unexpected visitor ▬ GRACE

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MessageSujet: unexpected visitor ▬ GRACE    Lun 10 Juil - 23:34

Lucas déteste les cimetières. Il n'y met jamais un pied, pas même pour aller voir la tombe d'Oscar - il ne l'a vue qu'une fois, garnie de fleurs, le jour où ils l'ont enterré, parce qu'il s'est senti obligé. Parce que tous les gens bien pensant de son entourage lui ont conseillé de s'y rendre, pour dire adieu, pour faire le deuil - un ramassis de conneries inefficaces, si vous voulez son avis. Lucas n'avait eu qu'une autre occasion de fréquenter les allées d'un cimetière avant ça, pour enterrer Megan, il y a presque 10 ans, maintenant. Il s'était présenté, aussi, dans un costume noir trop grand parce qu'à l'époque, il n'avait vraiment pas de moyens. C'est la dernière fois qu'il a vu Grace, aussi. Lucas se laisse tomber dans le canapé de son minuscule salon, une bière à la main, sans trop savoir pourquoi il repense à toutes ces choses sordides - ou plutôt si, il sait exactement pourquoi, parce que l'anniversaire funeste de la mort d'Oscar approche à grands pas, qu'il ne sait pas comment gérer cette foutue date. Se noyer dans l'alcool est une solution qui lui semble enviable - et c'est sans doute ce qu'il finira par faire, tout en ruminant sur sa vie actuelle qui lui semble bien triste, quand il y repense. Suspendu, il se retrouve à faire des cascades dans un film avec un ancien ami. De temps en temps, Lucas se demande tout de même si la vie n'a pas décidé de se foutre particulièrement de lui - tout le temps.

Il avale une gorgée de sa bière et allume mollement la télé. Sa tête lui fait mal, et la chaleur étouffante qui enveloppe Londres lui donne l'impression d'être sale et oppressé. Parfois, il aimerait quitter la ville, partir loin d’ici et tout foutre derrière lui. Mais une espèce d’instinct étrange le pousse à rester et à subir – peut être qu’il est un peu maso, au fond.

Il est en train de retirer sa veste quand on frappe à sa porte, ce qui n’arrive quasiment jamais car Lucas est un type assez solitaire qui n’a que très peu d’amis, surtout depuis la mort d’Oscar, les gens préférant traditionnellement fuir les déprimes plutôt que de les affronter. Il se redresse, abandonnant sa veste derrière lui, et pose sa bière sur le comptoir pour aller ouvrir la porte – il ne prend pas la peine de vérifier qui est là avant, de toute façon, il possède une arme planquée sous son matelas si jamais l’idée venait à qui que ce soit de tenter de l’agresser dans son appartement.

Il aurait dû vérifier. Pas parce que la personne qui est là est une menace – pas parce qu’il est en danger, mais parce que s’il avait vérifié, il aurait pu bénéficier de quelques secondes pour se préparer. Là, en même temps que la porte s’ouvre, il a l’impression de se prendre une claque monumentale dans la figure – peut être même qu’il recule de quelques pas. La dernière fois qu’il l’a vue, elle était bien plus petite, bien plus jeune aussi – pour autant, il n’a aucune difficulté à la reconnaître, sans doute en partie parce qu’elle ressemble à sa mère. Il n’a même pas le temps de se demander ce qu’elle fait là, il est sans doute un peu ému, complètement maladroit. Il reste planté là, plusieurs secondes, sans savoir quoi dire ou quel geste amorcer – à une époque, tout était très facile, mais ça lui semble être une éternité derrière eux. « Grace », il finit par lâcher, la gorge un peu nouée, regrettant sa bière sur la table basse du salon – si tant est que l’on puisse appeler cette pièce ainsi. « Entre ? » il propose en écartant la porte. Il ne s’attendait pas à la revoir – ni aujourd’hui ni jamais. Grace a été élevée par Andrea, le cousin de sa mère, et Lucas était persuadé qu’ils avaient tous tiré un trait définitif sur son existence, même s’il n’a jamais pu s’empêcher d’envoyer quelques cartes de temps en temps. « Je… » il commence, ses mains se joignant un peu nerveusement. « Je m’attendais pas à ça », il explique, comme si ça pouvait justifier sa distance ridicule, sa pudeur, aussi.

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MessageSujet: Re: unexpected visitor ▬ GRACE    Mer 12 Juil - 0:11

Elle avait fixé l'immeuble du regard assez longtemps pour comprendre qu'il ne lui offrirait aucune ration supplémentaire de courage, bien au contraire. Et elle n'en avait pas besoin, pas vraiment. Cette visite, Grace l'avait planifiée avec soin. Elle avait pesé le pour et le contre attentivement, dès l'instant où l'idée avait germé dans son esprit.

C'était en triant des cartons de souvenirs, entassés dans un placard de sa chambre, que le projet de retrouver Lucas était né. Par hasard, l'une des cartes d'anniversaires qu'il avait envoyé au fil des années lui était tombée entre les mains. Grace l'avait contemplé deux, peut-être trois minutes puis le carton tout entier avait été retourné sur le parquet sans ménagement, photos et places de concerts mélangés, écartés dans une quête frénétique pour retrouver l'une ou l'autre des enveloppes comportant l'écriture de Lucas. Cette manie qu'avait Grace de ne rien jeter ou presque par crainte de voir ses souvenirs disparaître avec le temps s'était révélée fort utile, pour une fois.

