What have u been up to? - Chrisose

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MessageSujet: What have u been up to? - Chrisose   Ven 6 Jan - 19:56

Bien entendu, pas trace de Chris à l'horizon, plus qu'un quart d'heure après l'heure à laquelle il était supposé venir. Je n'en attendais pas moins de lui de toute façon et je ne suis même pas prête, encore affublée d'un immense gilet en laine et d'un affreux jean déchiré datant de mes obscures années de lycéennes. Tranquillement, j'enfile une tenue un rien plus seyante et cache mes cernes et ma fatigue sous quelques traits habiles de maquillage, ce qui ne m'empêche pas d'attendre encore, zappant comme une grosse femme au foyer entre les chaînes du câble. Depuis quand j'ai une chaîne d'informations en russe moi? Intriguée par la chaîne étrangère, je la laisse défiler et me surprend à apprécier les intonations de la langue slave et à admirer les décors enneigés. Je n'ai pas la moindre idée de ce dont il est questions, mais on dirait un accident ou un incendie... On frappe -avec une délicatesse rare- à la porte d'entrée et je jette un oeil désabusé à la pendule. Je ne relève même pas, 45 minutes de retard, c'est standard chez Christopher et je ne suis de toute façon pas d'humeur à le sermonner inutilement. Il minaude, sachant qu'en temps normal je n'aurais pas laissé passer cette impolitesse criante « Salut Rose ! Mon adorable petite Rosy ! Comment tu vas ? Je suis ravi de te voir ! Tiens, regarde ! » Je saisis la boîte qu'il me tend, alors qu'il ajoute « Je t'ai apporté un petit cadeau, trois fois rien, mais bon ! » Je l'invite à entrer, sourit et commence à piocher allégrement dans les confiseries. C'est qu'il sait comment m'amadouer le brave garçon. « T'as de la chance, je suis pas d'humeur à te faire la morale. Pose les pizzas sur la table, je m'en vais ranger ça. » Je me sers encore un peu puis pose les chocolats dans un placard de la cuisine, à portée de main. Je reviens m'affaler dans le canapé et ouvre les cartons de pizza et en entame une goulument « J'ai cru que tu viendrais plus, j'étais en train de crever de faim. » Je note son regard tourné vers la télévision qui baragouine en russe et ajoute « Ouais bon, on tue l'ennui comme on peut ! Tu veux mettre un film? » Je pointe d'un signe de tête ma large collection de DVD, on a de quoi faire.

Il se moque allègrement de moi dans sa petite tête de moineau ce bel imbécile. J'esquisse une fausse grimace et le laisse s'emballer. Oui je regarde la télé dans des langues slaves incompréhensibles quand je m'ennuie, si mes amis étaient à l'heure, ça n'arriverait pas, je ne perdrais pas autant mon temps. Ou peut-être que si en fait. « Étant donné que cette langue ne m'est pas familière du tout, je préfèrerai oui ! Qu'est-ce que tu as de beau à me proposer p'tite tête ? » Il ébouriffe mes cheveux d'un geste familier et je grommelle comme un petit animal agacé et lui jette un regard en coin. Je l'observe engloutir de la pizza comme un ogre après un régime. Grands dieux comment autant de nourriture peut entrer dans sa bouche d'un seul coup? « Oui et bien quoi ? Tu n'es pas la seule personne à être affamée ici, qu'est-ce que tu crois? » Je ris légèrement, plutôt que de jouer ma bourgeoise de bonne famille, comme c'est parfois le jeu entre nous. Je me lève et farfouille distraitement dans mes divers DVD, l'esprit un peu ailleurs. Chris m'a honnêtement manqué, Noël chez Kin, le réveillon, le voyage à New-York avec Lemon, Caro, Chandler et Jason. Jason... Et ma mère qui m'a appelée il y a quelques jours... Bref, j'avais bien besoin de la voir. Je me tourne vers mon ami et demande alors « Tu veux regarder quoi, une daube romantique, un truc à la testostérone, une série? Pas un truc sérieux qu'il faut suivre, on est là pour discuter un peu quand même. »

