plus. Je me redresse en me raclant la gorge et en tentant de reprendre une certaine contenance. Pas facile. Gros silence. Ben quoi ? Il vaut mieux en rire que d'en pleurer non ? Heureusement que papa se décide à parler et je roule des yeux en lui pinçant le bras. Ben tiens ! Il est pas gêné lui ! Pourtant Rose revient avec un whisky et lui tend avec un sourire que je noterais de 7 sur 10 sur l'échelle de "plaisons à monsieur le juge". Papa est arrivé à 11 une fois. Gentiment, je viens me blottir contre lui et il glisse sa main dans mes cheveux, me faisant ronronner de satisfaction.

« Tu me le dirais Rose s'il lui était arrivé quelque chose de grave? »
Je roule des yeux et soupire en fixant Rose. Il ne peut pas directement me poser la question ?« Tu vois bien qu'elle va bien Jack, sois pas aussi dramatique et profite qu'elle soit de retour. »

"Surtout continuez à parler de moi comme si je n'étais pas là,
je fais avec un soupir. Je vais BIEN. Je suis juste fatiguée et je crois que mes nerfs ont été mis à rude épreuve, c'est tout."

« Tu conviendras tout de même qu'il est normal que je m'inquiète ! Mon bébé a disparu, peut être kidnappée par... »


"Oh c'est bon arrête de faire ta drama-queen espèce de père indigne qui croit que je me suis fait refaire les seins. On ne m'a pas kidnappée. Je suis partie toute seule, comme une grande et comme une conne. Et je me rends compte que je n'aurais pas dû, que c'était totalement stupide. Que mes problèmes ne vont pas se régler pendant que je suis à l'autre bout du monde."
Il acquiesce mais est visiblement inquiet. Booooon ! A croire qu'il va falloir que je revoie mon argumentation qui n'est pas du tout au point. « Tu devrais peut être voir un ps... »Il essaye de finir sa phrase mais je le coupe avec un air agacé.
"Non ! J'ai bien mieux que ça, ta carte de crédit et une journée shopping pour redevenir moi-même, jeune, belle, parfaitement dans la tendance et impeccable. Et prête à tordre le cou à mes problèmes et au prochain qui me demande si ces deux magnifiques arguments sont faux", j'ajoute en désignant ma poitrine. "Cette mise au point étant faîte... tu ne vas tout de même pas continuer à embêter Rose j'espère ? Une Eastwood d'accord, mais deux je crois que c'est plus qu'un être humain normalement constitué puisse supporter."

Autrement dit j'essaye de le virer. Mission Impossible évidemment, il me fait un grand sourire. « Je ne repartirais pas sans mon bébé. A prendre ou à laisser et je vous préviens les filles, en tant que vieil homme, je ne dormirais pas sur le canapé. » Je soupire. Mon père EST impossible. Je jette un coup d'oeil malheureux à Rose en espérant un peu d'aide. Mais je sais bien que papa a un certain pouvoir sur elle, comme sur tout le monde d'ailleurs. Et merde. Je cède honteusement. Pour ma défense, je n'ai pas envie d'en imposer davantage à Rose, je me sens terriblement coupable d'avoir débarqué ici après l'avoir inquiétée pendant près de six mois. "C'est ok pour toi si je repars avec lui sur le champ ?" je lui demande avec une pointe d'appréhension. Je ne veux pas qu'elle s'imagine que je l'abandonne encore. Plus jamais, j'ai promis.
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MessageSujet: Re: Hello Darling [Rose]   Dim 11 Mar - 22:32

