Surprise... Ϟ .CALLIOPE

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MessageSujet: Surprise... Ϟ .CALLIOPE   Dim 30 Oct - 10:27

Il est un peu moins de dix-sept heures quand je sors du boulot. Le temps commence à devenir frais, et la routine, qui avait été cassée par les grandes vacances, se réinstalle doucement. Passé le drame parisien d’Andrea et la complexité du retour, nous nous remettons tous dans un rythme à peu près normal de vie. Mon temps se partage entre le boulot, Laureline, et mes parents, chez lesquels d’ailleurs je vais dîner ce soir, pour la quinzième fois ce mois-ci. Visiblement, ils vivent mal la séparation, pourtant effective depuis un bout de temps. Je n’ai pas envie de repasser chez moi malgré l’heure qu’il est, je prends donc ma voiture pour me rendre rapidement à la Villa que j’ai l’impression de ne jamais avoir quittée. Mes souvenirs ici sont indénombrables, les bons comme les mauvais, finalement. Comme rattachés à une ancienne version de moi, celle qui il y a quelques mois encore se laissait vivre et aller lentement au désespoir du contexte.

Je me gare non loin et descend de la voiture en claquant la porte, laissant l’intégralité de mes affaires à l’intérieur. Ma mère a encore sans doute mis les petits plats dans les grands pour préparer un dîner gigantesque dont les restes traineront dans mon frigidaire pour les quinze jours à venir. Je ris un peu et sors les clés, dont j’ai conservé un double. Je passe la porte, dépose mon manteau sur le porte manteau, et distingue du bruit dans la cuisine un peu plus loin. Ca ne doit pas être ma mère, qui travaille tard. « Papa ? » Je dépose mes clés sur le meuble, et des plats s’entrechoquent. Mon père cuisine ? Impossible. Pitié, non. Je soupire un peu et avance dans le couloir. « Papa, éloigne toi des plats et de la cuisine, par pitié, tu n’as pas à… » Mais ma phrase s’éteint avant d’être terminée, et je me fige sur le pas de la porte. C’est impossible, je dois rêver. Impossible. Impossible. Je recule de quelques pas comme pour prendre de la perspective. « Qu’est-ce que… » Calliope me fait face, ustensils de cuisine à la main, comme si elle était restée là toujours, comme si… Je cligne des yeux, à quel point suis-je fatiguée ? « Bonsoir Léandre. » Il faut croire que ça n’est pas un rêve. Bonsoir Léandre ? Bonsoir ? Ma sœur en face de moi dans la maison qu’elle a quitté et… bonsoir ? Je suis incapable de réagir, de prononcer le moindre mot, incapable de faire un geste ou d’émettre un son. « C'pas papa qui cuisine ce soir, c'est moi... En espérant que tu ne t'étouffes pas de suite, vu la gueule que tu fais maintenant. » J’hausse un sourcil. « Tu n’as pas perdu ton sens de l’humour à ce que je vois. » Je plisse le front, inutile de faire une remarque autrement plus appropriée. « Qu’est-ce que tu fais là, Calliope ? » Elle semble hésitante, ce parait être la moindre des choses, finalement. « C'est ma maison, autant que la tienne. Je … Si tu veux que je reparte, demande le moi et je le ferais. » Je laisse échapper un rire fortement ironique, bien entendu, c’est moi le méchant de l’histoire ? « Change de ton. Je ne t‘ai jamais demandé de partir, et au cas où la chose t‘intéresserait, j‘ai même essayé à plusieurs reprises de te faire revenir. » Je suis son grand frère quand même, et même si l’amour que je lui porte est inconditionnel, son départ orchestré et organisé sans prévenir personne et son retour fondu sur le même moule m’arrache le cœur plus qu’autre chose. « Tu es à Oxford depuis longtemps ? » Elle me tourne le dos, visiblement plus intéressée par le saumon. Je sais pourquoi ceci dit, elle veut sans doute masquer son trouble. « Un mois et demi, un peu moins peut être. J'ai évité pas mal de monde et je ne sors jamais. Sauf pour la fac. » Je sursaute un peu, et mon cœur prend un nouveau coup sans appel. « Retourne toi, Calliope. » Mon ton est nettement moins sec, plutôt résigné. « Un mois et demi ? » Je secoue la tête, incapable de comprendre. « Je suis venu diner ici des dizaines de fois, avec Laureline & Tristan. Ca fait un mois et demi que tu es rentré et tu ne t’es pas dit qu’il fallait prévenir ton frère ? » Je baisse les yeux, ma déception fait barrage à la tristesse qui m’envahit doucement, sinueuse. « C’est-ce qui existe entre nous maintenant ? Une lettre d’adieu et des rencontres au hasard dans la cuisine de nos parents ? » Non, décidément, je ne comprends pas.