Et elle avait atterri là, après quelques vérifications sommaires et un voyage suffocant en métro. Ça semblait simple mais ça n'avait rien d'une décision facile. Elle était là sans avoir dit quoi que ce soit à qui que ce soit, sauf à Lizzie, dans les grandes lignes seulement. Presque dix années s'étaient écoulées et la plupart des gens aurait certainement sauté sur l'occasion de revoir une si vieille connaissance après tant de temps. Toutefois Grace savait qu'il y avait probablement de bonnes raisons derrière cet éloignement. Andrea avait certainement désiré la protéger de tout souvenir trop douloureux, de toute personne susceptible de lui rappeler sa mère. Peut-être même avait-il estimé que Lucas n'était pas, à l'époque, une fréquentation appropriée pour une orpheline, comme bon nombre des gens qu'avait pu côtoyer sa mère. Elle avait songé à lui poser la question, à chercher des réponses aux questions qui lui trottaient dans la tête depuis quelques temps déjà. Elle y avait pensé, oui, mais elle s'était ravisée, craignant qu'il ne devine ses plans et ne cherche à l'en dissuader. Après tout, Lucas était un sujet qu'ils n'avaient quasiment jamais abordé en dix ans, commencer maintenant n'avait pas de sens. Inutile de l'inquiéter davantage, d'autant qu'elle cherchait toujours la manière la plus douce et la plus diplomatique de lui annoncer qu'elle avait décidé de passer plus de temps avec Tristan. Chaque chose en son temps then.

Ceci dit, en restant plantée là, à feindre de consulter de temps à autre son portable, elle ne risquait pas de devoir expliquer quoi que ce soit à Andrea. Elle se décida finalement à traverser la rue, sentant son rythme cardiaque s'affoler un peu plus à chaque pas. Un mélange déstabilisant de crainte et d'excitation lui serrait la gorge et rien ne semblait pouvoir l'en débarrasser, pas même les quelques étages qu'elle avala à pieds. Elle crut un instant étouffer, une fois devant la porte, les phalanges cognant sèchement contre le panneau. L'air était pesant, presque moite, et pour un peu, Grace aurait presque imaginé se noyer, les poumons submergés par une vague d'émotions aussi intenses qu'accablantes. Et si il ne la reconnaissait pas ? Si il n'avait aucunement envie de la voir ? Et si il la rejetait, comme l'avait rejetée son père biologique ? Elle réalisait, en regardant la poignée s'abaisser lentement, comme mise au ralenti par le stress, qu'elle n'avait pas envisagé cette possibilité-là. Pourtant, elle avait réfléchi, presque trop réfléchi à ces retrouvailles. Elle s'était demandé pourquoi elle en avait envie, pourquoi maintenant, pourquoi avec tant de discrétion mais elle ne s'était pas préoccupée de savoir comment Lucas, lui, accueillerait cette intrusion dans son quotidien. Elle avait même tenté de l'imaginer, de se figurer l'effet d'une décennie sur le visage qu'elle avait gardé en mémoire, tant bien que mal. Mais de ses sentiments, elle n'avait eu cure jusqu'à présent.

La première chose qu'elle remarqua lorsque, enfin, il lui fit face, c'est qu'il n'avait pas l'air aussi vieux que le fruit de son imagination. Bien sûr, les années avaient un rien creusé le creux de ses yeux et il lui semblait un peu plus petit aussi mais ça, c'était parce qu'elle avait changé. Qu'elle n'était plus la gamine fluette qui se tordait le cou pour attirer son attention et croiser son regard. Elle avait changé, oui, cependant il parut la reconnaître immédiatement et son prénom glissa de ses lèvres, un peu abrupt, un peu grave. De toute évidence, il ne s'était pas attendu à ce qu'elle fasse son apparition sur le pas de sa porte et, éternelle pessimiste, Grace se prépara à l'impact, inspirant profondément pour se donner un semblant de contenance afin de faire face au rejet. Mais au lieu de lui demander de partir, il lui proposa d'entrer, d'un ton qui trahissait sa surprise. Si on le lui avait demandé, elle n'aurait probablement pas pu dire si la question lui était adressé ou s'il se testait lui-même tant Lucas lui paraissait incertain. Grace baissa les yeux sur les mains, moins immenses que dans ses souvenirs, des mains qui tournaient et se retournaient, serraient l'air et se serraient l'une l'autre, brusques, agitées. Un sourire détendit son visage figé et, sans un mot, elle accepta l'invitation, se glissant entre la porte et lui.

Le soulagement temporaire de l'avoir finalement sous les yeux et d'être toujours là, à portée de regards, sans avoir été mise à la porte, s'évanouit sous la surprise de Lucas, qui l'expliqua, aussi direct que simple. « J'aurais peut-être dû appeler » lâbritbrit-t-elle, haussant les épaules avec un sourire, gêné cette fois. Elle aurait dû, sans doute, mais elle n'aurait pas pu, assurément. Grace savait très bien comment l'affaire se serait déroulée. Elle aurait composé le numéro d'une main tremblante, se serait recroquevillée un peu plus à chaque tonalité pour finalement raccrocher brutalement une fois entendue la voix aussi désirée que crainte, comme elle l'avait fait tant de fois avec son père biologique. Ça n'aurait fait que reculer cette visite, n'aurait pu que nourrir ses appréhensions. N'aurait pu que fournir à Lucas une occasion brutale mais si brève d'écraser ses espoirs de vraies retrouvailles. « Mais je me suis dit que tu n'aurais pas le choix, si je venais, reprit-elle, croisant les bras, les yeux braqués sur ses baskets, image même de la gamine prise en faute. Le choix de me voir, je veux dire » Il était là, le reproche, embusqué dans un recoin sombre de son cœur. Elle savait, avait compris que son père avait voulu lui offrir un nouveau départ en l'éloignant après la mort de sa mère de tout ce qu'elle connaissait. Elle s'en doutait depuis un moment et elle ne lui en voulait pas, pas vraiment. A l'époque, elle était à peine adolescente et le chagrin l'avait si bien ficelé que rien n'avait semblé avoir de l'importance. Mais Lucas était déjà adulte en ce temps-là. Il aurait pu s'accrocher à elle autrement qu'au travers de quelques cartes, éparpillées entre les mois et les occasions. Il était là, le reproche. Au bord de ses lèvres, révélant son amertume après s'être tant dissimulé, avoir été tant réprimé. « Je peux partir, si tu préfères ? » Elle se redressa, épaules carrées et menton fier, comme défiant l'autorité parentale un peu en retard. L'autorité parentale, tu parles. Si Lucas l'avait un jour représenté, ce n'était plus que de vagues souvenirs, de ceux dont Grace n'avait conservé que trop peu de traces hélas.