Alors que je réponds à Jack, sa fille s'offusque, non sans raison d'ailleurs, que nous parlions d'elle comme si elle n'était pas assise à moins de trente centimètres de nous. Un point pour Kin, zéro pour l'avocat. Il reprend néanmoins du poil de la bête, élaborant des théories dramatiques et farfelues sur ce qui aurait pu arriver à son bébé d'amour pendant sa cavale. Je retiens un sourire, amusée par la complicité si vite retrouvée entre les deux Eastwood. Bien plus que ma mère, mon père ou ma soeur, ces deux là sont ma famille. Je me sens proche d'eux, leurs retrouvailles ne sont pas sans me procurer une certaine émotion. Que je renierai bien sûr ou mettrai sur le compte de l'alcool si on venait à me la faire remarquer. Mais outre ma façade neutre et mes yeux fatiguées, je suis sincèrement heureuse de savoir Kin en bonne santé, presque heureuse et avec son père. Et je sais combien Jack est soulagée de l'avoir retrouvée. Si j'étais inquiète, mais surtout en colère, Jack se faisait vraiment un sang d'encre. Il avait imaginé le pire, il faut dire qu'à force de fréquenter de trop près les tribunaux, on en ressort avec un esprit enclin à dépeindre des scénarios catastrophes.

Mais il est rassuré, immensément rassuré et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, ces deux là retrouvent une routine familière, des gestes tendres et des phrases taquines. Kin s'explique, en omettant les détails les moins glorieux de l'affaire. Je n'ose pas imaginer le scandale que Jack fera quand il apprendra la vérité. D'ailleurs, je ne pense pas que ce soit dans les plans de mon amie de se confesser un jour. Sage décision, mais je ne suis pas certaine que l'on puisse vraiment cacher quelque chose à Jack Eastwood éternellement. Son regard façon rayons X et ses tours d'avocat finiront bien par avoir raison du secret de sa fille. Et j'espère de tout coeur ne pas être là pour voir le massacre. Pour l'heure, il suggère l'idée qu'elle puisse voir un psy, ce qui déclenche aussitôt une tempête chez l'intéressée. Je la comprends faut dire. Ma mère a voulu me traîner chez un psy une fois. Je n'ai rien dit pendant quatre séances à £75 et elle a fini par abandonner l'idée. L'argent n'est pas le problème pour les Eastwood, mais Kin a une bien meilleure idée quant à la manière de le dépenser. Je souris doucement, reconnaissant bien là ma vieille amie. Une paire de chaussures ne résout pas les problèmes, mais ça soulage le porte feuille comme le moral.

Finalement, elle fait remarquer que l'invasion des Eastwood en temps de fête est certes une bénédiction, mais que ce soir l'invasion de mon espace vital risque d'être un peu trop dure à supporter. Je ne voudrais pas approuver trop ostensiblement, mais il est vrai que toutes ces émotions m'ont passablement épuisée. Je ne suis pas faites pour les effusions de sentiments, les gifles, les retrouvailles larmoyantes et les arrivées en hélicoptère. Je ne m'en remettrai pas de celle-là d'ailleurs. Jack fait clairement comprendre que maintenant qu'il a mis la main sur sa fille envolée, il ne la lâchera pas de si tôt. Je ris et opine du chef avec vigueur quand Kin me demande la permission de s'en aller. Je sais qu'elle ne veut pas que je me sentes abandonnée, mais cette fois, je sais où elle va. « Va donc chérie, je ne voudrais pas t'enlever à ton papa chéri. » Le dit papa me tire la langue avec la dignité que confère le statut de ténor du barreau et j'ajoute en glissant un sourire à Kin « Appelle-moi demain par contre. » Au cas où, quand même. Parce que bon, je sais qu'elle va bien, mais je préfère avoir la certitude que la solitude et la tequila ne m'ont pas fait halluciner.

Nous nous enlaçons tous plusieurs fois, les yeux un peu humides et les jambes lourdes. On peut dire que la soirée aura été mouvementée. Il y a un fichu hélicoptère sur le toit de mon immeuble. Ce type est fou. « Allez, vous devriez y aller, je ne sais pas combien de temps un hélico sur un immeuble résidentiel peut passer inaperçu. » Dernières embrassades, Jack ramasse le sac trempé de sa fille et ils quittent l'appartement, me laissant la promesse d'un coup de fil. Je referme la porte et écoute un instant l'étonnant silence qui émane de l'appartement. Je me blottis finalement dans le canapé et ouvre le clapet de mon ordinateur portable, vérifiant que Lemon est en ligne et que je peux l'appeler. Il faut que je raconte à quelqu'un mon soulagement et ces péripéties et ma blonde amie est la personne toute indiquée.
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MessageSujet: Re: Hello Darling [Rose]   Dim 11 Mar - 23:00