Sans surprise, Chris ne se montre d'aucune utilité quelle qu'elle soit. Il nous ramène même en arrière je diras. « Peu importe. A ton bon vouloir. De toute manière tu sais déjà comment ça va finir. Mes réflexions constantes vont te taper sur le système, tu vas hurler, me frapper avec un coussin, ou... autre chose, mais quelque chose de mou s'il te plaît ! Tu vas virer au rouge pivoine et finalement éteindre la télévision. Alors choisis ! T'es chez toi après tout ! » Le pire c'est qu'il a raison. Autant je peux mettre mon esprit critique en veille et regarder une bonne daube bien gentiment, en décimant une ou deux remarques pleines d'esprit ça et là. Mais Chris est vraiment imbuvable et se sent obligé de faire un commentaire du film en large et en travers. Et il a le don de m'énerver assez rapidement. Alors autant tabler sur quelque chose que j'ai déjà vu et que je n'aurais aucun mal à éteindre. Et quelque chose qui puisse l'agacer, tant qu'à faire. « Bon ben tu l'auras voulu l'ami ! » dis-je en glissant le DVD de la première saison de Gossip Girl dans le lecteur. Je ris d'avance de sa tête face aux mono-expressions de certains personnages. Et encore, j'aurais pu choisir pire, genre la fille aux sourcils dans Harry Potter. J'émets un raclement de gorge préventif, histoire qu'il ne ramène pas sa fraise tout de suite. Peine perdue. « Arrête de faire ça, je sais que tu m'aimes et, que je t'ai affreusement manqué! Tu ne peux pas le nier. Je suis indispensable. Oh yeah, Baby ! » Je souris et me laisse tomber dans le canapé, baisse un peu le son et lance les aventures de Serena et sa bande. « Vrai mon chou, mais si tu dis oh yeah baby encore une fois, j'te fous dehors. » Quelques minutes passent, dans un étrange silence. J'en profite pour reprendre une part de pizza et les premières remarques viennent. Je soupire et rétorque « On le sait que t'es un super acteur, t'es pas obligé de jouer les Francis Ford Coppola à chaque fois qu'on allume la télé hein. A propos, t'en es où avec ta on/off girlfriend? Public ne me donne que des informations plus que douteuses. »

Bien entendu, ce cher Chris élude le sujet avec le tact que nous lui connaissons -à savoir aucun ou alors le même que le mien - « Plus que douteuses ? Qu'est-ce que tu entends par là ? » Je fronce les sourcils et lui lance un regard pénétrant, stipulant clairement qu'il ne m'aurait pas avec ses esquives de starlette dans un talk show. Non. Il avait assez tourné autour du pot avec cette histoire. Les choses étaient compliquées avec Emily, elle avait eu un accident mais le fin mot de l'histoire n'avait jamais été prononcé. Et je détestais voir mon ami dans cet état sans véritablement comprendre pourquoi. Et le connaissant, il voulait garder ça pour lui mais ça lui faisait plus de mal que de bien. Tête de mule. « Mac-Adam, me force pas à te faire faire un remake de Confessions Intimes et parle moi. S'il te plaît. » J'étais peut-être un peu abrupte et peu délicate mais il restait un de mes meilleurs amis et je suis de ceux qui peuvent littéralement tout entendre.

« Et qu'est-ce que tu veux que je te dise de plus ? » Quelque part, je me doutais que je n'aurais pas dû insister. Pour qu'il soit aussi mal à l'aise, aussi prompt à s'emporter, ce devait être quelque chose de grave. D'important pour lui qui est tout aussi handicapé sentimentalement que moi. Mais moi, j'ai Lemon, je ne suis pas happée par le star système un peu plus chaque jour. Et je n'ai plus besoin de mentir. Je n'ai pas fait du mensonge mon gagne pain. Parfois, je m'inquiète véritablement pour Chris, j'ai peur de le voir se perdre complètement et ne plus être... Et bien un petit connard avec un grand coeur mais juste un petit connard. Et son agacement me rassure un peu. Il est encore terriblement lui-même. Mais il est blessé. Et un animal blessé mord. « Emily est une amie. Tout du moins une collègue et, elle a traversé une période difficile, je me suis efforcé d'être présent pour elle. Mais elle a refusé mon aide. Ça s'arrête là ! Ne vas pas t'imaginer des choses. Et puis, à quoi bon en parler de toute façon? Qu'est-ce que c'est que tout ça ? Un interrogatoire ?! » J'inspire, garde un visage impassible et mon sang-froid légendaire. « Parce que si c'est le cas, je ne t'ai absolument rien demandé moi ! » Je serre les dents, avala ma pizza rapidement, inspire, expire. Parle, précautionneusement cette fois « Je sais mais je te le demande quand même parce que tu es mon ami et que je me fais du soucis pour toi. Et je vois bien que ça ne s'arrête pas là, sinon tu ne serais pas dans un tel état. Mais soit, n'en parle pas, fais ce que tu veux mais ça ne t'aidera pas. Et je suis là, toujours, sans conditions, même quand tu me cries dessus sans raison apparente. Même si je suis chiante et que je te coûte cher en bouffe. C'est tout. » Voilà. Il faut croire que je m'améliore dans le rôle de la bonne amie.