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MessageSujet: Re: unexpected visitor ▬ GRACE    Sam 15 Juil - 23:32

La soirée monotone qu’il avait en perspective jusqu’à il y a quelques minutes disparaît en fumée, mais pour la bonne cause, sans doute. Si Grace est venue jusqu’ici ce soir, c’est qu’elle a envie de le voir, non ? De le voir, de partager un moment avec lui, de discuter. Peut être de rattraper le temps perdu. Ou alors de lui faire des reproches, allez savoir ? Parce qu’il n’a pas beaucoup donné de nouvelles. En réalité, Lucas n’a jamais vraiment compris pourquoi Megan a préféré confier Grace à ses cousins incestueux. Bien entendu, ils étaient riches, tous les deux. Mais plus jeunes, plus instables aussi, et puis ils ne connaissaient pas Grace avant que Megan ne leur annonce sa maladie comme un cheveu sur la soupe. Lui, proche de la famille, il aurait pu s’occuper d’elle, tenter de la protéger de la douleur que cause la perte d’une mère. Mais maintenant qu’elle est en face de lui, si grande, plus mature, il se demande s’il aurait réussi à en faire une jeune femme aussi jolie, aussi… différente. Elle ne rayonne pas ; il ne se dit pas qu’elle est heureuse à coup sûr. Mais elle semble bien traitée et financièrement comblée, ce que sans doute, il aurait eu du mal à faire. Et puis, la mort d’Oscar, la pause dans sa carrière, et toutes ces choses qui ont ponctuées l’existence de Lucas auraient pris un retentissement plus tragique encore s’il avait été… quoi ? Père ? Tuteur ? Il n’en sait rien. Alors il est en colère ; mais il sait aussi que c’est une colère qui, en bien des points, et sur bien des aspects, est infondée. Il aurait sans doute lamentablement échoué à la tâche laissée par Megan.

Il ferme la porte derrière eux, pour la laisser entrer dans son appartement, qui n’a rien de grandiose ou de particulièrement affolant ; il habite un petit truc, trouvé juste après le décès d’Oscar, lui qui n’était finalement pas grand chose pour l’avocat – puisqu’ils n’ont pas eu le temps de se marier. Ils n’ont eu le temps de rien, en fait, sauf Lucas de réaliser qu’il était vraiment amoureux et qu’il voulait partager la vie du même homme jusqu’à la fin de leurs jours – qui intervint, pour l’un d’entre eux, nettement plus tôt que prévue dans son esprit. Il a l’air bien con, maintenant, avec la pause imposée de sa carrière, ses essais comme cascadeurs et tout le reste. Pas de quoi être fier d’avoir devant vous la fille que vous auriez aimé élever.

« Tu as bien fait de venir, mais je ne t’aurais pas demandé de garder tes distances même si tu m’avais téléphoné avant. Ca me fait plaisir de te voir », il ajoute, comme une justification à sa phrase qui ressemble terriblement à un reproche. Et puisqu’on en est là… « Je suis désolé de n’avoir qu’envoyé des cartes. Tes… parents ? Tes pères. Je sais pas comment tu les appelles, mais… Tu sais. Il valait mieux que je reste à distance », il précise. Il n’a jamais reçu de menaces directes, même pas de mises au point. Juste quelques mots percutants de l’avocat – l’autre – Leroy-Duchesne, après l’enterrement, pour expliquer pourquoi Grace avait besoin de stabilité et donc de tourner la page. La vieille page que Lucas représentait un peu trop pour leur bien à tous. Il a négocié les lettres, et puis quoi ? Tous ces types avaient sans doute raison. Ce sont eux, les experts en famille. « Je trouvais que les lettres étaient une bonne idée, en attendant le jour où tu aurais envie de me voir », il poursuit, avant de se diriger vers le frigo. « Tu veux une bière ? » il demande – et puis s’interroge soudainement sur le côté respectable de cette proposition. « Ou autre chose ? » La conversation de Lucas est décousue, cela va sans dire - mais il fait de son mieux pour gérer l'agitation soudaine de son coeur et des idées dans son esprit.

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MessageSujet: Re: unexpected visitor ▬ GRACE    Dim 16 Juil - 1:05

Elle savait qu'elle avait l'air gauche, vacillant sur ses talons, le cou tordu par les coups d'oeils qu'elle jetait, ici et là, comme pour capter un maximum d'informations en un minimum de temps ─ avant qu'il ne la mette dehors, that is. Gauche et vaguement oppressée, la gorge tenue par l'étau du stress. Elle savait aussi que ses reproches étaient déplacés, d'abord parce qu'elle aurait pu les faire avant ─ et être un peu plus crédible. Son anniversaire était passé d'un mois à peine mais ce n'était pas le dix-huitième, loin de là. Elle aurait pu se manifester plus tôt et elle le regrettait, vaguement. Mais surtout, Lucas n'avait aucun compte à lui rendre. Ils n'étaient pas liés par le sang, à peine par quelques souvenirs communs et une vieille affection maintenant, il ne lui devait rien. Et pourtant elle se sentait curieusement mise de côté, responsabilité trop étouffante qu'on avait été soulagé d'abandonner. Oh, elle n'avait pas été malheureuse, plutôt le contraire en fait, mais ce n'était pas la question. Perdre sa mère avait été une expérience traumatisante et elle n'avait pas réussi à assimiler les faits tout de suite. Cependant elle avait fini par comprendre, fini par admettre qu'elle ne reviendrait pas et que rien ni personne ne pouvait changer cette terrible réalité. Pour Lucas, en revanche, ça avait été une autre histoire et faute de pouvoir en parler, Grace avait préféré enfouir toute l'affaire dans un coin de sa tête pour tâcher d'oublier. Solution peu efficace de toute évidence.