« Papa et maman ont cédé encore une fois à mon caprice de ne prévenir personne, pas même toi. Mais je crois qu'ils se sont dit que la .. plaisanterie … avant assez duré. J'aurais préféré que tu apprennes mon retour autrement. » Et comment ? En attendant sa nouvelle lubie, un nouveau départ dont je n’aurais même pas eu connaissance ? En attendant qu’elle se décide à annoncer aux gens qu’elle se cache ? En même temps que tout le monde, en somme ? « Je … J'ai fait n'importe quoi. Ma fuite n'est pas excusable auprès de toi. Je t'ai blessé, comme j'ai meurtri pas mal de monde autour de moi. J'en suis consciente et j’espérais vaguement que mon retour me permettrait de recoller les verres brisés. J'ai pas été très causante depuis Vienne, je le sais aussi. Mais ça n'enlève en rien toute l'affection que j'ai toujours eu pour toi. » Je secoue la tête, incapable d’assimiler l’information. « Je ne doute pas de l’amour que tu me portes Calliope, comme on ne peut pas douter de l’amour que moi je te porte. » Je hausse une épaule, baisse les yeux de nouveau. « Ca ne change rien au fait que je n’ai jamais été aussi blessé et déçu de toute ma vie. » Je serre ma veste dans ma main. « Que tu aies décidé de partir était peut être excusable. Mais presque un an sans nouvelles ? Julia est morte ici, Tristan n’a jamais été aussi mal que le jour où tu es parti, il a fallu des mois pour que ça passe, que les choses se calment. Il a eu des lettres, lui, alors pourquoi pas moi ? » Je soupire un peu. Je ne suis plus Léandre, le grand frère de 25 ans, je suis juste Léandre, l’homme blessé incapable d’excuser ce qui vient de se produire.

La réaction est violente, le plat lui glisse des mains pour s‘écraser au sol, et elle suit, se laissant descendre vers le carrelage. « Je n'ai rien à dire pour ma défense. Désolée. » C‘est un murmure à peine, et j‘ai mal au cœur. Mais j‘ai besoin d‘assimiler l‘information, de penser aux conséquences, de comprendre, d‘appréhender les semaines à venir. « Je suis tellement... désolée ». Je soupire un peu, je ne sais plus ce que je dois faire, ce que je suis censé faire. « Relève toi… » Je m’approche avec un torchon pour nettoyer ce qui vient de tomber. Je me mets à sa hauteur. « J’ai besoin de temps. Tu ne peux pas effacer tout ça juste en t’excusant, je… » Je me mords la lèvre en ramassant les morceaux. « Je vais passer mon tour pour ce soir. Je suis fatigué, et… Je dois voir Laureline. » Je soupire un peu, passe ma main sur sa joue pour chasser une larme. Les miennes pourraient se joindre aux siennes si facilement… « Viens dîner à l’appartement un de ces jours ? » Je soupire un peu. « J’ai mon chez moi, maintenant. » Conversation inutile mais je veux qu’elle cesse de pleurer.

