rendez vous au prochain orage (Grace)

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MessageSujet: rendez vous au prochain orage (Grace)   Ven 7 Avr - 14:42

Il a eu une grosse journée, Andrea, et étrangement, le retour des beaux jours ne l’aide pas vraiment. Il le pensait sincèrement, pourtant, jusqu’à ce matin, quand il s’est trouvé ébloui, dans sa voiture, par le soleil qui recouvrait Londres de ses rayons. Il aurait préféré qu’il pleuve ; là au moins le temps aurait été en adéquation avec son humeur, avec cette rengaine triste qui lui résonne au fond de la tête. Il ne peut pas s’en empêcher, il ne peut pas faire autrement. Il est inlassablement triste, et encore, le mot est faible. Certains se moqueraient de son sens aigu du drame, mais il est un peu désespéré, quelque part. Désespéré par ce divorce qu’il traine comme un boulet, une ombre terrible et irrémédiable sur sa vie. C’est fichu pour lui, il ne s’en sortira pas. Pas tout de suite, pas comme ça – Tristan a beau demander de lui ce qu’il souhaite, a beau tenté de le faire réagir, lui sait avec quoi il compose et il n’y parvient pas. C’est comme si son esprit était sur pause, comme si plus rien ne comptait dans son esprit que l’horrible douleur qui lui enserre violemment la poitrine et l’oppresse. Renoncer est difficile, comprendre dans les mots de son cousin et ex mari que ce renoncement pourrait bien être définitif est pire encore. Il n’a d’autre choix que de tenir le coup, cela dit, pour Grace, pour ses parents et le reste. Alors il tient. En travaillant trop, jusque tard dans la nuit – même s’il fait un effort pour ne pas la laisser dîner toute seule, il rapporte les dossiers avec lui chez eux. Il ne cesse de travailler que quand son cerveau le supplie de se coucher et qu’il sait qu’il va pouvoir s’effondrer d’épuisement, dans un sommeil peuplé de cauchemars. Là, alors, il gagne son grand lit vide et s’écroule. Et puis il repart pour une nouvelle journée, et voilà comme sa vie est ponctuée.

Il a prévenu Grace qu’il passerait ce soir par un petit traiteur chinois auquel il achète tout ce qu’il trouve. Des nems, des nouilles, du riz, du poulet, des rouleaux de printemps. Il achète trop, comme pour compenser par le choix qu’il lui offre ses carences de père. Il rentre en tentant de mettre derrière lui ses inquiétudes et tristesses, et pousse la porte déterminé à égayer au possible la soirée de sa fille. « Je suis rentré », il s’exclame en claquant la porte, filant à la cuisine pour disposer ses achats dans des assiettes dignes de ce nom. Il la sait inquiète et concernée, elle n’aurait pas appelé Tristan sinon. Il attend qu’elle descende, en tentant de faire les choses correctement, et retire sa veste et sa cravate pour se mettre plus à l’aise. A chaque fois qu’il regagne cette maison, il ne peut s’empêcher de penser aux années qu’ils ont passées ici, à trois. Quand il était encore là. Sa présence plane et Andrea se sait faible. Quand elle apparait enfin, il secoue la tête pour se sortir de ses regrets et lui offre un sourire. « J’ai apporté le dîner », il note en montrant la table, maladroit sans doute. « Alors l’organisation de ce voyage à Amsterdam ? » il demande, pour amener le sujet. Un autre sujet.

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MessageSujet: Re: rendez vous au prochain orage (Grace)   Ven 14 Avr - 11:15

Contrairement aux idées reçues, travailler à la maison était une bien meilleure solution d'après Grace. Ou peut-être était-ce uniquement parce que la présence de ses camarades propulsait systématiquement un parfum de compétition dans l'air. Elle était, certes, performante une fois sous pression mais ses nerfs supportaient de moins en moins ce stress constant. Installée chez elle, c'était une autre angoisse qui prenait forme, vicieuse et sombre. Elle vérifiait régulièrement sa montre, s'arrêtait pour guetter le moindre bruit, le moindre craquement. La peur ─ qu'il ne rentre pas, principalement, que quelque chose lui arrive loin de chez eux aussi, qu'elle se retrouve seule, seule, seule ─ était là, tapie dans un coin de sa tête, mais assez bien domptée pour lui permettre de se concentrer un tant soit peu sur la masse impressionnante de devoirs et révisions qui l'attendait. Son bureau, d'ordinaire si bien rangé, digne des photos Pinterest dont Lizzie raffolait, était recouvert de livres ouverts, de fiches bristol hautement surlignées et colorées, de stylos jetés pêle-mêle une fois utilisés. Sa chambre toute entière témoignait du bordel qu'était devenue son existence depuis quelques mois. Et Grace gérait, elle gérait très bien. Tant qu'Andrea rentrait tous les soirs, elle pouvait gérer.

La porte d'entrée finit par claquer, à son grand soulagement, et elle laissa échapper un profond soupir qu'elle n'avait pas eu conscience de retenir jusque là. Comme si elle s'empêchait inconsciemment de respirer jusqu'à ce que son père revienne. Sa voix se fit entendre, presque joyeuse pour une oreille inconsciente de ce qui se tramait chez eux, et Grace esquissa un bref sourire, bouchonnant son stylo avant de le reposer. Elle passa une main dans ses cheveux, priant pour avoir l'air présentable, et quitta sa chambre, descendant bruyamment les escaliers. Ça aussi, c'était une nouveauté, ce besoin de bruit, de se faire entendre. Elle avait longtemps été discrète, avait essayé de se faire toute petite pour s'insérer dans la vie d'Andrea et Tristan aussi facilement que possible. On ne pouvait pas vraiment dire que ça avait bien fonctionné, aujourd'hui, mais qu'aurait-elle pu faire de plus ? Jouer les enfants terribles ? Peut-être que ça aurait pu marché, oui. Elle ne le saurait sans doute jamais. Elle s'arrêta sur le pas de la porte, décontenancée par le nombre de boîtes estampillées du logo de leur chinois habituel. Andrea faisait ça souvent, ces derniers temps, les noyer sous la nourriture. Au début, Grace n'avait rien dit, avait tenté de se persuader qu'il faisait ça par habitude, oubliant qu'ils n'étaient plus que deux. Aujourd'hui, elle avait souvent envie d'hurler, de le prendre par les épaules et de le secouer, de lui rappeler que non, Tristan n'était pas là et qu'il n'avait pas besoin d'acheter assez de nourriture pour nourrir un régiment. Au lieu de ça, elle se contentait de sourire, comme là, sourire maladroitement et hocher la tête, comme si elle approuvait ─ elle n'approuvait pas. « Je vois ça » fit-elle en le rejoignant. Elle étreignit son bras, incapable d'en faire plus, convaincue qu'il n'en voulait pas plus. Après tout, qu'était-elle, sinon un douloureux rappel du départ de Tristan ? Les premiers jours après son départ, elle s'était attendue à ce qu'Andrea ne lui adresse pas la parole, elle avait même essayé de l'éviter, pour lui faciliter la tâche, mais il était resté, avait continué à s'occuper d'elle. Il continuait à s'intéresser à elle. Grace ne l'aurait pas blâmé s'il avait arrêté et même aujourd'hui, elle restait surprise chaque fois qu'il lui parlait, dès qu'il ne s'agissait pas de banalités. « Amsterdam ? » répéta-t-elle, sans comprendre. Amsterdam ? Ah, oui, Amsterdam. Avec Jon. Et Lizzie, potentiellement. « Ça va. Ça avance. Enfin, je crois, j'ai pas vraiment eu le temps de voir les détails avec Jon » Elle haussa les épaules, mal à l'aise à l'évocation de possibles vacances. Partir à Amsterdam signifiait laisser Andrea seul et l'idée était loin de lui plaire. Et elle ne pouvait pas vraiment proposer à Jon d'emmener avec eux son père. Il prendrait ça comme une bonne blague de toute façon. « Je suis pas sûre de partir de toute façon. J'ai beaucoup de choses à faire et, mh, je sais pas. On verra » Elle tâcha de sourire mais sa bouche semblait figée. Ah, ils étaient décidément bien loin de l'image de la famille parfaite.
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MessageSujet: Re: rendez vous au prochain orage (Grace)   Ven 14 Avr - 17:48