Elle se concentra finalement sur lui, réprimant d'abord l'envie de répondre sèchement. Ce n'était pas de sa faute, ce n'était de la faute de personne s'ils ne s'étaient pas vus en dix ans ─ et si elle se le répétait suffisamment, peut-être parviendrait-elle à s'en convaincre. Tout besoin de défiance, d'abord si fort, se retrouva ensuite au second plan, éclipsé par des excuses auxquelles Grace ne s'était pas préparée. L'indifférence, oui, elle l'avait anticipé, le rejet même. Entendre Lucas lui dire qu'il était désolé, ça, non. Surprise, elle baissa les yeux, les joues rouges d'émotion, réalisant à peine qu'il confirmait dans le même temps ses soupçons concernant Tristan et Andrea. Peut-être avaient-ils eu raison, tous, peut-être bien et, de toute manière, elle ne saurait jamais ce qui aurait pu se passer s'ils avaient agi différemment. Si ses pères adoptifs n'avaient pas été si méfiants, si Lucas s'était obstiné à rester dans sa vie, si ─ c'était du passé. « Une bière, c'est bien » articula-t-elle, la voix rauque, en le suivant jusqu'à la cuisine. Pas vraiment sa tasse de thé mais elle n'allait pas non plus être exigeante, pas ici. « Je les ai toutes gardé. Tes lettres, se sentit-elle obligée de préciser, et j'aurais pu venir plus tôt mais je- » Elle s’éclaircit la gorge avec un frisson, soudain loin de la chaleur étouffante qui écrasait Londres, perdue dans l'appréhension qui accompagne la sincérité. « J'ai eu peur que tu n'aies pas envie de me voir » Ecrire une carte de temps à autre ne nécessitait guère d'investissement, pas comme faire partie de sa vie, pour de vrai, physiquement. « Et tellement de choses avaient changé, c'était... Compliqué ? » L'euphémisme de l'année, probablement. « Mais au final, les choses changent tout le temps, même quand on ne veut pas que ça arrive, pas vrai ? » Et Dieu qu'elle avait détesté le changement quand elle s'était retrouvée catapultée dans une maison qu'elle ne connaissait pas, entourée par de quasi-inconnus, dix ans plus tôt. Elle ne regrettait pas la décision d'Andrea et Tristan, et elle avait eu de la chance, dans son malheur, elle en était consciente mais ─ mais Lucas avait disparu de sa vie à ce moment-là et c'était un changement qu'ils auraient pu éviter, s'ils l'avaient voulu. « Tu ne t'es jamais dit que je pourrais avoir besoin de toi ? » osa-t-elle demander, après un bref instant de réflexion. Elle n'était pas venue pour partager une bière et de vieux souvenirs, et il le savait certainement tout aussi bien qu'elle.

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MessageSujet: Re: unexpected visitor ▬ GRACE    Lun 17 Juil - 18:32

Grace, en face de lui, renvoie à Lucas les souvenirs des dix dernières années. Il s'en est passées des choses, depuis. Il en a perdu, des gens. Megan n'a été qu'un avant-goût de la souffrance. Il se souvient des mois, des années qui ont précédé sa mort. De leur rencontre à tous les deux, par hasard, un jour, comme ça. Elle dans tous ces états, malade, mère. Lui jeune flic un peu miteux, pas trop sûr de lui, errant dans sa vie comme on se promène dans une ville inconnue. Il était amoureux d'elle, et c'est d'ailleurs la première personne à avoir recueilli ses confessions. Sans résultat, sans réciprocité, peut être parce qu'elle ne l'aimait tout simplement pas, peut être aussi parce qu'elle allait mourir et que la distance était plus facile à maintenir qu'une intimité qu'ils savaient tous les deux trop éphémère, trop précaire. Lucas ne saura jamais. La mort de Megan est sans doute ce qui l'a repoussé vers les hommes, vers les relations plus charnelles, plus brutes, moins compliquées. Parce qu'au delà des sentiments qu'il portait à la jeune femme, au delà de l'attachement naturel qui s'est créé, lentement mais surement, au fil des années, Megan l'a abimé, sans doute. En lui refusant des explications, en confiant Grace ailleurs, sous le prétexte fallacieux de l'argent qu'il aurait sans doute pu compenser ailleurs. En ne s'assurant pas assez qu'il serait bien reçu en faisant des tentatives d'approche, aussi. Elle aurait pu s'arranger, les présenter en bonne et due forme, l'impliquer dans l'avenir de Grace quand elle en avait encore l'occasion, mais de tout ça, elle n'a rien fait. Elle est morte, et avec elle, les perspectives de Lucas se sont éteintes.