« Va donc chérie, je ne voudrais pas t'enlever à ton papa chéri. »

Je soupire de soulagement et opine du chef. J'aurais certes préféré rester mais je crois que j'ai suffisamment abusé de la gentillesse de Rose pour les dix prochaines années à venir. Et les dix suivantes même. Je roule des yeux et donne une petite tape sur l'épaule de papa en le grondant légèrement. Ah oui TRES distingué et TRES adulte de tirer la langue, bravo ! Et on repassera pour mon immaturité hein, j'ai de qui tenir.

« Appelle-moi demain par contre. »

Je hoche la tête et la serre doucement contre moi, luttant contre ces pétasses de larmes qui menacent de couler à nouveau. Dès que je serais réveillée je me jetterais sur le téléphone. J'ai du mal à me décoller de Rose et c'est presque en montrant les dents que je m'écarte d'elle pour laisser mon père l'étreindre... avant de vite reprendre ma place et de la serrer une dernière fois contre moi. Et voilà, je n'y coupe pas, une larme de plus roule sur ma joue. Je suis devenue bien émotive. C'est mal. Ou c'est bien je n'en sais rien. Disons que j'apprécie moyennement voir même pas du tout. Mettons cela sur le compte de la fatigue.

« Allez, vous devriez y aller, je ne sais pas combien de temps un hélico sur un immeuble résidentiel peut passer inaperçu. »

Je lance un regard un peu blasé à papa qui me répond par un grand sourire. Oui évidemment un hélicoptère ça semble TELLEMENT évident. Mon père est un grand malade. Il attrape mon sac en le regardant d'un air légèrement surpris (non ce n'est pas un sac Chanel papa, mais un sac de voyage bon marché) mais ne pose aucune question. J'embrasse Rose une dernière fois et lui promets de l'appeler et de rendre ses vêtements à Lemon avec une paire de Louboutin en prime pour la remercier. Mon père serre doucement ma main dans la sienne et je suis... rassurée. Finalement j'ai été et je reste sa petite fille quoi qu'il arrive. Il sera toujours là pour me rassurer et me protéger. C'est bon à savoir. Bientôt nous arrivons à Londres et je me retrouve à la maison. Méphisto nous attend sur le canapé et nous fixe d'un air blasé. Oh mon pauvre petit chaton, il m'a tellement manqué ! Même s'il me fait la gueule, je me précipite vers lui et le serre dans mes bras avec un cri de joie. Après cinq minutes à essayer de m'ignorer, il ronronne et frotte son museau contre ma joue. Il m'a manqué ce rejeton de l'enfer !

Obéissant aux instructions de papa, je file me mettre en pyjama et je vais me coucher. Méphisto est là, blotti contre moi et on aura beau dire, même s'il est méchant, gros et sournois, il n'en reste pas moins le chat le plus adorable de la terre.

« Tu ne veux pas me dire ce qu'il s'est passé ? »

Je baisse les yeux, incapable de soutenir son regard. Aimant, inquiet et le pire dans tout ça, sans le moindre reproche.

« Tu me le diras quand tu seras prête. Et puis tu sais, si c'est une histoire de coeur je peux tout à fait comprendre. Et t'aider à y voir clair. »

Alors là je souris franchement et relève la tête. Sacré papa, toujours aussi doué pour mettre le doigt sur le coeur de l'affaire. Je l'embrasse sur la joue et mêle mes doigts aux siens.

« Quand j'aurais réglé tout ça, je t'en dirais davantage. C'est promis. »

Si j'ai vraiment envie de voir Rowan mourir, alors là oui, promis je te dirais tout papa et surtout ce que tu ne veux pas savoir. Mais tant qu'à faire autant me débrouiller comme une grande fille.
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