« T'as raison. Je suis qu'un petit con » Approuver serait mal venu, aussi je me contente d'un sourire en coin caractéristique. Je me tais, le laisse enfin vider son sac. « Excuse-moi. Je devrais pas passer mes nerfs sur toi comme ça. Je voulais pas. C'est juste que... J'en peux plus de toute cette histoire. Ça devient... trop » Ses yeux deviennent brumeux et sa voix se brise, il est clairement en proie à plus d'émotions qu'il n'aimerait. Les émotions, c'est pas notre truc. Bon Dieu, la vie doit-elle vraiment être aussi compliquée? Je m'apprête à tendre une main vers lui mais son cri et son violent coup sur ma table basse me prenne de court « Elle... elle ne m'aime pas. BORDEL ! » Je sursaute et il continue, partager entre peine et colère. « A quel point tout ça est ridicule ?! Dis-le moi. Parce que franchement, je ne sais plus ce que je fais, ni même où j'en suis moi. J'en peux plus de tout ça ! D'ailleurs j'avais rien demandé. J'ai même pas cherché à être dans cet état. Ça m'est juste tombé dessus et... ça m'oppresse. Ça me pèse. C'est que ce serait douloureux ces conneries-là » Je ne sais pas quoi dire. Enfin, je ne trouve pas les mots réconfortants qui seraient nécessaires en ces circonstances. Ce n'est pas exactement mon domaine d'expertise. Je me contente donc d'approcher doucement et de le serrer dans mes bras quelques instants. Je me détache, prend doucement sa main et le force à me regarder. « Ecoute moi bien. Ne baisse pas la tête parce que tu es perdu et amoureux. C'est nul, mais ça arrive. Et si effectivement, elle ne t'aime pas, si tu en es sûr et que tu as tout tenté et bien... » C'est là que mon discours s'effrite et que je redeviens l'handicapée des sentiments bourrue et mal élevée « lâche l'affaire. Elle sait pas ce qu'elle perd et bordel Mac-Adam, tu peux pas rester comme ça. Faut que tu te ressaisisse dude. T'as évacué, tu as admis ce que tu ressentais, maintenant il faut accepter les faits. Alors reste pas à chialer sur mon canapé prends une bière et avance. Le monde ne s'arrête pas de tourner pour une fille. Et certes je comprends rien aux relations et aux sentiments, mais je sais que se battre pour une cause perdue fait plus de mal que de bien. » Discours confus, pathétique et mal amené s'il en est. Il est sûrement ravi d'être venu.