Andrea n’a jamais considéré que sa fille était responsable de sa rupture. La séparation ne lui est imputable qu’à lui, sans aucun doute possible. Parce qu’il aurait dû entamer le débat avant de donner son accord à Megan. Andrea n’aurait jamais refusé purement et simplement de prendre Grace cela dit, même si ce n’est sans doute pas la meilleure idée qui lui soit venue – pas pour lui, mais pour elle. Parce qu’il n’est pas complètement idiot, il sait qu’elle n’est pas heureuse. Il voit son air triste et concerné, ses inquiétudes. Peut être qu’Andrea n’est pas fin psychologue, peut être qu’il souffre de problèmes mentaux certains ; mais il n’est pas idiot. Tristan a peut être raison quand il dit qu’elle aurait été mieux avec ce type, l’ami de Megan, Lucas. Plus doué, plus adroit, moins triste, aussi. Il n’en sait rien. Il ne fait pas de son mieux, s’il faisait de son mieux, il serait sans doute plus fort, plus souriant. Moins vulnérable. Ce qu’il fait, là, c’est lutter. Et la lutte est difficile. Alors il l’inquiète, il le sait, et il s’en veut pour ça. S’il avait le mode d’emploi, la solution toute faite et pré-remplie, il l’utiliserait sans hésitation. Mais il ne l’a pas, il ne peut que continuer de lutter en espérant trouver le souffle qui lui permettra d’aller mieux, en évitant de songer que cette rupture est amèrement définitive, qu’il ne sera plus jamais heureux comme il l’a été avec Tristan.

« Grace… » il murmure, quand elle exprime ses doutes sur Amsterdam. Pas question qu’elle n’y aille pas. Quelle jeune femme de son âge refuserait d’aller en voyage avec ses meilleurs amis ? Une fois de plus, il n’est pas dupe – et l’idée lui serre le cœur comme s’il était dans un étau. « Bien sûr que tu vas aller à Amsterdam. Je paierai », il ajoute – parce que payer, ça, il peut le faire. Il est beaucoup moins doué dans beaucoup d’autres domaines sans doute, mais l’argent, il n’en manque pas alors autant qu’elle en profite. Et même s’il est bien placé pour savoir que l’argent ne remplace pas l’amour et l’attention des parents – même s’il sait qu’il ne peut pas tout effacer en payant un billet d’avion ou un hôtel, peu importe. Au moins, il peut espérer adoucir sa vie quelques jours, le temps d’un week end ensoleillé. « Qui n’aurait pas envie d’aller y passer un peu de temps ? En plus, les Grayson sont de bonne compagnie, non ? » il suggère d’un sourire encourageant. Il ne la laissera pas renoncer à ce plaisir là. « Tu n’as pas à t’inquiéter, » il ajoute à mi-mots. « Je viendrai te chercher à l’aéroport à ton retour et toi tu n’auras qu’à t’amuser. Je travaille de toute façon », il complète, pour lui ôter les doutes qu’elle a sans doute. Il aimerait pouvoir lui parler ouvertement, lui dire ce qu’il traverse, et surtout, plus que ça encore, il aimerait entendre ce qu’elle, elle a sur le cœur. Ce qu’elle vit. Ce qu’elle pense. Il est à peu près sûr qu’elle se déroberait de toute façon, qu’elle éviterait la question en prétendant aller bien, ce qu’ils tentent finalement tous de faire, d’ailleurs. « Je sais que c’est à cause de moi que tu hésites à partir. Je suis reconnaissant que tu t’inquiètes, et touché, aussi, mais ce n’est pas ce dont j’ai envie pour ma fille. Je veux qu’elle s’amuse et qu’elle profite de ses jeunes années pour faire des choses incroyables et découvrir le monde. Je sais que le cadre, ici, n’est pas idéal, alors si tu as l’occasion de t’aérer l’esprit pour une semaine ou même quelques jours, je veux que tu la saisisses. Et je te promets que j’irai bien », il ajoute, dans une tentative peut être maladroite de la convaincre, de mettre des mots sur ce qui se trame dans cet appartement, aussi. D’être un meilleur père peut-être.

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MessageSujet: Re: rendez vous au prochain orage (Grace)   Ven 14 Avr - 23:24

Pour cacher le léger tremblement qui agitait sa main droite ─ la fatigue, rien d'autre, non vraiment, rien d'autre, aucun rapport avec ses nerfs mis à vif par la situation, rien à voir avec la tension perpétuelle qui régnait à la maison, juste la fatigue ─ Grace attacha ses cheveux haut sur son crâne, arrachant l'élastique qui serrait son poignet. Elle avait certainement l'air d'un bébé, comme toujours, l'air d'une môme un peu paumée. A la maison seulement, juste à la maison. A l'extérieur, Grace s'efforçait de paraître ses vingt-trois ans, principalement parce que son groupe d'amis ─ terme à prendre à la légère, évidemment ─ n'aurait pas accepté une gamine susceptible d'être cartée à l'entrée d'un bar. Elle voulait être forte, parvenait à en avoir l'air loin de ces murs mais une fois rentrée, c'était une autre histoire. Andrea et Tristan, même s'il n'était plus là, avaient été d'une foule de moments sombres, d'instants de faiblesse après la disparition de sa mère. Ils l'avaient accueillie, avec ses problèmes et ses larmes, et ils l'avaient soutenue. Elle pouvait difficilement feindre quoi que ce soit sous leurs yeux. Elle essayait pourtant, pour le bien d'Andrea, mais il n'était probablement pas dupe. Son prénom, lâché du bout des lèvres, confirma ses soupçons. Il n'était peut-être pas dans sa tête mais Andrea savait sans doute ce qui s'y tramait. Ou, en tout cas, il devait en avoir une vague idée. Grace baissa la tête et croisa les bras, tentant instinctivement de se faire toute petite, vieux réflexe dont elle avait cru s'être débarrassée. « Ce n'est pas l'argent, le problème » souffla-t-elle. Bien sûr que ce n'était pas l'argent, le problème. Pas quand on vivait avec Andrea Leroy-Duchesne. Grace n'avait peut-être pas été élevée dans un tel luxe mais elle s'y était faite, et ça, plutôt rapidement. Un peu trop, peut-être ?

Mais ce n'était pas ça, le problème. Pas l'argent, ni le rapport qu'elle entretenait avec ça. Son problème, son vrai problème, c'était qu'il allait se retrouver là, seul. Sans Tristan pour l'apaiser, sans qui que ce soit pour veiller sur lui. Andrea était adulte, certes, et peut-être que c'était l'offenser que de l'imaginer incapable de s'occuper de lui-même ─ il s'occupait d'elle, après tout ─ mais même l'envisager, juste pour un instant, se concentrer sur l'hypothèse d'Andrea, sans elle, sans personne dans cet appartement, donnait la nausée à Grace. L'idée de l'abandonner était physiquement douloureuse. Après la mort de sa mère, elle avait pensé ne plus jamais ressentir ça, pour qui que ce soit, mais de toute évidence, elle avait eu tort. Et, égoïstement, elle se demandait si elle n'avait pas tort, aussi, de s'inquiéter. Peut-être que tout irait bien, peut-être qu'il s'apercevrait à peine de son absence. Peut-être même que ça lui ferait du bien.