Aujourd'hui cela dit, il peut difficilement dire tout ça à Grace. Pas comme ça. Et alors qu'elle se tient devant lui, plus femme qu'enfant désormais, il ne sait pas vraiment comment apporter les justifications qu'elle demande. « Je n'aurais pas refusé de te voir, au contraire », parvient-il tout juste à marmonner, timide, pudique même. Il sort deux bières du frigo qu'il décapsule avant de lui en tendre une. Il a l'impression que les lieux ne sont pas vraiment dignes de la recevoir, son appartement minuscule, un peu sombre, pas très bien rangé dans lequel il s'enterre pour ne pas oublier les souvenirs qui lui restent d'Oscar, deuxième grande perte de sa vie dont il ne parle jamais. A qui, en même temps ? A faire le bilan, il n'a pas vraiment d'amis, sa famille ne s'en préoccupe pas tellement non plus. Il reste les parents de son fiancé mort, qui eux, sont reconnaissants outre mesure parce qu'un jour, il a risqué son job pour aller tabasser l'assassin, risquant sans doute de faire capoter le procès qui se tient à son encontre en ce moment même et auquel il n'a pas eu le courage de se rendre une seule seconde pour affronter la dure réalité, l'immuable vérité ; Oscar, tout comme Megan, ne reviendra pas, et lui il devra vivre toute sa vie en repensant à ces pertes qui se sont succédées, à la malchance qui le poursuit comme un chat noir. Ne pensez pas que vous êtes particulièrement malchanceux, lui avait dit un psy, qu'on l'avait forcé à voir au moment du prononcé de sa suspension, un jour. Et quoi, alors ? C'est la vie, point final ? Il faut penser aux problèmes des autres pour oublier les siens ? On trouve toujours pire ailleurs ? Tout ça n'est qu'un tissu de connerie. Rien ne vous détache de votre propre souffrance, pas même les pires choses qui pourraient arriver aux autres. Rien.

« Et non, Grace. Je n'ai pas pensé que tu pourrais avoir besoin de moi », répond-il, d'un ton plus affirmé, mais pas agressif, simplement fataliste. « Je connaissais bien ta mère, et j'ai imaginé qu'elle prendrait la meilleure décision pour toi. Que te confier à d'autres personnes était la meilleure chose à faire - selon elle. Et c'est idiot, sans doute, je peux le reconnaître, toutes ces années après. J'aurais dû insister, venir, te parler, te prendre dans mes bras pour te dire que je comprenais la souffrance et l'absence de Megan qu'on connaissait sans doute mieux qu'eux, finalement, mais tu étais si petite... », confie-t-il, sans filtre, et il s'en veut de ne pas être capable de prendre des pincettes, de recouvrir la vérité d'une dose de sucre, d'une perspective plus sympathique. « J'ai pensé que le plus important, c'était ta stabilité, et que si ma présence était nécessaire, on me la réclamerait. C'est de ma faute, j'aurais dû réfléchir, sans doute. Mais je n'avais pas envie de représenter le souvenir de la vie d'avant. » Les paroles écorchent un peu sa gorge, lourde et serrée. Il se sent idiot, et presque comme l'enfant qu'il faudrait consoler, maintenant. « Et je crois que j'étais aussi un peu en colère. Pas contre toi, mais contre elle. Ce n'est plus le cas, aujourd'hui, mais... C'était difficile. On était presque une famille et elle a estimé que tu serais mieux ailleurs, sa décision m'a blessé plus que je ne pouvais l'admettre à l'époque, alors j'ai réagi de la plus idiote des manières, en me retranchant derrière ma colère ». En faisant le boudeur à l'égo mal placé. Est-elle assez vieille, maintenant, pour entendre ça ? « Je suis désolé. Pour tout ça, pour ce que j'ai fait, vraiment. Je suis désolé » Et pourtant, maintenant qu'il y pense, il n'est pas sûr que sa présence dans la vie de Grace ait été une bonne chose de toute façon. Trop dépassé, trop pauvre, trop triste, trop violent, aussi. Trop abîmé. pas de quoi rivaliser avec l'avocat tiré à quatre épingles.

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MessageSujet: Re: unexpected visitor ▬ GRACE    Lun 14 Aoû - 17:37

Ce n'était probablement pas très juste, de débarquer dans sa vie sans prévenir pour lui asséner des reproches pareils. Probablement pas très juste, non, mais après tout Grace n'avait pas eu droit à une existence très équitable non plus. La vie n'était pas juste et elle en avait assez d'avancer sur la pointe des pieds de crainte d'offenser quelqu'un. Toute la frustration et le flou dans lequel elle avait navigué du début à la fin de ce projet fou de retrouver Lucas semblaient revenir la frapper en plein visage et elle se surprit à retenir un rictus dubitatif devant la certitude qu'il lui balança en lui tendant la bière qu'il venait d'ouvrir. C'était facile, bien sûr, d'affirmer qu'il aurait accepté de la voir plus tôt, si elle était venue. Après tout, hormis ses quelques lettres, Lucas ne lui avait pas manifesté le moindre intérêt, toutes ces années durant. Facile de lui présenter des excuses et des prétextes. Elle s'était retrouvée seule, du jour au lendemain ou presque, seule face à des étrangers. De la famille, oui, au sens légal du terme, pas sentimentalement. Et elle aimait sincèrement Andrea et Tristan aujourd'hui, évidemment. Elle s'était attachée à eux au fil du temps, avait appris à leur faire confiance et s'ils étaient, à présent, sa famille sur bien des plans, Lucas l'avait été bien avant eux. Puis il avait disparu, purement et simplement. Et pourquoi ? Parce que c'était mieux pour elle, disait-il ? Elle détourna le regard, encaissant les explications sans broncher, sirotant une bière qui lui semblait bien amère. Quel gâchis, vraiment. Et qui blâmer sinon sa mère ? Mais elle n'était pas là. Lucas, lui, était bien là, avec quelques années de plus et, manifestement, quelques regrets aussi. « Moi aussi, je suis désolée » asséna-t-elle, un éclat de rire sans joie dans la voix. Elle n'avait pas envie de rire, pas envie de pleurer non plus. De hurler, plus certainement. De hurler et de retourner cet appartement si étranger, si oppressant. De le secouer, lui, et de lui faire avaler toutes ces raisons derrière sa disparition qui ne tenaient pas la route ─ pas pour Grace en tout cas. « Je suis désolée mais ce n'est pas... ce n'est pas suffisant, reprit-elle, les mains tremblants si forts autour de la bouteille qu'elle préféra la reposer sur la première surface plane qu'elle trouva. Ce n'est pas suffisant, répéta-t-elle plus fort, tu n'avais pas le droit de me laisser. Et je me moque bien de ce que dit la loi ou les dernières volontés de ma mère ou même Andrea. Tu n'avais pas le droit » Elle ferma les yeux, tâchant de se contenir. Ce n'était décidément pas ainsi qu'elle s'était imaginée retrouver Lucas ─ mais qu'avait-elle imaginé après tout ? Que tout serait simple, qu'ils tomberaient dans les bras l'un de l'autre et laisseraient de côté les remords et toutes ces années gâchées ? Qu'ils ne seraient pas des étrangers l'un pour l'autre ? Raté. « On était une famille. Pas une famille conventionnelle peut-être mais on était une famille. Tu aurais dû te battre pour moi, ne serait-ce que pour me voir. Qu'est-ce que tu imagines, que tout est rentré dans l'ordre le jour où je suis arrivée chez mes pères ? » Elle ricana, mauvaise. « Tu n'imagines pas à quel point ça a été difficile. Ils ont vraiment tout fait pour moi pourtant. Mais tu ne peux pas le savoir, pas vrai ? Tu n'étais pas là » Elle inspira profondément, luttant contre le venin qui avait déferlé dans sa bouche. Elle voulait le lui cracher au visage, vider un sac qu'elle n'avait pas eu conscience de traîner jusque-là. Mais pourquoi, sinon pour alourdir son cœur et le sien ? « Tu sais quoi, laisse tomber, oublie. Je n'aurais jamais dû venir ici. Je ne sais pas à quoi je pensais, comme si ça pouvait changer quoi que ce soit. Tu n'as pas besoin de moi et j'ai déjà des parents, pourquoi s'entêter, hein » Pourquoi s'entêter, en effet, mais dans ce cas, pourquoi ne bougeait-elle pas, tremblante au beau milieu de ce minuscule appartement ? Comme s'il allait la retenir, après tant de violence et de rancœur.