« Crois-moi Rose, j’apprécie ta sympathie et le fait que tu essaies de me remonter le moral, mais… je crois aussi que tu ne comprends pas. En ce qui concerne Emily et moi, il y a beaucoup de choses que tu ne sais pas, que vous ne savez pas. Que personne ne sait je crois. C’est… Je ne peux simplement pas tourner la page. Pour la toute première fois, j’ai de réels, de sincères sentiments pour une femme, mais notre existence ensemble, notre couple, que dis-je nous n’avons jamais été un couple, notre relation n’a jamais été qu’une mascarade; je me suis comporté comme un gougea et, au fond, je crois que c’est ça qui ne va pas. Emily n’a pas confiance en moi. J’aurai tellement aimé te parler de tout ça avant, te dire pourquoi je m’étais stabilisé avec une fille, tout en la trompant à chaque fois, parce que je sais pertinemment que ça te révoltait tout ça ! Que tu devais presque me maudire parfois. Mais je ne pouvais pas. Nous devions en parler à personne, tu vois ? Question de principe. De carrière. Ce genre d'histoire à deux balles. N'empêche qu'au jour d'aujourd'hui je suis bien dans la merde et que c'est pas mon agent qui va pouvoir régler ça » Je le regarde, un peu confuse. Pourtant, ça explique bien des choses. Ca explique tout. C'est logique. Peu flatteur, mais logique. Le show business n'a jamais été le lieu de villégiature des âmes pures et des coeurs nobles après tout. Fric, scandale et faux sexe. Logique. « Mais peu importe. Je suis surtout venu parce que je me faisais du soucis pour toi. T'avais l'air bizarre au téléphone, qu'est-ce qui se passe ? » Peu importe? Je ne crois pas non. « Je ne suis pas révoltée, je ne te maudis pas. C'est les aléas du métier je présume. Et ça t'a gagné. Je ne comprends effectivement pas tout. Mais si tu as besoin de quoique ce soit, n'importe quoi, dis-le moi. » Je ne savais pas quoi dire mais je pouvais peut-être faire quelque chose. N'importe quoi vraiment. Mais j'ai éludé la question et il ne laissera pas passer ça. Un regard en coin et j'inspire avant de poursuivre. « Et hum, moi et bien... Tu sais, Calixte est parti, ça fait un moment mais là, maintenant, j'aimerai bien qu'il soit là. Tout le monde part du principe que je suis solide et indépendante et donc depuis quelques temps, j'ai l'impression qu'on me confie trop de choses alors que je suis incapable de gérer les sentiments. Preuve en est aujourd'hui. Alors j'aimerai qu'il soit là. Il me manque... » Mon frère avait toujours été cet étonnant soutien moral, physique parfois.Il me comprenait parfaitement. J'ai Lemon bien entendu. Kin, même si l'éloignement n'est jamais simple. Mais mon frère... Il m'est plus important que je ne l'aurais crû.

« Je comprends ce que tu veux dire. Vraiment. Mais tu sais tu n'as pas a avoir honte de quoi que ce soit, surtout pas de montrer tes sentiments. Calixte et toi êtes très proches je crois, c'est ton frère et c'est tout à fait normal qu'il te manque et que tu ressentes le besoin de l'avoir auprès de toi. Quant à tous ce qui repose sur tes épaules, désolé ce soir, je ne fais rien pour arranger tout ça. Mais si ça peut te consoler, saches qu'au final, je pense que ça m'a soulagé de pouvoir te dire tout ça. Alors merci Rose. Sincèrement, je sais pas ce que j'aurai fait si on en avait pas parlé ce soir. » Il me sert la main avec gentillesse et je souris sur le même mode. Je suis soulagée de voir que ma nouvellement acquise capacité à écouter les problèmes d'autrui n'est pas vaine. Et que mon INcapacité à conseiller ne nuit pas à mes talents de bonne amie « Quant à Calixte, tu n’as pas essayé de l’appeler ? Ou songer à lui rendre visite ? Non, parce que si c’est le cas je peux t’obtenir un jet privé sur le champ. Et tous frais payés, s’il vous plaît. Suffit de demander ! » Je ris légèrement et l'enlace rapidement, coupant court à tout cet épanchement sentimental, assez éloigné de notre zone de confort. « J'adorerais que tu me prêtes ton jet, mais ce serait plutôt pour me payer des vacances aux Bahamas. Mais avant, je vais chercher de la glace et des chocolats. » Je me lève et lui tapote la tête avec un sourire en coin « Et tu peux changer de dvd si tu veux. » Je lui glisse un clin d'oeil avant de filer vers la cuisine, à la fois soulagée que cette conversation soit passée, mais souhaitant aussi qu'elle n'ai jamais eu lieu. Et peut-être était-il temps, en effet, de téléphoner à Calixte...