La voix d'Andrea l'arracha à ses pensées et elle sursauta, captant au vol le nom des Graysons. Un compliment, sans doute. Qui aurait pu dire quoi que ce soit de mal à leur sujet ? Grace s'efforça de sourire avant de lui tourner le dos pour sortir deux verres de l'un des placards. Comme s'il avait senti l'ouverture, infime mais bien présente, Andrea insista, encore et encore, lui offrant sur un plateau d'argent toutes les solutions, tous les arguments possibles et imaginables. Grace s'arrêta, repoussant l'irritation familière qui courrait le long de son nez et dans ses yeux. Elle ne pouvait pas pleurer, elle ne pouvait pas craquer devant lui. Pas après tout ce qu'elle avait provoqué. Elle ne pouvait décemment pas lui imposer ses angoisses après tout ce qu'Andrea avait fait pour elle.

Et il enfonça le clou, douloureusement honnête. Grace ferma les yeux, tâchant de garder le contrôle sur sa respiration. Elle déglutit avec difficultés, inspira profondément avant de soupirer, fébrile. Quelle idiote. Elle se tourna lentement, consciente qu'il était trop tard pour chercher la moindre technique de relaxation respiratoire et tous ces trucs peu efficaces qu'elle avait cherché sur Internet dans l'espoir d'éloigner cauchemars et vagues crises d'angoisse. Ils n'étaient que deux ici et Andrea était certainement assez près pour entendre la moindre respiration, le moindre reniflement. « Je... » Elle baissa la tête, la vue soudain floue. Stupides larmes, stupides nerfs. Stupide Grace. « Je ne veux pas te laisser ici » parvint-elle à articuler. Tout seul, eut-elle envie d'ajouter mais elle ne put s'y résoudre. Inspiration à nouveau, profonde, un rien trop ambitieuse peut-être. Elle resta une seconde bloquée, épaules hautes, bouche grande ouverte, à chercher son air. « Tu t'es occupé de moi quand ma mère est morte, tu aurais pu me laisser tomber et personne ne t'en aurait voulu. Mais tu t'es occupé de moi et maintenant, je sais pas, il faut qu'on prenne soin l'un de l'autre ? Parce que tu es tout ce qu'il me reste et je ne peux pas partir. Je ne peux pas partir parce que si je m'en vais, peu importe où et franchement, peu importe avec qui, je saurai que tu es là et que tu es tout seul, et que- que- que c'est de ma faute » D'Amsterdam ou de Tristan, elle ne savait plus très bien de quoi ou de qui il était question. Elle avait perdu de vue le sujet au moment où la première larme avait roulé sur sa joue pour venir s'écraser au coin de sa bouche. D'un revers de manche, elle essaya vainement d'effacer les traces humides de sa faiblesse. « Je suis très bien ici, reprit-elle et même avec toute la bonne volonté du monde, elle savait qu'elle ne pouvait, ne pourrait pas être vraiment convaincante, pas dans son état, j'ai de la chance d'être ici, d'être toujours ici après tout ce qui s'est passé. Je veux pas partir. Tu veux que je parte ? » La question, lâchée sans réfléchir, ouvrit la porte à une vague de terreur qu'elle n'avait pas envisagé jusque-là. C'était irrationnel, tout à fait irrationnel et dans un coin de sa tête, Grace savait que c'était la fatigue ─ et tant d'autres choses qu'elle n'était pas prête à admettre ─ qui parlait. Mais il était trop tard pour effacer ces mots-là, pour ravaler cette question. Elle aurait bien voulu, pourtant.
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MessageSujet: Re: rendez vous au prochain orage (Grace)   Sam 15 Avr - 0:03

Andrea n’est pas sûr d’avoir pris la mesure de toute la complexité de la situation ; il n’est pas certain d’évaluer complètement la détresse de sa fille, et il s’en rend compte en se sentant un peu ridicule, les plats chinois étalés sur la table comme s’ils attendaient dix personnes, alors qu’elle se détourne de lui, sans doute pour masquer sa détresse, par pudeur ou par peur, aussi. Et il se souvient de ses jeunes années, de son père effrayant et de tous ces sentiments qui lui passaient dans la tête et le cœur, parfois aux mauvais moments, qu’il fallait dissimuler pour ne pas flancher, et ça lui fait de la peine. Il n’a pas envie qu’elle souffre – mais si c’est utopique, alors, il a envie qu’au moins elle puisse partager sa peine sans en avoir honte. Pourtant, et c’est là l’ironie de la situation sans doute, il sait ce qu’est la pudeur des sentiments. Lui non plus ne parle pas – peut être que si elle savait, s’il expliquait… Peut être qu’elle comprendrait mieux. Qu’elle hésiterait moins à se confier. Peut être aussi qu’elle a besoin d’aide, d’une aide qu’il ne peut pas lui donner – toutes ces questions sont insolvables.

Quand elle se retourne, cela dit, le poids de la tristesse traverse ses yeux – laissant des marques d’humidité qu’il identifie facilement. Peut être qu’ils y sont, au moment des vérités, des grandes annonces et des révélations. Il n’en sait rien, mais il doit essayer, au moins, d’être honnête. De lui dire les choses telles qu’elles sont pour qu’elle fasse de même. Les mots qui sortent de la bouche de la jeune femme lui serrent le cœur à mesure qu’il réalise le poids et l’importance de la culpabilité qu’elle ressent. Elle n’est pas responsable de sa rupture, cela dit. S’il était tout à fait honnête, s’il acceptait d’être en colère plutôt que déprimé, ce qui n’est pas le cas, il blâmerait uniquement Tristan. Tristan qui, après lui avoir promis de l’aimer pour toujours, pour le meilleur et pour le pire, a fui à la première difficulté par refus d’être adulte. Ils auraient pu surmonter cette épreuve, ils auraient dû le faire. Ils devraient être là, encore, à s’aimer et à aimer Grace aussi, même si les choses prennent du temps. C’est Tristan qui a tout fichu en l’air, par égoïsme et parce que c’est un enfant qui refuse de grandir. Andrea sait qu’il a placé trop de confiance en la capacité de Tristan à être rassurant et à prendre les choses en main, parce qu’il était là, près de lui, quand lui avait besoin, quand il était malade, fou, maltraité par son père ou possessif. Lui en a peut être demandé trop d’un coup, mais qui aurait pu attendre de lui qu’il refuse de s’occuper d’une petite fille à la mort de sa mère ? Tristan a fichu en l’air leur relation, et il l’a fichu en l’air, aussi, au passage. Lui et Grace. Mais c’est trop difficile de lui en vouloir, trop difficile de s’énerver – Andrea est meilleur au jeu du supplice. Lui courir après, désespérément, corps et âme, sans égo, en espérant que ça passe. Un jour. Il ne sait pas détester Tristan, il n’y arrive pas. Plus, peut être plus exactement – parce qu’à une certaine époque, ça ne le dérangeait pas de placer la violence de son amour dans la haine.  Maintenant qu’il y a goûté, il n’est plus capable de rien d’autre que d’être une loque attendant son retour comme un animal blessé. Et il pardonnera, d’ailleurs, sans la moindre hésitation si Tristan revient un jour. Il lui pardonnera même de ne pas revenir. Il lui pardonnera tout, sans condition – ça le dégoute presque d’y penser, d’ailleurs. Il se déteste d’être aussi faible. Une fois baissée, la garde n’a finalement jamais pu être relevée. Tristan s’en sort bien mieux, finalement – et on ne peut même pas lui reprocher d’être un mauvais père parce qu’il refuse le rôle.