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MessageSujet: Re: unexpected visitor ▬ GRACE    Sam 16 Sep - 18:27

Lucas s'attendait aux reproches, sans aucun doute. Quand il a vu le visage de Grace dans l'encadrement de sa porte, il n'a pas pensé une seule seconde qu'elle était simplement là pour le saluer ou pour rattraper le temps perdu. Il sait ce qu'il a fait, et d'ailleurs, Oscar lui avait déjà fait la morale à plusieurs reprises sur le sujet, le forçant à repenser à ces instants terribles de séparation. Egoïstement, Lucas avait tendance à penser, à l'époque, que personne ne pouvait vraiment comprendre ce que la mort de Megan avait déclenché ; mais il avait tord. Parce que Grace savait, aussi. C'était la seule ; l'autre. Celle qui avait vécu les choses comme lui, celle qui avait perdu sa mère et s'était trouvée précipitée dans un autre monde quand lui perdait la femme qu'il aimait et se retrouvait seul. D'une certaine façon, ce lien aurait dû lui permettre de tenir, de passer à autre chose. Au lieu de ça, il n'avait fait qu'accumuler de la rancoeur contre le monde entier ; et par en ajouter à chaque évènement malheureux de sa vie.

L'avalanche de reproches qui lui tombait dessus en cet instant, cela dit, rien n'aurait pu l'y préparer. Il se crispe imperceptiblement, la laissant cracher son venin comme elle a sans doute besoin de le faire, s'agrippe à la bière qu'il tient dans sa main comme si elle représentait un échappatoire. L'alcool en a souvent représenté un, pourquoi pas ce soir ? Debout, face à Grace, il se sent petit et misérable. Inintéressant, maladroit. Comme s'il avait sciemment fait tout ce qu'elle lui reproche, il ne peut pas s'écrier qu'il faut qu'elle se taise et qu'elle essaye de comprendre. Alors il la laisse, face à elle comme un enfant qui ignore de quel côté ça va tomber, le coeur battant la chamade, les mains refermées sur le verre froid. Il se demande ce qu'aurait fait Oscar à sa place, comme souvent, pathétique. L'homme aurait sans doute su adoucir la situation. Il aurait cuisiné quelque chose pour les réconcilier. Oscar était meilleur que lui pour les relations humaines.

Quand elle termine et annonce son départ - sans bouger - il faut quelques secondes à Lucas pour reprendre ses esprits. Il prend une inspiration, aussi, et pose sa bière sur le plan de travail immaculé. « Tu te trompes », lâche-t-il d'une voix basse mais ferme, secouant la tête dans la foulée. « Je ne sais pas pour toi, parce qu'effectivement, j'ai raté pas mal d'étapes de ta vie, et oui, tout ça est entièrement ma faute. Mais tu as tord, parce que moi, j'ai besoin de toi », il ajoute, en secouant la tête. « Mais j'ai perdu ta mère, moi aussi. Et ça m'a brisé le coeur. Ensuite j'ai réalisé l'estime qu'elle devait avoir pour moi, à décider que tu serais mieux avec des inconnus, d'autres personnes plus fortunées, plus éduquées, et j'ai dû traverser tout ça tout seul parce qu'elle a pas vraiment eu le cran de m'expliquer pourquoi avant de mourir. Et pourtant, j'étais là jusqu'à la fin. Et si tu penses que tes parents sont le genre de personnes dont on outrepasse le souhait, alors sache que tu te trompes. Je suis content qu'il t'ait aimée et choyée, mais moi, je n'avais pas ma place dans ce tableau, et plus les années ont passées, moins j'avais la force de me battre. Plus j'avais peur que tu refuses purement et simplement de me voix. Pourquoi en aurait-il été autrement, puisque ta mère m'a rejeté avant toi ? » Il s'arrête net après cette phrase et recule un peu, comme s'il ne l'avait pas maitrisée, comme si elle était sortie de plus profond de son âme sans qu'il ne puisse l'anticiper.