Dernière édition par Rose M. Foster le Dim 5 Fév - 1:36, édité 7 fois
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MessageSujet: Re: What have u been up to? - Chrisose   Sam 7 Jan - 1:40

Sans dire un mot, Rose se saisit de la boîte de confiseries et commença à piocher goulument dedans, avant de disparaître dans la cuisine. Moi qui pensais me prendre un savon monumental, j'étais ravi de constater que j'avais eu tort. De toute évidence, la demoiselle ne semblait pas d'humeur à me sermonner pour une fois et je n'allais certainement pas demander mon reste. Aussi et tout en posant notre dîner sur la table, je décidais de m'installer confortablement dans le canapé et commençais à regarder la télé. Télé qui avait un programme bien étrange, je devais bien l'avouer. La langue ? Je n'en comprenais pas un traître mot, alors ce dont il s'agissait ? Vous imaginez bien que je n'en avais pas la moindre idée non plus. Ce programme ressemblait de près ou de loin à des informations, mais cette langue « erk », elle n'avait rien de très mélodieux. Du Russe je crois, ou quelque chose du genre. Quoi qu'il en soit, je me demandais bien pourquoi Rose s'était mise à regarder ça ? Était-elle malade ? Ou bien désireuse d'élargir son champ de connaissance ? Ou bien stupide de s'abrutir devant un programme télévisé dont elle ne comprenait pas le moindre mot ? J'allais devoir soulever cette question quand elle réapparaîtrait et,justement la voilà qui revenait. « Ouais bon, on tue l'ennui comme on peut ! Tu veux mettre un film? » se justifia-t-elle en se servant une part de pizza. Avais-je été si expressif qu'elle en avait presque lu dans mes pensées? « Étant donné que cette langue ne m'est pas familière du tout, je préfèrerai oui ! Qu'est-ce que tu as de beau à me proposer p'tite tête ? » demandais-je en lui ébouriffant joyeusement les cheveux, avant de mordre à mon tour, dans une part de pizza. Elle me regarda d'ailleurs l’engloutir avec un certain effroi. « Oui et bien quoi ? Tu n'es pas la seule personne à être affamée ici, qu'est-ce que tu crois? ».

Elle rit quelques peu à ma remarque, visiblement amusée par mon comportement. De mon côté ? Je ne prenais plus pour argent comptant les convenances ! A quoi bon ? Rose était une amie de longue date, je la connaissais depuis des années maintenant et puis, elle avait toujours - plus ou moins - bien géré et encaissé chacune de mes excentricités. Aussi savais-je pertinemment qu'elle ne se formaliserait pas du fait que je puisse dévorer ce met, tel un gros balourd affamé, tout comme elle ne tiendrait pas compte de la sauce tomate qui dégoulinait présentement au coin de mes lèvres. Profitant d'un moment d'inattention de sa part, je prenais quand bien même la peine de m'essuyer. Il y avait des limites à ne pas dépasser. Je n'étais tout de même pas un porc ! Il ne fallait pas exagérer. « Tu veux regarder quoi, une daube romantique, un truc à la testostérone, une série? Pas un truc sérieux qu'il faut suivre, on est là pour discuter un peu quand même. » souffla-t-elle tandis qu'elle entreprenait une expédition périlleuse dans son placard - de toute évidence, très mal rangé -, duquel elle sortit quelques DVD. J'avais toujours été nul en choix de film. Non, pardon je m'expliquais mal. J'aimais les films, j'aimais le cinéma et les séries télévisées, le problème c'est que j'avais un avis bien trop critique sur les performances des acteurs ou les scénarios des films que je regardais. En plus, j'avais pris la mauvaise habitude d'exposer des idées arrêtées à propos de ces sujets; ce qui avait tendance à agacer les personnes avec qui je passais de pareilles soirées. Voilà pourquoi je n'étais pas véritablement pour ce principe du « plateau-télé ». Mais bon, j'avais cru comprendre que ma petite Rosie avait besoin de parler, alors je ferai abstraction de mes préjugés. « Peu importe. A ton bon vouloir. De toute manière tu sais déjà comment ça va finir. Mes réflexions constantes vont te taper sur le système, tu vas hurler, me frapper avec un coussin, ou... autre chose, mais quelque chose de mou s'il te plaît ! Tu vas virer au rouge pivoine et finalement éteindre la télévision. Alors choisis ! T'es chez toi après tout ! » lançais dans un sourire qui se voulait faussement exaspérant. Sa réaction ne se fit pas attendre puisque Rose se racla la gorge bruyamment ! Quelle impolitesse ! « Arrête de faire ça, je sais que tu m'aimes et, que je t'ai affreusement manqué! Tu ne peux pas le nier. Je suis indispensable. Oh yeah, Baby ! ». Du gros n'importe quoi ? Ne relevons même pas.