Elle s‘éloigne de moi, et je sens mon cœur se soulever dans ma poitrine. « Je crois que je ferais mieux de ne pas sortir d'ici. Sauf pour la fac. Ce n'est pas que je ne veux pas te voir, loin de là, mais je ne me sens pas de redevenir une personne disons... humaine et sociale. » Je me demande combien de temps tiendra cette volonté de fer qu‘elle semble afficher pour le moment. « Vous avez tous refait votre vie sans moi et elle semble bien meilleure. » Je soupire un peu. « On a fait comme on a pu. Je ne sais pas si elle est meilleure ou pas, mais on a fait comme on a pu. » Je me lève et jette les morceaux à la poubelle. « Je viendrai, alors. Ne compte pas sur moi pour te laisser vivre ton retour ici toute seule. » Je secoue la tête, connais ma sœur mieux que quiconque sur cette planète et ne me risquerais pas à la laisser seule dans la maison, tout ça ne lui ressemblant étrangement pas. Je me lave les mains. « Je t’aime, malgré tout, et tu pourras toujours compter sur moi. » Je soupire un peu, il est temps de partir maintenant, et de digérer l’information tout seul comme un grand. « La solitude ne me fait plus aussi peur qu'avant, Léandre. On apprend à vivre avec. Prends soin de toi », Je hoche la tête, qu‘elle ne s‘inquiète pas pour ça, après près d‘un an, je n‘ai cessé de le faire. «Juste une chose. Pas un mot sur mon retour. J'ai pas besoin de me retrouver en tête d'affiche. Même à Laureline. » Je me tourne vers elle, soupire un peu. C’est terrible, ce qu’elle me demande de faire. Terrible. « Tache de ne pas mettre trop de temps. Elle ne me pardonnera pas le secret. » Je soupire un peu, je n’ai pas le choix, prend ma veste et m’éloigne.


Dernière édition par Léandre T. Von Brezen le Dim 30 Oct - 11:37, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Surprise... Ϟ .CALLIOPE   Dim 30 Oct - 10:54