« Tu… », il entame en quittant la chaise sur laquelle il était installé, chassant ses idées noirs d’un mouvement vague de la tête. Il attrape un mouchoir qu’il approche de ses yeux et la dévisage un instant. Sa voix se brise dans le fond de sa gorge, cela dit, empêchant les mots de sortir. Il va répondre, il doit réagir, il le sait. Il en a envie. Mais d’abord, il pose une main sur l’épaule légèrement tremblante de sa fille et l’attire contre lui. Il n’est pas souvent tendre ; rarement tactile, il a toujours peur de déranger – voire pire, de gêner. Mais ce soir, dans la gigantesque maison vide où leurs deux esprits esseulés tentent de faire le clair, il ne peut s’empêcher de penser qu’ils ont besoin de ça. Il la serre un instant contre lui, ferme les yeux pour en chasser l’humidité à son tour, parce que ce soir, il est hors de question que ce soit ses émotions à lui qui prennent le dessus. Il veut qu’elle s’exprime, elle, et il rassurera ses angoisses autant qu’il le peut. Il reste ainsi, sa fille contre lui, quelques instants et puis recule avec pudeur, prenant son bras doucement pour l’inciter à s’asseoir. « Grace, » il commence en prenant une inspiration. « Je ne veux pas que tu partes. Il en est même hors de question, je veux que tu fasses tes études, que tu trouves ce qui te rend heureuse, et que tu fasses comme les autres enfants. Tu partiras quand tu auras envie de t’en aller, quand tu en auras marre de vivre ici, avec ton père… » Il s’habitue difficilement au mot ; pourtant, c’est ce qu’il est. Ni plus, ni moins. Et lui l’assume.

« Ce n’est pas de ta faute si Tristan est parti », il murmure finalement. Parce que c’est le sous entendu qui couve sous ses mots, et qu’il ne peut pas le supporter. « Notre relation est compliquée. Elle était stable, mais ça n’aurait jamais pu durer comme ça. Il m’a trompé parce qu’il voulait que je le quitte – et il voulait que je le quitte parce qu’il n’a pas envie de grandir et de se projeter dans une vie d’adulte. Moi si. Je ne suis plus étudiant, je n’ai plus les mêmes envies », il explique. « Ce n’est pas de ta faute si on a divorcé, et je ne veux pas que tu le crois ou que tu te le reproches. C’est injuste. » Il secoue la tête et prend sa main un moment pour la serrer dans la sienne. « Je suis très heureux de t’avoir avec moi, je ne regrette pas mon choix. Peu importe les choix de Tristan, moi, je suis heureux de t’avoir avec moi, tu m’entends ? » il répète, presque désespéré – un peu, sans doute. « On prend soin l’un de l’autre, et on va continuer de le faire pour des années encore, mais ça ne veut pas dire que tu n’as pas le droit de prendre quelques jours pour partir avec tes amis », il ajoute, dans un murmure. « Il ne va rien m’arriver, et tu pourras prendre soin de moi dès ton retour. Juste quelques jours pour te vider la tête et te changer les idées… De la fac, et du reste. D’ici, aussi. Parce que je sais que ce n’est pas facile et parce que je vois bien que ça ne va pas », il ajoute en reprenant son souffle. C’est une conversation difficile parce que trop vraie, sans doute. Ca le fatigue, Andrea, de s’ouvrir à ce point – et il a déjà mal à la tête. Mais peu importe. « Je t’aime Grace. Que tu ailles quelques jours à Amsterdam ne changera pas ça ».

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MessageSujet: Re: rendez vous au prochain orage (Grace)   Mar 18 Avr - 21:47

L'honnêteté n'était-elle pas sensée soulager ? Grace l'avait espéré, dans ses rares moments de lucidité et de franchise avec elle-même. Avait espéré qu'elle se sentirait mieux, si elle parlait franchement avec son père, espéré que le poids des responsabilités disparaîtrait de ses épaules, ne serait-ce que pour un instant. Au lieu de ça, elle se sentait étouffée, écrasée même. Les bras collés le long du corps, elle avait la curieuse sensation qu'elle ne bougerait plus jamais, tendue comme un arc, tendue à en craquer. Les mots glissaient d'eux-mêmes de sa bouche, comme mus par leur propre volonté, tout à fait indépendante de la sienne. Les mots lui échappaient et elle ne pouvait que les regarder atteindre Andrea, impuissante. Ses mots la quittaient au rythme des larmes qu'elle n'avait que trop retenu. Ça n'avait rien d'agréable, ça ne soulageait pas, bien au contraire. C'était douloureux et Grace en avait assez de la souffrance, des regrets. Grace voulait sourire sans devoir se forcer, Grace voulait croiser le regard de ses proches sans craindre de les inquiéter. Grace voulait que ça s'arrête, whatever this was. Seulement elle n'était pas stupide, ni naïve, plus vraiment. Elle savait qu'il fallait bien plus que des vœux bien intentionnés pour changer les choses ─ si tant est qu'il fût encore possible de changer quelque chose.

(Une sale petite voix dans sa tête murmurait que non, non, rien ne changerait, que Tristan ne reviendrait pas ─ ne rentrerait pas ─ et qu'Andrea n'irait jamais mieux, jamais vraiment bien).

Elle ne comprit pas tout de suite pourquoi il s'était levé, ne réalisa pas immédiatement ce qu'il faisait. Les marques d'affection, les démonstrations de tendresse, Grace connaissait, vaguement du moins. Elle y avait eu droit avec sa mère, avec Lucas aussi, plus tard avec Lizzie, qui ne craignait jamais d'effleurer son bras, de lui tenir la main ou de lui sauter au cou. Grace connaissait ce genre de choses, oui, mais pas de la part d'Andrea. Peut-être parce qu'il appartenait à un autre univers que celui d'où elle venait, peut-être parce qu'elle était déjà trop âgée pour réclamer la moindre tendresse physique lorsqu'il l'avait accueilli chez lui, peut-être parce qu'on l'imaginait mal, surtout, être tendre. Parce qu'ils n'étaient pas une famille normale.

Dans ses bras, Grace se raidit plus encore, interdite, puis, l'espace d'une seconde, un instant bien trop court, s'autorisa à apprécier sa proximité. Elle frémit, baissa la tête contre son épaule mais bien vite, Andrea s'écarta, ne gardant près de lui que son bras. Elle se laissa entraîner et prit place à table, devant cet étalage de takeaways chinois, non loin d'Andrea. Instinctivement, elle baissa les yeux mais, en entendant son nom, Grace se redressa, prête à écouter. Enfin, prête. Non, pas vraiment. Loin de là. Elle ne voulait pas entendre sa réponse, ne voulait pas l'entendre dire qu'il était temps, peut-être, effectivement, qu'elle s'en aille. Ne voulait pas l'entendre tourner autour du pot pour ne pas dire haut et fort qu'il valait mieux qu'elle déguerpisse, qu'elle était la source du malaise ambiant. Ne voulait pas l'entendre atténuer une vérité si violente. Elle eut du mal à le croire d'abord, si irrationnellement convaincue qu'elle était qu'il était prêt à la jeter dehors. Ce n'est que lorsqu'il évoqua Tristan que la bulle de terreur éclata autour d'elle et les sanglots redoublèrent. Tristan qui n'était plus là. Tristan qui n'était pas partie parce qu'elle était là ? Grace ferma les yeux, agrippant la main d'Andrea, posée sur son bras. Elle avait envie d'insister sur la question, de s'assurer qu'elle n'avait pas mal entendu. Que ce n'était vraiment pas de sa faute. Ça semblait presque trop beau pour être vrai, de l'entendre dire ça. Elle l'avait espéré, maintes et maintes fois, sans oser croire que ça pourrait arriver ─ parce qu'après tout, c'était de sa faute, dans sa tête du moins, c'était de sa faute et il ne pouvait en être autrement. « Peu importe les choix de Tristan, moi, je suis heureux de t’avoir avec moi, tu m’entends ? » dit-il et dans sa voix, elle eut l'impression de reconnaître sa propre fébrilité, sa fragilité. Andrea n'était peut-être pas son père biologique mais ils se ressemblaient certainement plus que ce qu'elle avait imaginer.