Tout en menaçant vainement de me mettre à la porte, Rose lança la série télévisée sur laquelle elle avait arrêté son choix. Dans un soupir prolongé, je lui faisais pourtant comprendre que ce choix me déplaisait, me résolvant finalement et après quelques minutes à regarder la dite horreur télévisée. Les premières minutes, même, je fournis un effort considérable en me retenant de dire quoi que ce soit. Les remarques, fusant cependant dans mon esprit torturé. Je dis torturé, parce que regarder ce truc, ça s'assimilait véritablement à de la torture morale pour moi. Enfin, hormis quelques soupirs de-ci de là, j'arrivais encore à être agréable. Jusqu'à ce que n'apparaisse cette Serena -ou je ne sais quoi - et qu'elle ne commence à nous faire son blabla. Honnêtement ? Ça a été plus fort que moi. Les critiques ont fusé, les rires aussi et automatiquement, Rose a commencé à s'énerver. Raison pour laquelle, elle s'empressa d'ailleurs de changer de sujet, ne manquant pas de me remettre - gentiment - en place dans la foulée. « On le sait que t'es un super acteur, t'es pas obligé de jouer les Francis Ford Coppola à chaque fois qu'on allume la télé hein. A propos, t'en es où avec ta on/off girlfriend? Public ne me donne que des informations plus que douteuses. » Outch. Le sujet qui fâche. Je me sentais sérieusement pâlir là. Au risque d'être vulgaire, j'en tombais presque sur le cul je crois. Non pas que Rose s'apparente d'ordinaire à la délicatesse même, mais elle aurait tout de même pu faire preuve d'un semblant de tact. Enfin... d'un autre côté, elle n'avait pas véritablement eu vent de toute l'histoire. J'avais été anormalement discret sur ce coup-là. « Plus que douteuses ? Qu'est-ce que tu entends par là ? » lâchais-je d'un rire nerveux. Mal à l'aise ? Moi ?! Pas d'un poil !

« Mac-Adam, me force pas à te faire faire un remake de Confessions Intimes et parle moi. S'il te plaît. ». Tête de mule ! Ne pouvait-elle pas se contenter de me lancer un sourire faussement gêné et, passer à autre chose ? J'avais été suffisamment explicite en éludant la question pourtant ! JE NE VOULAIS PAS EN PARLER ! Ni même y penser ! Emily Crystal Young n'avait aucune espèce d'importance pour moi et elle pouvait bien décider subitement de s'enfuir au bout du monde que je n'essaierai même pas de l'en dissuader ! Pauvre con ! Pestais-je intérieurement, tandis que Rose s'impatientait, l'air inquiet cependant. « Et qu'est-ce que tu veux que je te dise de plus ? » me résolvais-je finalement à articuler, les dents serrées « Emily est une amie. Tout du moins une collègue et, elle a traversé une période difficile, je me suis efforcé d'être présent pour elle. Mais elle a refusé mon aide. Ça s'arrête là ! Ne vas pas t'imaginer des choses. Et puis, à quoi bon en parler de toute façon? Qu'est-ce que c'est que tout ça ? Un interrogatoire ?!». Si je perdais mes moyens ? Ça m'arrivait rarement en présence de Rose, mais cette fois... « Parce que si c'est le cas, je ne t'ai absolument rien demandé moi !»