L'après-midi touche à sa fin. Je n'ai pas fait grand chose de ma journée sauf rester enfermer dans la bibliothèque de l'université pour potasser mes cours que je connais quasiment par cœur. Arrivée à la maison, j'ai trouvé un mot de mon père me demandant de faire le repas, car il rentrera tard et qu'il n'a pas envie de commander à manger. Je crois qu'il commence à apprécier les efforts culinaires que j'ai fournit tout le long de ses derniers mois passé à Vienne. Le goût de la bonne cuisine et du partage m'a pris aussi soudainement qu'on se met à adorer le sport. Je m'affaire aux fourneaux entre les pavés de saumon qu'il faut surveiller impérativement, au risque que ça deviennent immangeables et sa sauce, ainsi que la délicate préparation du foie gras juste poêlé. Absorbée par mon travail, je n'entends pas la porte d'entrée claquer, mais la voix de Léandre elle me parvient distinctement. « Papa ? » Mon sang ne fait qu'un tour. Ça, c'est pas prévu au menu …. Je ne sais pas quoi faire. Impossible de tout laisser en plan et de déguerpir ou d'aller me cacher. « Papa, éloigne toi des plats et de la cuisine, par pitié, tu n’as pas à… » Tôt ou tard, la confrontation devrait avoir lieu. Mais pas aujourd'hui, je vous en supplie pas aujourd'hui. Je sais qu'il est là sur le pas de la porte,je sais qu'il me regarde, interdit.  «Qu’est-ce que… ». Respire Cally, respire. Je me tourne lentement, ustensiles à la main, et tente un sourire peu convaincant. « Bonsoir Léandre. » Mon esprit tourne à tout à l'heure, mais pas dans le bon sens. J'ai envie de lui sauter dans les bras pour pleurer et lui demander pardon, mais ça serait trop simple. C'est avec une voix d'outre tombe que je réponds « C'pas papa qui cuisine ce soir, c'est moi... En espérant que tu ne t'étouffes pas de suite, vu la gueule que tu fais maintenant. » T'es qu'une cloche ma fille. « Tu n’as pas perdu ton sens de l’humour à ce que je vois. » Sa remarque est cassante. Il n'a pas avancé d'un pouce. « Qu’est-ce que tu fais là, Calliope ? » Je me mords les lèvres et crispe mes poings. Je le regarde droit dans les yeux et essaie de répondre le plus calmement possible. «  C'est ma maison, autant que la tienne. Je … Si tu veux que je reparte, demande le moi et je le ferais. » Pourquoi, mais pourquoi est-ce que j'ai dit ça ?! J'ai les larmes qui vont déborder de mes yeux et merde mon saumon va cramer. « Change de ton. Je ne t‘ai jamais demandé de partir, et au cas où la chose t‘intéresserait, j‘ai même essayé à plusieurs reprises de te faire revenir. » Il éclate d'un rire ironique qui me fend le cœur. Je me tourne vers le four pour cacher mes larmes qui ne ont brisé la digue et m'occuper du poisson qui a cuit à point. « Tu es à Oxford depuis longtemps ? » Le saumon paraît soudainement être une énorme source d'intérêt. Je le sors de l’âtre et le couvre avec une cloche pour qu'il garde la chaleur. Je passe sur le foie gras qui grésille dans la poêle, avant de les déposer doucement dans un plat. Tout en m'activant sur le plan de travail, je lui réponds. « Un mois et demi, un peu moins peut être. J'ai évité pas mal de monde et je ne sors jamais. Sauf pour la fac. » Il m'invective avant de montrer sa surprise vis à vis de ma réponse.« Retourne toi, Calliope. Un mois et demi ? » Je m’exécute et ne fais que hocher la tête à la suite de ses mots. « Je suis venu dîner ici des dizaines de fois, avec Laureline & Tristan. Ca fait un mois et demi que tu es rentré et tu ne t’es pas dit qu’il fallait prévenir ton frère ? C’Est-ce qui existe entre nous maintenant ? Une lettre d’adieu et des rencontres au hasard dans la cuisine de nos parents ? » A la mention du prénom de Tristan, je manque de lâcher la plat que j'ai dans les mains, mais je me rattrape. De justesse. « Papa et maman ont cédé encore une fois à mon caprice de ne prévenir personne, pas même toi. Mais je crois qu'ils se sont dit que la .. plaisanterie … avant assez duré. J'aurais préféré que tu apprennes mon retour autrement. » Mais autrement comment ? « Je … J'ai fait n'importe quoi. Ma fuite n'est pas excusable auprès de toi. Je t'ai blessé, comme j'ai meurtri pas mal de monde autour de moi. J'en suis consciente et j’espérais vaguement que mon retour me permettrait de recoller les verres brisés. J'ai pas été très causante depuis Vienne, je le sais aussi. Mais ça n'enlève en rien toute l'affection que j'ai toujours eu pour toi. » Le mot pardon ne se décide pas à franchir mes lèvres. « Je ne doute pas de l’amour que tu me portes Calliope, comme on ne peut pas douter de l’amour que moi je te porte. » Il hausse une épaule, baisse les yeux de nouveau. « Ca ne change rien au fait que je n’ai jamais été aussi blessé et déçu de toute ma vie. » Je vois son poing se serrer sur sa veste. Je ressens sa détresse et je me sens inutile. « Que tu aies décidé de partir était peut être excusable. Mais presque un an sans nouvelles ? Julia est morte ici, Tristan n’a jamais été aussi mal que le jour où tu es parti, il a fallu des mois pour que ça passe, que les choses se calment. Il a du lettre, lui, alors pourquoi pas moi ? » A la mention successive du prénom de Julia et de Tristan, je ne contrôle plus rien. Je me mets à pleurer comme jamais, la poêle tombe sur le sol avec fracas, son contenu s'étale par terre, mais je m'en fous. Je m'en fous parce que je chute avec. Julia parti, plus de Tristan. Rien. Le vide. J'ai tenté de me cacher cette vérité, en allant porter chaque jour des fleurs sur la tombe de ma meilleure amie. J'ai essayé de me persuader que je peux vivre sans lui. Mais Léandre a réussi à toucher la faille, cette corde sensible. Je regarde mes mains qui tremblent et qui se pose sur le carrelage, avant de se serrer. J'ai l'impression d'entendre le diable me parler en moi, qui me dit que je n'ai rien et que je n'aurais jamais plus rien. « Je n'ai rien à dire pour ma défense. Désolée. » Ces mots sont lâchés dans un souffle. « Je suis tellement... désolée ».
UC.
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