Hocher la tête n'avait jamais été si difficile. Un frisson la secoua mais elle s'efforça de continuer, acquiesçant mollement mais sans s'arrêter, déterminée à se laisser convaincre par ces mots rassurants. Andrea n'avait pas fini et elle se laissa bercer quelques secondes encore, par sa présence et par sa voix, oubliant  volontiers qu'elle avait vingt-trois ans, oubliant volontiers ces dernières années et ces derniers mois et le silence qui accueillait son retour à la maison chaque jour, oubliant ce qui l'avait conduite à sangloter une minute plus tôt. Autoriser quelqu'un à la rassurer ainsi avait ce petit rien familier des souvenirs lointains et elle ne parvenait pas à se rappeler de la dernière fois qu'elle s'était laissée consoler, vraiment consoler. Par sa mère sans doute, avant son décès, il y avait des années de tout ça. Et ça n'avait rien d'un caprice enfantin, ni d'un cauchemar inspiré par un film regardé en cachette, non. C'était la réalité, écrasante et crue, qu'on ne pouvait fuir. « Je suis pas très convaincante, hein » Ce n'était pas une question, pas vraiment. Elle connaissait déjà la réponse, savait que sous ses yeux, elle ne parvenait pas à garder le rôle de la fille discrète et sans problème qu'elle endossait si facilement devant les autres. « Je- je veux-j'aimerais » Elle ferma les yeux, fronça le nez. Dieu que c'était difficile d'être franche soudain quand on avait l'habitude de marcher sur des o eufs. « Si je pars, j'aimerais que tu m'appelles. Tous les jours » ajouta-t-elle, se sentant rougir. Si je pars. Il n'allait pas lui laisser le choix, si ? « Et avant que tu dises quoi que ce soit, promis, ça ne m'empêchera pas de me détendre. Enfin, si, si je pars, évidemment » L'ombre d'un sourire passa entre ses larmes. « Je n'ai pas besoin de te sortir de ma tête. Le reste... peut-être, oui, mais si je n'ai pas de tes nouvelles, je... je ne pourrai pas partir si tu ne me le promets pas » Pareille demande était certainement puérile et, assurément, ce que n'était pas normal ─ but again, rien n'était normal chez eux. Si elle devait partir, il fallait qu'elle soit sûre que tout irait bien. Qu'il irait bien.

Les larmes se calmèrent, tant bien que mal et Grace inspira profondément. Elle contempla un instant la main d'Andrea sur son bras puis croisa son regard. « Je t'aime aussi, finit-elle par dire, lentement. Je ne suis pas sûre de le faire correctement mais- mais je t'aime ? » Elle haussa les épaules, confuse. Il y avait tant de choses qu'elle voulait dire à présent, déballer au grand jour sans pouvoir les reprendre pour les enfouir dans un coin de sa tête comme ça avait pu arriver, de si nombreuses fois. Il y avait eu des occasions ratées, des aveux restés coincés au fond de sa gorge, il y en avait eu plus qu'elle ne voulait l'admettre. « Mais parfois, j'aimerais qu'il revienne. Pas pour moi » Parce que ce n'est pas moi qu'il a quitté. « Mais j'aimerais qu'il revienne ou, je ne sais pas, qu'il y ait quelqu'un. Quelqu'un pour toi, insista-t-elle, je ne veux pas que tu sois seul » Parce qu'après Amsterdam, il y aurait d'autres endroits, d'autres voyages, d'autres absences. Grace était consciente qu'ils ne pourraient pas vivre ad vitam aeternam entre ces quatre murs, à ressasser le passé et leurs erreurs. Ils pouvaient essayer, oui, mais elle ne voulait pas ça pour lui, ni pour elle-même d'ailleurs. Andrea méritait d'être heureux, plus que quiconque qu'elle pouvait bien connaître. Et malgré tout ce qu'il avait dit, malgré tout ce qu'elle avait écouté et enregistré, restait un résidu de doute quelque part, subsistait cette conviction qu'elle était vaguement responsable du désastre qu'était devenu son mariage. Elle n'arrangerait pas son divorce, c'était certain, mais elle pouvait peut-être l'aider malgré tout. Restait à savoir comment.
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MessageSujet: Re: rendez vous au prochain orage (Grace)   Mer 19 Avr - 23:36

Andrea n’a pas vraiment envie de savoir si Tristan lui en voudrait de lui remettre tout ça sur le dos. Il ne peut pas regarder Grace et lui confirmer ses craintes, lui répondre que oui, ils ont divorcé parce qu’il la prise avec lui, parce qu’elle est arrivée dans leur vie alors que Tristan n’était pas prêt. D’ailleurs, Andrea ne pense pas que ce soit l’exacte vérité. Quand Megan est apparue à nouveau dans leurs vies – mais dans la sienne, surtout – évidemment qu’ils n’étaient pas prêts. Mais le temps aurait pu faire son œuvre. Andrea pense réellement que la faute a été commise par ses soins mais également par ceux de son mari. Grace n’y peut rien, il ne lui reproche pas le divorce et n’est pas habité de la moindre once de rancœur à son égard, alors que dieu sait qu’il en aurait été capable, parce que Tristan représentait tellement de choses pour lui. Les gens ne comprennent pas – son cousin non plus, d’ailleurs, pas toujours. Ils ne comprennent pas comment la moindre émotion lui est parfois insurmontable. Tristan ne sait pas vraiment ce que c’était que de l’aimer, toutes ces années, de déguiser l’amour en haine et de lutter en ayant l’impression de devenir fou. Il ne sait pas vraiment non plus ce qu’ont représenté ces années passées à dissimuler son attirance, ses sentiments peut être aussi, même si son cousin préfère parler d’obsession pour une raison qui lui échappe. Andrea ne pensait pas qu’il serait un jour suffisamment fort – et suffisamment amoureux – pour assumer cette relation aux yeux des autres. Il ne pensait pas non plus qu’elle prendrait naissance un jour. Et toutes ces semaines, ces mois qui se sont écoulés pendant lesquels il a vécu dans la certitude d’être fou, malade, une abomination, toute cette souffrance s’est libérée quand Tristan l’a embrassé ce soir là, trempé de pluie, bourré, fragile et vulnérable. A cause de Calliope, d’une attirance lointaine aussi sans doute car l’idée ne vient pas de se mettre à aimer son cousin à cause d’une simple rupture douloureuse.