« Je sais mais je te le demande quand même parce que tu es mon ami et que je me fais du soucis pour toi. Et je vois bien que ça ne s'arrête pas là, sinon tu ne serais pas dans un tel état. Mais soit, n'en parle pas, fais ce que tu veux mais ça ne t'aidera pas. Et je suis là, toujours, sans conditions, même quand tu me cries dessus sans raison apparente. Même si je suis chiante et que je te coûte cher en bouffe. C'est tout. » Protester ou rétorquer quoi que ce soit, serait inutile. La petite blondinette, marquait un point ! Blondinette ? Depuis quand avait-elle changé de couleur de cheveux ?! Bref. Elle avait juste cherché à m'aider au fond, à savoir ce qui me tracassait, elle s'inquiétait pour moi. Et ça me touchait. Mine de rien, ça ne se voyait peut-être pas comme ça, mais j'aurais fait la même chose pour elle, faut pas croire ! « T'as raison. Je suis qu'un petit con » soupirais-je en mordant - sans appétit désormais - dans une nouvelle part de pizza. « Excuse-moi. Je devrais pas passer mes nerfs sur toi comme ça. Je voulais pas. C'est juste que... J'en peux plus de toute cette histoire. Ça devient... trop ». Mon nez commença à me picoter, mes yeux à me brûler. Bon sang ! Je n'allais tout de même pas me mettre à chialer ?! « Elle... elle ne m'aime pas. BORDEL ! » hurlais-je en tapant violemment du poing sur la table, faisant sursauter mon amie dans le même temps « A quel point tout ça est ridicule ?! Dis-le moi. Parce que franchement, je ne sais plus ce que je fais, ni même où j'en suis moi. J'en peux plus de tout ça ! D'ailleurs j'avais rien demandé. J'ai même pas cherché à être dans cet état. Ça m'est juste tombé dessus et... ça m'oppresse. Ça me pèse. C'est que ce serait douloureux ces conneries-là ». Le calme après la tempête ? Ou une tentative de plaisanterie désespérée histoire de dédramatiser un peu les choses ? Qu'elle interprète ça comme elle le voudra, j'étais complètement paumé moi. Tel un animal faible et craintif, je courbais le dos et fuyais son regard. Un peu comme si j'avais peur d'être confronté à ses réactions, au regard qu'elle porterait désormais sur moi. Honte ! J'avais honte de moi ! Un jour Friedrich Hebbel a dit, sans doute même écrit : "L'amour est le vaccin de l'amour-propre". S'il pouvait imaginer à quel point sa prose me parlait et me collait à la peau dans des moments comme celui-là. S'il pouvait voir mon état, je crois qu'il se rirait bien de moi.

Jusqu’alors silencieuse, peut-être même alarmée par ma réaction brutale, Rose se décida finalement à me serrer dans ses bras. Peu coutumier d’une telle proximité, d’une telle démonstration d’affection de sa part - il fallait bien dire que la tendresse, chez nous, c’était pas encore ça - je me laissais d’abord gagner par un léger soubresaut, avant de finalement accepter cette étreinte soudaine et le soutien qu’elle m’apportait. Handicapés des sentiments et extrêmement maladroits, nous manquions - l’un comme l’autre - d’un certain tact. Rose et moi nous ressemblions tellement sur certains points que c’en était presque inquiétant. Tout ce que je voulais dire c’est que, maladroite ou pas, Rose avait toujours été là pour moi et, au fond, j’avais toujours su que je pouvais lui faire confiance. La preuve étant, elle était au courant des moindres détails de ma vie, de tout. Ou presque. La seule chose dont elle ne savait pas tout c'était Emily et moi. Elle n’aurait pas compris. La pub, toujours la pub. Ça l’aurait dégoûté n’est-ce pas ?! « Écoute moi bien. Ne baisse pas la tête parce que tu es perdu et amoureux. C'est nul, mais ça arrive. Et si effectivement, elle ne t'aime pas, si tu en es sûr et que tu as tout tenté et bien... lâche l'affaire. Elle sait pas ce qu'elle perd et bordel Mac-Adam, tu peux pas rester comme ça. Faut que tu te ressaisisse dude. » Move on; hein ? J’avais vu juste, elle ne comprenait pas. Je ne pouvais pas simplement l’oublier et, tourner la page. Pas maintenant. Pas comme ça. Pas sans un mot de sa part. Je voulais qu’elle me dise les choses clairement, qu’elle me hurle dessus, n’importe quoi. Mais la fuite ? La lâcheté ? Ça, je ne cautionnai pas. C’était trop petit. Bas. Même pour un enfoiré de première tel que moi. « Crois-moi Rose, j’apprécie ta sympathie et le fait que tu essaies de me remonter le moral, mais… je crois aussi que tu ne comprends pas. En ce qui concerne Emily et moi, il y a beaucoup de choses que tu ne sais pas, que vous ne savez pas. Que personne ne sait je crois. C’est… Je ne peux simplement pas tourner la page. Pour la toute première fois, j’ai de réels, de sincères sentiments pour une femme, mais notre existence ensemble, notre couple, que dis-je nous n’avons jamais été un couple, notre relation n’a jamais été qu’une mascarade; je me suis comporté comme un gougea et, au fond, je crois que c’est ça qui ne va pas. Emily n’a pas confiance en moi. J’aurai tellement aimé te parler de tout ça avant, te dire pourquoi je m’étais stabilisé avec une fille, tout en la trompant à chaque fois, parce que je sais pertinemment que ça te révoltait tout ça ! Que tu devais presque me maudire parfois. Mais je ne pouvais pas. Nous devions en parler à personne, tu vois ? Question de principe. De carrière. Ce genre d'histoire à deux balles. N'empêche qu'au jour d'aujourd'hui je suis bien dans la merde et que c'est pas mon agent qui va pouvoir régler ça » Je reprenais mon souffle « Mais peu importe. Je suis surtout venu parce que je me faisais du soucis pour toi. T'avais l'air bizarre au téléphone, qu'est-ce qui se passe ? »