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MessageSujet: Re: unexpected visitor ▬ GRACE    Dim 15 Oct - 22:42

Grace avait un problème avec les émotions et ça ne datait pas d'aujourd'hui. Elle avait toujours eu tendance à réprimer des sentiments un peu trop forts, un peu trop violents et ce, bien avant le décès de sa mère. Elle ne voulait pas s'imposer, pas les imposer, par peur de déranger, de blesser aussi. Elle préférait se faire toute petite, discrète et silencieuse, et attendre de se retrouver seule avec elle-même pour abattre ses défenses contre son oreiller. C'était probablement pour ça qu'il avait été si difficile de parler avec Andrea, après le divorce, si compliqué de lui avouer ce qu'elle avait sur le cœur. A bien des égards, cette discussion à vif l'avait libérée. Elle restait sur ses gardes une partie du temps, avait encore le réflexe de prétendre que tout allait bien quand ce n'était pas le cas, mais elle se sentait plus légère, à ses côtés comme au quotidien. Peut-être que c'était grâce à ça qu'elle s'autorisait à bouillir aujourd'hui, face à Lucas. Evidemment, c'était un peu injuste, parce qu'il n'avait pas vraiment eu d'autre choix que de la laisser aux bons soins d'Andrea et Tristan, parce qu'il avait souffert lui aussi, parce qu'il avait raté dix ans de sa vie ─ but so did she. Elle avait vécu tout ça, elle aussi, elle avait le droit d'être furieuse et plus les mots glissaient de sa bouche, torrent furibond de ressentiments, plus elle se sentait perdre pied. Ses mains tremblaient, pourtant serrées en deux poings agités, et elle eut envie de hurler, de lui demander s'il allait vraiment la laisser partir comme ça, sans se défendre ─ sans essayer de la retenir. « Tu te trompes » finit-il par lancer et Grace ne put retenir un rictus, triste et cynique. Elle ouvrit la bouche pour répliquer, par pur esprit de contradiction, mais Lucas n'avait pas fini. Ses explications n'avaient rien de nouveau, loin de là, mais le ton lui semblait différent. Plus si surpris, plus si maladroit. Abattu, assurément. Comme s'il baissait les bras, abandonnait l'idée de lui faire comprendre ce qu'il avait traversé, à la mort de sa mère. Comme si c'était elle l'égoïste, à présent. Moi, j'ai besoin de toi. Elle n'était plus une enfant mais il restait quelque part, dans un coin reculé, une part de la gamine effrayée, catapultée dans l'inconnu, qui espérait tant le voir apparaître un jour à la sortie de l'école ou à la porte, chez ses parents. Elle avait eu besoin de lui, à l'époque. Avait besoin de lui, aujourd'hui. Alors pourquoi n'arrivait-elle pas à le dire, elle aussi ? Par fierté, sans doute, par rancœur. C'était stupide, ils avaient perdu suffisamment de temps comme ça. Elle le regarda reculer, comme effrayé ─ par sa présence ou sa propre franchise, Grace n'aurait su le dire, ils ne se connaissaient plus suffisamment bien pour qu'elle puisse interpréter ses réactions avec assurance. Muette, incertaine, elle resta plantée là un moment, une minute ou peut-être cinq, incapable de partir comme elle l'avait pourtant si bien annoncé. Elle ne pouvait pas partir, pas comme ça. En décidant de lui rendre visite, elle s'était préparée à le voir lui claquer la porte au nez, pas l'inverse. Et elle ne pouvait pas lui faire ça, pas après avoir tant espéré le retrouver. « Je... » Le ton de sa propre voix l'étonna, grave et serré, et elle inspira profondément, cherchant les fragments d'un courage qui avait volé en éclats. « Je suis- » Je suis désolée. Elle ne pouvait pas, n'arrivait pas le dire, pas comme ça ─ alors comment ? Un fossé s'était creusé entre eux, avec le silence et les années. Un fossé qu'ils ne parviendraient pas à franchir en un claquement de doigts mais Grace fit un pas en avant, un vrai, puis un autre et encore un, décidée à lui montrer qu'elle était là. Qu'elle ne partirait pas. Timidement, elle saisit son poignet, guettant le moindre tressaillement, le moindre mouvement de recul, prête à bondir en arrière elle aussi. « Je suis vraiment- tellement- tellement désolée, bredouilla-t-elle tout bas, je ne voulais pas, je ne sais pas, je ne voulais pas te parler comme ça » Elle secoua la tête pour ravaler ses larmes, effort tout à fait vain at that point. « Ça fait des années que je n'en parle à personne et je ne sais pas, j'imagine que venir ici et te voir- il fallait que ça sorte ? C'est injuste, j'en ai conscience, et je suis désolée. C'est avec mes parents que je devrais avoir cette conversation mais je- après la mort de maman, j'ai fini par me dire que tu ne voulais pas de moi ? Ou que tu avais été soulagé que j'aille vivre chez Andrea et Tristan ? Et je sais, je sais, j'ai compris que ce n'était pas le cas, je... je t'ai entendu » Elle baissa la tête, la simple pensée de devoir soutenir son regard maintenant lui étant insupportable. « J'ai vingt-quatre ans et on ne rattrapera pas le temps perdu, pas maintenant mais- mais peut-être qu'on pourrait essayer de ne pas perdre celui qu'on a maintenant ? » Elle se sentait faible et minuscule, insignifiante avec cette petite voix, à formuler pareille demande. Mais elle encaisserait bien volontiers ce genre de sensations quotidiennement pour le restant de ses jours si ça signifiait avoir Lucas dans sa vie.