Son cerveau associe malgré lui l’amélioration de son état à Tristan – sans doute un peu à tord. Parce que considérer que Tristan n’a amené que du positif dans sa vie est mentir. Andrea a été confronté à des crises, et à des choses difficiles même dans le cours de leur relation, mais rien ne lui a jamais paru insurmontable, parce qu’il avait la force de passer les étapes et les épreuves. La force d’affronter son père – puis le regard des autres – la force de se sentir abandonné, la force de gérer cette nouveauté que son homosexualité, aussi, parce qu’avant d’être son cousin, Tristan était surtout un homme. Alors, Andrea ne blâme pas Grace d’avoir provoqué la fin de son couple ; il blâme Tristan d’être parti, de l’avoir abandonné si facilement, d’être loin, aussi. d’une manière démesurée et injuste, peut être – sans doute parce qu’il n’arrive pas à l’exprimer. La blessure refuse de se fermer et lui refuse de s’énerver comme il le devrait, refuse de se fâcher, figé dans une espèce de mutisme qui exaspère Tristan. Parce qu’aussi fort souhaiterait-il être en colère et l’exprimer, il n’y parvient pas. Il ne parvient qu’à tenter d’assimiler la douleur qui lui arrache le cœur à chaque fois qu’il songe à son divorce.

Andrea serre la main de sa fille en entendant sa requête. Il ne peut pas vraiment refuser – il veut vraiment qu’elle fasse ce voyage, qu’il y aille, avec les Grayson, qu’elle profite. Peut être même qu’elle y fasse des bêtises si elle en a envie. La perspective de la vie qu’il lui offre ici n’a rien de vraiment réjouissant et il le regrette un peu – mais il ne sait pas quoi faire pour égayer ses journées. « Promis, alors. Si tu pars, je t’appellerai tous les jours », il répond en hochant la tête – le compromis lui paraît plus qu’honnête, d’autant qu’il s’inquiètera nécessairement lui-même de son état de santé ou de ses occupations, et que ne pas avoir de réponse ou de nouvelles le rendra sans doute fou.

Il est soulagé quand ses larmes se calment mais sa main ne quitte pas son bras. Andrea ne sait pas vraiment ce qu’il doit faire – il aimerait qu’elle se confie plus, à lui, ou à quelqu’un de manière générale, qu’elle dise ce qu’elle a sur le cœur et que quelqu’un la conseille sur la conduite à adopter pour aller mieux. Malheureusement, il n’a pas envie de la brusquer ou de la braquer et préfère garder le silence sur le sujet. Cela dit, quand les mots passent ses lèvres sur le sujet de Tristan, il doit lui même prendre une inspiration pour retenir l’humidité de ses yeux. « Je sais », il murmure en lâchant son bras – ses mains se joignent nerveusement et il acquiesce. « Peut être qu’il reviendra », il lâche, dans un souffle, à peine audible. Il a besoin d’y croire et en même temps, il s’y refuse. C’est insupportablement difficile à gérer, horriblement compliqué. Il ne sait pas ce qui est le plus douloureux – certains jours, l’espoir le tue, d’autres il le fait tenir. Le défaitisme est parfois la solution la plus facile, tenter de se faire une raison, de s’y faire, chercher autre chose, ailleurs. « Je l’espère, tu sais ? Je pense qu’il serait bon. Avec toi, je veux dire. Il a peur, c’est vrai, mais son schéma familial est compliqué », il tente de justifier tant bien que mal le manque de fibre paternelle de Tristan que Grace n’a pu que constater. « Et je le rendais plus vraiment heureux. C’est pour ça qu’il… » Andrea soupire et hausse une épaule, une main glissant derrière sa nuque. Il est conscient qu’il doit s’ouvrir un peu, lui aussi, pour l’inciter à faire de même. C’est difficile, pourtant, et encore plus difficile parce qu’il ne veut malgré tout pas lui faire porter le poids de sa conscience en plus du reste. « Je suis pas prêt pour quelqu’un d’autre », il ajoute – et sa voix tremble, traduisant sans mal l’émotion qui le traverse à la simple idée de remplacer Tristan par un autre homme. « Je sais que je suis difficile – que c’est difficile. J’aimerais vraiment pouvoir guérir plus vite, passer à autre chose plus rapidement, pour toi, pour nous – et même pour moi, d’ailleurs, parce que c’est difficile. Ca ira mieux, un jour. Je fais de mon mieux, je te promets », il ajoute en haussant une épaule comme s’il justifiait une bêtise de petit garçon, ce qui n’est pas vraiment le cas. « Par contre, je ferais n’importe quoi pour que tu ailles bien, tu comprends ? Tu peux me demander ce que tu veux, me parler de ce que tu veux. C’est tout ce qui m’importe pour l’instant ». Ca et la douleur au fond de son cœur – mais c’est une évidence trop douloureuse pour qu’il ne prenne la peine de l’énoncer à voix haute. « J’aimerais vraiment que tu puisses profiter de tes années », il ajoute enfin, soufflant un peu « sans avoir l’impression que tu es redevable de quoi que ce soit, parce que tu ne l’es pas. »

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MessageSujet: Re: rendez vous au prochain orage (Grace)   Ven 5 Mai - 18:03

Elle avait l'impression d'avoir à nouveau douze ans, à nouveau peur de se retrouver seule dans le minuscule appartement qu'elles occupaient, sa mère et elle. A nouveau peur d'être laissée derrière, momentanément peut-être, mais tout de même abandonnée. Elle savait qu'elle avait l'air d'une gamine perdue, à réclamer qu'il l'appelle et qu'il lui donne des nouvelles pour un simple voyage de quelques jours. N'importe qui, de tout âge d'ailleurs, aurait sauté sur l'occasion pour oublier ses parents et couper temporairement les ponts. Grace était adulte, supposée prendre ses distances ou, en tout cas, son indépendance, était sensée apprécier les rares moments loin de la maison familiale. Toutefois elle n'avait pas franchement une histoire familiale banale et elle doutait sincèrement qu'il y ait des instructions à suivre dans sa situation. Peut-être qu'elle ne devrait pas s'accrocher à Andrea ainsi. Peut-être qu'insister lui donnait l'air encore plus d'un parasite, d'un poids dont on aurait pas pu se débarrasser. Le doute subsistait dans un coin de sa tête, malgré le réconfort que lui apportait Andrea. C'était bête et irrationnel et ô combien blessant mais elle ne ignorait comment s'en débarrasser. Comment lui dire, aussi. Ça semblait si ingrat, quand on y réfléchissait deux minutes. Il lui avait ouvert les portes de sa vie, l'avait installée dans son quotidien sans poser la moindre condition. Il avait fait bien plus pour elle que bon nombre des parents de certains de ses amis. Il était présent, il se souciait de son bien-être. Elle n'avait aucune raison de se sentir mal en sa présence mais le doute était toujours là, fragilisant la moindre émotion positive, cristallisant chaque crainte. Peut-être fallait-il qu'elle en parle à quelqu'un d'extérieur, un professionnel qui saurait la rassurer en toute objectivité. Mais ça encore, cette idée aussi soudaine qu'effrayante, avait des airs d'offense monstrueuse. Elle ne pouvait décemment pas dire à Andrea qu'il était incapable de lui venir en aide, si ?

Elle lui adressa alors un sourire maladroit, qui ressemblait certainement plus à une grimace qu'à une preuve, même vague, de contentement. C'était là une promesse qu'elle veillerait à ce qu'ils tiennent, l'un comme l'autre. Après tout, Andrea ne la laisserait sans doute pas partir à l'aventure, malgré toute la confiance qu'il semblait avoir en la famille Grayson.