« Je ne suis pas révoltée, je ne te maudis pas. C'est les aléas du métier je présume. Et ça t'a gagné. Je ne comprends effectivement pas tout. Mais si tu as besoin de quoique ce soit, n'importe quoi, dis-le moi. » J’appréciais véritablement son geste. Sa sympathie et le simple fait qu’elle soit présente pour moi, qu’elle m’écoute me plaindre et perdre mes moyens comme ça. Ce qui était d’autant plus appréciable, encore une fois, était qu’elle ne me jugeait pas. Et Dieu sait qu’elle aurait toutes les raisons de le faire pourtant, je lui avais menti. A elle, comme aux autres. Et elle ne s’en formalisait même pas. J’étais juste, admiratif d’une telle ouverture d’esprit, d’une telle sagesse, d’une telle gentillesse, je crois. « Et hum, moi et bien... Tu sais, Calixte est parti, ça fait un moment mais là, maintenant, j'aimerai bien qu'il soit là. Tout le monde part du principe que je suis solide et indépendante et donc depuis quelques temps, j'ai l'impression qu'on me confie trop de choses alors que je suis incapable de gérer les sentiments. Preuve en est aujourd'hui. Alors j'aimerai qu'il soit là. Il me manque... ». Enfin. Elle crachait le morceau. Parce que je voulais plus que tout qu'elle me confie ce qui n'allait pas, je n'avais pas répondu à ces premières paroles, rien rétorqué à sa réaction. Je ne voulais pas agrémenter notre précédente conversation. Pour qu'elle ait le loisir de me faire oublier qu'elle aussi était mal dans sa peau ? Pas question. Elle avait écouté, essayé de comprendre. C'était à mon tour, désormais. « Je comprends ce que tu veux dire. Vraiment. Mais tu sais tu n'as pas a avoir honte de quoi que ce soit, surtout pas de montrer tes sentiments. Calixte et toi êtes très proches je crois, c'est ton frère et c'est tout à fait normal qu'il te manque et que tu ressentes le besoin de l'avoir auprès de toi. Quant à tout ce qui repose sur tes épaules, désolé ce soir, je ne fais rien pour arranger tout ça. Mais si ça peut te consoler, saches qu'au final, je pense que ça m'a soulagé de pouvoir te dire tout ça. Alors merci Rose. Sincèrement, je sais pas ce que j'aurai fait si on en avait pas parlé ce soir». En guise de remerciement, je lui serrais tendrement la main. Décidément, nous ne nous étions jamais autant démontré notre affection mutuelle, avant ce soir. «  Quant à Calixte » poursuivis-je, compréhensif «  tu n’as pas essayé de l’appeler ? Ou songer à lui rendre visite ? Non, parce que si c’est le cas je peux t’obtenir un jet privé sur le champ. Et tous frais payés, s’il vous plaît. Suffit de demander ! ». Terminer mon monologue sur une notre humoristique ne pouvait qu’être bénéfique pour Rose, qui a coup sûr retrouverait le sourire. Le pire dans tout ça ? C’est que je pouvais véritablement lui avoir le jet en question. Un mot de sa part et il se posait sur le toit de son immeuble dans l’heure qui aurait suivi. De toute façon, j’aurai fait n’importe quoi pour cette tête de mule. Je suppose que c’est à ça que servait les amis, non ?

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What have u been up to? - Chrisose
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