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MessageSujet: Re: unexpected visitor ▬ GRACE    Mar 24 Oct - 18:42

Lucas regrette aussitôt l'avalanche de mots qui vient de sortir de sa bouche. Elle a grandi, mais Grace n'a pas à subir ni même à savoir tous ces contre-temps, tous ces obstacles qui se sont dressés sur la route de Lucas. Elle, elle devrait être préservée de ces choses là. Comme si la souffrance d'avoir perdu sa mère n'était pas suffisante, il faut qu'il ajoute à sa culpabilité, à son mal-être, et Lucas s'en veut immédiatement. C'est lui qui devrait supporter le poids de la douleur, de la souffrance, de la distance. Pas elle. Il se laisse approcher, quand même, et l'écoute le rassurer, un peu. Il secoue vivement la tête, et, machinalement, sa main libre se glisse autour des épaules de Grace qu'il attire contre lui, maladroit. Lucas ne s'est jamais vraiment senti proche de personne d'autre que de Megan, Grace et Oscar. Et sans doute un peu Chris, autrefois - mais ce temps est révolu et il se souvient à peine de ce que ça faisait. Alors, oui. Il est maladroit. Et peut être que c'est malvenu, mais il la prend dans ses bras quelques brefs instants, juste pour effacer la dispute, les mots, l'absence, la distance. Pour effacer ces choses qui se sont immiscées entre eux sans qu'aucun des deux ne le souhaite. Ils n'ont plus le choix que de regarder vers le futur, maintenant, et Lucas est un peu soulagé que Grace ne se contente pas de tourner les talons. Leur relation ne sera sans doute pas facile à remettre sur les rails, le temps perdu, le changement de l'un et de l'autre, tous ces éléments viendront sans doute leur mettre des bâtons dans les roues. Mais il est prêt à prendre le risque. Parce que ça en vaut la peine, parce qu'il a attendu le moment où elle reviendrait, peut être, faire son apparition dans sa vie. Parce qu'il a envie de lui raconter plein de choses et d'entendre plein de choses.

Mais il se contente, dans un premier temps, de la libérer, de lui rendre son espace, pour ne pas s'imposer trop longtemps - après tout ce temps. Il soupire un peu, et glisse une main dans ses cheveux. Elle tremble, un peu. « C'est moi qui suis désolé. Je ne voulais pas te dire toutes ces choses, pas comme ça », il précise, dans un soupir. « Je prends ma part de responsabilité. Et même si ce n'est pas suffisant, je suis vraiment, vraiment désolé d'avoir disparu. Tu n'es responsable de rien, c'est moi, mon caractère de merde et toutes ces histoires... » Nouveau soupir, il balaye cette conversation d'un revers de la main. « Mais il y a toujours eu une place, pour toi, dans ma vie. Tu n'as jamais disparu de mes conversations, de mes souvenirs, de mes faits et gestes. Et même si on ne peut pas rattraper le temps perdu, jamais je ne gâcherai celui que tu es prête à me donner à partir de maintenant. C'est promis », il ajoute en acquiesçant. « Tu as un peu de temps ? Tu veux manger quelque chose ? Je n'ai pas grand chose, mais... Je devrais pouvoir trouver », il précise, dans un sourire d'excuse. Il est devenu mauvais dans la tenue d'un appartement, depuis la mort d'Oscar. Ses courses se ressemblent, produits rapidement consommables, alcool. Tout ça n'est pas très équilibré, pas très sain, non plus. Mais il n'y peut pas grand chose. « Tu lui ressembles, tu sais ? Physiquement, je veux dire. Tu as tellement changé... » Ce qui est logique, il se réplique, soupirant à nouveau. Elle a grandi. Comme tout être humain normalement constitué à son âge.

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MessageSujet: Re: unexpected visitor ▬ GRACE    Mar 31 Oct - 18:06

Elle avait l'impression d'être soudainement délestée d'un poids, comme si lui avoir hurlé dessus puis avoir présenté des excuses était précisément la marche à suivre dans cette situation. Pourtant, Grace le savait, il n'y avait pas de manuel pour ce genre de choses. Improviser et suivre son instinct n'étaient pas spécialement deux qualités qu'elle possédait mais elle avait la curieuse sensation d'avoir bien fait. C'était agréable, un rien grisant aussi. Ça ne résolvait pas le problème pourtant mais le pouvaient-ils vraiment ? Il s'était écoulé beaucoup trop de temps pour qu'ils espèrent le rattraper mais elle en avait conscience. Lui aussi d'ailleurs. L'entendre le lui dire la rassura un peu plus encore. Elle esquissa un sourire ému et baissa les yeux, certaine qu'elle allait finir par éclater en larmes pour de bon si elle le regardait d'avantage. « Je peux rester, oui. Qu'on puisse parler, mh. Calmement ? » En était-elle capable, ça restait à voir, mais après tout, elle avait déjà hurlé tout ce qu'elle avait sur le cœur. Le reste n'était que murmures bouleversés. « Et je ne dirais pas non à un dîner, peu importe ce que tu as à offrir » ajouta-t-elle. Elle avait beau avoir passé les dernières années de sa vie auprès d'Andrea et Tristan, lesquels n'avaient clairement pas le même style de vie qu'avait pu avoir sa mère, elle n'en était pas pour autant devenue une pimbêche exigeante. Sure, elle se sentait vaguement à l'étroit dans cet appartement et aurait eu une chose ou deux à dire sur la décoration mais ce n'était pas le moment de faire des manières. Pas devant Lucas, pas alors qu'il la regardait comme ça. Elle se raidit un peu, mal à l'aise. Cette remarque-là, elle l'avait vue venir. Ne l'avait pas imaginée si rapide mais pouvait-elle lui en vouloir ? « Je sais, oui. Désolée » dit-elle, après une seconde de réflexion. Elle avait vu les photos, savait qu'elle lui ressemblait de plus en plus. Fût un temps où elle aurait tout fait pour l'éviter mais Grace avait compris qu'il était inutile de lutter. Ce n'était qu'une question de génétique, pas vrai ? Et de souvenirs aussi.

sujet terminé

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