Ses sanglots s'étaient calmés, jusqu'à la laisser retrouver une respiration normale. Son cœur était toujours aussi affolé mais il lui en fallait peu pour le pousser à des rythmes erratiques et tout à fait anormaux. Le fait qu'elle ait trouvé le courage de lui parler de Tristan n'était probablement pas étranger à son état non plus. C'était véritablement le sujet qu'elle avait cru, jusque-là, ne jamais aborder avec Andrea. Par peur des reproches, par peur de lui causer de la peine aussi, parce qu'elle avait la sensation très paradoxale que ça ne la regardait pas mais aussi d'être au centre de toute l'affaire. La main d'Andrea quitta son bras pour se mêler à l'autre et Grace détourna les yeux, gênée d'être la source de son trouble. Elle n'aurait pas dû évoquer Tristan, n'aurait pas dû dire toutes choses. C'était déplacé et Andrea gérait suffisamment de problèmes comme ça. Son « peut être qu’il reviendra », si bruyant dans le silence glacial de leur cuisine, l'atteignit en pleine poitrine et les épaules de Grace s'affaissèrent. Elle se mordit l'intérieur de la joue pour faire passer les larmes qui menaçaient de rejaillir, traîtresses. Elle s'apprêtait à s'excuser lorsqu'il reprit la parole, à sa grande surprise. Andrea ne lui devait rien, surtout pas des explications sur le divorce. A vrai dire, elle préférait presque ne pas en avoir, ne pas avoir des mots prononcés hauts et forts pour achever de clouer cette responsabilité sur ses épaules. Mais au lieu du reproche voilé, involontaire, auquel elle s'attendait, Andrea lui servit des excuses pour Tristan, ce qui ne la soulagea guère. Même après son départ, même après leur divorce qui l'avait clairement atteint malgré son calme apparent, il le défendait encore. Grace ne savait pas si elle trouvait ça tragiquement beau ou terriblement triste. Un peu des deux certainement. Et elle n'était pas certaine de comprendre comment quelqu'un pouvait avoir la bonté de passer outre la rancœur et la colère pour faire preuve de tant de gentillesse. Peut-être parce qu'elle n'était jamais vraiment tomber amoureuse ? Les coups de coeur, elle connaissait, bien sûr, mais l'amour, le vrai, qui enivrait et faisait oublier toute convenance, le genre de sentiments que décrivaient les romans à l'eau de rose un peu cheesy que Lizzie lui offrait en guise de running gag depuis des années, ce genre d'amour-là lui était étranger. Ça viendrait, peut-être. Et encore, après avoir été témoin de la déconvenue du mariage d'Andrea et Tristan, elle n'était pas sûre de vouloir vivre ça un jour. Est-ce que ça valait vraiment le coup, de s'offrir tout entier à quelqu'un, de l'aimer si profondément, si entièrement, si ça ne durait pas toute une vie ? D'aucuns l'auraient taxé de pessimiste, auraient essayé de la rassurer en lui disant que ça pouvait s'arranger mais Grace n'était pas réellement du genre optimiste et elle n'avait plus l'âge de se faire de l'illusion sur le mariage de ses parents. Bien sûr qu'elle souhaitait que Tristan revienne, elle venait de l'avouer, mais ça ne signifiait pas pour autant que ça arriverait. C'était difficile à accepter et avec toute la bonne volonté du monde, elle avait encore du mal à se faire à la situation. Il lui arrivait fréquemment de s'attendre à entendre la voix de Tristan lorsque la porte s'ouvrait mais dorénavant, seul Andrea passait le seuil de leur maison. Et Tristan était encore là, bien sûr. Elle savait où il vivait, son numéro était toujours enregistré dans son portable et il était disponible, en quelque sorte. Mais il n'était plus là et s'il lui manquait, c'était aussi par rapport à Andrea qu'il lui manquait, aussi étrange que cela sonnait. L'entendre minimiser sa souffrance et endosser la responsabilité de ce désastre était insupportable mais elle se sentait moins démunie, comme si son je t'aime, ces simples mots lâchés un peu plus tôt, avait ouvert une porte dont elle avait jusque-là ignoré l'existence.

Elle couvrit sa main à présent libre des siennes, cherchant son regard. Il ne lui avait jamais semblé plus jeune qu'à présent, presque candide, et pourtant si las d'un autre côté. Bien sûr, il avait endossé le rôle du parent depuis longtemps et, bien sûr, elle pouvait se reposer sur lui ─ même si elle ne le faisait pas systématiquement, pour une foule de raisons, plus ou moins valables d'ailleurs ─ mais Grace aurait donné cher pour qu'il comprenne, vraiment, qu'elle était là, qu'elle pouvait le soulager et le soutenir, que ce soit en l'écoutant ou en le déchargeant de ridicules tâches du quotidien. Qu'elle était là, comme enfant et comme soutien. Qu'il n'avait pas à faire ça tout seul. Alors elle écouta, hochant doucement la tête. Elle avait envie de comprendre ce qui se tramait derrière son regard sombre, envie de comprendre comment il pouvait encore se soucier de son bien-être quand il semblait lui-même aller si mal. Elle esquissa un bref sourire, secouant la tête. « Je ne peux que t'être redevable. Tu n'avais pas besoin de t'embarrasser d'une ado et tu m'as quand même pris chez toi quand maman- quand elle est morte. Vous auriez pu m'envoyer en pension ou me laisser avec Lucas, et j'aurais probablement été heureuse aussi, mais vous m'avez emmenée ici et vous vous êtes occupés de moi. Bien sûr que je me sens redevable mais ce n'est pas la seule chose que je ressens. C'est... c'est une période difficile, je sais et je n'ai peut-être pas l'air heureuse tout le temps mais ces dernières années, comment dire ? » Elle soupira, ferma une seconde les yeux. Il était important de choisir soigneusement ses mots, important de lui expliquer clairement ce qu'elle ressentait. C'était ce qu'il souhaitait, right ? « Perdre maman est l'expérience la plus horrible, la plus dévastatrice que j'ai vécu et, d'accord, je vais seulement avoir vingt-trois ans, donc peut-être que je n'ai pas d'élément de comparaison mais Tristan et toi, vous... vous m'avez permis de me reconstruire. J'aurais pu le faire avec Lucas ou ailleurs, qui sait, mais tu as fait tout ce qu'il fallait, tu m'as tellement offert. Peut-être qu'on a pas la relation la plus conventionnelle qui soit mais les traditions, c'est surcôté de toute manière » Elle inspira profondément, se sentant curieusement plus légère. « Mais si ça te met mal à l'aise, je peux essayer de faire un effort. Essayer de me dire que ce que tu as fait est parfaitement normal, si tu préfères » Il suffisait de jeter un regard ici et là pour comprendre que non, non, ça n'avait rien de normal et que bon nombre de gens se serraient empressés de se débarrasser d'une orpheline de treize ans. Mais elle était prête à faire un effort, prête à travailler en équipe. « Mais en échange, puisque je peux te demander ce que tu veux, reprit-elle, souriant avec plus d'assurance, j'aimerais- non, je veux, je veux que toi aussi, tu me parles. Enfin, seulement si tu le veux aussi, évidemment, se corrigea-t-elle bien vite, rattrapée par cette vieille timidité qui l'avait par exemple empêchée, dans les premières semaines qui avaient suivi son installation, de regarder Andrea dans les yeux. Tristan n'est plus là, continua-t-elle, ignorant le bref vacillement de sa voix, et on ne sait pas de quoi l'avenir sera fait mais on est là, tous les deux. On peut remonter la pente tous les deux. En équipe » Elle savait très bien que son ton enthousiaste semblait un peu trop forcé mais la méthode du fake it til you make it pouvait peut-être fonctionner. « Tu n'as pas à faire ça tout seul, souffla-t-elle, plus douce. Il y a January et je suis là aussi. Je sais que tu fais tout ce que tu peux mais je peux aider aussi, tu sais ? » Et elle était là à nouveau, cette désagréable impression d'avoir l'air d'une môme, si peu crédible après un tel discours. Grace carra les épaules, se redressant et, pour invoquer son air le plus professionnel, croisa les jambes en lui tendant une main. Elle était certainement bien loin de l'image désirée, avec les joues encore vaguement humides et le sillon de ses larmes décorant son visage mais peu importait. « Alors, deal ? » fit-elle, pour détendre l'atmosphère. De plus faibles natures se seraient probablement déjà étouffées avec une telle charge émotionnelle, preuve qu'Andrea et elle étaient capables de supporter beaucoup ─ mais Grace n'avait pas spécialement envie de découvrir leur limite.

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MessageSujet: Re: rendez vous au prochain orage (Grace)   Sam 13 Mai - 19:29

Andrea a cessé de se demander ce qu’il faisait correctement ou pas ces dernières années. Ce serait mentir que d’affirmer qu’au début, il était tout à fait à l’aise avec l’idée de devenir père. Mais Andrea avait toujours été proche de Megan, une des seules de cette famille de fous à ne pas le renier sous prétexte qu’il était amoureux – ou obsédé, plutôt, selon les dires de Tristan – par celui qui était alors uniquement son cousin. Alors quand il avait appris ce qu’elle avait traversé, quand il avait compris ce qu’il se passait, il n’avait pas eu vraiment d’autre choix que de lui dire oui. Et s’il avait fait l’inverse, s’il avait refusé, pour préserver Tristan, allant à l’encontre de ses propres convictions à lui, il s’en serait sans doute voulu suffisamment pour foutre en l’air son mariage de toute façon – et sans doute plus tôt. C’est ça, l’élément que Tristan ne comprend pas. Si Andrea avait refusé d’adopter la petite fille qu’elle était à l’époque, il aurait sans doute mal tourné, signant le point final de son mariage. Cette décision traitresse imposée par Megan avait donc vocation à les mener à leur perte dans les deux solutions – en tout cas, Andrea le pense. Et honnêtement, il a cru un temps qu’ils s’en étaient finalement sortis, au fur et à mesure des années. C’était sans compter la rancœur tenace de Tris et son incapacité à passer à autre chose – qu’Andrea ne juge pas vraiment, même aujourd’hui. Il sait qu’il est responsable de ce qui leur arrive, seul responsable, égoïste. Cherchant à imposer les solutions qu’il juge bonnes aux autres. Lui a fini par s’habituer à cette vie étrange qu’il n’a jamais réellement maîtrisé, et puis s’il est tout à fait honnête, il reconnaît volontiers qu’il voulait une famille et qu’épouser Tristan ne l’a jamais fait renoncer à l’espoir qu’il pourrait en avoir une un jour – et Grace est arrivée pour réconforter ses espoirs qui auraient, sans elle, sans doute été déçus. Il se sent coincé, aujourd’hui, principalement parce qu’il aimerait arranger la situation, il aimerait que son portrait de famille soit parfait à nouveau, il aimerait ne pas s’être trompé. Mais rien de tout ça n’est imputable à Grace dans son esprit à lui – il est seul responsable du désastre engendré, et s’estime heureux, déjà, qu’elle ne soit pas plus atteinte qu’elle ne l’est par la situation, par la vie qu’ils ont tentée, d’abord ensemble, puis lui tout seul, de lui offrir.

Il la dévisage un instant, se demandant si ce sont les épreuves qu’elle a traversées qui l’ont rendu si mature ou si elle l’aurait été de la même façon si sa mère n’était pas morte. Lui aussi a toujours été considéré comme mature ; mais pas sentimentalement, intellectuellement plutôt. Henri IV puis de brillantes études de droit à Assas, son père lui prêtait un avenir brillantissime, qu’il soit politique ou juridique – et il a toujours aimé travailler. Au niveau sentiments, cela dit, la discussion était toute autre. « Je ne suis pas en train de te dire que quoi qu’il se passe ici est normal, mais je pense simplement qu’après toutes ces années, tu peux arrêter de penser que tu me dois quoi que ce soit, parce que ce n’est pas comme ça que je vois les choses, moi », il précise en lui offrant un sourire, serrant ses mains dans les siennes. « Mais deal, oui », il murmure en hochant la tête et en haussant une épaule. Elle a peut-être raison, peut-être que les choses seraient plus faciles s’il exprimait de temps en temps ce qu’il a réellement sur le cœur, ce qui l’anime. Peut être qu’ils pourraient mieux s’en sortir tous les deux s’il mettait des mots sur sa souffrance – si expliquait pourquoi il souffre. Peut être aussi que ça la soulagerait, de constater que ce n’est pas de sa faute. Il ne sait pas s’il y arrivera très bien, cela dit, Andrea n’a pas vraiment été habitué à se confier sur ce qu’il ressentait étant plus jeune et la seule oreille vers laquelle il s’est jamais penché est celle de son mari. Ex-mari. « J’espère qu’il reviendra, tu sais ? Qu’il ne voit pas tout ça comme quelque chose de définitif, même si on a divorcé. J’espère qu’il va réaliser que c’est possible et qu’on peut le faire, tous les trois. Je ne crois pas que je serais capable d’aimer quelqu’un d’autre un jour », il lâche, comme pour montrer sa bonne foi, haussant une épaule douloureuse. Il fixe ses mains un instant et pousse un profond soupir qui l’aide à garder le contrôle des émotions qui le traversent. « Et je sais qu’espérer est une mauvaise idée, pour toi comme pour moi, parce que ça m’empêche d’avancer, d’essayer de passer à autre chose – mais je ne peux pas vraiment m’en empêcher ». Il rit un peu, ironique naturellement. Ils doivent faire de la peine à voir, tous les deux, comme ça. Ils essayent, au moins, personne ne pourra leur reprocher le contraire. « Je suis désolé, tu sais, moi aussi. Parce que j’aurais vraiment souhaité qu’après la mort de ta mère, tu retrouves une vie stable à l’abris de la tristesse. Pas des tristesses courantes que tout le monde connaît, mais de celle qui écrase. J’aurais voulu que tu sois épargnée et tranquille, que tu puisses te concentrer sur les choses de ton âge, les études, les copines, les sorties. C’est pour ça aussi que tu ne devrais pas te sentir si redevable, parce que j’ai quand même raté quelque chose quelque part, j’avais promis à ta mère de te protéger et regarde où on en est, aujourd’hui ? » il demande en souriant un peu, à moitié triste, à moitié défaitiste. « On fait surement de la peine à voir, vus de dehors, incapables de s’offrir une vie éloignée des souffrances et de ce genre de choses… » il soupire. Peut être qu’il parle trop, maintenant, mais il est réaliste, au moins. Parce que Grace a beau se trouver redevable, lui il a l’impression d’avoir raté ce qu’il aurait dû parvenir à faire, à réussir, pour elle, pour Megan. La préserver du monde extérieur qui fait si mal, parfois.

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à quoi ça sert l'amour, si c'est un aller sans retour ?
y'a plus que du vide à la place, mais que veux-tu que j'en fasse ? A quoi ça sert la vie, quand on meurt petit à petit ? s'il ne reste plus que l'absence, à qui veux-tu que je pense ?
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rendez vous au prochain orage (Grace)
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